05 février 2020

Shut Up’n Sing Yer Zappa – Orchestre Franck Tortiller


De 1966 – Freak Out! – à 1993 – The Yellow Shark – la comète Frank Zappa a traversé l’univers de la musique avec un style à nul autre pareil, joyeux mélange de rock, de musique contemporaine, de jazz et de pop.

Dans Shut Up’n Sing Yer Zappa, sorti le 3 mai 2019 sur le label MCO, Franck Tortiller lui rend hommage à travers six compositions, toutes signées Zappa : « Brown Shoes Don't Make It », thème de l’album Tinsel Townn Rebellion (1981) ; « Montana », un morceau d’Over-Nite Sensation (1973) ; « Mother People » et « Igor's Boogie », repris de We're Only in It for the Money (1968) et Burnt Weeny Sandwich (1970) ; « Joe's Garage » tiré de l’opéra-rock éponyme (1979) ; « Florentine Pogen » et « Andy », extraits de One Zize Fits All (1975).

Franck relit la musique de Frank avec l’orchestre qu’il a monté en 2017 en compagnie de jeunes musiciens, tous plus doués les uns que les autres. Ils sont onze à ferrailler sur la musique du père de The Mothers of Invention aux côtés de Tortiller et de son vibraphone : Abel Jednak et Pierre Bernier aux saxophones, Joël Chausse et Rémy Béesau à la trompette, Léo Pellet au trombone, Tom Caudelle à l’euphonium, Yovan Girard au violon, Pierre-Antoine Chaffangeon aux claviers, Pierre Elgrishi à la basse, Vincent Tortiller à la batterie et Matthieu Vial-Collet dans le rôle du guitariste-chanteur.

Tortiller s’approprie la musique de Zappa de pied en cap et sert au mieux son rock orchestral : section rythmique puissante (« Mother People »), riffs tonitruants (« Montana »), chœurs éclatants (« Andy »), constructions complexes basées sur de multiples tableaux (« Brown Shoes Don't Make It »), mélodies tortueuses (« Florentine Pogen »), développements foisonnants autour du thème (« Andy »), chants ou spoken words kitsch (« Montana »)… Très théâtraux, les morceaux ont souvent des allures de mini-opéras pop-rock, parsemés de chorus jazz (« Joe’s Garage »). Tout à fait dans l’esprit de Zappa, Tortillier juxtapose des passages rock et classiques (« Mother People » & « Igor's Boogie »), sans oublier une bonne dose d’humour parfois bouffon (« Montana ») et cet expressionnisme nerveux si caractéristique (« Brown Shoes Don't Make It »).  

Shut Up’n Sing Yer Zappa est un feu d’artifice luxuriant de sons, de mélodies et de rythmes, à la fois virtuose et foutraque, d’une complexité miraculeusement accessible… Un régal !

Le disque

Shut Up’n Sing Yer Zappa
Orchestre Franck Tortiller
Abel Jednak, Pierre Bernier (sax), Joël Chausse, Rémy Béesau (tp), Léo Pellet (tb), Tom Caudelle (euphonium), Yovan Girard (vl), Matthieu Vial-Collet (voc, g), Pierre-Antoine Chaffangeon (kbd), Franck Tortiller (vib), Pierre Elgrishi (b) et Vincent Tortiller (d).
MCO Label – MCO 07
Sortie le 3 mai 2019

Liste des morceaux

01. « Brown Shoes Don't Make It » (16:09).
02. « Montana » (08:42).
03. « Mother People » & « Igor's Boogie » (06:28).
04. « Joe's Garage » (08:02).
05. « Florentine Pogen » (11:07).
06. « Andy » (11:35).

Toutes les compositions sont signées Zappa.

04 février 2020

A la découverte de Gauthier Toux...


Après trois disques en trio, le pianiste Gauthier Toux vient de publier For A Word chez Shed Music. Un album en quartet marqué par la pop, avec la voix de Léa Maria Fries, et dans lequel Toux ajoute à son piano un Fender Rhodes et un Prophet. Ce virage esthétique méritait bien un détour…


La musique

Quand j’ai eu sept ans, mes parents m’ont mis au piano. J’ai d’abord pris des leçons particulières, puis j’ai rejoint les écoles Yamaha. Ce qui m’a permis de me produire dans les Concours de Jeunes Compositeurs (JOC). Ensuite je suis entré au Conservatoire de Musique et de Danse de Chartres, où je suis resté jusqu’à dix-huit ans. C’est vers treize ans que j’ai découvert le jazz, grâce à un disque de Michel Petrucciani.

