17 octobre 2021

A la découverte de Laurent Medelgi

A cheval entre les Etats-Unis et la France, Laurent Medelgi et le Medeljazz Quartet sortent Versature en octobre 2021. Excellente occasion de partir à la découverte d’un guitariste aussi à l’aise dans le jazz que le funk, la musique latine, le cross over... et qui a également créé sont propre label : Zorojazz...


La musique

J’ai découvert le jazz pour de vrai à New York en 1994 ! Je jouais déjà de la guitare à l’époque - j’ai commencé à douze ans - mais pas de jazz. Donc j’ai continué sur le même instrument... On ne le dirait peut-être pas, mais j’ai écouté Wes Montgomery en boucle, ainsi que Keith Jarrett, John Coltrane... ou encore Michael Brecker et Chris Potter, que j'adore...


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Vaste question... Pour moi, c'est vraiment l'expression musicale la plus libre, la plus libérée, la plus éloquente qu'un musicien puisse vivre.

Pourquoi la passion du jazz ? En arrivant à New York, en 1993, j'ai tout de suite été plongé dans l'harmonie Jazz et j'ai découvert un nouveau monde fascinant et exotique. Une espèce d'évolution naturelle de mes oreilles de musicien.

Où écouter du jazz ? Partout !

Comment découvrir le jazz ? Avec les yeux fermés, un très bon casque et un scotch de dix-huit ans d'âge...

Une anecdote autour du jazz ? Pendant un concert avec un organiste dans un « lounge bar » un peu branché à New York : nous jouions un standard et il fait un chorus incroyable avec des emprunts, des substitutions à tout va, des routes harmoniques hallucinantes... Je me retrouve quasiment en transe à tenter d'analyser ce qu'il est en train de faire ! A la fin du titre je me tourne vers lui et lui dis : « Man, tu as fait un solo de fou, c'était génial, mais c'est quoi le truc ? » Et là, sans sourciller, il me répond : « ah, j'ai joué un autre morceau »...



Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un loup
Si j’étais une fleur, je serais un lotus
Si j’étais un fruit, je serais un ananas
Si j’étais une boisson, je serais un cocktail
Si j’étais un plat, je serais un Surf and Turf (du steak et du homard)
Si j’étais une lettre, je serais Z
Si j’étais un mot, je serais intemporel
Si j’étais un chiffre, je serais 11
Si j’étais une couleur, je serais bleu électrique
Si j’étais une note, je serais un 8 couché


Les bonheurs et regrets musicaux

Pour l’instant ma plus belle réussite musicale est mon dernier album, Versature, et je n’ai pas encore de regret...


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Live des frères Brecker et The Köln Concert de Jarrett.

Quels livres ? Native Son de Richard Wright et Lotus Sutra.

Quels films ? Shawshank Redemption et The Green Mile de Franck Darabont, et The Wall d’Alan Parker.

Quelles peintures ? Salvador Dalí, Vincent Van Gogh, Pablo Picasso...


Quels loisirs ? Les arts martiaux, la natation, la callisthénie et le yoga.




Les projets

Dans l’immédiat, j’ai des tournées en Europe et à l’international en soutien au nouvel album, Versature. Sinon, je prépare un prochain disque en trio, avec des invités, chanteurs, soufflants et autres... orienté autour de standards du Great American Songbook.


Trois vœux…

Paix dans le monde
Abondance
Gratitude


16 octobre 2021

Igloo Records fait l'automne...

Igloo Records traverse les crises et les saisons sans mollir ! Depuis le mois de mai 2021 le label bruxellois a sorti quelques pépites, dont voici des exemplaires, plus originaux les uns que les autres : Nathalie Loriers et son trio partent du côté de Marcel Proust (ou de la fin du Covid ?) avec Le temps retrouvé; le joyeux orchestre Flat Earth Society revient à son Boggamasta, avec un troisième opus; Thomas Champagne et son Random House propose Tide; Lorenzo Di Maio en trio, accompagné d’un quatuor à cordes sort Arco; dans Inner Geography, Eve Beuvens joue en solo; quant à Martin Salemi, il publie About Time...


Le temps retrouvé – Nathalie Loriers

A l’occasion du Gaume Jazz Festival 2013 la pianiste
Nathalie Loriers forme un trio avec Tineke Postma aux saxophones et Philippe Aerts à la contrebasse. L’enregistrement du concert, Le Peuple Silencieux, est publié par W.E.R.F. La pianiste retrouve Postma en 2016 et, avec Nicolas Thys à la contrebasse, elles enregistrent We Will Really Meet Again, toujours pour W.E.R.F. Le trio récidive en 2021, avec Le temps retrouvé, édité par Igloo Records.

Neuf titres sont signés Loriers, dont « Le temps retrouvé », dédié à Marc Maréchal - musicien et enseignant, notamment à l’IMEP et à l’Académie de musique d’Eghezée -, et « Shanti », à la mémoire de Rick Bevernage - label W.E.R.F., club éponyme, Jazz!Brugge... - décédé en 2018. Le trio joue également « Round Midnight » de Thelonious Monk.

Loriers propose des mélodies finement ciselées (« Le temps retrouvé »), aux dissonances raffinées, qui rappellent la musique du début vingtième (« Alizés ») et évoquent la musique de chambre (« Rebirth »). Cette impression est renforcée par les contrepoints soignés (« Round Midnight »), les dialogues tranchants (« Jaane Do »), le lyrisme omniprésent (« Zéphirs »), une nostalgie qui frise parfois la tristesse (« Shanti ») et, bien sûr, l’absence de batterie. D’ailleurs, qui dit absence de batterie, ne dit pas absence de rythme... à l’image de l’introduction funky de « Zéphirs », des shuffle entraînants dans « Rebirth », de la walking de « Rafales » ou des passages syncopés (« Jaane Do », « Le temps retrouvé »). Postma joue le jeu de l’intimité et navigue d’un free contrôlé à la Steve Lacy (« Le temps retrouvé »), à un neo-bop moderne, un peu dans la lignée d’Art Pepper (« Round Midnight »). Ce qui ne l’empêche pas de monter dans les tours (« Rebirth »). Loriers joue tout en finesse (« Rebirth ») et ses développement mélodiques, teintés de mélancolie (« After »), font parfois penser à Mal Waldron (« Le temps retrouvé »). Quant à Thys, il passe de motifs minimalistes (« Round Midnight ») et sobres (« Rebirth ») à une ligne enlevée et mélodieuse (« Zéphirs »). La musique circule toujours avec fluidité entre les trois musiciens (« Jaane Do ») et leur connivence est palpable (« Rebirth »).

