20 février 2024

Naïri au Studio de l’Ermitage

Depuis ses voyages en Arménie, en 1994 et 1995, Claude Tchamitchian intègre volontiers la culture musicale de ses ancêtres dans ses projets : le duo avec le joueur de kamantcha Gaguik Mouradian (Le monde est une fenêtre), une partie du répertoire de Lousadzak (Need Eden) ou de Ways Out, et, bien sûr, Traces, commémoration du génocide arménien. Naïri, autre nom de l’Arménie, s’inscrit dans une démarche similaire. Tchamitchian présente ce nouveau programme au Studio de l’Ermitage le 13 février.

Naïri sort le 9 février 2024 chez Emouvances. Outre le label, dont le catalogue compte désormais plus d’une quarantaine de disques, la Compagnie Emouvances, fondée en 1994, assure la promotion de musicien, accompagne la diffusion de projets, produit des concerts, organise le festival Les Emouvantes à Marseille et coproduit le festival L’Oreille du Perche.

Pour Naïri, comme toujours ou presque, Tchamitchian s’entoure de musiciens-amis : à la clarinette, Catherine Delaunay, également membre d’Acoustic Lousadzac et de Vortice , et, à la guitare acoustique, Pierrick Hardy, que Tchamitchian accompagne dans L’Ogre Intact. Le programme du concert reprend les quatre suites du disque.
 
Catherine Delaunay - Claude Tchamitchian - Pierrick Hardy © PLM

Si, comme le rappelle Tchamitchian en introduction, Naïri est clairement liée à l’Arménie, la première suite s’inspire davantage de l’aède, ce troubadour de la Grèce antique qui chante des poèmes en s’accompagnant avec une lyre. Le trio enchaine « La caresse du temps », « Guillaumos le Grec » et « Les Sarmates ». L’ambiance solennelle – ostinato de la guitare, unisson de la clarinette et de la contrebasse lent, sombre, mélancolique – et les questions-réponses fougueuses de la clarinette et de la guitare, parsemées de phrases tourbillonnantes, évoquent d’autant plus la musique de chambre, que l’architecture des morceaux est sophistiquée et que le trio a pris le parti du tout acoustique.

« L’écume des soupirs », « Les héros perdus » et « L’invisible armada » constituent la deuxième suite. Les titres sont explicites et cette suite n’invite pas à la rigolade. Un bourdon à l’archet souligne une mélodie triste, exposée par la clarinette. La guitare rejoint sa consœur pour un dialogue profond et d’une rare authenticité. Le développement est grave, avec d’abord un chorus de Tchamitchian à l’archet, pimenté de glissandos aux accents orientaux, puis des lignes mobiles de Delaunay, qui alterne sauts d’intervalles, cris aigus et phrases étirées, le tout soutenu par une pédale et un riff dignes de la musique répétitive. Le troisième mouvement est entrainant à souhait, avec un motif dansant de la contrebasse qui accompagne le solo enjoué de la guitare.

« Armenia » est un intermède dont le thème majestueux et sombre, dans un esprit vingtièmiste, est joué à l’unisson par la clarinette et la contrebasse, à l’archet. Delaunay et Hardy poursuivent dans la même veine, soutenus par un bourdon de Tchamitchian. Le chorus de la guitare, particulièrement raffiné, s’inscrit également dans une lignée chambriste.

La dernière suite s’articule autour d’un thème fétiche de Tchamitchian, « Katsounine », et d’un développement qui reprend le premier mouvement de la première suite, « Le temps d’une caresse ». L’introduction de Tchamitchian, à la fois imposante et mélodieuse, débouche sur un riff puissant qui met en relief les unissons de Delaunay et Hardy, puis, avant une conclusion en douceur, la clarinette s’ébat en toute liberté au-dessus des accords de la guitare et l’ostinato de la contrebasse.
 

Naïri © PLM


Le trio joue à la fois sur les interactions mélodiques, les amplitudes sonores, les variations rythmiques et les nuances harmoniques : Naïri est d’une richesse monumentale !
 

Le disque


Naïri

Claude Tchamitchian Trio

Catherine Delaunay (cl), Pierrick Hardy (g) et Claude Tchamitchian (b).
Emouvance – emv 1048
Sortie le 9 février 2024

 
 
 
 
 
 
 
Liste des morceaux

01. Suite 1 - « La caresse du temps » (7:49).
02. Suite 1 - « Guillaumos le Grec » (2:13).
03. Suite 1 - « Les Sarmates » (6:47).
04. Suite 2 - « L’écume des soupirs » (5:15).
05. Suite 2 - « Les héros perdus » (7:19).
06. Suite 2 - « L’invisible armada » (4:05).
07. Suite 3 - « Armenia » (5:24).
08. Suite 4 - « Katsounine » (6:29).
09. Suite 4 - « Le temps d’une caresse » (2:02).

Tous les morceaux sont signés Tchamitchian.

04 février 2024

Ici au Comptoir

Depuis La Théorie du pilier, sorti en 1987, de l’eau a coulé dans la ria finistérienne de Marc Ducret. Le 7 mai 2023, chez Ayler Records, le musicien sort Ici, son vingt-deuxième opus, en compagnie d’un trio de choc : Samuel Blaser au trombone, Fabrice Martinez à la trompette, au bugle et au tuba, et Christophe Monniot aux saxophones sopranino, alto et baryton. Le quartet s’est produit sur la scène du Comptoir le 30 janvier 2024.

