Depuis près de quarante ans l'agence Inclinaisons accompagne des
musiciens de jazz et Marion Piras n'a de cesse de promouvoir cette
musique par monts et par vaux. De son côté Le Triton a ouvert ses
portes il y a vingt-cinq ans et Jean-Pierre Vivante se bat
quotidiennement contre vents et marées pour soutenir le jazz. Il est
donc tout naturel que ces deux acteurs clé de la scène des musiques
improvisées se soient rencontrés pour monter un festival, et ce
depuis 2011...
Pour
l'édition 2025, qui se déroule du 17 au 20 décembre, Piras et
Vivante ont concocté un programme aux petits oignons avec cinq
concerts qui illustrent à merveille la vitalité et la diversité du
jazz : Louis et François Moutin invitent Laurent de
Wilde pour une rencontre mainstream au sommet ; Federico
Casagrande propose un solo de guitare méditatif ; Yoann
Loustalot, Blaise Chevallier et Frédéric Pasqua
developpent Aérophone depuis plus de vingt-cinq ans ; Guillaume
de Chassy, Géraldine Laurent et André Minvielle
revisitent le répertoire de Charles Trénet ; Daniel
Humair reforme Liberté surveillée avec Marc Ducret,
Bruno Chevillon et Samuel Blaser...
Mercredi
17 décembre
Louis
et François Moutin invitent Laurent de Wilde
François et Louis Moutin et Laurent de Wilde ne se sont encore jamais produits en trio. Si
François a déjà eu l'occasion de jouer avec Laurent dans les
années quatre-vingt dix, en revanche c'est la première fois pour
Louis. Le trio propose des morceaux de Thelonious Monk, des
standards et leurs propres compositions.
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| Laurent de Wilde - Le Triton - 17 décembre 2025 © PLM |
Ils
débutent avec « Think of One »,
composé en 1953 pour l'album Monk. Après une introduction
vive et heurtée, la walking solide de la contrebasse et le chabada
pêchu de la batterie accompagnent le développement be-bop du piano.
Les trois musiciens jouent avec le tempo, glissent un passage bluesy
au milieu de leur discours syncopé. Fidèle à la structure des
morceaux bop, après le solo du piano, la contrebasse prend le sien,
mélodico-rythmique, suivi d'une série de stop-chorus de la
batterie, avant la reprise finale du thème. « Sous le pont Mirabeau
coule la Seine », jolie ballade signée François Moutin, confirme
le lyrisme de Wilde et le dynamisme de la rythmique, avec des shuffle
bien placés et un solo dense du contrebassiste, accompagné par les
balais caressants, mais fermes, de Louis Moutin. L'ambiance aux
touches funky de «
Round Midnight »,
avec
le riff entraînant
du piano repris par la
contrebasse sur une batterie dansante,
évoque Ahmad Jamal.
Cette version sur-vitaminée
du plus célèbre morceau
de Monk, écrit en 1947,
s'appuie sur un jeu rythmique dans les cordes, sur le meuble puis
avec le piano préparé, un solo puissant de batterie
et
un chorus volubile de la
contrebasse, parsemé de
citations facétieuses
comme « Moanin' », « Les copains d'abord »...
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| François Moutin - Le Triton - 17 décembre 2025 © PLM |
Le thème le
plus joué dans l'histoire du jazz,
« Body And Soul »,
a été composé en 1930 par Edward Heyman, Robert
Sour, Frank Eyton et Johnny Green.
Après une introduction mélodieuse à l'étouffée de la
contrebasse, qui sonne presque comme une sanza, le piano et la
batterie la rejoignent pour un déroulé paisible, bien dans l'esprit
de la chanson. Changement
de décor avec « Blues Connotation », repris de This Is
Our Music, album d'Ornette Coleman
sorti en 1961, avec Don Cherry, Charlie Haden et
Ed Blackwell. Le trio
démarre à toute allure et prend
un chemin hard-bop, porté par une walking vigoureuse, un chabada
touffu et un piano saccadé,
sans oublier les solos prolixe de la contrebasse et sec et mat de la
batterie. Après un prélude
élégant de Wilde, l'ostinato de François Moutin et les cliquetis
de Louis Moutin escortent
les variations du piano autour
de «
Ain't Misbehavin'
»,
chanson écrite par Fats Waller,
Harry Brooks et Andy
Razaf en 1929. Louis Moutin
prend un chorus imposant,
les peaux frappées
directement avec
les mains. Le morceau est
ensuite déroulé tambour battant, avec des accélérations, des
accents de blues, un solo véloce de la contrebasse, des
questions-réponses frétillantes et des stop-chorus explosifs de la
batterie.
