19 février 2020

Music Is Our Mistress - GRand Imperial Orchestra


En 2009, les saxophonistes Gérald Chevillon et Damien Sabatier, le contrebassiste Joachim Florent et le batteur Antonin Leymarie montent l’Impérial Quartet, suivi, en 2010, de l’Impérial Orphéon, avec Rémy Poulakis à l’accordéon. C’est finalement en 2013 que les cinq musiciens fondent le collectif Compagnie Impérial.

Les deux formations initiales ont donné naissance à d’autres projets tels que D&G, duo entre Chevillon et Sabatier, Impérial Pulsar, sextet composé de l’Impérial Quartet plus un duo de percussionnistes maliens formé d’Ibrahima Diabaté et d’Oumarou Bambara, et, en 2018, le GRand Impérial Orchestra – GRIO – qui sort son premier opus – Music Is Our Mistress – le 17 janvier 2020, sur le label du collectif.

Outre les quatre mousquetaires de l’Impérial Quartet, le GRIO s’appuie également sur Simon Girard au trombone, Fred Roudet et Aymeric Avice à la trompette et au bugle, et Aki Rissanen au piano. Florent signe des morceaux qui évoquent Johannesburg (« Hillbrow » est un quartier de la ville sud-africaine, souvent comparé à Harlem), l’artiste Frida Kahlo (« Frida Kahlo Love Song ») et la Camorra (« Gomorra Pulse »), plus « Linda Linda » (penchons pour « jolie » en espagnol... avec un jeu de mots sur Banda-Linda ?). Leymarie propose une chanson des cricket (« A cançao do grilo ») et un thème sur l’âme (« Anima » en italien, à moins évidemment que ce ne soit du portugais ou de l’espagnol…). Quant à Sabatier, il arrange deux chants traditionnels d’un peuple de la République Centrafricaine, les Banda-Linda.

Si le griot est une sorte de barde intimement lié à la tradition musicale africaine, GRIO n’a pas de « t » et cela fait toute la différence : ceux qui s’attendent à du jazz ethnique seront surpris… Certes GRIO fait appel à la polyrythmie en utilisant des cellules répétitives superposées, comme c’est souvent le cas dans les chants africains, mais la musique de GRIO se rapproche davantage du courant minimaliste et la texture sonore de « Gomorra Pulse » évoquera plutôt Terry Riley et consort que les musiques Gbaya du catalogue d’Ocora… Cela dit, Steve Reich a étudié les percussions africaines, La Monte Young a appris le chant hindou, Riley a fait un voyage initiatique en Inde, en Afrique et en Asie centrale… Evidemment, Music Is Our Mistress est aussi une référence directe à Music Is My Mistress, l’autobiographie de Duke Ellington. Et, en effet, la musique de l’orchestre est clairement expressive, voire expressionniste, à l’instar des barrissements du trombone dans « Hillbrow » ou du foisonnement des voix dans « Tchébou ganza tché gaté ». En ce sens, elle rappelle ça-et-là le style jungle du Duke, d’autant que la rythmique n’hésite pas à glisser des passages en walking et chabada (« Hillbrow ») ou carrément swing (« Gomorra Pulse ») et que, un peu comme chez Ellington, chaque tableau est un décor sur mesure pour les solistes. L’instrumentation de GRIO s’apparente également à celle d’une fanfare, section rythmique en moins, et les chœurs tonitruants (« Cult of Twins »), les voix des soufflants en contrepoints (« Gomorra Pulse »), les rythmes chaloupés (« Linda Linda »)… ne sont pas sans rappeler l’esprit des brass band. Mais la fanfare vire rapidement au free déchiré d’Albert Ayler (« A cançao do grilo ») ou aux hymnes dissonant d’ Ornette Coleman (« Anima »), et, en ce sens, elle est plus dans l’esprit du Willem Breuker Kollektief que d’un marching band néo-orléanais ! Même la musique de chambre du XXe s’invite au programme, dans le deuxième mouvement de « A cançao do grilo », quand Rissanen joue élégamment avec les silences avant que son ode ne soit soutenue majestueusement par les chœurs solennels des cuivres, les cymbales frémissantes et la contrebasse à l’archet.

