21 mars 2026

Le Studio de l'Ermitage complet pour Hugo Lippi

Mardi 10 mars 2026, le Studio de l'Ermitage accueille Hugo Lippi à l'occasion de la sortie de Olha Maria le 23 janvier 2026 chez For Musicians Only. Le public est venu en nombre pour célébrer ce sixième album du guitariste, accompagné pour l'occasion par le trio du disque, Gael Rakotondrabe au piano, Laurent Vernerey à la contrebasse et Denis Benarrosh à la batterie. 
 
Le guitariste Hugo Guezbar, invité sur « Alley Cats » et « Up And At It » dans Olha Maria, est également présent au concert. En revanche Fabien Mary remplace Stéphane Belmondo, qui joue sur « Hymne à l'amour » et « Little Sunflower » dans Olha Maria.

Olha Maria
est un hommage au label CTI Records créé en 1967 par Creed Taylor (déjà fondateur d'Impulse!), qui recrute le légendaire Rudy Van Gelder comme ingénieur du son et le célèbre photographe Pete Turner pour les pochettes. Au-delà du jazz mainstream avec des artistes tels que Wes Montgomery, Freddie Hubbard, Paul Desmond, Ron Carter, Herbie Hancock... CTI Records publie également des musiciens populaires à l'instar de George Benson, Bob James, Grover Washington Jr., Hank Crawford, Eric Gale...

Quant à For Musicians Only, c'est un label monté par Manou Pallueau au sein de Caramba Records, inspiré par l'iconique disque éponyme produit par Norman Granz pour Verve en 1957, avec Dizzy Gillespie, Sonny Stitt, Stan Getz, Herb Ellis, John Lewis, Ray Brown et Stan Levey !

Le concert s'articule autour de dix des onze morceau d'Olha Maria plus « Choros n°1 / Bossa Antigua » (tiré de Reflections In B, précédent album du guitariste, en solo, sorti en 2024) et, en rappel, « Everybody Wants To Rule The World ». 
 

Hugo Lippi - Studio de l'Ermitage - 10 mars 2026 © PLM


Lippi débute le concert a capela en brodant élégamment autour de l'« Hymne à l'amour », le tube d'Edith Piaf et Marguerite Monnot sorti en 1950, puis débouche sans transition sur « Still Crazy After All These Years », chanson de Paul Simon pour l'album éponyme publié en 1975. La rythmique décontractée souligne tranquillement les contre-chants du piano et de la guitare, qui glissent quelques accents bluesy. Pour « Do It Again », la composition de Donald Fagen et Walter Becker pour Can't Buy A Thrill, le premier album de Steely Dan en 1972, la batterie part dans des frappes binaires puissantes et la contrebasse gronde, tandis que piano et guitare poursuivent leur dialogue groovy. L'accompagnement du piano est savoureux : réparties malignes et phrases inspirées servies par un touché clair, précis et ferme. Les chorus enjoués de Rakotondrabe et Lippi, dont le timbre rappelle Montgomery, restent dans un esprit hard bop.
 
Gael Rakotondrabe, Denis Benarrosh & Laurent Vernerey - Studio de l'Ermitage - 10 mars 2026 © PLM
 
Après avoir présenté le quartet, Lippi rappelle que l'enregistrement de Olha Maria s'est déroulé dans le Studio CBE, rue Championnet, dans le dix-huitième arrondissement de Paris. Ce studio mythique monté par Georges Chatelain, Janine Bisson et Bernard Estady en 1966, a vu défiler entre autres Nino Ferrer, Johnny Hallyday, Paul Simon, Michel Sardou, Claude François, Françoise Hardy, Patricia Kaas...

C'est le trio guitare - piano - contrebasse qui interprète « Olha Maria », morceau qu'Antônio Carlos Jobim a enregistré en 1970 pour CTI Records dans Stone Flower, avec Hubert Laws à la flûte et qui sera mis en paroles l'année suivante par Chico Buarqe dans Construçao. Une ligne sobre de la contrebasse, parsemée de shuffle, souligne les lignes sinueuses de la guitare, à la sonorité acoustique, et les envolées lyriques du piano. Fabien Mary rejoint le quartet pour « Little Sunflower », thème d'Hubbard au programme de Backlash, publié chez Atlantic en 1967, avec, là encore, un flûtiste : James Spaulding. Le riff musclé de la contrebasse et les frappes vigoureuses de la batterie sur ses peaux produisent un rythme aux couleurs latino, un peu comme l'original, avec Ray Barretto aux percussions. Après l'exposé du thème à l'unisson dans la plus pure tradition hard bop et des échanges habiles entre les trois solistes, Mary part dans un chorus virtuose, mélange de tension et de détente. Rakotondrabe embraye avec la même énergie. Lippi s'efface devant ces solistes et se contente de leur donner la réplique.

