11 juillet 2018

A la découverte de Thomas Bramerie


Le contrebassiste Thomas Bramerie est un hyperactif de la scène française – Olivier Hutman, André Ceccarelli, Laurent de Wilde, Pierrick Pedron, Julien Loureau et beaucoup d’autres ! – et de la scène newyorkaise – Dee Dee Bridgewater, David Sanchez, Jacky Terrasson, Jean-Michel Pilc... Après trente ans de carrière et plus d’une centaine de disques en sideman, Bramerie vient de sortie Side Stories, son premier album en leader, l’occasion de partir à sa découverte…


La musique

J’ai découvert le jazz dès mon enfance, à la maison, grâce à la discographie de mon père. J’ai d’abord étudié la guitare pendant plusieurs années dans une école de musique. Comme l'orchestre avait besoin d'un bassiste, je me suis mis à la basse électrique… un peu malgré moi ! Mais j’étais attiré par le jazz acoustique, donc je me suis procuré une contrebasse…. C’est à se demander parfois si ce n'est pas l'instrument qui choisit le musicien !

Jusqu’à dix-huit ans, j’ai d’abord été élève du guitariste Tony Petrucciani à l'école cantonale de musique de Solliès-Toucas, créée par Yvan Belmondo. J’ai ensuite pris des cours particuliers avec Jean Paul Florens, à Marseille, puis des leçons de contrebasse classique avec Jean-Bernard Rière. A partir de là, le reste de mon apprentissage de la musique de Jazz s'est fait en jouant avec de nombreux musiciens expérimentés.

Mes influences principales sont avant tout les quintets de Miles Davis et le trio Herbie HancockRon CarterTony Williams. Aujourd’hui, je suis inspiré par des trios comme ceux de Christian McBride, Brad Mehldau ou Avishai Cohen, entre autres...




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  Le jazz est toute la musique jouée par les jazzmen... Un jazzman est un musicien qui a été – et sera toujours – amoureux de chaque note jouée par Louis Armstrong, Lester Young, Duke Ellington, Django Reinhardt, Thelonious Monk, Charlie Parker, Kenny Clarke, Ray Brown, Davis, John Coltrane, Lee Konitz, Hancock, Carter, Chet Baker, René Urtreger, Jack Dejohnette, Alain Jean-Marie, Joe Lovano, Stéphane Belmondo, Brad Mehldau, Ricardo Del Fra, Mark Turner et des milliers d’autres ! Toutes les notes jouées par les musiciens animés d’un tel amour passionné sont du jazz... Les musiciens de jazz se reconnaissent entre eux, tandis que l’appréciation du jazz par le public et la presse ne correspond pas toujours à celle des jazzmen.

Pourquoi la passion du jazz ? Un des aspects du jazz les plus stimulants pour moi en particulier, et pour les jazzmen en général, est l’interaction entre les musiciens, l’improvisation, et donc la création de la musique dans l’instant, au moment présent. Un morceau de jazz ne peut pas être répété deux fois ! Chaque interprétation d’un même morceau est un nouveau morceau de musique... J’ai écrit des textes sur le sujet dans le livret de mon disque, Side Stories.

Où écouter du jazz ? Une des meilleures façons d’apprécier le jazz est d’aller écouter des concerts. Aller écouter les musiciens jouer cette musique sur scène, au plus proche si possible. Les clubs de jazz sont les lieux idéaux pour ça, pour essayer de percevoir au mieux l’énergie qui circule entre les musiciens lorsqu’ils jouent du jazz...

Comment découvrir le jazz ?  On découvre souvent le jazz quand on a été accroché par une mélodie, un groove, un tempo, un son d’orchestre particulier ou une interprétation… Ella Fitzgerald – ou Cecil McLorin Salvant aujourd’hui – , le Count Basie Big Band – ou le Lincoln Center Orchestra aujourd’hui –, les trios d’Oscar Peterson et d’Ahmad Jamal – ou de Brad Mehldau – ont le pouvoir d’interpeller nos sens... A partir de là, il est intéressant de prendre conscience de ce qui nous a plu et écouter les disques en cherchant les harmonies du pianiste derrière la chanteuse, le groove du bassiste et du batteur derrière le swing du Big Band, la cohésion des trois musiciens derrière le son du trio… Après cette écoute, on peut aller découvrir cette magie dans d’autres orchestres, même si, a priori, ils ne nous avaient pas plu... Le goût n’est pas inné : comme pour la cuisine, la peinture et toute autre expression culturelle, le jazz demande une certaine initiation. Cela dit, personne n’est obligé d’aimer le jazz !

Une anecdote autour du jazz ?  Lors des séances d’enregistrement avec Davis, si l’un des musiciens du groupe n’était pas satisfait de ce qu’il avait joué et le disait, le trompettiste lui répondait : « you played it! » (tu l’as jouée !). Autrement dit, si tu ne voulais pas jouer ces notes, il suffisait de ne pas les jouer au moment de la prise... Et si tu étais à 100% dans ce que tu jouais, tu ne regretterais aucune de tes notes !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais, une cigale,
Si j’étais une fleur, je serais un coquelicot,
Si j’étais un fruit, je serais une figue,
Si j’étais une boisson, je serais une mauresque,
Si j’étais un plat, je serais un cassoulet,
Si j’étais une lettre, je serais X,
Si j’étais un mot, je serais Peuchère !
Si j’étais un chiffre, je serais 9,
Si j’étais une couleur, je serais vert,
Si j’étais une note, je serais bleue,


Les bonheurs et regrets musicaux

Après trente ans de carrière, je suis heureux d'être un musicien toujours actif auprès de musiciens de premier plan… et de n’avoir aucun regret !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? N'importe quel disque de Davis de sa période entre 1956 et 1961 !

Quels livres ? N'importe quel livre de Jiddu Krishnamurti.