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| Louis Moutin - Le Triton - 17 décembre 2025 © PLM |
Comme
l'a dit Vivante en introduction, il s'agit d'«
une
musique qui est beaucoup plus traditionnelle, plus jazz que ce qu'on
a l'habitude de faire [au
Triton] et je dois vous dire
que cet après-midi à la balance,
ça m'a fait du bien aux oreilles »...
La musique des frères Moutin et Wilde s'inscrit effectivement dans
une veine bop bouillonnante et leur savoir-écouter la rend d'autant
plus savoureuse.
Jeudi
18 décembre
Looping
Mont-Blanc - Federico Casagrande solo
Federico Casagrande, le plus parisien des guitaristes trévisans, s'est
fait un nom notamment grâce à ses projets en compagnie de Gautier
Garrigue, Christophe Panzani, Ziv Ravitz, Francesco
Bearzatti... Mais c'est en solo qu'il se présente au Triton le
18 décembre. Le programme ne reprend pas le répertoire de Looping
Mont-Blanc, album enregistré pendant son tour du Mont-Blanc et
sorti en juin 2025, mais divers morceaux choisis dans ses disques
antérieurs. Le
guitariste prévient d'entrée : «
ce
que je vais vous jouer ne va pas aller dans le sens de l'adrénaline
»...
La
plupart des pièces sont certes plutôt méditatives, mais leur
construction souvent touffue les rend intrigantes.
«
Unanswered Questions
»
est tiré du disque Fast
Forward
enregistré
en 2016 avec
Joe
Sanders
à
la basse et
Ravitz
à la batterie. Casagrande met en scène une succession de tableaux,
procédé habituel dans l'exercice du solo, en alternant au moyen de
looper des superpositions de phrases, des séries d'accords et des
notes tenues, sautant d'un passage contemplatif à des lignes
fluides. La chanson qui suit repose sur une basse grave, un riff
mystérieux et une mélodie minimaliste qui laissent bientôt la
place à un motif de basse dansant sur lequel la guitare brode un
développement aérien,
renforcé par des effets d'échos et de réverbérations.
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| Federico Casagrande - Le Triton - 18 décembre 2025 © PLM |
En 2024
Casagrande a sorti un duo avec son compère Bearzatti : And
The Winter Came Again.
«
Thukla »,
col
de l'est du Nepal et
sanctuaire dédié aux aventuriers péris en montagne,
en est extrait. Le musicien a troqué
sa Fender Stratocaster pour une guitare électrique pliable (Mogabi
?).
Des petites phrases courtes s'entrelacent dans une ambiance éthérée,
telle une rhapsodie paisible. C'est de nouveau Fast
Forward
qui fournit «
Awakening ».
Là encore, la musique classique n'est pas si
loin,
d'abord avec des lignes arpégées véloces et croisées, puis avec
une basse continue qui soutient un ballet d'ostinatos. Casagrande
cherche encore le titre du morceau suivant, qui passe
d'une
atmosphère folk teintée de blues à
un mouvement davantage dans un style guitar hero.
L'artiste termine par un morceau composé de trois parties : la
première avec des sauts d'intervalle acérés, puis une mélodie aux
accents folks soutenue par une ligne de basse entraînante,
avant
de
revenir
dans le registre aigu avec des effets vaporeux.
Si
le set de Casagrande ne dope pas notre adrénaline, en revanche elle
distille une bonne dose de dopamine, et c'est bien là l'essentiel !
