26 décembre 2018

Amour et peinture en musique à La Dynamo…


Double plateau de haut vol le vendredi 7 décembre 2018 : Hymnes à l’amour et Characters On A Wall se partagent la scène de La Dynamo.


Hymnes à l’amour
Christophe Monniot & Didier Ithursarry

Voilà plus de dix ans que Christophe Monniot et Didier Hithursarry jouent ensemble, avec l’altiste Guillaume Roy, au sein du trio Station Mir. En 2017 ils décident de monter un duo et sortent Hymnes à l’amour chez ONJ Records, le 16 novembre 2018. Le concert de La Dynamo est l’occasion de célébrer ce disque.

Le répertoire du disque comprend trois thèmes signés Monniot (« Biguine pour Sushi », « Soso » et « Nadir’s »), une composition d’Ithursarry (« Est »), le célébrissime paso doble de Pascual Marquina Narro, « España cañi », l’immortel « Sophisticated Lady » de Duke Ellington, la valse « Passion » de Tony Murena et le cantique « Il est un fleuve ». Pendant le concert, le duo reprend six des huit morceaux des Hymnes à l’amour, « Forçat » d’Ithursarry et « Indifférence » de Murena. Comme le souligne Monniot avec humour : « on va faire des hymnes à des gens vivants… On va dédier des morceaux à des gens qu’on aime, encore en vie… Parce que les morts, finalement on s’est aperçu que quand on leur dédie un morceau, ça ne leur fait ni chaud, ni froid… ». Monniot rend donc hommage à sa mère, son père, Gilles et John, Sushi…

Monniot et Ithursarry abordent les Hymnes à l’amour sous un angle plutôt free, moins dansant que le Blow Up (1997) de Michel Portal et Richard Galliano et moins mélodieux que la Belle époque (2014) d’Emile Parisien et de Vincent Peirani, deux autre fameux duos accordéon – saxophones (et clarinettes pour Portal). 

Les deux artistes se réapproprient les thèmes avec originalité, comme « Summertime », base de « Soso » et également cité dans « Est », « Nadir’s », librement inspiré de « La romance de Nadir », tiré des Pêcheurs de perles, un opéra de Georges Bizet, composé en 1863, ou les valses musettes qui sont passées à la moulinette free… Cette relecture personnelle des mélodies sert de socle à des variations denses. Les développements vifs (« Biguine pour Sushi ») sont portés par des accords puissants de l’accordéon (« Soso »), des ostinatos sombres (« Nadir’s ») ou des phrases virevoltantes du soprano (air médiéval), qui partent souvent en embardées (« Est »). Les dialogues nerveux entre les deux musiciens (« Passion »), enrichis de dissonances dans l’esprit de la musique contemporaine (« Indifférence »), voire du début vingtième (« Soso »), la polyphonie de l’accordéon et les claquements rythmiques des clés du saxophone alto (« Forçat »), les nappes de sons et autres textures sonores épaisses jouées par le piano à bretelles (« Est ») viennent également ajouter du piquant aux propos des deux artistes.

Avec Ithursarry et Monniot le laisser-aller n’a pas sa place et leurs Hymnes à l’amour ne riment pas avec glamour ! Pour des romances mièvres, il faut aller écouter ailleurs : la musique du duo pétille d’intelligence, de réparties et de tonus.





Characters On A Wall
Louis Sclavis



En 2002 Louis Sclavis enregistre Napoli’s Walls avec Vinvent Courtois au violoncelle, Médéric Collignon à la trompette de poche et Hasse Poulsen à la guitare. Le disque est inspiré par les œuvres qu’Ernest Pignon-Ernest a placardées sur les murs de Naples. Avec Characters On A Wall, le clarinettiste a décidé de prolonger ce travail en illustrant neuf installations de l’artiste urbain : Paolo Pasolini à Rome, Mahmoud Darwich à Ramallah, Jean Genet à Brest…



Pour ce projet Sclavis s’entoure du trio avec qui il a créé Loin dans les terres (Intuition Records – 2017) : Benjamin Moussay au piano, Sarah Murcia à la contrebasse et Christophe Lavergne à la batterie.


