Mardi 10 mars 2026, le Studio de l'Ermitage accueille Hugo Lippi à
l'occasion de la sortie de Olha Maria le 23
janvier 2026 chez For Musicians Only. Le public est venu en nombre
pour célébrer ce sixième album du guitariste, accompagné pour
l'occasion par le trio du disque, Gael Rakotondrabe au piano, Laurent
Vernerey à la contrebasse et Denis Benarrosh à la batterie. Le
guitariste Hugo Guezbar, invité sur « Alley Cats » et « Up And At
It » dans Olha Maria, est également présent
au concert. En revanche Fabien Mary remplace Stéphane Belmondo, qui
joue sur « Hymne à l'amour » et « Little Sunflower » dans Olha
Maria.
Olha
Maria est un hommage au label CTI Records créé en 1967 par
Creed Taylor (déjà fondateur d'Impulse!), qui recrute le
légendaire Rudy Van Gelder comme ingénieur du son et le
célèbre photographe Pete Turner pour les pochettes. Au-delà
du jazz mainstream avec des artistes tels que Wes Montgomery,
Freddie Hubbard, Paul Desmond, Ron Carter,
Herbie Hancock... CTI Records publie également des musiciens
populaires à l'instar de George Benson, Bob James,
Grover Washington Jr., Hank Crawford, Eric Gale...
Quant
à For Musicians Only, c'est un label monté par Manou Pallueau
au sein de Caramba Records, inspiré par l'iconique disque éponyme
produit par Norman Granz pour Verve en 1957, avec Dizzy
Gillespie, Sonny Stitt, Stan Getz, Herb Ellis,
John Lewis, Ray Brown et Stan Levey !
Le
concert s'articule autour de dix des onze morceau d'Olha Maria
plus « Choros n°1 / Bossa Antigua » (tiré de Reflections
In B, précédent album du guitariste, en solo, sorti en 2024)
et, en rappel, « Everybody Wants To Rule The World ».
Lippi
débute le concert a capela en brodant élégamment autour de l'«
Hymne à l'amour », le tube d'Edith Piaf et Marguerite
Monnot sorti en 1950, puis débouche sans transition sur « Still
Crazy After All These Years », chanson de Paul Simon pour
l'album éponyme publié en 1975. La rythmique décontractée
souligne tranquillement les contre-chants du piano et de la guitare,
qui glissent quelques accents bluesy. Pour « Do It Again », la
composition de Donald Fagen et Walter Becker pour Can't
Buy A Thrill, le premier album de Steely Dan en 1972, la batterie
part dans des frappes binaires puissantes et la contrebasse gronde,
tandis que piano et guitare poursuivent leur dialogue groovy.
L'accompagnement du piano est savoureux : réparties malignes et
phrases inspirées servies par un touché clair, précis et ferme.
Les chorus enjoués de Rakotondrabe et Lippi, dont le timbre rappelle
Montgomery, restent dans un esprit hard bop.
Après
avoir présenté le quartet, Lippi rappelle que l'enregistrement de
Olha Maria s'est déroulé dans le Studio CBE, rue
Championnet, dans le dix-huitième arrondissement de Paris. Ce studio
mythique monté par Georges Chatelain, Janine Bisson et
Bernard Estady en 1966, a vu défiler entre autres Nino
Ferrer, Johnny Hallyday, Paul Simon, Michel Sardou, Claude François,
Françoise Hardy, Patricia Kaas...
C'est
le trio guitare - piano - contrebasse qui interprète « Olha Maria
», morceau qu'Antônio Carlos Jobim a enregistré en 1970
pour CTI Records dans Stone Flower, avec Hubert Laws à
la flûte et qui sera mis en paroles l'année suivante par Chico
Buarqe dans Construçao. Une ligne sobre de la
contrebasse, parsemée de shuffle, souligne les lignes sinueuses de
la guitare, à la sonorité acoustique, et les envolées lyriques du
piano. Fabien Mary rejoint le quartet pour « Little Sunflower
», thème d'Hubbard au programme de Backlash, publié chez
Atlantic en 1967, avec, là encore, un flûtiste : James
Spaulding. Le riff musclé de la contrebasse et les frappes
vigoureuses de la batterie sur ses peaux produisent un rythme aux
couleurs latino, un peu comme l'original, avec Ray Barretto
aux percussions. Après l'exposé du thème à l'unisson dans la plus
pure tradition hard bop et des échanges habiles entre les trois
solistes, Mary part dans un chorus virtuose, mélange de tension et
de détente. Rakotondrabe embraye avec la même énergie. Lippi
s'efface devant ces solistes et se contente de leur donner la
réplique.
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Fabien Mary & Hugo Guezbar Studio de l'Ermitage - 10 mars 2026 ©
PLM
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Le
quartet se retrouve pour « Babooshka », le hit de Never For Ever
que Kate Bush a enregistré en 1980 dans les légendaires
studios Abbey Road. Des effets éthérés de la guitare et une
rythmique binaire déliée accompagnent le piano, tout en
délicatesse. Les lignes subtiles de Lippi, mises en relief par les
motifs intercalés de Rakotondrabe, swinguent avec décontraction, et
le solo du pianiste est particulièrement inspiré. L'« Etude Op 8,
N°2 », a cappricio con forza, fait partie des douze études
de l'opus 8 qu'Alexandre Scriabine a composé en 1894 et 1895.
Elle permet à Rakotondrabe de s'évader dans un style romantique
mélodieux à souhait, avant de lancer le morceau dans une veine bop.
La walking de Vernerey et les rim shots de Benarrosh soutiennent les
développements néo-bop enjoués de la guitare et du piano. «
Spolète », ville italienne en Ombrie et composition de Lippi, est
une ballade gracieuse et chaloupée aux accents latins. Sur une
rythmique inamovible, après un solo détendu de la guitare, le piano
part dans le registre aigu pour un mouvement astucieux et bien
cadencé. Guezbar rejoint le quartet pour « Up And At It ». Cette
pièce de Montgomery est au répertoire de Down Here On The
Ground, disque produit par Taylor pour CTI Records en 1968. La
contrebasse vrombit, la batterie rugit et le piano fait claquer ses
accords pour accompagner les deux guitares, qui exposent le thème à
l'unisson avant de décoller à toute allure pour dérouler des solos
qui rivalisent d'adresse. Avec son discours néo bop impétueux, le
piano n'est pas en reste non plus.
Le
bis est une ballade apaisée entre Lippi et Rakotondrabe sur « But
Beautiful », chanson écrite en 1947 par Jimmy Van Heusen et
Johnny Burke. Le duo met du swing dans ses dialogues et fait
penser au Undercurrent de Bill Evans et Hall. En
deuxième rappel, le quartet reprend un autre best-seller de la
variété : « Everybody Wants To Rule The World » de Tears For
Fears pour leur deuxième disque, The Big Chair, sorti en
1985.
Olha
Maria est un disque mémoire authentique et le concert est
généreux car Lippi joue ce qu'il aime et aime ce qu'il joue. Et ça
s'entend !
















