28 mai 2018

In Spirit & Tilt à La Dynamo…

Le 17 mai, La Dynamo de Banlieues Bleues propose un double-concert avec un solo de ClaudeTchamitchian et le quartet de Joce Mienniel.


In Spirit

Tous les huit ans, Tchamitchian sort un album en solo ! En 1992, c’est Jeux d’enfants, le premier disque en leader du contrebassiste. En 2010, Another Cmhildhood est publié ches émouvance, label que Tchamitchian a créé en 1994. Quant à In Spirit, il a été enregistré le 12 mars 2018 au Studio 106, pendant l’émission A l’improviste, mais la date de sortie du disque n’est pas encore annoncée...

Pendant le concert à La Dynamo, Tchamitchian joue trois des quatre parties d’In Spirit. Le musicien commence par expliquer la genèse du projet : il rappelle qu’il pratique le solo depuis pas mal d’années, mais qu’à la différence de ses précédentes expériences, cette fois, il a « entendu » la musique qu’il voulait jouer à l’avance. Comme Tchamitchian constate que sa contrebasse ne lui permet pas d’arriver à traduire ce qu’il a entendu, il décide d’en changer. Anne Jenny-Clark lui propose alors l’une des deux contrebasses de Jean-François Jenny-Clark, la deuxième étant jouée par Jean-Paul Céléa. In Spirit reflète donc la musique qui lui est d’abord venu à l’esprit, mais c’est aussi un hommage à la mémoire de Jenny-Clark.

Dans la première partie, Tchamitchian met à l’honneur le gros son grave et boisé de la contrebasse avec un premier tableau minimaliste à base d’ostinatos, puis de roulements qui s’accélèrent pour déboucher sur une ligne rythmique rapide parsemée de slap. Le deuxième tableau, à l’archet, évoque une sorte de « bruitisme industriel » : les ricochets de l’archet sur les cordes produisent un vrombissement de machine dont l’intensité croît et décroît. Une mélodie-riff sombre, suivie de contrechants rapides joués en pizzicato constituent le dernier tableau. Pour la deuxième partie, Tchamitchian fait appel à une technique de jeu plutôt inhabituelle avec deux archets : un archet joue un bourdon, tandis que le deuxième déroule une mélodie fragile aux accents moyen-orientaux, avec une sonorité qui rappelle un peu une vièle. Tchamitchian joue également avec les dissonances et les contrastes d’ambitus. Il conclut la deuxième partie avec un passage rapide, construit sur des séries de contrepoints. La troisième partie commence par des questions – réponses entre des notes cristallines aigues et une pédale grave, puis s’envole sur une mélodie élégante portée par un ostinato groovy, joué en contrepoint, un peu comme une basse continue.

Seul avec sa contrebasse, Tchamitchian arrive à créer des mouvements d’une grande diversité et leur construction, particulièrement cohérente, tient l’auditeur en haleine de bout en bout.


Tilt #2

En 2016, Mienniel monte le quartet Tilt avec Guillaume Magne à la guitare et au banjo, Vincent Lafont au piano et aux claviers et Sébastien Brun aux percussions. Ils sortent leur premier opus éponyme chez Drugstore Malone, label fondé par le flûtiste. Le concert de La Dynamo présente le deuxième opus de Tilt, qui devrait voir le jour sous peu.

Au programme : quatre compositions signées Mienniel, dont trois sans titre et « Appartement 643 », un hommage à Le Corbusier, puis des lectures libres de la bande originale composée par Michael Nyman pour Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway, « Gazzelloni » d’Eric Dolphy (Out To Lunch! – 1964) et « Money » des Pink Floyd (The Dark Side of the Moon – 1973).


