04 novembre 2026

André Ceccarelli – Aux rythmes d’une vie

Présent depuis près de soixante-cinq ans sur toutes les scènes et dans tous les studios, André Ceccarelli est incontestablement un monument de la batterie. Aux rythmes d’une vie, une autobiographie sous forme d’entretien avec Daniel Dumoulin, sort aux Éditions du Layeur le 18 septembre 2026.

Dumoulin est lui-même batteur, mais aussi pédagogue et fondateur de l’École Dante Agostini de Toulouse en 1990. En 2005, quelques années après avoir programmé Ceccarelli lors du festival qui deviendra le Drums Summit in Toulouse, Dumoulin publie Entretiens avec André Ceccarelli aux édition Séguier. A la suite de la parution de Dante Agostini, une vie tambour battant (2019) et Batteurs en 150 figures (2022), les Éditions du Layeur propose à Dumoulin de publier « un beau livre sur Ceccarelli ». Ce sera André Ceccarelli, aux rythmes d’une vie.

L’édition du livre est particulièrement soignée : imprimées au format B5 sur du papier glacé et brochées avec des rabats, les deux cent quarante pages sont aérées et illustrées avec de nombreuses photos en couleur bien mises en valeur. Le sommaire est précis et les notes de bas de page apportent des précisions d’autant plus bienvenues qu’Aux rythmes d’une vie ne s’adresse pas qu’à des spécialistes du jazz.

Après le prologue, Aux rythmes d’une vie s’articule autour de quatre parties qui regroupent dix-huit chapitres aux intitulés explicites et chapeautés par le titre d’un standard de jazz : la première partie, « Premier set », compte sept chapitres consacrés à la vie et au parcours du batteur ; le « Deuxième set », avec lui-aussi sept chapitres, rassemble des réflexions sur la batterie, les rencontres, la famille... ; le « Changement de plateau » contient deux chapitres dans lesquels Dumoulin « quantifie » la carrière de Ceccarelli et conclut l’ouvrage ; enfin, « André Ceccarelli en cinquante albums » permet au pianiste Bernard Lassalle de commenter une discographie sélective du batteur.


Une vie de musique

Ceccarelli est né à Nice le 5 janvier 1946. Son grand-père, garagiste, veut qu’il devienne mécano, mais pas son père, batteur professionnel, qui veut que son fils devienne également musicien ! Ceccarelli commence donc à jouer de la batterie autour de douze ou treize ans... Quand il a quatorze ans, son père, qui connaît bien la scène musicale de la Côte d’Azur, l’introduit dans le milieu et lui offre une Mobylette : « Grâce à la Mobylette, j’ai pu aller jouer et j’ai commencé par des thés dansants à l’hôtel Royal sur la promenade des Anglais. » (page 18). En parallèle, Ceccarelli s’inscrit au conservatoire.

En 1962, il est embauché comme batteur par Les Chats Sauvages, groupe de rock’n roll niçois. Ceccarelli monte à Paris et tourne avec eux pendant un an, jusqu’au départ de son chanteur, Dick Rivers. Côté jazz, Charles Benaroch au Golf-Drouot, et Daniel Humair au Caméléon, lui fournissent des gigs de temps en temps, mais sa vie à Paris est précaire et les cachets ne courent pas les rues : « Il m’a vraiment fallu m’accrocher à mes rêves et me dire que cela allait s’améliorer. Il m’a fallu y croire profondément pour ne pas tout laisser tomber et retourner à Nice. » (page 25).

En 1964, Ceccarelli devient le batteur des Champions, autre groupe de rock’n roll formé par Eddy Barclay pour concurrencer les Chats Sauvages. Quand la formation décroche la tournée annuelle de la radio RTL, Ceccarelli joue tous les jours et sa situation financière s’améliore… Mais son père l’appelle pour lui dire qu’il y a une place disponible dans l’orchestre d’Aimé Barelli au Sporting de Monte Carlo. Ceccarelli réussit l’audition et joue pendant trois ans avec Barelli : « Cette période dans l’orchestre d’Aimé Barelli signifie pour moi la fin de la galère. Je gagne bien ma vie, je suis bien habillé, j’ai une voiture et une place pour la garer, je joue avec des musiciens top niveau […] Nous interprétons une musique raffinée dans un endroit luxueux devant un public choisi. » (page 30).

Rocky Roberts le débauche en 1967 et, là encore, Ceccarelli va rester trois ans avec « le Johnny Halliday italien » (page 31). C’est à cette époque qu’il épouse Marcelle.

André Ceccarelli – Studio de l’Ermitage – 2019 © PLM

 

En 1970 le couple s’installe à Paris et Ceccarelli joue au Moulin Rouge : « Mais si j’étais revenu dans la capitale, ce n’était pas pour cela. C’était pour tenter de réaliser deux rêves : jouer du jazz dans les clubs et faire du studio. ». (page 39). Sa première séance de studio pour Mireille Mathieu marque le début d’une longue série : « Durant une dizaine d’années je n’ai quasiment fait que cela du matin au soir, à longueur de journées, sans aucun jour d’arrêt ou de repos. Studio, studio, studio. » (page 41). Après les séances d’enregistrement, Ceccarelli joue du jazz au Chat qui Pêche, au Bilboquet, au Jazz In… Il tourne aussi avec Eddy Mitchell, Michel Jonasz, Sylvie Vartan, Claude Nougaro…

C’est en 1972 qu’il monte Troc, une formation de jazz fusion, avec Jacky Giraudo à la guitare, Henri Giordano aux claviers et Jannick Top à la basse, qui enregistre un disque éponyme en 1973. C’est cette année-là que naît son fils Régis : « La suite de mon histoire est moins importante que ces simples mots : je suis papa. » (page 43). L’interruption est de courte durée et Ceccarelli reprend le travail : « Mes journées ressemblaient à ceci : studio de 9 heures à 21 heures, puis club de jazz de 22 heures à 2 heures du matin. […] Dans les séances de studio, je n’enregistrais pas que de la très grande musique et cela m’épuisait moralement. » (page 44).

