06 octobre 2026

BenArt Ensemble featuring Baptiste Herbin

Après avoir créé la société de production Scène Libre il y a une quinzaine d’années, puis le label BenArt Records, Benoît Artiphel forme le BenArt Ensemble en 2023. Ce septet s’articule autour de Baptiste Herbin au saxophone alto, Amina Mezaache aux flûtes, Laurent Avenard-Kohler à la guitare, Alexis Bajot-Nercessian aux claviers, Artuphel à la basse, Nils Wekstein aux percussions et Antoine Banville à la batterie. Leur premier opus éponyme sort le 17 septembre 2026 et, pour l’occasion, le BenArt Ensemble a invité Céline Bonacina sur six morceaux.


Onze des treize morceaux au programme sont signés BenArt Ensemble et les deux restants sont des compositions d’Herbin. Les thèmes-riffs sont dansants (« Namou ») dans des ambiance soul (« Barsoom »), funky (« B-Galaxy »), voire reggae (« Yoyo »). Les musiques latino s’invitent également au bal (« Shaloupe »), des Caraïbes (« Shaanti ») au Brésil (« Samba Sem Saída ») en passant par Cuba (« Miss My Woods » avec ses airs de bolero), mais aussi un petit crochet par l’Afrique du nord (« Afrobate »). Dans ces environnements il n’est donc pas étonnant que la rythmique soit groovy (« Barsoom »), avec les poly-rythmes de la batterie, foisonnants (« Namou ») et puissants (« Afrobate »), renforcés par les percussions luxuriantes (« Nagg »), les leitmotiv de la clave (« Samba Sem Saída »), les riffs entraînants des claviers (« Yoyo »), les lignes chaloupées de la basse (« Shaloupe »)… Dans les développements, les superpositions de voix (« Miss My Woods ) alternent avec des unissons dansants (« Barsoom »), solistes et chœurs se répondent vigoureusement (« Shaloupe »), les dialogues se succèdent, tantôt élégants (« Namou »), tantôt vifs (« Shaloupe »), des nappes d’accords aériennes soulignent les phrases virevoltantes des musiciens (« B-Galaxy ») et les musiciens font monter la tension dans des mouvements d’ensemble intenses (« Nagg »). Quant aux chorus, ils rivalisent d’énergie : envolées de shouter (« Barsoom »), contrepoints robustes (« Shaloupe ») et circonvolutions sinueuses pleine de groove (« Nagg ») et de danse (« Yoyo ») pour l’alto ; lyrisme aux accents latinos (« Quantus »), phrases fiévreuses (« Afrobate ») et embardées latinos (« Shaloupes) pour la flûte ; mouvement groovy (« Namou ») et dansant (« Yoyo »), parfois dans un style rock hero (« Nagg »), avec des effets de saturation (« Shaanti ») pour les claviers ; digressions jazz rock (« Shaanti »), fulgurances funky (« Barsoom ») et groovy (« Shaloupe »), avec des effets wawa vintage (« Barsoom ») pour la guitare.

BenArt Ensemble propose une fusion impétueuse de jazz et de funk, épicée de musiques sud-américaines : un cocktail flamboyant et excitant !

Le disque

BenArt Ensemble
Featuring Baptiste Herbin
Amina Mezaache (fl), Baptiste Herbin (as), Laurent Avenard-Kohler (g), Alexis Bajot-Nercessian (kbd), Benoît Artuphel (b), Nils Wekstein (percu) et Antoine Banville (d), avec Céline Bonacina (bs).
BenArt Records
Sortie le 17 septembre 2026

Liste des morceaux

01. « Barsoom » (7:03).
02. « Miss My Woods », Herbin (5:52).
03. « Quantus » (3:44).
04. « B-Galaxy » (4:41).
05. « Shaloupe Intro » (0:55).
06. « Shaloupe » (5:09).
07. « Coda Shaloupe » (2:31).
08. « Nagg » (7:22).
09. « Samba Sem Saída » (3:27).
10. « Namou » (5:45).
11. « Shaanti » (3:51).
12. « Yoyo », Herbin (8:30).
13. « Afrobate » (6:16).

Tous les morceaux sont signés BenArt Ensemble sauf indication contraire.


A la découverte d’Hasse Poulsen

Hasse Poulsen © PLM
Basé à Paris depuis une trentaine d’années Hasse Poulsen balade sa guitare par monts et par vaux de Das Kapital à Klakki en passant par Sound of Choice et moult autres coopérations avec Hélène Labarrière, Fabien Duscombs, Thomas Fryland, Henrik Simonsen… pour n’en citer que quelques unes. La sortie de Too Old To Die Young le 14 octobre 2026 est une excellente occasion pour partir à la découverte de ce musicien-expérimentateur...