Quatrième
Souffle - Aérophone trio
Yoann
Loustalot a créé le trio Aérophone en 2007, avec Blaise
Chevallier à la contrebasse et, dans un premier temps, Emile
Saubole à la batterie, rapidement remplacé par Frédéric
Pasqua. Après un premier disque éponyme pour Fresh Sound New
Talent en 2009, Aérophone invite la flûtiste Naissam Jalal
sur Flyin' With, enregistré en 2013 pour Bruit Chic - label
fondé par Loustalot et Victor Michaud en 2012 -, puis le
tromboniste Glenn Ferris sur Atrabile,
dans les bacs en 2016. Le concert du Triton est l'occasion de
revenir sur le dernier opus en date d'Aérophone : Quatrième
Souffle,
sorti le 14 novembre 2025. Les
huit morceaux du concert sont tirés de Quatrième Souffle et,
en bis, le trio interprète «
Senegal
»,
une composition de Don
Cherry qui figure sur
Tamma,
disque de 1985,
avec Fin
Sletten, Sveinung
Hovensjo et Ed
Blackwell.
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| Yoann Loustalot - Le Triton - 18 décembre 2025 © PLM |
La
plupart des morceaux
se déroule en plusieurs mouvements, au
gré des propositions
musicales des uns
et des autres. «
Poisson d'avril »,
qui ouvre
le concert, en donne un bon exemple.
Il commence par
un thème-riff dynamique joué à
l'unisson qui reparaît ça-et-là tout au long du développement.
Il est suivi
d'une série de questions-réponses avec
la trompette, qui finit par rebondir sur la contrebasse et la
batterie pour tisser des motifs
sinueux,
avant qu'une walking et un chabada aux
accents bluesy n'emportent
le trio dans des
variations néo-bop émaillées de
changements de
tempo. Chevallier prend ensuite
un chorus a cappella intense avec un son
boisé énorme et rond, qui n'est
que le prélude à un passage free, avec une batterie foisonnante,
une contrebasse débridée et une trompette endiablée.
Puis «
Poisson d'avril »
s'achève en fanfare, un peu dans l'esprit de l'AACM.
Dans «
Grabuj
»,
la carrure solide de Chevallier et
les frappes serrées et pétillantes de Pasqua contrastent avec le
calme et le velouté des circonvolutions
du bugle. Le trio prend son temps pour exposer ses idées, entre
néo-bop et free chambriste. Court, tortueux et dans une veine
avant-gardiste, «
Au
temps pour nous »
repose sur une ligne fragile de
Loustalot, des leitmotivs
puissants, mais économes, de Chevallier et des cliquetis heurtés de
Pasqua. «
Teaneck
»,
bourgade du New Jersey dans laquelle a vécu (et s'est ennuyé)
Loustalot, alterne passages en suspension et galops bop, avec,
toujours, des échanges
subtils et des touches chambristes, dont
seuls
des musiciens qui se connaissent sur le bout des notes sont capables.
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| Blaise Chevallier - Le Triton - 18 décembre 2025 © PLM |
Chevallier
introduit «
Fleur de nuit »
à l'archet avec un air solennel,
mâtiné d'accents moyen-orientaux, de timbres baroques
et de
stridences free. Sur une basse continue profonde, Loustalot sonne
comme un cor et Pasqua souligne avec emphase le discours de ses
compères. Le morceau se poursuit dans cette atmosphère
quasi-élisabéthaine. «
Uscio
»,
évocation d'une commune italienne de Ligurie, est caractéristique
de la musique du trio : une rythmique musclée
et entraînante, portée par une contrebasse imposante et une
batterie luxuriante, sur laquelle jaillissent
les phrases fluides, mais décalées, de la trompette. Avant
d'entamer les deux parties de l'humoristique «
Serment
d'hippocampe
»,
Loustalot fait
la promotion de Quatrième
Souffle
avec une phrase dans le plus pur style des Allumés du rébus (Pablo
Cueco
et Denis
Bourdaud,
pour ne pas les citer) :
«
Mieux
que Spoteezer et tous ces trucs, vous pouvez repartir avec un
disque... Mieux pourquoi ? C'est très simple ! Parce que là, même
si vous vous y mettez pendant six mois à nous écouter vingt-quatre
sur
vingt-quatre,
peut-être qu'on aura quinze
euros
à la fin... Et encore, il va falloir batailler pour pouvoir les
récupérer... Donc le meilleur moyen pour soutenir la musique
vivante c'est d'acheter des disques ! »
Sur le bourdonnement de Chevallier et le foisonnement de Pasqua, la
note lointaine de Loustalot débouche sur un thème sculptural
qui monte en intensité à coup de mailloches et de splash. La
deuxième partie part d'un air
vif et dansant, aux allures de danse folklorique, propulsée par les
propos
énergiques
de la trompette, le riff de la contrebasse et les frappes vigoureuses
de la batterie. Après des
croisements de voix élégants, Chevallier prend un solo
impressionnant,
puis le trio accélère le tempo pour un final véloce, comme il les
aime.
