20 février 2016

Les notes de la marée de février



Février apporte son lot de nouveautés, et tous les goûts seront servis !




Busking - Hélène Labarrière & Hasse Poulsen

Désordre, Ceol Mor, Dédales… pour l‘une,  Das Kapital, The Langston Project, Open Fist… pour l’autre, et Busking pour les deux ! Complices de longue date, Hélène Labarrière et Hasse Poulsen ont monté un duo pour « Jouer dans la rue » (busking).

Les deux artistes ont un attrait commun pour la chanson populaire plutôt à tendance folk (ou non) et ils ont décidé d’interpréter des titres connus à leur manière : de « Take This Waltz » de Leonard Cohen (I’m Your Man – 1988), sur un poème de Federico García Lorca, à « Farewell » de Bob Dylan, en passant par « Special To Me », composé par Paul Williams pour le film de Brian DePalmaPhantom Of The Paradise (1974), « Formidable » de Stromae (Racine carrée – 2013), « Let It Die » de Feist (2004), « Lucy In The Sky With Diamonds » des Beatles (Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band – 1967), « Les uns contre les autres », tiré de Starmania, l’opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon (1978), « Hand In My Pocket » d’Alanis Morissette (Jagged Little Pill – 1995) et « Stjerne til Støv » du musicien danois Sebastian (1981). Figure également au répertoire, « Mørke », un morceau signé Poulsen.

Labarrière et Poulsen font le choix de l’acoustique, servi par une prise de son naturelle et chaude, même si la guitare joue parfois avec l’électricité (« Special To Me »). Dans l’ensemble, les deux musiciens respectent l’esprit des mélodies (« Let It Die », « Hand In My Pocket ») qu’ils exposent à tour de rôle (« Lucy In The Sky With Diamonds »  par la contrebasse, « Let It Die » par la guitare) ou à l’unisson (« Stjerne til Støv »). Ils jouent aussi, judicieusement, avec le contraste entre la sonorité puissante, grave et boisée de la contrebasse et le son souple et métallique de la guitare (« Formidable »). En vieux complices qui se connaissent sur le bout des cordes, Labarrière et Poulsen se renvoient les notes avec habileté. Des lignes d’accords (« Take This Waltz »), des motifs minimalistes (« Let It Die »), des ostinatos (« Formidable ») ou des riffs (« Les uns contre les autres ») soutiennent les solos. Les chorus se répondent, ou se complètent au grès des atmosphères : le plus souvent nostalgiques (« Take This Waltz », « Let It Die », « Mørke »), mais teintées de free (« Special To Me »), de blues (« Les uns contre les autres »), de pop (« Stjerne til Støv »), voire bruitiste (« Lucy In The Sky With Diamonds »)…

Dans Busking, Labarrière et Poulsen relisent des tubes populaires avec une voix originale et poignante qui les sublime. Un disque de plus dans la musicothèque !


Evolution – Dr. Lonnie Smith

A la fin des années cinquante, Dr.Lonnie Smith apprend l’orgue Hammond. Par la suite, il est engagé par George Benson, puis Lou Donaldson. A partir des années soixante-dix il poursuit sa carrière principalement sous son nom. Depuis Finger Lickin’ Good, en 1967, Smith compte plus de vingt-cinq disques à son actif et une multitude de collaborations…

Evolution marque le retour de Smith chez Blue Note. L’organiste s’appuie sur Jonathan Kreisberg à la guitare et Jonathan Blake à la batterie. Selon les morceaux, le trio invite Robert Glasper,  John Ellis, Keyon Harrold, Joe Dyson, Joe Lovano ou Maurice Brown.

Le répertoire s’articule autour de cinq compositions de Smith, « Straight No Chaser » de Thelonious Monk et « My Favorite Things » de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II.
                      
Si la fusion des années soixante-dix sert de toile de fonds à Evolution, le be-bop – chabada et walking – reste en ligne de mire (« Straight No Chaser »), mais aussi l’Afrique et ses tambours (« African Suite », qui évoque Randy Weston). Quant à « My Favorite Thing », Smith en donne une version énergique et touffue. Avec ses rythmiques funky (« Talk About This »), son orgue churchy (« Play It Back »), ses unissons groovy (« Afrodesia »), ses effets wawa (« Straight No Chaser »), ses chorus de shouter (« Play It Back ») et ses mélodies simples (« For Heaven’s Sake »), la musique de Smith est redoutablement efficace.
                                                                                                                                        

Give It Back To You – The Record Company

Créé en 2011, The Record Company commence par faire les premières parties de B.B. King, Buddy Guy, Trombone Shorty… avant de tourner pour la première fois en Europe en 2015. Give It Back To You est leur premier album, qui sort chez Concord en février.

The Record Company, c’est Chris Vog à la guitare, à l’harmonica et au chant, Alex Stiff à la guitare et à la basse et Max Cazorla au piano et à la batterie. Stiff et Cazorla soutiennent également Vog en chœur.

