14 mai 2026

Le 38 Riv à l'heure des chaînes et trames

Les 5 et 6 mai 2026, le 38 Riv accueille Christophe Panzani et Ziv Ravitz pour présenter leur disque Warp and Weft, sorti le 1er mai sur le label PK Music. Le 5 mai à dix-neuf heures trente, la cinquantaine de places du club de Vincent Charbonnier sont prises d'assaut...

Ravitz et Panzani commencent à jouer ensemble dans le Working Trio, que le batteur a formé en compagnie du saxophoniste et du guitariste Federico Casagrande. Les deux musiciens montent ensuite un nouveau projet dans lequel, non seulement ils jonglent avec divers instruments - saxophone ténor, flûtes et clarinettes pour l'un et batterie, guitare et basse pour l'autre, sans oublier les contrôleurs séquenceurs, sampler et autres loopers qu'ils utilisent tous les deux -, mais ils partagent aussi leur musique avec le Quatuor Kaija : Camille Garin et Madeleine Athané-Best aux violons, Maëlle Desbrosses à l'alto et Adèle Viret au violoncelle.

le soir du concert seule Garin est disponible, mais elle a fait appel à la violoniste Loni Cornelis, l'altiste Issey Nadaud et la violoncelliste Angèle Decreux pour l'épauler. Panzani et Ravitz interprètent neuf des onze morceaux de Warp and Weft, cinq signés Panzani, trois de Ravitz et « Eigthy One », une composition de Ron Carter. Ils laissent de côté « Garde Fou » de Panzani et « Le Gibet » de Maurice Ravel.

Christophe Panzani - 38 Riv - 5 mai 2026 © PLM


Dès « The Mysterious Tale of JS », un thème de Panzani, Ravitz, grand maître ès tambours, fait résonner ses peaux et cymbales à grand renfort de roulements serrés, sur lesquels la complainte du saxophone ténor s'étire, vibrante et fragile, comme un hymne. Des boucles électro cristallines (sur disque elles sont jouées à la flûte et à la clarinette basse) se joignent aux crépitements de la batterie, tandis que le saxophone ténor déroule sa mélopée. Comme avec Shai Maestro, Yaron Herman, Donny McCaslin, Esperanza Spaulding et tous les autres, les poly-rythmes à la fois puissants et mélodieux de Ravitz font des merveilles. Porté par une batterie entraînante, le duo enchaîne sur un un morceau de Ravitz : « Shifting Circles ». La proximité du son et l'acoustique chaleureuse de la petite salle du 38 Riv mettent en relief la sonorité ronde du saxophone ténor et l'ampleur de la batterie. Panzani rebondit, libre et véloce, sur les cliquetis et les pêches de Ravitz, auxquelles s'ajoutent des riffs en contre-chants, enregistrés au looper. Ces échanges surprenants et inventifs font monter la tension et le public se laisse happer par le suspens.
 
Ziv Ravitz - 38 Riv - 5 mai 2026 © PLM
 
Le quatuor à cordes entre en scène pour « The Red Toy Car And The Piano », autre composition de Panzani. Les ostinato de l'alto, les bourdonnement et les boucles du violoncelles, les envolées vives et aiguës des violons, les brisures chatoyantes de la batterie et les phrases ébouriffantes du saxophone ténor s'enchevêtrent dans des contrepoints nerveux, entre musique de chambre contemporaine et free. « Ce qui reste à venir », encore de la plume de Panzani, démarre majestueusement avec un unisson du quatuor, les tintements légers de la batterie et le contre-chant solennel du saxophone ténor. Le morceau se développe avec tout un jeu subtil de mélodies superposées et de questions-réponses entre le quatuor et le duo. Même élégance dans « Night Walk » de Ravitz : les pizzicato enlevés, les motifs sautillants ou legato et les bribes mélodiques du quatuor, les frappes expressives et dansantes de la batterie et les lignes sinueuses du saxophone ténor s'imbriquent dans un tissage sonore bariolé. Loin de n'être qu'un faire-valoir ou un arrière-plan sucré, le quatuor est parfaitement intégré à la musique de Warp and Weft. Cela dit, vu l'éclectisme de Panzani, d'Electro Deluxe au Carla Bley Orchestra, en passant par Hocus Pocus, Ben l'Oncle Soul, Jean-Pierre Como, Anne Paceo Circles... sans oublier ses propres formations The Drops, The Watershed... rien d'étonnant que ses arrangements soient aux petits oignons.

Warp and Weft - 38 Riv - 5 mai 2026 © PLM

Pour « 4-15 a.m. (Little Melody) », composé par Ravitz, le batteur passe à la guitare - son premier instrument -, Panzani troque son saxophone ténor pour sa clarinette basse et Decreux garde son violoncelle... Le trio développe cette mélodie tendre et nostalgique avec langueur, comme une berceuse. Le duo se retrouve pour « Eigthy One». Après un démarrage imposant de la batterie et un jeu en pointillés du saxophone ténor, ils partent dans un dialogue débridé, moderne et raide, entre les fulgurances de Panzani et les rythmes foisonnants de Ravitz. Nouvelle ode de Panzani, « Lament For A Song » s'appuie sur des accords électro aux allures d'orgue, des circonvolutions exaltées du saxophone ténor et une montée en puissance progressive de la batterie, comme dans une sorte de free mélodieux. « I Feel Like A Slow Sunday », une marche lente de Panzani, presque un jazz funeral de La Nouvelle-Orléans, clôture le set. Sur un rythme syncopé régulier imprimé par la batterie, les phrases des saxophones ténors se superposent dans un ballet de voix alangui. En rappel, le duo interprète une nouvelle comptine de Ravitz, bercée par les accords caressants de la guitare et le vibrato placide du saxophone ténor.

Savoureux cocktail de free, musique contemporaine, électro, néo-bop et autres, la musique du duo Panzani - Ravitz est à consommer d'urgence et sans modération !


Le disque

Warp and Weft
Christophe Panzani & Ziv Ravitz
Christophe Panzani (ts, fl, afl, cl, bcl, électro) et Ziv Ravitz (d, g, b, électro), avec Camille Garin et Madeleine Athané-Best (vl), Maëlle Desbrosses (avl) et Adèle Viret (cello).
PK Music - PK028L
Sortie le 1er mai 2026







Liste des morceaux

01. « The Red Toy Car And The Piano », Panzani (3:53).
02. « I Feel Like A Slow Sunday », Panzani (3:47).
03. « Garde Fou », Panzani (3:42).
04. « Le Gibet », Maurice Ravel (4:40).
05. « Night Walk », Ravitz (4:30).
06. « Shifting Cycles », Ravitz (4:16).
07. « 4:15 a.m (Little Melody) », Ravitz (2:52).
08. « Lament For A Song », Panzani (3:56).
09. « The Mysterious Tale Of JS », Panzani (4:20).
10. « Ce qui reste à venir », Panzani (06:44)
11. « Eighty One », Ron Carter (2:53).