Quels films ? N'importe quel film que je n'ai pas encore vu... à condition qu’il soit de Woody Allen !

Quelles peintures ? N'importe quel tableau de Johannes Vermeer.

Quels loisirs ? La pétanque... et une mauresque !




Les projets

Mon projet d'aujourd'hui : je viens de sortir mon premier disque en leader, Side Stories, chez Jazz Eleven, et j'espère pouvoir tourner avec le trio, composé de Carl-Henri Morisset au piano et Elie Martin-Charrière à la batterie.

Par ailleurs je fais aussi partie, entre autres, des formations de Pierrick Pédron, Stéphane Belmondo, Bojan Z, Jacky Terrasson... Une prochaine collaboration avec Eric Legnini est également prévue.

Sinon, je compte aussi enregistrer un disque de chansons Occitanes avec la chanteuse Miquela, ma mère, et le guitariste Emile Bramerie, mon fils...


Trois vœux…

Qu’une grande majorité d’entre nous commence à voir les choses comme elles sont, et non comme nous les imaginons.

Qu’une grande majorité d’entre nous commence à apprécier ce que nous avons, plutôt que désirer ce que nous n’avons pas.

Que mes deux premiers vœux se réalisent, de manière à ce que des questions comme « Quels sont vos trois vœux ? » deviennent ineptes...

7 juin 2018

Obscurity of Light – Rémy Gauche


Passé par le CIM, les Conservatoires d’Orsay et d’Amsterdam et la New School for Jazz and Contemporary Music à New York, le guitariste Rémy Gauche sort Panamsterdam en 2010, Nature Urbaine en 2013 et Obscurity of Light en avril 2018.

Voilà maintenant plus de six ans que Gauche a formé son quartet avec Thomas Koenig au saxophone ténor et à la flûte, Philippe Monge à la basse et Julien Augier à la batterie.  Pour Obscurity of Light, le quartet invite Pierre de Bethmann sur cinq des neuf titres. Monge signe « One of Dany’s Side » et « On-Off », Koenig propose « Cursives » et Gauche a composé les sept autres morceaux.

Le quartet démontre un goût prononcé pour les belles mélodies (« Cursives »), les développements sinueux (« Inès »), les rythmes entraînants (« Il était une fois au royaume d'0yo ») et une prise de son subtile de la guitare électrique, qui permet de préserver une sonorité d’ensemble plutôt acoustique. Gauche se montre volontiers lyrique, avec des incursions dans le bop (« Climatic Changes »), sans oublier le blues (« Bivouac »). Koenig passe d’une ballade du néo-bop (« On-Off ») à des lignes nonchalantes (« Bivouac) et, à la flûte, il a un jeu à a fois direct et chantant, dans une veine presque « vingtiémiste » (« Dark Song »). Monge et Augier forment une section rythmique dynamique, avec une contrebasse minimaliste (« Cimatic Changes ») groovy (« One of Dany’s Side ») et une batterie puissante (« Bivouac »), parfois binaire (« Dark Song »), qui n’hésitent pas à donner de la walking et du chabada (« Inès »). Le Fender Rhodes apporte une touche vintage (« Dark Song ») et de Bethmann souligne avec tact les chorus (« Il était une fois au royaume d'0yo ») ou déroule des lignes dans une veine post-bop (« La mémoire de l’eau »).

Avec Obscurity of Light, Gauche et son quartet poursuivent leur chemin, pavé de mélodies chantantes, de constructions soignées et d’ambiances fringantes…

Le disque

Obscurity of Light
Rémy Gauche
Thomas Koenig (ts, fl), Rémy Gauche (g), Philippe Monge (b, kbd) et Julien Augier (d), avec Pierre de Bethmann (p, kbd).
Welcome Home – WH1
Sortie en avril 2018

Liste des morceaux

01. « Cursives », Koenig (05:45).
02. « Il était une fois au royaume d'0yo » (05:28).
03. « Climatic Changes » (05:16).
04. « La mémoire de l'eau - Intro » (00:37).
05. « La mémoire de l'eau » (05:42).
06. « Bivouac » (06:33).
07. « Dark Song » (07:04).
08. « Inès » (05:59).
09. « One of Dany's Side - Intro », Monge (00:38).
10. « One of Dany's Side », Monge (04:57).
11. « On-Off », Monge (04:26).

Toutes les compositions sont signées Gauche, sauf indication contraire.

5 juin 2018

Terramondo à l'Auditorium Jean-Pierre Miquel...


Pour clôturer sa cinquième saison jazz, le 26 mai 2018, l’Espace Sorano a programmé le duo Terramondo à l’auditorium Jean-Pierre Miquel, qui affiche complet... Après avoir remercié les équipes et les partenaires, Vincent Bessières, directeur artistique de Jazz à Sorano, nous donne rendez-vous au mois d’octobre pour de nouvelles aventures…

Complices depuis une trentaine d’années, le pianiste Jacky Terrasson et le trompettiste Stéphane Belmondo ont formé le duo Terramondo en 2013, lors du Saint-Emilion Jazz Festival. Trois ans plus tard, en septembre 2016, Mother sort chez Impulse!.


Le programme du concert reprend en grande partie des morceaux du disque : « You Are The Sunshine of My Life » de Stevie Wonder, le saucisson  « Lover Man », « In Your Own Sweet Way » de Dave Brubeck, « Hand In Hand » et « Mother » de Terrasson, « La chanson d’Hélène » de Philippe Sarde (bande originale des Choses de la vie de Claude Sautet), « Les valseuses » de Stéphane Grappelli (pour le film éponyme de Bernard Blier) et « Que reste-t-il de nos amours ? », le tube de Léo Chauliac et Charles Trénet. Le duo joue également « La Marseillaise » et « Caravan », le standard de Duke Ellington, Juan Tizol et Irving Mills.


