8 septembre 2019

Tao - Afuriko


Créé en 2010 par la percussionniste Akiko Horii et le claviériste Jim Funnell, le duo AfuriKo porte un nom explicite : combinaison d’« Afurika » (Afrique en japonais) et « Ko » (enfant en japonais). Dès On The Far Side, sorti en 2014, la musique du duo puise son inspiration dans les musiques africaines et le jazz. Après ce premier opus, AfuriKo publie Style en 2016 et Tao en avril 2019.

Tao comporte huit morceaux signés AfuriKo et « Kassai », un tube japonais composé par Taiji Nakamura et Ou Yoshida et chanté par Naomi Chiaki. Des mélodies-riffs chaloupées (« A Step in the Storm » ), plutôt dynamiques (« Trace of Peach »), aux lignes simples (« Adzolowoe ») plantent des décors africains (« Sunnyside ») avec, parfois, quelques touches extrême-orientales (« In B Town »). La plupart des morceaux sont portés par le djembé et ses boucles entraînantes (« Rainbow Snake »), parsemées d’effets percussifs aux accents ethniques (« Up in the Air »). Des lignes de basse sourdes (« Oleleko »), des pédales et ostinatos entêtants (« Sunnyside ») et des motifs dansants (« A Step in the Storm » ) accentuent le caractère rythmique de la musique d’AfuriKo. Le clavier Nord Electro HP navigue entre piano (« Rainbow Snake »), sonorité  vintage (« Oleleko »), touché cristallin (« A Step in the Storm » ) ou nappes psychédéliques (« Kassai »).

A l’image de la pochette du disque, un yin et un yang aux couleurs chamarrées d’un papillon ou d’un boubou, Tao marie l’Afrique, l’Asie et l’Occident dans un joyeux melting pot de notes et de rythmes.

Le disque

Tao
Afuriko
Jim Funnell (p, kbd) et Akiko Horii (perc)
AFRK01
Sortie le 20 avril 2019

Liste des morceaux

01. « A Step in the Storm » (05:27). 
02. « Oleleko » (04:56).
03. « Rainbow Snake » (06:19).        
04. « Kassai » Taiji Nakamura et Ou Yoshida (03:55).        
05. « Up in the Air » (06:09).
06. « Adzolowoe » (05:13).
07. « Trace of Peach » (06:04           ).
08. « In B Town » (06:12).
09. « Sunnyside » (05:19).     

Tous les morceaux sont signés Afuriko sauf indication contraire.

7 septembre 2019

Unis vers – Mathias Lévy


En 2013, le violoniste Mathias Lévy publie Playtime, premier disque du trio composé de Sébastien Giniaux à la guitare ou au violoncelle et Jean-Philippe Viret à la contrebasse. Les trois musiciens récidivent en 2017, avec Revisiting Grappelli. Lévy fait ensuite une digression hongroise en consacrant un album à Béla Bartók (Bartók Impressions – 2018), puis il revient à son trio et sort Unis vers en août 2019 chez Harmonia Mundi.

Les trois musiciens invitent également le violoncelliste Vincent Ségal et l’accordéoniste Vincent Peirani. L’instrumentation de l’ensemble est tout sauf banal et se rapproche d’un orchestre de chambre classique. Lévy joue un violon de 1924, fabriqué par le luthier Pierre Hel, don de Stéphane Grappelli au Musée national de la Musique en 1995. Huit des dix thèmes ont été composés par Lévy, Giniaux et Viret signent chacun un titre.

