7 juin 2018

Obscurity of Light – Rémy Gauche


Passé par le CIM, les Conservatoires d’Orsay et d’Amsterdam et la New School for Jazz and Contemporary Music à New York, le guitariste Rémy Gauche sort Panamsterdam en 2010, Nature Urbaine en 2013 et Obscurity of Light en avril 2018.

Voilà maintenant plus de six ans que Gauche a formé son quartet avec Thomas Koenig au saxophone ténor et à la flûte, Philippe Monge à la basse et Julien Augier à la batterie.  Pour Obscurity of Light, le quartet invite Pierre de Bethmann sur cinq des neuf titres. Monge signe « One of Dany’s Side » et « On-Off », Koenig propose « Cursives » et Gauche a composé les sept autres morceaux.

Le quartet démontre un goût prononcé pour les belles mélodies (« Cursives »), les développements sinueux (« Inès »), les rythmes entraînants (« Il était une fois au royaume d'0yo ») et une prise de son subtile de la guitare électrique, qui permet de préserver une sonorité d’ensemble plutôt acoustique. Gauche se montre volontiers lyrique, avec des incursions dans le bop (« Climatic Changes »), sans oublier le blues (« Bivouac »). Koenig passe d’une ballade du néo-bop (« On-Off ») à des lignes nonchalantes (« Bivouac) et, à la flûte, il a un jeu à a fois direct et chantant, dans une veine presque « vingtiémiste » (« Dark Song »). Monge et Augier forment une section rythmique dynamique, avec une contrebasse minimaliste (« Cimatic Changes ») groovy (« One of Dany’s Side ») et une batterie puissante (« Bivouac »), parfois binaire (« Dark Song »), qui n’hésitent pas à donner de la walking et du chabada (« Inès »). Le Fender Rhodes apporte une touche vintage (« Dark Song ») et de Bethmann souligne avec tact les chorus (« Il était une fois au royaume d'0yo ») ou déroule des lignes dans une veine post-bop (« La mémoire de l’eau »).

Avec Obscurity of Light, Gauche et son quartet poursuivent leur chemin, pavé de mélodies chantantes, de constructions soignées et d’ambiances fringantes…

Le disque

Obscurity of Light
Rémy Gauche
Thomas Koenig (ts, fl), Rémy Gauche (g), Philippe Monge (b, kbd) et Julien Augier (d), avec Pierre de Bethmann (p, kbd).
Welcome Home – WH1
Sortie en avril 2018

Liste des morceaux

01. « Cursives », Koenig (05:45).
02. « Il était une fois au royaume d'0yo » (05:28).
03. « Climatic Changes » (05:16).
04. « La mémoire de l'eau - Intro » (00:37).
05. « La mémoire de l'eau » (05:42).
06. « Bivouac » (06:33).
07. « Dark Song » (07:04).
08. « Inès » (05:59).
09. « One of Dany's Side - Intro », Monge (00:38).
10. « One of Dany's Side », Monge (04:57).
11. « On-Off », Monge (04:26).

Toutes les compositions sont signées Gauche, sauf indication contraire.

5 juin 2018

Terramondo à l'Auditorium Jean-Pierre Miquel...


Pour clôturer sa cinquième saison jazz, le 26 mai 2018, l’Espace Sorano a programmé le duo Terramondo à l’auditorium Jean-Pierre Miquel, qui affiche complet... Après avoir remercié les équipes et les partenaires, Vincent Bessières, directeur artistique de Jazz à Sorano, nous donne rendez-vous au mois d’octobre pour de nouvelles aventures…

Complices depuis une trentaine d’années, le pianiste Jacky Terrasson et le trompettiste Stéphane Belmondo ont formé le duo Terramondo en 2013, lors du Saint-Emilion Jazz Festival. Trois ans plus tard, en septembre 2016, Mother sort chez Impulse!.


Le programme du concert reprend en grande partie des morceaux du disque : « You Are The Sunshine of My Life » de Stevie Wonder, le saucisson  « Lover Man », « In Your Own Sweet Way » de Dave Brubeck, « Hand In Hand » et « Mother » de Terrasson, « La chanson d’Hélène » de Philippe Sarde (bande originale des Choses de la vie de Claude Sautet), « Les valseuses » de Stéphane Grappelli (pour le film éponyme de Bernard Blier) et « Que reste-t-il de nos amours ? », le tube de Léo Chauliac et Charles Trénet. Le duo joue également « La Marseillaise » et « Caravan », le standard de Duke Ellington, Juan Tizol et Irving Mills.