« Jean Genet à Brest » reflète assez bien l’esprit de la musique du quartet : une introduction foisonnante à quatre laisse la place à un rythme solide, servi par une contrebasse imposante et une batterie touffue, sur lequel se promènent les lignes de la clarinette, sinueuses, mais parsemées d’aspérités, et soutenues par les contre-chants du piano. Avant le rappel final du thème, le trio piano – contrebasse – batterie se lance dans des échanges contemporains tendus. « Darwich dans la ville » fait la part belle aux tambours de Lavergne, à des passes d’armes heurtées entre Sclavis et Murcia, et aux clusters de Moussay. Référence à des installations de Pignon-Ernest à Martigue, le thème de « La dame de Martigue » s’apparente davantage aux mélodies françaises du début vingtième, avec un déroulé élégant, des contrepoints subtils, un discours virtuose de la clarinette... La silouhette d’un homme flashée par l’explosion de la bombe atomique sur un mur d’Hiroshima a guidé Moussay pour « Shadows And Lines ». L’introduction du piano et de la contrebasse à l’archet est sombre, mais un riff de basse dansant, une batterie régulière et un piano musclé emmènent progressivement le trio vers un free intense, auquel se joint la clarinette. Avec ses rythmes en suspension, ses discussions croisées, sobres et élégantes, ses différents tableaux... « L’heure Pasolini » a des points communs avec une bande son cinématographique. La mélopée de « Prison », inspiré par le travail de Pignon-Ernest dans la prison Saint-Paul à Lyon, monte rapidement en tension, poussée par une batterie et une contrebasse puissantes et une gestion efficace du suspens, puis le morceau débouche sur un échange free luxuriant. En bis, le quartet joue « Extases », une évocation des dessins sur les grands mystiques que Pignon-Ernest a exposés dans les églises de Naples. C’est sur cette ode tout à fait « sclavisienne », d’un lyrisme moderne dans une lignée vingtièmiste, que se conclut le concert, en beauté.


Mélodies sophistiquées, harmonies modernes, rythmes charnels et sonorités chaleureuses, Characters On A Wall est enthousiasmant !

16 décembre 2018

Double plateau à l’Ermitage


Grosse affiche au Studio de l’Ermitage le 6 décembre 2018 : Roberto Negro présente Kings And Bastards, sorti chez Cam Jazz en octobre 2018, et Emile Parisien Quartet propose Double Screening, paru chez ACT en décembre 2018.


Kings And Bastards
Roberto Negro

Passé par le Conservatoire à Rayonnement Régional de Chambéry et le Centre des Musiques Didier Lockwood, Negro participe à la création du Tricollectif en 2011 au sein duquel il monte la plupart de ses projets : du trio Dadada au duo Les Métanuits avec Parisien, en passant par le trio Garibaldi Plop, le quartet Kimono, le duo Danse de Salon avec Théo CeccaldiKings And Bastards est le premier disque de Negro en solo.


Construit comme une suite en treize mouvements, Kings And Bastards marie piano, piano préparé et effets électroniques. Une grosse minute de concentration et c’est parti pour une quarantaine de minutes non-stop. Des cliquetis cristallins d’une régularité implacable et des ostinatos sourd, interrompus à intervalle régulier par une pointeuse : vive Les Temps Modernes !... Entre machine à écrire et machine-outil, le piano préparé devient une percussion (John Cage n’écrit-il pas que « le piano préparé est en réalité un ensemble de percussions confié aux mains d'un seul interprète » ?) et le réalisme mécaniste du morceau évoque évidemment la musique concrète. Quelques bribes mélodiques acoustiques percent ça-et-là, au milieu de la grisaille du machinisme. Peu à peu, des accords de synthèse, des pédales aiguës, des ostinatos obsédants et un minimalisme futuriste renvoient l’auditeur à la science-fiction avec, toujours, un petit air qui s’immisce dans cette ambiance répétitive et sombre, mais qui est vite rattrapé par l’inexorable mécanique... Tandis que la main gauche joue un motif récurrent, Negro retire ses préparations. Le pianiste part ensuite dans des développements qui font la part belle aux dissonances, jeux rythmiques et dialogues de voix, dans une lignée contemporaine, séparés par la monotonie d’une pédale de près de trois minutes, pour terminer par une valse presque sentimentale.