Ducret explique la genèse du projet. Juste avant les confinements, l’artiste se penchait sur la musique sérielle avec le Quatuor Béla pour une adaptation électrique de la Suite lyrique, qu’Alban Berg a composé entre 1925 et 1926. Mais en 2020, le covid sème un vent de panique dans le milieu de la création artistique (pas que…) : comment faire pour continuer à travailler ? « Puisqu’il est pour l’instant impossible d’aller jouer LÀ-BAS, faisons de la musique ICI ! » Ici, c’est en Bretagne, au bord d’un aber. Ducret y compose une suite en quatre mouvements tirés d’une même série, marquée par les saisons, la marée, le temps qui passe, le temps qui change… Pour l’interpréter, il fait appel à des compagnons de longue date : Monniot, avec qui il a enregistré en duo Le dernier tango (2022), et qu’il connaît depuis plus de vingt ans (Qui parle ? – 2003), puis Blaser et Martinez, actifs depuis une dizaine d’années dans ses projets, notamment Métatonal (2014) aux côtés de Bruno Chevillon et Eric Echampard, mais aussi Voyageurs (2021), un duo avec Blaser.

Christophe Monniot - Fabrice Martinez - Samuel Blaser - Marc Ducret © PLM

Le programme de la soirée reprend évidemment les quatre saisons selon Ducret, plus deux morceaux récents : « Chant / Son », repris du Dernier Tango, et « La vie sans toi », tiré de Voyageurs. Comme le fait remarquer Ducret avec humour : « on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre ». La suite commence donc logiquement par « L’été, ici », appât idéal pour attirer ses compères au fin fond de l’Armorique…

A l’image de chaque saison, « L’été, ici » n’est pas uniforme et les tableaux se succèdent, de notes égrenées en chœur aux lamentations du saxophone alto, sur un bourdon de guitare, en passant par des passages expressionnistes, des contrepoints touffus et sophistiqués, des dialogues pointillistes, un brouhaha organisé et des chorus pittoresques, avec la guitare et le trombone qui maintiennent un cadre rythmique clair… « L’été, ici » breton n’a rien d’un anticyclone statique ! « L’automne, ici » qui lui succède est abrupt et bondissant, porté par une fanfare sérielle entraînante. Sur une structure complexe d’enchevêtrements d’ostinato, suites d’accords et autres motifs groovy, le trombone et la trompette prennent des solos aussi éclatants que tendus. L’ambiance du choral solennel, quasiment baroque, qui clôt « L’automne, ici » donnerait presque raison à

Marc Ducret - Le Comptoir - Janvier 2024 © PLM
Francis Ponge quand il écrit que « tout l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide ». Avant de poursuivre avec les quatre saisons, le quartet joue « Chant / Son », resté instrumental puisque personne n’a voulu le chanter… Il faut dire que la mélodie tourmentée, les phrases dissonantes imbriquées, les envolées free du saxophone alto et les développements en zigzag n’ont rien d’une bergerade, et semblent mieux adaptés aux réflexions rock alternatif véloces du guitariste. Retour sur Terre avec « L’hiver, ici ». Tempête sur les cordes : Ducret tire des sons plus ténébreux les uns que les autres à l’aide d’objets placés sur une guitare posée à plat. Dans cette ambiance bourdonnante, les soufflants alternent cris et mélopées, interactions nerveuses et joutes débridées, dans un esprit que n’aurait pas renié Albert Ayler. Pour « Le printemps, ici », Ducret s’est inspiré de deux poèmes de Samuel Beckett. L’introduction étirée, la ligne majestueuse du tuba et l’élégant duo entre tuba et trombone renvoient à la musique de chambre. Les questions-réponses à bâton rompu et la vivacité des propos qui suivent évoquent davantage la bande-son d’un dessin-animé. Après un chorus de Ducret a capela, à la fois mélodieux, rapide et déchiré, « Le printemps, ici » se termine sur un mouvement d’ensemble délicat, porté par les contrepoints de la guitare, dans un climat chambriste vingtième. « Canon » et « La vie sans toi » concluent le concert. Ducret et Blaser croisent d’abord leurs notes à qui mieux mieux sur des unissons de Martinez et Monniot. Les idées fusent comme dans une table ronde, puis le morceau s’achève sur des traits mélancoliques de la trompette. En bis, le quartet reprend un extrait dansant de « L’automne, ici » et renoue avec son côté fanfare free.

Architecture millimétrée, sens de la narration spectaculaire et verve jubilatoire : Ici raconte le ciel, la mer, la nature, la terre… avec une justesse émouvante. Ducret, Blaser, Martinez et Monniot sont des conteurs nés !

 

Christophe Monniot - Fabrice Martinez - Samuel Blaser - Marc Ducret © PLM

 

Le disque

Ici
Marc Ducret
Christophe Monniot (ss, bs, as), Fabrice Martinez (tp, bg, tu), Samuel Blaser (tb) et Marc Ducret (g).
Ayler Records – aylCD-178
Sortie le 7 mai 2023

Liste des morceaux

01. « L'été, ici » (11:58).
02. « L'automne, ici » (08:02).
03. « L'hiver, ici » (09:10).
04. « Le printemps, ici » (10:28).

