18 mars 2026

Les notes de la marée de mars


Chaque mois, Les Notes de la Marée vous présentent les disques, livres, films et autres reçus par Jazz à bâbord.

Voici des albums à découvrir au mois de mars...

There Is Another Way - Trio ETE

C'est en 1989 qu'Andy Emler monte le MegaOctet et en 2002 qu'il propose à la rythmique de l'orchestre - Claude Tchamitchian à la contrebasse et Eric Echampard à la batterie - de former le trio ETE. Leur premier opus, Tee Time sort en 2003, suivi de A quelle distance en 2006, Sad and Beautiful en 2014 et The Useful Report en 2022. Le 24 mars 2026 le trio publie son cinquième disque, There Is Another Way, enregistré par Gérard de Haro sur le label La Buissonne.

There Is Another Way propose sept pièces composées par Emler, sans unité de temps puisqu'elles durent d'une à dix minutes, au gré des idées. 
 
Lent et majestueux, « There Is Another Way » évoque d'abord une marche lugubre, accentuée par le bourdon continu de la contrebasse à l'archet. Typique de la musique du trio, voix et rythmes finissent par s'entrecroiser et s'amplifier, poussées par les frappes de plus en plus serrées de la batterie, les boucles puissantes du piano et les grondements de la contrebasse, jusqu'à déboucher sur une ambiance rock prog imposante.  
 
« Incipit » démarre aussi du côté obscur avec le piano et la contrebasse à l'unisson, puis le trio s'engage dans des questions-réponses entre le piano et la contrebasse, arbitrées par les cliquetis vifs de la batterie.  
 
« Drums Habits Die Hard » résume bien la musique d'ETE ! Le premier mouvement est tendu avec des riffs obsédants, des pédales entêtantes, des roulements enivrants, des motifs sombres et un enchevêtrement grisant de boucles. Le deuxième mouvement commence d'abord dans un style contemporain rythmique, que la batterie, fougueuse et foisonnante, finit par faire exploser, à la grande joie du piano et de la contrebasse qui l'encouragent dans sa démesure. 
 
Le piano a capela entame le troisième mouvement dans un esprit de musique contemporaine, avant un développement plus mélodieux, porté par la pédale de la contrebasse et les frappes mates de la batterie. Là encore les habitudes de la batterie ont la vie dure : Echampard fait monter la tension avec un jeu véloces et monumental qui ramène au rock prog. 
 
L'énorme son et les phrases chantantes de la contrebasse introduisent « Enough » dans un style presque « ethnique ». Le morceau balance calmement presque comme une berceuse. Le piano swingue sur le crépitement des cymbales et les lignes souples de la contrebasse, puis emmène le trio dans un mouvement d'ensemble crescendo théâtral, dans lequel la vigueur du rock, l'architecture du jazz et la modernité des discours se côtoient dans un feu d'artifice musical digne d'un Power Trio ! 
 
Le début abrupt de « The Hard Way » s'inscrit de nouveau dans un style rock alternatif, avec un thème-riff intense, un motif dansant de la contrebasse, un jeu rythmique du piano et une batterie vigoureuse et luxuriante. Les dissonances, modulation, contre-chants et autres jeux en accords ajoutent beaucoup de relief à la musique d'ETE. Intermède lyrique, « There Is Our Way » s'étire sur le grondement de l'archet. 
 
Comme la plupart des autres morceaux du disque « Mess Around The Mood » joue effectivement avec les ambiances en juxtaposants différents tableaux. Le premier tableau est un patchwork contemporain de notes heurtées, tintements touffus, glissandos aigus, ostinatos en chœur, carrure massive... Le deuxième tableau commence comme une fugue, se poursuit sur des boucles qui aboutissent à un maelstrom groovy. Après une transition aux cymbales, le dernier tableau retrouve un climat solennel plein d'emphase.

La liberté, l'égalité et la fraternité qu'incarne la musique de There Is Another Way font de cet album un incontournable et d'ETE, un trio providentiel !

Le disque

There Is Another Way
Emler - Tchamitchian - Echampard
Andy Emler (p), Claude Tchamitchian (b) et Eric Echampard (d).
Label La Buissonne - RJAL397053
Sortie le 24 mars 2026

Liste des morceaux

01. « There Is Another Way » (4:58).
02. « Incipit » (2:37).
03. « Drums Habits Die Hard » (9:19).
04. « Enough » (10:47).
05. « The Hard Way » (5:12).
06. « There Is Our Way » (1:21).
07. « Mess Around The Mood » (10:21).