Après avoir enregistré Ceccarelli en 1977, il monte Bad News Travels Fast, un groupe de jazz funk disco, qui enregistre en 1979 à Londres Ordinary Man et Look Out. Ces séances donneront l’idée au producteur Alec Costandinos d’un disque avec Tina Turner : Love Explosion.

Mais en 1979, éreinté, Ceccarelli fait ce que l’on appelle aujourd’hui un syndrome d’épuisement professionnel. Il s’éloigne de la scène musicale pendant un an : « Durant cette période off où je ne travaille plus du tout, je prends le temps de réfléchir et petit à petit, au fil des jours qui passent, mes idées s’éclaircissent. Je me dis que je vais maintenant choisir la musique que je vais jouer et quitter le très commercial qui m’aura usé. Je décide d’aller vers des univers plus vivants, moins aseptisés, faisant davantage place à l’échange, à l’écoute, à l’interaction. En deux mots, de ne jouer que de dont j’ai envie, ce qui me plaît. Voilà ma thérapie ! Retrouver le désir du jeu et la joie de la musique : voilà mon ordonnance. » (page 46).

De retour dans la musique, Ceccarelli joue aux côtés de Tania Maria, Henri Salvador, Nougaro et Gilbert Bécaud. En parallèle, il joue du jazz avec Eric Le Lann, Martial Solal, Patrice Caratini, Michel Portal... et monte un combo avec Jean-Marc Jaffet et Thierry Eliez, qui se produit beaucoup pendant une dizaine d’années en trio ou avec des invités comme, par exemple, Didier Lockwood.

1987 est une année importante dans la carrière de Ceccarelli : il devient le batteur de Dee Dee Brigewater, qu’il accompagne pendant seize ans. Dans la même période il intègre l’ONJ d’Antoine Hervé, puis joue avec Jean-Louis Chautemps, Richard Galliano, le Gipsy Project de Biréli Lagrene, le Trio Sud, avec Sylvain Luc et Jean-Marc Jaffet… Dans la variété, il enregistre avec Nicole Croisille, Salvador, tourne avec Nougaro… et travaille beaucoup avec Michel Legrand, qui lui donne notamment l’occasion de jouer pour Ray Charles, Aretha Franklin...

Dans les années plus récentes, Ceccarelli jouent avec moult musiciens de jazz tels que Stefano Di Battista, Enrico Pieranunzi, Lagrene, Antonio Faraò, Marc Berthoumieux, David Linx, Flavio Boltro, Baptiste Herbin, Laurent Coulondre, Diego Imbert, Sophie Alour, Alfio Origlio, Jean-Pierre Como, Thierry Maillard, Eliez...

Depuis la fin des années soixante-dix, Ceccarelli a enregistré une quinzaine de disques sous son nom dont Ceccarelli (1977), André Ceccarelli (1981), Dansez sur moi (1990), Hat Snatcher (1992), 3 Around The 4 (1994), From The Heart (1995), West Side Story (1997), 61:32:00 (1999), Carte Blanche (2004), Avenue des Diables Blues (2005), Golden Land (2006), Sweet People (2006) et Ultimo (2013).

André Ceccarelli – Studio de l’Ermitage – 2019 © PLM


 

Réflexions sur le métier de musicien et autres

Dans la deuxième partie Dumoulin et Ceccarelli abordent différentes facettes du métier de musicien : la batterie, les bassistes, les rencontres, les qualités d’un batteur, la famille Ceccarelli, l’évolution de la musique et des conseils sous forme de conclusion.

Concernant le travail de la batterie, les répétitions, le matériel et les autres musiciens, Ceccarelli conserve constamment une attitude humble, réaliste et positive, comme par exemple quand il parle de la technique instrumentale qui « est un peu comme les mots du langage oral. Tu parles avec le vocabulaire dont tu disposes et tu essayes avec cela de dire ta pensée de la façon la plus précise possible. » (page 64). Même attitude quand, à la question « Admires-tu certains batteurs ? », il répond : «  Oui, tous. ». (page 68).

Dumoulin aborde ensuite les liens entre bassistes et batteurs. Ceccarelli a évidemment joué avec un nombre considérable de bassistes, mais il déclare avec humour : « L’orgue d’Eddy Louiss : quel son, quelle rondeur, quelle présence ! Voilà mon premier grand bassiste. » (page 71). Et de constater qu’« Il ne faut pas envisager d’un côté la rythmique et d’un autre les solistes comme deux équipes qui se font face. […] Avec ces deux mots, « écoute » et « complémentarité », tout est dit. » (page 72).

Concernant les rencontres, Ceccarelli revient sur Michel Legrand, Chick Corea, Brad Mehldau et John McLaughlin. Au chapitre des « rencontres manquées », il répond, toujours à sa manière, éternellement positive : « Oui, bien sûr, tous les musiciens avec qui je n’ai pas joué [...] » (page 80), mais il précise tout de même qu’il regrette en particulier de ne pas avoir pu rencontrer Michel Petrucciani et Herbie Hancock.

Sur les qualités d’un musicien, Ceccarelli est clair : « Pour moi, la qualité principale que doit avoir un batteur, et que doit avoir d’ailleurs tout autre musicien, est de savoir rester à sa place. […] Rester à sa place sous-entend bien sûr une double maîtrise : celle de la pulsation, ou tempo, et celle du son. » (page 83). Il insiste aussi sur l’importance d’avoir une culture musicale variée et une personnalité instrumentale bien définie.