Les neuf titres sont de leur cru. Give It Back To You est un disque de rock pur et brut : rythmique rock’n roll (« Don’t Let Me Get Lonely »), esprit blues omniprésent (« This Crooked City »), guitare slide (« Rita Mae Young »), chant grasseyant (« Off The Ground »)… Un disque destiné sans doute davantage aux inconditionnels de John Lee Hooker qu’aux fanatiques de John Coltrane


Man Made Object – Gogo Penguin

Gogo Penguin est un Power Trio venu tout droit de Manchester. Marqués par l’électro, la pop, le rock, la musique répétitive et le jazz, le pianiste Chris Illingworth, le contrebassiste Nick Blacka et le batteur Rob Turner suivent une voie située quelque part entre EST, The Bad Plus, Aphex Twin… Man Made Object est le troisième disque de Gogo Penguin, après Fanfares en 2012 et v.2.0 en 2014, mais c'est le premier chez Blue Note.

Pour les dix compositions du disque, le trio a trouvé son inspiration dans des sources aussi diverses que l’iPhone, des logiciels de séquençage, le miaulement d’un chat, des synthétiseurs, les jingles des jeux vidéo…

L’accent est mis sur les rythmes : les trois instruments imbriquent avec une précision redoutable des motifs répétitifs, qui plantent un décor électro nerveux (« Smarra »), sur lequel le piano égrène des mélodies minimalistes aux accents pop (« Initiate »). La batterie  est puissante et mate (« Unspeakable World »), la contrebasse sourde et dense (« Protest ») et le piano volontiers cristallin (« All Res »), tout en joignant ses ostinatos au foisonnement rythmique ambiant (« Quiet Mind »).

Man Made Object est un album bien construit et bien produit, qui propose une musique accroche-cœur, une sorte de « lounge music acoustique ».  


Family Dinner vol 2 – Snarky Puppy

Voilà bientôt douze ans que Michael League a monté Snarky Puppy, un grand orchestre à géométrie variable voué à la scène : Family Dinner – Volume Two n’est que le deuxième disque de Snarky Puppy, après Sylva, sorti en 2014.

Dix-sept musiciens sont réunis pour le dîner de famille, mais League convie également une pléthore d’invités, à l’instar de Becca Stevens, Salif Keita, David Crosby, Charlie Hunter… Les huit morceaux sont signés Snarky Puppy et certains ont été enregistrés en concert.

Snarky Puppy puise dans la R’n’B (« Liquid Love »), la musique andalouse (« Molino Moreno »), la pop folk (« I Asked »), la pop rock (« Sing To The Moon »), la musique du monde (« Soro (Afriki) »), le funk (« Don’t You Know », « I Remember »), la chanson style crooner (« Somebody Home »)… Ecriture et arrangements léchés, Family Dinner – Volume Two est placé sous le signe du groove et de la danse. Un vrai bal !


Into The Silence – Avishai Cohen

Le trompettiste Avishai Cohen – qui s’est notamment fait connaître au sein des Three Cohen, avec son frère Yuval et sa sœur Anat – a rejoint ECM et sort Into The Silence en février 2016. Il s’est entouré d’un compagnon de longue date, le pianiste Yonathan Avishai, du batteur de son trio Triveni, Nasheet Waits, et d’un contrebassiste souvent associé à Waits : Eric Revis. Le trio fait également appel au saxophoniste ténor Bill McHenry.

Si la musique de Triveni est plutôt libre et expressionniste, celle d’Into the Silence est résolument réfléchie et intimiste. Il faut dire que Cohen a composé les cinq morceaux après le décès de son père, en novembre 2014.

Les belles mélodies (« Life And Death »), la trompette bouchée solennelle (« Behind the Broken Glass »), aérienne (« Quiescence »), voire romantique (« Dream Like A Child »), les interactions chambristes contemporaines (« Into The Silence »), les développements mesurés (« Quiescence »)… rappellent Paolo Fresu. Le piano distille subtilement ses contrepoints (« Life And Death »), tandis que la contrebasse et la batterie s’entendent à merveille pour faire monter la pression et installer une ambiance emphatique ((« Dream Like A Child »), pendant que le ténor renforce le discours paisible de la trompette (« Behind The Broken Glass »).

La musique d’Into The Silence respire la sincérité et possède un lyrisme introspectif touchant.


What Was Said – Tord Gustavsen

Le nouveau projet de TordGustavsen ne manque pas de piquant : reprendre des hymnes liturgiques norvégiens… en pachtoune ! Toujours associé au percussionniste Jarle Vespestad, Gustavsen a demandé à la chanteuse afghano-allemande Simin Tander d’interpréter des chants traditionnels en pachtoune, mais aussi de chanter en anglais des textes du poète perse Jalal al-Din Rumi et du poète américain Kenneth Rexroth.  

Au répertoire : sept chansons norvégiennes et six compositions de Gustavsen. Tous les arrangements sont signés du pianiste, sauf « Journey Of Life » et «  Longing To Praise Thee », crédités au trio.