Tous les morceaux sont signés Ducret.

 

28 janvier 2024

No Dahïss – NoSax NoClar

Le clarinettiste Julien Stella et le saxophoniste – clarinettiste Bastien Weeger forment NoSax NoClar en 2018. Ils publient Kahmsïn en 2019 et Rëd Sisters en 2022. Toujours chez Yolk, le duo sort No Dahïss le 10 novembre 2023.

Cinq des treize morceaux au programme de No Dahïss sont signés Weeger, quant aux huit autres, ils ont été composés par Stella. Les pièces, plutôt courtes – elles durent en moyenne quatre minutes – ont des titres évocateurs qui rappellent que NoSax NoClar trouve son inspiration dans toutes les musiques, et la plupart invitent au voyage : du Sénégal (« Fajar », l’aube en wolof) aux Etats-Unis (« Mississippi »), en passant par la Bretagne (« Daouzek Eizh », douze / huit), l’Egypte (« Kahmsïn », vent chaud du désert), la Haute-Garonne (si « Cox » est bien le village éponyme)… Le duo invite également le trompettiste Paul Weeger sur « Kahmsïn ».

Instrumentation oblige, No Dahïss a d’autant plus un côté musique de chambre que les dialogues sont élégants (« Eli »), les mélodies soignées (« Fajar») et les développements teintés de minimalisme (« Barbary-Ann »). Folkloriques (« Cox ») ou Moyen-Orientaux (« Kahmsïn »), berceuses (« Bye Little Flea ») ou farandoles (« Azëë, Atëëq »), lyriques (« Soon ») ou sautillants (« Jour de fête »), NoSax NoClar varie ses propos. La construction des morceaux repose souvent sur une carrure assurée par la clarinette basse (« Soon »), pendant que le saxophone alterne passages rythmiques en contre-chants et développements mélodiques (« Jour de fête »). Les deux musiciens inventent des motifs rythmiques (« Azëë, Atëëq »), thèmes-riffs (« Mississippi »), ostinatos (« Jour de fête »), pédales (« Bye Litlle Flea »), lignes de basse (« Daouzek Eizh »), boucles évolutives (« Fajar »)… qui mettent plus de relief les uns que les autres (« Soon »). Le résultat donne une musique constamment entraînante (« Kahmsïn »). Stella et Weeger s’appuient également sur une maîtrise impressionnante des techniques étendues pour rendre leurs discours particulièrement expressifs : des claquements de clés (« Eli ») au jeu sans bec (Söüfi »), en passant par les effets de souffle et de voix (« No Dahïss »). Les interactions entre les deux artistes sont d’une précision redoutable, avec des contrepoints virtuoses (« Azëë Atëëq »), des phrases imbriquées au millimètre (« Bye Little Flea »), des décalages au cordeau (« Barbary-Ann »), des unissons géométriques (« Kahmsïn »), des croisements de voix adroits (« Daouzek Eizh »)...

No Dahïss est un carnet de notes passionnant, reflet des pérégrinations musicales de NoSax NoClar, un duo inouï à écouter absolument !

 

Le disque

No Dahïss
NoSax NoClar
Julien Stella (cl) et Bastien Weeger (sax, cl), avec Paul Weeger (tp).
Yolk Records – J2094
Sortie le 10 novembre 2023

Liste des morceaux

01. « Eli (Tribute To Ossipovitch) », Stella (04:04).
02. « Cox », Weeger (03:04).
03. « Jour de fête », Weeger (06:11).
04. « Barbary-Ann », Stella (03:25).
05. « Kahmsïn (Stromboli Version) », Stella (04:58).
06. « Bye Little Flea », Stella (03:46).
07. « No Dåhïss (Live At Jean-Lurçat Museum) », Stella (04:01).
08. « Fajar », Weeger (05:36).
09. « Daouzek Eizh », Stella (03:01).
10. « Mississippi », Weeger (03:18).
11. « Söüfi », Stella (04:34).
12. « Soon », Weeger (04:59).
13. « Azëë Atëëq », Stella (03:01).
 

27 janvier 2024

Fables – Watchdog

Formé en 2016, Watchdog réunit Anne Quillier aux claviers et Pierre Horckmans aux clarinettes. Le duo a sorti You’re Welcome en 2016, Can of Worms en 2017 et Les animaux qui n’existent pas en 2020. Watchdog publiera un quatrième opus, Fables, le 2 février 2024, toujours sur le label du collectif lyonnais Pince-oreilles, dont ils sont membres.

