11 février 2018

Old and New Songs

Formé par le trompettiste Yoann Loustalot et le contrebassiste Frédéric Chiffoleau, avec FrançoisChesnel au piano et Christophe Marguet à la batterie, le quartet Old and New Songs sort son premier opus éponyme chez Bruit Chic, en février 2018. Old and New Songs a été fabriqué sur le modèle des disques du Label Bleu : un enregistrement réalisé par Philippe Teissier du Cros au studio Gill Evans, à Amiens, puis un mixage au studio Boxson, à Paris…

Le répertoire d’Old and New Songs s’appuie sur des chansons des quatre coins du monde : « Mellan Branta Stränder », un air russe, et « Plaine, ma plaine », chant soviétique composé en 1934 par Lev Knipper; « La Romanella », une ritournelle italienne popularisée en 1975 par Gianni Nazzaro ; « Kristallen Den Fina », un chant suédois arrangé par Otto Frederik Tullberg en 1840 pour des voix d’hommes ; « La belle s'en va au jardin des amours », issue de la tradition béarnaise ; « Oshima Anko Bushi » et « Edo No Komoriuta » (également connue sous le titre « Hanyuu’s Lullaby »), deux comptines japonaises. Pour compléter ces sept airs traditionnels, le quartet reprend également « File la laine » écrit par Robert Marcy en 1948 et célèbre grâce à Jacques Douai, l’aria de la cinquième Bachianas Brasileiras, composée en 1938 par Heitor Villa-Lobos, « Dura Memoria », fado signé Alain Oulman et immortalisé par Amália Rodrigues en 1961, et « Une jeune fillette », chanson de la Renaissance que Jehan Chardavoine a écrite en 1576. Quant à « Old and New Drums », clin d’œil au titre du disque, c’est un solo de Marguet.

Les mélodies, souvent assez courtes et jolies (« File la laine »), plantent des décors nostalgiques (« Mellan Branta Stränder »), mélancoliques (« Dura memoria »), solennels (« Oshima Anko Bushi »), majestueux (« Edo No Komoriuta »)… qui contrastent avec la rythmique enlevée et dynamique, et les développements entraînants (« La Romanella »). Le jeu du quartet repose sur des interactions habiles : motifs en contrepoints de la contrebasse (« Mellan Branta Stränder »), croisements des lignes (« Kristallen Den Fina »), foisonnements des voix (« Bachianas Brasileiras No. 5 »), accords en contre-chants du piano (« Plaine, ma plaine »), unissons (« Le belle s’en va au jardin des amours »)… Avec son énergie habituelle et son drumming organique, Marguet insuffle une pulsation continue (« File la laine ») : crépitements (« Plaine, ma plaine »), cliquetis (« Une jeune fillette »), bruissements (« Oshma Anko Bushi »), chabada (« La Romanella »)… aux baguettes comme aux balais, Marguet fait toujours preuve de subtilité, à l’instar de son solo – « Old and New Drums » – construit autour de roulements rapides et puissants, ponctués de pêches. Chiffoleau possède un gros son grave, plein et rond (« File la laine ») qui se marie d’autant mieux avec celui de Marguet que son jeu est complémentaire : tantôt la contrebasse reste avec la batterie (le shuffle dans « File la laine », la running de « La Romanella », les motifs de « Une jeune fillette », tantôt elle rejoint le piano (la pédale dans « Plaine, ma plaine », duo énigmatique de « La belle s’en va au jardin des amours ») ou la trompette (l’exposition du thème « Oshima Anko Bushi », un duo « Edo No Komoriuta » une reprise imposante de la mélodie « Kristallen Den Fina »). Avec une approche de musique de chambre classique, inspirée des compositeurs du début du vingtième, Chesnel s’intègre parfaitement dans le discours de Loustalot : mélodieux (« Oshima Anko Bushi »), plein de sentiments (« Dura memoria »), dense (« La Romanella »), adroitement dynamique (« Mellan Branta Stränder »), et toujours au service de ses collègues, avec ses accords puissants (« Une jeune fillette »), ses traits qui soulignent les phrases des solistes (« File la laine »), ses contre-chants  relevés (« Plaine, ma plaine »)… Loustalot continue de juxtaposer son goût pour les mélodies raffinées (« Une jeune fillette »), le  langage bop (« La Romanella »), les éléments du third-stream (« Bachianas Brasileiras No. 5 »), mais aussi son attirance pour les musiques du monde (« Dura memoria »), sans écarter les courants plus free (« Le belle s’en va au jardin des amours »). Au bugle, comme à la trompette, il possède un son doux et velouté, parfois aérien (« Kristallen Den Fina »), souvent intimiste (« Plaine, ma plaine ») mais toujours chaleureux.