Pour qui veut passer un bon moment, s’amuser et aller de surprises en surprises, Musique Is Our Mistress est tout indiqué : GRIO réussit le tour de force de distraire sérieusement !
  
Music Is Our Mistress
Grand Imperial Orchestra
Gérald Chevillon, Damien Sabatier (sax), Simon Girard (tb), Fred Roudet, Aymeric Avice (tp, bugle), Aki Rissanen (p), Joachim Florent (b) et Antonin Leymarie (d).
Compagnie Impérial
Sortie le 17 janvier 2020

Liste des morceaux

01. « Cult of Twins », trad. Banda-Linda & Sabatier (3:01).
02. « Hillbrow », Florent (6:31).
03. « A cançao do grilo », Leymarie (6:31).
04. « Frida Kahlo Song of Love », Florent (6:28).
05. « Gomorra Pulse », Florent (10:04).
06. « Anima », Leymarie (8:11).
07. « Linda Linda », Florent (5:38).
08. « Tchébou ganza tché gaté / Le sommeil droit »,  trad. Banda-Linda & Sabatier (7:21).

17 février 2020

Chance – Henri Texier


Tout le monde sait que la Chance n’est pas uniquement le fruit du hasard et qu’il faut la titiller pour la récolter. Comme c’est ce que fait Henri Texier depuis près de soixante ans, encore heureux que Mère Fortune n’ait pas été ingrate avec lui et qu’il puisse avoir la « chance, après toutes ces années, de n'avoir que peu de regrets... »

Un an après Sand Woman, le contrebassiste reprend le chemin des studios avec son Sand Quintet : Sébastien Texier aux clarinettes et au saxophone alto, Vincent Lê Quang aux saxophones soprano et ténor, Manu Codjia à la guitare et Gautier Garrigue à la batterie. La fidélité est une qualité essentielle pour forcer la chance et Texier n’en manque pas : il sort Chance le 28 février 2020 chez Label Bleu, où il est resté contre vents et marées depuis La Compañera (1983), fait appel à l’ingénieur du son Philippe Teissier du Cros, aux manettes depuis Carnets de route (1995), et illustre la pochette du disque avec une photo de l'île de Batz, prise par l'incontournable Guy Le Querrec...

Au programme de Chance, quatre morceaux proposés par les musiciens – « Cinecitta » de Texier fils (For Travellers Only – Cristal Records – 2018), « Jungle Jig » de Codjia (Manu Codjia – Bee Jazz – 2009), « Le même fleuve » de Lê Quang et « Laniakea » de Garrigue – et quatre compositions signées Texier : « Simone et Robert », dédié à Simone Veil et Robert Badinter, « Pina B. », en hommage à Pina Bausch, « Standing Horse » et « Chance ».

Aux ambiances typiques des morceaux de Texier, entre danses rituelles et hymnes, s’ajoutent celles des autres compositions : « Cinecitta » s’apparente (très logiquement) à une ballade cinématographique, la « gigue de la jungle » (« Jungle Jig ») penche plutôt vers le rock, notre supercontinent galactique, « Laniakea », s’étire mystérieusement et « Le même fleuve » s’écoule vers la West Coast. Lê Quang marie virtuosités bop (« Jungle Jig »), digressions free (« Pina B. ») et improvisations pleines de sentiments (« Simone et Robert »). A la clarinette, comme à l’alto, le discours de Texier reste élégant et chaloupé (« Cinecitta »), avec une mise en place entraînante (« Le même fleuve »), parfois relevé de touches bluesy (« Simone et Robert »). Entre des lignes lointaines (« Laniakea ») et des accords aériens (« Cinecitta »), Codjia glisse des chorus véloces (« Jungle Jig ») dans une lignée bop. Garrigue possède un jeu dense (« Cinecitta ») et organique (les tambours dans « Chance ») qui combine tradition (le chabada de « Jungle Jig ») et ouverture (« Pina B. »). Toujours lyrique (« Cinecitta »), Texier n’en garde pas moins une maîtrise solide de la carrure (le riff de « Jungle Jig », la walking puissante dans « Le même fleuve ») et son solo a capella dans « Standing Horse » est une véritable démonstration mélodico-rythmique : doubles-cordes, slap, glissando, shuffle, motifs arpégés ou en accords… toute la panoplie y passe.