Des mélodies ourlées avec raffinement (« I See You ») sur des rythmes langoureux (« Sweet Melting »), What Was Said reste dans le majestueux (« Imagine The Fog Disappearing »), le mystérieux (les consonances du pachtoune) et le romantique (« A Castle In Heaven »). Vespestad jongle en finesse avec ses tambours et ses cymbales pour souligner la voix de Tander, sans l’occulter. Gustavsen s’en tient le plus souvent à un minimalisme (« I See You », « A Castle In Heaven », « The Source Of Now »…) ou une délicatesse (« I Refuse ») qui se marie parfaitement avec le chant de Tander. Quand il joue en duo avec Vespestad (« The Way You Play My Heart », « Rull »), l’influence de Keith Jarrett – folk, lyrisme et rythme – perce dans son discours. Tander chante, murmure et susurre les textes avec un timbre chaud, une tessiture de grave à médium, un léger vibrato et une diction claire. Même si elle est toute en retenue et précieuse, la voix est ensorcelante.

Avec ses chants profonds et sophistiqués, What Was Said a tout d’un disque mystique…


Tribulus Terrestris – Five In Orbit 

En 2003, Ramon Fossati, Olivier Brandily et Laurent Bronner montent Five In Orbit, qui sort un premier disque, chez Quadrant Record en 2005. En 2009, le trio publie FrEaKs chez Fresh Sound New Talent. Sept ans plus tard Five In Orbit retourne en studio, toujours pour FSNT, et enregistre Tribulus Terrestris. Entre temps, le contrebassiste Nicolas Rageau et le batteur Luc Isenmann ont intégré la joyeuse bande des cinq. 

La Croix-de-Malte est une décoration, certes, mais pour Five In Orbit, c'est le nom commun du Tribule terrestre, une plante aphrodisiaque. Elle a inspiré Marcel.Lí Antúnez Roca (installations mécatroniques) pour créer un objet-disque qui vaut le détour : des illustrations psychédéliques hautes en couleurs ornent la pochette et le disque. Et, à l’ouverture du rabat, le disque surgit propulsé par un astucieux pliage…

Côté répertoire, Bronner et Fossati apportent chacun quatre titres, Brandily deux et le quintet joue « Lonesome Lover » d’Abbey Lincoln et Max Roach.

Five In Orbit est une tribu tonitruante ! Le foisonnement sonore tient du carnaval des animaux : le trombone bouffonne avec sa wawa (« Dancing Dogs »), les coquillages vrombissent, graves et vibrants (« La Fi Del Nus »), le saxophone alto barrit, encouragé par le trombone (« The Night Of Dead Cats »), la flûte s’agite comme une forcenée (« Tribulus Terrestris »), la rythmique fourmille et gronde (« Roulotte Russe »)… Et ce n’est pas une tribu pour rien : les jeux de groupes sont le point central de la musique de Five In Orbit. Tout y passe : des superpositions de voix, des lignes en contrepoints, des unissons, des croisements, des décalages, des questions-réponses…

Orchestre déjanté, mais organisé, Five In Orbit concocte une musique explosive qui prend ses sources dans les fanfares, le free, mais aussi le néo-bop et les musiques du monde.

08 février 2016

Absolutely Free au Triton

Samedi 30 janvier, à vingt heures, au Triton : Elise Caron, Jean-Marc Larché et Yves Rousseau s’emparent de la petite salle pour près d’une heure et quart d’improvisation totale...

Les cent trente places ne sont certes pas toutes occupées, mais le public est attentif, enthousiaste et chaleureux. Tant et si bien qu’il y a une communion perceptible entre le trio et les spectateurs : exactement le type d’atmosphère qui font d’un concert un moment unique.


C’est en 2005 que Rousseau a réuni Caron et Larché pour jouer de la musique intégralement improvisée. Et, pour rendre hommage à Frank Zappa, il a appelé ce trio Absolutely Free, du nom du deuxième album des Mothers of Invention.

Une mélopée dans un langage inconnu qui évoque peut-être la musique des Balkans, des échanges à bâtons rompus minimalistes, une danse solennelle à trois, un slam avant-gardiste (si, si), un blues épais, des questions-réponses en scat, un yodel qui tourne au lied, un trio de musique contemporaine, une méditation tibétaine, un chant andalou poignant… Les jeux improvisés de Caron, Larche et Rousseau sont d’une diversité savoureuse.



Caron chante tout. En véritable show-woman, elle a toujours le mot pour plaisanter et un jeu de scène quasi-théâtral. Avec sa voix particulièrement agile, sa tessiture étendue, son coffre ample, sa technique irréprochable et son imagination fertile, Caron nage comme un poisson dans l’eau… La sonorité de Larché, toute en douceur, velouté et souplesse, sert à merveille son discours élégant. Toujours à l’écoute, il joint son saxophone soprano (coudé) aux lignes de la contrebasse, dialogue malicieusement avec la voix, déroule des contre-chants plein de relief, s’amuse avec des effets de bouche et de doigts, s’aventure dans le souffle continu, pour des envolées effrénées qui restent toujours raffinées ! Les ostinatos, pédales, riffs et autres coups sur la table de la contrebasse servent de de colonne vertébrale rythmique au trio. Rousseau installe des carrures puissantes et imperturbables, voire quelques lignes de walking, qui forment des points de repère solides, sur lesquels peuvent s’appuyer confortablement les délires de la voix et du soprano. De belles digressions à l’archet viennent également converser avec la voix et au saxophone.


