26 juin 2016

Post K et Chut ! au Carreau du Temple

L’ONJ Fabric poursuit ses efforts pour accompagner les projets des musiciens de l’orchestre grâce au label ONJ Records et aux concerts et ateliers qui ont lieu, entre autres, au Carreau du Temple. Le 25 mai, à l’occasion de la sortie de leurs disques, Jean Dousteyssier et Fabrice Martinez se produisent avec leurs quartets.


Jean Dousteyssier – Post K
Le Carreau du Temple – 25 mai 2016

Les quatre mousquetaires de Post K ont fourbi leurs instruments sur les bancs de la classe jazz du collège de Marciac et / ou au CNSMDP. Pour son quartet, le clarinettiste Jean Dousteyssier a fait appel à son frère, Benjamin, aux saxophones, à Matthieu Naulleau au piano et Elie Duris à la batterie. Post K – « Après Katrina » – propose une relecture contemporaine de la musique New Orleans.

Le répertoire de Post K s’articule autour de standards des années 1920 – 1930 : « China Boy » (1922) de Dick Winfree et Phil Boutelje, « Shreveport Stomp » (1928) de Jelly Roll Morton, « Honeysuckle Rose » (1929) de Fats Waller, « Lulu’s Back In Town » (1935) de Harry Warren et Al Dubin, « Finger Buster » (1939) de Willie « The Lion » Smith, « Struttin’ With Some Barbecue » (1922) de Lil Hardin, « Mean Dog Blues » (1927) de Red Nichols, « A Jazz Battle » (1929) de Jabbo Smith, « Charleston Rag » (1899) d’Eubie Blake et « Story Book Ball » (1918 ) de Billy Murray. Le quartet joue aussi deux compositions de Jean Dousteyssier et « Katy », de Benjamin Dousteyssier.


Même si la clarinette joue un rôle clé, il n’y a pas vraiment de soliste : Post K joue avant tout la carte du collectif, un peu comme dans les Brass Band de la Nouvelle Orléans. La structure de la musique du quartet relève aussi de la musique de chambre. Post K construit avec soin ses développements : contrepoints, croisements de voix, passages fugués, questions-réponses, foisonnements… Les échanges sont vifs et la mise en place précise. Ce qui garantit un swing efficace. Au saxophone basse Dousteyssier assure des lignes caverneuses qui balancent rondement, tandis qu’au ténor, il mêle sa voix fluide aux échanges hot du quartet. Naulleau passe, avec beaucoup d’aisance, d’une pompe stride joyeuse ou d’un ragtime entraînant à des phrases contemporaines minimalistes ou, au contraire, d’une grande densité. Un drumming subtil, une écoute attentive, un jeu précis et varié : Duris fait partie des batteurs qui recherchent – et trouvent – la musicalité. Les clarinettes du deuxième  Dousteyssier sautillent et virevoltent dans un style New Orleans tendu, avant de s’envoler dans des discours virtuoses aux contours free.

A partir d’un matériau expressif, jubilatoire et plein d’humour – le New Orleans – Post K construit une musique de chambre contemporaine énergique et astucieuse.

Le disque

Post K
Jean Dousteyssier
Jean Dousteyssier (b cl, cl), Benjamin Dousteyssier (b s, ts), Matthieu Naulleau (p) et Elie Duris (d).
ONJ Records - JF002
Sortie le 29 avril 2016





Liste des morceaux

01. « China Boy », Phil Boutelje & Dick Winfree (3:10).
02. « Handful of », Jean Dousteyssier (0:13).
03. « Katy », Benjamin Dousteyssier (1:38).
04. « Get Out of Here Jack Carrey With Your Quadrille », Jean Dousteyssier (3:33).
05. « Shreveport Stomp », Jelly Roll Morton (2:49).
06. « Honeysuckle Rose », Fats Waller (4:22).
07. « Lulu's Back In Town », Harry Warren & Al Dubin (0:52).
08. « Fingerbuster », Willie « The Lion » Smith & « Elegy », Jules Massenet (3:51).
09. « Struttin' With Some Barbecue », Lil Hardin (4:14).
10. « Mean Dog Blues », Red Nichols (2:57).
11. « Jazz Battle », Jabbo Smith (3:41).
12. « Charleston Rag », Eubie Blake (2:49).
13. « Story Book Ball », Bill Murray (4:09).


Fabrice Martinez Chut ! – Rebirth
Le Carreau du Temple – 25 mai 2016

Entre Le Sacre du Tympan, Arhimusic, le Megaoctet, Acoustic Lousadzak, Supersonic, l’ONJ… ses nombreuses prestations dans la variété (Sergent Garcia, Oxmo Puccino, Bernard Lavilliers, Jacques Higelin…) et ses concerts avec l’Orchestre de Cuivres de Paris, Fabrice Martinez touche à tout ! En 2005 il crée Chut !, un quartet avec Fred Escoffier aux claviers, Bruno Chevillon à la basse et Eric Echampard à la batterie. Un premier disque éponyme paraît en 2011, suivi d’un live, Chut ! fait du bruit, en 2014. Le troisième opus, Rebirth, sort le 27 mai 2016.


