Les 5 et 6 mai 2026, le 38 Riv accueille Christophe Panzani et Ziv Ravitz pour présenter leur disque Warp and Weft, sorti le 1er
mai sur le label PK Music. Le 5 mai à dix-neuf heures trente, la
cinquantaine de places du club de Vincent Charbonnier sont prises
d'assaut...
Ravitz
et Panzani commencent à jouer ensemble dans le Working Trio, que le
batteur a formé en compagnie du saxophoniste et du guitariste
Federico Casagrande. Les deux musiciens montent ensuite un
nouveau projet dans lequel, non seulement ils jonglent avec divers
instruments - saxophone ténor, flûtes et clarinettes pour l'un et
batterie, guitare et basse pour l'autre, sans oublier les contrôleurs
séquenceurs, sampler et autres loopers qu'ils utilisent tous les
deux -, mais ils partagent aussi leur musique avec le Quatuor Kaija :
Camille Garin et Madeleine Athané-Best aux violons,
Maëlle Desbrosses à l'alto et Adèle Viret au
violoncelle.
le
soir du concert seule Garin est disponible, mais elle a fait appel à
la violoniste Loni Cornelis, l'altiste Issey Nadaud et
la violoncelliste Angèle Decreux pour l'épauler. Panzani et
Ravitz interprètent neuf des onze morceaux de Warp and Weft,
cinq signés Panzani, trois de Ravitz et «
Eigthy One
»,
une composition
de Ron Carter.
Ils laissent de côté «
Garde Fou »
de Panzani et « Le
Gibet »
de Maurice Ravel.
Dès
« The Mysterious Tale of
JS », un
thème de Panzani,
Ravitz, grand maître ès
tambours, fait résonner ses peaux et cymbales à grand renfort de
roulements serrés, sur lesquels la complainte du saxophone ténor
s'étire, vibrante et fragile, comme un hymne. Des boucles électro
cristallines (sur disque elles sont jouées à la flûte et à la
clarinette basse) se joignent aux crépitements de la batterie,
tandis que le saxophone ténor déroule sa mélopée. Comme avec Shai
Maestro, Yaron Herman, Donny McCaslin, Esperanza
Spaulding et tous les autres, les poly-rythmes à la fois
puissants et mélodieux de Ravitz font des merveilles. Porté par une
batterie entraînante, le duo enchaîne sur un un morceau de Ravitz :
«
Shifting Circles ». La
proximité du son et
l'acoustique chaleureuse de la petite salle du 38 Riv mettent en
relief la sonorité ronde du saxophone ténor et l'ampleur de la
batterie. Panzani rebondit, libre et véloce, sur les cliquetis et
les pêches de Ravitz, auxquelles s'ajoutent des riffs en
contre-chants, enregistrés au looper. Ces échanges surprenants et
inventifs font monter la tension et le public se laisse happer par le
suspens.
Le
quatuor à cordes entre en scène pour « The Red Toy Car And The
Piano », autre composition de Panzani. Les ostinato de l'alto, les
bourdonnement et les boucles du violoncelles, les envolées vives et
aiguës des violons, les brisures chatoyantes de la batterie et les
phrases ébouriffantes du saxophone ténor s'enchevêtrent dans des
contrepoints nerveux, entre musique de chambre contemporaine et free.
« Ce qui reste à venir », encore de la plume de Panzani, démarre
majestueusement avec un unisson du quatuor, les tintements légers de
la batterie et le contre-chant solennel du saxophone ténor. Le
morceau se développe avec tout un jeu subtil de mélodies
superposées et de questions-réponses entre le quatuor et le duo.
Même élégance dans « Night Walk » de Ravitz : les pizzicato
enlevés, les motifs sautillants ou legato et les bribes mélodiques
du quatuor, les frappes expressives et dansantes de la batterie et
les lignes sinueuses du saxophone ténor s'imbriquent dans un tissage
sonore bariolé. Loin de n'être qu'un faire-valoir ou un
arrière-plan sucré, le quatuor est parfaitement intégré à la
musique de Warp and Weft. Cela dit, vu l'éclectisme de
Panzani, d'Electro Deluxe au Carla Bley Orchestra, en passant
par Hocus Pocus, Ben l'Oncle Soul, Jean-Pierre Como,
Anne Paceo Circles... sans oublier ses propres formations The
Drops, The Watershed... rien d'étonnant que ses arrangements soient
aux petits oignons.
Pour
« 4-15 a.m. (Little
Melody) », composé par
Ravitz, le batteur passe à la guitare - son premier instrument -,
Panzani troque son saxophone ténor pour sa clarinette basse et
Decreux garde son violoncelle... Le trio développe cette mélodie
tendre et nostalgique avec langueur, comme une berceuse. Le duo se
retrouve pour « Eigthy
One».
Après un démarrage imposant de la batterie
et un jeu en pointillés du
saxophone ténor,
ils partent
dans un dialogue débridé,
moderne et raide, entre les fulgurances de Panzani et les rythmes
foisonnants de Ravitz. Nouvelle ode
de Panzani, «
Lament For A Song » s'appuie
sur des accords électro aux
allures d'orgue, des
circonvolutions exaltées
du saxophone ténor et
une montée en puissance
progressive de la
batterie, comme dans une
sorte de free mélodieux. «
I Feel Like A Slow Sunday
», une marche lente de
Panzani, presque un jazz funeral de La Nouvelle-Orléans, clôture le
set. Sur un rythme syncopé régulier imprimé par la batterie, les
phrases des saxophones ténors se superposent dans un ballet de voix
alangui. En rappel, le duo interprète une nouvelle comptine de
Ravitz, bercée par les accords caressants de la guitare et le
vibrato placide du saxophone ténor.
Savoureux
cocktail de free, musique contemporaine, électro, néo-bop et
autres, la musique du duo Panzani - Ravitz est à consommer d'urgence
et sans modération !
Warp and
Weft
Christophe
Panzani & Ziv Ravitz
Christophe
Panzani (ts, fl, afl, cl, bcl, électro) et Ziv Ravitz (d, g, b,
électro), avec Camille Garin et Madeleine Athané-Best (vl), Maëlle
Desbrosses (avl) et Adèle Viret (cello).
PK Music - PK028L
Sortie le 1er mai
2026
Liste des
morceaux
01. «
The Red Toy Car And The Piano »,
Panzani (3:53).
02. «
I Feel Like A Slow Sunday »,
Panzani (3:47).
03. «
Garde Fou »,
Panzani (3:42).
04. «
Le Gibet »,
Maurice Ravel (4:40).
05. «
Night Walk »,
Ravitz (4:30).
06. «
Shifting Cycles »,
Ravitz (4:16).
07. «
4:15 a.m (Little Melody) »,
Ravitz (2:52).
08. «
Lament For A Song »,
Panzani (3:56).
09. «
The Mysterious Tale Of JS »,
Panzani (4:20).
10. «
Ce qui reste à venir »,
Panzani (06:44)
11. «
Eighty One », Ron
Carter (2:53).