Dans Le temps retrouvé, Loriers, Postma et Thys se comprennent à merveille et leurs dialogues coulent de source... Une musique intelligente !

Le disque

Le temps retrouvé
Nathalie Loriers
Tineke Postma (sax), Nathalie Loriers (p) et Nic Thys (b)
Igloo Records – IGL325
Sortie le 7 mai 2021

Liste des morceaux

01. « Le temps retrouvé » (5:32).
02. « Zéphirs » (7:19).
03. « Round Midnight », Thelonious Monk (8:11).
04. « Rebirth » (5:29).
05. « After » (5:14).
06. « Shanti » (2:12).
07. « Alizés » (6:52).
08. « Jaane Do » (7:52).
09. « Rafales » (5:01).
10. « Shanti » (3:03).

Tous les morceaux sont signés Loriers sauf indication contraire.


Boggamasta III – Flat Earth Society

Peter Vermeersch
monte l’orchestre Flat Earth Society à la fin des années quatre-vingt dix. Dès le départ cet ensemble à géométrie variable affiche son désir de partir dans toutes les directions musicales, car comme le déclarait Vermeersch : « j’ai l'impression de faire un peu n'importe quoi et suis certain qu'on trouvera toujours une ligne artistique après ! Mais ça ne m'occupe pas... C'est bien de se lâcher et de recommencer continuellement ! J'aime la vie au jour le jour... ».

FES, comme l’appellent les intimes, a déjà sorti près d’une vingtaine d’albums et Boggamasta III est la... troisième saison d’une série entamée en 2017. Aux côtés de Vermeersch à la clarinette basse et aux effets électro, un invité quasi-permanent de FES, le guitariste David Bovée, et les membres de l’orchestre : Benjamin Boutreur au saxophone alto, Michel Mast et Martí Melià au saxophone ténor, Bruno Vansina au saxophone baryton et à la flûte, Bart Maris et Pauline Leblond à la trompette, Peter Delannoye et Marc Meeuwissen au trombone, Berlinde Deman au tuba, Peter Vandenberghe aux claviers, Mirko Banovic à la basse, Kristof Roseeuw à la contrebasse, Wim Segers aux percussions et Teun Verbruggen à la batterie. A noter que la plupart des musiciens donnent également de la voix...

Au programme, quatre morceaux de Vermeersch, trois de Bovée, deux co-signés et « Trust In Me », que les frères Robert et Richard Sherman ont composé pour Le livre de la jungle, le film de Walt Disney sorti en 1967. Quant à Boggamasta, ce serait « le personnage principal de l’album, [le] power addict et mégalomane »... Si c’est du lingala, son nom pourrait se traduire par le pôte (masta) de Bogga (village du nord est de la RDC, proche de l’Ouganda)... Voilà pour les annecdotes !

Une rythmique puissante, un choeur aérien, un chant parlé sur les contre-chants des souflants ou des voix : « Dust From The Stars » tient de l’opéra rock roccoco. Avec des voix enfantines et des chuchottements, un tempo en suspension, des chorus et des lignes croisées aux allures de fanfare, « Trust In Me » frise la parodie. Même ambiance décalée pour « Cryptoman », entre les pompes du piano, la batterie énergique, les riffs tonitruants, les solos débridés, une voix lointaine et un chant à l’unisson punk ou rock... L’ombre de Franck Zappa planne au-dessus de « Sit Rise » : section ryhtmique rock, chant-parlé dans le style du moustachu, arrangements qui mêlent effets et envolées volubiles aux sonorités jazzy. « What » se déroule en plusieurs tableaux : d’abord une danse macabre avec un timbre d’orgue de barbarie, un martèlement lent, des ostinatos de claviers et un air lugubre étiré, mais toujours pimenté d’un humour décapant ; le développement part ensuite dans tous les sens avec un chant faussement pop, un choeur tout en modulations, une voix nasillarde bouffone, des saxophones réverbérés ou effrénés, des claviers déjantés, une batterie et une basse qui grondent... Et un final grandiloquent. Avec le vocoder, la rythmique funky sourde, la guitare rock en arrière-plan, les jeux de voix, les éffets électro et les motits fracassants des vents, « Carbon Based » est résolument « barock » ! « Bury The Corn » s’envole dans un délire rock progressif : chant excentrique, guitare wawa et saturée, choeurs de shouters, chorus costauds - saxophone, trompette, trombone... -, rythmique vigoureuse et régulière... Retour au rock progressif clownesque pour « Moog For You », avec un jeu de voix expressionnistes parsemé d’effets électro, toujours soutenu par une batterie et une basse robustes et des soufflants à l’affût. Une guitare bleusy, portée par un orchestre au diapason, introduit « Breathe In The Colour Pink ». L’orchestre prend ensuite un chemin de fanfare funk, légèrement vintage... « Slave Driver » conclut l’album dans une ambiance funky solide ! Les chuchottements et les voix à l’unisson s’ébrouent dans une atmosphère dansante, ponctuée de foisonnements musicaux aux contours kitsch.

Boggamasta III poursuit la route empreintée par les opus précédents : un jazz fusion dada déjanté !

Le disque

Boggamasta III
Flat Earth Society
Peter Vermeersch (bcl, voc, electro), Benjamin Boutreur (as), Michel Mast (ts), Martí Melià (ts), Bruno Vansina (bs, fl), Bart Maris (tp), Pauline Leblond (tp, voc), Peter Delannoye (tb), Marc Meeuwissen (tb), Berlinde Deman (tu, voc), David Bovée (g, voc, electro), Peter Vandenberghe (p, kbd), Mirko Banovic (b), Kristof Roseeuw (b), Wim Segers (perc, voc) et Teun Verbruggen (d).
Igloo Records – IGL327
Sortie le 18 juin 2021

Liste des morceaux

01. « Dust From The Stars », Bovée (3:38).
02. « Trust In Me », Robert & Richard Sherman (5:28).
03. « Cryptoman », Vermeersch (6:14).
04. « Sit Rise », Bovée (3:26).
05. « What », Vermeersch (12:46).
06. « Carbon Based », Bovée (7:39).
07. « Bury The Corn », Vermeersch (9:43).
08. « Moog For You », Vermeersch (5:17).
09. « Breathe In The Colour Pink », Bovée & Vermeersch (6:03).
10. « Slave Driver », Bovée & Vermeersch (6:29).