Le programme du concert reprend les morceaux de Rebirth. Martinez est l’auteur de sept thèmes, cosigne « Transe » avec Escoffier, qui apporte « Derrière la colline ». Dès le premier morceau (« Rebirth ») le ton est donné : volume sonore élevé, batterie puissante, basse sourde et orgue vintage. Dans ce décor groovy, Martinez laisse planer ses phrases aériennes, réverbérées, chargées d’écho, d’effets fuzzy… Le discours du trompettiste, volontiers lyrique, souvent minimaliste, évoque évidemment Miles Davis. Les nappes, ingrédients électro, pédales entêtantes, sons rétros et autres notes tenues d’Escoffier mettent en valeur la sonorité éclatante de la trompette. La basse de Chevillon gronde du début à la fin du concert en égrenant des riffs imposants et des lignes massives. Les roulements furieux d’Echampard, ponctués de frappes lourdes sur la grosse caisse et de crépitements sur les cymbales apportent une touche rock.

Inspiré par le jazz rock, mais aussi la house music et la scène électro, Chut ! propose tout sauf du silence !

Le disque

Rebirth
Chut !
Fabrice Martinez (tp), Fred Escoffier (kbd), Bruno Chevillon (b) et Eric Echampard (d), avec Stéphane Bartlet (g).
ONJ Records - JF003
Sortie le 27 mai 2016





Liste des morceaux

01. « Rebirth » (3:01).
02. « Transe », Fabrice Martinez & Fred Escoffier (8:35).
03. « Smity » (5:36).
04. « Roots » (3:39).
05. « Derrière la colline », Fred Escoffier (6:59).
06. « Auxcendres etc. » (5:15).
07. « Nino et le retour des nuages » (3:22).
08. « P and T » (6:50).
09. « Prune » (8:07).

Tous les morceaux sont signés Martinez sauf indication contraire.

Retour à ONJ Records... un label créatif !

17 juin 2016

A la découverte de Connie & Blyde...

Derrière la voix et le violoncelle de Connie & Blyde ne se cachent pas un couple de bandits romantiques qui suivrait les traces de Bonnie Parker et Clyde Barrow, mais les artistes Caroline Sentis et Bruno Ducret. Partons à la découverte de ce duo montpelliérain qui a sorti Blanc en 2014 et Ultra décor en 2015…


La musique

Connie : c’est en fouillant dans les disques de mes parents que j’ai découvert le jazz, même s’ils n’en écoutaient pas particulièrement. Je suis tombée immédiatement sous le charme d’Ella Fitzgerald et de Miles Davis. J’ai commencé à improviser en apprenant par cœur les solos de Fitzgerald. J’ai aussi repris des solos d’instrumentistes. Ce qui m’a donné ce goût de la voix traitée comme une matière sonore, en plus de pouvoir porter les mots. J’ai toujours chanté : le choix de la voix s’est fait de lui-même. D’abord autodidacte, je me suis beaucoup intéressée aux musiques traditionnelles, notamment à la musique gnawa et au flamenco. Lhassa de Sela, Björk, Fitzgerald, Davis, Camille, Estrella Morente… sont également au nombre de mes influences. En 2012, je suis rentré au Conservatoire de Jazz de Montpellier.

Blyde : le jazz est une affaire de famille : je suis né et j'ai grandi avec ! Après commencé par la guitare, quand j’ai eu dix-neuf ans, le violoncelle s'est imposé de lui-même… J’ai démarré au Conservatoire de Montreuil avant d’intégrer l’école des musiques actuelles ATLA, à Paris. Ensuite, j’ai rejoint le Conservatoire de Nîmes puis celui de Montpellier. De nombreux groupes d’hier et d’aujourd’hui m’influencent et j’écoute le plus possible des styles de musique différents : Jeff Buckley, Jeff Beck, Gautier Capuçon, Hank Roberts, Bill Frisell, Charles Mingus, Thelonious Monk, Eric Dolphy, Julien Desprez, Don Pullen, Ornette Coleman...



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?

Connie : la liberté…

Blyde : c'est un état à atteindre. La communion entre les oreilles, la culture musicale, les moyens techniques sur l'instrument et notre « moi » profond…

L'essence du jazz, pour moi, c'est ce moment qui surgit après les codes, le langage, la réflexion, la démonstration… C'est l’instant où l'on s'exprime : quand ce que l'on appelle la « pertinence », le « phraser », le « wow ça joue terrible » devient la vérité du musicien. La musique dépasse alors le langage pour n'être plus que l'expression d'un chant. Au final, le jazz c’est une vie de travail sur soi et sur un instrument pour arriver à chanter. Bien sûr on peut chanter directement, mais certains chantent toute leur vie sans jamais trouver leur véritable voix, celle avec laquelle ils sont à l'aise et ont des choses à dire. Jouer d'un instrument n'est pas un processus naturel, il faut donc passer sa vie à en faire une extension de soi…
  
Pourquoi la passion du jazz ?