Après une « Introduction » qui tient de Bartók, « Ginti Tihai » nous emmène vers la musique indienne, avec un motif rythmique joué en contrechant, un thème élégant et un développement fluide, dans lequel toutes les voix se croisent. Un ostinato aux accents africains et un riff de l’accordéon accueillent « Sur le fil », morceau d’abord mystérieux, puis dansant, dans une ambiance moderne. « Home de l’être » passe d’un unisson aux consonances médiévales à des dialogues minimalistes dans une veine musique contemporaine. L’« Interlude » est une démonstration de virtuosité dans le style de la « Chaconne », et qui finit sur des embardées échevelées. Une sorte de canon rythmique précède le thème d’« Unis vers », exposé sur un pizzicato dansant. Les voix foisonnent, avec ça-et-là quelques espagnolades et autres accents manouches, mais les constructions restent toujours méticuleuses. Dans « Extatique », les questions – réponses mélodieuses entre le violon et l’accordéon, accompagnées par une pédale et des ostinatos de la contrebasse et du violoncelle, accentuent l’impression de musique de chambre. Hommage à Thelonious Monk, « Thelonious » est un interlude contemporain chambriste. Après une ambiance cinématographique basée sur une mélodie délicate et des échanges croisés, « Rêve d’éthiopiques » part dans un délire rythmique enlevé. Les accords de la guitare, les lignes sobres de la contrebasse et les tourneries médiévales du violon font effectivement penser à un « Kind of Folk ». Pour conclure, « Soleil dans les feuilles d’un arbre » évoque un madrigal médiéval.

Incontestablement original, « Unis vers » combine des éléments classiques, manouches, folk et autres, dans un jazz de chambre à la fois sophistiqué et abordable.

Le disque

Unis Vers
Mathias Lévy
Mathias Lévy (vl), Sébastien Giniaux (g, cello) et Jean-Philippe Viret (b), avec Vincent Ségal (cello) et Vincent Peirani (acc).
Harmonia Mundi – HMM902506
Sortie le 20 août 2019

Liste des morceaux

01.  « Intro » (0:49).
02. « Ginti Tihai » (4:42).
03. « Sur le fil » (5:07).
04. « Home de l'être », Viret (5:16).
05. « Interlude » (1:53).
06. « Unis vers » (4:17).
07. « Extatique » (4:02).
08. « Thelonious » (1:49).
09. « Rêve d'éthiopiques » (4:10).
10. « Kind of Folk » (4:57).
11. « Soleil dans les feuilles d'un arbre », Giniaux (3:33).

Tous les morceaux sont signés Lévy sauf indication contraire.

A la découverte de Marie Carrié


La chanteuse Marie Carrié sort The Nearness of You le 4 octobre 2019 sur le label Black & Blue et se produit au Sunset le 8 octobre. L’occasion de partir à la découverte d’une montalbanaise d’origine antillaise passée du paramédical au musical…


La musique

J'ai commencé par faire dix ans de piano classique et je devais avoir une vingtaine d’année quand j’ai découvert le jazz : dans une médiathèque, j’ai emprunté un peu par hasard un disque de Carmen McRae. J'ai ensuite écouté pas mal de ses disques, dont Carmen Sings Monk, son hommage à Thelonious Monk. C’est comme ça que je suis allée suivre l'atelier jazz de Do Harson, pianiste arrangeur du sud-ouest, qui m'a amené à écouter Chet Baker. Dans un premier temps, j'ai appris plutôt seule en écoutant de nombreux disques de chanteuses et d'instrumentistes et en copiant tout d'abord les chanteuses qui m'inspiraient. Ensuite, j'ai pris quelques leçons de techniques vocales avec Monique Thomas, Sonia Nedelec, Fonegna Copie… Autour de la trentaine, j'ai intégré la Bill Evans Academy à Paris, dans la classe de Sara Lazarus, qui a formé bon nombre de chanteuses de jazz actuelles. J’ai également suivi des cours de pédagogie auprès d’Emmanuelle Trinquesse. Ce qui m’a permis de découvrir encore beaucoup de chose sur ma voix et de prendre davantage confiance en moi… Rien de tel que la pédagogie positive ! 

Même si j'ai commencé par des cours de piano classique, j'ai toujours chanté, et cela, dès mon plus jeune âge. Quand je suis arrivée à Bordeaux pour faire mes études d'ergothérapeute, j'ai été séparée de mon piano et, petit à petit, la voix est devenue mon instrument principal. Aujourd’hui, je ne le troquerais pour rien au monde !