Tide - Thomas Champagne Random House

Au début des années 2000 Thomas Champagne s’est d’abord fait connaître avec son trio en compagnie de Nicholas Yates (contrebasse) et Didier Van Uytvanck (batterie). Parallèlement à de multiples projets - The Sidewinders, UTZ, Al Manara, Kind of Blue Tribute... - le saxophoniste crée le Thomas Champagne Random House en 2014, avec le guitariste Guillaume Vierset, le contrebassiste Ruben Lamon et le batteur Alain Deval. En 2017, le quartet enregistre Sweet Day pour Igloo Records.

Pour Tide, qui sort en juin 2021, Champagne invite le trompettiste new-yorkais Adam O’Farrill. Vierset et O’Farrill apportent chacun deux compositions et Champagne signe les quatre autres.

Des thèmes dansants (« Bad Date ») et plaisants (« Breath Breath ») donnent cours à des développements plutôt vifs (« Looking Forward ») qui permettent au saxophone et à la trompette de croiser leurs notes (« Gentle Breeze »). Les contre-chants de Champagne et O’Farrill égaient les morceaux plus lents (« Tide »). Lamon et Deval forment une section rythmique puissante (« Bad Date »), régulière (« Tide ») et volontiers rock (« Looking Forward »). Vierset plante des décors aériens (« Bad Date »), déroule des lignes d’accords relax (« Tide »), mêle des ostinatos sourds aux frappes de la batterie (« Looking Forward ») et joue également dans un style rock (« Breath Breath »). O’Farrill passe d’une envolée virtuose (« Bad Date ») à des motifs étirés à la trompette bouchée (« Tide »), et répond toujours avec a propos aux discours du saxophone (« Muse »). Le style de Champagne se situe dans la lignée d’un bop incisif (« Bad Date »), doté d’une bonne dose de lyrisme (« Looking Forward ») et d’un sens de la construction affûté (« Gentle Breeze »).

Ramdom House inscrit Tide dans une lignée néo-bop marquée par le rock et le fait de fort belle manière !

Le disque

Tide
Thomas Champagne Random House
Thomas Champagne (as), Adam O’Farrill (tp), Guillaume Vierset (g), Ruben Lamon (b) et Alain Deval (d).
Igloo Records - IGL317
Sortie le 18 juin 2021

Liste des morceaux

01. « Bad Date », O’Farrill (6:59).
02. « Breath Breath », Vierset (6:14).
03. « Tide », O’Farrill (3:07).
04. « Interlude 1 », Champagne (1:46).
05. « Muse », Champagne (4:57).
06. « Looking Forward », Vierset (6:59).
07. « Interlude 2 », Champagne (3:01).
08. « Gentle Breeze », Champagne (4:32).


Arco - Lorenzo Di Maio

Sal La Rocca
, Fabrice Alleman, Chrystel Wautier, Greg Houben, Antoine Pierre, Jean-Paul Estiévenart... Autant dire que Lorenzo Di Maio est l’un des guitaristes les plus recherchés outre-Quiévrain ! Il a pourtant attendu 2016 avant de publier son premier disque, Black Rainbow, en quintet, chez Igloo Records.

Pour son deuxième opus, Arco, Di Maio s’appuie sur Pierre à la batterie et Sam Gerstmans à la contrebasse. Le trio jazz dialogue avec le quatuor à cordes Ultra Foniiki Orchestra (UFO), composé de Maritsa Ney et Martin Lauwers au violon, Marie Ghitta à l’alto et Marine Horbaczewski au violoncelle. Au répertoire, huit compositions du leader et « Line-up » de Lennie Tristano.

Le départ en canon du quatuor et les nappes de cordes en arrière-plan pendant que le trio jazz déroule « Elia » placent d’emblée Arco dans le cross over. La souplesse de la contrebasse, la vivacité subtile de la batterie et le discours mélodieux de la guitare fusionnent avec le quatuor grâce aux arrangements adroits de Fabian Fiorini, à l’image de l’emballement final d’« Elia » ou de la conclusion de « Look For The Best ». Comme souvent dans les combinaisons jazz - classique, les parties se succèdent (« Mela ») et, quand elles se superposent, les cordes assurent le décor pour mettre en valeur la partie jazz (« No More Samba », « Look For The Best »). Les cordes servent aussi à renforcer les ambiances plus sombres (« The End and The Beginning », « Blues Stream »). Avec ou sans cordes, Di Maio, Gerstmans et Pierre confirment leur savoir-faire, aussi bien dans une veine entraînante (« Mela », « Zara et Carlos »), voire néo-bop (« Line-up ») ou à tendance rock (« Look For The Best »), que dans des balades bien senties (« 3 février »), un blues profond (« Blue Stream »)... ou lors de leurs chorus : la contrebasse dans « The End and The Beginning », la guitare dans « Blues Stream », la batterie dans « Zara et Carlos ». Le jeu du trio repose sur la précision et la limpidité de Di Maio (« The End and The Beginning »), le gros son et la carrure solide de Gerstmans (« 3 février ») et le dynamisme et la musicalité de Pierre (« Bleu Stream »). Force est de constater que la plupart du temps, la présence du trio jazz éclipse quelque peu le rôle du quatuor (« Looking For The Best »).

Avec Arco, Di Maio, Gerstmans & Pierre démontrent qu’ils forment un trio jazz des plus convaincants.

Le Disque

Arco
Lorenzo Di Maio
Lorenzo Di Maio (g), Sam Gerstmans (b) et Antoine Pierre (d, électro), avec Maritsa Ney (v), Martin Lauwers (v), Marie Ghitta (va) et Marine Horbaczewski (cello).
Igloo Records - IGL323
Sortie le 27 août 2021

Liste des morceaux

01. « Elia » (8:35).
02. « No More Samba » (3:53).
03. « Mela » (4:57).
04. « 3 février » (3:40).
05. « The End And The Beginning » (9:05).
06. « Line-up », Lennie Tristano (1:12).
07. « Blue Stream » (6:16).
08. « Looking For The Beast » (8:06).
09. « Zara et Carlos » (4:32).

Tous les morceaux sont signés Di Maio.


Inner Geography - Eve Beuvens

Eve Beuvens
s’est fait un nom avec son quartet (Noordzee - 2009), son septet (Heptatomic - 2015) et son association avec le saxophoniste Mikael Godée (MEQ - 2013 - et Looking Forward - 2019). Inner Geography, qui sort en septembre 2021 chez Igloo records, est son premier disque en solo.