Connie : parce que son langage est si ouvert qu’il ne connaît pas de frontière !

Blyde : au sens large, le jazz est passionnant car il invoque un état. Mais cet état est présent dans toutes les musiques : le jazz n’est pas le roi, c'est la musique qui l’est... Selon moi, la musique, c'est l'infini et le vide. C'est l'unique moyen d'accéder à la toute-puissance intérieure pour réussir à communiquer réellement.

Où écouter du jazz ?

N’importe où, n’importe quand !

Comment découvrir le jazz ?

Ecoute n'importe quoi et n'importe qui ! S’il y a un bruit qui te plait, c'est par la qu'il faut aller…


Le portrait chinois de Connie

Si j’étais un animal, je serais un martinet,
Si j’étais une fleur, je serais du mimosa,
Si j’étais un fruit, je serais une banane,
Si j’étais une boisson, je serais un Pac à l’eau,
Si j’étais un plat, je serais un sushi,
Si j’étais une lettre, je serais un Z… qui veut dire Zorro !,
Si j’étais un mot, je serais clap,
Si j’étais un chiffre, je serais 6,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais sol.


Les bonheurs et regrets musicaux

Connie : je ne crois pas qu’on puisse vraiment parler de réussite ou d’échec dans la musique… Cela dit, mon plus grand regret est de n’avoir qu’une vie ! J’aimerais savoir faire sonner une trompette !

Blyde : j'espère ne jamais avoir ni bonheur, ni regrets musicaux…



Sur l’île déserte avec Connie

Quels disques ? Kind of Blue de Davis et La Llorona de Lhassa.

Quels livres ?  Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan.

Quels films ? La Loi du marché de Stéphane Brizé.

Quelles peintures ? L’antipape de Max Ernst.

Quels loisirs ? Cuisiner.


Les projets

Connie : Connie & Blyde, bien sûr, mais aussi les Banan’N Jug et, à partir de septembre, un projet avec le Grand Ensemble Koa. J’aimerais aussi réaliser une création radiophonique.

Blyde : dans l'immédiat : du Jazz énervé, de la musique de chambre, du Rock Noise, du Ragtime électrique, de la musique traditionnelle de l'est... Et demain : du quatuor à cordes, de la folk et du Ragtime électrique !


11 juin 2016

Tempo Jazz à Sorano

L’Espace Sorano conclut sa saison de concerts de jazz par Tempo Jazz, un festival qui se déroule du 20 au 26 mai 2016. Journaliste, commissaire d’expositions, fondateur de jazz&people… Vincent Bessière assure la direction artistique de la programmation jazz à l’Espace Sorano et organise Tempo Jazz autour de quatre concerts et une exposition de photos.


Ex-Maisons des Jeunes et de la Culture de Vincennes, ouverte en 1961, l’Espace Sorano a été rénové et rebaptisé en 2000. Soutenu par la Ville de Vincennes, l’Espace Sorano propose aussi bien des cours d’anglais, d’arts plastiques et d’œnologie que des pièces de théâtre, des films et des concerts… En l’occurrence, Bessières a programmé le trio de Vijay Iyer, Nanan !, spectacle imaginé par Lydie Dupuy, Julien Lourau Electric Biddle, Initiative H et une exposition de photos de Philippe Lévy-Stab.


Vijay Iyer Trio
Espace Sorano – 20 mai 2016

Entre ses duos avec Craig Taborn, Rudresh Mahanthappa ou Wadada Leo Smith, Holding avec Mike Ladd, son sextet, la musique de chambre, ses cours à Harvard et tout le reste, Iyer est un musicien hyperactif ! C’est en 2009 que sort Historicity, le premier disque du trio qu’Iyer a créé avec Stephan Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie. En 2012, Accelerando consacre le trio en remportant de multiples prix. Quant à Break Stuff, publié en 2015, il marque l’entrée du trio chez ECM. Depuis son concert avec The Mystic Rhythm Society de Steve Coleman à La Villette, en 1995 (Myths, Modes And Means, enregistré pendant le concert, est le premier volet de la trilogie Live At The Hot Brass), Iyer s’est produit à de multiples occasions en France.