En dehors de McRae et Baker, Sarah Vaughan, Shirley Horn et Tuck & Patti – le duo voix – guitare est une formule que je pratique beaucoup – m’ont influencé dès le début. Ella Fitzgerald, Betty Carter, Billie Holiday et Etta Jones sont venues après. Parmi les chanteuses actuelles, j'aime aussi beaucoup une chanteuse qui s'appelle Fay Claassen, mais également Tina May, Diana Krall


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Le jazz c'est la liberté, l'écoute, le partage et l'authenticité.

Pourquoi la passion du jazz ? Ce que j'aime dans le jazz c'est la possibilité de faire du chemin vers soi, d’essayer de sonner le plus authentique possible. On intègre un tas d'informations en fonction de ce qui nous touche, et, bien des années après, on en découvre un peu plus sur soi… Mais ce que je n'aime pas dans tout ça, c'est que ça prend un temps fou !

Comment découvrir le jazz ?  Le soir avec un bon verre de vin !

Une anecdote autour du jazz ?  Que George Shearing prenne Monk pour un accordeur de piano !



Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un chat. J'adore les chats ! J'en ai quatre et une vie de chat me semble pas mal du tout : tu dors, tu manges, tu te fais caresser quand tu le souhaites et tu mords quand tu n'es pas content !
Si j’étais une fleur, je serais une amaryllis.
Si j’étais un fruit, je serais le fruit de la passion : il n’est pas très beau et nous le mangeons quand il est tout fripé, et c'est là qu'il est bon…
Si j’étais une boisson, je serais un bon verre de vin rouge.
Si j’étais un plat, je serais… Pas facile : je suis gourmande et j'adore cuisiner ! Un gratin dauphinois très aillé avec une épaule d'agneau ou un rougail saucisse
Si j’étais une lettre, je serais M.
Si j’étais un chiffre, je serais le 8 car je suis née le 28/08/78…
Si j’étais une couleur, je serais le bleu.
Si j’étais une note, je serais… Je ne peux pas répondre !


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis simplement heureuse de vivre de la musique aujourd'hui et d'avoir fait The Nearness of You avec des musiciens fabuleux : Alex Golino au saxophone ténor, Yann Penichou à la guitare, Nicholas Thomas au vibraphone, Fabien Marcoz à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie.

Ce n'est pas toujours facile d'être sur scène sans stress et de se sentir libre. Je dirais donc que la réussite, ce sont ces moments de liberté et de partage réussis, pendant lesquels nous ne nous posons aucune question…


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Red Garland's Piano avec Paul Chambers et Art Taylor, Kelly Blue de Wynton Kelly, Interplay et Intermodulation de Bill Evans, Midnight Blue de Kenny Burrell, Chet Baker Sings, Bittersweet de McRae et After Hours de Sarah Vaughan.

Quels livres ? 4321 de Paul Auster : je l'ai, mais ne l'ai pas encore commencé… Et il est très long, donc il m'occupera un moment !

Quels films ? L’intégrale de Woody Allen.

Quelles peintures ?  Salvador Dalí.

Quels loisirs ? Lecture, transcription de chorus, jardinage sans eau… 


Les projets

Un premier projet important : mon bébé, car, au moment où je vous parle, je suis enceinte de sept mois ! Je veux donc arriver à combiner ma vie de de femme, de mère et de chanteuse... L'idée est évidemment de jouer le plus possible avec le sextet de The Nearness of You.

Quant aux projets pour demain, je ferais certainement un disque en hommage à McRae. J’aimerais aussi enregistrer un album autour de la musique brésilienne en compagnie du batteur Luiz Augusto Cavani, du contrebassiste Gerson Saeki, de Pennichou et pourquoi pas Thomas au vibraphone ! Ils ne sont pas encore au courant, mais j'ai eu l'occasion de jouer avec eux à Clamart. Cavani et Saeki se connaissent bien et jouent ensemble depuis des années. Pour ce type de musique, cette rythmique est une tuerie !


Trois vœux…
1. La paix dans le monde.

2. Actuellement enceinte, je souhaite que mon petit garçon aille bien et que l'accouchement se passe bien également. Donner la vie est une drôle d'aventure...

