25 mai 2022

Live à l’Espace des Arts – Space, Time and Mirror

De formation classique et soliste reconnu,
Christophe Girard s‘est également investi dans le jazz et formé plusieurs groupes : le trio Exultet en 2009, le duo Smoking Mouse, avec Anthony Caillet, en 2012, et le quintet Melusine, en 2013. Par ailleurs, l’accordéoniste fait partie de la Campagnie des Musiques à Ouïr de Denis Charolles, et la compagnie de danse Camargo, avec Claude Barthélémy. Girard est aussi le cofondateur du collectif Babil et du label éponyme.

En 2021, Girard démarre un nouveau projet, Space, Time and Mirror, avec Amaryllis Billet au violon, Elodie Pasquier à la clarinette, Caillet à l’euphonium, Claude Tchamitchian à la contrebasse et François Merville à la batterie. Le 3 décembre 2021, le sextet se produit à l’Espace des Arts de Chalon sur Saône autour d’un triptyque composé par Girard pour l’occasion. Le concert est enregistré et sort en disque le 13 juin 2022 chez Warning! L’illustration de la pochette, très BD de science fiction dans un style entre Valérian et Nikopol, est signée Clément Vallery.

Cette suite en trois tableaux ressemble davantage à une exposition ! En effet, chaque tableau est lui-même composé d’une mosaïque de mouvements. Leur articulation est complexe, dans un esprit toujours proche de la musique de chambre (« Tableau 1 »). Le sextet évolue le plus souvent dans une veine contemporaine (« Tableau 3 »), avec des réminiscences minimalistes (les boucles décalées dans le troisième tableau), des passages expressionnistes (les vocalises dans le premier tableau), voire même, parfois, une solennité quasi-baroque (le final du premier tableau), mais aussi, bien sûr, des teintes jazzy (« Tableau 2 »). Les lignes mélodiques sophistiquées (la complainte éthérée de l’accordéon dans l’« Introduction »), délicates (le violon dans le « Tableau 1 »), langoureuses (le duo euphonium – contrebasse dans le « Tableau 2 ») ou mélancoliques (le chorus de la contrebasse à l’archet dans le troisième tableau) côtoient des tourneries (dans les deuxième et troisième tableaux), des mélodies heurtées (« Tableau 2 ») ou des motifs virevoltants (aux accents klezmer de la clarinette dans le « Tableau 3 »). Les constructions musicales reposent sur des superpositions de voix, avec des arrière-plans aériens (« Tableau 1 ») et lointains (l’euphonium dans le deuxième tableau), des chœurs (accordéon, violon et clarinette dans le deuxième tableau), des contre-chants (« Tableau 3 »), des unissons (clarinette et violon dans les deux premiers tableaux)… sur lesquels se déroulent des questions-réponses amusantes, des courses-poursuites et des dialogues débridés, qui finissent par se rejoindre dans des mouvements d’ensemble foisonnants (« Tableau 1 et 2 ») ou amples (« Tableau 3 »), mais toujours tendus. Le sextet joue également avec les sons en utilisant les techniques étendues (euphonium dans le « Tableau 2 », la voix dans le « Tableau 1 »), des envolées stridentes et spatiales (« Tableau 3 »), des bruitages (la clarinette dans le troisième tableau), des glissandos (l’accordéon dans le deuxième tableau)… Côté rythmique, Space, Time and Mirror s’appuie sur un couple contrebasse – batterie particulièrement subtil et entraînant (« Tableau 3 ») : à une pédale entêtante répondent des frappes sourdes et profondes (« Tableau 1 »), une walking véloce s’échappe à des coups vifs et légers (« Tableau 2 »), l’accordéon, la contrebasse et la batterie impriment un groove dense (« Tableau 2 »)… A force d’ostinato et de pédales, les autres instruments ne sont pas en reste et se mêlent également à la danse (« Tableau 1 et 3 »).

« Space, Time and Mirror » synthétise assez bien la musique du sextet : un espace multidimensionnel de couches musicales, du temps pour développer les idées et des interactions mouvantes, comme autant de reflets des images que se renvoient les musiciens...

Le disque

Live à l’Espace des Arts
Space, Time and Mirror
Christophe Girard (acc), Amaryllis Billet (vl), Elodie Pasquier (cl), Anthony Caillet (eu), Claude Tchamitchian (b) et François Merville (d).
Warning! - warning002
Sortie le 13 juin 2022

Liste des morceaux

01. « Introduction » (03:15).
02. « Tableau 1 » (13:45).
03. « Tableau 2 » (21:15).
04. « Tableau 3 » (18:12).

Tous les morceaux sont signés Girard. 

10 mai 2022

Lightmares – Harvest Group

Guillaume Vierset
publie des disques chez Igloo Records à un rythme régulier : New Feel (2015) et Strange Deal (2018) avec le septet LG Jazz Collective, The End Of The F***ing World First Round avec le quartet Edges, Songwriter (2016) et Nacimiento Road (2019) avec le quintet Harvest Group.