Pour la soirée Tempo Jazz, le trio d’Iyer joue des morceaux extraits de leurs trois disques et quelques nouveautés. Ils enchaînent les morceaux sans s’arrêter. Dès les premières notes, il est clair que le trio se connaît sur le bout des doigts et joue en osmose : les échanges sont précis, les dialogues carrés et la mise en place au cordeau. La musique du trio se caractérise par une présence rythmique et une énergie imposantes. Iyer combine ses multiples expériences musicales dans des morceaux qui naviguent entre contemporain lyrique, courant répétitif et avant-garde jazz, toujours soutenus par des cadences entraînantes. A l’instar de l’AACM (et de M’Base), le trio marie tradition (courts passages en walking et chabada, jeux sur « Salt Peanuts »…) et free. Fort d’une technique exceptionnelle et d’une créativité indiscutable, le jeu d’Iyer – synthèse de multiples influences, dont Thelonious Monk, Keith Jarrett… – est un alliage de puissance et de complexité harmonique, mais sans jamais perdre de vue le cap mélodique de ses thèmes. Crump possède un gros son grave. Ses pédales sourdes, ses riffs vigoureux, ses lignes grondantes et ses ostinatos en shuffle garantissent une pulsation solide et rajoutent une dimension rythmique. Le drumming de Gilmore est impressionnant : sur des carrures robustes (une grosse caisse costaude), il est tour à tour foisonnant et musical, touffu et brutal ou tout en subtilité polyrythmique. La paire Iyer – Gilmore n’est pas sans rappeler Leo Smith – Pheeroan Aklaff (dans le bis, par exemple).

Le Vijay Iyer Trio propose une musique intense et compacte qui s’adresse sans doute davantage au cerveau qu’au cœur, mais reste d’une qualité prodigieuse du début à la fin.



Julien Lourau Electric Biddle
Espace Sorano – 21 mai 2016

Lourau touche presqu’à tout : le funk avec Groove Gang, l’électro avec Gambit, le free-jazz-rock avec Marc Ducret, le jazz contemporain avec Henri Texier, etc. A la fin des années quatre-vingt, installé à Londres, Lourau fréquente l’underground. Dans le nord-est de Londres, au Biddle Bros, à Clapton, il monte l’Electric Biddle avec Hannes Riepler à la guitare électrique, Dave Maric au piano et claviers et Jim Hart à la batterie.

Comme l’indique le nom du quartet, l’électricité s’invite dans la musique. Tout d’abord avec la guitare de Riepler, évidemment, mais aussi avec Maric qui, en plus de son piano, utilise un clavier midi et moult tablettes, et Lourau qui se sert de pédales pour tirer des sons insolites de ses saxophones. Le quartette prend son temps pour planter les décors et asseoir l’ambiance des morceaux. Effets bruitistes, riffs électro, nappes étirées, réverbération, motifs lancinants… sont soutenus par des rythmes binaires dans un style fusion, des accents latinos, ou des lignes groovy. Les frappes musclées, le jeu exubérant et la sonorité sèche d’Hart donnent de la force à l’Electric Biddle. Maric se partage entre des interactions rythmiques avec la batterie, des enchaînements électroniques et des lignes dynamiques souvent pimentées de traits sud-américains. Minimaliste et élégant, Riepler prend des chorus entraînants et sa sonorité brillante apporte une touche rock, sans tomber dans les excès trop souvent criards des guitar-heros. Lyrique à souhait et d’une assurance à toute épreuve, Lourau déborde d’idées mélodiques, qu’il met en scène avec brio, servi par un gros son ensorcelant, quel que soit le saxophone.


Sur fond d’avant-garde contemporaine électro et de jazz-rock, l’Electric Biddle reste ouvert sur la musique latine, le hard bop, le free… sans se départir d’un sens de la danse contagieux !


Initiative H invite Vincent Artaud, Médéric Collignon et Emile Parisien
Auditorium Pierre Miquel – 22 mai 2016

C’est en 2012 que le saxophoniste et claviériste David Haudrechy crée Initiative H. L’orchestre, basé à Toulouse, a sorti Deus Ex Machina en 2014 et Dark Wave en 2015, deux disques publiés par Neuklang.

Pour Tempo Jazz, outre Haudrechy, Initiative H est constitué de Ferdinand Doumerc aux saxophones et à la flûte, Gaël Pautric aux saxophones et à la clarinette basse, Nicolas Gardel et Cyril Latour à la trompette, Olivier « Lapin » Sabatier au trombone, Lionel Segui au trombone basse, Florent Hortal à la guitare, Amaury Faye au piano et claviers, Julien Duthu à la basse et contrebasse, Pierre Pollet à la batterie et Florent « Pepino » Tisseyre aux percussions. Comme pour Dark Wave, Initiative H invite Médéric Collignon au bugle et à la voix, Emile Parisien au saxophone soprano et Vincent Artaud aux claviers.

Comme l’explique Haudrechy en introduction, Dark Wave est une suite dédiée à une caste de surfeurs de l’extrême qui vont chercher des vagues dans l’Arctique et l’Antarctique. C’est également une référence au mouvement musical éponyme apparu au début des années quatre-vingt.


