La sortie de Reflets,
troisième opus du Nadja Trio, est une excellente occasion pour partir à la découverte de Jean-Mathias Petri, qui promène ses flûtes par monts et par vaux depuis
plus de cinquante ans à l’affût de toutes les musiques, du jazz à la musique
celte, en passant par le blues, le rap, la musique contemporaine et toutes les
autres !
La musique
Je suis né en
1958 dans le département du Val de Marne. Quand j’étais enfant, mes parents qui
ne voulaient pas de télévision, écoutaient France Musique toute la journée,
donc les émissions de André Francis, Lucien Malson, Alain
Gerber, Simon Copans et bien d’autres… Il y avait aussi quelques
disques : Sydney Bechet et Mezz Mezrow, une compilation avec
« Groovin High » par Charlie Parker et Dizzy Gillespie,
et « Exotica » de John Coltrane : un véritable coup de
foudre à l'âge de douze ans !
Plus tard, je
rentrais en courant du collège à l'heure de midi pour écouter les émissions de
Jazz sur France Musique. Chaque jour de la semaine, un style différent était
diffusé par un animateur différent. J'aimais surtout le mercredi avec le Blues
et le Rhythm and Blues, et le vendredi avec le Free Jazz… Puis il y a eu les
premiers concerts et les premières émotions fortes : Rhoda Scott en duo
avec Daniel Humair, l'Art Ensemble of Chicago !...
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| (c) François Rignault |
Quand j'étais à
l'école maternelle, le mari de mon institutrice, Christian Farré,
flûtiste à l'Orchestre Philharmonique de l'ORTF, était venu jouer à l'école
avant les grandes vacances. J'ai été très touché par le son de son instrument
et j'en ai parlé pendant plusieurs mois à mes parents... Plus tard, entre huit
et onze ans, j'ai pris des cours de musique classique, surtout au piccolo, avec
Farré. Ensuite, j'ai continué de manière largement autodidacte, tout en me
formant au cours de rencontres avec de grands flûtistes comme Patrice
Bocquillon, qui m'a fait découvrir la musique contemporaine, Harsh
Wardhan, qui m'a initié à la musique de l'Inde du Nord, Aly Wagué et
sa flûte peule, ou le joueur de ney, Kudsi Ergüner. En 1997, j'ai suivi
le cycle de formation professionnel de l'EDIM, à Cachan, avec des musiciens de
jazz et pédagogues avertis. Puis, j’ai également participé à de nombreux
stages, dont une série sur le Sound Painting avec Walter Thompson… On ne
se fait jamais vraiment tout seul… Et on n'en finit pas de se former auprès de
nos collègues ! D’ailleurs, au titre des influences, je citerais Jean-Sébastien
Bach, Jimi Hendrix, John Coltrane, Béla Bartók, Maurice
Ravel, Yoshihisa Taïra, Frank Zappa, Gil Scott Heron…
et les flûtistes Rahsaan Roland Kirk et Eric Dolphy.
Sinon, pour
résumer mon parcours en quelques étapes : dans les années 70, je fais partie de
groupes amateurs de rock progressif, puis, dans les années 80, je joue de la
musique contemporaine avec le clarinettiste et compositeur Alain Sève.
Les années 90 marquent la rencontre avec l'organiste Jean Philippe Lavergne
et le batteur Christophe Lavergne, et les débuts du Nadja Trio. En 1997,
j'abandonne le métier de commis d'architecte, que j'exerce à plein temps depuis
plus de vingt ans, pour me consacrer entièrement à la musique. J'intègre la
Celtic Procession de Jacques Pellen, par laquelle je rencontre de grands
musiciens comme Kristen Noguès, Paolo Fresu, Ricardo Del Fra,
Gildas Boclé, Olivier Ker Ourio… Par ailleurs je fonde la
structure Tempo Jazz à Lannion pour y enseigner le jazz sous forme d'ateliers
divers, afin d'ancrer cette pratique et de rassembler un public dans les Côtes
d’Armor. Dans les années 2000, je joue dans le grand orchestre Kekanta, créé et
dirigé par le guitariste Louis Winsberg. Je forme également le groupe
Sula Bassana avec la pianiste Lydia Domancich et le percussionniste Pierre
Marcault, les chanteuses Marthe Vassallo, Aïssata Kouyaté et Céline
Fabre. Je crée aussi le projet modal, Flûtes4, avec les flûtistes Jean-Michel
Veillon, Jean-Luc Thomas et Stéphane Morvan. En 2002, je rejoins
la classe de jazz du Conservatoire de Saint Brieuc, où j’enseigne et m’investis
pleinement pendant dix-huit ans.