Au programme, sept compositions du duo aux titres souvent évocateurs : la vitalité en danois (sic ! « Livskraft »), la sagesse (« Vieille âme »), Wallace et Gromit (« L’invasion des lapins gloutons »), les systèmes planétaires extra-terrestres (« Tau ceti »), Gilles Deleuze (« Le rêve de l’autre »), Alice au pays des merveilles et la biologie évolutive (« La course de la reine Rouge ») et le paradoxe de l’humanité 😉 (« On chute en gardant les pieds sur terre »). La pochette rougeoyante du disque est signée du dessinateur, graphiste, auteur de bandes dessinées, Benjamin Flao, et représente une usine désaffectée en proie aux flammes, devant laquelle est couché un Watchdog énigmatique…

A l’image de « Livskraft », les mélodies sont empreintes de mélancolie, souvent émouvantes (« Le rêve de l’autre »), voire tristes (« On chute en gardant les pieds sur terre »). Les morceaux se déroulent tour à tour dans des ambiances circassiennes (« Livskraft ») ou de cabaret (« Vieille âme »), une atmosphère de jeux vidéos (« L’invasion des lapins gloutons ») ou latino (« Le rêve de l’autre »), des films de science-fiction (« La course de la reine rouge ») ou du rock alternatif (« On chute en gardant les pieds sur terre »). Le duo s’appuie sur les claviers pour mettre en relief les développements, en créant des décors de limonaire (« La course de la reine rouge » ), des arrières-plans foisonnants (« On chute en gardant les pieds sur terre »), des vagues sonores ( Livskraft »), des motifs minimalistes (« Livskraft »), des lignes de basse profondes (« L’invasion des lapins gloutons »)... Pour la partie rythmique, Quillier et Horckmans font largement appel aux techniques étendues (« La course de la reine rouge ») : claquements de langue, jeu avec les clés, souffle… mais aussi aux effets (« Livskraft »), riffs et ostinatos électro (« Le rêve de l’autre »). Quand Quillier se consacre à la mise en scène, Horckmans laisse sa clarinette voleter en contrepoints discrets (« L’invasion des lapins gloutons »), contre-chants élégants (« Tau ceti ») ou envolées free éloquentes (« Le rêve de l’autre »).

Watchdog livre un nouvel opus de haut vol. Dans Fables, Quillier et Horckmans réussissent à marier musiques populaires et jazz, le tout saupoudré d'effets électro, qui apportent une touche sonore unique et captivante.

Le disque

Fables

Watchdog

Anne Quillier (piano, Fender Rhodes, Moog) et Pierre Horckmans (cl, acl, bcl, électro).
Label Pince-Oreilles – 018/1
Sortie le 2 février 2024

Liste des morceaux

01. « Livskraft » (3:56).
02. « Vieille âme » (3:45).
03. « L’invasion des lapins gloutons » (5:46).
04. « Tau ceti » (2:59).
05. « Le rêve de l’autre » (5:08).
06. « La course de la reine rouge » (5:07).
07. « On chute en gardant les pieds sur terre » (3:44).

Toutes les compositions sont signées Quillier et Horckmans.

23 janvier 2024

Champ de béton – Aram

Aram sort son premier opus, Champ de béton, le 14 décembre 2023. Pour l’occasion, Simon Charrier et ses compères se sont produits au Taquin, à Toulouse. Outre Charrier, le quintet est constitué de Mélanie Buso aux flûtes, voix et machines, Paul Albenge à la guitare, Simon Lannoy au violoncelle et Corto Falempin-Creusot à la batterie.

Charrier a composé les six morceaux de l’album, satires de « l’urbanisation sauvage face à la beauté d’une nature lacérée ». Le cliché de la photographe australienne Megan Kennedy qui illustre la pochette du disque va comme un gant à Champ de béton : une surface en béton dégradée par un fer corrodé…

Champ de béton traite les mélodies par des thèmes-riffs (« Donald »), des lignes légères (« Champ de béton – Part 2 »), des phrasés rock (« Paysage gris ») ou des airs élégamment tristes (« Paysage blanc ») qui frisent l’ode funèbre, avec un lyrisme quasiment baroque (« Paysage bleu »). Dans la plupart des morceaux, la tension s’installe progressivement (« Champ de béton – Part 1 »), souvent portée par un mouvement d’ensemble (« Paysage blanc »), avec des voix superposées, des notes tenues, des vocalises et des crépitements de batterie (« Champ de béton – Part 2 »). Aram fait la part belle au rythme, avec les ostinato d’Albenge et les frappes binaires (« Champ de béton – Part 1 ») ou les roulements profonds (« Paysage blanc ») de Falempin-Creusot, les pizzicato de Lannoy qui encadrent les développements (« Champ de béton – Part 1 »), et des boucles ou des dialogues entraînants de Buso et Charrier (« Paysage gris »). Le quintet travaille également beaucoup sa pâte sonore : la voix qui passent d’éructations brutales (« Donald ») à des vocalises aériennes, modifiées par des pédales de réverbération et d’échos (« Champ de béton – Part 1 »), des notes tenues mystérieuses (« Champ de béton – Part 2 ») qui se muent en arrière-plans luxuriants (« Champ de béton – Part 2 »), un bruitage lointain qui évoque un ruissellement, bientôt suivi de caquètements, grincements et autres crissements (« Paysage bleu »), une ligne de basse lancinante (« Paysage blanc »), une guitare saturée (« Donald ») qui s’envole comme un guitar hero (« Paysage gris »)...