Loustalot arrive à se réapproprier des thèmes simples pour les traduire dans son langage, mélange de tradition et de modernité. Pour ce neuvième disque sous son nom, associé à Chiffoleau, il réunit le quartet idéal pour jouer une musique à la fois accessible – des chansons populaires – et sophistiquée – des interprétations au cordeau – : Old and New Songs est une belle réussite !

Le disque

Old And New Songs
Yoann Loustalot (tp, bg), François Chesnel (p), Frédéric Chiffoleau (b) et Christophe Marguet (d).
Bruit Chic – BC010
Sortie en février 2018

Liste des morceaux

01.  « Mellan Branta Stränder », Traditionnel Russe (03:17).
02.  « File la laine », Marcy (05:43).
03.  « Bachianas Brasileiras No. 5 », Villa-Lobos (04:04).
04.  « Plaine, ma plaine », Knipper (03:13).
05.  « Dura Memoria », Oulman (04:03).
06.  « La Romanella », Traditionnel Italien (05:16).
07.  « Oshima Anlo Bushi », Traditionnel Japonais (5:48).
08.  « Old and New Drums », Marguet (1:03).
09.  « Une jeune fillette », Chardavoine (05:11).
10.  « Kristallen den fina », Tullberg (04:31).
11.  « La belle s'en va au jardin des amours », Traditionnel Français (03:28).

12.  « Edo no komoriuta », Traditionnel Japonais (03:15).

9 février 2018

Bleu – Rose Betty Klub

Le Rose Betty Klub, ou RBK, est un quintet créé en 2012 par la chanteuse Marie Nosmas, alias Rose Betty, avec Johnny Mustang à la guitare, Thelma Brooks au piano, Brigitte Parker, qui a remplacé Clyde « Mojo » Jones, à la contrebasse et Kenny Wild à la batterie. Loin d’être américains, les membres du RBK sont tous issus de la scène musicale montpelliéraine… Mais à l’instar des groupes de rockabilly, dont ils s’inspirent ouvertement, ils ont pris des surnoms de scène cocasses.

Le Rose Betty Klub enregistre RBK en 2013, Good en 2015 et continue sur sa lancée avec Bleu, qui sort en septembre 2017. Le quintet invite Pee Bull Green au saxophone ténor, Bone Rider au trombone et The Lion à la trompette. Treize morceaux sont signés Mustang, compositeur attitré de RBK, et « Right’n Wrong » est de Joe Valentine.

La pochette du disque donne le ton : dans un décor suranné – papier peint à fleurs et poste de radio vintage –, en juste-au-corps rouge flashy et bottes verte, Betty fait des galipettes et prend des pauses de pin-up. Dans le même cadre, la photo du RBK affiche le goût du quintet pour les années cinquante.

Le RBK alterne les ambiances rock’n roll (« Gloria »), bluesy (« Back To My Sunnyboy »), slow-rock (« Babe, Deep in your heart »), hawaïennes (« Hawaii Dream »), swing (« Bleu »)… Les soufflants s’en tiennent à mettre en relief les propos des solistes (« I Hate You »). Brooks swingue efficacement (« Gloria »), prend des chorus ingénieux (« Thelma ») et s’adapte rapidement aux différent climats : touches orientales (« Belly Dance »), accents des îles (« Hawaii Dream »), notes bluesy (« Gloria »)… Parker et Wild jouent le jeu du rock’n roll avec entrain (« Happy Feet »), mais reviennent souvent à la walking et chabada (« Right’n Wrong ») et se concentrent sur la pulsation. Mustang passe du rock’n roll (« Cocodiloudi ») à la guitare manouche (« I Hate You ») avec un crochet par des effets de steel guitar (« Hawaii Dream ») et des lignes bop (« Gloria ») qui balancent bien (« Right’n Wrong »). Quant à Betty, la musique du RBK est taillée à sa mesure : sa voix grave, aux nuances rocailleuses (« Gloria »), sert le blues avec bonheur (« Back To My Sunnyboy »), son scat est enlevé (« Gloria ») et ses jeux vocaux – vibrato (« The Wild »), minauderie (« Belly Dance »), gouaille (« Gloria »)… – apportent une bonne dose d’expressivité.

Bleu est enjoué, dansant, insouciant… comme un bal des fifties !