Le répertoire du concert tourne autour de dix morceaux tirés de Dark Wave et de Deus Ex Machina. Initiative H s’appuie sur la diversité des timbres pour jouer sur les textures – nappes électro, réverbération, chœurs éthérés, unissons aériens, contrepoints élégants – et développer des ambiances solennelles : ouverture grave (« Dark Wave »), ballade majestueuse (« Silent Storm »), morceau épique (« The Black Night », hommage à la légende du surf Miki Dora), hymne dramatique (« Love And Death »)… Ces climats sombres laissent souvent place à des passages énergiques portés par des valses (« Dark Wave »), rock (« Love And Death »), funk (« Transmission ») et autres envolées foisonnantes (« Désillusion »). Haudrechy met du pathos dans ses mélodies, soigne la structure des voix et s’appuie sur une base rythmique carrée et efficace, d’autant plus dansante que les percussions s’intercalent habilement entre les motifs de la batterie et les riffs de la basse. Le côté symphonique de la musique d’Initiative H évoque également le cinéma (Enio Morricone dans « Dark Wave », Eric Serra dans « Lost In Paradise »…), même si Haudrechy aménage quelques plages pour la trompette lumineuse de Gardel (« Silent Storm »), le ténor trapu de Doumerc (« Transmission »), le piano contemporain de Faye (« The Black Knoght ») ou la guitare lyrique d’Hortal (« Love And Death »). Outre ses nombreuses interventions vocales qui tombent toujours à bon escient, Collignon prend, notamment dans « Blackout », un chorus splendide au bugle, inventif et captivant. Quant au soprano de Parisien, il reste une référence en matière de développement mélodique : les thèmes décollent progressivement, dans un suspens palpable, pour aboutir à des lignes free qui ne perdent jamais de leur musicalité.

Le jazz selon Initiative H va droit au plaisir de jouer. Haudrechy et ses compagnons parviennent à une musique populaire parsemée d’ingrédients complexes.


Jazz, The Sound Of New York
Philippe Lévy-Stab

Voilà plus de trente ans que Lévy-Stab photographie des musiciens de jazz. Il a installé sa galerie rue Leneveux, dans le quatorzième arrondissement de Paris, mais se retrouve fréquemment à New York où son Hasselblad saisit aussi bien les jazzmen que la ville.

Jazz, The Sound Of New-York propose essentiellement des portraits de musiciens, mais aussi quelques vues de New-York. Les photos exclusivement en noir et blanc, les tirages gélatino-argentiques sur papier baryté (le plus classe), les encadrements sobres et distingués, les éditions tamponnés et signés et l’accrochage minutieux viennent confirmer le slogan de Lévy-Stab : « Fine Art Jazz Photography ».

Jeux de lumières et ombres géométriques, New York est représentée surtout de nuit, à travers ses ponts, ses rues et ses gratte-ciels. Quant aux musiciens, Lévy-Stab les prends plutôt hors scène, quand ils ne jouent pas, dans des poses paisibles ou d’attente : Jeremy Pelt au bar, Hank Jones dans les escaliers du Birdland, Roy Hargrove contre un pilier, Wayne Escoffery allongé…  

Photographe esthète dans la lignée d’Herman Leonard ou de Jean-Pierre Leloir, Lévy-Stab met en valeur avec beaucoup d’élégance les jazzmen… et New York.

A noter au passage que dans les coursives de l’Espace Sorano, hors festival, Fabrice Journo expose également ses photographies. Lui aussi propose des clichés en noir et blanc, mais imprimés à l’encre et encartonnés. L’approche de Journo relève davantage du photojournalisme : les musiciens sont tous pris sur le vif d’un concert. Avec leurs cadrages dynamiques et des artistes dans le feu de l’action, les photos de Journo sont pleines de vie.

31 mai 2016

Murmures au Triton

En résidence au Triton depuis 2015, Yves Rousseau multiplie les projets : Akasha avec Régis Huby, Jean-Marc Larché et Christophe Marguet ; le Spirit Dance Quintet en compagnie de Fabrice Martinez à la trompette, David Chevallier à la guitare, Bruno Ruder aux claviers et Marguet ; Absolutely Free accompagné d’Elise Caron et de Larché ; le Wanderer Septet composé d'Huby, Larché, Thierry Péala, Pierre-François Roussillon, Edouard Ferlet, Xavier Desandre Navarre, … et le dernier né : Murmures, qui se produit les 12 et 13 mai dans le club star de Montreuil.

Pour Murmures Rousseau fait appel à des musiciens d’horizons différents : la chanteuse Anne Le Goff  (Mikrokosmos, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, Côté Sud…), le clarinettiste basse Thomas Savy (Archipel, Compagnie Nine Spirit, Slow Band…), le guitariste Pierrick Hardy (Jusqu’au dernier souffle, Daniella Barda, Olivier Ker Ourio…), et le percussionniste Keyvan Chemirani (Chemirani Ensemble, Louis Sclavis, Sylvain Luc…).

Rousseau a construit Murmures autour de textes de François Cheng. Le nom du projet est d’ailleurs tiré d’une phrase extraite de L’Eternité n’est pas de trop (2003). Poète, romancier, essayiste, calligraphe… Cheng a reçu moult prix, dont le Femina, en 1998, pour Le Dit de Tianyi. Membre de l’Académie Française depuis 2002, l’auteur, d’origine chinoise, est également Officier de la Légion d’honneur. Quand Rousseau lui a demandé l’autorisation d’utiliser ses écrits, Cheng lui a répondu : « la poésie est un partage »… A méditer !