Avec Kings And Bastards, Negro propose une musique expressive résolument singulière, à mi-chemin entre musique contemporaine et free, sans jamais oublier ces légères touches lyriques qui lui donnent un zeste d’humanité indispensable.


Double Screening
Emile Parisien Quartet

Peu après avoir débarqué à Paris, en 2000, Parisien monte un quartet avec Julien Touery au piano, Ivan Gélugne à la contrebasse et Sylvain Darrifourcq à la batterie. La formation sort trois disques chez Laborie Jazz : Au revoir porc-épic en 2006, Original pimpant en 2009 et Chien Guêpe en 2012. Après ce troisième disque, JulienLoutelier remplace Darrifourcq derrière les fûts. C’est avec ce deuxième quartet que Parisien rejoint Act pour Spezial Snack, paru en 2014, et Double Screening.

Enregistré par Philippe Teissier du Cros dans le célèbre Studio Gil Evans de la Maison de la Culture d’Amiens, Double Screening propose cinq morceaux, deux suites et trois intermèdes composés par les quatre musiciens. Le disque évoque la pratique du double écran qui consiste, par exemple, à se connecter simultanément à sa télévision pour regarder une série et à son téléphone, pour participer à une discussion en ligne sur ladite série. La plupart des titres des morceaux sont des clins d’œil à l’informatique, comme les trois « Spam », « Hashtag », « Deux point zéro », « Elégie pour une carte mère », « Malware Invasion »….

Le programme du concert s’appuie exclusivement sur le répertoire de Double Screening. Depuis le temps qu’ils jouent ensemble, les quatre musiciens ont développé une osmose quasi parfaite : une sonorité personnelle, avec, notamment, des unissons harmoniques ou rythmiques, des mélodies d’une grande cohérence et une mise en place aux petits oignons.



Les deux parties de « Double Screening », signées Loutelier, sont contrastées : à la gravité de la première, portée par la ligne profonde de la contrebasse, les accords contemporains du piano, la batterie toute en subtilité et les phrases sinueuses du soprano, succède un deuxième mouvement mécanique – qui n’est pas sans rappeler certains passages du set de Negro –, interrompu par de brèves mesures be-bop. Peu à peu le morceau s’emballe et Parisien se lance dans un chorus néo-bop, sur une walking et un chabada, entrecoupé de pêches et autres roulements. Touery poursuit dans la même veine, rapide et puissante, avec des citations détournées et une bonne dose d’humour.


La deuxième suite, « Hashtag », composée par Parisien, comprend quatre mouvements. Le thème aux accents mélancoliques évoque un peu la musique klezmer. Les accords du piano, le vrombissement de la contrebasse et le drumming serré de la batterie font monter la tension et poussent le soprano dans des retranchements free d’une intensité captivante. Un unisson global lance le piano dans des motifs aux nuances balkaniques, sur les contrepoints de la contrebasse et la batterie foisonnante. Parisien revient dans la partie avec un discours véloce, mais sans esbroufe, puis finit par plonger dans un torrent de notes, parsemé de stridences, comme autant de cris… Dans le troisième mouvement, les percussions bourdonnent, l’archet de la contrebasse gronde, le piano préparé crépite et le soprano joue une mélodie fragile avant de se mêler, lui aussi, aux jeux rythmiques avec ses clés. Pour le final, Parisien revient au thème avec un léger vibrato et des touches bluesy, tandis qu’une pédale de Gélugne, des accords dansants de Touery et un rythme entraînant de Loutelier emportent « Hashtag » vers des horizons joyeux.


Les trois « Spam » intercalés entre les morceaux sont des pièces concises et malicieuses dans lesquelles les quatre compères se livrent à des joutes de sonorités – crissements, cloches, réverbération, splash… – et de rythmes – notes tenues, frappes mécaniques, dialogues percussifs… Des jeux rythmiques parsèment également « Deux point zéro », un morceau animé (lui aussi assez proche de l’esprit de Kings And Bastards) basé sur des échanges heurtés entre les sons étouffés du piano préparé, les lignes robustes de la contrebasse et le drumming vif et luxuriant de la batterie. Les petits motifs mélodiques du soprano débouchent sur une mélopée qui contraste avec la dominante rythmique du morceau.