Terramondo se délecte de ballades intimistes et élégantes (« Hand In Hand »). Les voix se croisent dans des dialogues mélodieux (« Lover Man »), teintés de lyrisme, voire de solennité (« Mother »). Terrasson et Belmondo s’écoutent et se renvoient la balle avec la connivence de deux vieux briscards : des unissons délicats, des contrechants subtils, des questions – réponses raffinées… le tout parsemé de citations, d’allusions (la Marche funèbre de Frédéric Chopin), de clins d’yeux (Mission Impossible), ou encore, de touches folk (« La chanson d’Hélène »), d’accents bluesy (« La Marseillaise »), de traces funky (« In Your Own Sweet Way »), d’accords latinos (« Caravan »)… La musique du duo s’inscrit dans une lignée néo-bop moderne, mais les deux musiciens s’adaptent à tous les styles : du New Orleans, avec le stride de Terrasson et la trompette bouchée avec un verre à pied de Belmondo, qui imite Louis Armstrong (« Les valseuses »), à la musique minimaliste. Le timbre clair et net du piano répond à la sonorité chaleureuse et ronde de la trompette ou du bugle. Le piano assure la pulsation avec des lignes d’accords, des walking (« You Are The Sunshine of My Life »), des pompes (« Caravan »), des riffs et des ostinatos vigoureux, servie par un touché puissant.

Terrasson et Belmondo proposent une heure quarante-cinq d’une musique dense, une conversation personnelle entre deux amis qui se devinent à l'oreille…



2 juin 2018

A la découverte d’Emmanuel Guirguis…


Multi-instrumentiste – guitare, piano, basse, batterie, trompette, saxophone soprano… –, compositeur, enseignant… aussi à l’aise dans la rumba congolaise que la bossa nova ou le jazz, Emmanuel Guirguis a sorti son premier opus en leader, Jazz Flour, le 24 mai 2018. L’occasion de partir à sa découverte…


La musique

J’apprends le piano classique pendant mon enfance, mais ça m'a dégoûté de l'instrument… C’est à l’adolescence que je redécouvre la musique par le biais de la guitare. Je réalise que c’est une aire de jeu incroyable, notamment grâce à l’improvisation. Autour de quinze ans, ma petite amie me fait découvrir le jazz, car elle écoute en boucle Kind of Blues de Miles Davis. Depuis, j’associe inexorablement cet album à des choses très agréables comme le premier amour, la tendresse et le sexe !...

A dix-neuf ans la musique devient mon métier : je joue en concerts et dans les festivals avec le groupe franco-sénégalais Sama Yaay. En parallèle, je suis une formation à l’American School of Modern Music. Mes principales influences restent Davis, Herbie Hancock, Tom Waits, Erykah Badu et Kylie Minogue ! Je poursuis ensuite mon parcours sur scène de façon plus éclectique, en jouant dans des contextes variés : raï, afrobeat, mais aussi blues, funk et chanson…

Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à composer de la musique pour différentes sociétés et médias – Lancôme, Orange, Lancaster, M6… mais également pour des documentaires, comme récemment Thomas Pesquet : l’étoffe d’un héros, diffusé sur Planète+. Enfin, j’ai cofondé La Croche, une association dédiée à la transmission musicale…


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  La liberté !...

Pourquoi la passion du jazz ?  Le jazz est passionnant quand il est surprenant.

Où écouter du jazz ?  Il y tellement de musiques différentes dans le jazz, qu’il peut y en avoir pour tous les moments de la journée ! C’est d’ailleurs le propos de Jazz Flour : le jazz est une farine (flour) avec laquelle nous pouvons cuisiner beaucoup de plats aux saveurs très différentes…      

Comment découvrir le jazz ?  Aller le voir en concert.

Une anecdote autour du jazz ? Je vais être un peu hors sujet, mais pas complètement : j’adore le mythe de Crossroad, lié au bluesman Robert Johnson. Au début de sa carrière, Johnson était un mauvais guitariste. Un jour, il disparaît. Quelques mois plus tard, il réapparaît et il est devenu bon... La rumeur court alors qu’il a vendu son âme au diable en échange de son talent, au croisement d’un chemin (crossroad)... En fait, Johnson a simplement dû travailler son instrument comme un fou !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un éléphant, en référence à la pochette de Jazz Flour,
Si j’étais une fleur, je serais un pissenlit, car il a trois caractéristiques différentes : la fleur jaune, le bouton sur lequel on peut souffler et la feuille qu’on peut manger…




Les bonheurs et regrets musicaux

Le disque Jazz Flour est l’une de mes belles réussites… Comme je suis passionné par le cinéma, je regrette de ne pas avoir encore rencontré un alter-ego réalisateur de films. J’adore les couples réalisateur-compositeur comme l’ont été Alfred HitchcockBernard Herrmann ou Tim BurtonDanny Elfman... Mais bon, il n’est pas trop tard !


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  Kind of Blue, pour les raisons précisées plus haut…

Quels livres ?   Don Quichotte de Miguel de Cervantes, Mon chien stupide de John Fante et En finir avec la cigarette d’Allen Carr, car il faut que j’arrête de fumer !

Quels films ?  La nuit du chasseur de Charles Laughton… Dans Jazz Flour, mon arrangement de « Sometimes I Feel Like A Motherless Child » est un hommage à ce film… Interstellar de Christopher Nolan.

Quelles peintures ?  A peu près tout Edward Hopper et Salvador Dali

Quels loisirs ?  Quand je ne joue pas de la guitare… jouer du piano me détend !


Les projets

Pour 2019, maintenant que le disque est sorti, je voudrais monter Jazz Flour sur scène, en trouvant la manière la plus originale et efficace de produire ce spectacle. Par la suite, je développerai un projet plus minimaliste, en petite formation !...