3. De nombreux clubs de jazz partout !

2 septembre 2019

Bulle – Théo Girard


En 2016, le contrebassiste Théo Girard – Bratsch, Denis Colin, Masha Gharibian, Le Bruit du [sign], G!rafe – monte un trio avec Antoine Berjeaut à la trompette et Sebastian Rocheford à la batterie. Leur premier opus, 30YearsFrom, parait en 2017, suivi d’Interlude, en 2018. Avec le saxophoniste Basile Naudet, le trio devient un quartet qui sort Bulle en août 2019, toujours sur le label La Compagnie du Discobole, fondé par Girard en 2010.

Bulle est dédié au batteur Eric Groleau, disparu le 25 décembre 2018. Toutes les compositions sont signées Girard. Avec sa mélodie-riff exposée par la trompette et le saxophone à l’unisson et ses contrepoints ingénieux, « Champagne » pétille, emporté par le motif dansant de la batterie et la ligne minimaliste profonde de la contrebasse. Un leitmotiv rythmique solennel soutient « Des souvenirs de vous » – écrit pour Le bruit des ombres, une pièce de Déborah Benveniste – tandis que les soufflants échangent des dialogues animés sur fonds d’accents hispanisants. Des ostinatos rapides, une batterie solide, des phrases heurtées et touffues, qui partent dans tous les sens, décrivent une promenade échevelée dans « Rototown », ville chimérique « accessible que par une route en spirale ». « Fire Alert » est dense, comme un morceau d’Henri Texier : pédale de la contrebasse, foisonnement de batterie et duo trompette – saxophone qui alterne unissons et contrechants débridés. Les « Grandes dames » s’avancent élégamment, soutenues par une rythmique sobre et des croisements de voix subtils. Un esprit rock se glisse dans « Roller Coaster », avec des phrases entraînantes de Girard sur des passages en chabadas véloces de Rocheford, qui contrastent avec les discours faussement tranquilles de Berjeaut et Naudet. « Endless Groove » démarre également dans une veine rock-progressif : stimulés par les frappes dynamiques de Rocheford et le riff puissant de Girard, les questions – réponses de Berjeaut et Naudet dynamitent le morceau. Une tournerie à l’unisson lance la dernière piste, « Microsillon »… La trompette s’envole, toujours acoquinée avec le saxophone à l’affût du moindre de ses mouvements, pendant que la contrebasse et la batterie impriment un mouvement excitant.

Girard et ses compères font mouche : Bulle captive, l’auditeur s’ « échappe du moment présent » pour un fabuleux voyage imaginaire…

Le disque

Bulle
Théo Girard
Basile Naudet (as), Antoine Berjeaut (tp), Théo Girard (b) et Sebastian Rochford (d).
La Compagnie du Discobole – SD032019
Sortie le 23 août 2019

Liste des morceaux

01. « Champagne » (04:00). 
02. « Des souvenirs de vous » (04:36).         
03. « Rototown » (04:29).
04. « Fire Alert » (05:26).     
05. « Grandes dames » (07:14).       
06. « Roller Coaster » (05:57).         
07. « Endless groove » (04:10).        
08. « Microsillon » (03:35).

Tous les morceaux sont signés Girard sauf indication contraire.

28 août 2019

A la découverte de Thomas Grimmonprez


Big Wheel sort le 23 août chez Outnote Records, après Bleu (2009) et Kaléïdoscope (2015), c’est le troisième disque en leader de Thomas Grimmonprez. Une excellente occasion de partir à la découverte de ce batteur qui joue aussi bien dans les formations de Patrice Caratini, Laurent Cugny, Riccardo Del Fra… que le trio de Stéphane Kerecki ou son propre quartet !...


La musique

J’ai toujours été très impressionné par la batterie. C’est donc tout naturellement que j’ai choisi cet instrument…

Au départ, j’ai commencé par étudier les percussions classiques, le trombone et suivi une formation musicale générale. Ensuite j’ai pris des cours de batterie à l’école Agostini de Lille.