Loin des écoles et des modes, Texier poursuit la construction de son œuvre musicale et, comme dans l’essentiel de sa discographie, Chance apporte toujours son lot de joies et d’émotions.

Le disque

Chance
Henri Texier
Sébastien Texier (cl, zs), Vincent Lê Quang (ss, ts), Manu Codjia (g), Henri Texier (b) et Gautier Garrigue (d).
Label Bleu – LBLC6738
Sortie le 28 février 2020

Liste des morceaux

01. « Cinecitta », Sébastien Texier (6:54).
02. « Jungle Jig », Codjia (8:28).
03. « Simone et Robert » (6:16).
04. « Pina B. » (7:02).
05. « Laniakea », Garrigue (8:23).
06. « Le même fleuve », Lê Quanh (8:33).
07. « Standing Horse » (1:53).
08. « Chance » (6:50).

Tous les morceaux sont signés Henri Texier sauf indication contraire.

16 février 2020

Happy Hours – Christophe Marguet


Six ans après Constellation, Christophe Marguet reprend le chemin des studios d’enregistrement – en l’occurrence celui de l’Alhambra, du groupe Cristal Records, à Rochefort-sur-mer – et sort Happy Hours sur le label Mélodie en sous-sol, le 27 mars 2020.

Marguet s’entoure de Yoann Loustalot à la trompette et au bugle, Julien Touéry au piano et Hélène Labarrière à la contrebasse. Dix compositions sont signées Marguet, Touéry a écrit le prélude de « Trop tard ? », et l’introduction d’« Immersion » est une création collective. A travers ses morceaux, Marguet évoque des causes, des artistes et des instants qui comptent : les migrants et l’action de Cédric Herrou (« C.C.H. »), la famine en Ethiopie dans les années quatre-vingt via Wim Wenders et Sebastião Salgado (« Trop tard ? »), Paul Motian (« Haute-Fidélité »), Don Cherry (« Dear Don »), Eddy Louiss (« Organique »), Zao Wou-Ki (« Immersion »), le plaisir de découvrir (« Beauté cachée »), l’enfance (« L’enfant éveillé » et « Mémoire vive ») et, bien sûr, la convivialité (« Happy Hours »).

Nostalgiques (« Beauté cachée »), joyeux (« Immersion »), tribaux (« Happy Hours »), solennels (« Trop tard ! »), enjoués (« Dear Don »)… Marguet propose des thèmes plutôt courts et mélodieux, souvent exposés à l’unisson, dans un esprit voisin d’Henri Texier (« C.C.H. »). Le quartet y va également de sa création contemporaine « bruitiste » à base d’effets étendus (l’introduction d’« Immersion »). Les développements permettent à Loustalot de soliloquer au-dessus de la mêlée (« C.C.H. ») ou de dialoguer, un peu comme dans un concertino (« Haute-Fidélité ») ou dans un quatuor de chambre (« L’enfant éveillé »). Ses discours sinueux, davantage legato que staccato (sauf dans « Organique ») et son timbre velouté ne sont pas sans rappeler la West Coast (« Immersion »). Touéry n’est pas non plus en reste, avec des chorus musclés (« C.C.H. ») d’un modernisme tendu (« Dear Don ») ou dans une veine hard-bop (« Happy Hours »). Entre clusters (« C.C.H. »), séries d’accords sobres (« Haute-Fidélité ») ou arpégés (« Immersion »), touches latines (« Mémoire vive ») et motifs churchy (« Organique »), l’accompagnement du pianiste s’adapte subtilement aux propos des solistes. Il en va de même pour Labarrière, avec des pédales profondes (« C.C.H. »), une walking endiablée (« Happy Hours »), des lignes énergiques (« Mémoire vive »), un effet de balancier entraînant (« Dear Don »)… Quant à ses solos, portés par une sonorité claire et boisée, ils sont à la fois percutants (« Trop tard ? ») et souples (« L’enfant éveillé »). En fin coloriste, Marguet varie les rythmes, des frémissements de « Beauté cachée » aux roulements de « Trop tard ? », en passant par les riffs funky d’« Organique », le chabada d’« Happy Hours » ou le foisonnement de « Dear Don ». Sa batterie ne prend jamais le devant de la scène, reste constamment mélodieuse, et insuffle une pulsation ferme et régulière.