Sixième opus du guitariste et troisième avec Harvest Group, Lightmares sort chez Igloo Records le 11 mars 2022. Les musiciens d’Harvest Group sont les mêmes depuis le début : Mathieu Robert au saxophone soprano, Marine Horbaczewski au violoncelle, Yannick Peeters à la contrebasse et Yves Peeters à la batterie.

Les dix morceaux du répertoire sont signés Vierset et leurs titres évoquent la nuit de près ou de loin. La pochette du disque, œuvre réalisée par Simon Defosse et Valérie Lenders, représente un espace onirique autour du soleil, de la lune et d’un phare, Lightmare en anglais, qui est également un clin d’œil à Nightmare, le cauchemar...

De la musique minimaliste et ses boucles évolutives (« Sleep - Wake up ») au rock progressif et sa rythmique puissante et mate (« Wake up - Sleep »), les morceaux s’enchaînent, souvent sans transition, et s’inscrivent dans une continuité marquée par une ambiance très spatiale (« Sunset »). Absence de piano et sonorité acoustique aidant, Vierset utilise le quartet comme une formation classique : violoncelle en contre-chant (« Sleep - Wake up » - « Lightmares ») ou en soutien mélodique (« I Wish »), superposition des lignes (« Day One »), dialogues piquants (caquetages du soprano et vibrato de la guitare dans « Open Your Eyes » - « Wake up - Sleep »), chœurs et nappes de sons continus (« End of the Day - Night »), entrée progressive des voix (« Sunrise »)… Les mélodies, rapidement happées par les développements, sont exposées par des unissons délicats (« I Wish »), des notes égrenées (« I Hope ») ou isolées (« Sunrise »), des riffs aériens (« Sunset ») et elles possèdent toutes une certaine dose de lyrisme (aux accents africains pour « End of the Day - Night »). A l’envolée de guitar hero de « Wake up - Sleep », au foisonnement tendu de « Day One » ou à l’intensité de « Sunset », succèdent des chorus élégants (« Lightmares »), des atmosphères apaisées (« I Wish »), voire intimistes (« Sunrise »), mélancoliques (« I Hope ») , mystérieuses (« Day One »), avec un sens dramatique évident (« Sunset »). De leur côté, la contrebasse et la batterie assurent des pulsations entraînantes (« I Wish »), à force de walking rapides (« Open Your Eyes » - « Wake up - Sleep ») et de frappes profondes (« Day One »), quasiment emphatiques (« Sunset »), mais aussi de motifs sourds (« Lightmares ») ou dansants (« End of the Day - Night »).

Harvest Group propose un disque particulièrement cohérent, dans lequel l’espace et le rêve ne demandent pas mieux que d’emporter l’auditeur dans un voyage plein de péripéties...

Le disque

Lightmares
Harvest Group
Guillaume Vierset (g), Mathieu Robert (ss), Marine Horbaczewski (cello), Yannick Peeters (b) et Yves Peeters (d).
Igloo Records – IGL337
Sortie le 11 mars 2022

Liste des morceaux

01. « Sleep - Wake up » (1:58).
02. « Lightmares » (5:04).
03. « I Wish » (3:34).
04. « I Hope » (3:08).
05. « Day One » (4:10).
06. « Open Your Eyes » (1:32).
07. « Wake Up - Sleep » (2:49).
08. « Sunrise » (2:41).
09. « Sunset » (4:35).
10. « End of the Day - Night » (2:16).

Tous les morceaux sont signés Vierset.

23 avril 2022

Following The Right Way – Pierre Marcus

Pierre Marcus
s’est formé au Conservatoire de Nice, notamment auprès de François Chassagnite et Jean-Marc Baccarini. Après quelques disques en compagnie des locaux de l’étape – Aldon Malesco, Pierre Bertrand, Marco Vezzoso… – le contrebassiste monte un quartet avec Joris Mallia au saxophone, Mickael Berthelemy au piano et Alexandre Gauthier à la batterie, et sort Longue attente en 2015. Marcus poursuit ensuite son aventure avec un quintet, en compagnie de Baptiste Herbin et Irving Carao aux saxophones, Fred Perrears au piano et Thomas Delor à la batterie. Ils enregistrent Pyrodance en 2018. C’est avec les mêmes musiciens, mais Simon Chivallon au piano, que Marcus publie Following The Right Way en avril 2020.

Au programme, six compositions de Marcus, hommages à la Grèce antique (« Misthios »), aux amis Africains (« African Brother »), à une amie niçoise (« Marinonica », clin d’œil au « Panonnica » de Thelonious Monk) ou à son mentor (« Mister Chassagnite »), le morceau-titre, aux allures de préceptes (« Following The Right Way »), un morceau tiré du folklore bulgare (« Bulgarian Time »), « Nostalgia in Times Square », écrit en 1959 par Charles Mingus pour Shadows de John Cassavetes, « Tricotism » d’Oscar Pettiford, pour l’album éponyme sorti sous le nom de Lucky Thompson en 1956, et « Bemsha Swing », le tube que Monk a composé pour le disque Brilliant Corners, en 1957.

