20 mai 2026

Perception - Synestet

Hélène Duret
forme Synestet en 2017. La clarinettiste s'entoure pour l'occasion du saxophoniste ténor Sylvain Debaisieux, du guitariste Benjamin Sauzereau, du contrebassiste Fil Caporali et du batteur Maxime Rouayroux. Après Les usures, publié en 2019, Synestet rejoint Igloo Records et enregistre Rôles en 2022, puis Live in Belgium en 2023. Pour Perception, qui sort le 24 avril 2026, le quintet invite le tromboniste Nils Wogram.

En dehors de « Basculements », signé Debaisieux, les onze autres morceaux au répertoire de Perception ont été composés par Duret. La pochette du disque est illustrée par Pauline Greck-Chassain, déjà à l'œuvre pour Rôles et Live in Belgium de Synestet, et Boîte noire de Fur (trio de Duret avec Caporali et Rouayroux). Le livret du disque, bien fourni, propose en exergue un poème de Clara Ysé et des photos des musiciens prises par Arnaud Ghys et Alice Khol pendant les séances d'enregistrement.
 
Après un démarrage brutal sur les roulements furieux de la batterie et un unisson non moins imposant, « De loin en loin » évolue avec les contrepoints chambristes des soufflants, tandis que la rythmique se montre plus relax. Puis, quand la guitare décide de s'envoler, la contrebasse imprime une ligne sourde et la batterie ponctue son discours de splash et de pêches. Dans cette ambiance musclée, Sauzereau lâche les chevaux et son chorus, entre free et rock prog, s'appuie sur des effets de pédale, stridences, saturation et autres bruitages massifs ! Le chœur des soufflants fait son retour pour le final qui reste dans cette atmosphère monumentale. Tous ces contrastes que l'on retrouve également dans la plupart des autres morceaux sont caractéristiques de la musique de Synestet.

« Solo », teinté d'accents ethniques de la clarinette basse dans les graves, sert d'introduction à « Point commun ». Ce morceau intimiste part d'échanges en pointillés, puis se développe à partir d'un air délicat de la clarinette sur une rythmique souple et dansante, des riffs en section, mais aussi d'abondants croisements de voix, autre marque de fabrique du style de Duret. « Point commun » permet aussi d'apprécier la musicalité de Caporali.
 
Le mélancolique « Adieu » est d'abord bercé par une mélodie nostalgique jouée à l'unisson par le saxophone ténor et le trombone sur un riff lancinant à l'unisson de la contrebasse, clarinette basse et guitare, ponctué des splash de la batterie. L'« Adieu » se poursuit par le discours élégant et velouté de Wogram et les lignes raffinées de Duret, soutenus par les contre-chants subtils de la guitare, les motifs minimalistes de la contrebasse et les roulements légers de la batterie. Là encore, la superposition de plans ajoute du relief aux échanges du sextet.
 
Les boucles enchevêtrées de Duret et Debaisieux, l'unisson lancinant de Sauzereau et Caporali, à l'archet, et une mélodie étirée exposée par Wogram servent de point de départ « Au milieu ». Les frappes en suspension de Rouayroux, les traits économes de Caporali et les suites d'accords presque vintage de Sauzereau soulignent les ondulations de Wogram, tandis que le saxophone ténor et la clarinette poursuivent leur ballet circulaire dans ce morceau tourmenté.
 
« Enfermé dehors » débute par une suite de notes intercalées sur les cliquetis de la batterie et le thème exposé par la clarinette évoque la musique classique française du début XXe. Impression renforcée par les questions-réponses pleine de verves et d'humour entre tous les instruments. Puis, sur une batterie dynamique, les phrases courtes s'égaient dans les aigus et font monter la pression d'un cran.
 
Interprété en trio par Duret, Wogram et Caporali, « Sinueuse » vire à la farandole, particulièrement entraînante, emporté par les dialogues chaloupés du trombone et de la clarinette basse avec la contrebasse.
 