Aram construit sa musique aussi bien à partir de matériaux tirés du jazz que du minimalisme, de la musique classique que du rock alternatif. Champ de béton n’a rien d’une étendue cimentée sinistre et froide, mais tout d’une création musicale imposante…

 

Le disque  

Champ de béton

Aram

Mélanie Buso (fl, afl, voc, electro), Simon Charrier (cl, bcl), Paul Albenge (g), Simon Lannoy (cello) et Corto Falempin-Creusot (d).
ARAM01CHB
Sortie le 14 décembre 2023

Liste des morceaux

01. « Champ de béton – Part 1 » (5:50).
02. « Champ de béton – Part 2 » (7:14).
03. « Paysage bleu » (7:35).
04. « Paysage gris » (5:41).
05. « Paysage blanc » (4:50).
06. « Donald » (5:03).

Tous les morceaux sont signés Charrier.

20 janvier 2024

Migration d’instruments au Comptoir

Depuis septembre 2023, l'équipe du Comptoir donne carte blanche à Joce Mienniel pour un rendez-vous mensuel : Joce Mienniel et les instruments migrateurs. Le flûtiste réunit des musiciens venus de tous les coins du monde pour des concerts uniques. Trois trios se sont déjà produits avec Mienniel sous la Halle Roublot : d'abord Senny Camara à la kora et Clément Petit au violoncelle, ensuite Amrat Hussain aux tablas et Mieko Miyazaki au koto, puis, en décembre, Atea avec Pierre Durand à la guitare et Didier Ithursarry à l'accordéon. Le 11 janvier 2024, Mienniel invite Aïda Nosrat au violon et au chant, Landy Andriamboavonjy à la harpe et au chant, et Abdallah Abozekry au saz.

 

Abdallah Abouzekry - Joce Mienniel © PLM

 

Comme d'habitude, le public est averti, l'ambiance bon enfant, le dîner délicieux et la maîtresse des lieux, Sophie Gastine, présente le concert du jour en précisant que la musique est complètement improvisée et que les musiciens se sont retrouvés pour répéter à quinze heures, avant de jouer devant le public à vingt-et-une heure… Au programme : cinq morceaux en quartet et quatre solos.

 

Aïda Nosrat - Landy Andriamboavonjy © PLM
 
 
La soirée commence par « Stéréométrie », une composition de Mienniel qui sert de fil rouge à tous les concerts des instruments migrateurs. Après une introduction de la flûte parsemées d'accents moyen-orientaux, le quartet s'empare du thème-riff, qui s'intercale entre les chorus a capella de chaque artiste, manière de les présenter au public : des vagues de notes déferlent de la harpe d'Andriamboavonjy, les modulations puissantes de Nosrat évoquent l'Orient, tout comme les glissandos et autres quarts de ton d’Abozekry. Juste accompagnée par un ostinato du saz, Nosrat expose « Dance of Soul », un air traditionnel perse. Après une première partie solennelle, la chanson prend une tournure joyeuse et entraînante, soutenue par les riffs de la harpe, les battements du saz, les frappes de mains et les jeux rythmiques ou les volutes en contrepoints de la flûte. C’est Abozekry qui prend le premier solo a capela. « Sept et neuf » est un morceau basé sur ces rythmes impairs, qui démarre avec une pédale grave, en alternance avec des variations virtuoses. « Sept et neuf » part ensuite dans une ambiance folk véloce et enjouée. Le poème de Saadi que chante Nosrat s’appuie sur des vocalises redoutables, des trémolos, glissatos et sauts d’intervalles impressionnants, toujours dans une veine orientale. « Julia », la berceuse que le quartet interprète a été composée par Andriamboavonjy en hommage à sa grand-mère Malgache, qui chantait des mélopées à ses dix enfants pendant l’insurrection de 1947... Portée par les motifs de la harpe, les aller-retours rythmiques du saz, les boucles du violon, les vocalises en contre-chant et les envolées de la flûte, la ritournelle se développe dans un esprit « jazz du monde ». Pour son solo, Mienniel combine habilement des séquences mélodico-rythmiques grâce à des boucleurs – loopers, pour les initiés. Les développements naviguent entre jazz, world music, voire rock progressif, et restent tendus du début à la fin. Pour sa part, Andriamboavonjy rappelle qu’elle est aussi une chanteuse lyrique et sa belle voix de soprano s’élève au-dessus d’un bourdon murmuré par le public. Le dernier morceau du concert n’a pas encore de titre, et pour cause, Abozekry vient de l’écrire ! Composé dans le maqâm Rast, sans doute le mode le plus populaire dans la musique arabe, il évolue entre six et huit temps et a été inspiré par le désert… Pourquoi ne pas le nommer « Siwa » comme la splendide oasis éponyme située à l’extrême ouest égyptien ? Après l’introduction en solo – pédale de basse et broderies entre majeur et mineur, saupoudrées de quarts de tons – le thème-riff lancé par le saz est particulièrement dansant. Il forme un écrin parfait pour les vocalises aux intonations arabo-andalouses de Nosrat ou celles, teintées d’expressionnisme, d’Andriamboavonjy. En bis, le quartet joue « Azib », un morceau inédit de Mienniel. Le flûtiste se lance dans un préambule pendant que la harpe et le saz s’accordent – ce qui ne semble pas être une mince affaire ! Finalement, il s’arrête, hilare, pour présenter le morceau... Ecrit il y a une dizaine d’année à Figuig, ville-palmeraie mystérieuse du Maroc, « Azib » fait référence aux tribus nomades du sud marocain... et au seul cauchemar que Mienniel n’ait jamais fait dans sa vie ! Le violon et la flûte exposent à l’unisson une mélodie élégante. Pendant que le saz maintient une carrure dansante, la harpe et le violon égrènent leur ostinato et la flûte virevolte, avant que les vocalises ne se mêlent à la partie pour un final tout en douceur et subtilité.
 