Le concert s’articule autour de dix morceaux qui mettent en musique les textes de Cheng, chantés ou déclamés par Le Goff. Rousseau ne met en avant aucun soliste et préfère privilégier les interactions du groupe : entrelacs des voix (« Chaque jour de toute une vie »), contrepoints rythmiques (« Un jour si je me perds en toi ») unissons mélodiques (« Un jour les pierres »), dialogues subtils, mélodie soignées (« Pierre à encre »)… Outre la structure des morceaux, Murmures rappelle d’autant plus la musique de chambre du début du vingtième siècle que le chant évoque souvent des lieder (« Nous n’y pouvons plus rien ») et l’instrumentation du quintet est acoustique avec une sonorité très naturelle.


Avec le timbre chaud de sa belle voix d’alto, Le Goff marie ses vocalises aux volutes de la clarinette basse et de la contrebasse (« Un jour les pierres ») et donne de la gravité aux textes (« Chaque jour de toute une vie »). D’une précision et d’une ingéniosité confondantes, Savy met aussi la sonorité chaude et claire de sa clarinette basse au service du quintet. Aussi à l’aise dans des envolées débridées (« Lorsque nous nous parlons ») que dans des développements contemporains (le chorus a capella de « Avoir tout dit »), ses accompagnements soulignent toujours avec élégance la voix de Le Goff (« Un jour les pierres ») ou le zarb. Les boucles, riffs, ostinatos, motifs… d’Hardy, sobres et minutieux, s’immiscent toujours à bon escient dans la discussion (« Lorsque nous nous parlons »). Il s’aventure également dans la musique andalouse (« Avoir tout dit »), ou, avec ses douze cordes, dans des ambiances aux accents médiévaux. Le zarb apporte une touche de musique du monde, mais sans excès (« Lorsque nous nous parlons »). Rompu aux exercices du jazz d’avant-garde, Chemirani allie virtuosité et musicalité (« Un jour si je me perds en toi ») et le son de ses percussions – alliage de peaux et de terre – est particulièrement séduisant. Rousseau est égal à lui-même : gros son, pulsations entraînantes (« Un jour les pierres »), lignes mélodieuses (« Chaque jour de toute une vie »), archet sagace (« Chaque jour de toute une vie »), écoute attentive (« Nous n’y pouvons plus rien »)… Le contrebassiste sert la « grand-mère » comme pas un !

Même s’ils s’inscrivent le plus souvent dans une lignée « jazz sous le signe de la musique contemporaine », les projets de Rousseau se suivent, mais ne se ressemblent pas ! Surprenants et pétillants, souhaitons que les Murmures fassent bientôt parler d'eux dans un disque…

29 mai 2016

Equal Crossing au Théâtre 71

Equal Crossing est le dernier né des projets de Régis Huby, avec Marc Ducret à la guitare, Bruno Angelini au piano et claviers, et Michele Rabbia aux percussions et électronique. Le quartet se produit le 12 mai 2016 au Théâtre 71 de Malakoff.

Depuis quelques années déjà le Théâtre 71 programme régulièrement des concerts de jazz dans trois de ses salles : la Grande salle, la Fabrique des Arts ou le Foyer-Bar. En association avec le Théâtre de Vanves et le Studio Sextan, le Théâtre 71 organise aussi les Nouvelles Turbulences, un festival de musique sur quatre jours, consacré principalement au jazz et à la musique contemporaine. Enfin, il propose également des résidences à des musiciens, à l’instar d’Yves Rousseau l’année dernière, et d’Huby cette année. Il faut dire que Pierre-François Roussillon, son directeur, est un ancien concertiste professionnel, dont nous avons pu écouter la clarinette basse dans le Wanderer Septet de Rousseau...

Le concert se déroule dans le Foyer-Bar du théâtre, qui peut accueillir près de cent vingt spectateurs. Avec ses tables et ses chaises disposées en V entre le bar et la scène, cette salle impersonnelle prend des allures de club, voire de guinguette, fort sympathique.

Equal Crossing a été produit pour la première fois sur scène en décembre 2014 au Triton. Depuis, le quartet participe à des festivals, tels que Jazz sous les pommiers, à Coutances, le Festival Jazzdor à Berlin, ou encore Europa [dȝaz] au Mans, en mai 2016. Le concert au Théâtre 71 marque la sortie d’un disque chez Abalone, enregistré aux Studios La Buissonne par Sylvain Thévenard.

Le concert se présente comme une suite en trois mouvements composée par Huby : «  Faith & Doubt » et « Doubt & Fear » constituent le premier mouvement, « Are We From…? », « The Synthesis of Now-Here » et « The Crossing of Appearances » forment le deuxième mouvement, « Imaginary Bridges » et « Horizon’s Crossing »  composent le troisième.

En guise d’introduction, Huby revient sur le titre disque : « Equal, égal, et Crossing, dans l’idée de croisement, mais aussi de traversée vers l’autre ». Car, comme le rappelle le violoniste, en musique, « le repli sur soi ne marche pas… On a besoin des autres pour jouer… Et de se nourrir de la différence de l’autre… D’où ce titre : Equal Crossing ».