Retour à une entrée en matière rythmique pour « Abysses ». Porté par les percussions tintinnabulantes, une walking de la contrebasse et les interactions habiles entre guitare, saxophone ténor et clarinette, le morceau passe par un court tutti foisonnant avant un final dans l'esprit du départ.
 
La contrebasse lance a capela un solo tout en fluidité qui sert d'« Intro » aux « Basculements », morceau à l'atmosphère mystérieuse. Un ostinato inamovible de la contrebasse, une batterie monumentale et lointaine, une guitare qui va et vient entre riff et formules cristallines, un saxophone ténor soyeux et tortueux, suivi de près par la clarinette basse... ce morceau est très cinégénique.
 
« Colère contenue » commence avec la moutarde qui monte au nez : des effets de souffles... Un riff de guitare acoustique, une batterie foisonnante, une clarinette suraiguë, une contrebasse à l'archet sombre, un saxophone ténor irrité et la colère monte, prête à exploser. Mais non, le développent est lent, l'atmosphère est lourde et, quand le saxophone ténor expose la mélodie avec la clarinette et la guitare en contre-chant, c'est la mélancolie qui l'emporte... avant que le saxophone ténor ne puisse plus se contenir, et part pour une envolée entre néo-bop et free, dans un décor presque rock, installé par les leitmotiv entraînants de la contrebasse, une batterie athlétique, et des unissons musculeux de la guitare et de la clarinette. La « Coda », interprétée par la guitare acoustique a capela, est paisible comme une comptine... sans rancune !
 
Le jazz de chambre de Synestet est toujours aussi intrigant et jubilatoire. Perception, c'est des constructions complexes, mais une écoute facile... et passionnante !
 
Le disque
 
Perception
Synestet
Hélène Duret (cl, bcl), Sylvain Debaisieux (ts), Benjamin Sauzereau (g), Fil Caporali (b) et Maxime Rouayroux (d), avec Nils Wogram (tb).
Igloo Records - IGL391
Sortie le 24 avril 2026
 
Liste des morceaux
 
01. « De loin en loin » (06:04).
02. « Solo » (01:36).
03. « Point commun » (05:41).
04. « Adieu » (06:17).
05. « Au milieu » (05:20).
06. « Enfermé dehors » (04:06).
07. « Sinueuse » (02:51).
08. « Abysses » (03:57).
09. « Intro » (01:05).
10. « Basculements », Debaisieux (04:48).
11. « Colère contenue » (06:50).
12. « Coda » (01:22).
 
Tous les morceaux sont signés Duret sauf indication contraire.


18 mai 2026

Oiseau murmure - Naudet Girard Flament

En 1995 le clarinettiste Nicolas Naudet (Taim' compagnie) et le contrebassiste Théo Girard (Discobole) se rencontrent sur les bancs du conservatoire de Montreuil. Mais ce n'est qu'en 2023 que les chemins de Naudet et du batteur Benjamin Flament (Compagnie Green Lab) se croisent : le trio OIseau murmure commence à se produire en 2024 et sort son premier opus éponyme le 12 juin 2026 sur le label Discobole.
 
Au programme d'Oiseau murmure, quatre morceaux signés Girard, deux compositions de Naudet, trois thèmes communs, « Locomotive » écrit par Thelonious Monk pour l'album Monk (publié par Prestige en 1954), plus huit interludes collectifs : de la ronde sautillante d'« Oiseau mouche » aux clapotis et pépiements d'« Oiseau et puis plus », en passant par le minimaliste « Oiseau plouf », l'énigmatique « Oiseau feu », le syncopé « Oiseau vent », la course-poursuite d'« Oiseau lumière », le nerveux « Oiseau nuit » et la volière « Oiseau forêt », la symbiose du trio saute aux oreilles !
 