The Right Way emprunte des chemins détournés qui vont des Balkans (« Bulgarian Time ») à la New Orleans (« Nostalgia In Time Square »), en passant par les Antilles (« Bemsha Swing »), des ballades digne du Tin Pan Alley (« Misthios »), sans oublier, bien entendu, le Hard-Bop (« Mister Chassagnite »). Le tout est soutenu par une section rythmique efficace qui maintient une pulsation intense (« Tricotism ») : walking et chabada (« Following The Right Way »), ostinatos dynamiques (« Following The Right Way »), motifs dansants (« African Brothers »), lignes chaloupées (« Bemsha Swing »)… Herbin et Acao sont particulièrement complémentaires avec des discours tendus aux accents coltraniens (« Bulgarian Time »), des contrastes entre leurs motifs bondissants et le phrasé cool de la trompette (« Mister Chassagnite »), des échanges limpides et inspirés (« Nostalgia In Time Square »), des envolées véloces (« Following The Right Way ») ou un jeu plein d’entrain (« African Brothers »). Le piano de Chivallon, plutôt nerveux (« Mister Chassagnite ») et vif (« Bemsha Swing »), dispense un groove dense (« Bulgarian Time »), même quand il joue relax (« Misthios »), et il a le bop énergique (« Nostalgia In Time Square »). Les lignes claires et puissantes (« Nostalgia In Time Square »), le gros son boisé (« Mister Chassagnite ») et les chorus mélodieux (« African Brother ») de Marcus renforcent la colonne vertébrale du quintet. D’autant que la batterie de Delor complète impeccablement la contrebasse : cliquetis futés (« Bulgarian Time »), rim shot adroits (« Nostalgia In Time Square »), solo puissant sur les tambours (« Bemsha Swing »), enchaînements entraînants (« African Brother ») et, bien entendu, un drumming bop aux petits oignons (« Following The Right Way »).

Pour enrichir la palette sonore du quintet, Marcus a invité Renaud Gensane et sa trompette, qui nagent comme un poisson dans l’eau dans le hard-bop (« Following The Right Way »), Alexis Valet et son vibraphone, qui apportent une touche mélodique subtile (« Bye Bye Philou »), Jérémy Hinnekens et son piano aux accents « Bud Powelliens » (« Tricotism »), et Aleksandar Dzighov avec sa gaïda (cornemuse bulgare), qui met du relief dans la tournerie de « Bulgarian Time ».

Marcus continue de suivre sa voie avec détermination. Following The Right Way s’inscrit dans une veine néo-bop, agrémentée de couleurs choisies dans des musiques d'horizons variés.

Le disque

Following the right way
Pierre Marcus
Baptiste Herbin (ss, as), Irving Acao (ts), Pierre Marcus (b), Simon Chivallon (p) et Thomas Delor (d), avec Renaud Gensane (tp), Alexis Valet (Vib), Jérémy Hinnekens (p) et Aleksander Dzhigov (Gaida ).
Jazz Familly – JF064
Sortie en avril 2020

Liste des morceaux

01. « Bulgarian Time », traditionnel (5:43).
02. « Mister Chassagnite » (5:09).
03. « Nostalgia In Time Square », Charles Mingus (4:09).
04. « Misthios » (5:32).
05. « Following The Right Way » (3:40).
06. « Bye Bye Philou » (5:28).
07. « African Brothers » (5:00).
08. « Tricotism », Oscar Pettiford (3:20).
09. « Marinonica » (4:57).
10. « Bemsha Swing », Thelonious Monk (7:16).
11. « Bulgarian Time », traditionnel (4:51).

Toutes les compositions sont signées Marcus sauf indication contraire.

10 avril 2022

Nature Hath Painted the Body – Jonas Cambien

Né en Belgique,
mais installé en Norvège, Jonas Cambien s’illustre aussi bien dans la musique contemporaine (Aksiom) que la musique arabe (Majaz), le rock alternatif (Karokh), les musiques improvisées (Platform)… sans oublier son trio, avec le saxophoniste André Roligheten et le batteur Andreas Wildhagen.

Après A Zoology of the Future en 2016 et We Must Mustn’t We en 2018, le pianiste et son trio sortent Nature Hath Painted the Body le 19 avril 2021, toujours chez Clean Feed. Le titre de l’album fait référence à The Compleat Angler, livre sur la pêche d’Izaac Walton, publié en 1653, et les onze morceaux du répertoire ont été entièrement composés par Cambien.

Nature Hath Painted the Body met avant tout l’accent sur le son du trio. Les thèmes ne sont que des prétextes à des développements débridés (« Bushfire »). Des introductions aux allures de gamelan (« Oersoep ») ou de sonnailles (« Hypnos ») laissent place à des envolées nerveuses, touffues et captivantes (« Freeze »). Les ambiances moyen-orientales (« Mantis »), de science-fiction (« Helium ») ou de rock progressif (« Yoyo Helmut »), se mêlent à la musique contemporaine, toujours en filigrane (« Freeze »). Rythmiques cahotantes (« Herrieschoppers »), cliquetis débridés (« The Origins of Tool Use »), tensions fiévreuses (« Bushfire »), riffs puissants (« Yoyo Helmut »), bruitages tendus (« Helium »), unissons intenses (« Tongues »), explosions apocalyptiques (« Freeze ») et rebondissements improbables (« 1 000 000 Happy Locusts ») parsèment Nature Hath Painted the Body du début à la fin.