Raffinée et physique, la musique d’Happy Hours est un cri d’espoir optimiste et radieux !

Le disque

Happy Hours
Christophe Marguet
Yoann Loustalot (tp, bugle), Julien Touéry (p), Hélène Labarrière (b) et Christophe Marguet (d).
Mélodie en sous-sol – MESS0001
Sortie le 27 mars 2020

Liste des morceaux

01. « Beauté cachée » (1:59).
02. « C.C.H. » (3:34).
03. « Haute -Fidélité » (7:14).
04. « Happy Hours » (5:50).
05. « Trop tard ? - Prélude », Touéry (1:43).
06. « Trop tard ? » (6:23).
07. « Immersion intro » Loustalot, Touéry, Labarrière & Maguet (2:39).
08. « Immerion » (4:25).
09. « L’enfant éveillé » (5:09).
10. « Dear Don » (6:37).
11. « Mémoire vive » (3:46).
12. « Organique » (4;41).

Tous les morceaux sont signés Marguet sauf indication contraire.

12 février 2020

Happy Mood! - François Ripoche


Formé à l’aulne de l’harmonie municipale de Boussay, Loire-Atlantique, François Ripoche avait cœur à revenir à ses premières amours musicales. Pour ce faire il réunit un all stars avec Steve Potts aux saxophones, Louis Sclavis aux clarinettes, Geoffroy Tamisier à la trompette, Glenn Ferris au trombone, Darryl Hall à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie. Pas de piano pour la fanfare, mais un disque, Happy Mood!, qui sort le 31 janvier 2020 chez Black & Blue.

En dehors de « Music Matador », signé Eric Dolphy, et « Auprès de mon arbre », repris de Georges Brassens, les sept autres morceaux sont de Ripoche et ressemblent à des saynètes musicales, un peu dans l’esprit d’un ciné-concert. Comme le saxophoniste l’explique dans les notes de la pochette, chaque pièce évoque un souvenir ou une situation : « Moyenne section » renvoie aux bancs de l’école primaire ; « Funky Town » est une ville enjouée qu’il ne faut pas confondre avec le tube disco des années quatre-vingt de Lipps Inc, « Funkytown » ; « Le mièvre et la tordue » se réfère évidemment à Jean de La Fontaine ; « Lampedusa » n’est pas lié à Luigi Piran « Stone » est un hommage au « Milestones » de Miles Davis ; « Ivresse urbaine » évoque les errances d’un homme saoul ; « Convictions à géométrie variable », entendu lors d’un débat politique…

Happy Mood! revisite l’histoire du jazz en accéléré, avec brio et un enthousiasme communicatif : les morceaux, articulés autour de plusieurs tableaux, brassent Dixieland (« Moyenne section »), Free (« Le mièvre et la tordue »), Bop (« Convictions à géométrie variable »), Blues (« Ivresse urbaine »), Latin Jazz (« Music Matador »), Funk (« Funky Town »), Swing (« Moyenne section ») West Coast (« Auprès de mon arbre »), Third-Stream (« Lampedusa »)… Courses-poursuites, dialogues à bâton rompu, foires d’empoigne, cavalcades, contre-chants et jeux d’effets étendus se succèdent au fil des mouvements. Avec ses échanges croisés (« Stone »), son foisonnement de voix (« Le mièvre et la tordue »), ses sections en chœur (« Funky Town »), ses passages expressifs (« Ivresse urbaine »), le septuor sonne souvent comme un grand orchestre, avec Duke Ellington (« Ivresse urbaine »), Charles Mingus (« Funky Town »), voire Oliver Nelson (« Convictions à géométrie variable ») en figures tutélaires. A l’instar des illustres anciens, Ripoche compose des mélodies qui permettent à des solistes venus d’horizons différents de laisser libre-court à leur talent, dans des chorus plus relevés les uns que les autres : du free chambriste de Sclavis au free-bop tendu de Potts, en passant par les envolées énergiques de Tamisier, les discours élégants de Ripoche et l’éloquence profonde de Ferris. Quant à Hall et Goubert, ils forment une section rythmique robuste qui pousse les solistes sans répit, avec d’un côté les walking rapides (« Convictions à géométrie variable »), riffs groovy (« Funky Town »), lignes puissantes (« Le mièvre et la tordue ») et riffs trapus (« Lampedusa ») de la contrebasse et, de l’autre, les chabadas véloces (« Convictions à géométrie variable »), roulements furieux (« Moyenne section »), crépitements (« Stone ») et frappes denses (« Ivresse urbaine ») de la batterie.

