02 septembre 2018

Des voyageurs au Triton…


Le 9 juin, Sébastien Texier et Christophe Marguet jouent au Triton pour le lancement de For Travellers Only, sorti chez Cristal Records le 6 avril.  François Thuillier, tuba, et Manu Codjia, guitare, se joignent au saxophoniste et au batteur pour former un quartet qui a mis près de vingt-cinq ans à mûrir... 


L’instrumentation, sans piano et avec le tuba dans le rôle de la contrebasse, donne une sonorité unique au quartet. Les deux leaders se partagent les dix compositions. La construction des morceaux – introduction / thème / solos / thème – s’inspire du be-bop et les développements piochent largement dans le free.


Le concert démarre avec le solennel « The Same But Different » : les cymbales crépitent, le tuba gronde, les accords de la guitare vibrent, puis Texier rejoint ses compères pour exposer le thème à l’unisson. Sur un accompagnement sobre et vif, le saxophone alto et la guitare partent ensuite dans des chorus néo-bop. Avec sa mélodie subtile sur des ostinatos, des contrepoints et des effets de réverbération, « Le jardin suspendu » est particulièrement élégant. Ambiance africaine pour « Hurry Up », porté par des riffs et des rim shot évocateurs… suivi d’un solo de Thuillier impressionnant de vivacité et d’ingéniosité, avec la voix qui se met de la partie, puis une conclusion explosive de Marguet, soutenu par ses compères.

Ballade à trois temps, « Peace Overture » est placée sous le signe de l’intimité : une batterie qui bruisse, un tuba économe, une guitare sinueuse et un alto pepperien. « Travellers » fait la part belle à des contrepoints énergiques, des phrases superposées et autres dialogues croisés… sur des lignes de walking et chabada, dans un esprit Third Stream. A la clarinette, Texier expose « Cinecitta », une jolie mélodie dans une veine klezmer qui permet au quartet de montrer sa maitrise du suspens. Au chorus envoûtant de la clarinette répond un solo de guitar hero tendu. Après cette évocation de l’Hollywood sur Tibre, les musiciens rendent hommage aux « Migrants ». L’air commence dans une atmosphère majestueuse, accentuée par le tuba dans les graves sur les chœurs onctueux de la guitare et de l’alto et les cliquetis délicats de la batterie, puis le morceau se transforme en une complainte violente, dans une ambiance free, parsemée de cris déchainés. Après une entame digne d’un rock débridé, « Next Door » prend une direction néo-bop pleine de swing.


« Eddie H », hommage au saxophoniste Eddie Harris et plus généralement aux musiciens noirs de Chicago, possède tous les ingrédients du funk : rythmique chaloupée, thème-riff efficace, accents bluesy, envolées de shouter, phrases en vagues, traits virtuoses… Le concert s’achève sur « Lilian’s Tears », une valse entraînante, intense et raffinée.


Le Sébastien Texier & Christophe Marguet Quartet propose une musique sans frontière, fusion de bop, free, funk, blues, folk… Un voyage captivant For Travellers Only, peut-être, mais à mettre entre toutes les oreilles !

Le disque

For Travellers Only
Sébastien Texier & Christophe Marguet Quartet
Sébastien Texier (as, cl), François Thuillier (Tu), Manu Codjia (g) et Christophe Marguet (d).
Cristal Records – CR260
Sortie le 6 avril 2018







Liste des morceaux

01. « The Next Door », Marguet (4:51).
02. « Cinecitta », Texier (6:24).
03. « The Same but Different », Marguet (6:51).
04. « Travellers », Texier (3:07).
05. « Peace Overtures », Marguet (4:38).
06. « Hurry Up », Texier (4:54).
07. « Migrants », Texier (5:10).
08. « Le Jardin Suspendu », Marguet (4:39).
09. « Lilian’s Tears », Texier (4:56).
10. « Eddie H », Marguet (5:42).

31 août 2018

Freddy Morezon au Studio de l’Ermitage


Le 7 juin 2018, Freddy Morezon s’installe au Studio de l’Ermitage pour une soirée avec trois groupes qui sortent trois albums sur trois labels : Airs de Moyenne Montagne de La Soustraction des Fleurs, chez Umlaut Records, Trois oiseaux de Sweetest Choice, chez Mr Morezon, et Tribute To An Imaginary Folk Band de Bedmakers, chez Babel Label…

Né en 2002, le collectif toulousain Freddy Morezon regroupe désormais une quinzaine de musiciens autour d’une vingtaine de projets. Outre la production et la diffusion de créations musicales, Freddy Morezon organise également des concerts (le rendez-vous mensuel Freddy Taquine), des masters class, des ateliers musicaux… et, depuis 2006, il possède son propre label, Mr Morezon.