La musique

J’ai découvert le jazz quand j’étais enfant : mon oncle jouait de la guitare et me donnait des vinyles de Fats Waller, Jelly Roll Morton ou des Hot Five de Louis Armstrong. J'avais joué du violon pendant cinq ans, mais ça ne m'intéressait pas du tout ! À treize ans je me suis acheté une guitare et à partir de ce jour-là je me suis mis à jouer tout le temps… J’ai eu beaucoup de professeurs : Tom Bailey pour la chanson, Christian Sievert pour le flamenco, Karsten Houmark pour le jazz contemporain… Ensuite j’ai étudié un an au Berklee College of Music, puis passé le diplôme du Conservatoire National des Musiques Improvisées Rythmiques à Copenhague et travaillé deux ans la composition avec Bent Sørensen. À vingt-cinq ans, je ne voulais plus qu'on me dise ce que je devais faire… Par la suite la découvertes des musiques d’Arnold Schoenberg et de Derek Bailey m'a libéré de l’emprise de cinq guitaristes incroyables : John Abercrombie, Pat Metheny, Mike Stern, avec qui j'ai pris une leçon, Bill Frisell et John Scofield…

Cela dit j’ai été influencé par tellement de musiciens ! Les cinq grands que je viens de citer, bien sûr, mais aussi Joe Pass, Ed Bickert, Fred Frith, AMM, Bob Dylan, les Beatles, Paul Simon, Paquito d'Rivera, György Ligeti, Conlon Nancarrow, Per Nørgård, Pelle Gudmundsen-Holmgreen. John Coltrane, Miles Davis, Duke Ellington, Archie Shepp (Horace Parlan était mon prof au conservatoire...), Big Bill Broonzy, Cornelis Vreeswik, Jacques Brel, Roof & Four Walls, Louis Sclavis, bien sûr, Joëlle Léandre, Butch Lacy et peut-être près de dix mille autres !


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Le mot jazz peut être vu sur deux niveaux : d'abord c'est un style de musique avec des éléments identifiable (improvisation, instrumentation etc.), mais c’est aussi une culture : un espace où chaque musicien peut suivre et développer ses propres techniques, esthétiques et intuitions, un espace où l'on existe seulement quand on développe son propre langage. Quand on dit « je joue du jazz », on joue du jazz !

Pourquoi la passion du jazz ? Ça m'a touché... Non : le Jazz m'a frappé !

Où écouter du jazz ?  
Debout, assis, couché.
Concentré.
En rêvant...

Hasse Poulsen © PLM
 
Comment découvrir le jazz ? Il faut suivre les recommandations des amoureux du jazz.

Une anecdote autour du jazz ? Seulement une ? Ce n’est pas sérieux !
 
Bon, alors lors d'un concert d’Art Blakey et des Jazz Messengers en 1984, Blakey a répété plusieurs fois : « support the industry: buy a record every month! »
 
Autre anecdote : lors d'un concert en duo de Joe Pass et Niels-Henning Ørsted-Pedersen, Niels-Henning commence à jouer des accords sur sa contrebasse et là – j'était assis tout devant – j'entends Joe murmurer :  « Now we both need a bass player »…


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un canard,
Si j’étais une fleur, je serais une anémone,
Si j’étais un fruit, je serais mûr,
Si j’étais une boisson, je serais forte,
Si j’étais un plat, je serais gratuit,
Si j’étais une lettre, je serais sans destinataire précis,
Si j’étais un mot, je serais un alphabet,
Si j’étais un chiffre, je serais 12,
Si j’étais une couleur, je serais gris,
Si j’étais une note, je serais très longue...


Les bonheurs et regrets musicaux

Ma plus belle réussite musicale est de toujours découvrir de nouveaux univers sonores. Quant à mon plus grand regret, c’est de ne pas pouvoir écouter des enregistrements avec Johann Sebastian Bach aux claviers et ne pas pouvoir dire à John Coltrane à quel point il a enrichi ma vie...


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Tous.

Quels livres ? Le Loup-Garou d'Aksel Sandemose.

Quels films ? All That Jazz, Singing In The Rain, Mephisto, Cabaret, Picassos äventyr et A Clockwork Orange.

Quelles peintures ? Non, mais !


Les projets

Écrire de la musique inouïe et la jouer avec des super musiciens… Et faire comprendre aux « dirichiants » politiques ce qu'est l'art et la culture ! Mais aussi de créer un marché pour la musique, maintenant que le streaming l'a rendu gratuite…


Trois vœux…

Paix

Passion

Tolérance



04 octobre 2026

Les Allumées du jazz font un tour au Studio Sextan

Le 20 septembre 2026 le Studio Sextan à Malakoff accueille Les Allumés du jazz font détours pour toute une après-midi de concerts, débats, conférences, projections et rencontres.

Les Allumés font détours s’inscrit dans la continuité des Ronds-points, Salons et autres Allumés du solo. Le 19 septembre ils investissent Trois Palis, le 4 octobre ils seront aux Halles des Blancs Manteaux à Paris, le 17 octobre au Lieu Tranquille à Noisy-le-Sec et, le 20 septembre, c’est donc La Fonderie qui les reçoit. Les Allumés du jazz organise l’événement au Studio Sextan avec les labels PeeWee!, Nato et RogueArt.

Au programme : Le son décisif, une conférence avec Daniel Deshays, Vincent Mahey et Pierre Tenne, le trio Aymeric Avice, Benjamin Duboc et Ramón López, le duo Sophia Domancich et Simon Goubert, une conférence sur l’intelligence artificielle par Patrick Albert et, pour terminer, le duo Keyvan Chemirani et Hamed Zoheir.
 