Fabien Mary & Hugo Guezbar
Studio de l'Ermitage - 10 mars 2026 © PLM
Le guitariste joue a capela le « Choros n°1 », hommage à Heitor Villa-Lobos qui a composé le « Chôro tipico brasileiro » en 1920, avant les quatorze suivants... Sonorité acoustique, phrases véloces, complexité rythmique et discours raffiné sont au rendez-vous. Il enchaîne sur un tribut à Desmond, l'ironique « Bossa Antigua », morceau-titre d'un disque de 1964 avec Jim Hall, autre référence de Lippi. Des envolées agiles sont interrompues par des suites d'accords et l'ensemble du morceau balance de bout en bout.

Le quartet se retrouve pour « Babooshka », le hit de Never For Ever que Kate Bush a enregistré en 1980 dans les légendaires studios Abbey Road. Des effets éthérés de la guitare et une rythmique binaire déliée accompagnent le piano, tout en délicatesse. Les lignes subtiles de Lippi, mises en relief par les motifs intercalés de Rakotondrabe, swinguent avec décontraction, et le solo du pianiste est particulièrement inspiré. L'« Etude Op 8, N°2 », a cappricio con forza, fait partie des douze études de l'opus 8 qu'Alexandre Scriabine a composé en 1894 et 1895. Elle permet à Rakotondrabe de s'évader dans un style romantique mélodieux à souhait, avant de lancer le morceau dans une veine bop. La walking de Vernerey et les rim shots de Benarrosh soutiennent les développements néo-bop enjoués de la guitare et du piano. « Spolète », ville italienne en Ombrie et composition de Lippi, est une ballade gracieuse et chaloupée aux accents latins. Sur une rythmique inamovible, après un solo détendu de la guitare, le piano part dans le registre aigu pour un mouvement astucieux et bien cadencé. Guezbar rejoint le quartet pour « Up And At It ». Cette pièce de Montgomery est au répertoire de Down Here On The Ground, disque produit par Taylor pour CTI Records en 1968. La contrebasse vrombit, la batterie rugit et le piano fait claquer ses accords pour accompagner les deux guitares, qui exposent le thème à l'unisson avant de décoller à toute allure pour dérouler des solos qui rivalisent d'adresse. Avec son discours néo bop impétueux, le piano n'est pas en reste non plus.

Le bis est une ballade apaisée entre Lippi et Rakotondrabe sur « But Beautiful », chanson écrite en 1947 par Jimmy Van Heusen et Johnny Burke. Le duo met du swing dans ses dialogues et fait penser au Undercurrent de Bill Evans et Hall. En deuxième rappel, le quartet reprend un autre best-seller de la variété : « Everybody Wants To Rule The World » de Tears For Fears pour leur deuxième disque, The Big Chair, sorti en 1985.

Olha Maria est un disque mémoire authentique et le concert est généreux car Lippi joue ce qu'il aime et aime ce qu'il joue. Et ça s'entend !

 

18 mars 2026

Les notes de la marée de mars


Chaque mois, Les Notes de la Marée vous présentent les disques, livres, films et autres reçus par Jazz à bâbord.

Voici des albums à découvrir au mois de mars...

Simple Things - Murat Öztürk

Passé par la Bill Evans Piano Academy, Murat Öztürk compte sept disques à son actif : Söyle (2001), Candies (2005), Crossing My Bridge (2009), Improvisions (2010), Dün (2014), Aïna (2022), et MÖP City (2025).

Le 13 février 2026, Öztürk sort Simple Things en compagnie d'une paire rythmique proverbiale : Thomas Bramerie à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie. Le pianiste a également convié le trompettiste Patrice Lerech, le corniste Franck Leroy, plus les voix de David Linx et Sascha Ley. Les deux compositions instrumentales et les sept airs sont signés Öztürk, mais il a laissé Linx et Ley écrire les paroles de leurs chants respectifs. Chaque morceau suit le format chanson, autour de trois minutes.