Le disque

Bleu
Rose Betty Klub
Rose Betty (voc), Johnny Mustang (g), Thelma Brooks (p), Brigitte Parker (b) et Kenny Wild (d), avec Pee Bull Green (ts), Bone Rider (tb) et The Lion (tp).
RBK2017/1
Sortie en septembre 2017

Liste des morceaux

01.  « Babe, Deep in your heart ».
02.  « I Hate You ».
03.  « Hawaii Dream ».
04.  « Back To My Sunnyboy ».
05.  « Minnie Minnie ».
06.  « Bridget ».
07.  « Gloria ».
08.  « Right n'  Wrong, Joe Valentine », Joe Valentine.
09.  « Thelma ».
10.  « Bleu ».
11.  « The Wild ».
12.  « Belly Dance ».
13.  « Cocodildudi ».
14.  « Happy Feet ».


Toutes les compositions sont signées Mustang sauf indication contraire.

7 février 2018

Ferlet Think Bach à l’Espace Sorano…

Le 13 janvier 2018, dans le cadre de la saison jazz 2017 – 2018 de l’Espace Sorano, à Vincennes, son directeur artistique, Vincent Bessières, a programmé le pianiste Edouard Ferlet et son projet autour de Johannes-Sebastian Bach, Think Bach.

A partir de sept ans, Ferlet commence des études de piano classique à l’Ecole Normale de Musique de Paris, puis au Conservatoire, et, en parallèle, prend des cours de jazz. Au début des années quatre-vingts dix le pianiste passe trois ans au Berklee Colleg of Music, dont il sort diplômé en 1992. A son retour en France, il joue dans les clubs de jazz parisiens et compose pour la télévision. En 1996, Ferlet enregistre Escale, premier disque sous son nom, avec Simon Spang-Hanssen au saxophone, Claus Stotter à la trompette, Gary Brunton à la contrebasse et Grebor Hilbe à la batterie. Suivront une quinzaine d’autres albums, en quartet, en trio, avec Jean-Philippe Viret et Antoine Banville ou Fabrice Moreau, en duo ou en solo (Par tous les temps – 2004)…

En 2012, Ferlet publie le premier opus de Think Bach sur Mélisse, label qu’il a créé avec Benjamin Gratton en 2006. Il continue sa relecture de l’œuvre du Cantor de Leipzig en compagnie de la claveciniste Violaine Cochard et enregistre Bach: Plucked / Unplucked (2015 – Alpha). Quant à Think Bach Op. 2, il sort en 2017, toujours chez Mélisse. Bercé par Bach depuis son enfance, Ferlet a tissé des liens étroits avec la musique du « cinquième évangéliste », comme il l’écrit dans les notes de la pochette du disque : « Cher Jean-Sébatien, depuis longtemps maintenant, je te joue et joue avec toi en te suivant sur le sentier d’à côté ». De fait, Ferlet ne jazzifie pas Bach, comme les Play Bach de Jacques Loussier ou les Swingle Singers, mais cherche plutôt à fusionner sa musique avec celle du Maître d’Eisenach.



Pour Think Bach Op. 2, Ferlet s’appuie sur dix pièces de Bach, toutes rebaptisées, sauf « Es Ist Vollbracht », l’air de la Passion selon saint Jean et le « Concerto n° 5 en F mineur ». Dans les notes de la pochette, le pianiste explique précisément sa démarche et la manière avec laquelle il s’approprie chacune des œuvres de Bach.