Quant à la place de la musique dans sa vie, c’est une passion dévorante au quotidien, « J’en écoute [de la musique] sans même y penser, comme une habitude de vie » (page 89), et qui « laisse peu de place au reste et cela a été le cas durant toute ma vie. » (page 96).

En guise de conclusion Cecccarelli conseille avec sagesse de : « Rester modeste, continuer d’y croire, et travailler encore ce bel instrument. Voilà. Tout vient, tout arrive... » (page 109).


Des chiffres vertigineux

Dans le « Changement de plateau », avant de conclure, Dumoulin s’amuse à revenir sur la carrière de Ceccarelli en chiffres ! Il a calculé que le batteur a fait autour de quatorze mille concerts ou enregistrements et qu’il est présent sur quelques trois mille disques…


Discographie sélective

Lassalle a choisi cinquante disques représentatifs de la carrière de Ceccarelli. Illustrée avec la pochette du disque, chaque fiche précise la liste des morceaux (durée comprise), les données sur l’enregistrement et les musiciens. Lassalle chronique factuellement et avec beaucoup de pertinence chaque album. Il ajoute souvent une rubrique « La « patte » d’André », dans laquelle il apporte des précisions sur le rôle, le jeu, les chorus etc. de Ceccarelli, et, parfois, un commentaire « En plus », souvent pour rapporter un événement supplémentaire ou une anecdote.

De Troc (1973) à Django! (2024), avec le trio de Baptiste Herbin, en passant, entre autres, par la variété (Eddy Mitchell Live en 1977, Love Explosion de Tina Turner en 1979, Jazzille de Nicole Croisille en 1987, Jazznavour en 1998...), l’opéra-rock (Starmania en 1979), les musiques latines (Tania Maria Live en 1979), les big bands (Martial Solal Big Band entre 1981 et 1984), les musiques improvisées (Turbulence de Michel Portal en 1987), le bop (Standards de Biréli Lagrene en 1992), Dee Dee Bridgewater (Keeping Tradition en 1993, Love and Peace en 1995), le Trio Sud (en 2000, 2002 et 2008), ASTA avec Antonio Farao, Sylvain Beuf et Thomas Bramerie (en 2008 et 2019), sans, bien sûr, oublier les disques de Ceccarelli lui-même, la sélection de Lassalle prouve, si c'est encore nécessaire l’éclectisme prodigieux du batteur. 

 

La vie de Ceccarelli est indissociable de la musique et cette osmose en fait une magnifique histoire de passion et de rencontres. Aux rythmes d’une vie se dévore de la première à la dernière page.


Le livre

André Ceccarelli - Aux rythmes d’une vie
Entretiens avec Daniel Dumoulin
Éditions du Layeur / Marque-pages
240 pages
Sortie le 18 septembre 2026


 

03 novembre 2026

Le monde de Kurosawa – Sébastien Paindestre Trio

Il est des aventures qui durent : voilà plus de vingt ans que le Sébastien Paindestre Trio existe, avec Sébastien Paindestre au piano, Jean-Claude Oleksiak à la contrebasse et Antoine Paganotti à la batterie. Depuis Écoutez-moi, en 2005, de l’eau a coulé sous les ponts et les trois musiciens ont publié Parcours en 2008, Live @ Duc des Lombards en 2010, Paris en 2016 et leur cinquième opus, Le monde de Kurosawa, sort le 5 octobre 2026 sur La Fabrica’son label.

Comme l’indique le titre de l’album, le trio rend hommage au réalisateur japonais Akira Kurosawa (1910-1998). Entre La légende du grand judo, réalisé en 1943, et Madadayo, à l’écran en 1993, Kurosawa aura tourné une trentaine de films plus marquants les uns que les autres. Dans Comme une autobiographie,

publié en 1985, Kurosawa revient sur le rôle de la musique dans ses films : « Avant L'Ange ivre, la musique n'était qu'un accompagnement ; pour une scène triste, je mettais toujours une musique triste. C'est en travaillant avec Fumio Hayasaka que je me suis mis à penser en termes de contrepoint du son et de l'image, par opposition à l'idée d'une union de ces deux composants. » Effectivement, avant 1948, Kurosawa fait appel à des « illustrateurs sonores » divers tels que Seiichi Suzuki, Tadashi Hattori ou Noboru Itō. La rencontre avec Hayasaka est décisive : entre 1948 et 1955, année de son décès brutal lié à la tuberculose, Hayasaka compose les bandes originales de tous les films de Kurosawa, soit neuf long-métrages. Comme il n’a pas le temps de terminer la musique de Vivre dans la peur, c’est son élève Masaru Satō qui reprend le flambeau. Satō reste aux côté de Kurosawa durant neuf films, jusqu’en 1965 (Barberousse). Pour ses six derniers films (hors Dersou Ouzala qui est à part), Kurosawa confie la musique à Tōru Takemitsu (Dodes’ kaden et Ran) et Shin’ichirō Ikebe (Kagemusha, Rêves, Rhapsodie en août et Madadayo).

L’illustration de la pochette du Monde de Kurosawa, qui représente le visage agressif de Toshirō Mifune, acteur fétiche de Kurosawa, est un dessin de Louise-Anne Paindestre, inspiré de l’une des affiches des Sept samouraïs. Quant au livret du disque, il met en regard de chaque morceau un poème de Marc Noyer, « allusions plus ou moins explicites aux scénariis des films ».

Le monde de Kurosawa démarre avec la musique composée par Satō pour Yojimbo, un film de 1961 plus connu en France sous le titre Le garde du corps. Après l’exposition du thème dans une ambiance mystérieuse, fidèle à l’original, la contrebasse et la batterie impriment un rythme funky, tandis que le piano part dans un développement plein de groove, avec un sens de la dramaturgie que Kurosawa n’aurait sans doute pas renié.