 

Le son décisif
Daniel Deshays, Vincent Mahey et Pierre Tenne

Tenne anime le débat autour de l’enregistrement, la prise de son, la réalisation sonore… Juste retour des choses puisque la manifestation se déroule dans un studio ! Professeur des universités et essayiste, Deshays a beaucoup travaillé pour le théâtre et le cinéma, sans oublier les enregistrements de disques, bien entendu, notamment pour Nato. Quant à Mahey, il a commencé par la sonorisation de concerts avant de créer le Studio Sextan et le label PeeWee!.

Comment nommez-vous votre métier ?

« Innommable » déclare immédiatement Deshays ! Parce que la nature de ce métier dépend du champs d’action : musique, cinéma, théâtre ou autre. C’est pour cela que c’est plutôt une « fonction » qu’un métier à proprement parler. Mahey abonde également dans ce sens : « il y a beaucoup de métiers dans le son… » Les deux protagonistes se penchent ensuite sur l’enregistrement. Pour Deshays, « l’enregistrement c’est rendre officiel le disque ». Ils s’accordent sur le fait qu’enregistrer c’est organiser des sources sonores dans un espace choisi, ou pas, et dans une évolution temporelle, car, comme le constate Mahey, « le son, ça bouge et c’est insaisissable ». Pourtant « on parle de prise de son, restitution, fabriquer une image sonore... » comme s’il s’agissait d’un matériau tangible. Sans oublier que l’enregistrement vise à fixer une partie du réel et que c’est là toute la difficulté. Qui plus est dans les musiques créatives où il y a une obsession du réel, de la restitution la plus fidèle possible d’une atmosphère sonore, « une quête éperdue » selon Mahey. 
 
Vincent Mahey, Pierre Tenne & Daniel Deshays – Studio Sextan - 20 septembre 2026 © PLM
 
« Accorder l’espace »

Le rapport entre espace et son passionne Mahey et Deshays car, comme le souligne ce dernier, « le jeu de la mésentente entre les sources et les lieux, est un jeu extraordinaire » et, somme toute, « enregistrer, c’est aussi mettre en scène ».

Mahey parle d’« accorder l’espace », qui revient à attraper le son de l’instrument dans l’endroit où il se trouve de manière la plus homogène possible. Dans le cadre d’un concert, il explique que sa fonction est « de prendre le son et de le projeter simultanément », autrement dit, de perturber une image sonore naturelle en y ajoutant d’autres masses sonores qui doivent se mélanger harmonieusement. Ce qui est particulièrement vrai pour les musiques acoustiques parce qu’il y a toujours ce besoin de véracité, de respecter les dynamiques et les timbres. Et de citer l’exemple des concerts de John Coltrane dans des grandes salles où le spectateur n’entendait pas une note de contrebasse, sans être gêné le moins du monde. Ce qui ne serait plus envisageable aujourd’hui. Étant donné que la sonorité varie d’une salle à l’autre – Pleyel n’est pas le Café de la danse – « accorder l’espace » c’est prendre les sensations de la salle pour la rendre harmonieuse. Il faut, par exemple, commencer par repérer les modes propres qui sont liés à la géométrie de la salle et qui peuvent sur-amplifier les basses fréquences. Mahey constate d’ailleurs que faire le son d’un studio est très long, voire sans fin ! Et de constater que « la salle est un musicien supplémentaire »… qu’il faut accorder !

Pour Deshays, tout démarre avec les sources sonores, « Bach et Strauss ne s’enregistrent pas de la même manière », et les lieux sont choisis en fonction des œuvres musicales à enregistrer. Ce qu’il illustre en évoquant un enregistrement pour Nato de Jac Berrocal… dans une porcherie ! Deshays remarque ensuite que c’est différent au cinéma car les lieux changent tout le temps, sans être nécessairement les mieux adaptés pour le son. Il cite l’exemple de l’enregistrement d’une chorale lors du tournage de Comme une image (2004) d’Agnès Jaoui : le meilleur endroit pour la sonorité de la chorale ne convenait pas à la réalisatrice pour sa scène, donc il a dû utiliser le playback !

L’interprétation et la décision : le son décisif

Mahey note que l’ingénieur du son a le choix des équilibres et que, dans ce sens, il est un interprète même si « le besoin du réel poursuit le preneur du son. » Sans oublier que l’équilibre sonore dépend de la musique qui est jouée, de l’instrument et du musicien. Pour étayer son propos, il revient sur l’arbre Decca placé au niveau du chef d’orchestre pour que l’auditeur entende l’orchestre symphonique tel que l’entend le chef d’orchestre jusqu’à l’essor du multi-piste dans les années quatre-vingt qui permet d’enregistrer chaque instrument, avec des exemples extrêmes comme Steely Dan ou le « son » de Steve Gadd que lui demandaient des batteurs et à qui Mahey répondait : « désolé, je n’ai pas pris le switch Gadd aujourd’hui... » Par ailleurs il rappelle que chaque situation est nouvelle et qu’on ne peut rien prédire, même dans un studio, car le son est une matière vivante.