Après j’ai intégré la Haute Ecole de Musique (HEMU) de Lausanne. J’y ai passé le Bachelor in Jazz, puis le Master in Jazz Performance, pendant lequel j’ai étudié un semestre au Rhythmic Music Conservatory de Copenhague. Par la suite, j’ai également passé un deuxième Master, en pédagogie.  

Pour citer mes influences par ordre chronologique : Claude Debussy, Igor Stravinsky, Bud Powell, Thelonious Monk, Oscar Peterson, Herbie Hancock, Keith Jarrett, Brad Mehldau, Tigran Hamasyan et Bon Iver.




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Une musique de métissage, bercée par l’improvisation, et le partage d’un langage commun.

Pourquoi la passion du jazz ? C’est toujours l’aventure !

Où écouter du jazz ? Dans ton canapé, avec un bon verre de vin…

Comment découvrir le jazz ? Il faut commencer par écouter les grands classiques, comme Kind of Blue par exemple. Et pour les amateurs d’un son plus moderne, les disques d’Hamasyan sont une bonne porte d’entrée…

Une anecdote autour du jazz ? Un grand classique : c’est l’histoire de Bird qui prend une cymbale en pleine tête lors de l’une de ses premières jam sessions… et qui devient par la suite un géant du jazz… C’est le symbole même de l’abnégation !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un tigre,
Si j’étais une fleur, je serais un lys,
Si j’étais un fruit, je serais une pomme,
Si j’étais une boisson, je serais de l’eau,
Si j’étais un plat, je serais un couscous,
Si j’étais une lettre, je serais B,
Si j’étais un mot, je serais Volonté,
Si j’étais un chiffre, je serais 19,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais Mi bémol.


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles, 22 A Million de Bon Iver et Songs – The Art of the Trio, Volume 3 de Melhdau.

Quels livres ? Probablement un Harry Potter… C’est mon enfance ! Sinon, Madame Bovary.

Quels films ? Les Tontons flingueurs.



Les projets

Aujourd’hui, c’est mon disque For A Word, qui vient de sortir. Ce disque est le fruit d’un travail de groupe, sous la direction musicale de notre bassiste, Julien Herné.

Demain, encore rien de sûr ! Un autre disque avec mon trio ? Un deuxième opus de For A Word ? Et d’autres esthétiques à découvrir…


Trois vœux…

Pouvoir vivre heureux et continuer à jouer de la musique sans faire de concession.




03 février 2020

Hyperlapse - Ozma

Depuis l’album éponyme, publié en 2005, Ozma a parcouru un sacré chemin, tout en restant fidèle à l’esprit originel, à savoir un cocktail de jazz, de rock, de funk… Huitième disque du groupe, Hyperlapse sort chez Cristal Records le 7 février 2020. 

Avec Welcome Home, dans les bacs en 2016, le quintet s'est stabilisé autour du batteur Stéphane Scharlé et du bassiste Edouard Séro-Guillaume, paire rythmique historique et inséparable, du tromboniste Guillaume Nuss (de retour après une dizaine d’années de son côté), du guitariste Tam de Villiers et du saxophoniste et claviériste Julien Soro.

Les dix morceaux, tous composés par Scharlé, évoquent des villes découvertes par le quintet en 2018, lors d’une tournée mondiale. Ozma s’est produit dans treize pays différents et ces pérégrinations ont fait l’objet de vidéos réalisées par Juliette Ulrich. Hyperlapse est d’ailleurs une référence au cinéma : c’est un effet qui combine une accélération du mouvement du sujet filmé avec le déplacement de la caméra. Ce qui donne une sorte de fondu enchaîné rapide, comme si le temps s’accélérait. Appliqué à la musique d’Ozma, ce principe dépote ! Plus funky que jamais (« Hyperlapse »), les rythmes s’emballent (« Clay Army ») dans des vrombissements furieux (« Tuk-Tuk Madness ») et autres roulements frénétiques (« Spleen Party »). Sur les traces des précédents opus, les mélodies sont soignées : tour à tour méditatives (« A Leila »), mélancoliques (« Infinite Sadness »), graves (« Entre chien et loup »), soulful (« Die Gilde »), dansantes (« One Night In Bulawayo »)... Le quintet place également les interactions au centre de ses développements (« Dust City »).  Les chœurs des soufflants, les envolées de shouter, les solos de guitar hero, les riffs, les accents bluesy, les embardées free et autres effets sonores bruts… entraînent les auditeurs dans des périples impétueux et dépaysants, de Pékin à Purwokerto (Indonésie), via Hambourg, Xi’An (Chine), Marrakech, Ahmedabad (Inde), Mumbai, Jakarta, Lübeck et Bulawayo (Zimbabwe) !

Fidèle à son credo de « jazz explosif », Ozma propose un Hyperlapse musical revigorant en diable !