Le concert débute par la retranscription d’une improvisation, procédé largement utilisé par Bach, mais « L’histoire d’un enfant de Saint-Agil », mélodieux et puissant, est davantage lyrique que baroque. Ferlet enchaîne avec les contrepoints vifs et denses de « Crazy B », basé sur les Variations Goldberg. Quelques accents moyen-orientaux, une ligne de basse minimaliste et des arabesques donnent un caractère majestueux à « Et si », qui laisse affleurer ça-et-là l’air solennel de l’adagio de la troisième sonate pour violon et clavecin. Le pianiste joue très naturellement avec les thèmes de Bach, dont il a parfaitement compris l’esprit, à l’instar du magnifique « Es Ist Vollbracht », partagé entre un développement rythmique au piano préparé et une interprétation élégante de la mélodie. Ferlet continue au piano préparé pour « Mécanique organique », avec une ambiance quasi électro – note aigue tenue et jeu dans les cordes – qui débouche sur une décomposition du prélude du Clavier bien tempéré. Selon le chef d’orchestre et musicologue australien d’origine galloise Martin Jarvis, Anna Magdalena Bach aurait composé plusieurs œuvres majeures attribuées à son mari… Ferlet lui rend hommage avec un morceau dans lequel des boucles se déroulent dans un esprit musique contemporaine qui aboutit à un passage solennel. A partir de la Chaconne, « Les Bacchantes » démarre dans le texte, intense, puis s’émancipe, avec un contraste entre des passages graves qui rappellent le mouvement de la partita et des moments enlevés, appuyé par un accompagnement rythmique aux accents latino. Après une introduction jazz toute en souplesse, « Anthèse », tiré d’un chorale pour orgue, part une direction plus cérébrale. Sur une pédale hypnotique, le prélude BWV 872 est déformé, puis « Mind The Gap »  s’engage dans une danse entraînante et tendue portée par un rythme Graj du Gwo Ka Guadeloupéen (d’après les notes de la pochette…). En bis, Ferlet reprend « Par tous les temps », une de ses compositions qui figure sur le disque éponyme sorti chez Sketch Records, en 2004. Avec ses motifs superposés, ses boucles, sa pédale… le morceau évoque la musique minimaliste répétitive, avec une pointe de lyrisme. Le largo du Concerto n° 5 est interprété avec noblesse et austérité pour mettre en relief la profondeur de la mélodie. Pour conclure la soirée, Ferlet enchaîne sur un morceau entraînant très cinématographique et teinté de nuances romantiques.

Une compréhension subtile de l’écriture de Bach et des développements tout en finesse, basés sur des improvisations habiles et modernes : il y a fort à parier que le Cantor aurait beaucoup aimé, lui aussi, le récital de Ferlet et son disque Think Bach Op. 2 !

Le disque

Think Bach Op. 2
Edouard Ferlet
Edouard Ferlet (p)
Mélisse – MEL666020
Sortie en avril 2017








Liste des morceaux

01.  « Oves » (05:17).
02.  « Anthèse » (05:20).
03.  « Mind The Gap » (04:45).
04.  « Et si » (05:26).
05.  « Es Ist Vollbracht » (04:50).
06.  « Les Bacchantes » (07:33).
07.  « Mécanique organique » (02:18).
08.  « Concerto no. 5 in F minor » (04:04).
09.  « Crazy B » (04:19).
10.  « Miss Magdalena » (05:58).


Toutes les compositions sont signées Bach & Ferlet.

3 février 2018

A la découverte d’Igor Gehenot…

Depuis son premier trio, formé en 2009, Igor Gehenot poursuit son chemin musical avec obstination et se partage entre ses groupes – Road Story en 2012, Motion en 2014 et Delta en 2017 –, le LG Jazz Collective, et des expériences avec l’Atom Strings Quartet, le rappeur Kaer, le DJ Eb-Kaito… Une diversité qui pousse à partir à la découverte de ce pianiste singulier…


La musique

Ma mère est pianiste, je me suis donc naturellement tourné vers le son doux du piano et ses possibilités harmoniques infinies. Mon parcours est assez classique : vers six ans j’ai commencé à apprendre l’instrument... Autour de douze ans, j’ai découvert le jazz en écoutant Ray Charles et du boogie woogie et, à quatorze ans, j’ai suivi des cours dans une académie de jazz. Par la suite je suis entré aux conservatoires de Maastricht et de Bruxelles, mais je n’y suis pas resté jusqu’au bout.


Les influences

Comme la plupart des pianistes, je vais citer Keith Jarrett ou Brad Mehldau… Mais, de manière plus générale, je suis également influencé par des musiciens comme Michael Jackson, pour leur vision et  la précision avec laquelle ils savent rendre possible les idées musicales qu’ils ont en tête.



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La « social Music »…

Pourquoi la passion du jazz ?  Le jazz est plein de ressources… Il est infini… Il n’a jamais été uniforme et c’est aussi peut-être pour ça qu’il ne se démodera jamais… 

Où écouter du jazz ? Il a une saveur particulière sur l’autoroute, un soir d’été, avec la main gauche qui fait le bras de fer contre le vent...

Comment découvrir le jazz ? Il faut aller le voir en concert bien sûr !