Connivence étonnante des artistes et à propos stupéfiant des échanges : Absolutely Free est un trio passionnant qui prouve qu’il est encore possible d’être libre, absolument !


06 février 2016

A la découverte de… Toine Thys

Saxophoniste ténor et clarinettiste basse, Toine Thys anime des projets aussi variés que Take The Duck, Rackham, DERvISH, Toine Thys Trio, mais aussi un conte pour enfants (La Mélodie Philosophale). Thys s’implique également dans la défense des musiciens et divers projets pédagogiques en Europe, Afrique et Asie. Partons à la découverte de ce musicien enthousiaste...


La musique

J’ai commencé la clarinette à dix ans parce que le professeur de mon quartier ne voulait pas me donner cours de saxophone ! A l’époque, c’était assez courant car la plupart des professeurs de sax étaient avant tout des clarinettistes… et le saxophone ne les intéressait pas ! Aujourd’hui, quand j’y repense, ça m’amuse, mais je dois reconnaître que ma formation de clarinettiste m’est très précieuse.

C’est mon frère, Nicolas Thys, qui m’a fait découvrir le jazz. Il faut dire que c’est un contrebassiste – et bassiste – renommé : il joue et a joué avec Kris Defoort, Tutu Puoane, Toots Thielemans, Bill Carrothers, Serge Lazarevitch… Nicolas m’a fait écouter de très beaux disques ! Par la suite nous avons organisé des sessions d’écoute entre amis…

Après dix ans de clarinette classique, j’ai intégré le Conservatoire Royal de La Haye, où j’ai suivi les cours du grand John Ruocco, le maître de presque tous les bons saxophonistes de cette partie de l’Europe… Il faut ajouter à cet apprentissage académique pas mal de séjours à New York et des voyages en Afrique, pendant lesquels j’ai fait de nombreuses rencontres très formatrices.

Cela dit, j’ai un parcours un peu atypique : à côté de ma formation musicale, je suis également diplômé en géographie des universités de Bruxelles et de Lisbonne… et j’ai pris une année sabbatique pour parcourir l’Amérique du Sud !


Les influences

La liste des musiciens qui m’ont influencé est longue… et il n’y a pas uniquement des saxophonistes !

En bref, et plus ou moins dans l’ordre chronologique : j’ai d’abord beaucoup écouté Miles Davis, Bill Evans, puis je suis passé à Sonny Rollins, Cannonball Adderley et Kenny Garrett. Ensuite, mes héros saxophonistes ont été Seamus Blake, Joe Henderson, Chris Speed, Chris Cheek, Bill McHenry et Ben Wendel. Aujourd’hui, les saxophonistes m’influencent moins que des compositeurs comme Jon Hopkins, Dorian Concept, Kurt Rosenwinkel, Jozef Dumoulin… des groupes – Radiohead, par exemple – ou les musiciens avec qui je joue : Dries Laheye, Patrick Dorcean, Antoine Pierre

Photo : François De Ribaucourt


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? C’est un espace de liberté… qu’il faut reconquérir à chaque fois !

Pourquoi la passion du jazz ? Parce qu’il est ouvert aux autres musiques – en principe…

Où écouter du jazz ? En live, sur disque, dans un bar… Partout !

Comment découvrir le jazz ? Rien de mieux que de se rendre à un bon concert.

Une anecdote autour du jazz ? Herbie Hancock félicite Dave Holland qui vient de jouer son premier concert avec Miles Davis : « c’est bien, tu n’es t’es pas évanoui »…


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis très content de Grizzly, le disque du trio sorti en l’année dernière, mais ma plus belle aventure reste probablement le projet mené avec le trompettiste belge Laurent Blondiau : Les Ventistes du Faso. Il s’agit d’une école d’instruments à vent que nous avons monté à Ouagadougou, au Burkina Faso, depuis maintenant près de deux ans. Nous formons et fédérons les soufflants de cette grande ville avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


Mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir des journées plus longues pour pouvoir entreprendre tout ce que je veux !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Chiaroscuro d’Arve Henriksen, The Imagined Savior Is Far Easier To Paint d’Ambrose Akinmusire et du Johann Sebastian Bach

Quels livres ? Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh.

Quels films ? The Party de Blake Edwards et Fitzcarraldo de Werner Herzog,

Quelles peintures ? Des tableaux de Pablo Picasso, et des photographies.

Quels loisirs ? Du sport et de l’ébenisterie.