Les mélodies de Simple Things fleurent bon l'intimité (« Run »), voire une certaine mélancolie, quand la voix et le piano se retrouvent en duo (« Quiet Now », « Impermanent Horizons »). Les thème-riffs se parent d'accents pop (« The Lady Of The Fountain »), voire bluesy ou folk (« Simple Things »). A capela dans « What Comes What Goes », les deux mains d'Öztürk entrelacent leurs voix avec d'ingénieuses ruptures mélodiques et rythmiques. Les lignes sobres et moelleuses de la trompette soutenues par les contre-chants du piano forment un écrin élégant comme, par exemple, dans le morceau instrumental « Septembre ». Les chœurs aériens du cor et de la trompette bouchée soulignent le timbre chaud (« Simple Things ») ou feutré (« Quiet Now ») d'Öztürk, accentuent le côté pop (« Run ») et apportent de l'épaisseur aux textures sonores (« The Sign »). Les contrepoints et unissons du piano, alliés à une contrebasse - batterie  dynamique, mettent en valeur « The Lady Of The Fountain », chanson typique « Lynxienne » avec ses modulations, pirouettes rythmiques, sauts d'intervalles, dissonances et autres vocalises. En duo avec Öztürk dans « On The Overpass », Lynx laisse libre court à la sophistication de son chant. Même délicatesse du piano quand il accompagne la voix grave, chaude et légèrement rauque de Ley pour interpréter le raffiné « Impermanent Horizons ». Avec ses lignes souples émaillées de shuffle entraînants sur des crépitements gracieux (« Septembre »), son énergie infaillible (« Run »), ses motifs chaloupés et groovy (« Simple Things »), ses phrases foisonnantes et dansantes (« The Sign »), la rythmique Bramerie et Agulhon va comme un gant à Simple Things.

A l'image du titre de l'album, Öztürk propose des petites pièces personnelles, des choses simples auxquelles il fait bon revenir de temps en temps...

Le disque 

Simple Things
Murat Öztürk
Murat Öztürk (p), Thomas Bramerie (b) et Franck Agulhon (d), avec David Linx (voc), Sascha Ley (voc), Patrice Lerech (tp) et Franck Leroy (cor).
Mözarts - MOZ0125
Sortie le 13 février 2026

Liste des morceaux

01. « Septembre », Öztürk (2:49).
02. « The Lady Of The Fountain », Öztürk & Linx (2:56).
03. « Impermanent Horizons », Öztürk & Ley (3:29).
04. « Simple Things », Öztürk (3:38).
05. « Run », Öztürk (3:57).
06. « On The Overpass », Öztürk & Linx (2:22).
07. « The Sign », Öztürk (3:25).
08. « Quiet Now », Öztürk (3:12).
09. « What Comes What Goes », Öztürk (2:34).

Retour aux notes de la marée... 

 

Tempus - Laura Perrudin

Laura Perrudin est une véritable artiste-orchestre : elle joue de la harpe, de la guitare, du piano et des percussions, programme de l'électro, chante, dirige des groupes (Perspectives & Avatars en 2020, Doksha en 2024) et, bien entendu, compose, dessine et écrit... Depuis Impressions (2015), elle a enregistré la plupart de ses albums en solo : Poisons & Antidotes (2017), Live Feat. The Ghost Orchestra (2023) et Tempus, qui sort le 23 janvier 2026 chez BMC Records.

Les paroles et musiques des quatorze morceaux sont évidemment signés Perrudin, sauf « Cruauté », dont le texte est un collage réalisé à partir de poèmes de Laura Vazquez, tirés de Vous êtes de moins en moins réels.

Même si Perrudin utilise ça-et-là la structure couplets - refrain, les chansons adoptent des formats libres, plus en ligne avec sa volonté de ne pas « contorsionner la forme à une idée pré-conçue ou à des habitudes conceptuelles ». La voix claire, dans une tessiture plutôt aiguë (« Reverse ») s'élève, diaphane (« Le Point du Temps »), aérienne (« La Lie ») ou vaporeuse (« Cruauté »). Les chansons à texte (« Rhinocéros ») parfois presque psalmodiées (« C’est vous qui passez »), peuvent évoquer du folk (« Utempia ») ou de la pop (« Time Creases ») alternatives. Perrudin accompagne ses chants de constructions rythmiques variées aux accents world music : riffs joués à la guitare (« Black Light »), motifs rythmiques égrenés par la harpe (« Meaning »), leitmotiv percussifs (« Le Nerf de la Guerre »), ostinato (« Cruauté »), pédales (« Utempia »), cellules répétitives (« Je n’oublie Personne »), boucles entraînantes (« Time Thieves »)...