Airs de Moyenne Montagne
La Soustraction des Fleurs

Les violonistes Jean-François Vrod et Frédéric Aurier jouent ensemble depuis les années quatre-vingt-dix. En 2003, avec le percussionniste Sylvain Lemêtre, ils créent le trio La Soustraction des Fleurs. Le trio explore les musiques traditionnelles du Massif Central et d’ailleurs. En 2006 ils enregistrent un premier album éponyme pour Signature, le label de Radio France, suivi, en 2015, d’un deuxième opus : L’après de l’avant. Le dernier né, Airs de Moyenne Montagne, sorti en janvier 2018, est constitué de deux disques : « L’amont », qui reprend la musique composée pour Les Fêlés, spectacle créé en 2006 par la chorégraphe Cécile Magnien, et « L’aval », enregistré en 2017.

Pendant le concert, La Soustraction des Fleurs joue une partie des seize morceaux de « L’aval ». Toutes les compositions ont été écrites par le trio.


Dès les premières notes, les deux violons et le zarb s’emballent, avec la voix qui ajoute son grain de sel, dans un maelstrom rythmique contemporain, qui débouche bientôt sur une ritournelle aux consonances médiévales. Sur un zarb énergique, les violons se lancent ensuite, en contrepoints, dans un une tournerie folklorique pimentée de dissonances. La musique contemporaine revient sur le devant de la scène, avec des frottements, couinements, crissements, feulements… et autres effets des violons, suivis de lignes mélodico-rythmiques désarticulées, entre pizzicatos et archet, pour finir par un joli clin d’œil aux mélodies baroques. Une farandole, jouée tantôt à l’unisson, tantôt en contrechants, et portée par la pulsation dynamique du zarb, oscille entre danse et abstraction. La baie d’Audierne à marée basse (sic) est dépeinte par des violons préparés et la voix, qui rivalisent d’expressivité : grincements, souffles, sirènes, stridences, sifflements… tout à fait dans l’esprit de la musique concrète. Le zarb installe ensuite un rythme entraînant, quasi rituel, et le morceau devient sombre et majestueux. Après cet air maritime, les deux violons pastichent un air du Moyen-Age, que le zarb transforme en une danse entraînante, qui s’achève par des échanges déchaînés quasi-free… « Colindada » porte bien son nom : à partir d’un air de Noël joué en Picardie, le trio se lance dans des collages sonores improbables, dans lesquels la voix divague (« dit vague », comme dirait un compère d’Uzeste), les violons s’interpellent à qui mieux mieux et le zarb se déchaîne, avant que le trio ne conclue le concert sur une tournerie folklorique irrésistible…

Savants et populaires, joyeux et tristes, sophistiqués et dansants, ensoleillés et obscurs… les Airs de Moyenne Montagne présentent indubitablement deux versants : L’adret et L’ubac…

Le disque

Airs de Moyenne Montagne
La Soustraction des Fleurs
Jean François Vrod (vl, voc), Frédéric Aurier (vl, voc) et Sylvain Lemêtre (zarb, voc)
Umlaut Records – UMFR-CD2425
Sortie le 22 janvier 2018





Liste des morceaux

Disque 1 - Amont

01. « Aléas de Notice », Vrod (02:02).
02. « Dans 4 Temps à Table », Aurier & Lemêtre (02:41).
03. « En Forme De Gallinacé », Lemêtre (01:36).
04. « OA », Vrod (00:36).
05. « AE », Vrod & Lemêtre (01:11).
06. « Les Pleureurs », Vrod (02:42).
07. « Happy 14 Temps », Vrod (02:54).
08. « 2 Guitares » (02:44).
09. « Electrochoc », Vrod & Lemêtre (01:22).
10. « Obstiné Mais Clair », Aurier & Lemêtre (00:31).
11. « Obstiné Mais Indécis », Aurier & Lemêtre (00:48).
12. « Obstiné Mais Matinal », Aurier & Lemêtre (00:43).
13. « Obstiné Mais Sans Excès », Aurier & Lemêtre (00:37).
14. « Les Pleureurs 2 », Vrod & Lemêtre (02:19).
15. « Chose d'Importance », Vrod (02:07).
16. « Tango 2TX », Vrod, Aurier & Lemêtre (03:49).
17. « Last Dance, Last Chance », Vrod, Aurier (02:27).