Le disque

Hyperlapse
Ozma
Julien Soro (sax, kbd), Guillaume Nuss (tb), Tam de Villiers (g), Edouard Séro-Guillaume (b) et Stéphane Scharlé (d).
Cristal Records – CR293 
Sortie le 7 février 2020

Liste des morceaux

01. « Dust City (Beijing) » (06:03).
02. « Hyperlapse (Hamburg) » (04:18).
03. « Clay Army (Xi’An) » (06:57).
04. « À Leila (Marrakech) » (03:53).
05. « Spleen Party (Ahmedabad) » (07:58).
06. « Tuk-Tuk Madness (Mumbai) » (05:34).
07. « Infinite Sadness (Jakarta) » (03:04).
08. « Die Gilde (Lübeck) » (05:13).
09. « One Night in Bulawayo (Bulawayo) » (05:26).
10. « Entre chien et loup (Purwokerto) » (06:48).

Tous les morceaux sont signés Scharlé

02 février 2020

For a Word - Gauthier Toux

Après trois albums en trio acoustique – More Than Ever (2015), Unexpected Things (2016) et The Colours You See (2018) – Gauthier Toux change radicalement de direction : claviers et chant entrent en scène. Monté en 2017, son nouveau quartet s’appuie sur les claviers – piano, Fender Rhodes et Prophet – de Toux, la voix de Léa Maria Fries (Visitor, 22° Halo), la basse de Julien Herné (Nicolas Folmer, Guillaume Perret, Alexandre Saada, Karl Jannuska, 117 Elements...)  et la batterie de Valentin Liechti (Trio Moncef Genoud, Brewery, Mandrake…). Emile Parisien intervient également sur deux plages. For A Word sort le 31 janvier 2020 chez Shed Music.

Toux a composé les dix chansons, toutes plutôt dans une veine onirique. Fries, voix haute perchée (« Thinking of a Cloudy Ground ») au timbre diaphane (« Talk To Me ») et au phrasé aérien (« For A Word »), mêle spoken words (« Prinzess ») et chants en français, en allemand et en anglais, avec un lyrisme sophistiqué (« Grinnin’ In Your Face ») bien dans l’esprit du disque. Herné et Liechti forment une section rythmique rock progressif convaincante (« Shipwreck »), avec l’alliage de puissance (« Prinzess ») et de vivacité (« Sense of Complication ») qu’il faut. Quant à Toux, il met ses claviers au service de la chanteuse : nappes sonores lointaines (« For A Word »), riffs cristallins (« Why Does It Make A Difference »), lignes minimalistes (« Thinking Of A Cloudy Ground »), effets psychédéliques (« A Thought Instead Of A Strength »)…

Proche d’une pop expérimentale raffinée, For A Word ravira tous les amateurs du genre.

Le Disque

For A Word
Gauthier Toux
Léa Maria Fries (voc), Gauthier Toux (p), Julien Herné (b) et Valentin Lietchi (d), avec Emile Parisien (ss).
Shed Music – Shed 014
Sortie le 31 janvier 2020.

Liste des morceaux

01. « For A Word » (3:09).
02. « Talk to Me » (5:27).
03. « Prinzess » (3:52).
04. « Thinking of A Cloudy Ground » Part I (3:24).
05. « Why Does It Make A Difference » (4:35).
06. « Sense of Complication » (4:29).
07. « Thinking of A Cloudy Ground » Part II (5:52).
08. « Grinnin’ In Your Face (Son House) » (2:15).
09. « Shipwreck » (5:01).
10. « A Thought Inst:52ead of A Strenght » (5:02).

Tous les morceaux sont signés Toux.

01 février 2020

Willy Wolf, l’homme qui va mourir - Facteur Sauvage

Le 31 mai 1925, « l’homme qui va mourir », comme l’indiquent les cartes postales qu’il vend, enflamme sa ceinture et saute des cinquante cinq mètres du pont transbordeur de Nantes… Ajusteur de métier et équilibriste trompe-la-mort par passion, Willy Wolf a disparu dans la Loire sous les yeux médusés des spectateurs et des caméras de la Gaumont ! Facteur Sauvage rend hommage à ce casse-cou tragiquement loufoque… Willy Wolf sort le 4 octobre 2019 chez Mr Morezon. 