Terramondo se délecte de ballades intimistes et élégantes (« Hand In Hand »). Les voix se croisent dans des dialogues mélodieux (« Lover Man »), teintés de lyrisme, voire de solennité (« Mother »). Terrasson et Belmondo s’écoutent et se renvoient la balle avec la connivence de deux vieux briscards : des unissons délicats, des contrechants subtils, des questions – réponses raffinées… le tout parsemé de citations, d’allusions (la Marche funèbre de Frédéric Chopin), de clins d’yeux (Mission Impossible), ou encore, de touches folk (« La chanson d’Hélène »), d’accents bluesy (« La Marseillaise »), de traces funky (« In Your Own Sweet Way »), d’accords latinos (« Caravan »)… La musique du duo s’inscrit dans une lignée néo-bop moderne, mais les deux musiciens s’adaptent à tous les styles : du New Orleans, avec le stride de Terrasson et la trompette bouchée avec un verre à pied de Belmondo, qui imite Louis Armstrong (« Les valseuses »), à la musique minimaliste. Le timbre clair et net du piano répond à la sonorité chaleureuse et ronde de la trompette ou du bugle. Le piano assure la pulsation avec des lignes d’accords, des walking (« You Are The Sunshine of My Life »), des pompes (« Caravan »), des riffs et des ostinatos vigoureux, servie par un touché puissant.

Terrasson et Belmondo proposent une heure quarante-cinq d’une musique dense, une conversation personnelle entre deux amis qui se devinent à l'oreille…



2 juin 2018

A la découverte d’Emmanuel Guirguis…


Multi-instrumentiste – guitare, piano, basse, batterie, trompette, saxophone soprano… –, compositeur, enseignant… aussi à l’aise dans la rumba congolaise que la bossa nova ou le jazz, Emmanuel Guirguis a sorti son premier opus en leader, Jazz Flour, le 24 mai 2018. L’occasion de partir à sa découverte…


La musique

J’apprends le piano classique pendant mon enfance, mais ça m'a dégoûté de l'instrument… C’est à l’adolescence que je redécouvre la musique par le biais de la guitare. Je réalise que c’est une aire de jeu incroyable, notamment grâce à l’improvisation. Autour de quinze ans, ma petite amie me fait découvrir le jazz, car elle écoute en boucle Kind of Blues de Miles Davis. Depuis, j’associe inexorablement cet album à des choses très agréables comme le premier amour, la tendresse et le sexe !...

A dix-neuf ans la musique devient mon métier : je joue en concerts et dans les festivals avec le groupe franco-sénégalais Sama Yaay. En parallèle, je suis une formation à l’American School of Modern Music. Mes principales influences restent Davis, Herbie Hancock, Tom Waits, Erykah Badu et Kylie Minogue ! Je poursuis ensuite mon parcours sur scène de façon plus éclectique, en jouant dans des contextes variés : raï, afrobeat, mais aussi blues, funk et chanson…

Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à composer de la musique pour différentes sociétés et médias – Lancôme, Orange, Lancaster, M6… mais également pour des documentaires, comme récemment Thomas Pesquet : l’étoffe d’un héros, diffusé sur Planète+. Enfin, j’ai cofondé La Croche, une association dédiée à la transmission musicale…


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  La liberté !...

Pourquoi la passion du jazz ?  Le jazz est passionnant quand il est surprenant.

Où écouter du jazz ?  Il y tellement de musiques différentes dans le jazz, qu’il peut y en avoir pour tous les moments de la journée ! C’est d’ailleurs le propos de Jazz Flour : le jazz est une farine (flour) avec laquelle nous pouvons cuisiner beaucoup de plats aux saveurs très différentes…      

Comment découvrir le jazz ?  Aller le voir en concert.

Une anecdote autour du jazz ? Je vais être un peu hors sujet, mais pas complètement : j’adore le mythe de Crossroad, lié au bluesman Robert Johnson. Au début de sa carrière, Johnson était un mauvais guitariste. Un jour, il disparaît. Quelques mois plus tard, il réapparaît et il est devenu bon... La rumeur court alors qu’il a vendu son âme au diable en échange de son talent, au croisement d’un chemin (crossroad)... En fait, Johnson a simplement dû travailler son instrument comme un fou !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un éléphant, en référence à la pochette de Jazz Flour,
Si j’étais une fleur, je serais un pissenlit, car il a trois caractéristiques différentes : la fleur jaune, le bouton sur lequel on peut souffler et la feuille qu’on peut manger…




Les bonheurs et regrets musicaux

Le disque Jazz Flour est l’une de mes belles réussites… Comme je suis passionné par le cinéma, je regrette de ne pas avoir encore rencontré un alter-ego réalisateur de films. J’adore les couples réalisateur-compositeur comme l’ont été Alfred HitchcockBernard Herrmann ou Tim BurtonDanny Elfman... Mais bon, il n’est pas trop tard !


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  Kind of Blue, pour les raisons précisées plus haut…

Quels livres ?   Don Quichotte de Miguel de Cervantes, Mon chien stupide de John Fante et En finir avec la cigarette d’Allen Carr, car il faut que j’arrête de fumer !