Power Trio, tu seras free contemporain ou tu ne seras point ! Nature Hath Painted the Body est remarquable pour sa liberté de sons...

Le disque

Nature Hath Painted the Body
Jonas Cambien Trio
Jonas Cambien (p), André Roligheten (ss, ts, bcl) et Andreas Wildhagen (d).
Clean Feed – CF567CD
Sortie le 19 avril 2021

Liste des morceaux

01. « Oersoep » (00:33).
02. « 1 000 000 Happy Locusts » (05:24).
03. « Herrieschoppers » (03:31).
04. « Hypnos » (01:50).
05. « Mantis » (03:29).
06. « The Origins of Tool Use » (04:58).
07. « Bushfire » (04:34).
08. « Freeze » (07:39).
09. « Yoyo Helmut » (02:51).
10. « Tongues » (01:22).
11. « Helium » (04:05).

Tous les morceaux sont signés Cambien sauf indication contraire.

Hum-Ma – Les enfants d’Icare

En 1953, l’auteur de science-fiction
Arthur C. Clarke publie Childhood’s End, dans lequel des gentils extra-terrestres viennent pacifier l’humanité. C’est à la traduction du titre en français que Les enfants d’Icare doivent leur nom. Le quartet, à l’instrumentation d’un quatuor classique, regroupe depuis 2016 des membres du collectif Déluge : Olive Perrusson à l’alto, Boris Lamérand et Antoine Delprat aux violons et Octavio Angarita au violoncelle. Hum-Ma, leur premier disque, sort le 6 mars 2020, sur le label maison de Déluge. 

Le quartet invite la pianiste Carine Bonnefoy sur deux morceaux et le clarinettiste basse Clément Caratini sur un troisième. En dehors de « Sheebeg & Sheemore », air folk irlandais, les dix autres morceaux sont signés Lamerand, mais trouvent leur source dans les voyages et les musiques traditionnelles : « Daf Algan », jeu de mot entre un tambour perse et un antalgique bien connu, s’inspire des Balkans; « Geamparale » est plutôt placé sous le signe de la danse roumaine du même nom ; « L’effet Mandela » est évidemment un hommage à Madiba ; « Gizmo » est un gremlins, mais aussi un savant de DC Comics ; Loin de Shandhigar » évoque la ville indienne dessinée par Le Corbusier ; « Pussies Grab Back » est un clin d’œil au « Pussy Grabs Back » de la rockeuse canadienne Kim Boekbinder ; quant à « GreenWitch », c’est une célèbre brasserie billéroise… mais aussi un hommage à Olivier Messiaen.

De thèmes-riffs entraînants (« Hum-Ma ») en airs joliment tournés (« L'effet Mandela »), les mélodies d’Hum-Ma sont teintées de couleurs chatoyantes qui évoquent les Balkans (« Daf Algan ») et l’Inde (« Loin de Shandhigar »), mais aussi la musique klezmer (« Geamparale »), manouche (« Insomnia »), rock (« Gizmo »), voire contemporaine (« Pussies Grab Back »). Pour ses développements, le quartet s’appuie sur la souplesse des instruments à cordes et joue avec les contre-chants (« Geamparale »), les unissons (« Pussies Grab Back »), les questions-réponses (« Hum-Ma ») et autres croisements de voix (« Sheebeg & Sheemore »). Les enfants d’Icare sortent tout un arsenal d’effets rythmiques pour palier l’absence de batterie : superposition de pizzicato, d’accords frottés et de cordes frappées (« Daf Algan »), ligne de basse assurée par la clarinette (« Geamparale »), walking et pompe entraînantes (« Insomnia »), tournerie propulsée par le piano (« Gizmo »), polyrythmie sautillante (« 9 avril »), assemblage d’ostinato, de riffs et de pédales (« L'effet Mandela »)… Les quatre musiciens jonglent aussi avec la palette sonore de leurs instruments. Tantôt le violon sonne presque comme un harmonica (« Sheebeg & Sheemore »), tandis que le violoncelle rappelle un sarangi (« Loin de Shandhigar »). Des crissements mystérieux lorgnent vers le bruitisme (« Pussies Grab Back »), pendant que des rubatos étirés plantent un décor sombre (« GreenWitch »)…

Les enfants d’Icare s’aventurent en dehors des contrées manouches, swing ou cross-over, en apportant une touche de modernité au quatuor jazz. Hum-Ma bouillonne, avec un groove contagieux !

Le disque

Hum-Ma
Les enfants d’Icare
Boris Lamérand (Vl, aVl), Antoine Delprat (Vl), Olive Perrusson (aVl) et Octavio Angarita (cello), avec Carine Bonnefoy (p) et Clément Caratini (bCl).
Déluge - DLG004
Sortie le 6 mars 2020

Liste des morceaux

01. « Daf Algan » (06:01).
02. « Geamparale » (06:20).
03. « 9 avril » (05:08).
04. « Hum-Ma » (05:50).
05. « Sheebeg & Sheemore », traditionnel irlandais (05:55).
06. « L'effet Mandela » (05:56).
07. « Gizmo » (07:50).
08. « Insomnia » (06:41).
09. « Loin de Shandhigar » (06:47).
10. « Pussies Grab Back » (04:51).
11. « GreenWitch » (05:00).