Facteur Sauvage est constitué du chanteur Daniel Scalliet, du bassiste Mathieu Sourisseau et du batteur Laurent Paris. Le trio évoque le destin de Wolf à travers huit chansons, qui forment une sorte de suite. Facteur Sauvage installe souvent un climat noisy (« Willy Wolf ») : rythmique rock rageuse (« Don't Sleep Until You Die »), durcie par les coups mats et secs de la batterie (« Take Off This Line »), ses roulements furieux (« Bird Of Ill Omen ») et ses frappes véloces (« Go Daredevil ») ; basse aux accords sourds (« Dance With My Bones »), voire saturés (« Don't Sleep Until You Die »), souvent violents (« Bird Of Ill Omen »), mais qui sait aussi se montrer sobre (« The Silence Of His Hands ») et même opalescente (« Hush Hush ») ; alternance de spoken words et de chants (« Dance With My Bones »), portés par un phrasé clair (« The Silence Of His Hands ») et un timbre plutôt rauque, parfois caverneux (« Take Off This Line »), légèrement éraillé et nasillard (« Hush Hush »)… 

Dans Willy Wolf, la musique de Facteur Sauvage s’inscrit dans la lignée d’un rock alternatif brut de fonderie.

Le disque

Willy Wolf, l’homme qui va mourir
Facteur Sauvage
Daniel Scalliet (voc), Mathieu Sourisseau (b) et Laurent Paris (d)
Freddy Morezon – Mr Morezon 022
Sortie le 4 octobre 2019

Liste des morceaux

01. « Dance With My Bones » (05:03).
02. « Don't Sleep Until You Die » (02:57).
03. « The Silence Of His Hands » (05:41).
04. « Willy Wolf » (03:47).
05. « Go Daredevil » (03:47).
06. « Take Off This Line » (03:41).
07. « Bird Of Ill Omen » (03:55).
08. « Hush Hush » (03:45).

Toutes les compositions sont signées Facteur Sauvage.

31 janvier 2020

The Bowhopper - Nuzut Trio

Formé en 2016 par le contrebassiste Flavio Perrella, Nuzut Trio est constitué de Simon Martineau à la guitare et Thomas Delor à la batterie. Leur premier disque, The Bowhopper – jeu de mot ente archet/bow et sauteur/hopper, mais aussi sauterelle/grasshopper – sort le 27 septembre 2019 chez Da Vinci Jazz. Une sculpture d’Antonio Padovani orne la pochette du disque et illustre le titre de l’album : un trapéziste filiforme fait l’équilibre sur un archet… The Bowhopper !

Perrella a composé neuf des dix morceaux et Martineau est l’auteur de l’« Interlude No. 2 ». Des mélodies intimistes (« Povero spirito »), lointaines (« The Grasshopper ») ou psychédéliques (« X Time ») côtoient des thèmes heurtés (« Ramassamy-Dance »), qui évoquent parfois l’esprit de Thelonious Monk (« Clacsong »). Nuzut glisse aussi des touches bluesy (« Zoldog ») et pop (« Ramassamy-Dance ») dans ses développements. Le trio affectionne les ambiances dansantes (« Un po' zut ») et post-bop (« The Grasshopper »). Ce qui transparaît d’ailleurs dans les rythmes des morceaux, funky (« Clacsong »), au parfum rock (« Ramassamy-Dance »), voire sautillants (« Un po' zut »). Les trois musiciens juxtaposent les tableaux (« Clacsong »), jouent avec les espaces, interagissent subtilement (« Povero spirito ») et maintiennent un bon équilibre sonore entre la guitare électrique et la rythmique acoustique. Les « Interludes » permettent à Perrella de jouer à l’archet dans une veine contemporaine (No 1) ou de lancer une tournerie (No 3). Quant à Martineau, il place un joli solo a capella (No 2). Sa guitare, volontiers mélodieuse, possède une sonorité métallique, voir cristalline (« Ramassamy-Dance »). Ses phrases alternent mouvements saccadés, motifs sinueux, riff pop (« The Grasshopper ») ou folk (« Un po' zut ») et suites d'accords minimalistes (« Clacsong »). Les lignes sobres et souples de Perrella, servies par un son clair et un phrasé limpide, laissent place à des pédales (« Clacsong »), des riffs enlevés (« Un po' zut ») et autres traits entraînants (« The Grasshopper »). Delor est un batteur dynamique et créatif : frappes mates (« Ramassamy-Dance »), passages binaires (« The Grasshopper »), cliquetis percussifs (« Clacsong »), jeux en finesse sur les cymbales (« X Time »), paumes sur les peaux (« Un po' zut »)… Il maintient constamment une pulsation robuste.

La musique de Nuzut marie la tradition du trio jazz avec une pop aux contours funky et rock. The Bowhopper possède une personnalité enjouée bien affirmée !