De son côté Deshays se demande si l’ingénieur du son « fabrique une écoute ou une image musicale soi-disant réelle » parce que de toute manière l’écoute est discontinue, intermittente, elle passe d’un instrument à l’autre, car « l’écoute est affective » : « si mon beau-frère joue de la flûte dans l’orchestre, je l’écoute et j’oublie tout le reste... ». Du coup, enregistrer ce serait redonner à l’auditeur la faculté de pouvoir écouter le disque comme il écouterait la musique en direct. Ce qui est illusoire, comme d’essayer de reconstituer le blanc et le jaune à partir d’une omelette… Deshays précise qu’il parle de « l’écoute désirante » et non pas de « l’écoute d’alerte », qui est instinctive. Mahey fait remarquer que si l’écoute est effectivement marqué par l’affect, le traitement du son, lui, ne doit pas l’être, mais que « c’est le ressort émotionnel qui doit faire avancer et guider. » En fin de compte, comme le dit Deshays, « la monophonie, finalement, c’était bon pour tout le monde ! »

Liberté d’écoute - Le son, véhicule de la relation

Le titre d’un livre de Deshays paru aux éditions MF en 2023 lance le dernier sujet du débat. Deshays observe que « faire silence c’est être à l’écoute de l’autre », premier pas vers une relation car « la parole ne peut naître que s’il y a écoute » et de l’échange de paroles va naître une relation. Il signale également que, même s’il est invisible, « le son est un geste » qui n’est pas reçu de la même façon par chacun et qui peut déterminer la nature d’une relation. Deshays rappelle qu’à la fin du premier trimestre intra-utérin l’ouïe apparaît et que, jusqu’à la naissance, il n’y a pas la vue – la vue ne fait que confirmer ce que l’on a entendu – et que notre bibliothèque sonore se construit par mémoire, en fonction de l’affect lié à la réception du geste sonore. C’est en quoi « le phénomène sonore est un phénomène relationnel. » Enfin, si l’œil a plus de terminaisons nerveuses et l’emporte tout le temps sur l’oreille, en revanche l’oreille travaille en vitesse et en précision. D’ailleurs « on écoute tout le temps le presque rien parce que c’est là que se situe le sensible ». C’est pour cela que ce n’est que « quand le parquet commence à craquer que l’on flippe… »

Après l’écoute, la parole est au public

Sur la vitesse et la précision de l’oreille, Claude Barthélémy abonde dans le sens de Deshays en faisant remarquer qu’un léger décalage dans le son s’entend immédiatement, alors que ce n’est pas le cas pour l’image. Le guitariste revient ensuite sur la qualité des enregistrements après nettoyage des Hot Five et Hot Seven de Louis Armstrong, puis d’Ella And Basie, arrangé par Quincy Jones. Ce qui remémore à Mahey une comparaison entre Porgy And Bess, d’Ella Fitzgerald et Armstrong, enregistré en 1958 avec un arbre Decca et deux micros de proximité, et Both Side Now de Joni Mitchell et Vince Mendoza, enregistré en 2000 avec 96 micros : si le son du premier est techniquement largement inférieur au deuxième, pourtant, le choc émotionnel est à l’inverse. Comme quoi la qualité technique ne change rien à l’émotion...

Pour Jean Rochard, la seule chose qui compte réellement dans un enregistrement, c’est comment interpréter au mieux ce que désire faire un musicien. Par exemple, Terry Bozzio n’était jamais content du son des enregistrements jusqu’à ce que les micros soient placés derrière lui ! Mahey cite la même anecdote à propos de Simon Goubert. Dans la continuité, Deshays mentionne que « la musique est un récit », que les musiciens se font des images sonores de leur récit et veulent que l’ingénieur du son reflète cette image. En définitive chaque musicien est bien en droit de demander ce qu’il veut ! Par opposition Deshays observe qu’au théâtre, par définition, il n’y a qu’un plan sonore. Pourtant l’ingénieur du son pourrait créer des gros plans en jouant sur le son, mais les metteurs en scène le demandent rarement, Carmelo Bene étant une exception qui confirme la règle.

En citant Rudy Van Gelder, Goubert pose la question de la signature sonore des ingénieurs du son. Mahey note que la pâte de l’ingénieur du son est davantage présente pour un disque que pour un concert, mais que dans tous les cas l’ingénieur du son est partie prenante du groupe. Rochard confirme l’importance du rôle de l’ingénieur du son en prenant comme exemple The John Coltrane Quartet Plays, enregistré en 1965 en studio pour Bob Thiele, dans lequel il y a une intimité qui ne se retrouve jamais sur scène et qui porte l’empreinte de Van Gelder. Mahey fait remarquer que, quoi qu’il en soit, un musicien ne joue pas en concert comme en studio. Pour sa part, il pense que l’ingénieur du son doit créer un contexte qui mette les musiciens en situation de jouer selon leurs désirs, sans être interventionniste au moment de l’enregistrement.

Finalement Deshays et Mahey reconnaissent qu’en terme de sons il y a toujours des inconnues et que « la seule chose dont on est sûr, c’est qu’on ne sait pas », avant de conclure avec Samuel Beckett : « rate, rater encore, rater mieux ».