Tous les morceaux sont signés Lamérand sauf indication contraire.


9 avril 2022

A la découverte de Christophe Girard…

Qu’elle est loin l’époque où André Hodeir pointait du doigt « l’accordéon, instrument anti-jazz s’il en est » ! Le disque Live à L’espace des arts du sextet Space, Time and Mirror de Christophe Girard est un contre-exemple de plus... Et l’occasion de partir à la découverte de cet accordéoniste qui crée volontiers de la musique sans ceinture ni bretelles !


La musique

Mon père souhaitait que je pratique la musique, chose qu’il aurait aimé faire dans sa jeunesse. Mes parents m’ont inscrit dans une école de musique à côté de la maison, et elle proposait des cours d’accordéon... Le choix de mon instrument s’est donc fait plutôt par défaut que par goût, mais, au fil des ans, nous avons appris à nous connaître !

Dans ma jeunesse, j’ai commencé par pratiquer le répertoire dit de « variété ». Un répertoire nourri par des accordéonistes comme Gus Viseur, Tony Murena… Comme je suis né à Nevers, ville dans laquelle D’Jazz Nevers a une place très particulière, c’est par le biais de ce festival et dans le cadre d’interventions scolaires que j’ai noué mes premiers liens avec le Jazz. C’est aussi pendant ces années de collège et de lycée que j’ai découvert les disques de Richard Galliano… Ensuite, à dix-sept ans, je suis entré au conservatoire de Dijon où j’ai découvert l’accordéon classique, puis j’ai intégré le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans cette même discipline.

Durant toute cette période, j’écoute énormément de jazz et le pratique « pour moi ». Je suis influencé par Duke Ellington pour son génie de l’orchestration, Art Van Damme pour son jeu qui a éclairé bon nombre d’accordéonistes, et Joachim Kühn pour ses envolées mélodiques et rythmiques inventives. A cette époque, j’ai déjà en ligne de mire de monter ma formation dès que mes études seront terminées. En 2009 c’est chose faite avec mon trio Exultet, qui remporte d’ailleurs trois prix au tremplin Jazz la Défense et le tremplin européen Jazz Burghausen. J’ai ensuite formé Smoking Mouse avec Anthony Caillet, le quintet Melusine et, aujourd’hui, le sextet Space, Time and Mirror. Par ailleurs, je continue de jouer dans des projets de musiques contemporaines ou classiques.




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Cette question est souvent largement débattue. Je propose donc une citation magnifique d’Alex Dutilh : « Le jazz est un vampire métis qui, depuis sa naissance, suce le sang des autres musiques pour se régénérer. La plupart du temps par amour. Il sort plutôt la nuit et son sens aigu de l'improvisation lui permet de déjouer les tentatives d'enfermement ou les risques de sclérose dont il est régulièrement menacé. Lorsqu'il est en forme (en solo, en petit comité ou en bande organisée), on reconnaît sa silhouette à un balancement chaloupé que les golfeurs appellent swing et les geeks, groove. Tous les dix ans on annonce sa mort et tous les dix ans il s'invente une nouvelle jeunesse. Le jazz a les rides de ses héros disparus et affiche le sourire juvénile de ceux qui regardent le futur droit dans les yeux. »

Pourquoi la passion du jazz ? Pour ces instants ou la communication non verbale raconte plus que les mots... Pour son rapport au présent : ici et maintenant !

Où écouter du jazz ? En priorité dans des salles de concerts et les clubs.

Comment découvrir le jazz ? Pour commencer, en regardant les programmations autour de chez soi !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un chat,
Si j’étais une fleur, je serais un soucis,
Si j’étais un fruit, je serais une pomme,
Si j’étais une boisson, je serais du vin,
Si j’étais un plat, je serais du bœuf bourguignon,
Si j’étais une lettre, je serais Z,
Si j’étais un mot, je serais contemplation,
Si j’étais un chiffre, je serais 0,
Si j’étais une couleur, je serais terracotta,
Si j’étais une note, je serais Ré.


Les bonheurs et regrets musicaux

Je crois que le disque de mon sextet est l’une de mes plus belle réussite. Pendant le confinement, j’ai réécouté des maquettes de mes projets précédents et leur ai trouvé une fraîcheur, une sorte d’innocence, qu’on ne retrouve plus sur les albums, enregistrés bien après. J’ai donc fait le pari d’enregistrer le concert de la création de Space, Time and Mirror ! Et ce fût formidable ! Grâce à cette équipe magnifique !

Je regrette de ne pas avoir pu assister à l’un des derniers concerts du Vienna Art Orchestra, mais le moteur de ma voiture a explosé sur la route alors que je m’y rendais…


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Live 1989 du Joachim Kühn Trio et L’Art de la fugue par Grigory Sokolov.

Quels livres ? Entretiens avec Jonathan Cott de Glenn Gould et Aucun souvenir assez solide d’Alain Damasio.

Quels films ? Into the Wild de Sean Penn et l’intégrale des Nuls.