Disque 2 – Aval

01. « La Mazurka du Bout du Quai », Vrod (01:55).
02. « Ou Sommes-Nous ? », Vrod (02:31).
03. « Echo de Ressort », Vrod, Aurier & Lemêtre  (01:53).
04. « Air de Moyenne Montagne en Automne », Vrod (03:12).
05. « Total Rebonds », Vrod, Aurier & Lemêtre (01:14).
06. « Post Milton », Vrod, Aurier & Lemêtre (02:53).
07. « Nez Bouché (Une Seule Narine) », Vrod, Aurier & Lemêtre (03:16).
08. « Rêve de Mouche », Vrod (03:44).
09. « Le Chasseur et le Rossignol », Vrod, Aurier & Lemêtre (04:05).
10. « La Racleuse », Vrod (03:52).
11. « Norsechretto », Vrod, Aurier & Lemêtre (00:46).
12. « Tréméoc », Vrod, Aurier & Lemêtre (04:14).
13. « Destins Parallèles », Vrod, Aurier & Lemêtre (00:52).
14. « Pour Un Roi Pacifique », Aurier (01:52).
15. « Scordature Trou D'Air », Vrod, Aurier & Lemêtre (01:34).
16. « Colindada », Vrod (01:42).



Trois oiseaux
Sweetest Choice

Le trompettiste Sébastien Cirotteau et le guitariste (à douze cordes) Benjamin Glibert forment un duo original : Sweetest Choice. Leur répertoire va de la musique médiévale à Luigi Nono (enfin pour l’instant…). Trois oiseaux, leur premier opus, sort le 7 juin. Pour le concert, le duo reprend sept des huit morceaux de l’album et joue deux inédits.


L’introduction mystérieuse de la trompette laisse place à une élégante mélodie de Maurice Ravel, « Trois beaux oiseaux du paradis », interprétée sur une basse continue qui alterne des riffs d’accords et des motifs arpégés. « La nuit froide et sombre » de Roland de Lassus est basée sur des échanges de contrepoints aux accents médiévaux. Le « Syrinx » de Claude Debussy oscille entre bossa nova, portée par les accords legato de la guitare, et musique contemporaine. Dans la bourrée II de la Suite n°1pour orchestre de Johann Sebastian Bach, la guitare prend une sonorité de luth pour répondre en contrechant à la trompette. Comme dans Trois oiseaux, le morceau se prolonge par un jeu de construction très moderne, « ¿ Donde estás hermano ? », signé Nono. Les échanges mélodico-rythmiques piquants se poursuivent  dans « Milonga para tres », le tango d’Astor Piazzolla. Après une alternance d’accords parcimonieux et de frappes sur la caisse de la guitare, soutenue par une pédale de la trompette, « Dans les bois sauvages », un air de musique ancienne anglaise, monte en tension et se transforme en une tournerie folklorique entraînante. Les dialogues soignés et les phrases solennelles de « Si la noche hace escura », du musicien sévillan de la Renaissance Francisco Guerrero, évoquent presque une chanson d’amour courtois. Le concert s’achève sur la célébrissime chanson interprétée par Mercedes Sosa, « Alfonsina y el mar », composée par Ariel Ramírez sur un texte de Félix Luna (en hommage à la poétesse Alfonsina Storni, qui s’est suicidée en 1938 en sautant d’un brise-lame). Cirotteau commence par réciter le poème avec émotion, puis le duo déroule le thème, empreint de mélancolie, avant de le développer dans une direction plus dansante, sur un rythme latino.

Clarté des timbres, netteté des phrasés, raffinement des constructions… la musique de Sweetest Choice impressionne par sa sobriété intime et distinguée.