Dès le démarrage de « Faith & Doubt », le ton est donné : un grondement électro en toile de fonds sur laquelle viennent se greffer des effets bruitistes – frottements, stridences, grattements, notes isolées, sons lointains… La plupart des transitions entre les mouvements se déroulent dans cette ambiance très science-fiction. Quant au développement des morceaux, il s’apparente à de la musique de chambre électro-acoustique à tendance rock progressif : les voix se mêlent, se répondent ou se croisent dans une débauche d’énergie. Angelini passe d’un jeu de piano contemporain à du rock alternatif endiablé au Fender Rhodes ou débobine une ligne de basse sourde sur le Mini Moog. Entre son ordinateur, sa batterie et ses percussions en tous genres, Rabbia alterne bruitages électro, frappes binaires imposantes et motifs rythmiques mélodieux. Si la guitare apporte évidemment une teinte punk ou rock déjanté à la Jimi Hendrix, le jeu complexe de Ducret renforce aussi le côté musique contemporaine du quartet. Quant à Huby, il s’appuie sur un nombre impressionnant de pédales pour électrifier son violon qui évoque tantôt une voix, tantôt un violoncelle, voire un synthétiseur… et qui lui permet d’affermir son discours jazz-rock. La réverbération donne également de l’emphase aux mélodies et le violoniste laisse éclater son lyrisme dans des solos tendus, à l’archet ou en pizzicato. Comme c’est souvent le cas avec Huby, dans Equal Crossing les constructions contemporaines complexes côtoient la brutalité du rock.


Cette constatation est encore plus vraie sur disque car la résonance de la salle a tendance à légèrement amalgamer les sons. La lisibilité des voix met d’autant plus en relief la subtilité de l’architecture des morceaux et les nuances sonores. Sur disque, Equal Crossing gagne en emphase et en gravité ce qu’elle perd dans la puissance du concert. La suite d’Huby confirme sa grande homogénéité et un caractère cinématographique. 



Musique de chambre électro-acoustique free punk théâtrale… Equal Crossing pose les bases d’une musique romantique du futur !





16 mai 2016

Les Notes de la Marée de mars - III


Les prises de mars furent bien fournies ! Voilà les troisièmes et dernières nouveautés...

       

    


    


The Looking Glass – Robin McKelle

Depuis Introducing Robin McKelle, en 2006, la chanteuse sort un album tous les deux ans : Modern Antique, Mess Around, Soul Flower, Heart of Memphis et, en mars 2016, The Looking Glass, pour le label Doxie, chez Soul Brother Records.

Pour ce disque, dont elle a composé les dix titres, McKelle est entourée d’Al Street à la guitare, Ray Angry au piano, Jack Daley à la basse et George « Spanky » McCurdy à la batterie.

Un timbre chaud d’alto, avec des pointes rocailleuses, une souplesse éprouvée et une mise en place solide donnent à la voix de McKelle un charme indéniable. Street et Angry collent aux mélodies, tandis que Daley et McCurdy maintiennent un groove efficace : le quartet est au service du chant. Les morceaux respectent la structure couplets – refrain et la production, carrée, ne laisse pas de place à l’improvisation. Intimes, les chansons parlent surtout d’amour. McKelle puisent ses ambiances dans le rock (« gravity »)»), la pop (« Advantage »), la soul (« Forgive Me »), le folk (« Brave Love »)…

Avec The Looking Glass, McKelle ne passe pas de l’autre côté du miroir et reste sagement dans le monde bien réel de la soul intimiste. Pour les amateurs du genre.

Lorenzo Naccarato Trio

En 2010, à l’occasion d’une master class avec Claude Tchamitchian, le pianiste Lorenzo Naccarato rencontre le contrebassiste Adrien Rodriguez. Deux ans plus tard, ils montent un trio avec Benjamin Naud à la batterie.

Le premier disque, Lorenzo Naccarato Trio, sort chez Laborie Jazz le 10 mars 2016. Il contient cinq morceaux signés Naccarato. Le trio ne se centre pas sur le pianiste et s’efforce de développer collectivement les thèmes : avec ses ostinatos et la frappe sèche et mate de la batterie, « Komet » prend des allures pop ; sur une pédale du piano, suivie de boucles aux consonances orientales, « Animal Locomotion » se déroule sur un mouvement répétitif, avec une contrebasse puissante, mais minimaliste, et une batterie qui fourmille ; « Breccia » est une ballade de bon goût ; les splash sur les cymbales et l’archet emphatique confèrent un caractère majestueux à « Mirko Is Still Dancing » ; les riffs soutenus et les motif circulaires tendus du piano, la contrebasse qui joue les guitares électriques… donnent un côté rock à « Heavy Rotation ».

Lorenzo Naccarato Trio propose une musique séduisante, dense et maitrisée.