Tilt, c’est d’abord un son de groupe : une texture sonore originale, avec un mélange de sophistication des timbres (notamment la flûte, le banjo, la batterie « préparée » avec ses mailloches…), d’accords électro aériens et de rythmique naturelle. Cette sonorité singulière est aussi le fait de l‘absence de contrebasse et d’une utilisation fréquente des techniques étendues – souffles, clés, voix, piano préparé… – et d’instruments divers : harmonica, sanza, Korg MS20 et autres claviers... Le quartet met aussi l’accent sur les ambiances : une marche funèbre qui tourne à la danse irlandaise (« We Are Hoplessly Nothing… », le premier morceau), un mouvement incantatoire dans une veine africaine (« World Wistle », le deuxième morceau), une danse amérindienne qui se transforme en pièce baroque (« Meurtre dans un jardin anglais »), un développement inspiré par Ennio Morriccone (« Appartement 643 » en hommage à Le Corbusier), une polyrythmie qui passe à de la quasi-dance floor (« Gazzeloni »), des superpositions de riffs heurtés (« Money »)… Tilt possède également une personnalité romantique, avec un caractère parfois sombre (« We Are Hoplessly Nothing… ») et emphatique (« Meurtre dans un jardin anglais »), qui se manifeste clairement dans une chanson onirique (sans titre pour l’instant), véritable pastiche des chants pop psychédéliques de l’époque des pattes d’eph et autres chemises à fleurs...

Jazz, folk, classique, pop, world, électro, musique répétitive… autant dire que Tilt puise son inspiration dans de multiples sources pour proposer un cocktail détonnant !

24 mai 2018

Chamonix 2016 – JohnTone Trio


En 2013, le contrebassiste Johnnny Mariéthoz et le saxophoniste ténor Marcel Sarrasin montent JohnTone Trio, avec Patrick Fellay à la batterie. Le trio sort son Opus I dès l’année de sa création. Après une résidence à la Maison des Artistes d’André Manoukian, au pied du Mont-Blanc, le trio enregistre Chamonix 2016, publié en autoproduction début 2017.

Les onze morceaux au programme sont des compositions originales signées Mariéthoz ou Sarrasin. Chamonix 2016 mise sur une prise de son au plus près des instruments, très naturelle, qui met en relief la sonorité acoustique dur trio. L’instrumentation du JohnTone Trio, l’absence de piano et le parti pris acoustique rappellent évidemment Sonny Rollins.

Simples et habiles, les mélodies se basent tantôt sur des motifs condensés (« Groove Grave »), des formules funky (« 4 à 3 ») ou des ambiances cinématographiques (« Chardon Doux »), tantôt sur des phrases nostalgiques (« Dana », au saxophone soprano) ou des ballades tendues (« Jeanne Telle (live) »). Si les développements du trio s’inscrivent dans une lignée hard-bop, avec son lot d’effets dirty (« Andaslavia »), de passages groovy (« What’s up Fred ») et sa vitalité contagieuse (« Triangle des Bermudas »), les musiciens pimentent également leurs propos avec des accents moyen-orientaux (« En Suspens »), quelques embardées free (« What’s up Fred ») ou des questions-réponses avec l’archet (« Before Training »). JohnTone Trio soigne ses rythmes : toujours entraînants (« Groove Grave ») et dansants (« En Suspens »), parfois binaires (« Before Training »), avec un swing affirmé (« 4 à 3 »),  sans oublier les riffs puissants (« What’s Up Fred »), la walking et son chabada (« Chardon Doux ») et le clin d’œil aux calypsos, popularisées par le Colosse du Saxophone (« Bonbon à l’Eucalypso »). Le saxophone ténor tient le rôle-titre, sans jamais jouer les vedettes, et la dynamique du groupe prime sur les exploits individuels. D’ailleurs les solos sont plutôt courts et font presque figures d’intermèdes.

Chamonix 2016 est joyeux et chaloupé, JohnTone Trio se connaît bien, s’amuse bien et ça joue !

Le disque

Chamonix 2016
JohnTone Trio
Marcel Sarrasin (ts), Johnny Mariéthoz (b) et Patrick Fellay (d).
Sortie en février 2017

Liste des morceaux

01. « Triangle des Bermudas », Sarrasin (3:22).
02. « Groove Grave », Mariéthoz (5:26).
03. « Dana », Sarrasin & F Galiñares (3:43).
04. « Before Training », Mariéthoz (4:49).
05. « 4 à 3 », Sarrasin (2:02).
06. « Chardon Doux », Sarrasin (4:57).
07. « En Suspens », Mariéthoz 4:06).
08. « Andaslavia », Sarrasin (6:31).
09. « What's up Fred », Mariéthoz (6:51).
10. « Bonbon à l'Eucalypso (live) », Sarrasin (4:32).
11. « Jeanne Telle (live) », Sarrasin (4:22).