Trois vœux…

Ça peut paraître basique, mais bon, j’assume mon côté Miss France ! Alors je dirais : la Paix dans le monde…

1 juin 2018

Jazz de chambre au Triton…


Olivier Calmel est présent sur tous les fronts : de la musique classique (Opus 23 – Music For A Gene) aux œuvres pour Brass Band (Créations), en passant par la musique de film, le conte musical (Cinematics), le jazz ([OC Quartet])… Le 25 mai, c’est avec le sextet Double Celli que Calmel se produit sur la scène du Triton.

Calmel commence par former le quintet Cordes Croisés en 2011, avec Aurélien Guyot au violon, Xavier Phillips et Clément Petit aux violoncelles et Jean-Baptiste Perraudin aux percussions. En 2014, Johan Renard, à la place de Guyot, et Frédéric Eymard, à l’alto, rejoignent la formation, qui s’appelle désormais Double Celli. En 2016, Antoine Banville succède à Perraudin derrière les fûts.


Le programme du concert reprend des morceaux du répertoire d’Immatériel, sorti en novembre 2017 chez Klarthe Records. Certaines compositions figurent déjà sur Empreintes ([OC Quartet] – 2007) : « Le Hongrois déraille » (hommage à Béla Bartók), « Epistrophe » (clin d’œil à Thelonious Monk), « Prélude des cinq rameaux » (dérivé d’un prélude du compositeur Roger Calmel, le père d’Olivier) et « Au lever ». « Submergés », pour sa part, a été composé pour le documentaire éponyme sur les inondations de Draguignan, sorti en 2011. « Immatériel », « Pour El Ho » (signé Banville), « Final Opus » et « La générosité n’attend pas » n'avaient pas encore été enregistrés. Quant à « Il Palio », joué pendant le concert, mais pas sur Immatériel, il est tiré de Mafate ([OC Quartet] – 2004).

A première vue, l’instrumentation choisie par Calmel laisse penser que Double Celli juxtapose un trio jazz (piano – violoncelle électrifié – batterie) et un trio à cordes classique (violon – alto – violoncelle), mais à l’écoute, ce n’est pas le cas : il s’agit bien d’un sextet et, en dehors de Phillips, les cinq autres musiciens sont des jazzmen patentés. Double Celli propose du jazz de chambre certes, mais certainement pas du cross-over sirupeux !


Calmel écrit des mélodies élégantes (« Immatériel ») dans un esprit musique contemporaine (« Final Opus ») ou un style début vingtième (« Prélude des cinq rameaux »), dans une veine lyrique (« Submergés »), voire cinématographique (« La générosité n’attend pas »), avec des touches moyen-orientales (« Le Hongrois déraille »). L’architecture des morceaux est soignée : souvent, après une exposition du thème qui évoque la musique classique, la batterie, le piano ou le violoncelle électrique (qui navigue entre basse et soliste) lance le sextet dans des développements énergiques (« Epistrophe »). Les croisements de voix (« Immatériel »), les contrepoints (« Le Hongrois déraille »), les dialogues recherchés (« Pour El Ho »), les unissons virtuoses (« Final Opus »)… tiennent plutôt de la musique classique. Mais le sextet s’appuie sur des rythmes enlevés et une pulsation soutenue venus droit du jazz, avec des pizzicatos frétillants (« Au lever »), des poly-rythmes foisonnants (« Pour El Ho »), des boucles lancinantes (« Epistrophe »), des syncopes chaloupées (Il Palio ») et des riffs entraînants (« Immatériel »). La musique circule d’un musicien à l’autre et les instruments changent de registre au grès des morceaux, sans qu’aucun n’accapare le devant de la scène. Etant donnée la composition du sextet, les textures sonores jouent également un rôle clé dans la musique de Double Celli : contraste entre les cordes pincées, frottées ou frappées, osmose du violoncelle acoustique (quel son ! il faut dire que Phillips joue sur un Matteo Gofriller de 1710…) et du violoncelle électrifié, timbre chaleureux des percussions…

Calmel et son Double Celli explorent les confins du jazz et de la musique contemporaine sans se soucier des frontières, une musique apatride pleine de vitalité et salutaire par les temps qui courent ! Bravo.

28 mai 2018

In Spirit & Tilt à La Dynamo…

Le 17 mai, La Dynamo de Banlieues Bleues propose un double-concert avec un solo de ClaudeTchamitchian et le quartet de Joce Mienniel.


In Spirit

Tous les huit ans, Tchamitchian sort un album en solo ! En 1992, c’est Jeux d’enfants, le premier disque en leader du contrebassiste. En 2010, Another Cmhildhood est publié ches émouvance, label que Tchamitchian a créé en 1994. Quant à In Spirit, il a été enregistré le 12 mars 2018 au Studio 106, pendant l’émission A l’improviste, mais la date de sortie du disque n’est pas encore annoncée...

Pendant le concert à La Dynamo, Tchamitchian joue trois des quatre parties d’In Spirit. Le musicien commence par expliquer la genèse du projet : il rappelle qu’il pratique le solo depuis pas mal d’années, mais qu’à la différence de ses précédentes expériences, cette fois, il a « entendu » la musique qu’il voulait jouer à l’avance. Comme Tchamitchian constate que sa contrebasse ne lui permet pas d’arriver à traduire ce qu’il a entendu, il décide d’en changer. Anne Jenny-Clark lui propose alors l’une des deux contrebasses de Jean-François Jenny-Clark, la deuxième étant jouée par Jean-Paul Céléa. In Spirit reflète donc la musique qui lui est d’abord venu à l’esprit, mais c’est aussi un hommage à la mémoire de Jenny-Clark.