Le disque

The Bowhopper
Nuzut Trio
Simon Martineau (g), Flavio Perrella (b) et Thomas Delor (d).
Da Vinci Jazz – C00205
Sortie le 27 septembre 2019

Liste des morceaux
01. « The Grasshopper » (7:36).
02. « Interlude No. 1 » (2:34).
03. « Povero spirito » (8:33).
04. « Ramassamy-Dance » (5:16).
05. « Interlude No. 2 », Martineau (1:14).
06. « Clacsong » (5:05).
07. « Interlude No. 3 » (2:18).
08. « X Time » (3:49).
09. « Un po' zut » (6:22).
10. « Zoldog » (5:56).

Tous les morceaux sont signés Perrella, sauf indication contraire.


27 janvier 2020

A la découverte de Marc Boutillot


Du théâtre – Tétras Lyre, L’Acrospire Volant, La Ville de Valentin… – à l’enseignement – ARPEJ, stages à Granville, Montreuil… – en passant par le cinéma (Lumière sur la nuit de Frédéric Sauzay), les festivals (… Le Jazz est lè ! À Charleville-Mézières) et ses groupes en duo, en trio ou en quartet, le clarinettiste Marc Boutillot possède de nombreuses cordes à son arc à découvrir d’urgence !


La musique

A cinq ans, mes parents, musiciens amateurs, m’ont inscrit au conservatoire de Laon. A sept ans, je devais choisir un instrument… Le seul que je voyais dans la maison, c’était le piano sur lequel jouait ma sœur. Ça aurait dû être mon choix… Pourtant, un après-midi, j’ai trouvé un instrument dans un placard… J’ai essayé de l’assembler… d’en jouer… en vain. Le soir, quand mon père est rentré, il m’a expliqué que c’était sa clarinette. Il m‘a montré le bec, l’anche… Et voilà ! J’ai eu envie d’en jouer et j’ai commencé son apprentissage au conservatoire de Laon.

Quand j’avais neuf ans ma famille a déménagé et je suis entré à l'école de musique d’Épernay, où je suis resté jusqu'à dix-sept ans. Mon professeur, Daniel Vilmart, m'a fait découvrir la famille des clarinettes et m’a fait travailler la clarinette basse. Puis j'ai continué mes études musicales à Reims et c’est à ce moment-là que j'ai décidé d'en faire mon métier.

En fait, j’ai découvert le jazz très jeune : dès que j'ai su utiliser un tourne-disque... Grâce aux vinyles de mes parents, j’ai écouté Sydney Bechet, Louis Armstrong… Ils m’amenaient aussi à des concerts, surtout du jazz vocal. A l’adolescence, c’est par la discothèque des parents d'un ami que j’ai écouté John Coltrane, Miles Davis, Keith Jarrett et tous les autres... Et, en parallèle à mes études classiques au conservatoire, je m'intéressais déjà à la pratique du jazz en petite formation avec un groupe d’amis. C’était une approche autodidacte car, à l’époque, la pratique du jazz était interdite dans les conservatoires... Mais nous faisions très régulièrement des concerts dans des bars à Reims. J'ai donc commencé à suivre des stages de Jazz l'été. Le premier, c’était en Belgique avec Steve Houben !… J’ai été également influencé par Coltrane, Davis, Wayne Shorter, Joe Henderson, Eric Dolphy, Bob Mintzer, Don Byron… Autour de vingt-trois ans, j'ai terminé mes études classiques à Paris, au conservatoire du XIIe arrondissement avec Guy Deplus pour la clarinette, et en cours particuliers avec Jacques Millon pour la clarinette basse. Enfin, vers vingt-cinq ans, j’ai rejoint l’école de jazz ARPEJ pour suivre une formation professionnelle avec, entre autres, Michel Goldberg. Et j'y suis resté pour y enseigner à mon tour !…




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Liberté, respect – de la tradition, de l'héritage qui nous est laissé... – et improvisation.

Pourquoi la passion du jazz ? C'est une musique de liberté, d'histoire et de recherche d'un certain avenir...

Où écouter du jazz ? Dans un club de Jazz ou chez soi, avec un bon son !

Comment découvrir le jazz ? Il faut remonter le temps, écouter les principaux musiciens qui ont marqué les différentes périodes de cette musique et, surtout, être curieux.

Une anecdote autour du jazz ? Lors d’une jam session, alors qu’il était encore jeune, Charlie Parker a été stoppé dans son chorus par une cymbale jetée par terre...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un sanglier,
Si j’étais une fleur, je serais un chardon,
Si j’étais un fruit, je serais un citron,
Si j’étais une boisson, je serais une bière, en particulier l’Orval, une bière trappiste...
Si j’étais un plat, je serais une blanquette de veau,
Si j’étais une lettre, je serais B,
Si j’étais un mot, je serais Résistance,
Si j’étais un chiffre, je serais 13,
Si j’étais une couleur, je serais vert,
Si j’étais une note, je serais Sib.


