02 septembre 2019

Bulle – Théo Girard


En 2016, le contrebassiste Théo Girard – Bratsch, Denis Colin, Masha Gharibian, Le Bruit du [sign], G!rafe – monte un trio avec Antoine Berjeaut à la trompette et Sebastian Rocheford à la batterie. Leur premier opus, 30YearsFrom, parait en 2017, suivi d’Interlude, en 2018. Avec le saxophoniste Basile Naudet, le trio devient un quartet qui sort Bulle en août 2019, toujours sur le label La Compagnie du Discobole, fondé par Girard en 2010.

Bulle est dédié au batteur Eric Groleau, disparu le 25 décembre 2018. Toutes les compositions sont signées Girard. Avec sa mélodie-riff exposée par la trompette et le saxophone à l’unisson et ses contrepoints ingénieux, « Champagne » pétille, emporté par le motif dansant de la batterie et la ligne minimaliste profonde de la contrebasse. Un leitmotiv rythmique solennel soutient « Des souvenirs de vous » – écrit pour Le bruit des ombres, une pièce de Déborah Benveniste – tandis que les soufflants échangent des dialogues animés sur fonds d’accents hispanisants. Des ostinatos rapides, une batterie solide, des phrases heurtées et touffues, qui partent dans tous les sens, décrivent une promenade échevelée dans « Rototown », ville chimérique « accessible que par une route en spirale ». « Fire Alert » est dense, comme un morceau d’Henri Texier : pédale de la contrebasse, foisonnement de batterie et duo trompette – saxophone qui alterne unissons et contrechants débridés. Les « Grandes dames » s’avancent élégamment, soutenues par une rythmique sobre et des croisements de voix subtils. Un esprit rock se glisse dans « Roller Coaster », avec des phrases entraînantes de Girard sur des passages en chabadas véloces de Rocheford, qui contrastent avec les discours faussement tranquilles de Berjeaut et Naudet. « Endless Groove » démarre également dans une veine rock-progressif : stimulés par les frappes dynamiques de Rocheford et le riff puissant de Girard, les questions – réponses de Berjeaut et Naudet dynamitent le morceau. Une tournerie à l’unisson lance la dernière piste, « Microsillon »… La trompette s’envole, toujours acoquinée avec le saxophone à l’affût du moindre de ses mouvements, pendant que la contrebasse et la batterie impriment un mouvement excitant.

Girard et ses compères font mouche : Bulle captive, l’auditeur s’ « échappe du moment présent » pour un fabuleux voyage imaginaire…

Le disque

Bulle
Théo Girard
Basile Naudet (as), Antoine Berjeaut (tp), Théo Girard (b) et Sebastian Rochford (d).
La Compagnie du Discobole – SD032019
Sortie le 23 août 2019

Liste des morceaux

01. « Champagne » (04:00). 
02. « Des souvenirs de vous » (04:36).         
03. « Rototown » (04:29).
04. « Fire Alert » (05:26).     
05. « Grandes dames » (07:14).       
06. « Roller Coaster » (05:57).         
07. « Endless groove » (04:10).        
08. « Microsillon » (03:35).

Tous les morceaux sont signés Girard sauf indication contraire.

28 août 2019

A la découverte de Thomas Grimmonprez


Big Wheel sort le 23 août chez Outnote Records, après Bleu (2009) et Kaléïdoscope (2015), c’est le troisième disque en leader de Thomas Grimmonprez. Une excellente occasion de partir à la découverte de ce batteur qui joue aussi bien dans les formations de Patrice Caratini, Laurent Cugny, Riccardo Del Fra… que le trio de Stéphane Kerecki ou son propre quartet !...


La musique

J’ai toujours été très impressionné par la batterie. C’est donc tout naturellement que j’ai choisi cet instrument…

Au départ, j’ai commencé par étudier les percussions classiques, le trombone et suivi une formation musicale générale. Ensuite j’ai pris des cours de batterie à l’école Agostini de Lille.

Vers l’âge de quinze ans, en regardant une émission sur le festival de jazz à Antibes, j’ai découvert le jazz. Je suis alors entré dans la classe de jazz du conservatoire de Lille puis finalement j’ai intégré le CNSMDP.