Dans la première partie, Tchamitchian met à l’honneur le gros son grave et boisé de la contrebasse avec un premier tableau minimaliste à base d’ostinatos, puis de roulements qui s’accélèrent pour déboucher sur une ligne rythmique rapide parsemée de slap. Le deuxième tableau, à l’archet, évoque une sorte de « bruitisme industriel » : les ricochets de l’archet sur les cordes produisent un vrombissement de machine dont l’intensité croît et décroît. Une mélodie-riff sombre, suivie de contrechants rapides joués en pizzicato constituent le dernier tableau. Pour la deuxième partie, Tchamitchian fait appel à une technique de jeu plutôt inhabituelle avec deux archets : un archet joue un bourdon, tandis que le deuxième déroule une mélodie fragile aux accents moyen-orientaux, avec une sonorité qui rappelle un peu une vièle. Tchamitchian joue également avec les dissonances et les contrastes d’ambitus. Il conclut la deuxième partie avec un passage rapide, construit sur des séries de contrepoints. La troisième partie commence par des questions – réponses entre des notes cristallines aigues et une pédale grave, puis s’envole sur une mélodie élégante portée par un ostinato groovy, joué en contrepoint, un peu comme une basse continue.

Seul avec sa contrebasse, Tchamitchian arrive à créer des mouvements d’une grande diversité et leur construction, particulièrement cohérente, tient l’auditeur en haleine de bout en bout.


Tilt #2

En 2016, Mienniel monte le quartet Tilt avec Guillaume Magne à la guitare et au banjo, Vincent Lafont au piano et aux claviers et Sébastien Brun aux percussions. Ils sortent leur premier opus éponyme chez Drugstore Malone, label fondé par le flûtiste. Le concert de La Dynamo présente le deuxième opus de Tilt, qui devrait voir le jour sous peu.

Au programme : quatre compositions signées Mienniel, dont trois sans titre et « Appartement 643 », un hommage à Le Corbusier, puis des lectures libres de la bande originale composée par Michael Nyman pour Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway, « Gazzelloni » d’Eric Dolphy (Out To Lunch! – 1964) et « Money » des Pink Floyd (The Dark Side of the Moon – 1973).


Tilt, c’est d’abord un son de groupe : une texture sonore originale, avec un mélange de sophistication des timbres (notamment la flûte, le banjo, la batterie « préparée » avec ses mailloches…), d’accords électro aériens et de rythmique naturelle. Cette sonorité singulière est aussi le fait de l‘absence de contrebasse et d’une utilisation fréquente des techniques étendues – souffles, clés, voix, piano préparé… – et d’instruments divers : harmonica, sanza, Korg MS20 et autres claviers... Le quartet met aussi l’accent sur les ambiances : une marche funèbre qui tourne à la danse irlandaise (« We Are Hoplessly Nothing… », le premier morceau), un mouvement incantatoire dans une veine africaine (« World Wistle », le deuxième morceau), une danse amérindienne qui se transforme en pièce baroque (« Meurtre dans un jardin anglais »), un développement inspiré par Ennio Morriccone (« Appartement 643 » en hommage à Le Corbusier), une polyrythmie qui passe à de la quasi-dance floor (« Gazzeloni »), des superpositions de riffs heurtés (« Money »)… Tilt possède également une personnalité romantique, avec un caractère parfois sombre (« We Are Hoplessly Nothing… ») et emphatique (« Meurtre dans un jardin anglais »), qui se manifeste clairement dans une chanson onirique (sans titre pour l’instant), véritable pastiche des chants pop psychédéliques de l’époque des pattes d’eph et autres chemises à fleurs...

Jazz, folk, classique, pop, world, électro, musique répétitive… autant dire que Tilt puise son inspiration dans de multiples sources pour proposer un cocktail détonnant !

24 mai 2018

Chamonix 2016 – JohnTone Trio


En 2013, le contrebassiste Johnnny Mariéthoz et le saxophoniste ténor Marcel Sarrasin montent JohnTone Trio, avec Patrick Fellay à la batterie. Le trio sort son Opus I dès l’année de sa création. Après une résidence à la Maison des Artistes d’André Manoukian, au pied du Mont-Blanc, le trio enregistre Chamonix 2016, publié en autoproduction début 2017.

Les onze morceaux au programme sont des compositions originales signées Mariéthoz ou Sarrasin. Chamonix 2016 mise sur une prise de son au plus près des instruments, très naturelle, qui met en relief la sonorité acoustique dur trio. L’instrumentation du JohnTone Trio, l’absence de piano et le parti pris acoustique rappellent évidemment Sonny Rollins.

Simples et habiles, les mélodies se basent tantôt sur des motifs condensés (« Groove Grave »), des formules funky (« 4 à 3 ») ou des ambiances cinématographiques (« Chardon Doux »), tantôt sur des phrases nostalgiques (« Dana », au saxophone soprano) ou des ballades tendues (« Jeanne Telle (live) »). Si les développements du trio s’inscrivent dans une lignée hard-bop, avec son lot d’effets dirty (« Andaslavia »), de passages groovy (« What’s up Fred ») et sa vitalité contagieuse (« Triangle des Bermudas »), les musiciens pimentent également leurs propos avec des accents moyen-orientaux (« En Suspens »), quelques embardées free (« What’s up Fred ») ou des questions-réponses avec l’archet (« Before Training »). JohnTone Trio soigne ses rythmes : toujours entraînants (« Groove Grave ») et dansants (« En Suspens »), parfois binaires (« Before Training »), avec un swing affirmé (« 4 à 3 »),  sans oublier les riffs puissants (« What’s Up Fred »), la walking et son chabada (« Chardon Doux ») et le clin d’œil aux calypsos, popularisées par le Colosse du Saxophone (« Bonbon à l’Eucalypso »). Le saxophone ténor tient le rôle-titre, sans jamais jouer les vedettes, et la dynamique du groupe prime sur les exploits individuels. D’ailleurs les solos sont plutôt courts et font presque figures d’intermèdes.

Chamonix 2016 est joyeux et chaloupé, JohnTone Trio se connaît bien, s’amuse bien et ça joue !