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| Frédéric Pasqua - Le Triton - 18 décembre 2025 © PLM |
«
Du
jour au lendemain
»
commence par un préambule de la contrebasse,
à la fois chantant et grave.
Sur
un riff robuste et une batterie dansante à souhait, quasiment comme
une samba,
Loustalot
expose le
thème,
fringant,
que le trio développe par une
suite d'interactions
astucieuses. En rappel,
le majestueux «
Senegal
»
est déroulé comme un hymne,
sur un
bourdon
de la contrebasse,
avec
des
crépitements
de la batterie et
un discours
de la trompette à la fois ténu
et chaloupé.
Aérophone
poursuit son chemin musical, original et convaincant, créatif dans
la tradition...
Vendredi
19 décembre
Trénet
en passant - Guillaume de Chassy, Géraldine Laurent et André
Minvielle
Après
une introduction pleine d'humour de Jean-Pierre Vivante,
Guillaume de Chassy, Géraldine Laurent et
André Minvielle jouent
le répertoire de Trénet
en passant, sorti en
septembre 2024 en hommage au
«
Fou chantant »
(1913 - 2001). La
passion de Chassy pour
la chanson n'est un secret pour personne comme l'atteste sa
discographie : L'Âme des
Poètes (2021), Pour
Barbara (2019), Letters
to Marlene (2018),
Shakespeare Songs
(2015)... Quant à la
trilogie Songs From The
Last Century (2009),
Wonderful World
(2005) et Chansons sous
les bombes (2004), elle
marque le début d'une longue collaboration avec Daniel
Yvinec, contrebassiste sur ces
trois albums et directeur artistique de Trénet
en passant, et
Minvielle, déjà à la voix dans Chansons
sous les bombes. Chassy,
Laurent et Minvielle reprennent neuf des dix titres de Trénet
en passant et rajoutent «
La
vie qui va
» (1939),
« La
Cigale et la Fourmi »
(1941) et «
Sur
le fil
»
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| Guillaume de Chassy - Le Triton - 19 décembre 2025 © PLM |
(1942). Après une introduction
lyrique du piano qui tourne autour de « La
Mer » (écrite en 1946 avec Léo
Chauliac), Chassy lance «
La folle complainte » (1951) avec un swing
contagieux. Sud-ouest oblige, le chant de Minvielle n'est pas sans
rappeler celui de Claude Nougaro.
Les développements véloces de Laurent ajoutent du piquant, tout
comme le chorus néo-bop du pianiste. Après ce premier morceau
jubilatoire, Chassy marque une pause pour expliquer la genèse de
Trénet en passant
: «
je dois vous avouer que j'ai très
longtemps détesté Charles Trénet.
Il faisait partie de ma Hate List,
avec Yves Montand...
Mais Yves Montand est resté sur ma Hate
List... Charles Trénet est sorti de ma
Hate List
il y a une vingtaine d'années,
grâce à un de mes très bons amis toulousain qui m'a un jour assis
devant son feu de cheminée dans une fauteuil en cuir des années
trente, avec un
verre d'Armagnac en main,
et qui m'a dit tu
ne peux pas rester dans l'ignorance de Charles Trénet.