Au début, mes premiers profs m’ont beaucoup influencé puis, par la suite, tous les musiciens issus du label ECM.




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La liberté…

Pourquoi la passion du jazz ? C’est réinventer sans cesse… Et toujours refaçonner la matière sonore…

Où écouter du jazz ? Dans n’importe quel endroit !...

Comment découvrir le jazz ? Ecoutez toute la discographie de Miles Davis, John Scofield, Pat Metheny...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un guépard,
Si j’étais une fleur, je serais une fleur de lys,
Si j’étais un fruit, je serais une amande,
Si j’étais une boisson, je serais milk shake,
Si j’étais un plat, je serais des noix de saint jacques,
Si j’étais une lettre, je serais B,
Si j’étais un mot, je serais fluide,
Si j’étais un chiffre, je serais 2,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais Do grave,


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis particulièrement heureux de mon dernier disque, Big Wheel… et j’aurais tant aimé avoir entendu Charlie Parker dans un club !...



Sur l’île déserte…

Quels disques ? Bright size life de Metheny.

Quels livres ? L’art de la méditation de Matthieu Ricard.

Quels films ?  Tous les films avec et de Clint Eastwood.

Quels loisirs ?  La pêche sous-marine.


Les projets

Ecrire un nouveau répertoire pour le quartet avec Manu Codjia, Benjamin Moussay et Jérôme Regard.


Trois vœux…

01. Enregistrer beaucoup de musique.

02. Continuer à partager ma passion avec les autres.

03. Faire un voyage sur mars…

26 août 2019

The Very Last Blues – Tabasco


En 2014, les frères Réchard, Loïc le guitariste et Ivan le contrebassiste, forment un quartet en compagnie du saxophoniste Robin Nicaise et du batteur Fred Pasqua. Pour enregistrer leur premier opus, The Last Blues (2016), ils invitent le pianiste Léonardo Montana. Dès lors, Tabasco devient un quintet. En mai 2019, The Very Last Blues sort chez Clapson.

Au programme, trois morceaux d’Ivan Réchard, trois de Nicaise, deux de Loïc Réchard et le standard « When I Grow Too Old To Dream »,  composé en 1934 par Sigmund Romberg et Oscar Hammerstein II.

A partir de thèmes plutôt concis (« Janvier »), le plus souvent dynamiques (« Mountain Journey ») et entraînants (« Scirocco »), le quartet part dans des développements bluesy (« Go Go Go »), funky (« Scirocco ») et hard-bop (« Comète (Part II) »). Nicaise passe d’une fausse nonchalance (« Go Go Go ») à un jeu de crooner (« En apesanteur »), avec toujours une tension sous-jacente (« Troca »). Loïc Réchard, souvent à l’unisson avec le saxophone (« Mountain Journey »), laisse parfois sa guitare planer (« Scirocco »), mais s’inscrit plutôt dans la lignée bop (« Go Go Go »). Montana alterne jeu rythmique (« Mountain Journey ») et envolées dansantes (« Scirocco »), sans oublier l’héritage hard-bop (« Janvier »). Ivan Réchard joue des riffs énergiques (« Mer de nuit ») et des lignes sobres (« When I Grow Too Old To Dream ») qui maintiennent une carrure solide (« Comète (Part II) »). Le drumming de Pasqua reste enlevé de bout en bout, avec des cliquetis vifs (« Troca »), un chabada vigoureux (« Comète (Part II) ») et un swing robuste (« Mer de nuit »).

Tabasco oblige, la musique de The Very Last Blues est épicée à souhait, avec une belle cohérence d’ensemble.