Le disque

Chamonix 2016
JohnTone Trio
Marcel Sarrasin (ts), Johnny Mariéthoz (b) et Patrick Fellay (d).
Sortie en février 2017

Liste des morceaux

01. « Triangle des Bermudas », Sarrasin (3:22).
02. « Groove Grave », Mariéthoz (5:26).
03. « Dana », Sarrasin & F Galiñares (3:43).
04. « Before Training », Mariéthoz (4:49).
05. « 4 à 3 », Sarrasin (2:02).
06. « Chardon Doux », Sarrasin (4:57).
07. « En Suspens », Mariéthoz 4:06).
08. « Andaslavia », Sarrasin (6:31).
09. « What's up Fred », Mariéthoz (6:51).
10. « Bonbon à l'Eucalypso (live) », Sarrasin (4:32).
11. « Jeanne Telle (live) », Sarrasin (4:22).

22 mai 2018

Onze Heures Onze Orchestra au Studio de l’ermitage…


Formé en 2014 par Alexandre Herer (claviers), Olivier Laisney (trompette) et Julien Pontvianne (saxophone ténor et clarinette), le Onze Heures OnzeOrchestra ne chôme pas : en septembre 2017, il se produit au Studio de l’Ermitage dans le cadre du festival Jazz à la Villette pour la sortie de leur Volume 1… Et rebelote le 11 mai 2018 pour le Volume 2 !

En dehors de Joachim Govin, tous les musiciens du Volume 2 ont répondu présents : Franck Vaillant et Thibault Perriard à la batterie, Florent Nisse à la contrebasse, Stéfan Caracci au vibraphone, Johan Blanc et Michel Massot au trombone (ou au tuba pour le deuxième), Stéphane Payen et Denis Guivarc’h au saxophone alto, et Magic Malik à la flûte et au chant pour les deux morceaux qui clôturent le concert.

L’orchestre joue des morceaux tirés du répertoire des deux volumes et poursuit sa route le long de la musique contemporaine. Steve Reich, Maurice Ohana, Isaac Albeniz, György Ligeti, Conlon Nancarrow, Edgar Varese, Olivier Messiaen, Morton Feldman… s’invitent à la fête, le plus souvent en filigrane. Les deux sets commencent d‘ailleurs par des œuvres contemporaines interprétées par le duo Les Discordantes. C’est d’abord la percussionniste Amélie Grould qui joue « Having Never Written a Note For Percussion (for John Bergamo) », œuvre composée par James Tenney, en 1971 : sur la mezzanine du Studio de l’Ermitage, les vibrations du gong croissent progressivement en intensité, du pianissimo au fortissimo, avant de décroître dans un mouvement continu jusqu’à retrouver le pianissimo initial. La saxophoniste Safia Azzoug enchaîne ensuite sur « Tre pezzi per sassofono », écrites par Giacinto Scelsi en 1956. Les trois pièces sont imbriquées : après un démarrage lent et mystérieux, ponctué de sauts d’intervalles et de quelques accents médiévaux, le soprano égrène une belle mélodie étrange… Quant au duo qui introduit le deuxième set, il s’inscrit dans la musique répétitive et l’esprit de Terry Riley (« A Rainbow In Curved Air ») plane au-dessus de cette composition signée Pontvianne : les pédales du soprano d’Azzoug s’immiscent dans les boucles du vibraphone de Grould et l’ensemble évolue par petites touches, puis débouche sur un passage minimaliste.


Le Onze Heures Onze Orchestra attaque la première partie avec « Proverb » de Reich, arrangé par Herer. Sur une rythmique solide, des nappes d’accords au clavier et un riff de vibraphone, les soufflants juxtaposent leurs voix dissonantes et Laisney s’envole dans un chorus tendu. Caracci a écrit « Densité 11.11 » (évidemment !) à partir du « Densité 21.5 » de Varese. Ce morceau ludique démarre avec Massot, qui souffle et crie dans son tuba bouché, sur une rythmique minimaliste, avant que l’orchestre entre en jeu petit à petit et qu’Herer prenne un solo à base de clusters et de motifs économes dans une lignée free contemporain. La « Fanfare pour Denis » (Guivarch’) de Payen, inspirée par Ligeti et Nancarrow, commence par un cri d’oiseau à l’unisson et s’oriente vers un concerto déchaîné pour saxophone alto, porté par un accompagnement touffu. Signé Vaillant, « Raja » est un morceau soigné et plutôt méditatif. A contrario, « Kung Fu 37 », écrit par Guivarch’ à partir de modes développés par Messaien, foisonne et se base sur des questions – réponses entre tous les instruments.


C’est avec l’« Autoportrait » d’Alban Darche, mélange d’Ohana et d’Albeniz, que débute la deuxième partie. Sur une rythmique puissante, le saxophone alto brode des lignes impétueuses, tandis que les chœurs rappellent une fanfare. Laisney a cherché chez Messiaen les racines d’« Arcane 4 ». Après des contrechants du tuba et du vibraphone, des mouvements des soufflants à l’unisson et un chorus sombre de la contrebasse, le morceau décolle sur un rythme quasiment funky. Malik rejoint l’orchestre pour « From Crippled Symmetry », un arrangement d’Herer de la pièce éponyme de Feldman. Les développements en suspension de la flûte, puis du saxophone alto, sur les ostinatos étirés des chœurs et les notes éparses du piano contrastent avec la rythmique entraînante. L’orchestre enchaîne avec « XP32 » de Malik : son chant, entre blues et incantations africaines, est particulièrement expressif, avec son lot de cris, passage en voix de tête et autres effets expressionnistes.


Dans Volume II, « Little Thing To », morceau dansant aux accents orientaux et bop, de Payen, et « Study For Player Piano N°20 », une transcription par Pontvianne de l’étude éponyme de Nancarrow, constituée d’alternances d’échanges minimalistes et de contrepoints recherchés, viennent compléter le programme. A noter la prise de son et le mixage impeccable du disque.