Les textures sonores sont au centre d'Oiseau murmure, avec ses contrastes entre sons synthétiques et acoustiques (« Escalator pour les fonds marins »), décors électro (« Unisson »), voix démultipliées (« Seuls les oiseaux nous regardent »), nappes éthérées (« Ne pas tourner en rond sans toi »), timbres variés (xylophone, souffle, archet, bruitages...) et ses mises en son théâtrales (« Tout près du loin »). Le trio affectionne les atmosphères mystérieuses (« Non loin du pré »), voire surnaturelles (« Tout près du loin »), basées sur des airs fragiles et élégants (« Sur le fil ») et délicats (« Ne pas tourner en rond sans toi »), majestueux (« Locomotive ») et grandioses (« Unisson »), parfois un brin nostalgiques (« Seuls les oiseaux nous regardent »).
 
Dans leur développement la plupart des morceaux montent rapidement en tension (« Seuls les oiseaux nous regardent ») et débouchent sur de grosses ambiances (« Movement In Squares »). Il faut dire que Flament fait crépiter sa batterie (« Sur le fil ») et parsème son drumming de cliquetis touffus (« Sur le fil ») et véloces (« Movement In Squares »), sans hésiter non plus à installer des rythmes répétitifs puissants (« Escalator pour les fonds marins ») et des frappes dansantes (« Unisson »), avec des couleurs ethniques quand le xylophone s'en mêle (« Dans les pas des pas »). La sonorité boisée, très naturelle et d'une ampleur formidable de la contrebasse de Girard (« Ne pas tourner en rond sans toi ») en fait une partenaire idéale pour la batterie et les percussions de Flament (« Escalator pour les fonds marins »). Les pédales grondent (« Seuls les oiseaux nous regardent »), les riffs vrombissent (« Unisson »), les ostinatos ennivrent (« Ne pas tourner en rond sans toi »), les motifs aux accents rock prog rugissent (« Movement In Squares ») et les lignes heurtées zigzaguent (« Dans les pas des pas »), sans négligler la musicalité du chorus épatant pris « Sur le fil ». Quant aux clarinettes, tantôt elles volent, aériennes et vibrantes (« Escalator pour les fonds marins »), souvent lointaines (« Tout près du loin »), mélodieuses et imperturbables (« Unisson »), tantôt elles rejoignent la rythmique avec des contrepoints subtils ( « Dans les pas des pas »), des réponses raffinées (« Sur le fil »), des phrases astucieuses (réverbérées pour mieux se marier à l'archet de la contrebasse dans « Non loin du pré »), sans oublier les effets de souffles et de clés (« Movement In Squares »), les boucles hypnotiques (« Ne pas tourner en rond sans toi ») et quelques envolées free fougueuses (« Seuls les oiseaux nous regardent »).

Jazz, musique de chambre, musique contemporaine, musique du monde, musique minimaliste, rock progressif... Oiseau murmure est inclassable et tant mieux : c'est un disque magnifique !

Le disque

Oiseau murmure
Naudet Girard Flament
Nicolas Naudet (cl, bcl, électro), Théo Girard (b) et Benjamin Flament (d, perc).
Discobole - SD052026
Sortie le 12 juin 2026

Liste des morceaux

01. « Oiseau mouche » (0:12).
02. « Escalator pour les fonds marins », Girard (04:47).
03. « Oiseau plouf » (0:27).
04. « Sur le fil », Naudet (04:24).
05. « Non loin du pré » (1:16).
06. « Ne pas tourner en rond sans toi », Girard (6:03).
07. « Oiseau feu » (0:13).
08. « Movement In Squares », Girard (3:22).
09. « Oiseau vent » (0:12).
10. « Locomotive », Monk (3:03).
11. « Oiseau lumière » (0:18).
12. « Unisson », Naudet (5:37).
13. « Oiseau nuit » (0:16).
14. « Dans les pas des pas » (2:37).
15. « Oiseau forêt » (0:17).
16. « Seuls les oiseaux nous regardent », Girard (4:34).
17. « Oiseau et puis plus » (0:17).
18. « Tout près du loin » (2:47).

Tous les morceaux sont signés Oiseau murmure sauf indication contraire.