Quelles peintures ? La femme qui pleure de Pablo Picasso et Autumn Rhythm (Number 30) de Jackson Pollock.

Quels loisirs ? Du ping-pong et des chaussures de randonnée...


Les projets

Je souhaite jouer autant que possible la musique de Space, Time and Mirror, mais aussi : enregistrer un jour une transcription de L’Art de la fugue de Johann Sebastian Bach pour accordéon seul, inventer un nouveau répertoire avec mon duo Smoking Mouse et faire vivre les musiques sur mon territoire en menant une action de terrain...


30 mars 2022

Vincent Peirani bat les cartes…

Jokers sort le 25 mars 2022, chez ACT. Dans ce disque, enregistré avec le guitariste Federico Casagrande et le batteur Ziv Ravitz, Vincent Peirani change la donne et sort une main inhabituelle, mais pleine d’atouts ! L’accordéoniste aux pieds nus nous en dit plus sur cette nouvelle partie de jeu...
Peux-tu nous raconter l’histoire du projet Jokers ?

Vincent Peirani : Tout est parti d’une invitation de Stefan Gerde de la NDR (Radio à Hambourg) qui m’a demandé de venir jouer dans cette salle pour deux concerts. Il m’a suggéré de venir avec quelque chose de nouveau, parce que c’était un peu le principe de cette émission : redécouvrir des artistes dans des orchestrations différentes.

Comment as-tu rencontré Federico Casagrande et Ziv Ravitz, et comment fonctionne ce trio sachant que si Casagrande vit à Paris, Ravitz, lui, est basé à New York ?

J’ai rencontré Federico il y a une dizaine d’année. Nous avons très vite eu un bon feeling et, depuis notre rencontre, je l’ai branché sur plusieurs projets. Des projets très différents les uns des autres. A chaque fois, il m’a étonné par sa justesse, son implication dans la musique, sa précision... Et puis le plus important : c’est un gars super !

Pour Ziv, nous nous sommes croisés plusieurs fois dans des festivals. Il se trouve que Ziv joue avec beaucoup de musiciens-amis. Nous avons donc eu l’occasion d’être présentés et le courant est passé tout de suite entre nous. Quelques années plus tard, j’ai organisé une session avec Michel Portal, Michel Benita, Ziv et moi. Nous avons passé un excellent moment ensemble. Le feeling était autant humain que musical ! C’est à ce moment que je me suis dit qu’il fallait nous puissions faire quelque chose ensemble un jour.

Il se trouve que Ziv habite maintenant en France… L’amour peut aider à prendre certaines décisions ! [Rires] Mais il reste, tout comme Federico et moi, quelqu’un de très occupé ! Nous fonctionnons donc sur des dates, des plannings à moyen long terme et tout se passe plutôt bien ! C’était la même chose quand il habitait NYC.

Qu’apporte Casagrande à ta musique ?

Federico, c’est le son. Il cherche toujours le son « juste » et il excelle dans ce domaine ! Il a toujours de très bonnes idées. Il habite la musique quelle qu’elle soit et cherche toujours à être à son service !

Et Ravitz ?

Ziv, c’est la puissance et la liberté absolue. Il a un son de batterie énorme sans que ça n’écrase jamais le reste. De plus, chaque concert est un prétexte aux expérimentations, à la nouveauté, aux surprises et ça rend la musique encore plus vivante, live ! On a même expérimenté Ziv pilotant les effets de l’accordéon et moi qui devait réagir à ce qu’il me proposait en live. C’est ce qu’on appelle de la confiance !!

(c) Agence de presse Ephelide

En dehors de Thrill Box, sorti en 2013 et enregistré avec Michel Benita et Wollny, le trio n’est pas la formation dans laquelle le public peut t’entendre le plus souvent : tes projets sont pour la plupart en duo – So Quiet, Salque, Abrazo, Insight – , voire en quartet – L’Heure Suprême (également avec Casagrande) – ou en quintet – Living Being. Est-ce le fruit du hasard ou le trio est-il un format particulier ?

Non, ce n’est pas le fruit du hasard. La forme du trio m’a toujours fait peur, pour sa place dans l’histoire du jazz : toutes ces références aussi géniales les unes que les autres… Ce qui fait que je ne me suis jamais senti capable de tenter l’aventure en trio. Mais rien n’est jamais définitif…

Cela dit, je n’ai pas tenté le trio « classique », avec contrebasse et batterie, mais une forme un peu hybride avec la guitare, qui prend par moments le rôle plus spécifique de la basse, mais peut également continuer de jouer des harmonies. C’est donc avec cette orchestration que je me suis senti plus rassuré et prêt à tenter l’aventure !

Dans la majorité de tes projets – So Quiet est l’exception qui confirme la règle – tu joues quasi-exclusivement de l’accordéon, parfois de l’accordina et des vocalises, mais pour Jokers tu as ajouté une panoplie d’instruments : clarinette, boîte à musique, claviers, glockenspiel… et tu introduis des effets électro. Peux-tu nous en dire plus sur ta démarche ?