Une anecdote autour du jazz ? La vidéo du quartet de John Coltrane au festival de Comblain-la-Tour, où ils brulent littéralement…


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un pacha,
Si j’étais une boisson, je serais un Aperol Spritz.. Les jours d’été !
Si j’étais un plat, je serais un osso bucco… Celui de ma grand-mère vaut le détour…
Si j’étais un mot, je serais instinct,
Si j’étais un chiffre, je serais 12,
Si j’étais une couleur, je serais rouge, pour les couleurs de mon club de football favori, mais plutôt orange en personnalité,
Si j’étais une note, je serais l’accord GbMa7,




Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis heureux de rencontrer des personnes extraordinaires et regrette juste de ne pas avoir vu le trio de Jarrett…


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Tokyo ’96 du trio de Jarrett.

Quels livres ? Je ne sais pas lire…

Quels films ? Pour le coup : Seul au monde de Robert Zemeckis, avec Tom Hanks.

Quelles peintures ? Des toiles de Georges Meurant.

Quels loisirs ? Le football.


Les projets

Le quartet Delta, avec Alex Tassel, Viktor Nyberg et Jérôme Klein : ce projet a un gros potentiel musical que j’aimerais mettre à profit dans les années qui viennent. Mon Organ Trio, avec Quentin Liégeois et Antoine Pierre : c’est un nouveau projet avec un nouvel instrument… J’ai découvert l’orgue et ses possibilités cette année, grâce au projet du guitariste belge Maxime Blésin et je pense que je vais creuser dans cette direction !


Trois vœux…
 1. Aimer.

 2. Vivre.

 3. Savourer.


29 janvier 2018

Tourbillon de disques outre-manche…

Whirlwind Recordings continue de sortir des disques à un rythme soutenu : en 2017, le label anglais du contrebassiste américain Michael Janish a sorti près de deux disques par mois ! L’occasion d’en écouter neuf, de Mark Lewandowski à Tony Tixier, en passant par Quinsin Nachoff, Rez Abbasi et d’autres à découvrir…

 

 

 

 




Life of Sensitive Creatures - Tony Tixier

Passé par le conservatoire de Montreuil et la Bill Evans Academy, le pianiste Tony Tixier joue aussi bien aux côtés de Logan Richardson, Christian Scott, Justin Brown... que de Laurent Cugny, Stéphane Spira, Olivier Temime… En 2006, il enregistre Fall in Flowers avec son trio, suivi l’année d’après d’Electric’ Trane, en solo. En 2009, Tixier et son septet gravent  Parallel Worlds, puis, en 2012, il sort Dream Pursuit avec un quartet américain. Installé aux Etats-Unis, Tixier rejoint Whirlwind Recordings et publie Life of Sensitiv Creatures en 2017.

Pour Life of Sensitive Creatures, Tixier est en trio avec Karl McComas Reichl à la contrebasse et Tommy Crane à la batterie. Le pianiste a composé huit morceaux et reprend deux standards, « Tight Like This » de Louis Armstrong et « Darn That Dream » de Jimmy Van Heusen et Eddie DeLange, et le tube pop « Isn't She Lovely » de Stevie Wonder.

A la fois mélodieux (« I Remember the Time of Plenty ») et délicats (« Illusion »), les airs de Tixier sont finement ciselés (« Denial of Love »), souvent basés sur des motifs entraînants (« Home At Last »). Sa main gauche, particulièrement agile, s’unit aux lignes de basse (« Blind Jealousy of a Paranoid »), tandis que sa main droite se laisse emporter dans des développements volontiers lyriques (« Isn’t She Lovely »). La section rythmique est particulièrement dynamique (« Causeless Cowards »), dansante (« Home At Last ») et prendrait facilement des chemins de traverse funk ou rock (« Tight Like This »), même si elle n’oublie pas les fondamentaux (chabada et walking dans « Home At Last »). Entre un accompagnement emphatique (« Illusion »), des motifs entraînants (« I Remember The Time of Plenty ») et des accents pop (« Calling Into Question »), Crane se laisse aller à quelques passages binaires (« Tight Like This »). Les lignes souples (« Calling Into Question »), voire minimalistes (« Denial of Love »), de McComas Reichl et ses unissons avec la main gauche du pianiste (« Blind Jealousy of a Paranoid »)  laissent beaucoup d’espace à Tixier.

Life of Sensitive Creature est bien nommé : à la fois sophistiquée et rythmée, la musique de Tixier ne sort pas de ses gongs et garde une sensibilité toute personnelle.