Le disque

The Very Last Blues
Tabasco
Robin Nicaise (sax), Loïc Réchard (g), Léonardo Montana (p), Ivan Réchard (b) et Fred Pasqua (d).
Clapson – CS3976
Sorti le 10 mai 2019

Liste des morceaux

01. « Go Go Go », Ivan Réchard (05:16).
02. « Mer de nuit », Ivan Réchard (04:44).
03. « Mountain Journey », Nicaise  (04:45).
04. « Troca », Loïc Réchard (03:42).
05. « En apesanteur », Nicaise (05:02).
06. « Scirocco », Ivan Réchard (05:32).
07. « Comète (Part II) », Nicaise (04:28).
08. « Janvier », Loïc Réchard (04:45).
09. « When I Grow Too Old to Dream », Sigmund Romberg et Oscar Hammerstein II (05:02).

24 août 2019

Shifted - Sal La Rocca


De Nathalie Loriers à Maäk Spirit, en passant par Steve Houben, Manuel Hermia, Olivier Hutman ou encore Lee Konitz, Steve Grossman, Charlie Mariano, Harold Land… Outre-Quiévrain, SalLa Rocca est un contrebassiste particulièrement demandé ! Premier disque sous son nom, Latinea sort en 2003 chez Igloo Records. Neuf ans plus tard, en 2012, toujours en quintet et chez Igloo, mais avec de nouveaux musiciens, La Rocca enregistre It Could Be The End. L’artiste laisse mûrir ses idées musicales avant de les graver : il aura fallu patienter sept ans pour Shifted, publié en mai 2019 (IGL295).

La genèse de Shifted remonte au début des années quatre-vingts dix, quand La Rocca et le saxophoniste Jeroen van Herzeele décident de monter un premier trio, puissant, mais éphémère, en compagnie du batteur Stéphane Galland. Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard que les deux amis relancent le projet, avec Lieven Venken derrière les fûts. Le trio devient un quartet quand le claviériste Pascal Mohy les rejoint, en 2016. Phil Abraham et son trombone sont invités sur deux titres.

Cinq morceaux de Shifted sont signés La Rocca, Herzeele, Venken et Mohy en apportent un chacun et le neuvième est « Syndrome », une composition de Carla Bley.

Souvent énergiques (« Shifted »), avec des nuances funky (« Ragga »), ou intimistes (« Waiting »), avec des accents majestueux (« Psalm »), les thèmes restent sophistiqués, dans une veine à la fois moderne et tendue. Les ambiances sont variées et, tour à tour, chambriste (« Bicycle »), hard-bop (« Syndrome »), cinématographique (« Last Kiss »), dansante (« Cache-Cash »)… Le quartet joue la carte de l’interaction : contrechants élégants (« Waiting »), montée en tension dramatique (« Psalm »), questions-réponses piquantes (« Wise One », « Ragga »), unissons efficaces (« Cache-Cash »), dialogues astucieux (« Bicycle »)….

La batterie est volontiers touffue (« Shifted »), toujours entraînante (« Cache-Cash »), avec ses motifs puissants (« Psalm ») et son chabada vigoureux (« Syndrome »). Elle sait également se montrer percussive (« Last Kiss »), presque bruitiste (« Waiting ») ou bruissante aux balais dans « Bicycle ». Si les lignes de contrebasse en imposent (« Last Kiss »), elles restent musicales (« Psalm »), entraînantes (« Ragga »), vives (la walking de « Syndrome ») et les chorus sont particulièrement mélodieux (« Wise One »), Econome (« Waiting »), le piano souligne subtilement le discours des solistes (« Psalm »), sans se départir d’un swing dense (« Psalm »), et déroule des variations dans un style contemporain, parsemé de lignes dissonantes (« Bicycle ») et de clusters (« Syndrome »). Quant au saxophone, il alterne discours free (« Shifted »), actuels (« Wise One ») et développements fluides (« Bicycle »), le tout sous influence coltranienne (« Psalm », clin d’œil évident à A Love Supreme…).

Dans la lignée de It Could Be The End, Shifted marie avant-garde et tradition : La Rocca et son quartet proposent une musique bien assaisonnée, un régal pour les oreilles !