Il m'a fait
écouter cette chanson « La folle complainte ». A partir de là je
suis tombé en amour avec l'univers de Charles Trénet et ce sont des
chansons qui ont accompagné quasiment tous mes projets. Il y a
toujours un moment dans mes répertoire où il y a une chanson de
Trénet qui se glisse... Et il
y a deux ans j'ai décidé de consacrer tout un projet à ce
merveilleux artiste. » L'ostinato puis les
envolées volubiles de Laurent, le jeu sautillant de Chassy, presque
comme du stride, le chant enlevé de
Minvielle et le bruissement d'un sac en
plastique qu'il malaxe sur sa poitrine,
similaire au frémissement d'une cymbale, soulignent l'énergie et la
gaieté de «
La
vie qui va
». C'est
en duo piano - voix que Chassy et Minvielle interprètent «
Débit
de l'eau,
débit de lait »,
coécrite en 1943
avec Francis
Blanche et dont les jeux de mots
évoquent
aussi l'univers de Boby
Lapointe.
Retour au trio pour « Je chante
», air composé
avec Paul Misraki
en 1937. Le
piano, rapide, alterne lignes de basse et suites d'accords, le
saxophone alto, toujours aussi dynamique, dialogue avec les
vocalises de Minvielle,
avant de prendre un chorus dans une veine be-bop. C'est au tour de
Minvielle de laisser le piano et le saxophone alto converser sur la
ballade nostalgique « Quand j'étais
p'tit, je vous aimais… » (1939). A la
délicatesse et aux longues lignes arpégées de Chassy répondent la
sonorité velouté et les boucles tendues de Laurent.
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| Géraldine Laurent - Le Triton - 19 décembre 2025 © PLM |
Un piano quasi
ragtime et des questions-réponses savoureuses de la voix et du
saxophone alto égaient « La
Cigale et la Fourmi »,
empruntée en 1941 à Jean de La
Fontaine... «
L'Âme des poètes » est un hommage
à Max Jacob
composé en 1951 pour le film Bouquet de
joie de Maurice
Cam. L'introduction de Chassy,
particulièrement mélodieuse, est emportée dans une valse
raffinée, bientôt «
bopisée »
par Laurent. Un saxophone alto expressif et entraînant, un plastique
bruissant et un scat dynamique annoncent «
Le Soleil et la Lune »
(1939),
portée par un piano syncopé.
Chassy et Laurent se retrouvent pour «
Coin de rue » (1954). Nouvelle ballade aux
teintes romantiques, parsemée de contrepoints, de courtes embardées
et d'entrelacs de boucles, véritable duo
de jazz chambriste moderne. Autre chanson sur des paroles de Blanche
et cocréée avec Jean Solar
en 1942, « Sur le fil » est de
nouveau un duo
piano - voix, entraînant à plaisir. Chassy et Minvielle enchaînent
avec «
Une
noix
»
(1948),
air mélancolique chanté avec douceur et intensité.
Le concert s'achève sur «
L'Héritage
infernal
»
(1943). Après un préambule
expressionniste avec une pédale du piano, des phrases fantomatiques
du saxophone alto et des effets de voix - borborygmes
caverneux, éructations, voix de tête,
cris etc. - le trio se lance dans cette chanson comique avec entrain.
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| André Minvielle - Le Triton - 19 décembre 2025 © PLM |
Pour les deux premiers
rappels, Chassy, Laurent et Minvielle reprennent des
morceaux tiré de La
vie d'ici bas, album du «
vocalchimiste »
sorti en 2007.
«
De
dame et d'homme
»
s'appuie sur «
La
Valse Dombelle »,
valse nostalgique composée par Marc
Perrone à la
fin des années quatre-vingt dix, et
sublimée par l'éloquence du chant, l'accompagnement tout en
sensibilité du piano et le chorus inspiré du saxophone alto. Pour
« La vie d'ici bas »,
Minvielle s'est basé sur « Indifférence
», standard incontournable
de valse musette, composé en 1942 par Tony
Murena et Joseph
Colombo.
Laurent joue d'abord dans l'esprit d'un accordéon, tandis que le
piano assure une carrure solide. La chanson
dévie ensuite vers
un chant béarnais imposant et un solo
fiévreux du saxophone alto. Pour le troisième bis, Chassy, Laurent
et Minvielle rejouent le final de « L'Âme
des poètes »,
une belle conclusion pour un beau concert.
Chassy,
Laurent et Minvielle reprennent des chansons de Trénet, pour la
plupart des tubes, et réussissent le pari de leur donner une
nouvelle vie flamboyante.