Cirque de passage - L'Oscarpicus

Dès 2014, la chanteuse Alice Martinez, le trompettiste et tromboniste Sylvain Avazeri, le saxophoniste et clarinettiste Ezequiel Celada, le guitariste Gabriel Manzaneque, le contrebassiste Olivier Lalauze et le batteur Léo Achard jouent ensemble dans The Shoeshiners Band, orchestre qui anime des bals swing. Fort de cette expérience, les six musiciens, passés par les bancs des conservatoires Darius Milhaud d'Aix-en-Provence et Pierre Barbizet de Marseille, ainsi que l’IMFP à Salon-de-Provence, décident de créer un sextet : L'Oscarpicus.
 
Cirque de passage, leur premier disque, sort le 15 mai 2026 sur le label La Clique. L'album compte huit morceaux signés Celada, Manzaneque ou Lalauze et mis en paroles par Martinez.

La plupart des mélodies est enjouée (« Le p'tit remplaçant »), portée par le swing de Martinez (« L'enfant des coulisses »), avec quelques accents de charleston (« Papy Grognon »), des passages scandés (« Le problème de Bernie ») ou des effets vintage (« Le roi des lapsus »). Le goût de Martinez pour Boris Vian transparaît dans ses chansons à texte (« Cœur suspendu », « Ta vie bien rangée »). Les soufflants nagent comme des poissons dans cette ambiance de Swing Era avec des unissons sautillants (« Le p'tit remplaçant »), des chœurs éclatants (« L'enfant des coulisses »), des contrepoints tendus (« Papy Grognon ») et des dialogues enlevés typiquement Néo-Orléanais (« Le problème de Bernie »). L'Oscarpicus met beaucoup de vitalité dans sa musique : clarinette dans le style Dixieland (« Le p'tit remplaçant »), trompette bouchée sur les traces de la « Far East Suite » de Duke Ellington (« Le problème de Bernie »), saxophone ténor aux envolées néo-bop (« Mon Eurydice »), guitare aux couleurs manouches (« Cœur suspendu »), saxophone aux allures de crooner (« Ta vie bien rangée »)... Côté rythmique, le trio guitare, contrebasse et batterie soutient le sextet avec l'énergie du quatre - quatre (« Papy Grognon »). Les roulements entraînants (« Le roi des lapsus »), les walking, chabada et pompes (« Le p'tit remplaçant »), les pas de valses (« Cœur suspendu »), les riffs vigoureux (« Le problème de Bernie »)... tout concourt à dynamiser Cirque de passage.

La thématique du disque, les titres des morceaux, les textes piquants et la musique euphorique feraient de Cirque de passage la bande-son parfaite pour un spectacle joyeux et sans soucis !

Le disque

Cirque de passage
L'Oscarpicus
Alice Martinez (voc), Sylvain Avazeri (tp, tb), Ezequiel Celada (sax, cl), Gabriel Manzaneque (g), Olivier Lalauze (b) et Léo Achard (d).
La Clique
Sortie le 15 mai 2026

Liste des morceaux

01. « Le p'tit remplaçant », Celada & Martinez (03:44).
02. « Le roi des lapsus », Lalauze & Martinez (03:55).
03. « L'enfant des coulisses », Lalauze & Martinez (03:29).
04. « Le problème de Bernie », Manzaneque & Martinez (05:16).
05. « Mon Eurydice », Lalauze & Martinez (03:40).
06. « Papy Grognon », Manzaneque & Martinez (03:11).
07. « Cœur suspendu », Manzaneque & Martinez (04:46).
08. « Ta vie bien rangée », Celada & Martinez (04:55).

14 mai 2026

Le 38 Riv à l'heure des chaînes et trames

Les 5 et 6 mai 2026, le 38 Riv accueille Christophe Panzani et Ziv Ravitz pour présenter leur disque Warp and Weft, sorti le 1er mai sur le label PK Music. Le 5 mai à dix-neuf heures trente, la cinquantaine de places du club de Vincent Charbonnier sont prises d'assaut...