Avec ses boucles, pédales et riffs entrelacés, la construction d’« Algo » s’apparente à la musique répétitive, tandis que les volutes sinueuses du soprano apportent une touche de fragilité, avant de se fondre dans la mêlée rythmique. Le be-bop refait son apparition dans l’espiègle « Malware Invasion » : walking et chabada ultra-rapides, piano néo-bop véloce, saxophone ténor impétueux, embardées free… Le quartet fait monter la pression ! Joué en bis, « Daddy Long Legs » s’aventure sur les terres de la musique contemporaine, avec un accompagnement minimaliste pour une conversation mystérieuse entre le piano et le soprano, tantôt à l’unisson, tantôt sous forme de questions-réponses.


Double Screening réussit le pari d’illustrer en musique un phénomène de société ! Originale, ludique, recherchée, expressive… la musique du quartet de Parisien n’a pas fini de marquer son époque.

9 décembre 2018

PJ5 au New Morning


Le 4 décembre 2018, le New Morning est plein : il accueille le PJ5 à l’occasion de la sortie de I Told The Little Bird chez Jazz& People, le label participatif créé par Vincent Bessières.

C’est en 2010 que le guitariste Paul Jarret monte le quintet PJ5 avec Maxence Ravelomanantsoa au saxophone ténor, Léo Pellet au trombone, Alexandre Perrot à la contrebasse et Ariel Tessier à la batterie. Leur premier disque autoproduit, Floor Dance, sort la même année. Suivront Word (2013 – Such Productions), Trees (2016 – Gaya Music) et I Told The Little Bird.

Bessières introduit le concert et, après avoir décrit les raisons d’être du label participatif Jazz & People, il explique la portée humaniste et écologique du disque de PJ5, préoccupé par la situation climatique de la planète... Pour le premier set du concert, PJ5 joue trois morceaux extraits du répertoire de I Told The Little Bird et « Anthem », un inédit.  


Un chant diaphane sur des nappes de sons électro éthérées sont diffusés en off pendant que le quintet s’installe. Après une série de sirènes ou de cris, le trombone expose la mélodie nostalgique de « Where Do Butterflies Sleep ? » sur les accords aériens de la guitare, la batterie majestueuse et une ligne de basse profonde. Le saxophone ténor entre en jeu et répond au trombone puis, avec une pédale sur la grosse caisse et des effets de réverbération, le morceau prend l’allure d’un hymne, qui se transforme soudainement en un rock progressif énergique. Cette juxtaposition d’accords vaporeux, d’airs solennels et de rythmes vigoureux et se retrouve également dans « Horizon », une ballade au parfum ambient. Une mélodie au synthétiseur accueille « Peaceful Struggle ». D’abord tranquille et planant, le morceau part rapidement dans un rock-free débridé, tiré par un Ravelomanantsoa déchaîné, poussé par la rythmique sourde et touffue de Perrot et Tessier, et soutenu par les riffs de Pellet et Jarret. Le premier set s’achève sur « Anthem », un thème minimaliste et méditatif, au déroulé imposant, à l’image de son titre.

Décors planants, lyrisme et rythmique puissante, PJ5 a trouvé sa marque de fabrique : une fusion de jazz scandinave, de rock psychédélique et de free… du Space Jazz Rock en quelque sorte !



4 décembre 2018

A la découverte de Nicolas Fabre


La sortie de l’album Through The Seasons, le 26 octobre 2018, donne l’occasion de découvrir le parcours et quelques passions du pianiste Nicolas Fabre


La musique

Je ne crois pas avoir vraiment choisi le piano… Pourtant, d’après ma mère, enfant, j’avais une préférence pour cet instrument. Quand j’avais huit ans, mes parents nous ont inscrits, ma sœur et moi, au conservatoire, dans la classe de piano. Pendant dix ans, j’ai suivi une formation classique au conservatoire du Mans.