Lanterne musicale
Aymeric Avice - Benjamin Duboc - Ramón López

Michel Dorbon – Studio Sextan - 20 septembre 2026 © PLM
Michel Dorbon présente le premier concert de la soirée, organisé par RogueArt, label qu’il a créé en 2005. Si le contrebassiste Benjamin Duboc et le batteur Ramón López ont déjà joué ensemble, notamment avec au sein du quartet The Turbine, en compagnie d’Harrison Bankhead et Hamid Drake, le trio avec le trompettiste Aymeric Avice «  est une première mondiale », comme le souligne Dorbon.
 
Le trio improvise deux morceaux d’environ vingt minutes chacun, dans un esprit free jazz. Comme souvent dans ce type d’exercice, les morceaux reposent sur plusieurs tableaux qui se développent en fonction des propositions qu’apportent les musiciens. Dans le premier morceau, Avice, Duboc et López commencent par un entrelacs de sauts d’intervalles et de bribes de phrases de la trompette, de crissements d’archet et de motifs en pizzicato de la contrebasse et de cliquetis et foisonnements heurtés de la batterie. Le trilogue se poursuit avec des alternances de mouvements véloces ponctués d’ornementations, d’ostinatos lancinants et de luxuriances rythmiques. Puis la trompette bouchée s’immisce subtilement au milieu d’un duo contrebasse – batterie qui a tout d’un « free ethnique ». Quand Duboc fait gronder sa contrebasse à l’archet, que López fait trembler ses tambours et qu’Avice ajoute des effets de voix dans sa trompette, la musique résonne comme une prière bouddhiste. La dernière partie est tendue, portée par les poly-rythmes de la batterie, les ostinatos et pédales de la contrebasse et les arabesques de la trompette.

Aymeric Avice, Benjamin Duboc & Ramón López
Studio Sextan - 20 septembre 2026 © PLM


Le deuxième morceau démarre en mode bruitiste : Duboc place une baguette sous ses cordes et les cogne avec son archet pour en tirer un son mat, tandis qu’Avice joue avec son souffle, amplifié par des pédales. Le duo part dans des aigus lointains qui évoquent le chant des baleines. Sur ce décor abyssal, López fait crépiter sa batterie. Porté par les effets électro des pédales d’Avice, le morceau vole en éclat avec des sirènes stridentes, de multiples bruitages, des envolées ardentes, des frappes et roulements éclatants, des riffs solides… Après un passage acoustique tout en courbes et un duo explosif de la contrebasse et de la batterie, le trio repart dans une expérimentation électro à base de nappes de sons aériennes, réverbérations et autres échos de la trompette qui interragit avec les lignes brisées de la batterie et les motifs intenses de la contrebasse.

Servie par un son naturel et équilibré, la musique du trio fait penser à une planche de Mad, où il se passe des choses dans tous les coins !









Lanterne musicale
Sophia Domancich et Simon Goubert jouent la musique de Jacques Thollot

Jean Rochard – Studio Sextan - 20 septembre 2026 © PLM
C’est au tour de Jean Rochard de présenter le concert proposé par le label Nato, qu’il a créé en 1980. Comme le rappelle Rochard, Jacques Thollot est passé du groupe d’Henri Renaud, au début des années soixante, au free, avant de développer son propre style à partir d’un disque étonnant publié en 1971 : Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer, titre extrait d’un poème d’Henri Michaud. Sophia Domancich et Simon Goubert, qui ont participé à Thollot in extenso, disque-hommage partiellement enregistré quand le musicien était encore en vie, mais sorti qu’en 2017, sont donc particulièrement bien placés pour jouer la musique de Thollot.

Sophia Domancich & Simon Goubert
Studio Sextan - 20 septembre 2026 © PLM
Domancich et Goubert débutent par
« Go Mind », tiré du disque Thollot in extenso. Après une mélodie classique-contemporaine émaillée de dissonances délicates et soutenue par les frémissements de la batterie, le développement reste dans une ambiance lyrique contemporaine, linéaire et gracieuse, portée par le frétillement des balais. La « Valse » qui suit est au programme de Résurgence, album de Thollot sorti en 1977. Les roulements vigoureux sur les cymbales et les contrepoints minimalistes du piano s’étirent dans un mouvement lancinant, très cinégénique. La valse, d’abord mélancolique et cristalline, finit par exploser dans un crépitement rythmique et une déconstruction mécanique qui se conlut dans un feu d’artifice entre free et rock progressif. Le morceau dédié à Thollot est un chorus ébouriffant de Goubert – splash monumentaux, roulements furieux, frappes véloces et fougueuses, charleston nerveuse… – sur un ostinato hypnotique et imperturbable de Domancich, une sorte de musique répétitive passée à la moulinette de la batterie. Le duo termine son set avec « Cinq Hops », toujours tiré de Thollot in extenso. Les voix croisées du piano stimulées par le tintement des cymbales aboutissent à un thème-riff grave aiguillonné par une batterie binaire dans une ambiance rock alternatif. Les déflagrations de la batterie répondent ensuite aux formules intenses du piano et le solo de Goubert est une leçon magistrale de musicalité et de gestion de la texture sonore. Le dernier mouvement est un échange contemporain entre un piano saccadé et une batterie bruitiste, sur une boucle lancinante d’un synthétiseur.