Le disque

Trois Oiseaux
Sweetest Choice
Sébastien Cirotteau (tp) et Benjamin Glibert (g).
Mr Morezon 018
Sortie le 7 juin 2018








Liste des morceaux

01.  « Si la noche haze escura », Guerrero (3:29).
02.  « Syrinx », Debussy (3:35).
03.  « Milonga para tres », Piazzolla (6:12).
04.  « Trois beaux oiseaux du paradis », Ravel (3:42).
05.  « Der Leiermann (in Winterreise) », Schubert (3 52).
06.  « Bourrée 2 (in Suite n°1 pour orchestre) », Bach (1:14).
07.  « ¿ Donde estás hermano ? », Nono (5:55).
08.  « Alfonsina y el mar », Ramirez (6:28).


Tribute To An Imaginary Folk Band
Bedmakers

En 2016, Robin Fincker forme Bedmakers avec son compère de Whahay, le contrebassiste Fabien Duscombs, le violoniste Mathieu Werchowski et le batteur Pascal Niggenkemper. L’objectif du quartet est de relire la musique folk anglo-saxonne à leur manière.  

Le répertoire de Tribute To An Imaginary Folk Band, sorti en avril, s’articule autour de deux compositions du guitariste folk américain John Fahey, deux thèmes signés du guitariste écossais Bert Jansch et trois airs traditionnels irlandais ou écossais. Pour le concert, Dave Kane remplace Niggenkemper et le quartet joue cinq morceaux tirés du disque.


La plupart des morceaux alternent passages contemporains, dans un style musique concrète, dialogues chantants et escapades free. Le violon grince, crisse et gémit, pendant que la contrebasse vrombit, gronde et ronfle, tandis que la batterie bruisse, cliquette et foisonne, et que le saxophone ténor claque, souffle et rugit. Fincker lance ensuite des bribes de phrase qui débouchent sur une tournerie furieuse, reprise de plus belle à l’unisson ou à contre-chant par Werchowski, soutenus par les riffs vigoureux de Kane et les frappes puissantes de Duscombs. L’auditeur est irrémédiablement emporté par ce tsunami de rythmes et de mélodies d’une expressivité intense. D’autant plus que Bedmakers gère la tension et le suspens avec maestria.

Avec son jeu varié, nerveux, vif et touffu, Duscombs maintient la pression du début à la fin. Kane possède une belle sonorité ronde, grave et boisée. Ses ostinatos, pédales et autres lignes denses donnent de la gravité aux propos du quartet. Volontiers débridé, Werchowski apporte une touche originale à la palette sonore de Bedmakers. Son archet s’enflamme souvent dans des tuttis effrénés, des allers-retours violents et un jeu particulièrement démonstratif. Quant à Fincker, son gros son au saxophone ténor, parfois couplé à un vibrato profond, la virtuosité de son phrasé, l’aisance de ses articulations et la cohérence de ses développements rappellent Sonny Rollins et John Coltrane. Les idées fusent : d’une ritournelle digne d’un fest-noz à de la musique de chambre contemporaine, en passant des traits be-bop, des jeux acousmatiques et des envolées free… Même clarté à la clarinette et toujours autant de classe !

Fincker et ses compagnons prennent le jazz à la lettre : épris de liberté, ils abolissent les frontières entre musiques populaires et musiques savantes… Les airs folks ou celtiques passés à la moulinette de Bedmakers deviennent un cocktail explosif et jubilatoire !

Le disque

Tribute to an Imaginary Folk Band
Bedmakers
Robin Fincker (ts, cl), Mathieu Werchowski (vl), Pascal Niggenkemper (b) et Fabien Duscombs (d).
Mr Morezon 017 & Babel Label
Sortie le 4 avril 2018





Liste des morceaux

01. « Dying Bedmaker Suite », Fahey (08:37).
02. « The Gardener », Jansch (05:15).
03. « Mac Crimmon's Lament », traditionnel Ecosse (07:32).
04. « Princess Beatrice », traditionnel Ecosse (08:03).
05. « The Road to Lisdoonvarna », traditionnel Irlande (03:38).
06. « Smokey River », Jansch (07:58).
07. « Some Summer Day », Fahey (03:39).