Tempus est comme un recueil de poèmes intimes, autant de réflexions sur le temps qu'on ne prend plus...

 

Le disque 
 
Tempus 
Laura Perrudin
Laura Perrudin (harp, g, voc).
BMC Records - BMC CD 353
Sortie le 23 janvier 2026

Liste des morceaux

 
01. « Utempia » (4:48).
02. « Reverse » (3:14).
03. « Time Creases » (4:30).
04. « Le Point du Temps » (3:59).
05. « Cruauté » (4:28).
06. « Time Thieves » (3:36).
07. « Black Light » (4:57).
08. « See » (3:55).
09. « La Lie » (3:32).
10. « Le Nerf de la Guerre » (3:44).
11. « Rhinocéros » (3:51).
12. « Je n’oublie Personne » (2:39).
13. « Meaning » (4:12).
14. « C’est vous qui passez » (3:10).

Tous les morceaux sont signés Perrudin.



There Is Another Way - Trio ETE

C'est en 1989 qu'Andy Emler monte le MegaOctet et en 2002 qu'il propose à la rythmique de l'orchestre - Claude Tchamitchian à la contrebasse et Eric Echampard à la batterie - de former le trio ETE. Leur premier opus, Tee Time sort en 2003, suivi de A quelle distance en 2006, Sad and Beautiful en 2014 et The Useful Report en 2022. Le 24 mars 2026 le trio publie son cinquième disque, There Is Another Way, enregistré par Gérard de Haro sur le label La Buissonne.

There Is Another Way propose sept pièces composées par Emler, sans unité de temps puisqu'elles durent d'une à dix minutes, au gré des idées. 
 
Lent et majestueux, « There Is Another Way » évoque d'abord une marche lugubre, accentuée par le bourdon continu de la contrebasse à l'archet. Typique de la musique du trio, voix et rythmes finissent par s'entrecroiser et s'amplifier, poussées par les frappes de plus en plus serrées de la batterie, les boucles puissantes du piano et les grondements de la contrebasse, jusqu'à déboucher sur une ambiance rock prog imposante.  
 
« Incipit » démarre aussi du côté obscur avec le piano et la contrebasse à l'unisson, puis le trio s'engage dans des questions-réponses entre le piano et la contrebasse, arbitrées par les cliquetis vifs de la batterie.  
 
« Drums Habits Die Hard » résume bien la musique d'ETE ! Le premier mouvement est tendu avec des riffs obsédants, des pédales entêtantes, des roulements enivrants, des motifs sombres et un enchevêtrement grisant de boucles. Le deuxième mouvement commence d'abord dans un style contemporain rythmique, que la batterie, fougueuse et foisonnante, finit par faire exploser, à la grande joie du piano et de la contrebasse qui l'encouragent dans sa démesure. 
 
Le piano a capela entame le troisième mouvement dans un esprit de musique contemporaine, avant un développement plus mélodieux, porté par la pédale de la contrebasse et les frappes mates de la batterie. Là encore les habitudes de la batterie ont la vie dure : Echampard fait monter la tension avec un jeu véloces et monumental qui ramène au rock prog. 
 
L'énorme son et les phrases chantantes de la contrebasse introduisent « Enough » dans un style presque « ethnique ». Le morceau balance calmement presque comme une berceuse. Le piano swingue sur le crépitement des cymbales et les lignes souples de la contrebasse, puis emmène le trio dans un mouvement d'ensemble crescendo théâtral, dans lequel la vigueur du rock, l'architecture du jazz et la modernité des discours se côtoient dans un feu d'artifice musical digne d'un Power Trio ! 
 
Le début abrupt de « The Hard Way » s'inscrit de nouveau dans un style rock alternatif, avec un thème-riff intense, un motif dansant de la contrebasse, un jeu rythmique du piano et une batterie vigoureuse et luxuriante. Les dissonances, modulation, contre-chants et autres jeux en accords ajoutent beaucoup de relief à la musique d'ETE. Intermède lyrique, « There Is Our Way » s'étire sur le grondement de l'archet. 
 