Samedi
20 décembre
Daniel
Humair Quartet
Quand
Daniel Humair rappelle l'un de ses trios légendaires, avec
Marc Ducret à la guitare et Bruno Chevillon à la
contrebasse, la musique ne peut être qu'explosive, même vingt-cinq
ans après ! Les trois artistes avaient enregistré une première
fois en 1998 Quatre fois trois, puis, en 2001, Liberté
surveillée, avec Ellery Eskelin en invité.
Cette fois
c'est Samuel Blaser, compatriote tromboniste désormais
coutumier des ensembles d'Humair, qui se joint au trio.
Le
programme du concert
reprend des classiques du répertoire
d'Humair dont « Give Me Eleven », « Drama Drome » ou « For
Flying Out Proud », signé Franco
Ambrosetti, mais aussi le traditionnel
«
Saint James Infirmary
» (clin d'œil
à «
Les
oignons
»
de Sydney
Bechet,
interprété dans Quatre
fois trois
?) ou «
It's About Time »,
tiré d'In A Silent Way
de Miles Davis.
Les morceaux sont le plus souvent enchaînés sans transition (les
reconnaître est d'autant plus difficile...) et durent le temps qu'il
faut au quartet pour
épuiser
ses idées, « comme au bon vieux temps du free » ! L'ambiance
glisse d'un
morceau de musique contemporaine, avec des échanges bruitistes et
autres cliquetis croisés, à un blues de derrière les fagots, en
passant par des envolées free débridées et des walking et chabada
dans l'esprit bop.
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Samuel Blaser - Le Triton - 20 décembre 2025 ©
PLM
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Blaser est un tromboniste tout terrain ! Une maîtrise incomparable
de son instrument et son aisance pour modeler sa sonorité, avec ou
sans sourdine, lui permettent de s'adapter à toutes les situations,
du dixieland à l'avant-garde la plus forcenée. Ses lignes
mélodieuses, ses envolées et ses contre-chants s'imbriquent
d'autant mieux dans le paysage sonore que les interactions avec la
guitare sont sensationnelles.
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Marc Ducret - Le Triton - 20 décembre 2025 ©
PLM
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D'ailleurs,
le jeu à la fois torturé et charnel de Ducret va comme un gant à
la musique d'Humair. A son habitude, il malaxe le son de sa
Vendramini en jouant avec la table, avec un bottleneck et diverses
pédales. Le guitariste saute de bruitages en brisures, interrompt à
l'impromptu ses lignes fluides virtuoses, lance
des phrases heurtées parsemées d'effets
sonores et lache
ça-et-là quelques fulgurances de guitar hero.
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Bruno Chevillon - Le Triton - 20 décembre 2025 ©
PLM
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La contrebasse de
Chevillon est au four et au moulin ! Ses walking ultra-véloces (ou
pas), ses riffs
trapus, ses contrepoints et unissons
ingénieux assurent une carrure robuste,
servie par une sonorité boisée ample. Quant à ses chorus, plus
mélodieux les uns que les autres, ils naviguent sur toute l'étendue
de la tessiture avec précision et concision.
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Daniel Humair - Le Triton - 20 décembre 2025 ©
PLM
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Si c'est en battant
qu'on devient batteur, alors Humair l'est avec b majuscule ! Tantôt
à pousser, tantôt à tracter, sa batterie maintient
une pression de tous les instants. Constamment à l'écoute de ses
compères, Humair construit ou déconstruit, relance ou bifurque,
dans un tumulte de frisés, roulés, moulins, rimshot, splash...
Les chabada décollent, les blues s'enflamment, les tempos
s'accélèrent et les ballades tournent à la cavalcade. Clairement
davantage
baguettes que balais, Humair frappe plus qu'il
ne caresse sa batterie, qui propulse la musique comme un moteur à
réaction !
Comme
il fallait s'y attendre, Humair, Blaser, Chevillon et Ducret ont
dynamité armures et mesures et proposé un feu d'artifice musical...
parfait pour le dernier concert de l'année au Triton !
Un grand merci à
Marion Piras et Jean-Pierre Vivante !