Fanfare contemporaine, le Onze Heures Onze Orchestra réussit à présenter un propos complexe sous une forme séduisante : les structures musicales sophistiquées s’appuient sur une rythmique charnelle.

Le disque

Vol II
Onze Heures Onze Orchestra
Olivier Laisney (tp), Julien Pontvianne (cl, ts), Stéphane Payen (as), Denis Guivarc’h (as), Johan Blanc (tb) ou Michel Massot (tb, tu), Stéfan Caracci (vib), Alexandre Herer (p, org), Joachim Govin ou Florent Nisse (b) et Franck Vaillant ou Thibault Perriard (d), avec Magic Malik (fl).
Onze Heures Onze – ONZ027
Sortie en mai 2018



Liste des morceaux

01. « Little Thing To », Payen (5:32).                       
02. « Densité 11.11 », Caracci (5:41).                     
03. « From Crippled Symmetry », Herer (8:04).                 
04. « Arcane 4 », Laisney (7:32).                 
05. « Study For Player Piano N° 20 », Pontvianne (6:20).
06. « Kung Fu 37 », Guivarch’ (5:48).
07. « XP32 », Malik (6:06).

4 mai 2018

Quint’Up au Triton…



Mario Canonge et Michel Zenino se produisent le 13 avril au Triton pour célébrer la sortie de leur disque Quint’Up.


Inséparables et infatigables, Canonge et Zenino animent depuis une dizaine d’années une jam session hebdomadaire au Baiser Salé. Pour enregistrer une musique dans la lignée de leurs bœufs du mercredi, ils ont formé un quintet avec le trompettiste, flûtiste et guitariste américain Josiah Woodson, le saxophoniste cubain Ricardo Izquierdo et le batteur Arnaud Dolmen. Quint’up sort en mars 2018, chez Aztec Music, et le répertoire a été composé par Canonge et Zenino.


Après une séance d’accordements et d’ajustements des timbres, le concert démarre dans un esprit bop : thème à l’unisson, succession de chorus et reprise du thème. Le public est joyeux et l’ambiance se rapproche davantage du club que de la salle de concert. « Bréhec », une belle plage de Plouha dans les Côtes d’Armor, pas très loin de Paimpol, commence dans un tohu-bohu évocateur, avant de partir dans un chœur nonchalant et mélodieux, empreint de touches des Caraïbes. « Room 150 » évoque Art Blakey et les Jazz Messengers : après le thème-riff exposé d’une même voix, les solistes développent avec énergie leurs idées sur une walking et un chabada dynamiques. « Ames sœurs » est davantage lyrique avec une introduction touchante de Canonge, un solo relax d’Izquierdo et une intervention plus bop de Woodson. « Not Really Blues » est un morceau up tempo tout à fait dans la lignée du hard-bop : walking et chabada rapides et vifs, trompette et saxophone ténor fougueux, piano pétulant qui glisse des nuances caribéennes. Ainsi s’achève le premier set.


Dans Quint’Up Canonge et Zenino proposent un hard-bop aux fragrances caribéennes, dynamique et joyeux.



A la découverte de Fred Pasqua…


Le 25 mai Fred Pasqua sera au Sunset pour présenter Moon River, premier disque sous son nom, qui sort sur le label Bruit Chic. L’occasion de découvrir un batteur passionné…

La musique

Plusieurs étés de suite, ma mère et son ami allaient dans les bals pour danser… Je devais avoir six ou sept ans… Et lorsque j’ai vu une batterie pour la première fois, mais surtout entendu le son qui en sortait, j’ai tout de suite flashé… Un flash pour la vie ! Je me mettais derrière la scène et j’observais, j’écoutais... J’étais vraiment fasciné par cet instrument !

J’ai commencé par l’apprentissage des percussions classiques au conservatoire de Salon de Provence. Il y avait une harmonie dans laquelle je pratiquais les timbales chromatiques et quelques petites percussions. Avec le temps, je suis passé à la batterie. Je ne jouais pas forcément ce qui était écrit sur les partitions, mais respectais la trame des morceaux… J’improvisais déjà beaucoup et j’aimais ça ! Par la suite, j’ai joué dans un groupe de rock, puis un autre et ainsi de suite…

Après ces quelques expériences, j’ai souhaité consacrer ma vie à la musique... J’ai donc rejoint l’école de batterie Nadia et Gilles Touché, à Aix en Provence. J’y ai découvert une méthode de travail, écouté beaucoup de musiciens, étudié des batteurs, bien sûr – Elvin Jones, Christian Vander – et vu beaucoup de concerts….
En parallèle j’ai joué dans plusieurs groupes, pas mal de musique électrique.

Au début des années quatre-vingt, ma Mère avait un disque vinyle de Dave Brubeck et son quartet. Ils jouaient la musique de West Side Story. J’adorais le son de ce disque et l’écoutais très souvent... En fait le jazz est venu à moi comme une évidence : le désir de jouer des choses plus acoustiques, avec un autre son... C’est comme ça que j’ai acheté ma première Gretsch : une batterie défraîchie avec des vieilles cymbales. Et je me suis mis à travailler différemment. Vander, Jones, Tony Williams, Miles Davis, Milton Nascimento, Maurice Ravel… et beaucoup d’autres musiciens m’ont influencé… Aujourd’hui, j’écoute attentivement le batteur, tromboniste, pianiste et compositeur Tyshawn Sorey.