Tous les morceaux sont signés Emler. 
 

Arada - Eténèsh Wassié Trio

Chanteuse éthiopienne,
Eténèsh Wassié rencontre le groupe toulousain Le Tigre (des platanes) en 2006 lors d'un festival d'éthio-jazz à Addis-Abeba. Ils enregistrent ensemble Zèraf ! qui sort chez Buda Music en 2008. La chanteuse et Mathieu Sourisseau, ex-bassiste du Tigre (des platanes), continuent de coopérer sur Belo Belo (2010) et Yene alem (2018), accompagnés de combos à géométrie variable. Pour Arada, leur quatrième disque en commun publié le 20 mars 2026 sur le label Mr Morezon, Wassié et Sourisseau font appel au contrebassiste Sébastien Bacquias, avec le batteur Fabien Duscombs (également membre du Tigre (des platanes) et le violoniste Mathieu Werchowski.

Les dix morceaux au programme d'Arada ont été composés par Sourisseau, arrangés par le trio, mis en paroles par Wassié à partir de chants éthiopiens traditionnels et ils respectent le format chanson, à savoir une durée moyenne de quatre minutes. Le chant de Wassié rappelle souvent celui des griots comme, par exemple, le récitatif a capela de « Akalé ». Souvent déclamatoire (« Etetou »), incantatoire (« Belou Endji »), forte et perçante (« Cheguitou »), la voix de Wassié est d'une expressivité exacerbée, comme les jeux de bouches, les souffles et autres expirations dans « Yené Alem », une sorte de blues violent. Les variations comportent de nombreuses modulations (« Arada ») aux couleurs moyen-orientales (« Tezeta »). Wassié passe aussi d'une prière solennelle (« Antchi Hoyé ») à des vocalises rapides et intenses (« Etetou ») ou un duo intimiste avec la guitare basse (« Be Shewa »)qui évoque presque davantage les Indiens d'Amérique que les Amharas d'Ethiopie... Toujours plutôt denses (« Yené Alem »), les ambiances sont tour à tour majestueuses, a fortiori quand la contrebasse et le violon sont joués à l'archet (« Tezeta »), entraînantes (« Belou Endji »), théâtrales (« Antchi Hoyé »), mais aussi ethio-jazz, portées par le chœur des basses et la batterie déchaînée (« Antchi Hoyé »), voire même rock alternatif (« Etetou ») ou free (les embardées du violon dans « Yené Alem ») ! Pour accompagner Wassié, le quartet installe des polyrythmies entraînantes (« Cheguitou ») et répétitives (« Etetou »), avec des riffs (« Tezeta »), boucles (« Arada »), ostinatos (« Belou Endji »), pédales (« Antchi Hoyé »), jouées à l'unisson (« Etetou ») ou en contrepoints (« Belou Endji ») par les cordes. Pour parfaire le décor, la batterie ajoute ses roulements vifs (« Belou Endji »), ses frappes luxuriantes (« Yené Alem ») et sa puissance foisonnante (« Antchi Hoyé »).

Les chants d'Arada ressemblent à des poèmes mis en musique, que Wassié et ses compères électrisent !

Le disque

Arada
Eténèsh Wassié Trio
Eténèsh Wassié (voc), Sébastien Bacquias (b) et Mathieu Sourisseau (bg), avec Fabien Duscombs (d) et Mathieu Werchowski (vl).
Mr Morezon - Mr Morezon 42
Sortie le 20 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Tezeta » (4:43).
02. « Cheguitou » (3:38).
03. « Yené Alem » (3:01).
04. « Arada » (3:24).
05. « Belou Endji » (4:17).
06. « Sela » (3:25).
07. « Antchi Hoyé » (5:24).
08. « Etetou » (3:56).
09. « Be Shewa » (4:47).
10. « Akalé » (4:00).

Tous les morceaux sont signés Sourisseau.
 

 

Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook - Jean Michel Lamazou

Jean Michel Lamazou
est à la fois chanteur et producteur de musique. Le 20 mars 2026, il publie le premier volume d'une trilogie consacrée aux songbooks emblématiques du jazz. Enregistré dans les Blackbird Studios à Nashville, aux Etats-Unis, Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook est produit par Bryan Clark et sort chez JazzPhonic Records.