11 juillet 2018

A la découverte de Thomas Bramerie


Le contrebassiste Thomas Bramerie est un hyperactif de la scène française – Olivier Hutman, André Ceccarelli, Laurent de Wilde, Pierrick Pedron, Julien Loureau et beaucoup d’autres ! – et de la scène newyorkaise – Dee Dee Bridgewater, David Sanchez, Jacky Terrasson, Jean-Michel Pilc... Après trente ans de carrière et plus d’une centaine de disques en sideman, Bramerie vient de sortie Side Stories, son premier album en leader, l’occasion de partir à sa découverte…


La musique

J’ai découvert le jazz dès mon enfance, à la maison, grâce à la discographie de mon père. J’ai d’abord étudié la guitare pendant plusieurs années dans une école de musique. Comme l'orchestre avait besoin d'un bassiste, je me suis mis à la basse électrique… un peu malgré moi ! Mais j’étais attiré par le jazz acoustique, donc je me suis procuré une contrebasse…. C’est à se demander parfois si ce n'est pas l'instrument qui choisit le musicien !

Jusqu’à dix-huit ans, j’ai d’abord été élève du guitariste Tony Petrucciani à l'école cantonale de musique de Solliès-Toucas, créée par Yvan Belmondo. J’ai ensuite pris des cours particuliers avec Jean Paul Florens, à Marseille, puis des leçons de contrebasse classique avec Jean-Bernard Rière. A partir de là, le reste de mon apprentissage de la musique de Jazz s'est fait en jouant avec de nombreux musiciens expérimentés.

Mes influences principales sont avant tout les quintets de Miles Davis et le trio Herbie Hancock – Ron Carter – Tony Williams. Aujourd’hui, je suis inspiré par des trios comme ceux de Christian McBride, Brad Mehldau ou Avishai Cohen, entre autres...




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  Le jazz est toute la musique jouée par les jazzmen... Un jazzman est un musicien qui a été – et sera toujours – amoureux de chaque note jouée par Louis Armstrong, Lester Young, Duke Ellington, Django Reinhardt, Thelonious Monk, Charlie Parker, Kenny Clarke, Ray Brown, Davis, John Coltrane, Lee Konitz, Hancock, Carter, Chet Baker, René Urtreger, Jack Dejohnette, Alain Jean-Marie, Joe Lovano, Stéphane Belmondo, Brad Mehldau, Ricardo Del Fra, Mark Turner et des milliers d’autres ! Toutes les notes jouées par les musiciens animés d’un tel amour passionné sont du jazz... Les musiciens de jazz se reconnaissent entre eux, tandis que l’appréciation du jazz par le public et la presse ne correspond pas toujours à celle des jazzmen.

Pourquoi la passion du jazz ? Un des aspects du jazz les plus stimulants pour moi en particulier, et pour les jazzmen en général, est l’interaction entre les musiciens, l’improvisation, et donc la création de la musique dans l’instant, au moment présent. Un morceau de jazz ne peut pas être répété deux fois ! Chaque interprétation d’un même morceau est un nouveau morceau de musique... J’ai écrit des textes sur le sujet dans le livret de mon disque, Side Stories.

Où écouter du jazz ? Une des meilleures façons d’apprécier le jazz est d’aller écouter des concerts. Aller écouter les musiciens jouer cette musique sur scène, au plus proche si possible. Les clubs de jazz sont les lieux idéaux pour ça, pour essayer de percevoir au mieux l’énergie qui circule entre les musiciens lorsqu’ils jouent du jazz...

Comment découvrir le jazz ?  On découvre souvent le jazz quand on a été accroché par une mélodie, un groove, un tempo, un son d’orchestre particulier ou une interprétation… Ella Fitzgerald – ou Cecil McLorin Salvant aujourd’hui – , le Count Basie Big Band – ou le Lincoln Center Orchestra aujourd’hui –, les trios d’Oscar Peterson et d’Ahmad Jamal – ou de Brad Mehldau – ont le pouvoir d’interpeller nos sens... A partir de là, il est intéressant de prendre conscience de ce qui nous a plu et écouter les disques en cherchant les harmonies du pianiste derrière la chanteuse, le groove du bassiste et du batteur derrière le swing du Big Band, la cohésion des trois musiciens derrière le son du trio… Après cette écoute, on peut aller découvrir cette magie dans d’autres orchestres, même si, a priori, ils ne nous avaient pas plu... Le goût n’est pas inné : comme pour la cuisine, la peinture et toute autre expression culturelle, le jazz demande une certaine initiation. Cela dit, personne n’est obligé d’aimer le jazz !