Abdallah Abozekry, Aïda Nosrat, Joce Mienniel et Landy Andriamboavonjy © PLM


Ouverture d’esprit, écoute de l’autre et intelligence musicale : Joce Mienniel et les instruments migrateurs portent un message salutaire par les temps qui courent...

27 décembre 2023

A la découverte de Pierre-Antoine Savoyat

Compositeur, arrangeur, chef d’orchestre, trompettiste, bugliste… aussi bien accompagnateur que Leader, du jazz à la musique classique, en passant par les Brass Band, de Villefranche-sur-Saône à Bruxelles... La vie artistique de Pierre-Anatoine Savoyat est tumultueuse et mérite qu’on parte à sa découverte...


La musique

Encore enfant, je veux faire comme mes sœurs : les classes à horaires aménagées à Villefranche-sur-Saône. Mais je n’arrête pas de changer d’instruments… D’abord le piano, puis la batterie et, lors des auditions, je déclare que je veux jouer de la guitare électrique ! De fil en aiguille mon choix se rapproche de plus en plus d’un cuivre. Je crois que j’avais besoin d’un instrument sonore, pour compenser une certaine timidité, et qu’on puisse m’entendre. Finalement je choisis le trombone, mais le professeur n’était pas disponible… Je me retrouve donc à suivre ma sœur aînée et à jouer de la trompette ! Cela dit, ma volonté de jouer du trombone est probablement restée dans un coin de ma tête, car je joue aussi du bugle !

A sept ans, je commence le cornet à piston au Conservatoire de Villefranche-sur-Saône. A l’époque, c’est le passage obligé avant de jouer de la trompette. Très vite, je prends également des cours de piano. J’ai eu la chance d’être dans un conservatoire assez novateur qui m’a permis de suivre un parcours plutôt atypique. A côté de ma formation classique, je cherche déjà d’autres moyens d’expression plus singuliers. A dix ans, je m’inscrit dans l’atelier d’improvisation libre du Conservatoire. Deux mois après, c’est le baptême du feu : nous partageons la scène avec Jacques Di Donato. A partir de là, s’inscrire dans l’atelier jazz du Conservatoire est d’autant plus une évidence que notre professeur, Georges Aubert, a eu la bonne idée de nous ouvrir à des styles très différents dés notre première année. Je crois que je me suis rapproché du jazz car c’est une source de liberté : quel que soit le contexte musical, je cherche toujours à trouver une part de liberté dans ce que je fais. Au Conservatoire, j’en profite pour suivre beaucoup d’options, des classes de jazz et d’improvisation libre, dont nous avons parlées, jusqu’aux ateliers de Musique Assistée par Ordinateur, de Musiques Actuelles et de Composition. Ce qui me permet de participer à de nombreux projets… Tout cela a vraiment développé ma curiosité !

Pierre-Antoine Savoyat © Michel Sadowski 

 

Quand je rentre au lycée, je rejoins les cours de trompette classique et d’écriture du Conservatoire de Lyon, et j’y suis le cursus Techniques de la Musique et de la Danse pendant trois ans. En parallèle, je continue le jazz au Conservatoire de Villefranche-sur-Saône, où il y a désormais un vrai département jazz avec l’arrivée, entre autres, de Christophe Metra et David Bressat. Pour moi, à cette époque, le jazz est surtout un moyen de décompresser. Après mon baccalauréat TMD, j’intègre le Conservatoire de Chalon-sur-Saône, dans les classes de trompette classique et direction d’orchestre, qui est mon projet de carrière... Ce Conservatoire ressemblait beaucoup à celui de Villefranche-sur-Saône et était aussi ouvert : je me suis même mis à l’orgue pendant quelques années ! Je passe donc mon Diplôme d’Etudes Musicales en trompette classique et direction d’orchestre. A cette période, rapidement, je noue des liens avec les étudiants du département jazz. Je jamme avec eux toutes les semaines. Cest à ce moment que j’ai rencontré Timothée Quost, Etienne Renard, Clément Merienne... pour ne citer qu’eux !

Olivier Py, directeur du département jazz, m’encourage à développer cette voie. J’ai donc également passé un DEM en jazz ! Moins convaincu par la carrière de direction d’orchestre, je tente alors le concours du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris en jazz, mais je joue tellement mal pendant l’audition que, si j’y avais été, j’aurais cassé la réputation des élève de Chalon-sur-Saône qui y rentrent… (Rires). Avec du recul, même si j’avais mieux joué, je n’y serais peut-être pas entré, surtout pas après avoir découvert Bruxelles et réussi l’examen du Koninklijke Conservatorium Brussels (KCB). C’est un mal pour un bien ! A l’époque, j’ai besoin de sortir de France, découvrir d’autres horizons, d’autres manières de penser et… de pratiquer l’anglais ! En 2016, je commence donc mon cursus, en anglais ;-) , au KCB. J’ai la chance d’y rencontrer des musiciens importants comme Thomas Mayade et Jean-Paul Estiévenart, mes professeurs de trompette, John Ruocco, Stéphane Galland - je joue aujourd’hui dans son nouveau sextet, The Rhythm Hunters - et, surtout, Diederik Wissels, qui est probablement l’un des mentors les plus inspirants que j’ai jamais rencontré. J’ai également fait un échange avec la Haute École de Musique de Lausanne pour travailler avec Matthieu Michel et Emil Spányi. En 2021, après avoir obtenu mon Master, je décide de rester à Bruxelles, pour profiter de la vitalité de sa scène culturelle. Sinon, à côté de ma carrière de musicien de jazz, j’ai aussi une carrière de compositeur de musique classique qui s’étoffe...