Le trio joue ensuite deux thèmes d’Hayasaka écrit pour le plus gros succès de Kurosawa, Les sept samouraïs (1954). Le martèlement sourds des tambours et les chœurs grandiloquents interprétés par la contrebasse à l’archet débouchent sur des contre-chants aux couleurs extrême-orientales de Paindestre et d’Oleksiak. L’ostinato de la contrebasse et les frisés de la batterie plantent un décor hypnotique sur lequel le piano joue l’air de « Kanbei & Katsushiro » avec beaucoup d’élégance. Le piano emprunte ensuite des sentiers néo-bop, avec des lignes syncopées portées par des passages en walking et chabada. Le deuxième extrait des Sept samouraïs est « Katsuhiro Come Back », un thème très court que les trois musiciens transforment en une ballade sinueuse et lyrique.

Changement de direction avec Dodes’ kaden (1965), que Takemitsu a mis en musique. La comptine initiale, légère et sucrée, se transforme en ballade syncopée, construite un peu comme une chanson, avec un refrain raffiné qui encadre des couplets, dont un solo enlevé de contrebasse et des séries de motifs aux contours pop du piano.

La partition d’Ikebe pour Kagemusha (1980) est très hollywoodienne. Paindestre – Oleskiak – Paganotti l’interprètent plus rapidement, dans un style bop dynamique, et sans le côté emphatique de l’original.

Dans l’exposition du thème de Vivre dans la peur (1955), le trio respecte la solennité de la bande-son d’Hayasaka et de Satō, avec notamment la mélodie jouée par la contrebasse à l’archet, puis les trois musiciens partent dans un déroulé au swing subtil, bercé par les phrases gracieuses du piano, les lignes mélodieuses de la contrebasse et le crissement soyeux des cymbales.

Satō fait reposer la musique des Salauds dorment en paix (1960) sur un riff oppressant et les retrouvailles de Yoshiko et Nishi n’est qu’un air ténu et simple, que le piano joue sur l’arrière-plan lancinant d’un ostinato répété à l’unisson par la main gauche et la contrebasse, alors que Paganotti fait résonner ses fûts et cingler ses cymbales avec gravité.

C’est encore Satō qui a écrit la musique des Bas-fonds (1957). Paindestre et ses compagnons repartent de « La danse des ivrognes », dans laquelle Mifune et ses quatre acolytes se transforment en boîtes à rythme humaines, tout en dansant. Le piano, la contrebasse et la batterie se mêlent aux voix-off et s’amusent à reprendre les rythmes et les vocalises dans un trilogue particulièrement savoureux.

Le monde de Kurosawa s’achève sur la bande-son de Satō pour Entre le ciel et l’enfer (1963), une ballade dramatique qui colle parfaitement avec l’atmosphère du film, sublimée par le discours en suspension du piano, les balais frissonnants de la batterie et l’archet vibrant de la contrebasse.

Le tribut de Paindestre – Oleksiak – Paganotti au Monde de Kurosawa est une invitation à voir et revoir les films de Sensei et un régal pour toutes les oreilles !

 

Le disque

Le monde de Kurosawa
Sébastien Paindestre Trio
Sébastien Paindestre (p), Jean-Claude Oleksiak (b) et Antoine Paganotti (d).
La Fabrica’son label – FA11
Sortie le 9 octobre 2026
 

Liste des morceaux 

 
01. « Yojimbo », Masaru Satō (3:58).
02. « Les sept samouraïs partie 1 », Fumio Hayasaka (6:47).
03. « Les sept samouraïs partie 2 », Fumio Hayasaka (4:46).
04. « Dodes’ kaden », Tōru Takemitsu (5:18).
05. « Kagemusha », Shin’ichirō Ikebe (6:10).
06. « Vivre dans la peur », Fumio Hayasaka et Masaru Satō (7:06).
07. « Les salauds dorment en paix », Masaru Satō (3:18).
08. « Les Bas-fonds », Masaru Satō (3:47).
09. « Entre le ciel et l’enfer », Masaru Satō (4:48).


 

28 octobre 2026

Double plateau au Nouveau Comptoir…

Le 23 octobre 2026 le Nouveau Comptoir propose deux concerts de haut vol : le solo Speak de Benjamin Sanz puis Flocon Volcan, un projet de Camille Maussion en quintet.

 
Le Nouveau Comptoir

Formé en 2001 par Sophie Gastine et Pierre Fischer, Musiques au Comptoir a programmé des concerts de jazz, de musiques du monde et de musiques improvisées pendant vingt-quatre ans au Comptoir Halle Roublot à Fontenay-sous-Bois. Las de se battre pour des financements de plus en plus aléatoires, le couple jette l’éponge en juin 2025. Une nouvelle équipe décide de relever le défi et lance le Nouveau Comptoir autour de Géraldine Aliberti-Ivañez et Ludovic Laurent-Testoris de VIVANT!e, de Danièle Gambino, programmatrice et directrice artistique indépendante, et d’Emilie Joseph-Edouard Houdebine de Traffix Music. Romy Desprez, régisseur de la Halle Roublot, assure un trait d’union entre l’ancienne et la nouvelle équipe.

C’est avec la fête de la musique 2026 que commencent les premiers concerts du Nouveau Comptoir, avant de reprendre à partir de septembre avec le festival Jazz sur Seine – Shamane, Sanz, Maussion et Nit And Dogs –, des résidences – collectif Pégazz & l’Hélicon, Ève Risser –, mais aussi une ouverture vers d’autres musiques – L’Orchestre du Nouveau Monde.

Il ne reste plus qu'à souhaiter que ce lieu formidable puisse continuer à bercer les oreilles du public encore longtemps !
 