Happy Mood! n’a pas volé son titre : dynamiques, joyeux et sans soucis, la musique de Ripoche et de ses comparses est un véritable élixir de bonne humeur !

Le disque

Happy Mood!
François Ripoche
François Ripoche (ts), Steve Potts (as, ss), Louis Sclavis (cl), Geoffroy Tamisier (tp), Glenn Ferris (tb), Darryl Hall (b) et Simon Goubert (d).
Black & Blue – BB1077 2
Sortie le 31 janvier 2020

Liste des morceaux

01. « Moyenne section » (5:41).
02. « Funky Town » (4:24).
03. « Le mièvre et la tordue » (5:44).
04. « Lampedusa » (8:11).
05. « Stone » (6:30)
06. « Ivresse urbaine » (7:32).
07. « Auprès de mon arbre », Brassens (4:38)
08. « Convictions à géométrie variable » (5:00).
09. « Music Matador », Dolphy (2:58).

Tous les morceaux sont signés Ripoche, sauf mention contraire.

11 février 2020

Un hiver chez Igloo Records...

Plus de quarante ans après sa création, le label Igloo Records continue d’enrichir son catalogue et s’impose désormais comme une mémoire du jazz belge contemporain... Voici une sélection de quatre galettes sorties en France depuis le mois d’octobre 2019.










Bahdja - Manuel Hermia & Kheireddine Mkachiche


Explorateur musical à la recherche de nouveaux horizons, Manuel Hermia s’associe au violoniste Kheireddine Mkachiche pour un voyage dans l’univers des musiques arabo-andalouses, indiennes et afro-américaines… Dans Bahdja, qui sort le 7 février 2020 chez Igloo Records, les deux artistes sont entourés du pianiste Zinou Kendour, du bassiste François Garny et du batteur Franck Vaillant.

Mkachiche et Hermia proposent quatre compositions chacun. L’influence des musiques arabo-andalouses transparaît immédiatement dans les mélodies exposées à l’unisson par le bansuri (proche du ney) et le violon (« Passerelles »). Les mélodies s’entortillent dans des lignes sinueuses (« The Smell of The Desert »), se déploient en phrases majestueuses aux intonations médiévales (« Nadrat Mahfoud »), s’envolent dans des tourneries folk (« Kenza »), sont emportées dans des tourbillons proche du klezmer (« Magrhrébine ») ou des boucles virtuoses presque manouche (« Bahdja »)… Questions-réponses pleines de réparties (« Kenza ») et dialogues enlevés (« Rencontre ») s’intercalent entre des chorus mélodieux, dans lesquels chaque instrumentiste prend tout son temps pour développer ses idées. Qui dit musique moyen-orientale, dit rythmes chaloupés, et Bahdja ne déroge pas à la règle : le piano danse (« The Cycle »), la basse maintient une carrure à la fois ferme et entraînante (« Passerelles »), quant à la batterie, elle foisonne et entretient des pulsations vigoureuses (« Bahdja »).

Bhadja n’est pas un simple placage de jazz sur de la musique orientale ou vice-versa, mais bien une symbiose réussie de deux univers musicaux.