J’ai enchaîné de
nombreux projets comme : Nadja Septet avec, en plus du trio, Franck
Tortiller, Jean-Louis Pommier, Serge Lazarevitch et Marcault ;
Irish French Connection Quintet avec le guitariste Tommy Halferty, les
frères Lavergne et le saxophoniste Boris Blanchet ; So Watt, en duo
avec la pianiste Lydia Domancich ; Octo Twin Trio avec le flûtiste Henri
Tournier et le percussionniste Patrice Legeay… Sans oublier une
rencontre marquante avec Michel Edelin et son trio, dans lequel jouent John
Betsch et Peter Giron, et diverses collaborations dans le domaine du
rap, de la danse, du théâtre et des arts plastiques. Et, cette année, Nadja
Trio sort Reflets, avec les invité.es Raphaëlle Brochet et Serena
Fisseau au chant, Lazarevitch à la guitare et Legeay aux percussions.
Cinq clés pour
le jazz
Qu’est-ce que le jazz ? Sans doute ce
qu'il y a de plus difficile à définir en musique… En entendant ce mot « jazz »,
des sons et des images me viennent à l'esprit : la voix de Billie Holiday,
le son de Pharoah Sanders dans « You've Got To Have Freedom »,
le stop chorus de Charlie Parker dans « Night In Tunisia », la
batterie d'Elvin Jones dans « Acknowledgement »… Des images
aussi : la pochette du disque de Max Roach, We Insist!, les
tenues vestimentaires de Miles Davis et de Sun Râ, le quartet de Coltrane
en concert, enveloppé d'un nuage de vapeur dégagé par l'énergie des musiciens,
le pianiste Michel Petrucciani sautant sur son siège, ces descendants
d'esclaves qui ont dit au maître : « assieds-toi, tais-toi et écoute nous
! » Il y aurait tant de choses à dire : le rythme, le son,
l'improvisation, l'écoute et l'interaction entre les artistes...
Pourquoi la passion du jazz ? Parce que le
jazz, malgré plus de cent ans d'existence, est le reflet de nos sociétés, de
nos vies...
Où écouter du jazz ? En concert, à
la radio, sur le net, dans la rue, dans les clubs et les cafés !
Comment découvrir le jazz ? En live, c'est
sûrement le mieux : le public entend la musique se créer sous ses yeux. Et dans
les écoles ! Ce serait une bonne chose...
Une anecdote autour du jazz ? Ça se passe
dans les années 90 dans les Côtes d'Armor, à l'occasion d'un cocktail qui rassemble
des élus et personnalités locales : un quartet joue des morceaux des Jazz
Messengers. A la fin de leur prestation, une personne, passablement éméchée,
vient leur demander : « vous ne pourriez pas jouer un peu de jazz ? »
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| (c) Kevin Antoine |
Le portrait
chinois
Si j’étais un animal, je serais chat
Si j’étais une fleur, je serais mimosa
Si j’étais un fruit, je serais orange
Si j’étais une boisson, je serais limonade
Si j’étais un plat, je serais couscous
Si j’étais une lettre, je serais K
Si j’étais un mot, je serais libre
Si j’étais un chiffre, je serais 2
Si j’étais une couleur, je serais ocre rouge
Si j’étais une note, je serais mi bémol
Les bonheurs et
regrets musicaux
Le Nadja Septet
est sans doute ma plus belle réussite musicale, même si le groupe n'a joué que trois
concerts. Quant à mon plus grand regret, c’est à dix-huit ans, alors que je jouais
dans un groupe programmé en première partie de Zao, un orchestre qui avait
invité Didier Lockwood. Au moment des balances, je discute avec lui et,
tout d'un coup, il me dit en se dirigeant vers le plateau : « viens, on va
jouer ! ». Je n'en croyais pas mes oreilles, j'ai feint de n'avoir rien
entendu et suis resté à ma place...
Sur l’île
déserte…
Quels disques ? So What de Davis, Coltrane Plays the
Blues et Belly of The Sun de Cassandra Wilson.
Quels livres ? Vie et destin de Vassili Grossman,
La Métamorphose de Franz Kafka et Rubrique-à-Brac de Marcel
Gotlib.
Quels films ? Coup de torchon de Bertrand Tavernier, Les Tontons flingueurs
de Georges Lautner et Croocklyn' de Spike Lee.
Quelles peintures ? Le Domaine d'Arnheim de René Magritte, Les Iris de Claude Monet et Senecio
de Paul Klee.
Quels loisirs ? La musique… La marche à pied, la natation et les
activités en famille.
Les projets
Tout d’abord, des
concerts pour Nadja Trio et ses invité.es ! Ensuite, la création de la
suite Marikana – Germinal en Afrique du Sud avec le Nâtah Big
Band, la réalisation d'une vidéo de Tissages, suite pour flûte seule et
Logelloop, logiciel de création musicale en temps réel, et des concerts d’Octo
Twin Trio, avec un répertoire enrichi.
Trois vœux…
1. Que les
artistes et le public retrouvent les liens réels qui les unissaient jusqu'à
l'arrivée de la pandémie du Covid 19 et du pouvoir grandissant desdits « réseaux
sociaux »...
2. Qu'on
retrouve la voie de l'éradication de l'oppression et de l'exploitation.
3. Que le jazz
et ses musicien.nes aient enfin une place méritée !