Avec mes parents, mon frère et ma sœur, nous écoutions toutes sortes de musiques, mais j’ai réellement commencé à m’intéresser au jazz autour de quinze ans, en écoutant Miles Davis. C’est également à cette époque que j’ai vu Chick Corea en concert à Vannes : ça a été un autre déclencheur. Avec mon frère et un ami batteur nous avons monté notre premier groupe. Nous interprétions des compositions instrumentales. Au début, c’était plutôt pop rock, mais nous écoutions du jazz rock, Miles, Weather Report, Corea... sans oublier Frank Zappa, le rock progressif... Nous découvrions tout ça !... Peu de temps après, ce fût Keith Jarrett et le Köln Concert, autre grande révélation ! Puis Bill Evans, John Coltrane, Thelonious Monk... D’ailleurs, en ce qui concerne les pianistes-compositeurs, Jarrett, Corea et Evans sont sans doute mes trois influences majeures : ce sont les premiers que j’ai écoutés, et ils restent parmi mes préférés !...

C’est pendant mes études scientifiques que j’ai commencé le piano jazz Je me suis d’abord intéressé aux standards, au bop... J’ai suivi les ateliers jazz à la fac et suis entré dans le big band universitaire. A l’époque j’avais un groupe de jazz fusion. Ensuite, je suis monté à Paris pour suivre des cours à l’école Arpej. Je me suis perfectionné en piano jazz avec Olivier Hutman, étudié l’harmonie, l’arrangement…  et j’ai commencé à faire des jam sessions, jouer en quartet, en trio, avec des vocalistes... En parallèle, au Mans, avec mon frère nous avons créé Mentat Routage, un groupe de jazz rock expérimental basé sur l’impro, le free, etc. C’est aussi à ce moment que j’ai pris des cours d’écriture classique et commencé à enseigner en école de musique. Peu après j’ai participé au groupe de jazz électrique Pagaille, avec, entre autres, le batteur Sonny Troupé et le chanteur slameur Thomas Roche, avec qui j’ai beaucoup joué depuis. J’ai fait aussi pas mal de be-bop, en trio, notamment avec le batteur Philippe Combelle.

En 2012, j’ai formé un premier trio pour jouer mes compositions, avec Richard Apté et Max Hartock Puis, en 2016, j’ai créé un nouveau groupe, en compagnie de Bertrand Beruard et Nicolas Favrel, avec lequel je viens de sortir Through The Seasons.



Quelques clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La recherche d’une expression musicale personnelle, originale, à la fois individuelle et collective, dans un esprit de liberté, de partage et d’ouverture sur le monde…

Pourquoi la passion du jazz ?  Les jazz sont des musiques qui mettent en jeu l’instant présent, grâce à l’improvisation.

Comment découvrir le jazz ?  Allez voir des concerts ! Venez voir les musiciens jouer en live !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Difficile de choisir… Mais assurément un Miles, un Coltrane, un Monk, un Evans, un Jarrett…

Quels livres ? La Trilogie new-yorkaise de Paul Auster, Kafka sur le Rivage de Haruki Murakami...

Quels films ? Blade Runner de Ridley Scott, In The Mood For Love ou The Grandmaster de Wong Kar-Wai, Il était une fois la révolution de Sergio Leone, Interstellar de Christopher Nolan… Mais aussi un Jim Jarmusch, un Steven Spielberg et un Woody Allen.

Quelles peintures ?  Quelques toiles de Pablo Picasso et de Salvador Dali

Quels loisirs ? Marcher, nager et découvrir…


Les projets

Dans l’immédiat, l’objectif est de trouver des partenaires pour promouvoir l’album Through The Seasons : distributeur, label... et faire tourner le trio dans les salles et festivals !

2 décembre 2018

Omri Mor en trio au Café de la Danse…


Depuis quelques années, sur les traces d’Avishai Cohen (le contrebassiste), une vague de musiciens israéliens déferle sur la scène du jazz. Et, parmi ces musiciens, nombreux sont les pianistes : Yonathan Avishai, Jeremy Hababou, Yaron Herman, Omer Klein, Gadi Lehavi, Shai Maestro… et Omri Mor. Ce dernier se produit le 29 novembre 2018 en trio au Café de la Danse, dans le cadre du festival Jazz’n’Klezmer et pour la sortie de It’s About Time, paru chez Naïve en mars 2018.