Le disque

Bahdja
Manuel Hermia & Kheireddine Mkachiche
Manuel Hermia (sax, bansuri, cl), Kheireddine Mkachiche (vl), Zinou Kendour (p), François Garny (b) et Franck Vaillant (d)
Igloo records – IGL303
Sortie le 7 février 2020
En concert le 19 février 2020 au Pan Piper

Liste des morceaux

01. « Passerelles », Mkachiche (08:35).
02. « Bahdja », Mkachiche (08:58).
03. « Kenza », Hermia (10:29).
04. « Nadrat Mahfoud », Hermia (10:00).
05. « Magrhrébine », Mkachiche (09:45).
06. « The Smell of The Desert », Hermia (09:24).
07. « The Cycle », Hermia (06:30).
08. « Rencontre », Mkachiche (05:28).

Retour à l'hiver chez Igloo Records

7/7 - Houben & Son


Musicien phare du jazz belge, Steve Houben forme un quintet avec son fils, le trompettiste Greg Houben, en 2018, à l’occasion du Marni Jazz Festival. Pascal Mohy au piano (Mélanie De Biasio, Quentin Liégeois, Julie Mossay...), Cédric Raymond à la contrebasse (Antoine Pierre, Toine Thys, Robin McKelle…) et James Wiliams à la batterie (McKelle, Houben…) complètent le combo.

7/7, premier opus d’Houben & Son, sort le 7 février 2020 chez Igloo Records. Au programme, cinq morceaux de Greg, trois de Steve, « The Fall » du pianiste Fabian Fiorini et « Happy Culture », co-signé Fiorini et Houben fils.

Houben & Son propose des mélodies attrayantes (« Camel Ride »), parfois sur un mode thème-riff (« The Fall »), dans une veine « colemanienne » (Ornette pour « Horta ») ou une ballade étirée (« The Benefice of Doubt »). Mohy, Raymond et Williams insufflent des rythmes chaloupés (les rim shot et shuffle de « Free Hand ») inspirés par les îles (« Call ») et font preuve d’un swing à toute épreuve (« Happy culture »). La construction des morceaux reprend la structure thème à l’unisson – solos – thème. Houben père et fils ont des sonorités flatteuses, velouté pour le saxophone, claire et nette pour la trompette, et un savoir-faire évident : questions-réponses dans un style chase (« Camel Ride »), blues convaincant (« Homeboy »), dialogues pimentés (« Someone Is Missing »), chorus au cordeau (« The Fall »… D’ailleurs, côtés solos, Mohy se montre tout aussi entraînant (« Call ») et inspiré (avec Lennie Tristano en filigrane dans « Horta »).

La musique de 7/7 s’inscrit dans la lignée d’un hard-bop moderne et dansant que ne renieraient pas Joe Henderson, Kenny Dorham et toute la bande !

Le disque

7/7

Houben & Son
Steve Houben (as, fl, voc), Greg Houben (tp, voc), Pascal Mohy (p), Cédric Raymond (b) et James Williams (d).
Igloo Records – IGL314
Sortie le 7 février 2020

Liste des morceaux

« Camel Ride », Greg Houben (06:06).
« Someone Is Missing », Greg Houben (06:06).
« Free Hand », Steve Houben (06:06).
« Circular Chant », Steve Houben (06:06).
« Call », Greg Houben (06:06).
« The Fall », Fabian Fiorini (06:06).
« Happy culture », Greg Houben & Fabian Fiorini (06:06).
« The Benefice of Doubt », Greg Houben (06:06).
« Horta », Steve Houben (06:06).
« Homeboy », Greg Houben (06:06).

Retour à l'hiver chez Igloo Records

Positive - Michel Herr


Michel Herr s’est notamment fait un nom aux côtés de Toots Thielemans, qu’il a accompagné pendant une vingtaine d’années. Récemment, comme il le dit lui-même : « j’ai recentré mes activités sur l’écriture ». Positive, qui sort le 6 décembre 2019 chez Igloo records, est une trace discographique de ce travail.