Le disque

Shifted
Sal La Rocca
Jeroen Van Herzeele (sax), Pascal Mohy (p, kbd), Sal La Rocca (b) et Lieven Venken (d), avec Phil Abraham (tb)
Igloo Records – IGL295
Sortie en mai 2019

Liste des morceaux

01. « Shifted » (4:18).
02. « Waiting », Venken (4:39).
03. « Psalm », Van Herzeele (9:44).
04. « Wise One » (7:02).
05. « Bicycle », Mohy (6:18).
06. « Cache-Cash » (5:11).
07. « Ragga » (6:10).
08. « Syndrome », Bley (6:18).
09. « Last Kiss » (3:43).

Tous les morceaux sont signés La Rocca, sauf indication contraire.

19 juillet 2019

Sur le quai cet été…


Seul à la barre de Jazz à bâbord, il n’est malheureusement pas toujours possible d’embarquer tous les disques qui veulent lever l’ancre chaque mois ! Voici ceux qui sont sur le quai cet été…


The Very Last Blues
Tabasco Quintet
Robin Nicaise (sax), Loïc Réchard (g), Léonardo Montana (p), Ivan Réchard (b) et Fred Pasqua (d).
Clapson – CS3976
Sortie en 2019






Tao
Jim Funnell (kbd) et Akiko Horii (perc).
AfuriKo – AFRK 01
Sortie en 2019





Intermezzo
Sarah Lancman & Giovanni Mirabassi
Sarah Lancman (voc) et Giovanni Mirabassi (p), avec Olivier Bogé (sax).
Jazz Eleven – JZE11004
Sortie le 7 juin 2019







Michel On My Mind
Laurent Coulondre
Laurent Coulondre (p, org), Jeremy Bruyère (b) et André Ceccarelli (d).
New World
Sortie le 23 août 2019







The Reason Why Vol. 3
Goran Kajfes Subtropic Arkestra
GoranKajfeš (tp), Per “Ruskträsk” Johansson (sax, fl), Jonas Kullhammar (sax, fl), Per “Texas” Johansson (sax, cl, hb), Reine Fiske (g), Robert Östlund (g), Jesper Nordenström (kbd), Johan Berthling (b) et Johan Holmegard (d), avec Juan Romero (perc).
Cristal Records – CR 274
Sortie le 30 août 2019




Vind
Loïs Le Van
Loïs Le Van (voc), Paul Jarret (g) et Sandrine Marchetti (p).
Cristal Records – CR 279
Sortie le 30 août 2019








A Universe that Roasts Blossoms for a Horse
Ana Kravanja (vl, fl, voc, percu…), Samo Kutin (ikitelia, melodica, voc, percu…) et Iztok Koren (bj, percu…).
Tak:til / Glitterbeat – GB 079
Sortie le 30 août 2019






06 juillet 2019

Farangi – Du baroque à l’orient


Renaud García-Fons poursuit ses pérégrinations autour du bassin méditerranéen. Pour Farangi, qui sort chez e-motive Records en avril 2019, le contrebassiste dialogue avec la théorbiste Claire Antonini.

Si la « grand-mère » est un instrument clé dans le jazz, en revanche le théorbe est plutôt rare ! Créé en Italie à la fin du XVIe et disparu au XVIIIe, le théorbe est un grand luth avec deux chevillers. Le nombre de cordes varie, même si le plus souvent il en compte quatorze : huit cordes doublées à la touche et six paires hors touche, qui sonnent à vide. Spécialiste de la musique baroque (CNSMD de Lyon), mais aussi moyen-orientale (elle a étudié avec Dariush Talai), Antonini fait partie de ces musiciens qui ont remis le théorbe au goût du jour (« Toldeo del Greco ») et fait redécouvrir le répertoire français pour luth (Jean-Etienne Vaudry de Saizenay, Robert de Visée, Pierre Ballard…).

García-Fons et Antonini ont formé leur duo il y a quelques années et proposent un répertoire qui emporte les auditeurs dans un voyage exaltant du XIIIe au XVIIe, de la Perse à la France, en passant par la Syrie, la Turquie, l’Italie et l’Espagne… Un périple du baroque à l’orient, comme l’indique judicieusement le sous-titre de l’album.