Le disque

Life of Sensitive Creatures
Tony Tixier
Tony Tixier (p), Karl McComas Reichl (b) et Tommy Crane (d)
Whirlwind Recordings – WR4716
Sortie en décembre 2017

Liste des morceaux

01. « I Remember the Time of Plenty » (05:20).     
02. « Denial of Love » (05:19).
03. « Tight Like This », Armstrong (03:57).
04. « Illusion » (05:48).
05. « Home At Last » (04:30).
06. « Calling Into Question » (04:41).          
07. « Darn That Dream », Van Heusen & DeLange (05:28).           
08. « Blind Jealousy of a Paranoid » (04:11).          
09. « Isn't She Lovely », Wonder (02:35).
10. « Causeless Cowards » (05:08).
11. « Flow » (04:22).

Toutes les compositions sont signées Tixier sauf indication contraire.

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Unfiltered Universe – Rez Abbasi

Passé par la Manhattan School of Music, le guitariste américain Rez Abbasi compte une douzaine de disques à son actif enregistrés principalement avec ses trois groupes : le trio Junction, le quartet RAAQ et le quintet Invocation.

Voilà près d’une dizaine d’années qu’Abbasi tourne avec Invocation, dont le répertoire s’appuie sur des éléments de musique traditionnelle pakistanaise et indienne. Dans les notes de la pochette du disque Abbasi précise d’ailleurs qu’Unfiltered Universe, qui sort en 2017 chez Whirlwind Recordings, est le troisième opus d’une trilogie consacrée à la musique indo-pakistanaise : Things to Come (2009) tourne autour de la musique hindoustanie, Suno Suno (2011) est construit sur la musique qawwalî et Unfiltered Universe aborde la musique carnatique. Outre Abbasi, le quintet  est constitué du saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa, du pianiste Vijay Iyer, du contrebassiste Johannes Weidenmueller et du batteur Dan Weiss. Pour Unfiltered Universe, Abbasi invite également la violoncelliste classique Elizabeth Mikhael.

Les sept pièces d’Unfiltered Universe sont de la plume d’Abbasi. La musique d’Invocation s’appuie sur des mélodies dissonantes (« Dance Number ») aux accents orientaux (« Thin-King »), exposées à l’unisson (« Propensity »), des rythmes complexes et touffus (« Unfiltered Universe ») avec des changements de tempo impromptus (« Disagree to Agree »), des jeux de contre-chants (« Unfiltered Universe ») et des questions-réponses, comme un chase (« Turn of Events »)… Tour à tour solennelles (« Disagree to Agree »), mystérieuses (« Turn of Events »), enjouées (« Propensity »), déjantées (« Dance Number »)… les ambiances – râga et tâla obligent – varient d’une plage à l’autre, voire au sein d’un même morceau. Côté instrumentation, Invocation s’appuie sur une contrebasse qui gronde (« Propensity »), parfois comme un bourdon, et joue des riffs sourds, une batterie versatile, mais toujours vive et foisonnante (« Unfiltered Universe »), un piano volontiers cérébral (« Turn of Events »), qui joue des suites d’accords inventives (« Thin-King »), un violoncelle qui apporte une touche lyrique (« Turn of Events »), un saxophone alto bouillonnant, véloce et affranchi (« Dance Number »), une guitare qui se partage entre section rythmique (« Turn of Events »), envolées free (« Disagree to Agree ») et lignes mélodieuses (« Thin-King »).

La musique carnatique revue par Invocation évoque une sorte de free folklorique…

Le disque

Unfiltered Universe
Rez Abbasi
Rudresh Mahanthappa (as), Rez Abbasi (g), Vijay Iyer (p), Johannes Weidenmueller (b) et Dan Weiss (d), avec Elizabeth Mikhael (cello).
Whirlwind Recordings – WR4713
Sortie en octobre 2017

Liste des morceaux

01. « Propensity » (06:52).
02. « Unfiltered Universe » (09:32). 
03. « Thoughts » (01:41).
04. « Thin-King » (05:21).
05. « Turn of Events » (11:53).         
06. « Disagree to Agree » (07:46).   
07. « Dance Number » (08:09).

Toutes les compositions sont signées Abbasi.

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Hybrid – Jure Pukl & Matija Dedić

Après son cursus à l’Université de Vienne et au Conservatoire de Musique de Haag, le saxophoniste slovène Jure Pukl a intégré le Berklee College of Music. Quant au pianiste croate Matija Dedić, il sort de la Music High School Vatroslav Lisinski de Zagreb. Les deux musiciens se sont rencontrés lors de leurs études à l’University of Music and Performing Arts de Graz.