Comme la plupart des autres morceaux du disque « Mess Around The Mood » joue effectivement avec les ambiances en juxtaposants différents tableaux. Le premier tableau est un patchwork contemporain de notes heurtées, tintements touffus, glissandos aigus, ostinatos en chœur, carrure massive... Le deuxième tableau commence comme une fugue, se poursuit sur des boucles qui aboutissent à un maelstrom groovy. Après une transition aux cymbales, le dernier tableau retrouve un climat solennel plein d'emphase.

La liberté, l'égalité et la fraternité qu'incarne la musique de There Is Another Way font de cet album un incontournable et d'ETE, un trio providentiel !

Le disque

There Is Another Way
Emler - Tchamitchian - Echampard
Andy Emler (p), Claude Tchamitchian (b) et Eric Echampard (d).
Label La Buissonne - RJAL397053
Sortie le 24 mars 2026

Liste des morceaux

01. « There Is Another Way » (4:58).
02. « Incipit » (2:37).
03. « Drums Habits Die Hard » (9:19).
04. « Enough » (10:47).
05. « The Hard Way » (5:12).
06. « There Is Our Way » (1:21).
07. « Mess Around The Mood » (10:21).

Tous les morceaux sont signés Emler. 
 

Arada - Eténèsh Wassié Trio

Chanteuse éthiopienne,
Eténèsh Wassié rencontre le groupe toulousain Le Tigre (des platanes) en 2006 lors d'un festival d'éthio-jazz à Addis-Abeba. Ils enregistrent ensemble Zèraf ! qui sort chez Buda Music en 2008. La chanteuse et Mathieu Sourisseau, ex-bassiste du Tigre (des platanes), continuent de coopérer sur Belo Belo (2010) et Yene alem (2018), accompagnés de combos à géométrie variable. Pour Arada, leur quatrième disque en commun publié le 20 mars 2026 sur le label Mr Morezon, Wassié et Sourisseau font appel au contrebassiste Sébastien Bacquias, avec le batteur Fabien Duscombs (également membre du Tigre (des platanes) et le violoniste Mathieu Werchowski.

Les dix morceaux au programme d'Arada ont été composés par Sourisseau, arrangés par le trio, mis en paroles par Wassié à partir de chants éthiopiens traditionnels et ils respectent le format chanson, à savoir une durée moyenne de quatre minutes. Le chant de Wassié rappelle souvent celui des griots comme, par exemple, le récitatif a capela de « Akalé ». Souvent déclamatoire (« Etetou »), incantatoire (« Belou Endji »), forte et perçante (« Cheguitou »), la voix de Wassié est d'une expressivité exacerbée, comme les jeux de bouches, les souffles et autres expirations dans « Yené Alem », une sorte de blues violent. Les variations comportent de nombreuses modulations (« Arada ») aux couleurs moyen-orientales (« Tezeta »). Wassié passe aussi d'une prière solennelle (« Antchi Hoyé ») à des vocalises rapides et intenses (« Etetou ») ou un duo intimiste avec la guitare basse (« Be Shewa »)qui évoque presque davantage les Indiens d'Amérique que les Amharas d'Ethiopie... Toujours plutôt denses (« Yené Alem »), les ambiances sont tour à tour majestueuses, a fortiori quand la contrebasse et le violon sont joués à l'archet (« Tezeta »), entraînantes (« Belou Endji »), théâtrales (« Antchi Hoyé »), mais aussi ethio-jazz, portées par le chœur des basses et la batterie déchaînée (« Antchi Hoyé »), voire même rock alternatif (« Etetou ») ou free (les embardées du violon dans « Yené Alem ») ! Pour accompagner Wassié, le quartet installe des polyrythmies entraînantes (« Cheguitou ») et répétitives (« Etetou »), avec des riffs (« Tezeta »), boucles (« Arada »), ostinatos (« Belou Endji »), pédales (« Antchi Hoyé »), jouées à l'unisson (« Etetou ») ou en contrepoints (« Belou Endji ») par les cordes. Pour parfaire le décor, la batterie ajoute ses roulements vifs (« Belou Endji »), ses frappes luxuriantes (« Yené Alem ») et sa puissance foisonnante (« Antchi Hoyé »).

Les chants d'Arada ressemblent à des poèmes mis en musique, que Wassié et ses compères électrisent !