La pianiste propose six thèmes de son cru, plus « Jolene », de l’icône de la country, Dolly Rebecca Parton, et le tube « Caravan » de Juan Tizol, Duke Ellington et Irving Mills.

Beuvens soigne la construction de chaque pièce en alternant habilement phrasés classiques et jazz (« Snow, Wind and Wings »). Les mélodies impressionnistes (« Your Own Title to This Song »... Pourquoi pas « Notes d’automne » ?), les lignes arpégées (« Auditorium de Tenerife »), les successions de vagues (« Super Nina’s »), la délicatesse des phrases (« Phagocytes »)... révèlent l’influence de Claude Debussy. Mais Beuvens ajoute des accords puissants (« Caravan »), des zestes de swing (« Auditorium de Tenerife »), des modulations (« Phagocyte »), des ruptures (« Snow, Wind and Wings ») et des développements que ne renierait pas Lennie Tristano (« Rain Drops Moving On A Window »).

L’exercice du solo n’est pas une sinécure et Beuvens s’en sort avec beaucoup de classe : Inner Geography part à l’aventure d’un jazz de chambre moderne et spirituel.

Le disque

Inner Geography
Eve Beuvens
Eve Beuvens (p)
Igloo records - IGL324
Sortie le 17 septembre 2021

Liste des morceaux

01. « Phagocyte » (4:57).
02. « Super Nina's » (3:37).
03. « Jolene », Dolly Rebecca Parton (4:43).
04. « Rain Drops Moving On A Window » (5:56).
05. « Snow, Wind And Wings » (5:48).
06. « Your Own Title To This Song » (2:55).
07. « Auditorium De Tenerife » (5:57).
08. « Caravan » Juan Tizol, Duke Ellington & Irving Mills (3:52).

Tous les morceaux sont signés Beuvens sauf indication contraire.


About Time - Martin Salemi

Diplômé du Koninklijk Conservatorium van Brussel en 2013, Martin Salemi enchaîne les projets, parmi lesquels Salemi/Cabras/Sicx, Otto Kintet, OPMOC... et son trio avec Boris Schmidt à la contrebasse et Daniel Jonkers à la batterie.

Après Short Stories, sorti en 2017 chez Igloo Records, Salemi et ses comparses publient About Time, en octobre 2021. Le pianiste est l’auteur des sept morceaux. Comme pour le premier opus, la belle vignette de bande-dessinée qui illustre la pochette du disque est confiée au dessinateur, graveur, musicien et père du leader, Jean-Claude Salemi.

Dans « Remembered » la batterie imprime une pulsation douce, la contrebasse trace des contrepoints élégants et le piano déroule des phrases mélodieuses. « Doubt » est porté par des frappes mates et lointaines, des motifs en shuffle entraînants et un exposé inventif, toujours empreint de délicatesse. Un peu dans le même esprit, « One Fine Day » swingue généreusement. Le trio s’appuie sur une sonorité acoustique chaleureuse : boisée pour la contrebasse, franche pour la batterie et claire pour le piano. Les contre-chants subtils du piano et de la contrebasse, puis le développement enjoué de « Lamento » sont soulignés par une batterie énergique, sans jamais être étouffante. Une pédale, une ligne minimaliste et un drumming solennel accompagnent la composition mélancolique « Late April ». Un ostinato de Salemi, des roulements de Schmidt et un crépitement de Jonkers lancent « Still Water », morceau débridé, mais sous contrôle. La fluidité de « Most of The Time » évoque d’abord un thème de film, avant de décoller tranquillement, soutenus par la pulsation solide du duo contrebasse - batterie. Salemi, Schmidt et Jonkers jouent avec des mains de fer dans des gants de velours !

About Time plonge l’auditeur dans un univers intime, ballotté entre tension et détente.

Le disque

About Time
Martin Salemi
Martin Salemi (p), Boris Schmidt (b) et Daniel Jonkers (d)
Igloo Records – IGL331
Sortie le 1er octobre 2021

Liste des morceaux

01. « Remembered » (6:03).
02. « Doubt » (4:32).
03. « One Fine Day » (4:45).
04. « Lamento » (4:51).
05. « Late April » (6:14).
06. « Still Water » (6:27).
07. « Most of The Time » (4:01).

Tous les morceaux sont signés Salemi.

29 septembre 2021

Rëd Sisters – NoSax NoClar

Un champion de beatbox et un élève du CNSMDP auraient pu ne jamais se rencontrer, mais c’était sans compter une ouverture d’esprit à tout va, au moins un instrument en commun – la clarinette – et un groupe partagé – Groove Catchers, lauréat 2011 du tremplin jazz de La Défense. Il n’en fallait pas plus pour que le beatbox man et clarinettiste Julien Stella s’associe au clarinettiste et saxophoniste Bastien Weeger pour former le duo au nom évocateur : NoSax NoClar.

Les deux compères sortent Kahmsin en octobre 2020, puis Rëd Sisters en septembre 2021, tous les deux publiés chez Yolk Records. Stella et Weeger se partagent neuf compositions et jouent « One For Djivan G. », tiré d’un morceau traditionnel, en hommage à Djivan Gasparyan, compositeur et joueur de duduk arménien, décédé en juillet 2021. Le tromboniste Thomas Gruselle est invité sur « Promotion 23 ».

Dès « Bomi », le duo annonce la couleur : des boucles et contre-chants rythmiques, une mélodie délicate et tribale et des timbres contrastés, le tout exposé avec adresse et concision. Le Moyen-Orient ou les Balkans s’invitent dans le vif et bref « 66 de 36 ». L’élégance de « Bleuet » rappelle la musique de chambre française du début vingtième. Stella et Weeger dialoguent et s’accompagnent mutuellement avec subtilité. « Rëd » démarre sur un jeu rythmique entraînant, dans une ambiance « ethnique », accentuée par l’esprit du thème-riff, puis le développement laisse place à des échanges sur un mode contemporains. Pour pimenter leurs échanges, Stella et Weeger croisent leurs voix (« Promotion 23 »), jouent des motifs en fugue (« Le rêve »), partent dans des questions-réponses (« Maja Yoka »)... Les deux musiciens varient leur jeu en utilisant des techniques étendues – clés, voix, souffle continu, modulations, etc. – et en parsemant leurs discours de touches orientales (« Maja Yoka »), médiévales (« Ellis Sisters »), balkaniques (« Mulino mio »), méditatives (« One for Djivan G. »), des zestes de fanfare (« Promotion 23 »)… soutenus par des pédales (« Maja Yoka »), bourdon (« One for Djivan G. »), riffs (« Promotion 23 ») et autres ostinatos (« Mulino mio »).