Une anecdote autour du jazz ?  Lors des séances d’enregistrement avec Davis, si l’un des musiciens du groupe n’était pas satisfait de ce qu’il avait joué et le disait, le trompettiste lui répondait : « you played it! » (tu l’as jouée !). Autrement dit, si tu ne voulais pas jouer ces notes, il suffisait de ne pas les jouer au moment de la prise... Et si tu étais à 100% dans ce que tu jouais, tu ne regretterais aucune de tes notes !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais, une cigale,
Si j’étais une fleur, je serais un coquelicot,
Si j’étais un fruit, je serais une figue,
Si j’étais une boisson, je serais une mauresque,
Si j’étais un plat, je serais un cassoulet,
Si j’étais une lettre, je serais X,
Si j’étais un mot, je serais Peuchère !
Si j’étais un chiffre, je serais 9,
Si j’étais une couleur, je serais vert,
Si j’étais une note, je serais bleue,


Les bonheurs et regrets musicaux

Après trente ans de carrière, je suis heureux d'être un musicien toujours actif auprès de musiciens de premier plan… et de n’avoir aucun regret !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? N'importe quel disque de Davis de sa période entre 1956 et 1961 !

Quels livres ? N'importe quel livre de Jiddu Krishnamurti.

Quels films ? N'importe quel film que je n'ai pas encore vu... à condition qu’il soit de Woody Allen !

Quelles peintures ? N'importe quel tableau de Johannes Vermeer.

Quels loisirs ? La pétanque... et une mauresque !




Les projets

Mon projet d'aujourd'hui : je viens de sortir mon premier disque en leader, Side Stories, chez Jazz Eleven, et j'espère pouvoir tourner avec le trio, composé de Carl-Henri Morisset au piano et Elie Martin-Charrière à la batterie.

Par ailleurs je fais aussi partie, entre autres, des formations de Pierrick Pédron, Stéphane Belmondo, Bojan Z, Jacky Terrasson... Une prochaine collaboration avec Eric Legnini est également prévue.

Sinon, je compte aussi enregistrer un disque de chansons Occitanes avec la chanteuse Miquela, ma mère, et le guitariste Emile Bramerie, mon fils...


Trois vœux…

Qu’une grande majorité d’entre nous commence à voir les choses comme elles sont, et non comme nous les imaginons.

Qu’une grande majorité d’entre nous commence à apprécier ce que nous avons, plutôt que désirer ce que nous n’avons pas.

Que mes deux premiers vœux se réalisent, de manière à ce que des questions comme « Quels sont vos trois vœux ? » deviennent ineptes...

07 juin 2018

Obscurity of Light – Rémy Gauche


Passé par le CIM, les Conservatoires d’Orsay et d’Amsterdam et la New School for Jazz and Contemporary Music à New York, le guitariste Rémy Gauche sort Panamsterdam en 2010, Nature Urbaine en 2013 et Obscurity of Light en avril 2018.

Voilà maintenant plus de six ans que Gauche a formé son quartet avec Thomas Koenig au saxophone ténor et à la flûte, Philippe Monge à la basse et Julien Augier à la batterie.  Pour Obscurity of Light, le quartet invite Pierre de Bethmann sur cinq des neuf titres. Monge signe « One of Dany’s Side » et « On-Off », Koenig propose « Cursives » et Gauche a composé les sept autres morceaux.

Le quartet démontre un goût prononcé pour les belles mélodies (« Cursives »), les développements sinueux (« Inès »), les rythmes entraînants (« Il était une fois au royaume d'0yo ») et une prise de son subtile de la guitare électrique, qui permet de préserver une sonorité d’ensemble plutôt acoustique. Gauche se montre volontiers lyrique, avec des incursions dans le bop (« Climatic Changes »), sans oublier le blues (« Bivouac »). Koenig passe d’une ballade du néo-bop (« On-Off ») à des lignes nonchalantes (« Bivouac) et, à la flûte, il a un jeu à a fois direct et chantant, dans une veine presque « vingtiémiste » (« Dark Song »). Monge et Augier forment une section rythmique dynamique, avec une contrebasse minimaliste (« Cimatic Changes ») groovy (« One of Dany’s Side ») et une batterie puissante (« Bivouac »), parfois binaire (« Dark Song »), qui n’hésitent pas à donner de la walking et du chabada (« Inès »). Le Fender Rhodes apporte une touche vintage (« Dark Song ») et de Bethmann souligne avec tact les chorus (« Il était une fois au royaume d'0yo ») ou déroule des lignes dans une veine post-bop (« La mémoire de l’eau »).