Les bonheurs et regrets musicaux

Ma plus belle réussite, c’est mon dernier groupe... Lands... La plus belle réussite, c'est toujours le dernier projet musical, non ?... Plus sérieusement, je dirais que je suis particulièrement content de L'Acrospire Volant, un spectacle mêlant jazz – un quartet – et théâtre – un comédien... Mais c’est vrai aussi que je pense à mon nouveau groupe Lands et à l'album Transition.


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Ouh la la ! C'est compliqué ça... Kind of Blue de Davis, Blue Train de Coltrane, In Out d’Henderson, Headhunters d’Herbie Hancock, Standards Live de Jarrett, Hymn de Mintzer, Footprints live ! de Shorter, Romance With The Unseen de Byron, Timeline des Yellowjackets, We Like it Here de Snarky Puppy... Sans compter tous les autres qui sont cachés dans le double fond de ma valise !

Quels livres ? Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, Le Misanthrope, Le Bourgeois Gentilhomme... de Molière, mais aussi Honoré de Balzac, Marcel Proust...

Quels films ? Braveheart de Mel Gibson, Le Grand Blond avec une chaussure noire d’Yves Robert, la saga Star Wars...

Quelles peintures ? Encore un choix difficile... J'aime particulièrement le musée du Louvre et sa grande galerie... Eugène Delacroix, Théodore Géricault, Léonard de Vinci, Sandro Botticelli...

Quels loisirs ? La musique !… Evidemment !


Les projets

Lands !... Bien sûr !


Trois vœux…

1. Que le vœu 3 se réalise...

2. Que le vœu 1 se réalise...

3. Que le vœu 2 se réalise...


11 janvier 2020

Volume VII – Liber Azoth – La Table de Mendeleïev


Célèbre pour le Château Chalon et la Transju’, l’Ain a pour chef-lieu Bourg en Bresse, elle-même connue pour son bleu et ses poulets... Mais c’est sans compter L’Arbre Canapas ! Créé en 2004, ce collectif de musiciens propose de multiples projets, d’une fanfare déjantée – L’éléfanfare – à un orchestre de musique contemporaine – L’effet de Foehn –, en passant par un sextet de clarinettes basses qui illustre l’œuvre d’André Breton – Nadja –, un groupe qui reprend les Who – TTTW –, un combo pédagogique – la Corde à Vent – et La Table de Mendeleïev.

La Table de Mendeleïev est un quartet monté il y a une dizaine d’années à l’initiative du trompettiste Guillaume Grenard, avec Fred Meyer à la guitare, Christophe Gauvert à la contrebasse et Thibaut Martin à la batterie. Le groupe, peut-être en hommage à Irène Joliot-Curie (c’est l’adresse du collectif...), a décidé de mettre en musique les cent dix huit éléments du tableau périodique ! Dans son volume VII, qui sort en décembre 2019 sur le label de L’Arbre Canapas, La Table de Mendeleïev invite l’accordéoniste Andrea Parkins pour s’attaquer à huit nouveaux éléments chimiques.

Un peu de science s’impose pour comprendre les enjeux de Liber Azoth, suite en trois mouvements aux titres en forme d’équation chimique… Le premier mouvement décrit le francium – il n’y en aurait qu’une trentaine de grammes sur terre… – et le dubnium, un élément hautement radioactif, mais absent du milieu naturel. Le deuxième mouvement est consacré au radium, découvert par les Curie et au cœur de la radiothérapie, au polonium (lui aussi découvert par les Curie... un élément particulièrement toxique et chaud : un demi gramme dégage cinq cent degrés Celsius !) et au radon, un gaz radioactif présent partout dans l’environnement… Enfin, le troisième mouvement dépeint le rutherfordium, aussi peu intéressant que le dubnium, l’astate – le plus rare des éléments présent dans la nature… avec une durée de demi-vie de quelques heures seulement –, le bismuth, connu comme substitut du plomb et autres propriétés médicales, et, de nouveau, le francium.

Quant à Liber Azoth, le nom de ce septième opus, il ne signifie pas une quelconque libération d’azote, mais fait plutôt référence à l’alchimie (Azoth serait « l’Âme du monde », selon certains traités...). La pochette du disque est d’ailleurs éloquente avec le ciel, la mer, la terre, le soleil (l’or) et la lune (l’argent), mais, surtout, son Lion Vert (symbolique du Vitriol, le dissolvant universel… pour certains), indissociable des Sept Esprits Métalliques, clé de voûte de la progression alchimique : fer – Mars ; cuivre – Vénus ; plomb – Saturne ; étain – Jupiter ; mercure – Mercure ; argent – Lune et or – Soleil… Terminons cette introduction ésotérique sommaire par les notes de la pochette, qui racontent la conspiration contre Paracelse, « grand sorcier de la Renaissance » et l’un des pères de la médecine biochimique… Comme quoi le jazz mène à tout !