Speak
Benjamin Sanz

En 2012 Benjamin Sanz sort Mutation majeure, premier disque sous son nom, avec Rasul Siddik à la trompette, Boris Blanchet au saxophone ténor, Matthieu Jérôme au piano et Idriss Mlanao à la contrebasse. Ce n’est que huit ans plus tard que le batteur enregistre son deuxième album en leader, The Escape, suivi de Black Seeds en 2024, avec son quintet Directions constitué de Hermon Mehari à la trompette, Ricardo Izquierdo au saxophone ténor, Rob Clearfield au piano et Luca Fattorini à la contrebasse. Mais pour le concert au Nouveau Comptoir Sanz propose Speak, projet où il est seul, en combinaison de travail, face à sa batterie, ses accessoires et un pad de percussion.
 
Benjamin Sanz – Le Nouveau Comptoir – 23 octobre 2026 © PLM
 
« La zone » est construit autour de deux tableaux : le premier s’appuie sur des battements véloces réguliers sur les fûts, ponctuées de splash sur les cymbales et de tintinnabulements de la charleston. Les frappes serrées, puissantes et sèches de la batterie contrastent avec les stridences aériennes lancées par le pad. Le deuxième tableau, aux accents ethniques, est particulièrement entraînant avec une charleston inamovible et des alternances de heurts sourds sur les peaux et de motifs croisés. Sanz enchaîne le deuxième morceau, un rythme appris au Mali, mais qui rappelle aussi le gwo ka guadeloupéen. Le batteur précise d’ailleurs qu’il s’est inspiré d’échantillons enregistrés par Sonny Troupé au boula. Tandis que le pad diffuse un bourdonnement lointain, Sanz joue d’abord dans tous les sens sur des coupelles, collier de grelots… puis installe un riff dansant hypnotique, très Africain, qu’il émaille de roulements furieux, bruitages percussifs et autres fracas de cymbales. Le troisième morceau s’appuie sur un grondement en arrière-plan et le va-et-vient lancinant de deux archets frottés sur la bordure du fût d’une caisse claire, ponctués de craquements, déflagrations, crissements et pêches, dans une ambiance quasiment méditative. Le set se conclut sur un morceau de bravoure. Après un fourmillement de cliquetis parsemés de coups mats de la grosse caisse, le batteur stabilise la cadence et fait virevolter les roulements d’une peau à l’autre. Dans le deuxième mouvement Sanz joue sur un décalage des plans rythmiques et des phrases dansantes. Un riff de basse sert de carrure aux crépitements des cymbales, détonations de la grosse caisse, explosions des toms et fracas de la caisse claire. Avec l’aide du pad il intercale également trois lignes mélodiques aigrelettes et incongrues, qui ressemblent à des indicatifs de jeux vintage. Le bouquet final est foisonnant à souhait !

Dans chacun de ces feux d’artifice rythmiques, le plus souvent luxuriants, mais sans démonstration futile, Sanz réussit la gageure de raconter des histoires pour le moins cocasses !


Flocon Volcan
Camille Maussion


Entre le Nefertiti 4tet avec Delphine Deau au piano, Pedro Ivo Ferreira à la contrebasse et Pierre Demange à la batterie, Mamie Jotax, son duo avec la saxophoniste Carmen Lefrançois, Abysskiss, un quartet avec le guitariste Pierre Tereygeol, l’euphoniumiste Victor Auffray et le percussionnise Illya Amar, et les formations de Lisa Cat-Berro, Mohamed Abozekry et François Corneloup, Camille Maussion est présente sur de multiples fronts. Sans oublier une discographie en leader déjà bien remplie avec un dixième opus à venir le 29 janvier 2027 : Flocon Volcan.

Pour Flocon Volcan Maussion réunit la chanteuse Célia Forestier, le claviériste Clément Mérienne, le violoncelliste Clément Petit et le batteur Maxime Rouayroux. Le programme du concert au Nouveau Comptoir s’articule autour de huit compositions signées Maussion.
 
Célia Forestier, Maxime Rouayroux, Clément Petit & Clément Mérienne
Le Nouveau Comptoir – 23 octobre 2026 © PLM

Après un démarrage abrupt du saxophone soprano et du violoncelle à l’unisson, « Tout va bien, c’est une coccinelle » s’égaye dans une profusion de phrases staccato qui s’intercalent dans des mouvements plus acrobatiques les uns que les autres. Au milieu de ces pirouettes sonores saccadées, le soprano et la voix lancent en chœur des petites lignes mélodiques véloces, soulignées par le synthétiseur. Le chorus de Maussion alterne étirements et courses rapides sur une rythmique heurtée et touffue et des accords vaporeux. Soutenue par la voix de Forestier la musique se tend et le soprano part dans des embardées débridées.

Le quintet enchaîne sans transition avec « Jeannette mon amour », en hommage à la grand-mère de Maussion. La voix aérienne, les courbes sinueuses du violoncelle à l’archet, les volutes du soprano, les inflexions cristallines du synthé et la batterie en suspension plantent un décor nostalgique. Le chorus de Petit se pare de teintes extrême-orientales, avant que Rouayroux ne fasse crépiter subtilement ses carillons, colliers de grelots, coupelles diverses, puis tout son set, sur les textures futuristes de Mérienne. Avec la reprise du thème par le soprano et le violoncelle, Forestier chante un air en anglais aux intonations pop. Le morceau se conclut dans une ambiance mystérieuse et minimaliste.

Pour l’introduction « Du coin de l’œil », Maussion joue a capela un série de boucles nerveuses, bientôt démultipliées par le synthé comme un bourdonnement d’insectes. Comme dans « Tout va bien, c’est une coccinelle », les voix de Maussion, Forestier et Petit se croisent, se superposent, ricochent et se répondent dans un mouvement haletant, porté par les frappes puissantes de Rouayroux et les nappes de sons synthétiques de Mérienne. Une authentique bande-son pour station spatiale en déroute ! Le violoncelle, le synthé et la batterie partent ensuite dans un trio musclé entre électro, noise et rock prog… Maussion calme le jeu avec un passage mélodico-rythmique apaisé, mis en relief par une sonorité veloutée, un léger vibrato et une batterie tout en retenue. Mais quand Forestier, Petit et Mérienne rejoignent leurs acolytes, la pression monte d’un cran et « Du coin de l’œil » se densifie d’autant plus brutalement que Maussion part en free, jusqu’à ce qu’une valse chaloupée vienne s’immiscer au beau milieu de ce maelstrom sonore… « Du coin de l’œil » est un véritable morceau-mozaïque.
 