Herr réunit un sextet de haut vol – Bert Joris à la trompette et au bugle, Paul Heller au saxophone ténor, Peter Hertmans à la guitare, Nathalie Loriers au piano, Sam Gerstmans à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie – et un quatuor à cordes – Benoît Leseure et Pierre Heneaux aux violons, Jean-François Durdu à l’alto et Merryl Havard au violoncelle – pour interpréter neuf de ses compositions. La chanteuse sud-africaine Tutu Puoane est également invitée sur « I Think of You ».

Les morceaux d’Herr s’appuient sur des textures sonores à plusieurs niveaux : un arrière-plan avec les cordes (« Second Look »), un cadre rythmique robuste (« String Positive »), des sections qui se croisent dans un ballet de voix, tantôt en chœur, tantôt en contre-chants ou en solo (« The Right Choices? »). Les ambiances passent d’un décor aux accents funky (« The Positive Side »), d’une ballade nonchalante (« Chemistry and Mystery ») ou d’une subtile musique cinématographique (« Pages and Chapters »), à des pièces bop portées par une walking et un chabada irréprochables (« Unexpected Encounters »), ou un scat énergique (« I Think of You »), voire à un blues aux traits épais joué à la guitare (« Modules »).

Dans Positive, Herr propose un post-bop orchestral qui tient davantage du jazz que de la musique de chambre.

Le disque


Positive
Michel Herr
Bert Joris (tp), Paul Heller (ts), Peter Hertmans (g) et Nathalie Loriers (p), avec Sam Gerstmans (b), Dré Pallemaerts (d), Benoît Leseure (vl), Pierre Heneaux (vl), Jean-François Durdu (alto vl), Merryl Havard (cello) et Tutu Puoane (voc).
Igloo Records – IGL308
Sortie le 6 décembre 2019

Liste des morceaux

01. « The Right Choices? » (06:00).
02. « Pages and Chapters » (08:16).
03. « Unexpected Encounters » (09:13).
04. « The Positive Side » (06:43).
05. « I Think of You » (07:07).
06. « Modules » (04:33).
07. « Chemistry and Mystery » (06:44).
08. « String Positive » (05:37).
09. « Second Lock » (08:16).

Tous les morceaux sont signés Herr.

Retour à l'hiver chez Igloo Records

Looking Forward - MEQ

Cela fait une dizaine d’année que la pianiste belge Eve Beuvens et le saxophoniste suédois Mikael Godée ont formé le Mikael – Eve – Quartet, avec Magnus Bergström à la contrebasse et Johan Birgenius à la batterie. Ils ont auto-produit un premier disque en 2013 et sortent Looking Forward chez Igloo Records le 11 octobre 2019.

Beuvens et Godée se partagent les dix morceaux, avec une grande affinité de composition. Des thèmes contemporains (« Aaron »), dans un style musique de chambre (« The Thing I Wish to Say Is This »), d’une modernité raffinée (« Lacy ») et d’une subtilité délicate (« Did You Find Happiness ? ») sont développés par le quartet en toute intimité. Beuvens laisse libre-court à son lyrisme et, entre deux développements élégants, s’autorise une envolée bop (« Tycho ») ou « tristanienne » (« How Do You Do? »). C’est également tout en souplesse que Godée déroule des phrases mélodieuses (« Summer 2017 »), parfois éthérées (« Nothing To Declare »), mais sans jamais être mielleuses. Bergström et Birgenius mettent leur sens musical au service des solistes : contrepoints habiles (« Aaraon »), motifs entraînants (« Le Bruly »), régularité rythmique (« My T.T.T. »), lignes sobres (« Did You Find Happiness? »)…

A l’instar de la pochette du disque, une digue qui s’évanouit dans la brume, Looking Forward dégage une atmosphère de plénitude et de sérénité, non empreinte d’un certain mystère…

Le disque

Looking Forward
MEQ
Mikael Godée (ss), Eve Beuvens (p), Magnus Bergström (b) et Johan Birgenius (d)
Igloo Records – IGL296 
Sortie le 11 octobre 2019

Liste des morceaux

01. « Aaraon », Godée (06:44).
02. « My T.T.T. », Beuvens (05:53).
03. « Lacy », Godée (06:07).
04. « Summer 2017 », Beuvens (04:03).
05. « Tycho », Godée (05:15).
06. « Did You Find Happiness? », Beuvens (03:51).
07. « The Thing I Wish to Say Is This », Beuvens (03:56).
08. « Nothing To Declare », Godée (03:31).
09. « Le Bruly », Beuvens (06:38).
10. « How Do You Do? », Godée (06:12).