Quels films ?  La nuit du chasseur de Charles Laughton… Dans Jazz Flour, mon arrangement de « Sometimes I Feel Like A Motherless Child » est un hommage à ce film… Interstellar de Christopher Nolan.

Quelles peintures ?  A peu près tout Edward Hopper et Salvador Dali

Quels loisirs ?  Quand je ne joue pas de la guitare… jouer du piano me détend !


Les projets

Pour 2019, maintenant que le disque est sorti, je voudrais monter Jazz Flour sur scène, en trouvant la manière la plus originale et efficace de produire ce spectacle. Par la suite, je développerai un projet plus minimaliste, en petite formation !...


Trois vœux…

Ça peut paraître basique, mais bon, j’assume mon côté Miss France ! Alors je dirais : la Paix dans le monde…

1 juin 2018

Jazz de chambre au Triton…


Olivier Calmel est présent sur tous les fronts : de la musique classique (Opus 23 – Music For A Gene) aux œuvres pour Brass Band (Créations), en passant par la musique de film, le conte musical (Cinematics), le jazz ([OC Quartet])… Le 25 mai, c’est avec le sextet Double Celli que Calmel se produit sur la scène du Triton.

Calmel commence par former le quintet Cordes Croisés en 2011, avec Aurélien Guyot au violon, Xavier Phillips et Clément Petit aux violoncelles et Jean-Baptiste Perraudin aux percussions. En 2014, Johan Renard, à la place de Guyot, et Frédéric Eymard, à l’alto, rejoignent la formation, qui s’appelle désormais Double Celli. En 2016, Antoine Banville succède à Perraudin derrière les fûts.


Le programme du concert reprend des morceaux du répertoire d’Immatériel, sorti en novembre 2017 chez Klarthe Records. Certaines compositions figurent déjà sur Empreintes ([OC Quartet] – 2007) : « Le Hongrois déraille » (hommage à Béla Bartók), « Epistrophe » (clin d’œil à Thelonious Monk), « Prélude des cinq rameaux » (dérivé d’un prélude du compositeur Roger Calmel, le père d’Olivier) et « Au lever ». « Submergés », pour sa part, a été composé pour le documentaire éponyme sur les inondations de Draguignan, sorti en 2011. « Immatériel », « Pour El Ho » (signé Banville), « Final Opus » et « La générosité n’attend pas » n'avaient pas encore été enregistrés. Quant à « Il Palio », joué pendant le concert, mais pas sur Immatériel, il est tiré de Mafate ([OC Quartet] – 2004).

A première vue, l’instrumentation choisie par Calmel laisse penser que Double Celli juxtapose un trio jazz (piano – violoncelle électrifié – batterie) et un trio à cordes classique (violon – alto – violoncelle), mais à l’écoute, ce n’est pas le cas : il s’agit bien d’un sextet et, en dehors de Phillips, les cinq autres musiciens sont des jazzmen patentés. Double Celli propose du jazz de chambre certes, mais certainement pas du cross-over sirupeux !


Calmel écrit des mélodies élégantes (« Immatériel ») dans un esprit musique contemporaine (« Final Opus ») ou un style début vingtième (« Prélude des cinq rameaux »), dans une veine lyrique (« Submergés »), voire cinématographique (« La générosité n’attend pas »), avec des touches moyen-orientales (« Le Hongrois déraille »). L’architecture des morceaux est soignée : souvent, après une exposition du thème qui évoque la musique classique, la batterie, le piano ou le violoncelle électrique (qui navigue entre basse et soliste) lance le sextet dans des développements énergiques (« Epistrophe »). Les croisements de voix (« Immatériel »), les contrepoints (« Le Hongrois déraille »), les dialogues recherchés (« Pour El Ho »), les unissons virtuoses (« Final Opus »)… tiennent plutôt de la musique classique. Mais le sextet s’appuie sur des rythmes enlevés et une pulsation soutenue venus droit du jazz, avec des pizzicatos frétillants (« Au lever »), des poly-rythmes foisonnants (« Pour El Ho »), des boucles lancinantes (« Epistrophe »), des syncopes chaloupées (Il Palio ») et des riffs entraînants (« Immatériel »). La musique circule d’un musicien à l’autre et les instruments changent de registre au grès des morceaux, sans qu’aucun n’accapare le devant de la scène. Etant donnée la composition du sextet, les textures sonores jouent également un rôle clé dans la musique de Double Celli : contraste entre les cordes pincées, frottées ou frappées, osmose du violoncelle acoustique (quel son ! il faut dire que Phillips joue sur un Matteo Gofriller de 1710…) et du violoncelle électrifié, timbre chaleureux des percussions…

Calmel et son Double Celli explorent les confins du jazz et de la musique contemporaine sans se soucier des frontières, une musique apatride pleine de vitalité et salutaire par les temps qui courent ! Bravo.