Les projets

Avec le Toine Thys Trio, composé de l’organiste Hammond néerlandais Arno Krijger et du jeune – vingt-deux ans – batteur belge Antoine Pierre, nous travaillons sur un nouveau répertoire, en compagnie du guitariste Franco-sénégalais Hervé Samb. Sinon, nous revenons d’une semaine de concerts en Corée du Sud avec six percussionnistes traditionnels coréens : le groupe Don Nam Pung. La rencontre a été fabuleuse ! Et nous nous proposons de refaire cet échange l’année prochaine. C’est donc un autre projet à faire évoluer…

Photo : Lara Herbinia

Par ailleurs, il y a aussi le groupe DERvISH avec le bassiste Belge Dries Laheye, le claviériste Néerlandais Niels Broos et le batteur Haïtien Patrick Dorcean. Nous jouons de la musique électronique improvisée, dans laquelle j’utilise largement des effets pour retraiter le son du saxophone. Nous enregistrons notre premier disque en décembre 2015…


Trois vœux…

1. Faire de belles rencontres musicales.

2. Devenir chaque jour un meilleur musicien.

3. Voyager avec la musique…




03 février 2016

Painter of Soul - Panorama Circus

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Painter of Soul - Panorama Circus
Matthieu Jérôme (p, kbd) et Jean-François Blanco (perc, prog), avec Jean-Philippe Morel (b), Philippe Gleizes (d) ou David Aknin (d), mais aussi Vincent Courtois (cello), Thomas de Pourquery (as), David Neerman (vib), Elise Caron (voc, fl), Médéric Collignon (bg, voc), Thea Hjelmeland (voc), et Maxime Delpierre (g).
Lifestyle Sounds – L40006
Sortie le 16 octobre 2015

Matthieu Jérôme – Chief Inspector, Akalé Wubé, Refractory, Tony Allen Unit… – et Jean-François Blanco – fondateur du label Lifestyle Sounds en 2003 – ont créé le Panorama Circus. Entre le piano et les claviers du premier, les percussions et programmations électro du deuxième, ils forment un drôle d’orchestre ! Il est vrai que Jean-Philippe Morel, à la contrebasse, et David Aknin ou Philippe Gleizes, à la batterie, les accompagnent sur la plupart des morceaux. Le duo invite également de nombreux musiciens le temps d’une ou deux chansons : Vincent Courtois, Thomas de Pourquery, Elise Caron, Médéric Collignon, Maxime Delpierre, David Neerman et Thea Hjelmand.

Les douze morceaux sont signés Jérôme et Blanco, avec ou sans l’un de leurs invités. Painting Of Soul saute d’une atmosphère dense aux textures électro foisonnantes (« Feathers Waits For Weights », « The Return Of Chewbacca ») à un rock psychédélique (« Painter Of Soul »), en passant par une samba déjantée (« Crazy Latin Stuff »), une chanson pop anglaise (« Time Is Unfair »), une ambiance lounge vaporeuse (« Beyond The Blue Floyd »), de la musique répétitive minimaliste (« Interlude Piano Loop »), un morceau de fusion « davisien » (« Free Metal Morphing »)… Le contraste entre les contrepoints acoustiques du piano et les effets électro donne du relief aux développements (« Wind Of Wise »).

Painters Of Soul sort clairement des sentiers battus avec un joyeux mélange d’électro, danse, jazz, rock, pop et musique contemporaine…

31 janvier 2016

Cross Ways - Myriam Alter

Cross Ways
Myriam Alter
Luciano Biondini (acc), John Ruocco (cl), Michel Massot (tuba, tb), Michel Bisceglia (p), Nic Thys (b) et Lander Gyselinck (d).
Enja – ENJ-9626 2
Sortie le 7 décembre 2015

Myriam Alter a suivi un parcours pour le moins inhabituel : cours de piano classique, licence de psychologie, publiciste, directrice d’une école de danse… avant d’en venir au jazz. En 1994, elle enregistre Reminiscence, puis, en 1996, Silent Walk, deux disques pour lesquels Alter a composé tous les morceaux et dans lesquels elle joue du piano. En 1999 et en 2002, pour Alter Ego et If, elle cède le piano à Kenny Werner et fait interpréter ses compositions par un quintet. Même approche pour Where Is There (2007), mais si Joey Baron est toujours à la batterie, Werner, lui, a laissé la place à Salvatore Bonafede. Toujours chez Enja, Alter sort Cross Ways en décembre 2015.

Le clarinettiste John Ruocco (présent depuis If) est aux côtés de Luciano Biondini à l’accordéon, Michel Massot au tuba et au trombone, Michel Bisceglia au piano et aux arrangements, Nic Thys à la contrebasse et Landers Gyselinck à la batterie. Tous les morceaux ont été composés par Alter et elle joue en solo « No Room To Laugh », dédié à Mal Waldron.

Marquée par le tango (« No Man’s Land », « Dancing WIth Tango »), les musiques latino (« Weird Mood ») et le musette (« Don’t Worry »), les compositions d’Alter sont avant tout romantiques (« Again », « Inviting You »…), et son solo – une mélodie poétique sur des motifs de tango – reste dans une veine sentimentale. Les arrangements de Bisceglia, d’une élégance impeccable, reposent sur des contrepoints sophistiqués (« Back To Dance ») ou des échanges qui relèvent de la musique de chambre (« Inviting You »). Bisceglia et Biondini se partagent les parties lyriques, mais c’est à l’accordéon de faire danser les morceaux, sur des motifs de contrebasse minimalistes (sauf dans ses solos, de haute volée – « Above All ») et une batterie légère et souple. Quant à Ruocco, il emmène sa clarinette sur les sentiers du vingtième (« No Man’s Land »), avec des phrases profondes (« Again ») et un jeu raffiné (« Inviting you »).

