Passée par les conservatoires de Marseille et de Lyon, Amandine
Habib a complété sa formation classique par l'étude de
musiques traditionnelles, notamment celles du Laos. La pianiste est
aussi directrice artistique de la Compagnie Nine Spirit, montée en
1999 par Raphaël Imbert.
Après
Around Bach en 2015 et Les Ondes, autour de François
Couperin et Claude Debussy, publié en 2022, Habib sort
Tressages le 22 mai 2026 sur le label Nine Spirit. Au
programme, trois solos, huit duos et sept trios avec, au gré des
morceaux, Éric-Maria Couturier au violoncelle, Imbert aux
saxophones et Jean-Luc Di Fraya aux percussions et à la voix.
Habib invite également l'accordéoniste Théo Ould pour «
La Cupis ». Côté
répertoire, fidèle à son éclectisme, Habib propose des pièces
pour clavecin de Couperin («
Les barricades mystérieuses »
et « Les
Dominos
»), Jean-Philippe
Rameau («
La Cupis » et «
Le rappel des oiseaux
») et Louis
Couperin («
Chaconne
»),
un lied de Robert
Schumann («
Auf einer Burg
»), la
« Sonate
pour violoncelle »
de Debussy,
deux œuvres de
compositrices américaines trop peu connues, «
By The Still Water
» d'Amy
Beach et «
Troubled Water
» de Margaret
Bonds, des chants
traditionnels (« Before
The Last Journey », «
Why Shall I Go
», «
El cant dels ocells
» et «
My Mother Wanted To See
My Wedding Day - Little Fun Bug
»), «
Railroad
» de
Meredith Monk,
«
Sometimes
I Feel Like A Motherless Child
»
de
Samuel
Coleridge-Taylor
et «
Hymn
For Freedom
»
d'Oscar
Peterson.
Par ailleurs Couturier joue une «
Fantaisie
électrique sur Couperin
»,
puis, en compagnie d'Habib, ils s'inspirent d'un air de Julius
Eastman
pour «
Evil
Nigger Memories
».
Pour clore
l'album,
la pianiste et
Di Fraya rendent
hommage à la religieuse-pianiste éthiopienne Emahoy
Tsegué-Maryam Guèbrou («
Reminiscence
To Emahoy »).
Dans
les morceaux en solos d'Habib («
By The Still Water
»), les
chorus a capela du piano
(deuxième partie de «
Sometimes I Feel Like A
Motherless Child »),
les
duos
avec Couturier (« Auf
einer Burg »)
ou le
trio avec Ould (« La Cupis
»), Tressages
penche vers la musique classique
tant au niveau des phrasés, nets et précis, que des rythmes,
équilibrés et réguliers.
Les bourdons du violoncelle
(« La Cupis »)
et le lyrisme de ses lignes
étirées (« Before The Last
Journey ») servis
par une sonorité flamboyante («
My Mother Wanted To See My
Wedding Day - Little Fun Bug
»)
et un legato soutenu («
El cant dels ocells
»), accentuent la mélancolie
qui se dégage de la plupart des morceaux («
Auf einer Burg
»). Avec
un déroulé lent, réverbéré et aérien, Couturier donne à la «
Fantaisie électrique sur
Couperin »
un aspect théâtral, qui se retrouve également dans le sombre et
puissant « Evil
Nigger Memories ».
Si la
mélodie de la
« Sonate
pour violoncelle »
(1915) évoque bien le début
XXe, le pizzicato du violoncelle et les pompes du piano du deuxième
mouvement ne sont pas sans rappeler le «
Golligog's Cakewalk »
de Children's
Corner
(1908).
Quant aux boucles véloces et dynamiques de «
Railroad
», elles s'inscrivent
davantage dans la musique minimaliste.
Les
duos et trios avec Imbert et Di Fraya forment le versant jazz de
Tressages. Les arrangements astucieux des pièces baroques (ou
pas) se prêtent parfaitement aux développements intrépides du
saxophone (« Les Dominos ») et aux poly-rythmes colorés des
percussions (« Le rappel des oiseaux »). Habib joue souvent la
partition (« Chaconne ») qui sert de décor aux variations
syncopées (« Les barricades mystérieuses »), vives (« Les
Dominos »), voire débridées (« Troubled Water ») d'Imbert,
tandis que Di Fraya passe de frappes frémissantes (« Les Dominos »)
à des cliquetis dansants (« Sometimes I Feel Like A Motherless
Child ») ou à un foisonnement entraînant (« Troubled Water »),
sans oublier ses vocalises aux accents méditerranéens dans «
Why Shall I Go ». Dans l'« Hymn For Freedom », le saxophone
superpose des motifs bluesy sur le thème repris par le piano et les
roulements d'une marche joués par la batterie. Cette ambiance est
aussi présente dans « Reminiscence To Emahoy »,
que les vocalises de Di Fraya rendent quasiment churchy.
Tressages
assemble un patchwork de musiques baroques, romantiques, et
traditionnelles dans un cross-over bigarré et séduisant.
Le disque
Tressages
Amandine Habib
Raphaël Imbert (ss,
ts), Éric-Maria Couturier (cello), Théo Ould (acc), Amandine Habib
(p) et Jean-Luc Di Fraya (perc).
Nine Spirit -
CNS13151
Sortie le 22 mai
2026
Liste des
morceaux
01. «
Les barricades mystérieuses », François Couperin (5:56).
02. «
La Cupis », Jean-Philippe Rameau (5:56).
03. «
Before The Last Journey », Traditionnel (2:54).
04. «
By The Still Water
», Amy Beach
(2:34).
05.
« Sonate pour
violoncelle »,
Claude Debussy (11:36).
06.
« Fantaisie électrique
sur Couperin »,
Éric-Maria Couturier
(1:20).
07.
« Les dominos
», François Couperin
(7:03).
08.
« Auf einer Burg
», Robert Schumann
(3:09).
09.
« Hymn For Freedom
», Oscar Peterson
(2:17).
10. «
Evil Nigger Memories
», Amandine Habib
& Éric-maria
Couturier (2:16).
11. «
Chaconne - Why Shall I Go
», Louis Couperin -
Traditionnel (5:22).
12.
« Railroad
», Meredith Monk
(1:49).
13.
« Troubled Water
», Margaret Bonds
(6:43).
14.
« El cant dels ocells
», Traditionel catalan
(3:56).
15.
« Le rappel des oiseaux
», Jean-Philippe Rameau
(2:44).
16.
« Sometimes I Feel Like
A Motherless Child »,
Samuel Coleridge-Taylor
(6:15).
17.
« My Mother Wanted To
See My Wedding Day - Little Fun Bug
», Traditionnels
(1:42).
18.
« Reminiscence
To Emahoy »,
Amadine Habib & Jean-Luc Di Fraya
(2:10).