Vers l’âge de quinze ans, en regardant une émission sur le festival de jazz à Antibes, j’ai découvert le jazz. Je suis alors entré dans la classe de jazz du conservatoire de Lille puis finalement j’ai intégré le CNSMDP.

Au début, mes premiers profs m’ont beaucoup influencé puis, par la suite, tous les musiciens issus du label ECM.




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La liberté…

Pourquoi la passion du jazz ? C’est réinventer sans cesse… Et toujours refaçonner la matière sonore…

Où écouter du jazz ? Dans n’importe quel endroit !...

Comment découvrir le jazz ? Ecoutez toute la discographie de Miles Davis, John Scofield, Pat Metheny...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un guépard,
Si j’étais une fleur, je serais une fleur de lys,
Si j’étais un fruit, je serais une amande,
Si j’étais une boisson, je serais milk shake,
Si j’étais un plat, je serais des noix de saint jacques,
Si j’étais une lettre, je serais B,
Si j’étais un mot, je serais fluide,
Si j’étais un chiffre, je serais 2,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais Do grave,


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis particulièrement heureux de mon dernier disque, Big Wheel… et j’aurais tant aimé avoir entendu Charlie Parker dans un club !...



Sur l’île déserte…

Quels disques ? Bright size life de Metheny.

Quels livres ? L’art de la méditation de Matthieu Ricard.

Quels films ?  Tous les films avec et de Clint Eastwood.

Quels loisirs ?  La pêche sous-marine.


Les projets

Ecrire un nouveau répertoire pour le quartet avec Manu Codjia, Benjamin Moussay et Jérôme Regard.


Trois vœux…

01. Enregistrer beaucoup de musique.

02. Continuer à partager ma passion avec les autres.

03. Faire un voyage sur mars…

26 août 2019

The Very Last Blues – Tabasco


En 2014, les frères Réchard, Loïc le guitariste et Ivan le contrebassiste, forment un quartet en compagnie du saxophoniste Robin Nicaise et du batteur Fred Pasqua. Pour enregistrer leur premier opus, The Last Blues (2016), ils invitent le pianiste Léonardo Montana. Dès lors, Tabasco devient un quintet. En mai 2019, The Very Last Blues sort chez Clapson.

Au programme, trois morceaux d’Ivan Réchard, trois de Nicaise, deux de Loïc Réchard et le standard « When I Grow Too Old To Dream »,  composé en 1934 par Sigmund Romberg et Oscar Hammerstein II.

A partir de thèmes plutôt concis (« Janvier »), le plus souvent dynamiques (« Mountain Journey ») et entraînants (« Scirocco »), le quartet part dans des développements bluesy (« Go Go Go »), funky (« Scirocco ») et hard-bop (« Comète (Part II) »). Nicaise passe d’une fausse nonchalance (« Go Go Go ») à un jeu de crooner (« En apesanteur »), avec toujours une tension sous-jacente (« Troca »). Loïc Réchard, souvent à l’unisson avec le saxophone (« Mountain Journey »), laisse parfois sa guitare planer (« Scirocco »), mais s’inscrit plutôt dans la lignée bop (« Go Go Go »). Montana alterne jeu rythmique (« Mountain Journey ») et envolées dansantes (« Scirocco »), sans oublier l’héritage hard-bop (« Janvier »). Ivan Réchard joue des riffs énergiques (« Mer de nuit ») et des lignes sobres (« When I Grow Too Old To Dream ») qui maintiennent une carrure solide (« Comète (Part II) »). Le drumming de Pasqua reste enlevé de bout en bout, avec des cliquetis vifs (« Troca »), un chabada vigoureux (« Comète (Part II) ») et un swing robuste (« Mer de nuit »).

Tabasco oblige, la musique de The Very Last Blues est épicée à souhait, avec une belle cohérence d’ensemble.