NoSax NoClar peut paraphraser la maxime de Nicolas Boileau : « ce que l’on conçoit bien se joue clairement, et les notes pour le développer arrivent aisément »… Musique de chambre du monde, Rëd Sisters est enthousiasmant !

Le disque

Rëd Sisters
Nosax Noclar
Julien Stella (cl, bcl) et Bastien Weeger (cl, sax), avec Thomas Gruselle (tb)
Yolk Records – J2088
Sortie le 16 septembre 2021

Liste des morceaux

01. « Bomi », Weeger (3:49).
02. « 66 de 36 », Stella (1:47).
03. « Bleuet », Weeger (4:36).
04. « Rëd », Stella (3:11).
05. « Ellis Sisters », Stella (4:08).
06. « Maja Yoka », Weeger (5:00).
07. « One for Djivan G. », traditionnel (4:00).
08. « Le rêve », Weeger (3:24).
09. « Promotion 23 », Stella (4:26).
10. « Mulino mio », Stella (1:53).

27 septembre 2021

Ring - L’effet vapeur

L’Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire – plus connu sous le nom d’AR
FI – est un collectif créé à Lyon, qui n’a jamais cessé d’agiter la scène du jazz depuis 1977 ! Une exceptionnelle longévité autour d’une quinzaine de groupes à effectif variable, dont la Marmite Infernale, son grand orchestre, qui proposent moult créations musicales, des ciné-concerts, des spectacles pluridisciplinaire, des projets pédagogiques… et le label ARFI, dont le catalogue compte plus d’une cinquantaine de CD et DVD.

L’effet vapeur existe depuis 1993. Aujourd’hui, il est constitué de Jean-Paul Autin, Xavier Garcia, Guillaume Grenard et Alfred Spirli, tous membres de l’ARFI. Le quartet publie Pièces et accessoire en 1997, Je pense que… en 2002, Bobines mélodies (ciné-concert) en 2008, Bobines mélodies 2 en 2015 et Ring, un nouvel Objet Musical Non Identifié qui sort en août 2021, toujours sur le label de l’ARFI (évidemment!). Les douze morceaux de Ring ont été composés par le quartet. Dans le texte de la pochette, Grenard présente Ring via un texte humoristique qui reprend tous les titres de l’album pour raconter un combat surréaliste entre « John Nervousbone » et « ‘Cata’ Jack »...

En multi-instrumentistes patentés, les quatre musiciens brouillent les cartes : le quartet sonne souvent comme un grand orchestre, un peu à l’image de l’Art Ensemble of Chicago. Les jeux rythmiques se succèdent et ne se ressemblent pas : foisonnements percussifs (« Les douze cordes du destin »), effets électro touffus (« Gol-mej baithak »), échanges bruitistes (« Middle-kick »), méli-mélo de riffs, boucles, ostinatos et pédales (« Catch as Catch Can »), lignes de rock progressif (« Joelle Hunter »), poly-rythmes entraînants (« ‘Cata’ Jack »), gobelets mystérieux (« Récupération intermédiaire »)… Particulièrement expressive, la musique de L’effet vapeur évoque tour à tour une fanfare joyeuse (« Les douze cordes du destin »), une danse folklorique (« Gol-mej Baithak »), un mouvement free (« John Nervousbone »), un film sous-marin (« Seul sur le ring ») ou de science-fiction (« Middle-kick »), un conte bouffon (« Modalités Polch-Shicks »)… sans se départir d’une bonne dose d’humour (« L’affrontement des cochons volants ») et d’un esprit ludique à tout va (« Catch as Catch Can »). Les quatre musiciens s’en donnent à cœur joie pour triturer leurs instruments, malaxer les timbres, bidouiller les sons, tordre les mélodies, rigoler avec l’harmonie...

L’effet vapeur dispense une joie de vivre contagieuse, sa musique d’avant-garde reste charnelle. Ring est sérieusement drôle ! 

Le disque

Ring
L’effet vapeur
Jean-Paul Autin (ss, as, bcl, fl, accessoires), Xavier Garcia (synthé, électro), Guillaume Grenard (tp, eu, fl, b) et Alfred Spirli (perc , d)
ARFI – AM071
Sortie en août 2021

Liste des morceaux

01. « Les Douze Cordes Du Destin », Autin (3:50).
02. « Dernier Round », Garcia (11:16).
03. « Gol Mej Baithak », Autin (6:24).
04. « Middle Kick », Grenard (7:58).
05. « John Nervousbone », Garcia (5:11).
06. « Catch As Catch Can », Garcia (2:53).
07. « Seul Sur Le Ring », Garcia (7:05).
08. « Modalités Polch-shiks », Autin, Spirli & Garcia (4:49).
09. « Joelle Hunter », Grenard (4:46).
10. « Récupération Intermédiaire », Grenard (6:15).
11. « 'Cata' Jack », Garcia (6:51).
12. « L’Affrontement Des Cochons Volants », Grenard & Spirli (3:07).

20 septembre 2021

Le seul snob – Thibault Walter Trio

Improvisateur passionné d’acousmatique, le bidouilleur de claviers Thibault Walter – ancien élève du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris – sort Le seul snob chez Elément 124, le 3 septembre 2021. Pour ce nouvel opus, le claviériste s’entoure de Jean-Luc Ponthieux (Claude Barthélémy, Ann Ballester, Mico Nissim…) à la contrebasse et Pablo Cueco (Quiet Men, WIWEX...) au zarb.

Entre le Yamaha CP70 et le zarb, l’instrumentation du trio est pour le moins originale. Si le zarb – tambour en gobelet originaire d’Iran – est désormais relativement répandu sous des formes diverses et variées, en revanche le piano électrique Yamaha CP70 l’est nettement moins, d’autant qu’il est largement préparé... Sorti en 1978, le CP70 a pour but de préserver les caractéristiques d’un piano acoustique – clavier, toucher et son – avec une amplification électrique qui lui permet de rivaliser avec les guitares et autres instruments tonitruants…

Au programme du Seul snob, onze compositions de Walter et « India » de John Coltane (Live at the Village Vanguards – 1961 – repris dans Impressions – 1963). A l’instar des notes de la pochette, peines d’humour, Walter propose aux joueurs de trouver les anagrammes plus ou moins faciles qui se cachent derrière chaque titre (même « India », qui donne Dînai...) : « Tribu » devient Bruit, « Le seul snob » pourrait être Le son blues… A vos stylos ! Quant à l’illustration de la couverture du disque, c’est un dessin aux allures primitives, signé Cueco.