Le disque

Arada
Eténèsh Wassié Trio
Eténèsh Wassié (voc), Sébastien Bacquias (b) et Mathieu Sourisseau (bg), avec Fabien Duscombs (d) et Mathieu Werchowski (vl).
Mr Morezon - Mr Morezon 42
Sortie le 20 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Tezeta » (4:43).
02. « Cheguitou » (3:38).
03. « Yené Alem » (3:01).
04. « Arada » (3:24).
05. « Belou Endji » (4:17).
06. « Sela » (3:25).
07. « Antchi Hoyé » (5:24).
08. « Etetou » (3:56).
09. « Be Shewa » (4:47).
10. « Akalé » (4:00).

Tous les morceaux sont signés Sourisseau.
 

 

Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook - Jean Michel Lamazou

Jean Michel Lamazou
est à la fois chanteur et producteur de musique. Le 20 mars 2026, il publie le premier volume d'une trilogie consacrée aux songbooks emblématiques du jazz. Enregistré dans les Blackbird Studios à Nashville, aux Etats-Unis, Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook est produit par Bryan Clark et sort chez JazzPhonic Records.

Lamazou se fait accompagné par un quintet composé de Marc Campo à la guitare (Michel Zenino, Philippe Soirat, Didier Ithursarry, Jacques Vidal...) et de musiciens établis à Nashville habitués des Blackbird Studios : Chris West aux saxophones soprano et ténor, Mike Rojas aux claviers, Brian Allen à la basse et Wes Little à la batterie. Les dix morceaux du répertoire sont évidemment tous des tubes de Porter.

Quatre ballades sont interprétées dans un style bossa nova (« I've Got You Under My Skin », « But Not For Me », « Just One Of Those Thing » et « Let's Do It ») et les six autres restent dans l'esprit de Broadway. Reprises à la lettre, les mélodies sont servies par le timbre chaud (« I've Got You Under My Skin »), parfois légèrement feutré (« Night & Day »), voire soyeux (« Easy To Love ») de Lamazou. D'une régularité sans faille (« But Not For Me ») Allen et Little forment une paire rythmique harmonieuse : balais caressants et lignes placides (« Night & Day »), chabada frémissant et walking souple (« What Is This Thing Called Love ») parfois parsemée de shuffle entraînants (« Easy To Love »), motifs chaloupés (« C'est magnifique ») et swing garanti (« Just One Of Those Thing »). Le saxophone, la guitare et le piano soulignent le chant avec élégance (« You'd Be So Nice To Come Home To ») en superposant des contrepoints délicats (« I've Got You Under My Skin ») sur la voix de Lamazou. La structure des morceaux suit le schéma couplets - solos - couplets. Les solos de West sont limpides (« What Is This Thing Called Love »), dans une veine shouter (« You'd Be So Nice To Come Home To ») ou aérien (« Just One Of Those Thing »). Campo fait danser sa guitare (« I've Got You Under My Skin »), avec une approche néo-bop (« What Is This Thing Called Love ») décontractée (« But Not For Me »). Rojas est parfaitement en phase avec Campo et son piano enjoué (« Let's Do It ») s'inscrit également dans une lignée bop (« You'd Be So Nice To Come Home To »). Les chorus d'Allen naviguent entre musicalité (« Easy To Love ») et rythme (« What Is This Thing Called Love »). Quant à Little, il n'est jamais démonstratif et ses stop-chorus sont courts et véloces (« C'est magnifique »).

Porté par un quintet irréprochable, le crooner Lamazou peut chanter The Cole Porter Songbook à plaisir...

Le disque

Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook
Jean Michel Lamazou
Jean Michel Lamazou (voc), Chris West (sax), Marco Campo (g), Mike Rojas (p, kbd), Brian Allen (b) et Wes Little (d).
JazzPhonic Records
Sortie le 20 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Night & Day » (4:02).
02. « I've Got You Under My Skin » (4:31).
03. « What Is This Thing Called Love » (4:06).
04. « But Not For Me » (4:21).
05. « Easy To Love » (3:47).
06. « You'd Be So Nice To Come Home To » (4:44).
07. « Just One Of Those Thing » (6:18).
08. « C'est magnifique » (3:38).
09. « Let's Do It » (3:20).
10. « Ev'ry Time We Say Goodbye » (2:30).

Tous les morceaux sont signés Porter.