A l’image du farangi, voyageur venu d’Occident jusqu’en Perse,  les dix-neuf courtes pièces au programme ont toute une histoire à raconter. « Capona » et « Sfesseina » sont tirées de compositions du luthiste germano-italien du XVIIe Johann Hieronymus Kapsberger. La « chaconne » reprend un thème d’un autre maître du luth du XVIIe, Ennebond Gaultier. Des poèmes inspirent également García-Fons : « A chaque instant » se réfère à Ce que tu es de Malek Jân Ne’Mati, poétesse mystique du Kurdistan ; « Comme un derviche amoureux » évoque DJalâl al-Dîn Rûmî, autre poète mystique, à la base du soufisme et de l’ordre des derviches tourneurs. « Le sommeil de Majnûn » s’appuie sur un conte populaire islamique, Laylâ Majnûn. Suivent des évocations de la Perse : « Reng-é Shotor » (dédié aux chameaux), « Tavalod » (joyeux anniversaire en farsi), « Légende Persane » (basé sur une mélodie iranienne en mode dashti), « Tchahar Mezrab » et « Sahneh Mountains » (ville d’Iran de la province de Kerlanshah). La Syrie est suggérée à travers la triste sonnerie du « Tocsin de Palmyre ».  La Turquie et la musique arabe du XVIIe sont à l’honneur dans « Nove alla turca » et « Dirouz ». « Ballo cavalino » est une escale en Italie, tandis que « Toledo del Greco » est évidemment un arrêt dans la cité espagnole. Côté occident, les « Sylvains d’Orient » protègent les forêts (et les fermes), mais rappellent également une pièce de François Couperin, la « Pavane du levant » semble tout droit sortie du XVIe, quant au « Ricercare », c’est une forme musicale en vogue à la Renaissance et au haut baroque…

Tour à tour moyenâgeuses (« Sylvains d'Orient »), folkloriques (« Comme un derviche amoureux ») ou moyen-orientales (« Dirouz »), les mélodies sont d’une élégance (« Chaconne ») solennelle (« Sahneh mountains ») et profonde (« Ricercare »), avec, toujours, cette touche de lyrisme si caractéristique chez García-Fons. Autre aspect typique de la musique du contrebassiste, la danse, qui s’invite dans quasiment tous les morceaux : boucles en re-recording (« Reng-é shotor »), ostinatos (« Tavalod »), riffs (« Ballo cavalino »), pédales (« Légende Persane »)… emportent les airs dans des farandoles (« Comme un derviche amoureux »), des marches (« Tocsin de palmyre »), des rondes médiévales (« Capona »), voire scottish (« Le sommeil de Majnûn ») ou grecques (« Nove alla turca »), plus dynamiques les uns que les autres. Le théorbe et la contrebasse croisent leurs cordes dans des contrepoints (« Pavane du levant ») aux accents baroques (« Sfesseina »), des questions-réponses harmonieuses (« À chaque instant »), des unissons raffinés (« Sahneh mountains »), des contre-chants joueurs (« Tchahar mezrab »)…

Farangi est un disque de musique classique du monde d’une beauté solaire !

Le disque

Farangi
Du baroque à l’orient
Claire Antonini (théorbes) et Renaud García-Fons (b).
E-motive Records – EMO 191
Sortie en avril 2019

Liste des morceaux

01. « Sylvains d'Orient » (03:44).
02. « Reng-é shotor » (03:48).
03. « Chaconne » (02:58).
04. « Tavalod » (04:35).
05. « Nove alla turca » (03:48
06. « Pavane du levant » (04:00).
07. « À chaque instant » (03:17).
08. « Comme un derviche amoureux » (04:07).
09. « Ricercare » (01:59).
10. « Le sommeil de Majnûn » (03:38).
11. « Capona » (03:28).
12. « Ballo cavalino » (04:27).
13. « Dirouz » (01:57).
14. « Légende Persane » (04:47).
15. « Tchahar mezrab » (03:16).
16. « Toledo del Greco » (01:42).
17. « Sfesseina » (02:49).
18. « Sahneh mountains » (02:44).
19. « Tocsin de palmyre » (02:29).

Tous les morceaux sont signés García-Fons.