Le disque

The Very Last Blues
Tabasco
Robin Nicaise (sax), Loïc Réchard (g), Léonardo Montana (p), Ivan Réchard (b) et Fred Pasqua (d).
Clapson – CS3976
Sorti le 10 mai 2019

Liste des morceaux

01. « Go Go Go », Ivan Réchard (05:16).
02. « Mer de nuit », Ivan Réchard (04:44).
03. « Mountain Journey », Nicaise  (04:45).
04. « Troca », Loïc Réchard (03:42).
05. « En apesanteur », Nicaise (05:02).
06. « Scirocco », Ivan Réchard (05:32).
07. « Comète (Part II) », Nicaise (04:28).
08. « Janvier », Loïc Réchard (04:45).
09. « When I Grow Too Old to Dream », Sigmund Romberg et Oscar Hammerstein II (05:02).

24 août 2019

Shifted - Sal La Rocca


De Nathalie Loriers à Maäk Spirit, en passant par Steve Houben, Manuel Hermia, Olivier Hutman ou encore Lee Konitz, Steve Grossman, Charlie Mariano, Harold Land… Outre-Quiévrain, SalLa Rocca est un contrebassiste particulièrement demandé ! Premier disque sous son nom, Latinea sort en 2003 chez Igloo Records. Neuf ans plus tard, en 2012, toujours en quintet et chez Igloo, mais avec de nouveaux musiciens, La Rocca enregistre It Could Be The End. L’artiste laisse mûrir ses idées musicales avant de les graver : il aura fallu patienter sept ans pour Shifted, publié en mai 2019 (IGL295).

La genèse de Shifted remonte au début des années quatre-vingts dix, quand La Rocca et le saxophoniste Jeroen van Herzeele décident de monter un premier trio, puissant, mais éphémère, en compagnie du batteur Stéphane Galland. Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard que les deux amis relancent le projet, avec Lieven Venken derrière les fûts. Le trio devient un quartet quand le claviériste Pascal Mohy les rejoint, en 2016. Phil Abraham et son trombone sont invités sur deux titres.

Cinq morceaux de Shifted sont signés La Rocca, Herzeele, Venken et Mohy en apportent un chacun et le neuvième est « Syndrome », une composition de Carla Bley.

Souvent énergiques (« Shifted »), avec des nuances funky (« Ragga »), ou intimistes (« Waiting »), avec des accents majestueux (« Psalm »), les thèmes restent sophistiqués, dans une veine à la fois moderne et tendue. Les ambiances sont variées et, tour à tour, chambriste (« Bicycle »), hard-bop (« Syndrome »), cinématographique (« Last Kiss »), dansante (« Cache-Cash »)… Le quartet joue la carte de l’interaction : contrechants élégants (« Waiting »), montée en tension dramatique (« Psalm »), questions-réponses piquantes (« Wise One », « Ragga »), unissons efficaces (« Cache-Cash »), dialogues astucieux (« Bicycle »)….

La batterie est volontiers touffue (« Shifted »), toujours entraînante (« Cache-Cash »), avec ses motifs puissants (« Psalm ») et son chabada vigoureux (« Syndrome »). Elle sait également se montrer percussive (« Last Kiss »), presque bruitiste (« Waiting ») ou bruissante aux balais dans « Bicycle ». Si les lignes de contrebasse en imposent (« Last Kiss »), elles restent musicales (« Psalm »), entraînantes (« Ragga »), vives (la walking de « Syndrome ») et les chorus sont particulièrement mélodieux (« Wise One »), Econome (« Waiting »), le piano souligne subtilement le discours des solistes (« Psalm »), sans se départir d’un swing dense (« Psalm »), et déroule des variations dans un style contemporain, parsemé de lignes dissonantes (« Bicycle ») et de clusters (« Syndrome »). Quant au saxophone, il alterne discours free (« Shifted »), actuels (« Wise One ») et développements fluides (« Bicycle »), le tout sous influence coltranienne (« Psalm », clin d’œil évident à A Love Supreme…).

Dans la lignée de It Could Be The End, Shifted marie avant-garde et tradition : La Rocca et son quartet proposent une musique bien assaisonnée, un régal pour les oreilles !