C’est dans ce décor cabalistique que La Table de Mendeleïev construit sa musique ! Radioactivité oblige, le premier mouvement s’ouvre sur un amas de crissements, borborygmes et autres bouillonnements, qui évoquent une fonderie en pleine action. L’équipe ferraille à grand renfort d’ostinatos de l’accordéon, d’effets électro grouillants, de traits fulgurants de la guitare, de riffs ténébreux de la contrebasse et martèlements puissants de la batterie, tandis que la trompette va et vient entre le magma sonore en ébullition et un motif mélodique qui se détache au-dessus du tumulte. Le quintet alterne passages telluriques et moments apaisés, qui permettent notamment à la contrebasse de soliloquer avec délicatesse.

Dans le deuxième mouvement, après un démarrage étiré et énigmatique de l’accordéon, soutenu par des effets, qui sonnent un peu comme un orgue, et des nappes de sons synthétiques, la contrebasse joue une ligne douce et boisée qui contraste avec le foisonnement ambiant. Le développement s’appuie d’abord sur des contre-chants élégants, dans un climat mystérieux porté par les cliquetis de la batterie. Avant de conclure dans une ambiance sombre, les musiciens font monter la pression et bouillir le chaudron ! Les notes s’entrechoquent et des bruitages surgissent sans crier gare : les cinq musiciens y vont tous de leurs expérimentations.

Des ostinatos et des boucles décalées de l’accordéon, de la guitare et de la contrebasse, accompagnés par une batterie abrupte et puissante, lancent le troisième mouvement. Sur des riffs entêtants, la trompette s’envole dans un solo déchaîné et expressionniste. La ligne velouté de la contrebasse, puis les unissons de l’accordéon ramènent la trompette dans une atmosphère quasiment médiévale... Comme dans les deux premiers mouvements, des moments bruitistes touffus succèdent à des instants raffinés, une profusion sonore laisse place à des questions-réponses recherchées, une tournerie folklorique remplace des dialogues entraînants.

Liber Azoth est un creuset sonore dans lequel fusionnent des composants free, des ingrédients rock, des éléments de musique contemporaine, un zeste de folklore… Une musique explosive !

Le disque

Volume VII – Liber Azoth
La Table de Mendeleïev
Guillaume Grenard (tp), Fred Meyer (g), Christophe Gauvert (b) et Thibaut Martin (d), avec Andrea Parkins (acc , électro).
L’Arbre Canapas – can 2019-1
Sortie le 6 décembre 2019

Liste des morceaux

01. « Liber Azoth – Premier mouvement – Fr87 + 2Db105 + Db105Fr87 + Fr872/3 » (14:03).
02. « Liber Azoth – Deuxième mouvement – 3Ra88 + 2Po84 + Rn86 + x(Po84 + Ra88) » (13:58).
03. « Liber Azoth – Troisième mouvement – 4Rf104 + At85 + Fr87 + Bi83 » (14:16).

Toutes les compositions sont signées Grenard.

07 janvier 2020

Unlikely – Dock In Absolute


C’est en 2012 que le pianiste luxembourgeois Jean-Philippe Koch et le bassiste belge David Kintziger montent Dock In Absolute. Premier batteur du trio, Michel Meis est bientôt remplacé par Michel Mootz. Le premier disque éponyme du trio sort en 2017, suivi, en 2019, de Unlikely, toujours édité par Cam Jazz.

Koch a composé huit des dix thèmes, « Drawing Light » est signé Kintziger et « Urban Heart » est un morceau collectif. Une batterie mate et trapue (« Borderline »), aux frappes sèches et rocks (« Look Back ») ; une basse sourde et vrombissante (« Rome’s Happiness »), qui slappe (« No Plan B »), mais sait aussi se montrer poétique (« Drawing Light ») ; un piano aux ostinatos enivrants (« Urban Heart »), aux mains parfaitement indépendantes (« Floating Memories ») et aux lignes mélodiques inspirées (« Ellipse ») : Dock In Absolute est un Power Trio qui mise sur l’énergie de groupe et qui a des points communs avec The Bad Plus, mais également E.S.T., voire Avishai Cohen. Les morceaux de DIA – le petit nom du trio – sont construits autour de préludes musclés (« Borderline ») et lyriques (« Floating Memories »), de thèmes-riffs tendus (« Urban Heart ») et de développements entraînants (« No Plan B »), nerveux (« Night Train To Lipetsk ») et plutôt courts (autour de quatre minutes en moyenne). La densité de la musique et la concision des motifs mélodiques évoquent des musiques de films (« Borderline »), avec un côté épique (« Tangle Borders »), accentué par la puissance du trio (« Floating Memories »).