Au titre des influences, dans le jazz et les musiques improvisés, le premier nom qui me vient à l’esprit c’est celui du trompettiste Ambrose Akinmusire. Même si mon but n’est évidemment pas de devenir sa copie, il est le musicien auquel j’aimerais un peu ressembler sur certains aspects. Il faut dire que c’est en l’écoutant que j’ai décidé de changer de trajectoire, tant sur l’instrument que sur le reste de ma musique. Parmi les autres trompettistes, je citerais Tom Harrell, Freddie Hubbard, Lester Bowie... et des européens : Arve Henriksen, Michel, Estiévenart et Rémi Gaudillatqui est aussi originaire de Villefranche-sur-Saône... En dehors des trompettistes, je mentionnerais Wayne Shorter, Albert Ayler, John Coltrane, Carla Bley, Paul Bley, Lee Konitz, Alexandra Grimal, Wissels, sans oublier Denis Badault, que j’ai rencontré à l’Orchestre des Jeunes de l’Orchestre National de Jazz, et que j’aurais aimé connaître d’avantage. Denis était quelqu’un de tellement inspiré, dans et en dehors de la musique ! Il encourageait tous les musiciens qu’il côtoyait...

Hors jazz, je nommerais Leonard Bernstein, Gustav Malher, Igor Stravinsky, Olivier Messiaen, mais aussi Björk, Jacques Brel, Metallica, Queen… mais la liste est encore longue ! Sans compter, bien sûr, tous les musiciens que je fréquente au quotidien, surtout depuis que j’habite à Bruxelles.

Pierre-Antoine Savoyat © Michel Sadowski 


Cinq clés pour le jazz

Quest-ce que le jazz ? J’ai combien de temps pour répondre à cette question ? (rires) En fait, ma position vis à vis du terme et de sa définition est complexe. Pendant un moment je cherchais à être reconnu comme « musicien de jazz ». Mais plus j’avance dans cette musique, moins je cherche cette case ! Si nous revenons sur l’histoire du jazz, il n’y a aucun consensus sur sa définition, ni même sur le mot. Depuis toujours, de nombreux artistes remettent en question ce mot. Miles Davis disait lui-même : « lorsque j’entends le mot jazz, j’ai l’impression d’entendre le mot nègre ». Il rajoutait qu’il faisait de la Social-Music, « de la musique qui flotte dans l’air »... Beaucoup de musiciens revendiquent le terme « Black American Music », sans doute parce qu’aujourd’hui, la paternité de cette musique, qui vient de la population Noire Américaine, n’est pas encore assez reconnue. Alors, pour moi, Européen, dont la formation et les influences sont très « Blanches Européennes », j’aurais un peu du mal à dire que je joue de la « Black American Music » ! Finalement, ce n’est pas à moi de juger… Mais, dans la lignée des travaux d’Edouard Glissant, j’aime bien dire que je fais de la musique « Créole Européenne », ou « Créolisée Européenne »... Ça veut dire que c’est une musique créée en Europe, avec des racines multiples, mais principalement la musique Noire Américaine.

Sinon, j’aime bien ce que disait Grégoire Gensse à ce sujet : « Il y a aujourd’hui un débat un peu malsain autour de la notion de jazz qui me fout vraiment en rogne, car en fait, on en oublie les valeurs essentielles de cette musique et de comment elle est apparue. C’est avant tout un langage de survie artistique, inventé par les Noirs qui se retrouvent esclaves en Amérique à cueillir du coton ou construire des voies ferrées et qui s’en sortent grâce à cette musique, ce blues, ce jazz, ce cri de la vie… Voilà ce dont je me préoccupe aujourd’hui quand je joue, j’essaye tant bien que mal et avec mes moyens de prolonger ce message, certains le font avec des chabadas recyclés dans des hôtels 5 étoiles, d’autres mettent les mains dans le cambouis et s’ouvrent un peu plus les tripes pour aller chercher au fond la sincérité de leur propos musical ».

Pourquoi la passion du jazz ? Je crois que ce qui nous réunit tous, c’est cette spontanéité, cet imprévu et cette énergie, propres à cette musique. Le fait que chaque concert puisse être complètement diffèrent l’un de l’autre. C’est aussi une source d’adrénaline ! Parfois la musique est superbe, alors que ce n’est pas notre meilleur jour avec l’instrument, parfois c’est l’inverse...

