7 janvier 2015

Carnets de jazz - Cabu in Jazz



« La plus belle invention du monde, après l’imprimerie, c’est le swing ! » Tout est dit, mais c’est encore mieux quand Cabuillustre son propos… Et c’est ce qu’il propose dans ses Carnets de jazz.
Voilà bientôt un quart de siècle que les caricatures de Cabu croquent librement le monde, parfois avec gentillesse, souvent avec férocité, toujours avec lucidité. Nul ne sera donc surpris que le Grand Duduche apprécie le jazz, tant celui-ci fait bon ménage avec l’humour et la liberté.
Cabu in Jazz, comme dit le sous-titre, rassemble les dessins qui ont noirci les carnets du caricaturiste, au fil des multiples concerts auxquels il a assisté. Des dessins « cabulistes » de toute beauté - Count Basie et Freddie Green (page 20), Monk(page 110) - aux caricatures « cabuesques » typiques - Miles Davis (page 89) - ou émouvantes, comme ce Michel Petrucciani qui danse sur son clavier (page 106), le lecteur retrouve avec plaisir un grand nombre d’étoiles qui ont fait l’histoire du jazz.
Fidèle à son esprit, Cabu ne se contente pas de caricaturer les musiciens ; il s’en prend aussi aux poncifs (« plus que le piano, l’instrument de Duke Ellington c’est l’orchestre »), au public, aux journalistes, aux clubs et, bien sûr, aux festivals et festivaliers, tout ce petit monde qui « fait des confitures de jazz pour cet hiver ».
Comme beaucoup de recueils de caricatures, les Carnets de jazz n’échappent pas à un petit côté fouillis qui a son charme, mais frise quand même le brouillon par moments. Le lecteur ne doit pas s’attendre non plus à retrouver tous les musiciens qu’il aime ; ce n’est pas un dictionnaire, et Cabu n’est pas un expert en jazz (Mingus lui aurait tiré les oreilles pour s’obstiner à l’appeler Charlie…). Les Carnets de jazz sont l’œuvre d’un amateur joyeux qui apprécie avant tout la musique qui balance, avec une prédilection affirmée pour les Big Bands. Il faut que ça bouge, que ça vive, que ça « scatte » ! Il ne veut pas de ces « chanteuses molles », comme Lisa Ekdall, « ce joli petit canard qui vient du congélateur [et] ne chante que des ballades aux O.G.M ».
Entre deux séries de dessins, de courtes biographies signées Stéphane Ollivier retracent le parcours des musiciens « fétiches » du dessinateur, de Cab(-u) Calloway à Duke Ellington en passant par Ella FitzgeraldSun RâLionel Hampton et bien d’autres.
En fin de compte, les Carnets du jazz remplissent leur rôle à merveille : refléter avec le sourire une tranche de l’histoire du jazz en France. Histoire que nous avons d’autant plus à cœur que, comme l’écrit joliment Cabu, « musique de libération, le jazz restera à jamais la musique de la délivrance ». Alors pour paraphraser le dessinateur, crions haut et fort : Cab, Cab, Cab, Cabuuuuuu !

Publié initialement le 27 septembre 2004 sur CitizenJazz