Dock In Absolute propose une musique intense, au caractère dramatique affirmé et, avec ses ambiances qui mêlent jazz, pop et rock, il est très probable qu’Unlikely séduise moult auditeurs !

Le disque

Unlikely
Dock In Absolute
Jean-Philippe Koch (p), David Kintziger (b) et Michel Mootz (d).
Cam Jazz – CAMJ 7952-5
Sortie le 31 mai 2019

Liste des morceaux

01. « Urban Heart », Koch & Kintziger (4:07).
02. « Rome's Happiness... » (5:49).
03. « Borderline » (4:33).
04. « Floating Memories... » (6:53).
05. « Look Back » (4:33).
06. « No Plan B » (4:20).
07. « Ellipse » (3:33).
08. « Night Train To Lipetsk » (5:05).
09. « Drawing Light », Kintziger (3:03).
10. « Tangle Borders » (3:56).

Tous les morceaux sont signés Koch, sauf indication contraire.

05 janvier 2020

Spiritus – Ensemble 1529

Multi-instrumentiste éclectique, aussi bien influencé par le jazz et les musiques traditionnelles que la musique classique et la pop rock, Renaud-Gabriel Pion poursuit son œuvre musicale loin des modes. En 2016 il a monté l’Ensemble 1529 avec une instrumentation originale : aux anches et basharpa (vielle à clés suédoise) de Pion s’ajoutent les violoncelles d’Emilie Wallyn, Guillaume François et Jean-Paul Dessy, les tubas de Michel Massot, Bastien Stil et Didier Havet, la trompette de Mickaël Gasche, la guitare de Gabriel Gosse et la batterie d’Alexandre Berton. Bill Frisell joue également sur cinq titres.

L’Ensemble 1529 a enregistré Spiritus au Studio 104 de la Maison de la Radio et le disque sort le 27 septembre 2019 chez Signature, le label de Radio France. Les quatorze morceaux sont signés Pion et leurs titres se réfèrent à l’univers du musicien : l’Antiquité et la mythologie (« Aeon », le Dieu du temps ; « Agôn », les joutes oratoires en Grèce), David Bowie (« Lament »), Pina Bausch (« Tanzabend »), les troubadours (« Lutenist »), la peinture (« Caravagesque »), la musique (« Harmodal »), les Etats-Unis (« Equinunk », village de Pennsylvanie ») etc.

Dans des décors minimalistes (« 1529 »), austères (« Harmodal ») et rubatos (« Tanzabend »), des mélodies simples (« Equinunk ») évoquent des odes (« Tanzabend »), aux contours élégants (« Caravagesque») et aux accents médiévaux (« Quintes ») ou baroques (« Art In Vain »). Les développement évoluent lentement (« Agôn »), dans des ambiances intimistes (« Lutenist ») et zen (« Aeon »). Pion privilégie les mouvements d’ensemble (« Agôn »), proches de la musique répétitive (« Irisation »), avec des textures diaphanes (« Caravagesque »), des nappes de sons lointaines (« Equinunk »), des boucles qui évoluent progressivement (« Hymne »), de nombreux ostinatos (« Lament »), pédales (« Mardi gras ») et autres notes tenues (« Quintes »).

Jazz pour les instruments et plutôt contemporaine pour l’architecture des morceaux, la musique de Spiritus s’inscrit dans un style ambient acoustique, propice à la méditation introspective...

Le disque

Spiritus
Ensemble 1529
Renaud-Gabriel Pion (anches, basharpa), Emilie Wallyn, Guillaume François, Jean-Paul Dessy  (cello), Michel Massot, Bastien Stil, Didier Havet (tu), Mickaël Gasche (tp), Gabriel Gosse (g) et Alexandre Berton (d), avec Bill Frisell (g).
Signature – SIG11110
Sortie le 27 septembre 2019

Liste des morceaux

01. « 1529 » (4:22).
02. « Aeon » (6:29).
03. « Quintes » (4:07).
04. « Art in Vain » (4:59).
05. « Irisation » (4:15).
06. « Hymne » (4:15).
07. « Lament (For David Bowie) » (5:29).
08. « Lutenist » (6:01).
09. « Harmodal » (4:30).
10. « Equinunk » (4:29).
11. « Agôn » (4:54).
12. « Mardi gras » (4:57).
13. « Caravagesque » (5:08).
14. « Tanzabend (For Pina B.) » (7:02).

Tous les morceaux sont signés Pion.