Le seul snob joue sur les contrastes tout en gardant le même esprit d’un morceau à l’autre. Contrastes rythmiques entre les lignes de basse envoûtantes (« Arme outrancière ») soulignées par les motifs entraînants du zarb (« Remontage caduc »), sur lesquels flottent les tintinnabulements du piano électrique (« RER lointain »). Contrastes sonores entre les frappes vives et légères du zarb (« Arme outrancière ») alliés aux envolées boisées de la contrebasse (« Âpre énigme ») et les éclats cristallins du piano électrique (« Un requiem est rempart »). Contrastes des développements mélodiques qui sautent allègrement d’un blues à un passage hard-bop (« Le seul snob »), d’un passage funky à de l’avant-garde (« Sages renommées »), de la musique du monde au hard-bop, avec sa walking (« India »)… Seul « Tribu » reste dans une veine expérimentale avec ses frottements, bruissements, crissements, bourdonnements, soufflements, notes éparses et coups assourdis. Enfin, contrastes des jeux : à chacun sa main ! Ici, un glissando (« Pagnol dégraisse »), un rubato (« Test O.R.L. quantique ») ou un ostinato (Un requiem est rempart ») de Ponthieux ; là, un riff (« Âpre énigme »), des roulements (« Ralenti noir ») ou des boucles (« RER lointain ») de Cueco ; et le C70, tantôt véloce (« Arme outrancière »), tantôt aérien (« Pagnol dégraisse »), parfois foisonnant (« Test O.R.L quantique ») ou minimaliste (« RER lointain »), mais toujours plein d’idées (« Un requiem est rempart ») !

Le seul snob pétille de malice : les notes dansent, les rythmes se trémoussent, les dialogues giguent, les sons guinchent… Les musiciens jouent, quoi !

Le disque

Le seul snob
Thibault Walter Trio
Thibault Walter (p, CP70), Jean-Luc Ponthieux (b) et Pablo Cueco (zarb)
Elément 124 – WT001
Sortie le 3 septembre 2021

Liste des morceaux

01. « RER lointain » (5:09).
02. « Ralenti noir » (5:03).
03. « India », John Coltrane (5:18).
04. « Arme outrancière » (3:20).
05. « Âpre énigme » (5:38).
06. « Tribu » (4:53).
07. « Remontage caduc » (4:41).
08. « Sages renommées » (3:33).
09. « Pagnol dégraisse » (3:54).
10. « Le seul snob » (4:45).
11. « Test O.R.L. quantique » (4:39).
12. « Un requiem est rempart » (4:25).

Toutes les compositions sont signées Walter, sauf indication contraire.

18 septembre 2021

Building & Piano Studies – Robin Nicaise

Après The Very Last Blues, sorti en 2019 avec le quintet Tabasco, Robin Nicaise est de retour sur disque : Building & Piano Studies sort chez Clapson Records le 9 septembre 2021. Ce nouvel opus s’ajoute à l’Hommage à Art Pepper (1999), La flamme et la fumée (2001), Lumière (2005) et Nouvel air (2010).

Building & Piano Studies s’articule autour de deux suites. Les quatre mouvements de Building ont été enregistrés en 2013 au Studio La Buissonne avec un quintet – Sandro Zerafa à la guitare, Clément Simon au piano et Fender Rhodes, Yoni Zelnik à la contrebasse et Fred Pasqua à la batterie – et un quatuor à cordes – Youri Bessières et Fanny Lévèque aux violons, Alain Martinez à l’alto et Consuelo Uribe au violoncelle. Dans « Building », Pierre-François Maurin vient également prêter main forte à Zelnik. Pour les treize miniatures des Piano Studies, enregistrées au Studio Prado en 2021, le saxophoniste passe du ténor au piano solo. Toutes les compositions sont, évidemment, signées Nicaise. La pochette du disque, composée par l’ingénieur du son Julien Momenceau, est basée sur Street Architecture, un jeu graphique créé par Ted Naos, architecte spécialiste des sculptures, cartes et autres mobiles en papier découpé.

La première suite, Building, commence par le mouvement éponyme, ample et soyeux, porté par une pédale du piano, des cymbales frémissantes et des cordes sombres. « Waiting For Other Times » reste dans cette atmosphère cross over élégante : lignes en contrepoints des cordes, du piano et de la guitare, échanges subtils entre le quintet et les cordes, questions-réponses du ténor et du quatuor, chorus enlevé de la guitare… « La source » se rapproche encore davantage de la musique de chambre : Nicaise et le quatuor dialoguent d’abord sans rythmique, puis la guitare de Zerafa et le Rhodes de Simon conversent en toute quiétude, avant que toutes les lignes ne se croisent sur un ostinato en arrière-plan. Building s’achève sur « Inner Light », un thème chantant, soutenu par une batterie légère et une contrebasse toute en souplesse. Les unissons du quintet s’intercalent entre ceux du quatuor et le solo de Nicaise, à la coule, évoque ça-et-là Stan Getz. Comme son nom l’indique, Piano Studies est une série de courtes études – moins de deux minutes en moyenne. Les mélodies délicates (« Welcome Home »), sophistiquées (« Inner Light »), raffinées (« Autumn in Paris »), nostalgiques (« Petru »), voire romantiques (« Thriller ») ou insouciantes (« Bretagne »), aux notes exotiques (« Jeux de quintes et jeux de quartes »), parfums de stride (« Bill to The Stars »), touches cinégéniques (« Emile, 3 ans après ») et souvent douces comme des comptines (« The Bells »), s’appuient sur des ostinatos (« Bretagne »), décalages (« Venise »), dissonances monkiennes (« Bill to The Stars »), boucles arpégées (« Thriller »), lignes d’accords (« Emile »), balancements (« The Happiness We Share »)...

Dans ce nouvel opus Nicaise s’aventure dans l’univers du jazz de chambre, d’abord avec un quatuor à cordes, puis tout seul devant les quatre-vingt huit touches. Grâce à une écriture d’une grande cohérence, Building & Piano Studies échappe aux travers du cross over, trop souvent sirupeux.