Maussion dédie « Île flottante » à « toutes les personnes chères à nos cœurs qui ne sont plus là ». Dès les premières notes du violoncelle à l’archet, du synthé et des vocalises qui jouent une pédale en alternance, sur laquelle le ténor vient poser son souffle, le ton est donné : grave et majestueux. La batterie reste en suspension et, sur fond d’orgue, le violoncelle déroule une mélodie triste, aux allures d’ode funèbre. Le ténor et la voix prennent la suite avec des contrepoints intenses sur une rythmique quasiment baroque. « Île flottante » évolue ensuite crescendo emporté par le flux monumental et émouvant du quintet.

Camille Maussion – Le Nouveau Comptoir – 23 octobre 2026 © PLM
 
Inspiré du travail de la peintre Fabienne Verdier, « Et si c’était la nuit » commence dans un mode bruiteur : pizzicato sombre du violoncelle entrecoupé de formules brèves, percussions éparses, souffles, craquements, frottements, crissements, notes ténues et tenues… Les courts motifs mélodiques et doux du ténor, les contre-chants du violoncelle, le clapotis des percussions, les vocalises alanguies et l’orgue dans le lointain donnent au morceau l’allure d’une farandole lente et mystérieuse.

Changement de décor avec « Red Balloon ». Sur un rythme entraînant presque punk, Forestier entame une chanson festive et déjantée, portée par la batterie puissante, l’ostinato du violoncelle et les bruitages du synthé. Cette atmosphère survoltée est interrompue brièvement par les ondulations poétiques du ténor, sur un chœur aérien de vocalises et de synthé, une batterie légère et un violoncelle dansant.

Avant de conclure le concert avec « Yootsie » (orthographe approximative…) et visiblement marquée par les événements récents, Maussion cite Gilles Deleuze : « Le pouvoir exige des corps tristes. Le pouvoir a besoin de tristesse parce qu'il peut la dominer. La joie, par conséquent, est résistance, parce qu'elle n'abandonne pas. » Après un démarrage langoureux, entre les sifflements de Forestier et Rouayroux, l’unisson de Maussion et Petit et les nappes sonores de Mérienne, le climat change brutalement : la batterie lance un rythme grondant et les voix partent en zigzags avant de s’assagir aussi vite, pour mieux repartir. Le morceau est une succession de moments solennels, avec le ténor et les vocalises qui tournoient sous les accords imposants du synthé, et d’échanges vifs et inspirés entre les cinq musiciens, qui maintiennent une haute tension constante.

En rappel Maussion et son équipe proposent « Océan ». Le thème méditatif que le ténor pousse petit à petit vers une transe free semble flotter sur un abysse de bruitages expressifs : les vocalises obscures de Forestier se réverbèrent dans le lointain, les cordes frappées ou frottées de Petit paraissent énigmatiques, Mérienne projette des sons sombres et profonds et les percussions de Rouayroux fusent dans toutes les directions. Le mouvement d’ensemble s’amplifie et pousse le ténor à se déchaîner...

A la fois limpide et recherchée, la musique de Maussion jaillit, impétueuse, audacieuse et protéiforme. Pour compléter les mots de Deleuze qui résument parfaitement Flocon Volcan : « La joie en tant que puissance de vie, nous emmène dans des endroits où la tristesse ne nous mènerait jamais. »
 


23 octobre 2026

Deux nouveautés chez PeeWee!

Le label PeeWee! continue d’enrichir son catalogue de disques avec deux albums de pianistes : A Jamaican in Paris de Monty Alexander et Still Within de Giorgi Mikadze, tous deux enregistrés dans le Studio Sextan par Vincent Mahey...

 

A Jamaican in Paris – Monty Alexander

Insatiable, malgré plus de soixante-quinze disques à son actif, Monty Alexander sort A Jamaican in Paris le 2 octobre 2026. Après D Day, publié le 6 juin 2024 à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, mais aussi celui du débarquement, c’est le deuxième album du pianiste sur le label PeeWee!.

Pour A Jamaican in Paris Alexander joue avec son trio habituel, Luke Sellick à la contrebasse et Jason Brown à la batterie, mais il a également convié un compagnon au long cours, Bobby Thomas Jr, aux percussions. Comme il le précise dans les notes de la pochette, Alexander a souhaité que le répertoire d’A Jamaican in Paris reflète ses origines jamaïcaines et son immense carrière dans « la musique classique américaine, plus communément appelée jazz. » Alexander propose cinq compositions personnelles plus « Mystical Blues », inspiré de « Natural Mystic », tiré d’Exodus, album de Bob Marley sorti en 1977. Autre reggae, « Marcus Garvey » est signé Winston Rodney et Phillip Fullwood, pour le disque éponyme de Burning Spear, publié en 1975. Deux tubes de RnB et soul figurent au programme : « You Make Me Feel Brand New » de Thom Bell et Linda Creed, chanté par The Stylistics en 1974 dans Let's Put It All Together, et « What’s Going On » de Marvin Gaye, Renaldo Benson et Al Cleveland pour l’album de Gaye, sorti en 1971. Alexander rend aussi hommage à la chanson populaire américaine avec « Come Fly With Me », écrite par Jimmy Van Heusen et Sammy Cahn en 1958 pour Frank Sinatra, à la musique traditionnelle des Caraïbes avec « Yellow Birds » du compositeur haïtien Michel Mauléart Monton (1855-1898) sur un poème d’Oswald Durand (1840-1906), et à la musique classique européenne avec « Sketches of Aranjuez », clin d’œil au Concierto d’Aranjuez composé par Joaquín Rodrigo en 1939 et au Sketches of Spain de Miles Davis et Gil Evans, publié en 1960.