Cet album est arrivé après cette longue période d’inactivité. Période pendant laquelle je me suis penché un peu plus sur les effets, le son, la production, le mix etc… Quand l’idée d’enregistrer Jokers est arrivée, j’ai imaginé deux approches différentes concernant la manière d’enregistrer ce projet, avec des moments où nous jouons tous ensemble, live, et d’autres, où c’est davantage comme dans un disque de chansons ou de pop : je demande aux musiciens de jouer telle ou telle chose afin que je puisse me servir de cette matière en post prod. Il y a donc le travail à l’enregistrement, à la prise, mais aussi après l’enregistrement, pendant les phases de mix.

Deux morceaux de Metal Industriel – « This Is The New Shit » de Marilyn Manson et « Copy of A » de Nine Inch Nails – un tube pop – « River » de Bishop Brigs – une berceuse italienne – « Ninna Nanna » – deux morceaux de Casagrande et trois de tes compositions. Un programme pour le moins éclectique ! Comment as-tu choisi le répertoire ?

Comme à chaque fois que je dois enregistrer un disque, tout d’abord, j’écoute plusieurs fois le disque Grace, de Jeff Buckley. Pour moi, c’est une forme de nettoyage d’oreilles ! Il se trouve que j’accumule depuis plusieurs années maintenant un « sac » de morceaux que j’adore, qui ne sont pas de ma composition, et que j’aimerais reprendre un jour. Je me plonge donc dedans et je cherche si quelque chose peut convenir ou pas. En même temps, je commence à écrire mes propres compositions, qui vont orienter le discours musical du projet et créer ainsi du lien avec les potentielles reprises.

Mais ce qui est sûr, c’est que j’aime mettre des ingrédients très différents dans un même disque. Il faut juste réussir à bien tous les accorder entre eux !

Comment s’est déroulé l’enregistrement : avez-vous pu roder le répertoire en concert malgré la pandémie ? Avez-vous répété ? Avez-vous fait beaucoup de prises ?

Nous avions un répertoire constitué depuis plusieurs années, rodé avec environ une trentaine de concerts... Mais pour l’enregistrement, j’ai eu envie de changer de direction pour essayer quelque chose de très différent ! Pourtant, à l’origine du projet, j’avais déjà envie d’aller dans la même direction que celle du disque, mais, pour diverses raisons, nous avons suivi un autre cap !

Il a fallu que Fede et Ziv me fassent confiance car nous n’allions pas pouvoir répéter avant la séance d’enregistrement et ils découvriraient donc les morceaux en studio, sous les micros...

(c) JP Retel & Agence de presse Ephelide
En dehors d’Out of Land et Tandem, tous tes disques en leader sont des enregistrements en studio. Pourquoi le studio plutôt que le concert ?

Tout simplement parce que l’occasion ne s’est pas présentée ! Je ne suis pas sectaire, ni envers l’enregistrement live, ni envers le studio !

Thrill Box, Belle époque et Living Being ont été enregistrés par Jean-Paul Gonnod au Studio de Meudon. Pour les disques suivants, tu as changé de studio à chaque fois, mais avec Boris Darley derrière les consoles pour Living Being II, So Quiet et Abrazo. Jokers, lui a été enregistré au Studio Black Box par Etienne Clauzel. Pourquoi le Studio Black Box ? Quelle est l’importance du studio d’enregistrement ? Comment les choisis-tu ? Quel est le rôle et comment conçois-tu la relation avec les ingénieurs du son ?

Petite rectification : So Quiet a été enregistré au Studio Soult par Nicolas Djemane, l’ingé son de tous mes projets en live, puis mixé par Boris Darley. Après avoir enregistré trois disques sous mon nom au Studio de Meudon, j’ai eu envie de changer mes habitudes et d’essayer de trouver le studio, la pièce, ou plutôt les pièces, les mieux adaptées à chaque projet. C’est ce qui s’est passé, par exemple, avec Living Being II, que nous avons enregistré au Studio ICP, à Bruxelles. Studio où j’avais déjà enregistré pas mal de fois, mais dans des contextes plutôt pop ou de chanson française. Les pièces étaient vraiment idéales pour le projet, ainsi que tout le matériel mis à disposition. Et j’ai la même réflexion à chaque fois. Je prends des infos à droite à gauche, demande des retours à certains musiciens qui sont déjà aller dans tel ou tel studio, et après avoir recoupé toutes ces infos, je prends ma décision.

En ce qui concerne l’ingé son, c’est plus une question de feeling. Pour Jean-Paul, c’est un ami commun qui m’a parlé de lui, puis, au cours d’une discussion, nous nous sommes rendu compte que nous avions fait des stages de musique ensemble quand nous étions plus jeunes ! Le hasard fait bien les choses ! Le choix de l’ingé son est davantage une histoire humaine que « pro ».

Depuis Living Being II, puis Abrazo et, maintenant, Jokers, tu mixes tes disques. Pourquoi ce changement ?

En fait, le changement, c’est que je rajoute mon nom sur la pochette pour le mix, mais j’ai toujours été avec l’ingénieur du son pendant le mix et ça, depuis le début !

Tes disques sortent chez ACT depuis Thrill Box, c’est à dire une dizaine d’années. Peux-tu nous raconter comment tu as rejoint ce label ? Est-ce important d’être fidèle à un label ? Comment se passe le travail avec Siggi Loch ?