Le disque
Building & Piano Studies
Robin Nicaise
Robin Nicaise (ts, p), Sandro Zerafa (g), Clément Simon (p, kbd), Yoni Zelnik (b) et Fred Pasqua (d), avec Youri Bessières (v), Fanny Lévèque (v), Alain Martinez (av), Pierre-François Maurin (b) et Consuelo Uribe (cello).
Clapson Records – CS7619
Sortie le 9 septembre 2021

Liste des morceaux

01. Building « Building » (2:48).
02. Building « Waiting For Other Times » (5:47).
03. Building « La source » (5:22).
04. Building « Inner Light » (4:02).
05. Piano Studies « Inner Light » (1:21).
06. Piano Studies « Autumn in Paris » (0:53).
07. Piano Studies « The Bells » (1:53).
08. Piano Studies « Jeux de quintes et jeux de quartes » (1:56).
09. Piano Studies « Bretagne » (1:13).
10. Piano Studies « Venise » (1:39).
11. Piano Studies « Bill To The Stars » (1:52).
12. Piano Studies « Thriller » (2:06).
13. Piano Studies « Petru » (1:31).
14. Piano Studies « Welcome Home » (1:04).
15. Piano Studies « Emile » (1:47).
16. Piano Studies « Emile, 3 ans après » (1:05).
17. Piano Studies « The Happiness We Share » (1:58).

Touts les composition sont signées Nicaise.

13 juillet 2021

Laborie Jazz fait le printemps...

Le dynamique label limougeaud, Laborie Jazz, propose quatre productions printanières dans des styles qui reflètent l’éclectisme de sa ligne éditoriale : Derrière les paupières du trio Rouge sous la conduite de Madeleine Cazenave, piano – contrebasse – batterie ; Nomad du duo Simon Denizart & Elli Miller Maboungou, piano – percussions ; Impermanence du trio Lioness Shape mené par Manon Chevalier, voix – claviers – batterie ; et Résonances d’EricSéva Triple Roots, saxophone – basse – percussions.


Derrière les paupières
Rouge

Après le conservatoire de La Rochelle, puis des études à Toulouse, Bordeaux et Rennes, Madeleine Cazenave enregistre Octobre (2011) et Matines (2014) et travaille avec des compagnies de magie. C’est en 2017 que la pianiste monte son trio, Rouge, avec Sylvain Didou à la contrebasse et Boris Louvet à la batterie.

Derrière les paupières, premier disque de Rouge, sort le 16 avril chez Laborie Jazz. Cazenave signe les six compositions de l’album. Des mélodies aux allures de comptines (« Abysses »), un peu dans l’esprit de Yann Tiersen (« Petit jour », « Brumaire »), ou aux accents moyen-orientaux, à la Tigran Hamasyan, (« Etincelles »), jouxtent des thèmes-riffs entraînants (« 4% ») et autres mélodies élégantes (« Cavale »). Les morceaux se déroulent en plusieurs phases. Des introductions puissantes qui font appel aux techniques étendues – piano préparé (« Brumaire ») ou archet avec effets (« Abysses ») – précèdent les thèmes, souvent mélodieux, puis le trio rebondit sur des pédales (« Etincelles »), des ostinatos du piano et de la contrebasse (« Petit jour »), des riffs (« Abysses »), tandis que la batterie bruisse (« Abysses »)… Le trio s’engage ensuite dans des moments d’échanges intenses : l’ostinato devient pédale, les cymbales et les peaux crépitent et l’archet déchire les cordes dans une ambiance rock-progressif (« Petit jour »), ou sur les traces d’E.S.T.quand densité et lyrisme se marient (« Etincelles », « Brumaire »). Cazenave peut compter sur le soutien infaillible et dynamique (« 4 % ») de Louvet, et la carrure robuste et la musicalité (« Etincelles ») de Didou.

En exergue, Cazenave cite Michel Pastoureau : « Le rouge, c’est un océan ». Synesthésie ou pas, la pianiste et son trio proposent une musique à la fois raffinée et fiévreuse… un vrai rubis !

Le disque

Derrière les paupières
Rouge
Madeleine Cazenave (p), Sylvain Didou (b) et Boris Louvet (d).
Laborie Jazz – LJ60
Sortie le 16 avril 2021

Liste des morceaux

01. « Petit jour » (8:00).
02. « Etincelles » (8:58).
03. « Abysses » (7:55).
04. « Brumaire » (7:23).
05. « 4% » (7:28).
06. « Cavale » (6:02).

Tous les morceaux sont signés Cazenave.


Nomad
Simon Denizart & Elli Miller Maboungou

Simon Denizart n’en est pas à son coup d’essai : Nomad, qui sort le 23 avril 2021, est son quatrième opus, après Between Two Worlds (2015), Beautiful People (2016) et Darkside (2017), tous produits par le label québecois The 270 Sessions. Pour Nomad, Denizart joue en compagnie du percussionniste Elli Miller-Maboungou, membre de la compagnie de danse Nyata Nyata, leader du groupe afro-jazz Jazzamboka et rencontré pendant le séjour du pianiste au Canada. 

Les huit compositions, toutes signées Denizart, sont des éloges aux voyages et à la beauté (« Zoha »). Le morceau éponyme, évidemment, mais aussi Houston (« Last Night in Houston »), le « Square Viger » (l’un des premiers lieux publics musicaux de Montréal), le Sahara (« Lost in Chegaga »)…

Denizart mitonne ses mélodies aux petits oignons (« Zoha »), les assaisonne d’un lyrisme délicat (« Manon »), qui n’est pas sans rappeler le contrebassiste Avishai Cohen (« Square Viger »), ou d’un parfum cinégénique (« Oldfield 2.0 »), parfois épicé de nuances moyen-orientales (« Lost in Chegaga »). Marqué par la musique minimaliste, Denizart appuie la plupart de ses développements sur des vagues d’arpèges en boucles (« Nomad »), des ostinatos (« Oldfield 2.0 ») ou des motifs mélodico-rythmiques répétitifs (« Square Viger »). Les calebasses et autres percussions de Miller-Maboungou soutiennent le piano avec vivacité (« Manon »), puissance (« Last Night in Houston ») et une souplesse entraînante (« Lost in Chegaga »).

Nomad porte bien son nom : Denizart et Miller-Maboungou proposent une musique qui navigue entre tradition et modernité, jazz et monde, minimalisme et lyrisme… sans domicile fixe, quoi !