Hybrid est leur premier opus en commun et ils ont fait appel au contrebassiste Matt Brewer et au batteur Jonathan Blake. La saxophoniste Melissa Aldana participe également à deux morceaux. En dehors de « Lonely Woman », le standard d’Ornette Coleman, le quartet interprète neuf compositions signées Pukl ou Dedić.

Les morceaux sont construits sur la structure classique thème – solo – thème, sauf « Lonely Woman », un duo entre la clarinette basse et le piano, solennel et proche de la mélodie. Avec les lignes souples de la contrebasse (« Family ») et les frappes alertes  de la batterie (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? »), Brewer et Blake forment une section rythmique parfaite pour la musique de Pukl et Dedić. La batterie alterne passages denses (« Hybrid ») et jeu léger (« Family »), avec des chorus véloces (« Spinning Thoughts »), tandis que la contrebasse passe d’un minimalisme ouvert (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? ») à des riffs entraînants (« Sequence II ») et prend des chorus chantants (« Family »). Les deux compères s’emboîtent également le pas pour des séries de walking et chabada efficaces (« Hempburger»). Pianiste discret (« Sequence III »), Dedić se joint au saxophone pour exposer les thèmes à l‘unisson (« False Accusations ») et répond avec perspicacité à ses questions (« Sequence III »), ses accords soulignent élégamment les propos de Pukl (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? ») et ses solos, bien construits et mélodieux (« Sequence II »), penchent vers un néo-bop moderne (« Plan B »). Une sonorité douce et ouatée au soprano (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? ») sert un discours délicat (« Family »), voire nostalgique (« Sequence III »), un son imposant au ténor (« Hybrid ») met en relief des développements tendus (« Sequence II »), émaillés de dissonances (« Plan B ») : Pukl s’inscrit dans la lignée des saxophonistes post-bop. Le ténor d’Aldana dialogue avec le soprano de Pukl (« Family ») ou interagit avec son ténor (« Lonely Woman») dans le même esprit.

Hybrid reprend les fondamentaux du bop dans lesquels Pukl et Dedić insufflent des éléments modernes avec un cadre rythmique moins formaté et des développements plus ouverts.

Le disque

Hybrid
Jure Pukl & Matija Dedić
Jure Pukl (ss, ts, bcl), Matija Dedić (p), Matt Brewer (b) et Johnathan Blake (d), avec Melissa Aldana (ts).
Whirldwind Recordings – WR4712
Sortie en septembre 2017

Liste des morceaux

01. « Hybrid », Pukl (05:06).
02. « Where Are You Coming From And Where Are You Going », Pukl (08:42).   
03. « Sequence II », Pukl (06:53).     
04. « Hempburger », Dedić (06:09).
05. « Lonely Woman », Coleman (07:35).   
06. « Plan B », Dedić (04:49).           
07. « Family », Dedić (06:37).          
08. « False Accusations », Dedić (06:23).     
09. « Sequence III », Pukl (06:23).    
10. « Spinning Thoughts », Pukl (08:19).

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The Other River – Joel Harrison

Depuis 3+3 =7, sorti en 1996, Joel Harrison a sorti dix-sept disques, dont Leave The Door Open (2014) et Spirit House (2013) chez Whirlwind Recordings. The Other River est donc le dix-neuvième album du guitariste newyorkais et le troisième pour le label anglais…

Pour cet enregistrement, Harrison s’entoure d’un trio inédit avec Glenn Patscha aux claviers et au chant, Byron Isaacs à la basse et Jordan Perlson aux percussions. Comme souvent, il élargit sa palette sonore avec des invités : Jamey Haddad renforce les percussions sur deux titres, tout comme Christian Howes et son violon ou Cuong Vu et sa trompette. Quant à Fiona McBain, elle prête sa voix pour trois chansons, et Anupam Shobhakar joue du sarode sur un morceau.

Harrison signe toutes les compositions. Country (« My Beautiful Enemies »), folk (« Made It Out Alive »), slow (« The Other River »), touches bluesy (« You’re All That Matters To Me »), mais surtout pop (« So Long Chelsea Hotel », « I Wonder What Happened To Jordan »), le chant et les arrangements d’Harrison flatteront davantage les oreilles des amateurs de musiques de variété que celles des passionnés de musiques improvisées.