Le reggae fait évidemment partie de la culture d’Alexander et son jeu rythmique s’accommode à merveille de thèmes comme « Marcus Garvey » ou « Look Up », voire le ska de « Skamento ». Son lyrisme (« Sketches of Aranjuez ») peut se faire romantique (« Hope ») ou mélodieux comme une chanson douce (« Yellow Birds »). Le phrasé plein de swing (« Just Wait ») d’Alexander met en relief les morceaux entraînants (« What’s Going On ») et mélodico-rythmiques (« Sextan Bucket »), mais aussi les ballades chaloupées (« You Make Me Feel Brand New ») ou légères façon Broadway (« Come Fly With Me »). Sans oublier le blues, que le pianiste maitrise parfaitement (« Mystical Blues »).

Constamment dansante (« Sketches of Aranjuez »), la section rythmique pulse du début – le groove de « Marcus Garvey » – à la fin – la tension de « Sextan Bucket ». Des poly-rythmes caribéens (« Skamento ») aux accélérations hard-bop (« Look Up ») en passant par une alternance excitante de congas et de walking - chabada (« Just Wait ») ou des interactions frétillantes (« What’s Going On »), Sellick, Brown et Thomas Jr sont en osmose avec la musique d’Alexander. A l’instar d’Ahmad Jamal et d’Oscar Peterson, Alexander possède un sens brillant de la mise en scène : un reggae (« Marcus Garvey ») ou un blues (« Mystical Blues ») débouchent tout naturellement sur du hard-bop, des ornementations habiles parsèment ses propos (« Sketches of Aranjuez »), de nombreuses citations émaillent ses discours (par exemple « La Marseillaise » dans « Marcus Garvey », « Lullaby of Birdland » dans « Mystical Blues », « Poinciana » dans « What’s Going On »…), une ambiance mélancolique devient tendue (« Hope »)… A toutes ces qualités musicales s’ajoute la sonorité acoustique ample et chaleureuse du Studio Sextan qui va comme un gant à la musique du quartet.

Alexander apporte une nouvelle pierre à son œuvre musicale, toujours aussi cohérente et personnelle : A Jamaican in Paris respire une joie de vivre et de jouer communicative !


Le disque

A Jamaican in Paris
Monty Alexander
Monty Alexander (p), Luke Sellick (b), Bobby Thomas Jr. (perc) et Jason Brown (d).
PeeWee! – PW1022
Sortie le 2 octobre 2026

Liste des morceaux

01. « Marcus Garvey », Winston Rodney & Phillip Fullwood (6:07).
02. « Look Up », Monty Alexander (6:12).
03. « Hope », Monty Alexander (7:29).
04. « Skamento », Monty Alexander (4:24).
05. « You Make Me Feel Brand New », Thom Bell & Linda Creed (4:17).
06. « Come Fly With Me », Jimmy Van Heusen & Sammy Cahn (3:57).
07. « Sketches of Aranjuez », Joaquín Rodrigo (6:21).
08. « Yellow Bird », Michel Mauléart Monton & Oswald Durand (5:04).
09. « Mystical Blues », Monty Alexander (5:58).
10. « What’s Going On », Marvin Gaye, Renaldo Benson & Al Cleveland (5:16).
11. « Just Wait », Monty Alexander (4:30).
12. « Sextan Bucket », Monty Alexander (4:30).


Still Within – Giorgi Mikadze

En octobre 2023 Giorgi Mikadze sort Face to Face chez PeeWee! C’est le premier volume consacré à des compositeurs géorgiens, mais également le premier enregistrement du pianiste en trio avec François Moutin à la contrebasse et Raphaël Pannier à la batterie.

Le 20 novembre 2026 Mikadze, accompagné de Larry Grenadier et Jeff Ballard, sort un deuxième volume chez PeeWee!, Still Within, toujours en hommage à des compositeurs géorgiens du XXe siècle : Gogi Tsabadze (1924-1986), Giya Kancheli (1935-2019), Revaz Laghidze (1921-1981), Sulkhan Tsintsadze (1925-1991) et Ioseb Kechakmadze (1939-2013). Au menu de Still Within, trois morceaux signés Mikadze, deux compositions de Tsabadze et de Tsintsadze, un de chacun des autres musiciens et un morceau traditionnel touche. « Concordance », l’élégante huile qui illustre la pochette de Still Within, est l’œuvre de la peintre géorgienne Vera Pagava (1907-1988), installée en France à partir de 1923.

Le jeu mélodico-rythmique de Mikadze est d’autant plus convaincant (« Pour Me Another ») que les lignes mobiles de Grenadier (« Sings Something ») et les frappes foisonnantes de Ballard (« Autumn Mist ») s’accordent parfaitement avec l’approche musicale du pianiste (« The Georgian Shepherd »). La plupart des thèmes sont rythmiques, dans des modes parfois cinégéniques (« Sings Something »), souvent heurtés (« Autumn Mist »), plutôt véloces (« Partsa ») et groovy (« Tushuri »). Le trio joue aussi des ballades lyriques (« Blue Eyed Eye »), mélancoliques (« Elene's Song ») voire romantiques (« From Hither to You », au piano a capela). Une ritournelle (« Reginella ») et une mélopée dansante aux allures de boléro (« Keep You Warm ») s’invitent également au menu. Les ambiances passent de néo-bop nerveux (« Autumn Mist ») à des musiques aux accents balkaniques (« Partsa »), orientaux (« Tushuri ») ou quasiment caribéens (« Pour Me Another »). Les envolées fougueuses (« Partsa »), les accords puissants (« Autumn Mist »), les staccatos vigoureux (« The Georgian Shepherd ») et les questions-réponses habiles entre la main droite et la main gauche de Mikadze (« Sings Something ») s’insèrent dans un dialogue permanent avec les allers-retours mélodieux de Grenadier (« Pour Me Another ») et les crépitements touffus de Ballard (« The Georgian Shepherd »).