Le disque

Nomad
Simon Denizart (p) et Elli Miller Maboungou (perc)
Sortie le 23 avril 2021
Laborie Jazz – LJ63

Liste des morceaux

01. « Nomad » (6:01).
02. « Zoha » (3:48).
03. « Last Night in Houston » (3:46).
04. « Square Viger » (4:46).
05. « Manon » (5:49).
06. « Oldfield 2.0 » (6:48).
07. « Lost in Chegaga » (5:02).
08. « Outro » (0:37).

Tous les morceaux sont signés Denizart.

 
Impermanence
Lioness Shape

Impermanence – concept cher aux bouddhistes – est le premier disque de Lioness Shape et sort chez Laborie Jazz le 7 mai 2021. Le nom du trio, ’forme de lionne’, a peut-être été dicté par l’imposante chevelure de Manon Chevalier, qui orne la pochette du disque… Toujours est-il qu’outre la voix de Chevalier, ce trio toulousain est composé de la claviériste Maya Cros et de la batteuse Ophélie Luminati.

Au programme d’Impermanence, huit compositions de Chevalier et deux morceaux signées par deux ingénieurs du son : « Somos tantas » de Boris Beziat et « Blue Wooden Chair » de David Tarabbia.

Chevalier chante en anglais, en espagnol et en français. Registre medium (« El canto de mi deseo »), timbre clair (« L'origine »), diction discrètement voilée (« Blue Wooden Chair »), mise en place lissée (« The Last Lullaby »), ton légèrement psalmodique (« Somos tantas ») et effets de réverbération (« Tóg go bog é ») : tous les ingrédients d’un tour de chant pop rock prog sont réunis. Cros assure les riffs de basse (« Sand World ») et déroule des lignes tour à tour liquides (« Somos tantas »), cristallines (« My Tame Bird »), saturées (« L'origine »), lointaines (« Tóg go bog é »), psychédéliques (« Self-reliance »)… Pour sa part, Luminati joue avec puissance (« Water »), dans une veine plutôt rock (« L'origine »), binaire (« The last lullaby »), avec quelques touches funky (« Sand World ») et la régularité requise pour le style de Lioness Shape. Le trio parsème également son propos de quelques ingrédients jazz et world : un parfum de blues et un sitar (« Blue Wooden Chair »), des pépiements d’oiseaux dans une ambiance zen (« My Tame Bird »), une voix de saxophone (« Tóg go bog é »)…

Impermanence s’inscrit résolument dans la galaxie Indie Rock, Pop, New Wave… 

Le disque

Impermanence
Lioness Shape
Manon Chevalier (voc), Maya Cros (kbd) et Ophélie Luminati (d).
Laborie Jazz – LJ58
Sortie le 7 mai 2021

Liste des morceaux

01. « Somos tantas », Boris Beziat (4:41).
02. « Self-reliance » (4 :55).
03. « El canto de mi deseo » (3:52).
04. « Blue Wooden Chair », David Tarabbia (7:09).
05. « L'origine » (4:11).
06. « Sand World » (4:25).
07. « My Tame Bird » (6:21).
08. « Tóg go bog é » (3:55).
09. « The last lullaby » (5:33).
10. « Water » (5:29).

Tous les morceaux sont signés Chevalier, sauf indication contraire.

 

Résonances
Eric Séva Triple Roots

Depuis Folklores imaginaires, publié en 2005, Eric Séva trace sa route : il a fait partie de l’ONJ, participé à moult projets, enregistré une centaine de disques et sorti sous son nom Espaces croisés (2009), Nomade sonore (2015), Body & Blues (2017) et Mother of Pearl (2020). Résonances, nouveau jalon dans sa discographie, sort le 14 mai 2021 chez Laborie Jazz.

En compagnie de Kevin Réveyrand à la basse et Jean-Luc Di Fraya aux percussions et à la voix, Séva interprète six compositions de son cru et « Reason and Heart », signée Réveyrand. Le saxophoniste insiste sur « un besoin constant d'itinérance sonore » et, de fait, les titres des morceaux sont une invitation au voyage, d’Alicante à la canopée, en passant par Port Coton (à Belle-île?), le village d’Aoyha (introuvable sur la toile…), des étendues verdoyantes…

Les mélodies délicates (« Le village d’Aoyha »), voire des berceuses (« Reason and Heart »), sont traitées au saxophone soprano, tandis que le ténor déroulent des thèmes-riffs puissants (« Green Landscapes ») et des arabesques rapides (« Les roots d’Alicante »). L’ombre du blues plane sur le trio (« Luz de Port Coton », « Les roots d’Alicante », « Le village d’Aoyha »), porté par un swing vigoureux (« Green Landscapes »), des interactions raffinées (« Le village d’Aoyha ») et des rythmes dansants (passage en valse dans « Résonnance », presqu’un choro avec « Reason and Heart » ou binaire dans « Canopée »...). Les percussions de Di Fraya crépitent avec énergie et agilité (« Les roots d'Alicante »), foisonnent avec luxuriance (« Résonnance ») ou se font solennelles (« Canopée »). Çà et là il double la ligne du saxophone avec des vocalises (« Luz de Port Coton »). Réveyrand passe d’une ligne solide et sourde (« Les roots d’Alicante ») à des phrases mélodieuses (« Résonnances »), des contrechants pleins de tact (« Green Landscapes ») ou des motifs minimalistes (« Canopée »). Séva navigue entre modernité – envolées dissonantes (« Les roots d'Alicante »), fulgurances (« Résonnances »), volutes (« Canopée »), développement tendu (« Luz de Port Coton ») – et tradition – lyrisme au bout des doigts (« Reason and Heart »), effets de shouter (« Green Landscapes »), mise en place entraînante (« Luz de Port Coton »)…

Le Triple Roots de Séva porte bien son nom : Résonances trouve ses racines dans le blues, le jazz mainstream et ses développements modernes… Un cocktail réjouissant !

Le disque

Résonances
Eric Séva Triple Roots
Eric Séva (sax), Kévin Reveyrand (b) et Jean-Luc Di Fraya (perc, voc).
Laborie Jazz – LJ61
Sortie le 14 mai 2021

Liste des morceaux

01. « Les roots d'Alicante » (8:24).
02. « Luz de Port Coton » (6:19).
03. « Résonnances » (7:26)
04. « Le village d'Aoyha (5:25)
05. « Green Landscapes » (4:46)
06. « Reason and Heart », Reveyrand (3:43)
07. « Canopée » (6:22)

Tous les morceaux sont signés Séva, sauf indication contraire.