Le disque

The Other River
Joel Harrison
Joel Harrison (g, voc, bj), Glenn Patscha (p, kbd, voc), Byron Isaacs (b) et Jordan Perlson (perc), avec Jamey Haddad (perc), Christian Howes (vl), Fiona McBain (voc), Cuong Vu (tp) et Anupam Shobhakar (sarode).
Whirldwind Recordings – WR4673
Sortie en juillet 2017

Liste des morceaux

01. « My Beautiful Enemies » (04:30).
02. « Scarecrow Ray » (04:03            ).
03. « The Other River » (06:07).      
04. « So Long Chelsea Hotel » (04:29).
05. « Made It Out Alive » (05:07).    
06. « You're What Matters To Me » (04:16).          
07. « Yellow Socks » (05:58).
08. « Still Here » (02:57).
09. « I Wonder What Happened To Jordan » (03:31).         
10. « Reservation Blues » (05:08).   
11. « Bus to Brighton » (04:49).

Toutes les compositions sont signées Harrison.

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Ask Seek Knock – Samuel Eagles’ Spirit

Pianiste classique qui a bifurqué vers le saxophone alto, Samuel Eagles a fait ses classes dans le Royal Academy of Music’s Junior Jazz Band avant de parachever ses études musicales au Trinity College of Music.

En 2014, Eagles publie son premier disque, Next Beginning, en quartet. Pour son nouveau projet, Eagles a créé le sextet Spirit, avec son frère Duncan Eagles au saxophone ténor, Ralph Wyld au vibraphone, Sam Leak au piano, Max Luthert à la contrebasse et Dave Hamblett à la batterie. Son mentor, le saxophoniste ténor Jean Toussaint, joue également sur deux morceaux. Eagles a composé les huit thèmes d’Ask Seek Knock.

Un riff du piano, sur un petit motif de contrebasse et des cliquetis de la batterie, introduit « Eternity Within My Soul », exposé à l’unisson par les saxophones. Les soufflants élaborent des contrepoints astucieux, soutenus par la sonorité cristalline du vibraphone et une rythmique touffue. « Changed, Changing Still » commence dans un style majestueux avec le sextet qui gronde, un solo grave de Luthert, souligné par les contre-chants de Wyld, puis le morceau s’emballe sous l’impulsion des frères Eagles et du jeu incisif de Leak. La belle mélodie de « Hear His Voice » sert de prétexte à une introduction solennelle du piano, reprise dans le même esprit par les saxophones, avant qu’une accélération du tempo ne permette aux soufflants de se lancer dans des envolées néo-bop, poussées par la rythmique et les lignes symétriques du vibraphone. Dans « Hope In The Hills », Wyld croise ses lames avec les touches de Leak, les cordes de Luthert et les peaux d’Hamblett, puis Eagles s’aventure vers des contrées dansantes. Stop-chorus de la batterie, passages binaires, vibraphone en contrepoint et saxophone alto tendu… « The Twelve » penche vers un néo-bop moderne. « Dream and Visions of The Son » s’ouvre sur une discussion entre tous les instruments et, après un solo soigné de Leak, Toussaint et Eagles poursuivent avec enthousiasme, Hamblett s’emporte et le groupe conclut en fanfare. La section rythmique lance « Spirit » sur des motifs aux accents funky, mais le vibraphone et les saxophones apaisent l’ambiance avec un échange de contrepoints raffinés pour exposer le thème. Eagles et Leak développent ensuite tranquillement leurs idées, avant de faire monter la pression, soutenus par Wyld, Leak, Luhert et Hamblett, en verve. Les deux frères dialoguent a capella pour introduire « Ask, Seek, Knock ». La section rythmique entre en jeu et introduit une intensité palpable : lignes heurtées de la batterie, boucles et ostinato du piano, grondements de la basse, solo inspiré du vibraphone… Et les Eagles se montrent aussi dynamiques l’un que l’autre.

Ask Seek Knock possède une personnalité indiscutable : des mélodies intéressantes, des rythmes variés, des développements tendus… Eagles réussit un deuxième disque prometteur !

Le disque

Ask Seek Knock
Samuel Eagles’ Spirit
Samuel Eagles (as), Duncan Eagles (ts), Ralph Wyld (vib), Sam Leak (p), Max Luthert (b) et Dave Hamblett (d), avec Jean Toussaint (ts, voc).
Whirwind Recordings – WR4706
Sortie en juillet 2017

Liste des morceaux

01. « Eternity Within My Soul » (05:57).      
02. « Changed, Changing Still » (06:58).      
03. « Hear His Voice » (10:03            ).
04. « Hope In The Hills » (06:47).     
05. « The Twelve » (06:53).  
06. « Dream and Visions of The Son » (09:20).       
07. « Spirit » (06:58).
08. « Ask, Seek, Knock » (08:48).      

Toutes les compositions sont signées Eagles.

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