C’est Siggi Loch qui est venu me chercher après un concert où j’accompagnais Youn Sun Nah, avec qui j’ai tourné pendant quatre ans. Par la suite nous avons eu des échanges, sommes tombés sur un accord, et ça fait maintenant dix ans que ça dure ! Avec le temps, nous arrivons à construire une relation, nous apprenons à mieux nous connaitre et à mieux travailler ensemble.

Avec une douzaine de disques en leader, une soixantaine en sideman, une quinzaine de DVD, une douzaine d’albums enfants… en une douzaine d’années ! Ta discographie est pléthorique ! Serais-tu un boulimique ?

Il est vrai que j’aime travailler ! Mes enfants disent de moi que je suis drogué au travail, que je ne suis vraiment heureux que quand j’ai passé du temps à travailler… Mais je me soigne quand même ! Bon, c’est vrai que j’ai beaucoup d’idées, pas forcément toujours bonnes, mais je réfléchis beaucoup… Et, avant tout, j’aime la musique, j’aime ce que je fais, j’aime les gens avec lesquels je fais de la musique, j’ai une super équipe qui m’entoure… Donc toutes les conditions sont réunies pour avoir envie de travailler ! [Sourire]


Plus généralement, pour toi, que représente un disque dans ton parcours musical ?

Le disque permet de prendre une photo sonore. Il nous raconte là où nous en sommes musicalement avec le projet. C’est aussi parfois un moyen de clarifier et préciser les choses. C’est une étape essentielle pour moi, mais avec le live comme finalité, quoiqu’il arrive !

(c) JP Retel & Agence de presse Ephelide
Revenons à la musique de Jokers. Comme dans Night Walker, le rock est présent – « This Is The New Shit », « Salsa Fake », « Heimdall » – renforcé par les frappes mates et puissantes de Ravitz. Quelles sont tes principales influences dans le rock ?

Il y en pas mal, et plein que je dois encore découvrir ! Parmi les « anciens », je peux citer Deep Purple, Jimmy Hendrix, Buckley, BBA, Cream, Led Zeppelin, Iron Butterfly… Mais il y en a encore beaucoup d’autres !

« River » penche davantage vers le folk, avec des teintes de blues. Dans « Circus of Light », ton développement suit une veine quasi-musique classique, un peu comme une rhapsodie. L’introduction de « This Is The New Shit » au glockenspiel et « Ninna Nanna » évoquent des comptines. Le déroulé nostalgique de « Twilight » rappelle une musique de film… Tu revendiques cet éclectisme et tu écoutes toutes les musiques ?

Je revendique surtout un « no barrière », que ce soit dans les styles ou dans les musiques. Je suis un amoureux de la musique, sans frontière, et j’aime penser que tout est possible à partir du moment où on aime ce qu’on fait et qu’on est honnête avec soi-même.

« Copy Of A » a une pâte sonore complètement différente : entre dance floor et musique électro. Jokers est l’un des premiers disques sur lequel tu utilises autant d’effets. C’est un jeu et / ou une nouvelle voie que tu pourrais explorer dans le futur : un accordéon et des pédales, un peu comme ce que fait Guillaume Perret avec son saxophone ?

Oui, c’est exactement ça. C’est un nouveau champ de jeu qui s’ouvre avec l’électronique, les pédales… Et c’est un monde sans fin ! Donc, dans le futur, oui, mon accordéon sera accompagné d’électronique !

Ta musique est à la fois mélodieuse et entraînante. C’est l’accordéon qui veut ça ? La danse est-elle importante pour toi ?

Je ne sais pas si c’est l’accordéon qui veut ça. Je pense que chacun a sa propre personnalité et ressent les choses de manière singulière. Quant à la danse, elle est tout le temps présente dans ma tête, dans ma musique. J’ai commencé par le bal et faire danser les gens, c’est quelque chose qui m’a toujours plu. Mon père insistait en permanence sur le fait que la musique, quelle qu’elle soit, se doit d’être dansante. Pas forcément dansée, mais dansante ! Et j’ai toujours écouté mon père… Enfin presque toujours… [Sourire]

Tu gères également la tension avec un sens dramaturgique évident : « Les Larmes De Syr » est un bel exemple de cet aspect de ta musique. D’ailleurs les morceaux sont souvent cinégéniques, comme « Ninna Nanna », quasiment la bande son d’un western... Il est fondamental qu’un morceau raconte une histoire ?

C’est, pour moi, l’essence même de la musique. Nous sommes juste en train de raconter des histoires et nos instruments sont les vecteurs, les outils, par lesquels nous nous exprimons. Donc, à travers la musique, j’aime raconter des histoires, parfois la mienne, parfois des histoires inventées, ou celles qu’on m’a racontées…

Et pour terminer, une question qui me taraude depuis longtemps : enregistres-tu pieds nus, comme quand tu joues en concert ?

Pourquoi changer ? Ce n’est pas un effet de style ou je ne sais quoi, c’est essentiel pour moi : j’aime être pieds nus le plus souvent possible !

Jazz à bâbord (c) PLM