Thollot a produit une œuvre innovante et personnelle, son interprétation par Domancich et Goubert la rend fascinante. Vite un disque !
 

 


23 septembre 2026

Abécédaire raisonné jazz, pop, rock - Pierrejean Gaucher

Jusqu'à présent Pierrejean Gaucher avait bercé nos oreilles avec Abus, le New Trio, les Melody Makers, Zappe Zappa, Zappe Satie, parmi d'autres. Voilà qu'il ajoute une nouvelle corde à sa guitare : l'écriture ! Abécédaire raisonné jazz, pop, rock sort le 24 juin 2026 chez Frémeaux & Associés.

Ce livre, au format poche, contient trois cent vingt-deux pages. Le texte est aéré et d'une typographie facile à lire. Après l'avant-propos signé Patrick Frémeaux et comme le laisse entendre son titre, Abécédaire raisonné jazz, pop, rock s'articule autour des vingt-six lettres de l'alphabet, avec soixante-deux mots qui forment autant de chapitres. Comme le précise Gaucher dans le premier chapitre « Avant A » qui fait guise d'introduction : « cet ABC n'est pas une encyclopédie. C'est un parcours personnel : près de cinquante ans de musique vus de l'intérieur. » (page 21).

Au grès des mots, d'« Air(s) » à « Zappa (Frank) - L'homme qui murmurait à l'oreille des jazzmen », Gaucher raconte des histoires (« Premières parties »), partage ses goûts (« Beatles (quatre garçons dans le temps) »), discute technique (« Gibson (ou Fender) »), confesse ses erreurs (« Accordéon (mea culpa) »), prend position (« IA dégénérative »), retrace son parcours (« Débuts rock (itinéraire d'un enfant sage - 1) »), explique ses projets (« Musicaliser (la voix) »), réfléchit sur la musique (« Editing (la musique ment-elle ?) »)... avec beaucoup d'humour et dans un style langage parler, léger voire familier.

Au hasard des entrées, le lecteur rencontrera aussi bien Jeff Beck, John McLaughlin, Ritchie Blackmore (Deep Purple), Radiohead, Yes et Frank Zappa, que Wolfgang Amadeus Mozart (pour un gag), Erick Satie et Igor Stravinsky. Gaucher cite aussi nombre de ses influences, à l'instar d'Edgar Varèse dans le « Bruit (organisé) » (page 41) qui a conduit le guitariste à mettre en musique notamment des sons émis par une céramistes (Le son des bols - 2016), puis un sculpteur (Les étincelles hurlantes - 2018). Dans deux chapitres plus autobiographiques, le guitariste explique avoir d'abord été attiré par le rock, des Beatles et des Who au Mahavishnu Orchestra, en passant par Yes, King Crimson et Magma, c'est ensuite via McLaughlin qu'il découvre le jazz. Il y aura Pat Martino et George Benson, puis Pat Metheny, John Scofield, John Abercrombie et Bill Frisell. Au début des années quatre-vingt Gaucher part étudier à la Berklee. Au Kix Club de Boston où Miles Davis rejoue, il découvre Mike Stern « qui sidéra tous les guitaristes présents ce soir-là. » (page 72). Quoiqu'il en soit, son « Quarté (dans le désordre) » reste « les Beatles, Zappa, Miles et Stravinsky. Qu'importe l'ordre. Ils sont mes boussoles musicales depuis toujours [...] » (page 229).

Gaucher aborde des points liés aux enregistrements et au répertoire comme, par exemple, les « Cover (reprises) », objets de nombreuses critiques, mais qui l'amènent à constater judicieusement que « finalement les orchestres symphoniques dont les programmes tournent souvent autour des mêmes œuvres de Beethoven, Mozart, Berlioz, Stravinsky ou autres, ne sont-ils pas les premier tribute bands de l'histoire ? » (page 60). Dans le même ordre d'idée, Gaucher consacre trois chapitres au plagiat. Le montage, autre sujet de controverses, fait dire à Gaucher que le studio d'enregistrement « est devenu un instrument » (page 82) et que « la musique (enregistrée) peut mentir mais on lui pardonne si c'est dans l'intention d'intensifier l'émotion qu'elle peur apporter. » (page 83). L'idée est développée dans « Home Studio (l'artiste artisan) », puis dans « Technologie (petite histoire de la) » et « Monde (ancien et nouveau) » puis, d'une certaine manière, dans « X (la lettre impossible) ». Certains chapitres sont consacrés aux supports musicaux : « K7 (cassettes) », « Vinyle (nostalgie du) » et « Streaming (plateformes de) ». Le guitariste s'exprime aussi sur le métier, les particularités et le statut de musicien dans « Musicien (auto-entrepreneur) », « Jazzmen (vrais) », « Oreille (ou pas d') », « Pratique (fastidieuse) » ou « Style (trouver son) », dans lequel il en donne une jolie définition : « forme de spontanéité préparée » (page 274).