Si l’univers musical d’Alter évoque bien sûr un Astor Piazzolla romantique, il peut également rappeler la bande originale d’un film romanesque. Cross Ways est assurément un disque classe !

So High - Anne Carleton

So High
Anne Carleton
Anne Carleton (voc), Akémi Fillon (vl), Jean-Marc Apap (alto), Antoine Di Pietro (alto), Miwa Rosso (cello), Laurent Guanzini (p) et Benoît Dunoyer de Segonzac (b), avec Edgar Morin (voc), Eric Moulineuf (voc), Prune L. et Ambre L. (voc), Ninon Walder (bandonéon).
JBMA / Rue Stendhal
Sortie le 9 octobre 2015

Peintre et chanteuse, Anne Carleton chante avec le Plein Jazz Big Band de Philippe Gibrat depuis 2007 et elle a publié Passage en 2003 et Dreams Are Forever en 2005. Son troisième disque, So High, sort en octobre 2015, produit par JBMA et distribué par Rue Stendhal.

Carleton est accompagné d’un septet, avec des cordes et sans batterie. Des récitatifs d’Edgar Morin sont inclus dans les chansons. Le programme se décline autour de douze morceaux : deux versions de « Wild Is The Wind », signé Dimitri Tiomkin et Ned Washington, « Norwegian Wood » de John Lennon et Paul McCartney, « Inchworm » de Frank Loesser, « Why Are You Gone » composé par Carine Bonnefoy, « Confusion » et « Le temps » de Jean-Philippe Viret, et cinq compositions de Carleton.

Des cordes à l’unisson, ou en arrière-plan, des arrangements « cinématographiques », un piano volontiers lyrique et une contrebasse solide soutiennent la voix diaphane et aérienne de Carleton, qui égrène des textes poétiques et recherchés.

Les amateurs de chansons à texte énigmatiques trouveront leur compte dans So High, sans doute davantage que les fanatiques de musiques improvisées et de jazz.


Expanded Places - Olivier Bogé

Expanded Places
Olivier Bogé
Olivier Bogé (voc, p, sax, g, kbd), Nicolas Moreaux (b) et Karl Jannuska (d), avec Manon Ponsot (cello) et Guillaume Bégni (cor).
Naïve – NJ 625471
Sortie le 9 octobre 2015

Après des études de piano classique et le choix délibéré de se consacrer au saxophone, Olivier Bogé et son sextet enregistrent Imaginary Traveler en 2012 chez Fresh Sound New Talent, avec, entre autres, Nicolas Moreaux à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie. L’année suivante, The World Begins Today sort chez Naïve. Bogé joue en compagnie de Tigran Hamasyan, Sam Minaie et Jeff Ballard. Dans Expanded Places, Bogé reforme un trio avec Moreaux et Jannuska, et invite également la violoncelliste Manon Ponsot et le corniste Guillaume Bégni sur quelques morceaux.

Bogé signe la totalité des neufs compositions du répertoire et cumule les instruments : piano et saxophone bien sûr, mais aussi guitares, Fender Rhodes et voix.

Bogé soigne ses mélodies (« Sound Of The Endless River », Icarus’s Dream ») et les met volontiers en scène dans un décor emphatique (« Whar People Say »), renforcé par la densité de Moreau et Jannuska (« Expanded Places »). Le multi-instrumentiste emploie largement le re-recording pour superposer sa voix, la guitare et le piano (« Red Petals Disorder ») ou jouer un duo piano – saxophone (« Apedjan »). Le lyrisme des chorus et les rythmes puissants et marqués apportent une touche folk pop à Expanded Places qui rappelle Brad Mehldau, EST, voire Tigran Hamasyan, d’autant que Bogé glisse des accents moyen-orientaux (« Beyond The Valley Of Fears » et « Apedjan », dédié à Hamasyan).

Expanded Places possède toutes les qualités pour séduire un public avide de jazz mélodieux, aux carrures robustes et ouvert sur les musiques populaires.

23 janvier 2016

L’incroyable Surnatural Orchestra

A l’occasion de la sortie de Ronde, le SurnaturalOrchestra se produit les 20 et 21 janvier 2016 au Plateau, dans le cadre de la Jazz Fabric, projet lancé par l’Orchestre National de Jazz et le Carreau duTemple.


A une encablure du Square du Temple, le Carreau du Temple et son histoire mouvementée méritent un petit détour : des croisades à la culture, en passant par les chiffons ! Au XIIe siècle, l’enclos du Temple est donné aux Templiers qui le fortifient et en font leur siège occidental… Quand Philippe le Bel anéantit les Templiers, en 1312, c’est au tour de l’ordre de l’Hôpital – futur Ordre de Malte – de s’installer sur ce domaine de près de six hectares. Jusqu’à 1789, l’exemption de taxes et le droit d’asile, dont bénéficie ce « territoire », attireront près de quatre mille habitants. C’est également la dernière demeure de la famille royale, avant sa décapitation. Après la Révolution, la plupart des bâtiments sont rasés et la Ville de Paris demande à Jacques Molinos de construire un marché couvert. Le marché, dédié aux textiles en tous genres, est constitué de quatre carrés avec, en leur centre, le « carreau », réservé aux vêtements d’occasion. En 1860, Jules de Mérindol se voit confier la rénovation du marché du Carreau du Temple, qui prend sa forme actuelle, avec, notamment, une charpente métallique au lieu du bois. Cependant l’activité du marché périclite et si le Carreau du Temple évite de justesse la démolition dans les années soixante-dix, ce n’est que grâce aux efforts obstinés des riverains. En 2001, la Mairie de Paris décide de le restaurer et d’en faire un centre culturel et sportif. C’est l’architecte Jean-François Milou qui a rénové le Carreau du Temple avant sa réouverture au public, en avril 2014.