Le disque

Shifted
Sal La Rocca
Jeroen Van Herzeele (sax), Pascal Mohy (p, kbd), Sal La Rocca (b) et Lieven Venken (d), avec Phil Abraham (tb)
Igloo Records – IGL295
Sortie en mai 2019

Liste des morceaux

01. « Shifted » (4:18).
02. « Waiting », Venken (4:39).
03. « Psalm », Van Herzeele (9:44).
04. « Wise One » (7:02).
05. « Bicycle », Mohy (6:18).
06. « Cache-Cash » (5:11).
07. « Ragga » (6:10).
08. « Syndrome », Bley (6:18).
09. « Last Kiss » (3:43).

Tous les morceaux sont signés La Rocca, sauf indication contraire.

19 juillet 2019

Sur le quai cet été…


Seul à la barre de Jazz à bâbord, il n’est malheureusement pas toujours possible d’embarquer tous les disques qui veulent lever l’ancre chaque mois ! Voici ceux qui sont sur le quai cet été…


The Very Last Blues
Tabasco Quintet
Robin Nicaise (sax), Loïc Réchard (g), Léonardo Montana (p), Ivan Réchard (b) et Fred Pasqua (d).
Clapson – CS3976
Sortie en 2019







Tao
Jim Funnell (kbd) et Akiko Horii (perc).
AfuriKo – AFRK 01
Sortie en 2019








Intermezzo
Sarah Lancman & Giovanni Mirabassi
Sarah Lancman (voc) et Giovanni Mirabassi (p), avec Olivier Bogé (sax).
Jazz Eleven – JZE11004
Sortie le 7 juin 2019







Michel On My Mind
Laurent Coulondre
Laurent Coulondre (p, org), Jeremy Bruyère (b) et André Ceccarelli (d).
New World
Sortie le 23 août 2019







The Reason Why Vol. 3
Goran Kajfes Subtropic Arkestra
GoranKajfeš (tp), Per “Ruskträsk” Johansson (sax, fl), Jonas Kullhammar (sax, fl), Per “Texas” Johansson (sax, cl, hb), Reine Fiske (g), Robert Östlund (g), Jesper Nordenström (kbd), Johan Berthling (b) et Johan Holmegard (d), avec Juan Romero (perc).
Cristal Records – CR 274
Sortie le 30 août 2019




Vind
Loïs Le Van
Loïs Le Van (voc), Paul Jarret (g) et Sandrine Marchetti (p).
Cristal Records – CR 279
Sortie le 30 août 2019








A Universe that Roasts Blossoms for a Horse
Ana Kravanja (vl, fl, voc, percu…), Samo Kutin (ikitelia, melodica, voc, percu…) et Iztok Koren (bj, percu…).
Tak:til / Glitterbeat – GB 079
Sortie le 30 août 2019







6 juillet 2019

Farangi – Du baroque à l’orient


Renaud García-Fons poursuit ses pérégrinations autour du bassin méditerranéen. Pour Farangi, qui sort chez e-motive Records en avril 2019, le contrebassiste dialogue avec la théorbiste Claire Antonini.

Si la « grand-mère » est un instrument clé dans le jazz, en revanche le théorbe est plutôt rare ! Créé en Italie à la fin du XVIe et disparu au XVIIIe, le théorbe est un grand luth avec deux chevillers. Le nombre de cordes varie, même si le plus souvent il en compte quatorze : huit cordes doublées à la touche et six paires hors touche, qui sonnent à vide. Spécialiste de la musique baroque (CNSMD de Lyon), mais aussi moyen-orientale (elle a étudié avec Dariush Talai), Antonini fait partie de ces musiciens qui ont remis le théorbe au goût du jour (« Toldeo del Greco ») et fait redécouvrir le répertoire français pour luth (Jean-Etienne Vaudry de Saizenay, Robert de Visée, Pierre Ballard…).

García-Fons et Antonini ont formé leur duo il y a quelques années et proposent un répertoire qui emporte les auditeurs dans un voyage exaltant du XIIIe au XVIIe, de la Perse à la France, en passant par la Syrie, la Turquie, l’Italie et l’Espagne… Un périple du baroque à l’orient, comme l’indique judicieusement le sous-titre de l’album.