26 juin 2019

Le Surnatural Orchestra aux Nuits des Arènes de Lutèce


Du 13 au 16 juin les arènes de Lutèce retrouvent (presque) leur fonction première et vivent au rythme des pièces de théâtre, concerts, spectacles de danse, expositions, conférences, ateliers, jeux, débats, repas et même… des parties de pétanque endiablées !

Créé en 2015, le festival Les Nuits des Arènes investit l’amphithéâtre à ciel ouvert de la rue Monge. Construites au premier siècle, ces arènes, qui comptaient autour de dix-sept mille places, préfigurent les salles polyvalentes d’aujourd’hui puisqu’elles servaient à la fois aux jeux du cirque et à des représentations théâtrales… Au programme de la cinquième édition du festival : pas moins de cinq concerts, huit pièces de théâtre, un spectacle de danse, quatre expositions et, toujours, de nombreux moments d’interactions et de convivialité avec le public.

Depuis 2003 et leur disque éponyme, la vingtaine (plus ou moins) de musiciens du Surnatural Orchestra suit son bonhomme de chemin et aligne les projets : Sans tête, Pluir, Profondo Rosso, Ronde, Esquif… sans compter ceux qui ne sont pas – encore – sortis sur disque. En 2018, l’orchestre a posé ses instruments dans le théâtre L’Echangeur à Bagnolet, où il a installé son studio, Caracol. Le 15 juin, le Surnatural Orchestra présente son dernier projet, Tall Man, puis il est rejoint en deuxième partie par l’octet de Denis Charolles.


Comme souvent pour leurs concerts, le Surnatural Orchestra monte sur scène déguisé (en robe pour la plupart) et affublé de coiffes loufoques. Pendant tout le set, les musiciens changent de place, vont et viennent devant l’orchestre, au grès des solos, se mêlent aux spectateurs, montent dans les gradins, jouent avec des escabeaux et des spots, invitent le public à danser… dans une atmosphère festive. Et quand la Campagnie des musiques à ouïr de Charolles s’en mêle, la fête redouble d’intensité ! Mais ces facéties n’empêchent pas la musique, souvent dirigée par des instructions de Soundpainting, d’être tout ce qu’il y a de plus sérieuse pendant près de trois heures !


Des mélodies plutôt courtes, sous forme de ritournelles ou de refrains, laissent place à des développements foisonnants, qui alternent des ambiances de fanfare, de cirque, de carnaval, mais aussi d’hymnes, de marches, d’odes… dans des croisements de voix, des contrepoints, des questions-réponses, des envolées déjantées… tous plus jubilatoires les uns que les autres ! La Nouvelle Orléans, le rock’n roll, le calypso, le free, le rock alternatif, le charleston, le cha-cha-cha, la valse, la scottish… ou encore les musiques du monde, arabo-andalouses, folkloriques, voire klezmer s’invitent dans la danse. Le tout, toujours parsemé de chorus inspirés, d’interactions astucieuses, de digressions ingénieuses et de dialogues relevés. Entre la batterie – devant l’orchestre –, les percussions, les motifs de la guitare et les riffs des soufflants, le rythme est également l’une des composantes essentielles de la musique du Surnatural Orchestra. Comme d’habitude, Hanno Baumfelder est préposé aux propos dada hilarants, tandis que Nicolas Stephan part dans des envolées dignes d’un opéra bouffe… Charolles n’est pas en reste avec un discours grotesque dans un sabir inintelligible, puis avec une caricature de rock’n roll particulièrement savoureuse !

Les deux orchestres ont la pêche : une joie de jouer contagieuse, un plaisir manifeste de mélanger les genres, une malice évident à alterner musiques faciles et passages ardus… Du surnaturel à ouïr d’urgence, assurément !