Ce lieu abrite une halle, deux studios, un gymnase, un bar – restaurant, et Le Plateau, qui est une salle de spectacle de deux cinquante places avec des sièges confortables, une vue dégagée et une acoustique tout à fait correcte. Le concert affiche complet et la cohue des spectateurs qui envahit le hall et la salle est accueillie par les musiciens : un « ukuléliste » parcourt les travées en murmurant « chut », un saxophoniste fait danser un couple au rythme d’un rock endiablé, un trio de soufflants joue sur les marche d’un escalier… Le Surnatural Orchestra chauffe son public dans une atmosphère festive !


Le concert est un véritable spectacle : les artistes portent tous un pull-over en laine blanche dont ils se débarrassent au cours du concert pour finir par le remettre à la fin ; les musiciens se déplacent sur scène et dans la salle au grès des solos et des chœurs, sur une chorégraphie très étudiée ; Hanno Baumfelder raconte des histoires abracadabrantes où il est question de forêts, de moutons, de ville… ; au beau milieu du concert, un guignol barbu en short de sport se lance dans un sketch bouffon ; deux éclairagistes parcourent la scène ou se perchent sur des échelles pour créer un véritable ballet de lumières ; le final s’achève par une sortie de l’orchestre en fanfare, autour d’un carton plein de Ronde, tiré comme un traineau, suivi du public hilare, qui termine par un bal dans le hall d’entrée du Plateau… Une suractivité bienfaitrice !

Comme sur disque, le Surnatural Orchestra évoque une fanfare – le nombre de cuivres et de vents et l’ambiance joyeuse des morceaux n’y sont pas pour rien. La construction et le déroulé des morceaux, très structurés, tiennent aussi de la musique classique et ne sont pas sans rappeler les derniers ONJ ou le X’Tet de Bruno Régnier. Autour de la batterie, véritable colonne vertébrale, puissante et régulière, et des percussions qui foisonnent, les sections interagissent dans un entrelacs de voix, enchevêtrements de contre-chants, successions d’unissons, superpositions d’ostinatos, effets électro du clavier et saxophone barytons… Les mélodies, soignées, volent rapidement en éclats dans des solos débridés ou des développements collectifs free.

Si Ronde est déjà hautement recommandable pour la qualité et la singularité de sa musique, un concert du Surnatural Orchestra est un must… et un remède définitif contre le vague à l’âme !

17 janvier 2016

Retour dans l’Igloo

Depuis 1978 Igloo Records œuvre pour la diffusion du jazz belge à travers le monde. Le label s’est également ouvert aux musiques du monde (Igloomondo), aux musiques électro (Iglectic) et à la chanson (Franc’Amour et Factice). Preuves de l’éclectisme et de la qualité des productions du label Bruxellois : Road Story et Motion, deux disques du pianiste Igor Gehenot, Bees and Bumblebees du Fiorini – Houben quartet, New Feel du LG Jazz Collective et Austerity… And What About Rage? du saxophoniste Manuel Hermia.


Road Story
Igor Gehenot
Igor Gehenot (p), Sam Gerstmans (b) et Teun Verbruggen (d)
Igloo – IGL 232
Sortie en mars 2012

En 2011, après être passé par l’académie Marcel Désiron, le Conservatoire de Maastricht et le Conservatoire de Bruxelles, Gehenot commence sa carrière... Il enregistre Road Story pour Igloo l’année suivante, en trio avec Sam Gerstmans à la contrebasse et Teun Verbruggen à la batterie. Gehenot est l’auteur des dix morceaux.

Les mélodies sont le plus souvent délicates, avec des ballades détendues ou des ambiances intimistes, servies par une section rythmique entraînante, qui glisse ça-et-là des accents pop. Le trio emballe volontiers les thèmes pour générer de la tension et s’aventure dans des passages funky ou hard-bop, avec walking et chabada. La contrebasse joue en souplesse, tandis que la batterie fourmille et que le piano chante.

Il y a bien sûr du Brad Mehldau dans Road Story, mais Gehenot a réussi à développer un vocabulaire et une syntaxe qui lui sont tout à fait personnels.


Bees and Bumblebees
Fiorini – Houben quartet
Gregory Houben (tp), Fabian Fiorini (p), Cédric Raymond (b) et Hans Van Oosterhout (d)
Igloo – IGL 249
Sortie en février 2014

« L’Happy-Culture », voilà comment le trompettiste Gregory Houben et le pianiste Fabian Fiorini décrivent leur démarche musicale. Enregistré en 2013, avec Cédric Raymond à la basse et Hans Van Oosterhout à la batterie, Bees and Bumblebees ne déroge pas à la règle et transpire l’humour et la bonne humeur.