Rencontrer des musiciens tels que Robin Nicaise, Yoni Zelnik, Yoann Loustalot, Sandro Zerafa, Romain Pilon… a également été décisif : ils m’ont donné envie de monter sur Paris ! Maintenant, depuis plus de dix ans, je vis pleinement mes tentations musicales !... Dans de nombreux projets, et je les assume de plus en plus. Tout cela m’a permis d’enregistrer mon premier disque sur le label Bruit Chic avec une formation qui me touche particulièrement : Loustalot, Nelson Veras, Zelnik, Laurent Coq, Adrien Sanchez, Nicaise, Jean Luc Di Fraya… et, désormais, je partage ma vie entre Paris et Marseille…



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  La liberté dans un cadre… C’est un peu comme les saisons d’une série qui défilent : avec plein d’aventures à l’intérieur ! Mais les cadres évoluent et, parfois, les formes peuvent devenir très complexes... Le Jazz est en perpétuel évolution. Dès lors qu’on l’accepte, cette musique offre une grande ouverture sur le monde.

Pourquoi la passion du jazz ?  Cette musique a une longue histoire… Toute une tradition qu’il est impossible de contourner et c’est passionnant !... Plus je vieillis, plus je retourne en arrière… pour mieux avancer ! Par ailleurs, l batterie est liée au jazz et elle a évolué avec cette musique… Ensuite, il y a l’improvisation dans des formes établies, être le plus libre possible dans une histoire… Faire entendre son histoire, s’amuser avec, prendre des risques… C’est d’autant plus passionnant que l’on s’efforce de respecter les codes de cette musique… J’aime ces instants quand les musiciens communiquent bien entre eux, cette sensation de communion quand le groupe est réactif à ce que vous proposez et vice et versa… Quand la musique devient autre chose. Ce n’est plus mécanique, mais plutôt des effleurements entre les instruments, des dynamiques particulières… Il est difficile d’exprimer tout ça ! Il faut chercher et pratiquer dans ce sens pour ressentir ces sensations...

Où écouter du jazz ? Si je veux vraiment écouter du jazz avec attention, ce sera chez moi, sur mon canapé, devant ma chaîne stéréo... Sinon, un peu dans la voiture et, quand je suis en déplacement, au casque…

Comment découvrir le jazz ? Il faut en écouter en club et sur vinyle... Le vinyle, mais pas les rééditions, respectent la couleur du jazz : écoutez Out To Lunch d’Eric Dolphy en CD, puis mettez le vinyle derrière… On gagne tout un spectre de fréquences qui n’existent pas sur CD, notamment pour les cymbales… Le vinyle respecte les dynamiques !... Mais bon, rien de mieux que d’aller voir des concerts, dans les clubs. Si possible dans les petits endroits, où les musiciens jouent acoustique, sans micro... Je n’ai rien contre les festivals, bien sûr, mais le son est souvent « abimé » par les micros, sauf, évidemment, quand les ingénieurs du son connaissent cette musique et savent comment la restituer, sans jamais forcer.

Une anecdote autour du jazz ? Je n’en connais pas vraiment… Sauf celle du contrebassiste Ira Coleman qui m’a dit un jour qu’il avait mis trois mois avant d’arriver à jouer avec Tony Williams : il avait toujours l’impression de se prendre un trente-huit tonnes sur la tête lorsque Tony commençait à jouer… Finalement il avait fini par trouver sa place et il l’a gardée….


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un sanglier,
Si j’étais une fleur, je serais une orchidée,
Si j’étais un fruit, je serais une banane,
Si j’étais une boisson, je serais du vin rouge,
Si j’étais un plat, je serais une omelette berbère,
Si j’étais une lettre, je serais A,
Si j’étais un mot, je serais volonté,
Si j’étais un chiffre, je serais 13,
Si j’étais une couleur, je serais noir,
Si j’étais une note, je serais sol,




Les bonheurs et regrets musicaux

A ce jour mon disque Moon River est mon plus grand bonheur musical ! Je regrette de ne pas savoir écrire correctement la musique et, surtout, de ne pas arriver à  retranscrire tout ce que j’entends, mais je m’y mets…


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  Nefertiti de Miles Davis, Equality: Alive at MPI de Nasheet Waits, Pursuance de Kenny Garrett, Dharma Days de Mark Turner, Black Codes (From The Underground) de Wynton Marsalis, Puttin’ It Together d’Elvin Jones, Unspoken de Matt Brewer, Bill Frisell, Dave Holland, Money Jungle de Duke Ellington, Ella et Louis… et bien d’autres! La liste serait trop longue !

Quels livres ? Les chaussures Italiennes de Henning Mankell.

Quels films ?  Mad Max 1 de George Miller, Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola, Rencontre du troisième type de Steven Spielberg, Sur la route de Madison de Clint Eastwood, La grande évasion de John Sturges, Le Corniaud de Gérard Oury, L’homme de Rio de Philippe De Broca, Three Billboards de Martin McDonagh, Little Big Man d’Arthur Penn

Quelles peintures ? Les peintures de Francis Bacon.

Quels loisirs ? Partir avec ma compagne, découvrir des endroits et s’y perdre… Et se faire des bonnes bouffes avec des bons vins !


Les projets

Tout d’abord, je veux vivre à fond la sortie de mon disque Moon River et pouvoir jouer sur scène autant de fois que possible avec ce groupe… En tant que sideman, je veux continuer l’aventure avec le quartet Lucky Dog, le trio Aérophone de Loustalot et Glenn Ferris, le trio et le quartet de Pilon, Les quatre vents, le quartet de Simon Martineau, un guitariste des plus prometteurs, rejouer avec le saxophoniste Walter Smith III… Et, au mois de mai et Juin, faire une belle tournée en Russie avec le groupe Old And New Song… Sinon, je veux aussi transmettre le peu que je connais... J’ai eu récemment une belle expérience au conservatoire de Bobigny : deux belles journées de travail avec les élèves de la classe de jazz, organisées par le guitariste Maxime Fougères.


Trois vœux…

1. Faire un 2ème disque.
2. Avoir un pied à terre plus grand à Paris que mes quinze mètres carrés actuels... Mais faut pas rêver !
3. Que l’on soit moins « bête » sur cette planète...