Lamazou se fait accompagné par un quintet composé de Marc Campo à la guitare (Michel Zenino, Philippe Soirat, Didier Ithursarry, Jacques Vidal...) et de musiciens établis à Nashville habitués des Blackbird Studios : Chris West aux saxophones soprano et ténor, Mike Rojas aux claviers, Brian Allen à la basse et Wes Little à la batterie. Les dix morceaux du répertoire sont évidemment tous des tubes de Porter.

Quatre ballades sont interprétées dans un style bossa nova (« I've Got You Under My Skin », « But Not For Me », « Just One Of Those Thing » et « Let's Do It ») et les six autres restent dans l'esprit de Broadway. Reprises à la lettre, les mélodies sont servies par le timbre chaud (« I've Got You Under My Skin »), parfois légèrement feutré (« Night & Day »), voire soyeux (« Easy To Love ») de Lamazou. D'une régularité sans faille (« But Not For Me ») Allen et Little forment une paire rythmique harmonieuse : balais caressants et lignes placides (« Night & Day »), chabada frémissant et walking souple (« What Is This Thing Called Love ») parfois parsemée de shuffle entraînants (« Easy To Love »), motifs chaloupés (« C'est magnifique ») et swing garanti (« Just One Of Those Thing »). Le saxophone, la guitare et le piano soulignent le chant avec élégance (« You'd Be So Nice To Come Home To ») en superposant des contrepoints délicats (« I've Got You Under My Skin ») sur la voix de Lamazou. La structure des morceaux suit le schéma couplets - solos - couplets. Les solos de West sont limpides (« What Is This Thing Called Love »), dans une veine shouter (« You'd Be So Nice To Come Home To ») ou aérien (« Just One Of Those Thing »). Campo fait danser sa guitare (« I've Got You Under My Skin »), avec une approche néo-bop (« What Is This Thing Called Love ») décontractée (« But Not For Me »). Rojas est parfaitement en phase avec Campo et son piano enjoué (« Let's Do It ») s'inscrit également dans une lignée bop (« You'd Be So Nice To Come Home To »). Les chorus d'Allen naviguent entre musicalité (« Easy To Love ») et rythme (« What Is This Thing Called Love »). Quant à Little, il n'est jamais démonstratif et ses stop-chorus sont courts et véloces (« C'est magnifique »).

Porté par un quintet irréprochable, le crooner Lamazou peut chanter The Cole Porter Songbook à plaisir...

Le disque

Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook
Jean Michel Lamazou
Jean Michel Lamazou (voc), Chris West (sax), Marco Campo (g), Mike Rojas (p, kbd), Brian Allen (b) et Wes Little (d).
JazzPhonic Records
Sortie le 20 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Night & Day » (4:02).
02. « I've Got You Under My Skin » (4:31).
03. « What Is This Thing Called Love » (4:06).
04. « But Not For Me » (4:21).
05. « Easy To Love » (3:47).
06. « You'd Be So Nice To Come Home To » (4:44).
07. « Just One Of Those Thing » (6:18).
08. « C'est magnifique » (3:38).
09. « Let's Do It » (3:20).
10. « Ev'ry Time We Say Goodbye » (2:30).

Tous les morceaux sont signés Porter.
 

Etat d'âme - Kristof Négrit

Une famille de musiciens et une enfance en Guadeloupe bercée par les rythmes
des Caraïbes, zouk, konpa, biguine, gwoka... prédisposent Kristof Négrit à jouer de la batterie ! Après être passé par la FNEIJMA et le Conservatoire de Jazz de Tourcoing, il monte le quartet Kristof Négrit Experiment qui publie son premier disque, le bien nommé My First, en 2022.

En compagnie d'Illyes Ferfera au saxophone ténor, Julian Caétano au piano et Zacharie Abraham, plus Julianis Négrit aux percussions et Marie Céline Hanquez à la voix, Négrit sort Etat d'âme le 13 mars 2026 chez K'ribéen. Négrit a composé les huit morceaux, en s'associant pour certains avec Xavier Belin, Rudy Boa ou Sylvain Ransy.