A l’image du farangi, voyageur venu d’Occident jusqu’en Perse,  les dix-neuf courtes pièces au programme ont toute une histoire à raconter. « Capona » et « Sfesseina » sont tirées de compositions du luthiste germano-italien du XVIIe Johann Hieronymus Kapsberger. La « chaconne » reprend un thème d’un autre maître du luth du XVIIe, Ennebond Gaultier. Des poèmes inspirent également García-Fons : « A chaque instant » se réfère à Ce que tu es de Malek Jân Ne’Mati, poétesse mystique du Kurdistan ; « Comme un derviche amoureux » évoque DJalâl al-Dîn Rûmî, autre poète mystique, à la base du soufisme et de l’ordre des derviches tourneurs. « Le sommeil de Majnûn » s’appuie sur un conte populaire islamique, Laylâ Majnûn. Suivent des évocations de la Perse : « Reng-é Shotor » (dédié aux chameaux), « Tavalod » (joyeux anniversaire en farsi), « Légende Persane » (basé sur une mélodie iranienne en mode dashti), « Tchahar Mezrab » et « Sahneh Mountains » (ville d’Iran de la province de Kerlanshah). La Syrie est suggérée à travers la triste sonnerie du « Tocsin de Palmyre ».  La Turquie et la musique arabe du XVIIe sont à l’honneur dans « Nove alla turca » et « Dirouz ». « Ballo cavalino » est une escale en Italie, tandis que « Toledo del Greco » est évidemment un arrêt dans la cité espagnole. Côté occident, les « Sylvains d’Orient » protègent les forêts (et les fermes), mais rappellent également une pièce de François Couperin, la « Pavane du levant » semble tout droit sortie du XVIe, quant au « Ricercare », c’est une forme musicale en vogue à la Renaissance et au haut baroque…

Tour à tour moyenâgeuses (« Sylvains d'Orient »), folkloriques (« Comme un derviche amoureux ») ou moyen-orientales (« Dirouz »), les mélodies sont d’une élégance (« Chaconne ») solennelle (« Sahneh mountains ») et profonde (« Ricercare »), avec, toujours, cette touche de lyrisme si caractéristique chez García-Fons. Autre aspect typique de la musique du contrebassiste, la danse, qui s’invite dans quasiment tous les morceaux : boucles en re-recording (« Reng-é shotor »), ostinatos (« Tavalod »), riffs (« Ballo cavalino »), pédales (« Légende Persane »)… emportent les airs dans des farandoles (« Comme un derviche amoureux »), des marches (« Tocsin de palmyre »), des rondes médiévales (« Capona »), voire scottish (« Le sommeil de Majnûn ») ou grecques (« Nove alla turca »), plus dynamiques les uns que les autres. Le théorbe et la contrebasse croisent leurs cordes dans des contrepoints (« Pavane du levant ») aux accents baroques (« Sfesseina »), des questions-réponses harmonieuses (« À chaque instant »), des unissons raffinés (« Sahneh mountains »), des contre-chants joueurs (« Tchahar mezrab »)…

Farangi est un disque de musique classique du monde d’une beauté solaire !

Le disque

Farangi
Du baroque à l’orient
Claire Antonini (théorbes) et Renaud García-Fons (b).
E-motive Records – EMO 191
Sortie en avril 2019

Liste des morceaux

01. « Sylvains d'Orient » (03:44).
02. « Reng-é shotor » (03:48).
03. « Chaconne » (02:58).
04. « Tavalod » (04:35).
05. « Nove alla turca » (03:48
06. « Pavane du levant » (04:00).
07. « À chaque instant » (03:17).
08. « Comme un derviche amoureux » (04:07).
09. « Ricercare » (01:59).
10. « Le sommeil de Majnûn » (03:38).
11. « Capona » (03:28).
12. « Ballo cavalino » (04:27).
13. « Dirouz » (01:57).
14. « Légende Persane » (04:47).
15. « Tchahar mezrab » (03:16).
16. « Toledo del Greco » (01:42).
17. « Sfesseina » (02:49).
18. « Sahneh mountains » (02:44).
19. « Tocsin de palmyre » (02:29).

Tous les morceaux sont signés García-Fons.