Où écouter du jazz ? On peut en écouter partout et dans plein de circonstances, bien sûr, mais cette musique s’écoute d’abord en club, dans des bars... ces lieux intimistes, où il y a également des gens qui s’y retrouvent alors qu’ils n’écoutent pas forcément cette musique chez eux. Si, un jour, cette musique ne peut plus s’écouter que dans des grandes salles, nous aurons probablement perdu une certaine saveur…

Comment découvrir le jazz ? En l’écoutant dans les clubs ! Avec des gens que vous connaissez, ou même seul... Mais, autant que possible, dans un contexte où les musiciens sont proches de vous. Et, pour ceux qui aiment danser, s’initier au Lindy Hop peut être une superbe porte d’entrée dans ce monde !

Une anecdote autour du jazz ? Il y a quelques années, à Bruxelles, j’organisais des jam-sessions dans un bar, le Muntpunt. Un soir, James Farm, le quartet de Joshua Redman avec Aaron Parks, Matt Penman et Eric Harland, joue au Bozar, cinq minutes à pieds du Muntpunt, J’envoie un message Facebook à Aaron, et il arrive avec Matt et Eric. C’était fou ! Il est très naturel, demande comment fonctionne la jam et s’il peut jouer ! Mais, surtout, au moment où je vais le voir, un musicien qui ne l’a pas reconnu lui demande s’il est musicien et de quel instrument il joue... Ce à quoi Aaron répond très humblement qu’il joue du piano !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un koala,

Si j’étais une fleur, je serais une tulipe,

Si j’étais un fruit, je serais une banane

Si j’étais une boisson, je serais un Côte de Beaune de cinq ans d’âge,

Si j’étais un plat, je serais des ravioles de Romans sur Isère,

Si j’étais une lettre, je serais P,

Si j’étais un mot, je serais liberté,

Si j’étais un chiffre, je serais 3,

Si j’étais une couleur, je serais jaune,

Si j’étais une note, je serais Si (mais ça fait Do# ou Réb à la trompette).


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis fier de ma petite carrière... Mais je pense que ce qui me rend le plus satisfait, c’est d’avoir pu, en plein Covid, jouer mon concert de Master, « People Suite », avec un orchestre de vingt musiciens sur scène ! Je crois que c’est le moment où je me suis le plus dévoilé aux autres, dans toute ma vulnérabilité. Je suis vraiment allé au bout de la chose et j’espère que j’aurais l’occasion de rejouer cette musique ! J’y travaille... Ce n’est peut-être pas ma plus belle réussite, mais, pour moi, c’est la plus importante.

J’aurais probablement dû montrer plus vite ma singularité dans cette musique que nous appelons « jazz ». Oser plus tôt ! Cela dit, avoir attendu m’a aussi permis de sortir mon premier disque en leader assez tard, à trente ans, mais d’en être tellement fier, que je sens que je pourrai encore en être fier dans quarante ans !


Sur l’île déserte

Quels disques ? Si nous devons n’en garder que trois, le choix est difficile… A Rift In Decorum: Live at the Village Vanguard d’Akinmusire, la Symphonie numéro 3 en ré mineur de Mahler, dirigé par Bernstein, et Sons of Love de Thomas de Pourquery, Supersonic, pour danser...

Quels livres ? La Part de l’autre d’Éric-Emmanuel Schmitt, Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams et Le peuple du blues de LeRoi Jones.

Quels films ? Les VirtuosesBrassed Off - de Mark Herman, L’Attaque des Titans, d’après le manga d’Hajime Isayama, et La belle verte de Coline Serreau.

Quelles peintures ? Des dessins et peintures de mes amis !

Quels loisirs ? La musique ! J’espère que j’ai au moins le droit de prendre ma trompette, sinon je chanterai ! Mais aussi les échecs, le badminton et un petit The Legend of Zelda: Ocarina of Time sur Nintendo 64...



Les projets

Je viens de sortir Memories from a Winter Journey, mon premier disque en leader, je travaille donc sur le développement de mon quartet, Le Monde merveilleux de Pepito. En tant que sideman, il y aura notamment la sortie de l’album du nouveau sextet de Galland, The Rhythm Hunters, dont j’ai la chance de faire partie. J’ai également quelques concerts avec Aka Moon dans une version réduite de Quality of Joy. Cet été, je serai aussi dans l’Orchestre des Jeunes de l’ONJ numéro 3 à Montpellier, pour rendre hommage à Badault, dans le cadre du festival Radio France.

Dans un autre registre, je vais arranger le nouvel album de La Sido, dédié à trois chanteuses et parolières françaises, insuffisamment défendues : Barbara, Colette Magny et Anne Sylvestre. A part ça, je vais diriger le Big Band de Chalon-sur-Saône avec Michel en soliste, dans un répertoire spécialement composé pour eux. Sans oublier des projets avec Q-Some Big Band, pour lequel j’écris les arrangements. Par ailleurs, j’ai deux commandes pour des ensembles classiques ! Et, le reste du temps, je dors ! (rires)


Trois vœux...

  1. Que nos réseaux soient plus inclusifs. Qu’ils intègrent tout le monde, indépendamment des différences, en tenant compte des minorités de genres et d’origines. Et que ces réseaux soient sincèrement plus bienveillants.

  2. Que les programmateurs, notamment des grands scènes et festivals, donnent leur chance à des artistes moins connus et plus locaux.

  3. Plus d’humanité dans ce monde… Nous en avons bien besoin !