It’s About Time! propose sept morceaux de Mor, « Marrakech » d’Hamid Zachir et « You and The Night and The Music » d’Arthur Schwartz et Howard Dietz. Dans le disque, Cohen tient la contrebasse, sauf sur deux titres, confiés à la basse de Michel Alibo, Karim Ziad est à la batterie sur quatre morceaux et Donald Kontomanou sur un, quant à M’aalem Abdelkbir Merchan, il chante « Marrakech ».


Le soir du concert, Mor est accompagné de Ziad et Romain Labaye à la basse. Après un parcours autodidacte, Labaye rejoint le Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris puis intègre les groupes de Céline BonacinaNguyên LêScott Henderson… De son côté, Mor étudie le piano classique, suit en parallèle des cours de jazz et s’intéresse simultanément à la musique arabo-andalouse, dont le Chaâbi algérien. Aujourd’hui, il joue aussi bien dans le trio de Cohen (le contrebassiste), qu’avec des orchestres symphoniques, des groupes de rock et des formations Chaâbi ou Gnaoua. De Cheb Mami à Joe Zawinul, en passant par Lê, Ifrikya, le Festival Gnaoua d’Essaouira… Ziad n’est plus à présenter !

Comme sur It’s About Time!, le trio démarre le concert avec « Ramel Maya ». Après une introduction de Mor, mélodieuse et parsemée d’arabesques, la rythmique s’emballe et le morceau part dans des variations chaloupées. Même énergie entraînante dans « Atlas », avec une batterie heurtée et musclée, une basse souple et un piano virtuose. « Jerusalem », qui ne figure pas au répertoire d’It’s about Time!, commence comme une comptine et tourne à la ballade orientale. Toujours puissante, la batterie foisonne dans « Sica », tandis que la basse s’unie au piano pour exposer le thème et souligner le développement de Mor, fusion d’influences classiques et moyen-orientales. Le pianiste se montre particulièrement lyrique dans « Dawn », soutenu par une basse chantante. Dans « Marrakech », le trio renoue avec une pièce typiquement orientale, rythmique, dynamique et touffue. En bis, la batterie vrombit, la basse gronde et le piano enchaîne traits véloces et volutes dissonantes.

La musique de Mor s’inscrit dans la lignée d’un jazz aux couleurs moyen-orientales : It’s About Time! est brillant et festif !



1 décembre 2018

Les lions sont lâchés au CWB...


Le 27 novembre 2018 L’Ochestre du Lion envahit le Centre Wallonie Bruxelles non seulement pour fêter la sortie de Connexions Urbaines chez Igloo Records, en mars 2018, mais aussi pour continuer de célébrer les quarante ans du label bruxellois.

Situés au milieu de la rue Quincampoix, les mille mètres carrés du CWB sont entièrement dédiés à la culture, avec une salle d’exposition, un cinéma et un théâtre. Le soir du concert, les cent soixante-cinq places sont quasiment toutes prises d’assaut par un public bigarré.

En 1980, le directeur du Conservatoire Royal de Liège, Henri Pousseur, encourage élèves et professeurs à prolonger leurs expériences musicales au Cirque Divers et au Lion S’Envoile… 1985 voit la naissance du Collectif du Lion et de son Orchestre, d’abord sous la direction de Garrett List. Dans le cadre du festival pluridisciplinaire Connexions Urbaines, L’Orchestre du Lion crée Sous Les Pavés en 2012 et Odyssée 14 en 2014. Hommage au festival éponyme, Connexions Urbaines reprend des morceaux et chansons extraits de différents spectacles réalisés par des groupes issus du collectif : Rêve d’éléphant Orchestra, SilverRat Band, Glassnotes, Tous Dehors, Trio Grande… L’illustration de la pochette signée Lucas Racasse, un chef d’orchestre à tête de lion au milieu d’une rue citadine floutée par la vitesse, illustre comme un gant le disque de ce collectif sur-vitaminé.