Ravitz et Panzani commencent à jouer ensemble dans le Working Trio, que le batteur a formé en compagnie du saxophoniste et du guitariste Federico Casagrande. Les deux musiciens montent ensuite un nouveau projet dans lequel, non seulement ils jonglent avec divers instruments - saxophone ténor, flûtes et clarinettes pour l'un et batterie, guitare et basse pour l'autre, sans oublier les contrôleurs séquenceurs, sampler et autres loopers qu'ils utilisent tous les deux -, mais ils partagent aussi leur musique avec le Quatuor Kaija : Camille Garin et Madeleine Athané-Best aux violons, Maëlle Desbrosses à l'alto et Adèle Viret au violoncelle.

le soir du concert seule Garin est disponible, mais elle a fait appel à la violoniste Loni Cornelis, l'altiste Issey Nadaud et la violoncelliste Angèle Decreux pour l'épauler. Panzani et Ravitz interprètent neuf des onze morceaux de Warp and Weft, cinq signés Panzani, trois de Ravitz et « Eigthy One », une composition de Ron Carter. Ils laissent de côté « Garde Fou » de Panzani et « Le Gibet » de Maurice Ravel.

Christophe Panzani - 38 Riv - 5 mai 2026 © PLM


Dès « The Mysterious Tale of JS », un thème de Panzani, Ravitz, grand maître ès tambours, fait résonner ses peaux et cymbales à grand renfort de roulements serrés, sur lesquels la complainte du saxophone ténor s'étire, vibrante et fragile, comme un hymne. Des boucles électro cristallines (sur disque elles sont jouées à la flûte et à la clarinette basse) se joignent aux crépitements de la batterie, tandis que le saxophone ténor déroule sa mélopée. Comme avec Shai Maestro, Yaron Herman, Donny McCaslin, Esperanza Spaulding et tous les autres, les poly-rythmes à la fois puissants et mélodieux de Ravitz font des merveilles. Porté par une batterie entraînante, le duo enchaîne sur un un morceau de Ravitz : « Shifting Circles ». La proximité du son et l'acoustique chaleureuse de la petite salle du 38 Riv mettent en relief la sonorité ronde du saxophone ténor et l'ampleur de la batterie. Panzani rebondit, libre et véloce, sur les cliquetis et les pêches de Ravitz, auxquelles s'ajoutent des riffs en contre-chants, enregistrés au looper. Ces échanges surprenants et inventifs font monter la tension et le public se laisse happer par le suspens.
 
Ziv Ravitz - 38 Riv - 5 mai 2026 © PLM
 
Le quatuor à cordes entre en scène pour « The Red Toy Car And The Piano », autre composition de Panzani. Les ostinato de l'alto, les bourdonnement et les boucles du violoncelles, les envolées vives et aiguës des violons, les brisures chatoyantes de la batterie et les phrases ébouriffantes du saxophone ténor s'enchevêtrent dans des contrepoints nerveux, entre musique de chambre contemporaine et free. « Ce qui reste à venir », encore de la plume de Panzani, démarre majestueusement avec un unisson du quatuor, les tintements légers de la batterie et le contre-chant solennel du saxophone ténor. Le morceau se développe avec tout un jeu subtil de mélodies superposées et de questions-réponses entre le quatuor et le duo. Même élégance dans « Night Walk » de Ravitz : les pizzicato enlevés, les motifs sautillants ou legato et les bribes mélodiques du quatuor, les frappes expressives et dansantes de la batterie et les lignes sinueuses du saxophone ténor s'imbriquent dans un tissage sonore bariolé. Loin de n'être qu'un faire-valoir ou un arrière-plan sucré, le quatuor est parfaitement intégré à la musique de Warp and Weft. Cela dit, vu l'éclectisme de Panzani, d'Electro Deluxe au Carla Bley Orchestra, en passant par Hocus Pocus, Ben l'Oncle Soul, Jean-Pierre Como, Anne Paceo Circles... sans oublier ses propres formations The Drops, The Watershed... rien d'étonnant que ses arrangements soient aux petits oignons.