Avec Obscurity of Light, Gauche et son quartet poursuivent leur chemin, pavé de mélodies chantantes, de constructions soignées et d’ambiances fringantes…

Le disque

Obscurity of Light
Rémy Gauche
Thomas Koenig (ts, fl), Rémy Gauche (g), Philippe Monge (b, kbd) et Julien Augier (d), avec Pierre de Bethmann (p, kbd).
Welcome Home – WH1
Sortie en avril 2018

Liste des morceaux

01. « Cursives », Koenig (05:45).
02. « Il était une fois au royaume d'0yo » (05:28).
03. « Climatic Changes » (05:16).
04. « La mémoire de l'eau - Intro » (00:37).
05. « La mémoire de l'eau » (05:42).
06. « Bivouac » (06:33).
07. « Dark Song » (07:04).
08. « Inès » (05:59).
09. « One of Dany's Side - Intro », Monge (00:38).
10. « One of Dany's Side », Monge (04:57).
11. « On-Off », Monge (04:26).

Toutes les compositions sont signées Gauche, sauf indication contraire.

05 juin 2018

Terramondo à l'Auditorium Jean-Pierre Miquel...


Pour clôturer sa cinquième saison jazz, le 26 mai 2018, l’Espace Sorano a programmé le duo Terramondo à l’auditorium Jean-Pierre Miquel, qui affiche complet... Après avoir remercié les équipes et les partenaires, Vincent Bessières, directeur artistique de Jazz à Sorano, nous donne rendez-vous au mois d’octobre pour de nouvelles aventures…

Complices depuis une trentaine d’années, le pianiste Jacky Terrasson et le trompettiste Stéphane Belmondo ont formé le duo Terramondo en 2013, lors du Saint-Emilion Jazz Festival. Trois ans plus tard, en septembre 2016, Mother sort chez Impulse!.


Le programme du concert reprend en grande partie des morceaux du disque : « You Are The Sunshine of My Life » de Stevie Wonder, le saucisson  « Lover Man », « In Your Own Sweet Way » de Dave Brubeck, « Hand In Hand » et « Mother » de Terrasson, « La chanson d’Hélène » de Philippe Sarde (bande originale des Choses de la vie de Claude Sautet), « Les valseuses » de Stéphane Grappelli (pour le film éponyme de Bernard Blier) et « Que reste-t-il de nos amours ? », le tube de Léo Chauliac et Charles Trénet. Le duo joue également « La Marseillaise » et « Caravan », le standard de Duke Ellington, Juan Tizol et Irving Mills.


Terramondo se délecte de ballades intimistes et élégantes (« Hand In Hand »). Les voix se croisent dans des dialogues mélodieux (« Lover Man »), teintés de lyrisme, voire de solennité (« Mother »). Terrasson et Belmondo s’écoutent et se renvoient la balle avec la connivence de deux vieux briscards : des unissons délicats, des contrechants subtils, des questions – réponses raffinées… le tout parsemé de citations, d’allusions (la Marche funèbre de Frédéric Chopin), de clins d’yeux (Mission Impossible), ou encore, de touches folk (« La chanson d’Hélène »), d’accents bluesy (« La Marseillaise »), de traces funky (« In Your Own Sweet Way »), d’accords latinos (« Caravan »)… La musique du duo s’inscrit dans une lignée néo-bop moderne, mais les deux musiciens s’adaptent à tous les styles : du New Orleans, avec le stride de Terrasson et la trompette bouchée avec un verre à pied de Belmondo, qui imite Louis Armstrong (« Les valseuses »), à la musique minimaliste. Le timbre clair et net du piano répond à la sonorité chaleureuse et ronde de la trompette ou du bugle. Le piano assure la pulsation avec des lignes d’accords, des walking (« You Are The Sunshine of My Life »), des pompes (« Caravan »), des riffs et des ostinatos vigoureux, servie par un touché puissant.