La plupart des mélodies d'Etat d'âme sont des thèmes-riffs (« Pani on sèl chimen ») dansants (« Dézékilib ») exposés en chœur (« My First »). « Yéla ! Bwa Jolan » et « Lorsque Loïse s'endormira... » commencent plutôt comme des berceuses, avec, d'ailleurs, des gazouillements et pleurs d'enfant, mais elles ne le restent pas longtemps des chansons douces ! Quant à « Interlude état d'âme », c'est un texte poétique déclamé en douceur. Les développements laissent la part belle aux mouvements d'ensemble (« Mès' 8 ») avec une alternance d'unissons et de contre-chants (« Dézékilib ») et des interactions inspirées comme, par exemple, entre le piano et le saxophone ténor dans « Pani on sèl chimen ». Volontiers lyriques (« My First »), les contrepoints sinueux de Ferfera (« Yéla ! Bwa Jolan ») sont mis en relief par sa sonorité douce et velouté (« Mès' 8 »). Le piano harmonieux de Caétano (« Dézékilib ») navigue entre des interventions mélodico-rythmiques (« My First »), des dialogues piquants entre ses deux mains, auxquels se joint la voix suave du saxophone ténor (« Yéla ! Bwa Jolan »), et des phrases tendues (« Pani on sèl chimen »). La contrebasse d'Abraham, élégante et entraînante (« Etat d'âme »), maintient une carrure solide (« Pani on sèl chimen ») et une pression constante (« Yéla ! Bwa Jolan »). Négrit nage comme un poisson dans l'eau avec les poly-rythmes (« Etat d'âme »). Ses crépitements énergiques (« My First ») et autres cliquetis foisonnants (« Dézékilib ») font danser la musique (« Mès' 8 »), sans étouffer ses compères. D'ailleurs, plutôt que d'être des démonstrations de vélocité, ses stop-chorus mettent l'accent sur la mélodie (« Dézékilib »).

Etat d'âme est un cocktail d'autant plus savoureux de jazz et de musique caribéenne que Négrit et son quartet ont une sonorité personnelle séduisante.

Le disque

Etat d'âme
Kristof Négrit
Illyes Ferfera (ts), Julian Caétano (p), Zacharie Abraham (b) et Kristof Négrit (d, perc), avec Julianis Négrit (perc) et Marie Céline Hanquez (voc).
K'ribéen
Sortie le 13 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Etat d'âme », Négrit & Belin (5:49).
02. « Pani on sèl chimen », Négrit & Boa (5:40).
03. « Yéla ! Bwa Jolan », Négrit (6:14).
04. « My First » Négrit & Ransy (4:06).
05. « Interlude état d'âme », Négrit (1:14).
06. « Dézékilib », Négrit & Ransy (5:29).
07. « Mès' 8 », Négrit & Belin (5:43).
08. « Lorsque Loïse s'endormira... », Négrit (1:44).
 

 

Vertiges de la mue - L'oiseau ravage

L'oiseau ravage est
le duo de la saxophoniste, percussionniste, chanteuse et actrice Charlène Moura (Uzeste Musical, Love Zone, Cie La Muse, Anticyclone Trio...) et du pianiste, chanteur et acteur Marek Kastelnik (Théâtre du jour, Conservatoire de Bordeaux, Méchant Machin, Anticyclone Trio...). Après Déplumé publié en 2022, L'oiseau ravage sort Vertiges de la mue le 20 février 2026 sur leur label, Le bruit du vent dans les arbres.
 
Les neufs morceaux du disque ont été composés par le duo et c'est L'aigle blessé de Rosa Bonheur qui illustre les Vertiges de la mue.
 
Après un carillon cristallin et des crissements, « La cérémonie » démarre entre lyrisme et musique contemporaine. Les notes éparses et une pédale ample du piano esquissent une phrase mélodique que le saxophone alto reprend sur un ostinato obsédant de Kastelnik. A l'image de la musique minimaliste, les boucles du piano se resserrent lentement tandis que Moura se déchaîne peu à peu dans des envolées free. Le deuxième mouvement commence avec des pépiements d'oiseaux, les cordes du piano qui résonnent comme celles d'une harpe et le souffle de la saxophoniste qui siffle comme le vent. Dans ce décor de volière le piano brode une mélodie sur un ostinato implacable et une batterie sourde et régulière. Le duo monte le volume et la tension avec des vocalises lyriques haut perchées, des motifs entêtants du piano, du scat rythmique et une batterie binaire dans un style rock... Les deux voix s'unissent pour un final plein d'humour juste accompagnées par les tintinnabulements du piano.
 