24 juin 2019

A la découverte d’AfuriKo


AfuriKo est constitué de la percussionniste Akiko Horii et du claviériste Jim Funnell. Depuis plus de cinq ans ces deux artistes promènent leur musique métisse, patchwork de jazz, funk, pop, reggae, folklores… aux quatre coins du monde. La sortie de Tao est une excellente occasion de partir à la découverte de ce duo original…


La musique

Akiko : j’ai commencé par prendre des cours particuliers de piano classique à Ashiya, au Japon, avec Hitomi Shimamoto. A l’adolescence, je suis passé au saxophone jazz avec son fils, Takashi Shimamoto, et j’ai découvert les géants du sax ténor : Joe Henderson et Stan Getz. Mais c’est lors d’un spectacle organisé par mon lycée, The Stony Brook School, que j’ai entendu un djembé pour la première fois et le lendemain je téléphonai au musicien pour programmer mon premier cours… Ensuite, je suis allée étudier au California Institute of the Arts (CalArts), suivi d’une immersion en Afrique de l’Ouest, entre Côte d’Ivoire, Mali et Guinée. Avec le quintet Les Elles du tambour, nous avons sorti un album éponyme, puis, avec AfuriKo, un vinyle, アフリ子 (2012), et trois disques : On the Far Side (2014), Style (2016), et Tao (2019).

Jim : j’ai pris des cours particuliers de piano avec Pascale Audouze avant d’entrer au conservatoire de Mennecy. J’ai travaillé ensuite avec Rémy Theven, professeur de saxophone et piano jazz, puis me suis plongé dans les œuvres des maîtres du piano jazz que sont Ahmad Jamal et Keith Jarrett. Par la suite, j’ai intégré le Berklee College of Music. A côté des disques d’AfuriKo, j’ai également sorti Word Out (2009) et Spirit of The Snail (2015). Sinon, en 2011, j’ai reçu le prix de composition aux Trophées du Sunside.

Sur le plan des influences, Akiko cite Alfred Ladzekpo, Mamady Keïta, Manolo Badrena… Quant à Jim, il nomme David Fiuczynski, Laszlo Gardony, Jamal, Bill Evans… Et en duo, ils revendiquent Miles Davis, Hermeto Pascoal



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? L’art d’innover constamment.

Où écouter du jazz ? Dans la cuisine, entre trois et cinq heures du matin !

Comment découvrir le jazz ? Lâcher prise…


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un papillon,
Si j’étais une fleur, je serais un rhododendron,
Si j’étais un fruit, je serais une nashi (poire japonaise),
Si j’étais une boisson, je serais du Genmaicha (thé de riz brun),
Si j’étais un plat, je serais du guacamole,
Si j’étais une lettre, je serais  ,
(prononcez « ko », il s’agit du pictogramme japonais pour le mot « enfant »),
Si j’étais un mot, je serais arbre,
Si j’étais un chiffre, je serais 11,
Si j’étais une couleur, je serais orange,
Si j’étais une note, je serais Sol.


Les bonheurs musicaux

L’album Tao est sans doute le projet qui nous donne le plus de joie à ce jour, car il dépasse le cadre strictement musical : il s’agit en effet d’une véritable recherche personnelle qu’AfuriKo propose à l’auditeur, qui peut aboutir à une profonde transformation... Par ailleurs, depuis deux ans, c’est aussi pour AfuriKo le commencement d’un nouveau chapitre de vie à New York, dans le Queens, quartier multi culturel par excellence et qui abrite le plus vaste panel de populations au monde !


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  A Voz e o Violão de Djavan, Saiyuki de Nguyên Lê, Ifrikya de Karim Ziad, Heavy Weather de Weather Report et Sanfona d’Egberto Gismonti.


Quels livres ?  L’Alchimiste de Paulo Coelho, Miles: The Autobiography de Davis et Quincy Troupe, The Jazz Piano Book de Mark Levine, Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, Effortless Mastery: Liberating the Musician Within de Kenny Werner.

Quels films ? L'Odyssée de Pi, Le Voyage de Chihiro, Mon voisin Totoro, La Vie rêvée de Walter Mitty, Coco…

Quelles peintures ? Jóhannes Sveinsson Kjarval et Hilma af Klint.

Quels loisirs ? Qigong et randonnée.


Les projets

Dans un premier temps, présenter l’album Tao sur scène, en club et dans les festivals, puis il sera temps de se lancer dans la création d’un nouveau disque…




Trois vœux…

Amour.

Harmonie.

Liberté.