Fiorini et Houben ont composé les dix thèmes, plutôt courts et vifs avec, parfois, des consonances sud-américaines. D’un jeu de questions – réponses entre le piano et la trompette à des unissons énergiques, en passant par des contrepoints recherchés, les constructions musicales sont élégantes. La régularité de la walking entrecoupée de shuffle de la basse et du chabada de la batterie assure une base rythmique solide et dansante.

Marqué par le be-bop, les musiques latines et la musique baroque, Fiorini – Houben quartet s’inscrit dans la lignée du West Coast Jazz, sur les traces de Bobby JasparBees and Bumblebees est une musique que l’on prend plaisir à butiner !


Motion
Igor Gehenot Trio
Igor Gehenot (p), Philippe Aerts (b) et Teun Verbruggen (d)
Igloo – IGL 253
Sortie en septembre 2014

En 2009, Gehenot monte son premier trio avec Gerstmans et le batteur Antoine Pierre. Dans le trio de Road Story, Verbruggen succède à Pierre et, en 2014, pour Motion, c’est Philippe Aerts qui remplace Gertsmans.

Gehenot signe neuf thèmes et reprend « In The Wee Small Hours of The Morning », chanson composée en 1955 par David Mann et Bob Hilliard pour l’album éponyme de Franck Sinatra.

Les pédales, ostinatos et autres riffs d’accords du piano, soutenus par une section rythmique puissante et énergique font pencher Motion vers l’esprit d’EST, mais toujours avec le bop en filigrane (walking, chabada et rim shot…). Road Story confirme les talents de fin mélodiste de Gehenot, mais aussi son attachement à un jazz qui balance...


New Feel
LG Jazz Collective
Jean-Paul Estievenart (tp, bg), Steven Delannoye (ts, ss), Laurent Barbier (as), Guillaume Vierset (g), Igor Gehenot (p), Felix Zurstrassen (b) et Antoine Pierre (d).
Igloo – IGL 258
Sortie en novembre 2014

En 2012, le guitariste GuillaumeVierset monte le LG Jazz Collective pour interpréter des compositions d’artistes liégeois dans le cadre du festival Jazz à Liège. Outre Vierset, le septuor est constitué de Jean-Paul Estievenart à la trompette ou au bugle, Steven Delannoye au saxophone ténor ou soprano, Laurent Barbier au saxophone alto, Felix Zurstrassen à la basse, plus deux connaissances : Gehenot au piano et Pierre à la batterie.

Dans New Feel. Le LG Jazz Collective interprète six compositions de Vierset, une de Pierre, « A » du batteur Lionel Beuvens, « Toscane » du guitariste Philip Catherine et « Carmignano » du pianiste Eric Legnini.

Des mélodies recherchées, des accompagnements relevés, des rythmes enjoués… les arrangements de Vierset sont tirés au cordeau. Les unissons encadrent les solos, soutenus par les lignes inventives du piano, les cliquetis foisonnants de la batterie et les chœurs discrets des soufflants. Avec ses accents groovy et sa section rythmique robuste, la musique de New Feel frétille.


Austerity… And What About Rage?
Manuel Hermia Trio
Manuel Hermia (ts, ss, bansuri), Manolo Cabras (b) et Joao Lobo (d).
Igloo – IGL 261
Sortie en mars 2015

Saxophoniste et spécialiste du bansuri, Manuel Hermia navigue entre musique du monde, « rock ethno coltranien » et jazz contemporain. Depuis 2010, Hermia, Manolo Cabras à la contrebasse et Joao Lobo à la batterie forment un trio free qui explore notamment le « rajazz » - subtile combinaison de râgas indiens et de jazz.

Austerity… And What About Rage? est un cri contre les politiques d’austérité et la dégradation du bien-être, comme Hermia l’écrit dans le livret : « en tant qu’être humain et citoyen, je me sens éminemment concerné par ce qui se déroule sous mes yeux, et si j’ai tenu à renouer ce lien entre jazz et politique c’est parce que l’attitude philosophique inhérente au free jazz nous invite à ne pas accepter les règles préétablies visant à conditionner tout un chacun à une forme d’acceptation soumise ». Les onze cris de révoltes sont l’œuvre de chacun des trois musiciens. L’ardente peinture de la couverture du disque, et le décor tachiste du livret sont signés Sandra Corbisier.

Hermia laisse beaucoup d’espace à la basse et à la batterie pour instaurer une véritable discussion entre les trois musiciens et, comme dans les râgas, chaque morceau évolue dans une ambiance bien à lui. Concision des phrases, liberté et puissance des motifs de basse, densité des rythmes, intensité des interactions et… des cris furieux paroxysmiques ! A côté des envolées free, le dernier morceau d’Austerity, « Revelations », dans lequel Hermia joue notamment du bansuri, propose une méditation apaisée très coltranienne.

Austerity… And What About Rage? reprend des ingrédients du free jazz des années soixante à soixante-dix, mais Hermia, Cabras et Lobo les mettent à leur sauce et concoctent un mets musical savoureux.