Terrasson et Belmondo proposent une heure quarante-cinq d’une musique dense, une conversation personnelle entre deux amis qui se devinent à l'oreille…



02 juin 2018

A la découverte d’Emmanuel Guirguis…


Multi-instrumentiste – guitare, piano, basse, batterie, trompette, saxophone soprano… –, compositeur, enseignant… aussi à l’aise dans la rumba congolaise que la bossa nova ou le jazz, Emmanuel Guirguis a sorti son premier opus en leader, Jazz Flour, le 24 mai 2018. L’occasion de partir à sa découverte…


La musique

J’apprends le piano classique pendant mon enfance, mais ça m'a dégoûté de l'instrument… C’est à l’adolescence que je redécouvre la musique par le biais de la guitare. Je réalise que c’est une aire de jeu incroyable, notamment grâce à l’improvisation. Autour de quinze ans, ma petite amie me fait découvrir le jazz, car elle écoute en boucle Kind of Blues de Miles Davis. Depuis, j’associe inexorablement cet album à des choses très agréables comme le premier amour, la tendresse et le sexe !...

A dix-neuf ans la musique devient mon métier : je joue en concerts et dans les festivals avec le groupe franco-sénégalais Sama Yaay. En parallèle, je suis une formation à l’American School of Modern Music. Mes principales influences restent Davis, Herbie Hancock, Tom Waits, Erykah Badu et Kylie Minogue ! Je poursuis ensuite mon parcours sur scène de façon plus éclectique, en jouant dans des contextes variés : raï, afrobeat, mais aussi blues, funk et chanson…

Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à composer de la musique pour différentes sociétés et médias – Lancôme, Orange, Lancaster, M6… mais également pour des documentaires, comme récemment Thomas Pesquet : l’étoffe d’un héros, diffusé sur Planète+. Enfin, j’ai cofondé La Croche, une association dédiée à la transmission musicale…


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  La liberté !...

Pourquoi la passion du jazz ?  Le jazz est passionnant quand il est surprenant.

Où écouter du jazz ?  Il y tellement de musiques différentes dans le jazz, qu’il peut y en avoir pour tous les moments de la journée ! C’est d’ailleurs le propos de Jazz Flour : le jazz est une farine (flour) avec laquelle nous pouvons cuisiner beaucoup de plats aux saveurs très différentes…      

Comment découvrir le jazz ?  Aller le voir en concert.

Une anecdote autour du jazz ? Je vais être un peu hors sujet, mais pas complètement : j’adore le mythe de Crossroad, lié au bluesman Robert Johnson. Au début de sa carrière, Johnson était un mauvais guitariste. Un jour, il disparaît. Quelques mois plus tard, il réapparaît et il est devenu bon... La rumeur court alors qu’il a vendu son âme au diable en échange de son talent, au croisement d’un chemin (crossroad)... En fait, Johnson a simplement dû travailler son instrument comme un fou !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un éléphant, en référence à la pochette de Jazz Flour,
Si j’étais une fleur, je serais un pissenlit, car il a trois caractéristiques différentes : la fleur jaune, le bouton sur lequel on peut souffler et la feuille qu’on peut manger…




Les bonheurs et regrets musicaux

Le disque Jazz Flour est l’une de mes belles réussites… Comme je suis passionné par le cinéma, je regrette de ne pas avoir encore rencontré un alter-ego réalisateur de films. J’adore les couples réalisateur-compositeur comme l’ont été Alfred Hitchcock – Bernard Herrmann ou Tim Burton – Danny Elfman... Mais bon, il n’est pas trop tard !


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  Kind of Blue, pour les raisons précisées plus haut…

Quels livres ?   Don Quichotte de Miguel de Cervantes, Mon chien stupide de John Fante et En finir avec la cigarette d’Allen Carr, car il faut que j’arrête de fumer !

Quels films ?  La nuit du chasseur de Charles Laughton… Dans Jazz Flour, mon arrangement de « Sometimes I Feel Like A Motherless Child » est un hommage à ce film… Interstellar de Christopher Nolan.

Quelles peintures ?  A peu près tout Edward Hopper et Salvador Dali…

Quels loisirs ?  Quand je ne joue pas de la guitare… jouer du piano me détend !


Les projets

Pour 2019, maintenant que le disque est sorti, je voudrais monter Jazz Flour sur scène, en trouvant la manière la plus originale et efficace de produire ce spectacle. Par la suite, je développerai un projet plus minimaliste, en petite formation !...


Trois vœux…

Ça peut paraître basique, mais bon, j’assume mon côté Miss France ! Alors je dirais : la Paix dans le monde…