Mikadze, Grenadier et Ballard forment un trio à haute tension ! L’écoute de Still Within fait dodeliner la tête à l’insu de notre plein gré... et ça fait du bien !

 

Le disque

Still Within
Giorgi Mikadze
Giorgi Mikadze (p), Larry Grenadier (b) et Jeff Ballard (d).
PeeWee! – PW1023
Sortie le 20 novembre 2026

Liste des morceaux

01. « Sings Something », Gogi Tsabadze (6:31).
02. « Pour Me Another », Giya Kancheli (5:07).
03. « Partsa », Giorgi Mikadze (4:16).
04. « Tushuri », traditionnel (4:11).
05. « Blue Eyed Eye », Revaz Laghidze (6:30).
06. « Reginella », Sulkhan Tsintsadze (5:49).
07. « From Hither to You », Ioseb Kechakmadze (2:24).
08. « The Georgian Shepherd », Giorgi Mikadze (4:53).
09. « Elene's Song », Giorgi Mikadze (5:51).
10. « Keep You Warm », Gogi Tsabadze (6:06).
11. « Autumn Mist », Sulkhan Tsintsadze (4:58).

 

06 octobre 2026

BenArt Ensemble featuring Baptiste Herbin

Après avoir créé la société de production Scène Libre il y a une quinzaine d’années, puis le label BenArt Records, Benoît Artiphel forme le BenArt Ensemble en 2023. Ce septet s’articule autour de Baptiste Herbin au saxophone alto, Amina Mezaache aux flûtes, Laurent Avenard-Kohler à la guitare, Alexis Bajot-Nercessian aux claviers, Artuphel à la basse, Nils Wekstein aux percussions et Antoine Banville à la batterie. Leur premier opus éponyme sort le 17 septembre 2026 et, pour l’occasion, le BenArt Ensemble a invité Céline Bonacina sur six morceaux.


Onze des treize morceaux au programme sont signés BenArt Ensemble et les deux restants sont des compositions d’Herbin. Les thèmes-riffs sont dansants (« Namou ») dans des ambiance soul (« Barsoom »), funky (« B-Galaxy »), voire reggae (« Yoyo »). Les musiques latino s’invitent également au bal (« Shaloupe »), des Caraïbes (« Shaanti ») au Brésil (« Samba Sem Saída ») en passant par Cuba (« Miss My Woods » avec ses airs de bolero), mais aussi un petit crochet par l’Afrique du nord (« Afrobate »). Dans ces environnements il n’est donc pas étonnant que la rythmique soit groovy (« Barsoom »), avec les poly-rythmes de la batterie, foisonnants (« Namou ») et puissants (« Afrobate »), renforcés par les percussions luxuriantes (« Nagg »), les leitmotiv de la clave (« Samba Sem Saída »), les riffs entraînants des claviers (« Yoyo »), les lignes chaloupées de la basse (« Shaloupe »)… Dans les développements, les superpositions de voix (« Miss My Woods ) alternent avec des unissons dansants (« Barsoom »), solistes et chœurs se répondent vigoureusement (« Shaloupe »), les dialogues se succèdent, tantôt élégants (« Namou »), tantôt vifs (« Shaloupe »), des nappes d’accords aériennes soulignent les phrases virevoltantes des musiciens (« B-Galaxy ») et les musiciens font monter la tension dans des mouvements d’ensemble intenses (« Nagg »). Quant aux chorus, ils rivalisent d’énergie : envolées de shouter (« Barsoom »), contrepoints robustes (« Shaloupe ») et circonvolutions sinueuses pleine de groove (« Nagg ») et de danse (« Yoyo ») pour l’alto ; lyrisme aux accents latinos (« Quantus »), phrases fiévreuses (« Afrobate ») et embardées latinos (« Shaloupes) pour la flûte ; mouvement groovy (« Namou ») et dansant (« Yoyo »), parfois dans un style rock hero (« Nagg »), avec des effets de saturation (« Shaanti ») pour les claviers ; digressions jazz rock (« Shaanti »), fulgurances funky (« Barsoom ») et groovy (« Shaloupe »), avec des effets wawa vintage (« Barsoom ») pour la guitare.

BenArt Ensemble propose une fusion impétueuse de jazz et de funk, épicée de musiques sud-américaines : un cocktail flamboyant et excitant !

Le disque

BenArt Ensemble
Featuring Baptiste Herbin
Amina Mezaache (fl), Baptiste Herbin (as), Laurent Avenard-Kohler (g), Alexis Bajot-Nercessian (kbd), Benoît Artuphel (b), Nils Wekstein (percu) et Antoine Banville (d), avec Céline Bonacina (bs).
BenArt Records
Sortie le 17 septembre 2026

Liste des morceaux

01. « Barsoom » (7:03).
02. « Miss My Woods », Herbin (5:52).
03. « Quantus » (3:44).
04. « B-Galaxy » (4:41).
05. « Shaloupe Intro » (0:55).
06. « Shaloupe » (5:09).
07. « Coda Shaloupe » (2:31).
08. « Nagg » (7:22).
09. « Samba Sem Saída » (3:27).
10. « Namou » (5:45).
11. « Shaanti » (3:51).
12. « Yoyo », Herbin (8:30).
13. « Afrobate » (6:16).

Tous les morceaux sont signés BenArt Ensemble sauf indication contraire.