Warp and Weft - 38 Riv - 5 mai 2026 © PLM

Pour « 4-15 a.m. (Little Melody) », composé par Ravitz, le batteur passe à la guitare - son premier instrument -, Panzani troque son saxophone ténor pour sa clarinette basse et Decreux garde son violoncelle... Le trio développe cette mélodie tendre et nostalgique avec langueur, comme une berceuse. Le duo se retrouve pour « Eigthy One». Après un démarrage imposant de la batterie et un jeu en pointillés du saxophone ténor, ils partent dans un dialogue débridé, moderne et raide, entre les fulgurances de Panzani et les rythmes foisonnants de Ravitz. Nouvelle ode de Panzani, « Lament For A Song » s'appuie sur des accords électro aux allures d'orgue, des circonvolutions exaltées du saxophone ténor et une montée en puissance progressive de la batterie, comme dans une sorte de free mélodieux. « I Feel Like A Slow Sunday », une marche lente de Panzani, presque un jazz funeral de La Nouvelle-Orléans, clôture le set. Sur un rythme syncopé régulier imprimé par la batterie, les phrases des saxophones ténors se superposent dans un ballet de voix alangui. En rappel, le duo interprète une nouvelle comptine de Ravitz, bercée par les accords caressants de la guitare et le vibrato placide du saxophone ténor.

Savoureux cocktail de free, musique contemporaine, électro, néo-bop et autres, la musique du duo Panzani - Ravitz est à consommer d'urgence et sans modération !


Le disque

Warp and Weft
Christophe Panzani & Ziv Ravitz
Christophe Panzani (ts, fl, afl, cl, bcl, électro) et Ziv Ravitz (d, g, b, électro), avec Camille Garin et Madeleine Athané-Best (vl), Maëlle Desbrosses (avl) et Adèle Viret (cello).
PK Music - PK028L
Sortie le 1er mai 2026

Liste des morceaux

01. « The Red Toy Car And The Piano », Panzani (3:53).
02. « I Feel Like A Slow Sunday », Panzani (3:47).
03. « Garde Fou », Panzani (3:42).
04. « Le Gibet », Maurice Ravel (4:40).
05. « Night Walk », Ravitz (4:30).
06. « Shifting Cycles », Ravitz (4:16).
07. « 4:15 a.m (Little Melody) », Ravitz (2:52).
08. « Lament For A Song », Panzani (3:56).
09. « The Mysterious Tale Of JS », Panzani (4:20).
10. « Ce qui reste à venir », Panzani (06:44)
11. « Eighty One », Ron Carter (2:53).
 

24 avril 2026

Les notes de la marée d'avril


Chaque mois, Les Notes de la Marée vous présentent les disques, livres, films et autres reçus par Jazz à bâbord.

Voici des albums à découvrir au mois d'avril...

Spectrum of Rebellion - Olivier Laisney

Cofondateur de Onze Heures Onze avec Alexandre Herer et Julien Pontvianne, Olivier Laisney fait évidemment partie du Onze Heures Onze Orchestra, du quintet d'Herer Oxyd et de la FanfareXP de Magic Malik. Laisney a également développé ses propres groupes, comme Slugged, Yantras et le dernier en date, Spectrum of Rebellion.

En dehors du collectif, Laisney joue aussi dans les formations de Rodolphe Lauretta (Raw), Le Gros Cube et l'Orphicube d'Alban Darche, The Workshop de Stéphane Payen, le Sylvain Cathala quintet (Poetry of Storms), le sextet de Benoît Lugué (Cycles)...

Le 24 avril 2026, c'est Spectrum of Rebellion, quatrième disque sous son nom, qui sort sur le label Onze Heures Onze. Pour ce nouveau projet, Laisney est accompagné du rappeur Osloob Abdelrahman, du claviériste Enzo Carniel, du bassiste Etienne Renard et du batteur Stéphane Adsuar. Le répertoire est signé Laisney pour la musique et Olsloob pour les paroles.