Retour à l'hiver chez Igloo Records

7 février 2020

In-Pulse 2 – Xavier Desandre Navarre


Après un premier album sorti chez Jazz Village en 2014, le percussionniste et batteur Xavier-Desandre Navarre revient pour un deuxième opus, en compagnie du même quartet : Stéphane Guillaume aux saxophones et à la clarinette basse, Emil Spanyi au piano et Stéphane Kerecki à la contrebasse. In-Pulse 2 sort le 31 janvier 2020 chez Cristal Records.

Les quatorze courtes pièces sont toutes signées Desandre Navarre. La photo du batteur en pleine action qui illustre la pochette du disque est la même que celle du premier volume, mais entourée d’un véritable feu d’artifice de couleurs, prémonitoire du contenu d’In-Pulse 2 !

La musique d’In-Pulse 2 s’appuie sur des thèmes élégants que les musiciens déroulent avec énergie. Si les dialogues du quartet restent dans le langage du jazz, en revanche les ambiances sont marquées par des rythmes ethniques, du Moyen-Orient à l’Amérique du sud en passant par l’Afrique, les Balkans, le blues... Source de dynamisme, ce contraste entre idiome jazz et rythmes du monde est particulièrement savoureux. Comme d’habitude, Desandre Navarre jongle avec une pléthore de percussions aux sonorités plus inouïes les unes que les autres : daf, tongue drum, gongs, carillons, tambours divers et cymbales variées. Des bruissements, tintinnabulements, foisonnements, frottements et autres crissements qu’il tire de ses instruments se dégagent des grooves entraînants en parfaite osmose avec les échanges de ses compères. La contrebasse de Kerecki se fait tour à tour mélodieuse, minimaliste, majestueuse, dansante, sombre, mais toujours avec cette superbe sonorité boisée et ce phrasé musical qui le caractérisent. Spanyi nage comme un poisson dans l’eau : son touché ferme, l’articulation limpide de son jeu et son sens de l’écoute font des merveilles. Il passe d’une conversation avec ses collègues, en contrepoint ou à l’unisson, à un accompagnement fait de suites d’accords subtils, de traits dissonants et de contre-chants astucieux. Quel que soit le biniou, saxophones ou clarinette basse, Guillaume a un son d’une netteté impeccable et montre une grande cohérence dans ses développements mélodiques (belle citation d’« Amazing Grace » dans « Coquelicot »). Il ajoute à ces qualités une mise en place irréprochable et une gestion habile du suspens, avec des montées en tension efficaces.

Dans In-Pulse 2, Desandre Navarre et ses compagnons soignent les quatorze miniatures : le quartet développe habilement des mélodies finement ciselées dans des décors rythmiques bigarrés. Vivement In-Pulse 3 !

Le disque

In-Pulse 2
Xavier Desandre Navarre
Stéphane Guillaume (sax, bcl), Emil Spanyi (p), Stéphane Kerecki (b) et Xavier Desandre Navarre (d, perc).
Cristal Records – CR304
Sorti le 31 janvier 2020

Liste des morceaux
01. « Seeds of Memories » (02:09).
02. « Grass Valley » (06:00).
03. « Mandingo » (05:01).
04. « What a Cool Day » (02:57).
05. « Belly Button » (03:28).
06. « Cool B » (04:31).
07. « In a Water Drop » (01:43).
08. « Clear Lake » (03:02).
09. « Talking to the Moon » (02:51).
10. « Smoking Tree » (04:00).
11. « Procession » (02:49).
12. « Guinea » (02:46).
13. « Raoul » (05:06).
14. « Coquelicot » (03:25).
15. « In the Garden » (03:59).

Tous les morceaux sont signés Desandre-Navarre.