New York Sketches – Renaud-Gabriel Pion

Multi-instrumentiste – clarinette basse, cor anglais, saxophone, flûte basse, piano… – et artiste aux talents variés – musique et photographie –, Renaud-Gabriel Pion navigue entre musique répétitive (First Meeting – 2000), musique du monde (Qalandar – 2015) et avant-garde (Paradise Alley – 2008, Voices In A Room – 2015). New York Sketches, son cinquième disque, sort en avril 2016 chez DUX Jazz. Pion s’inspire de toutes les influences qu’il puise dans cet inépuisable creuset qu’est New York.

Treize des quinze morceaux ont été composés par Pion, « Palestrina » est signé Ryuichi Sakamoto, et « Eternity Is A Long Time » (phrase souvent attribuée à Woody Allen) est une variation sur le Piano Phase de Steve Reich. Les titres évoquent la Grosse Pomme : « The New CPW » pour Central Park West, « Raggamuffin Brooklyn », « Punjab to NY »,  « B Train » pour la ligne de métro (mais aussi un clin d’œil à Duke Ellington), « New Moon Over City Hall »…

Pion assure lui-même toutes les parties, mais invite également Arto Lindsay (DNA, The Lounge Lizards…), Barbara Gogan (The Passions), Iva Bittová, Erik Truffaz et Sakamoto. Pion ajoute une touche de réalisme citadin en parsemant sa musique de bruits de rue (« One Man Fanfare In A Cab »), un brouhaha (« Punjab To NY »), des voix off radiophonique (« Radio Audience »), des roulements de train (« 2nd Opening Night »), des sirènes de police (« Eternity Is A Long Time »)…

Des mélodies soignées, des développements sans structure préconçue, une organisation des voix tracée au cordeau… New York Sketches est un melting pot musical : lyrisme exacerbé par un saxophone réverbéré et lointain (« The New CPW »), blues dans un décor jungle à la Ellington (« 2nd Opening Night »), réminiscences New Orleans (« One Man Fanfare In A Cab »), fond rythmique africain (« Punjab To NY »), atmosphère latine (« Sourceless Light »), environnement pop dans un style Music-Hall (« Land »), traits de ragtime (« Raggamuffin Brooklyn »), climat minimaliste répétitif (« Traffic Jam! »), ambiance d’Europe centrale (« Extérieur nuit 2 »)… Le tout sur des tempos plutôt tranquilles.

Entre la nostalgie des années folles et du Pop Art et la magie du New York d’aujourd’hui, Pion livre sa vision de « la ville qui ne dort jamais » dans un disque qui se parcourt comme un album photo personnel.

Broadways – Red Star Orchestra & Thomas de Pourquery

Créé en 2009 par Johane Myran (Olivia Ruiz, T.I.M., The Chair…), le Red Star Orchestra est une formation de dix-sept musiciens. En 2012, peu après la sortie du premier disque de l’orchestre, Oivia Sings For The Red Star, Myran invite un copain d’avant du CNSM, Thomas de Pourquery (DPZ, Supersonic, MégaOctet…), pour interpréter des standards de la chanson américaine.

Le premier concert de Broadways a lieu en 2014 à Saint-Ouen et c’est chez Label Bleu, en mars 2016, que le disque sort, enregistré par Philippe Teissier du Cros. Au programme, huit saucissons : « You Don’t Know What Love Is », composé en 1941 par Gene De Paul et Don Raye pour Keep ‘Em Flying, un film d’Arthur Lubin pour la série les Deux nigauds ; « Bye Bye Blackbird », né en 1926 de la collaboration entre Ray Henderson et Mort Dixon, et popularisé par Gene Austin ; l’incontournable « My Funny Valentine », écrit par Richard Rodgers et Lorenz Hart en 1937 pour le spectacle musical Babes In Arms ; « Night and Day » de Cole Porter pour Gay Divorce, le show qui a lancé la carrière de Fred Astaire en 1932 ; « My Way », la version en anglais du tube de Claude François et Jacques Revaux, « Comme d’habitude », adaptée par Paul Anka en 1968 ; « Speak Low » que Kurt Weill et Ogden Nash ont produit en 1943 pour la comédie musicale One Touch Of Venus ; « Lush Life », chanson que Billy Strayhorn a commencé à composer en 1933, qui l’a fait embaucher par Duke Ellington en 1939, et qu’il publie finalement en 1949… ; « I’ll Be Seeing You »  créée en 1938 par Sammy Fain et Irving Kahal et devenu un hit en 1944 avec la version de Bing Crosby.

Les arrangements de Myran forment des écrins tour à tour cinématographiques (« Bye Bye Blackbird »), swings (« Night And Day »), typiques music-hall (« Speak Low »), soyeux, presqu’élisabéthains, (« My Funny Valentine »), aux nuances latinos (« I’ll Be Seeing You »)… sur lesquels de Pourquery donne libre cours à son goûts pour les chanteurs de charme, à tendance Franck Sinatra (« My Way », évidemment).

Plus proche du Tin Pan Alley que de l’avant-garde, Broadways va ravir tous les fans de crooners.