La majorité des mélodies, chantées en arabe, reprennent l'élocution agressive du rap (« Ligne 13 ») ou une scansion brutale (« Dernières nouvelles »), mais Osloob sait aussi se montrer grave et solennel (« Nour / Soft Light » ), voire aérien comme dans un chant soufi (« All We Have Left »). Il intègre également les effets de voix typiques du rap : échos, unissons, cris, répétitions, onomatopées etc. (« Visa B »). De la polyrythmie touffue de « Ligne 13 » à la légèreté luxuriante de « All We Have Left », en passant par un passage en walking et chabada (« Interlude A »), des combinaisons de frappes véloces et de motifs sourds (« #10 », « Visa B »), de crépitements et d'ostinatos (« Dernières nouvelles »), ou de coups mats puissants et de pédales sépulcrales (« Nour / Soft Light »), sans oublier un duo batterie - voix vigoureux (« Récoltes / Champs oranges »), Spectrum of Rebellion laisse une place de choix aux rythmes chatoyants de Renard et Adsuar. Si Laisney prend quelques solos tendus (« Visa B »), parfois teintés d'accents moyen-orientaux (« Ligne 13 »), il met plutôt au service de la voix ses lignes éthérées (« Dernières nouvelles »), ses envolées en contrepoints (« Nour / Soft Light ») ou ses motifs minimalistes (« All We Have Left »). Carniel navigue entre rythmes et mélodies : pédales et boucles (« #10 »), contre-chants arpégés (« Dernières nouvelles »), suite d'accords économes (« Visa B »)... d'un côté, et développement contemporain (« All We Have Left »), déroulé lyrique (« #10 »), introduction délicate (« Visa B »)... de l'autre. Chaque morceau est également parsemé d'effets électro (« Ligne 13 »), nappes diaphanes (« Nour / Soft Light »), grandes orgues (« Visa B »), bruitages trépidants (« #10 »)... qui apportent une texture supplémentaire.

Qui cherche, trouve : Spectrum of Rebellion s'aventure avec bonheur dans les territoires du jazz, du rap, de la musique contemporaine et de l'électro...

Le disque

Spectrum of Rebellion
Olivier Laisney
Osloob Abdelrahman (voc), Olivier Laisney (tp), Enzo Carniel (kbd), Etienne Renard (b) et Stéphane Adsuar (d).
Onze Heures Onze - ONZ052
Sortie le 24 avril 2026

Liste des morceaux

01. « Ligne 13 » (03:54).
02. « Dernières nouvelles » (05:01).
03. « Nour / Soft Light » (05:04).
04. « Interlude A » (02:34).
05. « Visa B » (05:35).
06. « All We Have Left » (07:13).
07. « Récoltes / Champs oranges » (01:11).
08. « #100 » (5:00).

Tous les morceaux sont signés Laisney & Osloob pour les paroles.
 


Broderies - Javotte

En 2023 la flûtiste Lucie Jahier monte Javotte - sœur aînée d'Anastasie et demi-sœur de Cendrillon - en compagnie de Laëtitia Bonnin au piano, Gonzalo Alfaro Ugaz à la basse et Fabien Dechaumont à la batterie. Le quartet sort son premier disque, Broderies, le 17 avril 2026.

Dix des treize morceaux sont de Jahier, Bonnin propose « Broderie n°2 », « Termosifón » est une composition d'Eduardo García Salueña, musicien et musicologue espagnol contemporain, spécialiste du rock progressif, et « Valsa para Juliana » du musicien brésilien Dudu Maia. Le quartet dédie « Forró cremoso » à Hermeto Pascoal, décédé le 13 septembre 2025.

Jahier a invité Rayra Maciel à joindre ses percussions sur deux morceaux, Camille Heim pour ajouter sa harpe également sur deux pistes, et la tromboniste Rozann Béziers, la trompettiste Lucille Moussalli et la saxophoniste ténor Alejandra Borzyk pour étoffer « Magic 15/8 ».