Quand Gaucher en résume l'histoire de la guitare, il remarque avec ironie que « la vitesse devient une valeur cotée à la bourse du showbiz. » (« Guitare électrique (un instrument branché) » - page 104). Il évoque aussi son rapport au « Médiator » et s'amuse entre « Watts (déluge de) » et « Unplugged (pour les branchés) ».

Tout au long d'Abécédaire raisonné jazz, pop, rock Gaucher glisse de nombreuses anecdotes, souvent amusantes comme, dans « Carrières (manquées de peu) », celle de Pete Best, premier batteur des Beatles, évincé au profit de Ringo Star, et qui est à ce titre : « le musicien le plus célèbre à ne jamais avoir été célèbre. » (page 46). Sans parler de Carlos Santana s'exclamant devant la salle d'un Palais des Congrès d'une ville française : « c'est cool de rejouer de temps en temps dans des clubs. » (« Premières parties » - page 228). Certaines entrées s'attachent d'ailleurs uniquement à des récits comiques, comme « Mozart (et moi) », « Fouet (balais) », « Com' (c comme) », « Opéra (comique) », « Paroles » ou « Voix (trouver sa) ».

Livre oblige, Gaucher évoque aussi les liens entre la musique et les mots, notamment dans « Lecture (et écriture) », « Mot (la musique des mots) », « Silence (et espace) », mais surtout dans « Musicaliser (la voix) », qui relate son travail autour des Fables de Jean de La Fontaine.

Dans un registre plus personnel, Gaucher souligne avec malice qu'« il faut reconnaître que beaucoup d'artistes ne sont pas seulement intermittents dans le domaine du spectacle, mais aussi dans celui des relations amoureuses. » (« Célibataire (musicien) » - page 51). Il consacre également un chapitre savoureux au « Gaucher (mais pas que) » car, étant lui-même gaucher, la question se pose : « dans quel sens tenir ma guitare ? ». (page 89). Il y a aussi les chapitres consacrés à sa musique : « Jazz'n'Roll », « Noms (de groupe) », « Trompettistes (mes) », et « Rénovation (musicale) », dans lequel il fait un parallèle entre son processus de création musical et la rénovation d'un espace de vie.

Pas sûr que l'Abécédaire raisonné jazz, pop, rock soit si raisonné que ça... Et c'est justement pour son côté joueur et fantasque qu'il se dévore dans l'ordre ou pas, avec beaucoup de plaisir et de joie !

Le livre

Abécédaire raisonné jazz, pop, rock
Pierrejean Gaucher
Frémeaux & Associés - FAL3445
322 pages
Sortie le 24 juin 2026


Nuage 86 - Aloïs Benoit

Le tromboniste et « euphoniumiste » Aloïs Benoit forme Nuage 86 en 2025 avec Jessica Martin Maresco au chant et à l'électro, Alice Perret aux claviers et au chant, Olivier Koundouno au violoncelle et Benjamin Flament aux percussions. Nuage 86 sort le 4 septembre 2026 chez Compagnie Green LabRecords.

Six des huit morceaux au programme de Nuage 86 mettent en musique des extraits d'œuvres d'artistes contemporains : trois textes de Maud Chapoutier (Perséphone ou le premier hiver - 2021, Aspirer le plancton qui s'agite dans l'eau pour plonger dans l'abîme. Ne plus jamais flotter - 2021 et Les animaux qui n'existent pas - 2020), deux de Jacques Houssay (Border - 2019 et Cette tendresse qu'on attend la nuit - 2021) et un de Raymond Devos (À plus d'un titre - 1989). Le quintet reprend également « Vedrò Con Mio Diletto » tiré de l'opéra Giustino composé par Antonio Vivaldi en 1724 sur un livret de Nicolò Beregan, et « Kaval Sviri », chanson traditionnelle bulgare popularisée par Le Mystère des voix bulgares en 1987. Quant à la pochette de Nuage 86, elle est joliment illustrée par des aquarelles de Koundouno.

Nuage 86 balance entre des ambiances de fanfares déchaînées (« As-tu déjà crié une fois »), d'explosions expressionnistes (« Bleue ») et de comptines débridées (« Ouï-dire ») ou endiablées (« Hors champ »), mais aussi des climats minimalistes (« Papillon »), majestueux (« Vedrò Con Mio Diletto »), solennels (« Vers les nuages ») et puissants (« Kaval Sviri »). Les rythmes évoquent souvent le rock progressif (« Ouï-dire », « Papillon »), conservent une pulsation entraînante (« Kaval Sviri ») avec, parfois, des poly-rythmes quasiment caribéens (« As-tu déjà crié une fois ») ! Les voix enrichissent les textures de Nuage 86, des hurlements de « As-tu déjà crié une fois » aux envolées lyriques limpides de « Vedrò Con Mio Diletto », en passant par les chœurs aux accents balkaniques de « Kaval Sviri », les cris modulés de « Vers les nuages », ou encore la voix diaphane du début de « Papillon ». Les développements des morceaux reposent souvent sur plusieurs mouvements qui alternent passages denses quasiment rock noisy (« As-tu déjà crié une fois »), boucles électro (« Papillon »), déroulés mystérieux en suspension (« Vers les nuages »), contre-chants astucieux (« Ouï-dire »), bruitages touffus (« Bleue »), tourbillons instrumentaux (« Hors champ ») et feux d'artifice vocaux (« Kaval Sviri »).