C'est une ambiance rock progressif, voire punk, qui enveloppe « Rosa Bonheur ». La mélodie nostalgique déroulée par Kastelnik est accompagnée des roulements  immuables de la batterie, du chant et des envolées lyriques de Moura, qui passe ensuite au saxophone alto, avec le piano en contre-chant, avant un final fougueux.
 
Thème-riff entraînant, « Faucon toucan » s'inspire derechef des boucles répétitives chères à la musique minimaliste. Soutenu par les accords dansants du piano, le saxophone alto se lance dans des lignes sinueuses et quand la batterie revient dans le jeu, le morceau se tend brutalement. Moura et Kastelnik n'arrêtent pas de jongler avec le suspens dans la construction de leurs morceaux.
 
Les phrases vaporeuses du saxophone alto a capela vont comme un gant à « Reflets iridescents en apesanteur ». Le thème s'apparente à une ode. Le piano s'en empare et le fait swinguer sur fonds de gazouillis. Le discours écorché du saxophone alto, les ostinatos et les lignes touffues du piano, les splash monumentaux de la batterie... tout concourt a créer un climat intense.
 
Avec « Piou » le duo rapproche jazz, musique contemporaine et musique du monde : le piano préparé sonne comme un cordophone et les phrases heurtées du saxophone alto se mêlent aux motifs rythmiques, qui se croisent dans tous les sens.
 
Sur des bruissements et autres effets aériens, Moura et Kastelnik sifflent de concert « Poule d'or ». Les vocalises à l'unisson ou en contrepoint du piano, la batterie binaire et le chant lointain sont très cinégéniques, un peu à la Ennio Morricone... Le morceau, comme la plupart des autres d'ailleurs, est fait de bonds et rebonds ! Son développement évoque une musique de pantomime folle dingue avec des roucoulements lyriques, un piano sautillant qui sonne comme dans un bastringue, une batterie crépitante et des effets sonores bizarroïdes. Quant au final, des nappes de voix douces et lyriques superposées à une pédale du piano, il rappelle à nouveau un peu Morricone.
 
La « Difficile extraction de l'œuf » débute par une succession de phrases courtes et fragiles jouées d'abord a capela par le saxophone alto, puis ponctuées par un piano parcimonieux et qui sonne encore comme un cordophone. Le saxophone alto lie peu à peu ses phrases, le piano assure la basse et la batterie s'immisce dans la partie. L'atmosphère se raidit rapidement avec les motifs staccato du piano, le foisonnement de la batterie et l'emballement du saxophone alto !
 
Des accords sautillants et entraînants du piano annoncent « La vie rêvée des aigles », puis le saxophone alto expose une mélodie ondulée. Le duo la déroule tranquillement jusqu'au moment où le piano retrouve le cirque et des effets bouffons en arrière-plan : sirènes, complaintes, souffles, claquements, vocalises... La conclusion est dans un style rock progressif avec le piano, emphatique ou délicat, qui répond aux vocalises rythmiques.
 
Le « Soleil de plumes » se balance avec mélancolie sous les doigts de Kastelnik. La batterie change la donne avec un démarrage binaire musclé, appuyé par les clameurs et chants de Moura, très expressionnistes, et le touché vigoureux du piano. Vertige de la mue se referme sur les caquètements d'une volière...
 
La musique de L'oiseau ravage est formidablement expressive et donne des vertiges de joie !

Le disque

Vertiges de la mue
L'oiseau ravage
Charlène Moura (as, voc, d, perc) et Marek Kastelnik (p, voc).
Le bruit du vent dans les arbres
Sortie le 20 février 2026

Liste des morceaux

01. « La cérémonie » (10:20).
02. « Rosa Bonheur » (03:32).
03. « Faucon toucan » (03:23).
04. « Reflets iridescents en apesanteur » (07:33).
05. « Piou » (03:23).
06. « Poule d'or » (06:15).
07. « Difficile extraction de l'œuf » (03:59).
08. « La vie rêvée des aigles » (04:03).
09. « Soleil de plumes » (04:10).

Tous les morceaux sont signés L'oiseau ravage.