Les Broderies de Javotte sont, pour les unes, mystérieuses (« Songe ») charmantes (« Colette Is Dancing »), poétiques (« Broderie n°2 »), lyriques (« Josette ») ou nostalgiques (« Magic 15/8 ») et, pour les autres, gaies (« Baião cremoso »), pétillantes (« Valsa para Juliana ») ou entrainantes avec des accents latinos (« Forró cremoso »). En dehors de l'influence des musiques latino-américaines, Javotte s'inspire également de la musique classique avec, par exemple, les boucles à l'unisson de la flûte et du piano qui donnent à « Cumulus » l'allure d'une étude, ou le jeu du piano a capela qui évoque une sonate dans « La virevoltation ». Deux morceaux sont à part : avec les effets de souffles et de succions, le jeu dans les cordes, les sifflets, les roulements serrés... « Termosifón » est descriptif, et dans la « Broderie n°1 », une voix de vieille dame avec un fort accent méditerranéen raconte l'histoire de Javotte sur une ligne délicate déroulée par la harpe, le piano et la basse.

Tour à tour aérienne et sinueuse (« Colette Is Dancing »), minimaliste (« Cumulus »), quasi-folk (« La virevoltation »), véloce (« Valsa para Juliana ») et dansante (« Baião cremoso »), Jahier étoffe son discours avec des effet étendus de voix et de souffles (« Songe »). Bonnin répond avec élégance aux questions de la flûte dans une ambiance musique de film (« Josette »), place des contrepoints distingués (« La virevoltation »), intercale en contre-chant des motifs enlevées (« Cumulus ») et fait swinguer ses chorus (« La virevoltation »). Elle joue aussi avec la sonorité cristalline du Fender Rhodes (« Colette Is Dancing »), le fait chanter dans ses solos (« Baião cremoso »), dialogue en tension avec la flûte (« Forró cremoso »), et soutient la harpe et le chœur des soufflants pour corser encore davantage la texture sonore de « Magic 15/8 ». La basse d'Alfaro Ugaz est un mélange de décontraction et de vigueur. Ses lignes sourdes et souples (« Colette Is Dancing ») peuvent gronder (« La virevoltation »), avec des shuffle irrésistibles (« La virevoltation »), tout en restant mélodieuses (« Magic 15/8 »), et ses riffs excitants (« Baião cremoso ») se teintent parfois de touches funky (« Forró cremoso »), sans jamais perdre leur fluidité (« Valsa para Juliana »). Dechaumont est un batteur puissant, à l'instar de son solo dans « Forró cremoso ». Entre l'énergie et l'efficacité rock (« La virevoltation ») et le chatoiement latino (« Magic 15/8 »), se glissent des percussions tintinnabulantes (« Baião cremoso »), des roulements de marche (« Cumulus »), des frappes violentes (« Termosifón ») et des crépitements intenses (« Forró cremoso »). Que ce soit par leurs ostinatos (« Termosifón »), boucles (« Forró cremoso »), pédales (« Colette Is Dancing ») et autres riffs inamovibles (« Magic 15/8 »), la flûte et les claviers font plus que de simplement participer à la section rythmique.

Une pâte sonore inhabituelle, des mélodies variées, des interactions relevées et des rythmes chaloupés : que demander de plus à Javotte que ses Broderies !

Le disque

Broderies
Javotte
Lucie Jahier (fl), Laëtitia Bonnin (p), Gonzalo Alfaro Ugaz (b) et Fabien Dechaumont (d), avec Rayra Maciel (perc), Camille Heim (h), Rozann Béziers (tb), Lucille Moussalli (tp) et Alejandra Borzyk (ts).
Javotte
Sortie le 17 avril 2026

Liste des morceaux

01. « Songe » (1:15).
02. « Colette Is Dancing » (6:15).
03. « Cumulus » (4:40).
04. « Broderie n°2 », Laëtitia Bonnin (1:10).
05. « La virevoltation » (3:58).
06. « Josette » (4:45).
07. « Baião cremoso » (5:08).
08. « Termosifón », Eduardo García Salueña (4:21).
09. « Broderie n°1 » (1:24).
10. « Magic 15/8 » (4:57).
11. « Valsa para Juliana », Dudu Maia (3:52).
12. « Broderie n°3 » (1:26).
13. « Forró cremoso » (4:50).

Tous les morceaux sont signés Jahier, sauf indication contraire.