Nuage 86 propose des collages musicaux bariolés qui tiennent autant de la mélodie française que de la musique contemporaine, des fanfares que des folklores, du rock alternatif que du jazz... En bref, une musique riche et variée !

Le disque

Nuage 86
Aloïs Benoit
Jessica Martin Maresco (voc, électro), Aloïs Benoit (tb, euph, fl), Olivier Koundouno (cello), Alice Perret (kbd) et Benjamin Flament (perc).
Compagnie Green Lab - GLAB002NUA1
Sortie le 4 septembre 2026

Liste des morceaux

01. « As-tu déjà crié une fois », Benoit & Jacques Houssay (6:28).
02. « Ouï-dire », Benoit & Raymond Devos (2:14).
03. « Papillon », Benoit, Martin Maresco & Maud Chapoutier (5:56).
04. « Vedrò Con Mio Diletto », Antonio Vivaldi & Nicolò Beregan (6:12).
05. « Bleue », Benoit et Maud Chapoutier (5:57).
06. « Hors champ », Benoit & Jacques Houssay (3:02).
07. « Kaval Sviri », traditionnel bulgare (4:41).
08. « Vers les nuages », Benoit & Maud Chapoutier (6:03).


19 septembre 2026

Pärt & Songs à l'Atelier du Plateau

Avec Under The Radar, le festival Jazz à la Villette programme pléthore de musiciens dans des salles aussi variées que l'Atelier du Plateau, le Studio de l'Ermitage, La Dynamo et Villette Makerz. Pour l'édition 2026, l'Atelier du Plateau propose trois concerts de piano solo : Melissa Weikart le 3 septembre, Roberto Negro le 4 et Sophia Domancich le 5.

Dernier projet en date de Negro, Pärt & Songs fait l'objet d'un disque qui sort le 16 octobre chez Label Bleu. Le pianiste marie la musique d'Arvo Pärt avec la sienne, plus des textes de cinq poétesses : Jin Eun-young, Alejandra Pizarnik, Mariangela Gualtieri, Beatrice Caruso et Laura Liberale. Les amis musiciens sont venus en nombre écouter le plus français des pianistes turinois, d'Élise Caron à Théo Ceccaldi en passant, entre autres, par Antoine Banville, Hasse Poulsen, Joce Mienniel, Sylvain Darrifourcq...
 

Roberto Negro - L'Atelier du Plateau - 4 septembre 2026 © PLM


Le Larghetto de la Sonatine numéro 1 de Pärt, œuvres créées entre 1958 et 1959, démarre sur un mouvement grave et majestueux, ponctué d'une pédale entêtante, puis Negro poursuit dans une veine lyrique. Le Larghetto de la Partita, écrite en 1959, reste minimaliste et aérien. Dans « Un bateau m’a quittée » Negro psalmodie le treizième poème de L'Arbre de Diane, recueil de la poétesse argentine Pizarnik, publié en 1962. Le pianiste plaque ensuite des accords puissants, introduction à un ostinato lancinant aigu qui contraste avec un développement étiré dans les graves, mais parsemé de boucles enchevêtrées, pédales et autres riffs circulaires. Sur un motif obsédant Negro récite en parler-chanter « Un jour de neige », tiré Des flocons de neige rouge d'Eun-Young, sorti en 2016. Le pianiste enchaîne sur un morceau solennel, soutenu par une pédale en arrière-plan. Le balancement implacable de la main gauche avec des couleurs folk, la liberté des phrases et le jeu puissant de la main droite, émaillé d'ornements, rappelle l'esprit du Keith Jarrett de The Köln Concert. Negro s'amuse ensuite à partir de l'Ostinato de la Partita de Pärt et glisse des traits d'humour dans la lignée d'Erik Satie. Toujours d'Eun-Young, « Premier amour » est déclamé sur un leitmotiv envoûtant. Le poème s'amplifie avec des vocalises qui se mêlent à l'Allegro musclé de la Sonatine numéro 2. Retour au calme minimaliste avec Für Alina et sa mélodie éthérée, composée en 1976. Negro chante ensuite en Italien « Vecchio bimbo », extrait de Sari (poesie per la figlia), livre de la poètesse Liberale, édité en 2010. Sur une pompe lente, le pianiste poursuit avec un thème mélodieux teinté de blues. L'Allegro energico de la Sonatine numéro 2 porte bien son titre : vif et sautillant, ce morceau met en scène des courses-poursuites énergiques entre les deux mains ! Changement de décor avec le Largo de la Sonatine numéro 2. Cet hymne imposant aux nombreux silences prend une tournure quasiment mystique, avant de s'amplifier jusqu'au texte final : « Dall’alto degli anni » de Gualtieri, repris du recueil Ruvido umano, sorti en 2024.

Pärt & Songs combine musique contemporaine, mélodie française et jazz : un menu gastronomique exquis à déguster sans attendre !