Plutôt inhabituelle, l’instrumentation de L’Orchestre du Lion se passe de claviers et contrebasse, mais peut compter sur trois batteries et percussions – Michel Debrulle, Etienne Plumer et Stephan Pougin –, de sousaphone, euphonium, tuba et trombone – Adrien Lambinet, Véronique Laurent et Michel Massot –, des guitares et de la basse de Nicolas Dechêne, de la trompette de Jean-Paul Estiévenart (remplacé pour le concert par Antoine Dawans), des saxophones, violon, clarinettes, cornemuse, harmonica… de Clément Dechambre, Laurent Dehors et Véronique Delmelle, des flûtes de Pierre Bernard et des voix de Thierry Devillers, David Hernandez, François Laurent et Adrien Sezuba.


Au CWB, L’Orchestre du Lion rejoue le programme de Connexions Urbaines, plus quelques titres puisés dans le répertoire des musiciens du big band. Dès « Agitprop » (Odyssée 14 – Rêve d’Eléphant Orchestra) le ton est donné : percussions polyrythmiques puissantes, déclamation en duo, chœur énergique des soufflants, avec des passages dans un esprit baroque, guitare électrique saturée et clarinette free… « Kakouline », composition de Massot, reste dans une ambiance dansante, avec un côté ethnique, renforcé par la guimbarde, les lignes sombres des cuivres et des percussions, et la flûte qui virevolte. Après une mélodie mélancolique portée par un rythme profond, Sezuba mélange rap et spoken words dans « L’étrange étranger », chanson courte et intense, qui n’est pas sans rappeler le poème « Etranges étrangers » de Jacques Prévert. Devillers rend ensuite hommage à Serge Gainsbourg avec « Intoxicated Man », présenté sur un mode humoristique : « Mesdames, Messieurs, je voudrais vous parler de l’un des stades suprême de l’humanité, j’ai nommé l’éthylisme… ». Il lit ensuite un quatrain d’Omar Khayyam :

« Veux-tu en égoïste ainsi vivre sans cesse,
Méditer l'être ou le néant ? Vaine sagesse !
Bois du vin : il vaut mieux consacrer cette vie
Porteuse de chagrin au sommeil, à l’ivresse. »

Devillers chante dans une veine proche de l’originale, y compris le phrasé et le ton, mais en moins jazz et plus rock. « Mon éléphant » commence par une belle mélodie déroulée en suspension au-dessus des percussions touffues, puis s’envole dans un délire carnavalesque… Un hymne solennel à la Henry Purcell introduit « Here I Am », un rap dramatique sur les affres d’un migrant, entrecoupé d’un refrain en italien, d’un solo inspiré de Dechambre au saxophone alto et d’un chorus poignant de Delmelle au sopranino. « Anus Mundi », surnom d’Auschwitz et symbole de la fin du monde pour Devillers, tourne au rock psychédélique ascendant Canterburry. Après des bruitages spatiaux, « Trafic en galaxie » part dans une ronde entraînante jouée à la cornemuse et à la flûte, pendant que l’orchestre délire. Composée en souvenir du procès de Constantin Brâncuși aux Etats-Unis, « Can Your Bird Sing? » fleure bon le blues, que Dehors exacerbe avec un solo bien senti au saxophone ténor, tandis que Hernandez parsème son chant de traits de gospel. Laurent est à l’honneur sur « Reprend », une bande son cinématographique touffue sur laquelle il déclame un texte poétique autour du printemps. « Mmm » s’appuie sur un thème mélodieux, une rythmique mate et des développements denses, dont un chorus expressif de Dewans. Retour à la cornemuse pour « A la campagne », avec une tournerie folk traversée de traits free déjantés, voire « rock campagnard » quand la guitare s’en mêle. Le concert s’achève sur « The Wind and The Rain », l’air final de La nuit des rois de William Shakespeare, qui, après une entrée en matière farfelue, laisse la part belle aux trois chanteurs. En bis, l’harmonica de Dehors lance L’Orchestre du Lion dans une farandole, entre country et NOLA, qui finit dans les travées du théâtre…

Le surréalisme, le jazz, Dada, le rock underground, le rap… L’Orchestre du Lion est un peu tout cela, avec une grosse dose d’humour et un sens de la fête communicatif !