22 mai 2018

Onze Heures Onze Orchestra au Studio de l’ermitage…


Formé en 2014 par Alexandre Herer (claviers), Olivier Laisney (trompette) et Julien Pontvianne (saxophone ténor et clarinette), le Onze Heures OnzeOrchestra ne chôme pas : en septembre 2017, il se produit au Studio de l’Ermitage dans le cadre du festival Jazz à la Villette pour la sortie de leur Volume 1… Et rebelote le 11 mai 2018 pour le Volume 2 !

En dehors de Joachim Govin, tous les musiciens du Volume 2 ont répondu présents : Franck Vaillant et Thibault Perriard à la batterie, Florent Nisse à la contrebasse, Stéfan Caracci au vibraphone, Johan Blanc et Michel Massot au trombone (ou au tuba pour le deuxième), Stéphane Payen et Denis Guivarc’h au saxophone alto, et Magic Malik à la flûte et au chant pour les deux morceaux qui clôturent le concert.

L’orchestre joue des morceaux tirés du répertoire des deux volumes et poursuit sa route le long de la musique contemporaine. Steve Reich, Maurice Ohana, Isaac Albeniz, György Ligeti, Conlon Nancarrow, Edgar Varese, Olivier Messiaen, Morton Feldman… s’invitent à la fête, le plus souvent en filigrane. Les deux sets commencent d‘ailleurs par des œuvres contemporaines interprétées par le duo Les Discordantes. C’est d’abord la percussionniste Amélie Grould qui joue « Having Never Written a Note For Percussion (for John Bergamo) », œuvre composée par James Tenney, en 1971 : sur la mezzanine du Studio de l’Ermitage, les vibrations du gong croissent progressivement en intensité, du pianissimo au fortissimo, avant de décroître dans un mouvement continu jusqu’à retrouver le pianissimo initial. La saxophoniste Safia Azzoug enchaîne ensuite sur « Tre pezzi per sassofono », écrites par Giacinto Scelsi en 1956. Les trois pièces sont imbriquées : après un démarrage lent et mystérieux, ponctué de sauts d’intervalles et de quelques accents médiévaux, le soprano égrène une belle mélodie étrange… Quant au duo qui introduit le deuxième set, il s’inscrit dans la musique répétitive et l’esprit de Terry Riley (« A Rainbow In Curved Air ») plane au-dessus de cette composition signée Pontvianne : les pédales du soprano d’Azzoug s’immiscent dans les boucles du vibraphone de Grould et l’ensemble évolue par petites touches, puis débouche sur un passage minimaliste.


Le Onze Heures Onze Orchestra attaque la première partie avec « Proverb » de Reich, arrangé par Herer. Sur une rythmique solide, des nappes d’accords au clavier et un riff de vibraphone, les soufflants juxtaposent leurs voix dissonantes et Laisney s’envole dans un chorus tendu. Caracci a écrit « Densité 11.11 » (évidemment !) à partir du « Densité 21.5 » de Varese. Ce morceau ludique démarre avec Massot, qui souffle et crie dans son tuba bouché, sur une rythmique minimaliste, avant que l’orchestre entre en jeu petit à petit et qu’Herer prenne un solo à base de clusters et de motifs économes dans une lignée free contemporain. La « Fanfare pour Denis » (Guivarch’) de Payen, inspirée par Ligeti et Nancarrow, commence par un cri d’oiseau à l’unisson et s’oriente vers un concerto déchaîné pour saxophone alto, porté par un accompagnement touffu. Signé Vaillant, « Raja » est un morceau soigné et plutôt méditatif. A contrario, « Kung Fu 37 », écrit par Guivarch’ à partir de modes développés par Messaien, foisonne et se base sur des questions – réponses entre tous les instruments.


C’est avec l’« Autoportrait » d’Alban Darche, mélange d’Ohana et d’Albeniz, que débute la deuxième partie. Sur une rythmique puissante, le saxophone alto brode des lignes impétueuses, tandis que les chœurs rappellent une fanfare. Laisney a cherché chez Messiaen les racines d’« Arcane 4 ». Après des contrechants du tuba et du vibraphone, des mouvements des soufflants à l’unisson et un chorus sombre de la contrebasse, le morceau décolle sur un rythme quasiment funky. Malik rejoint l’orchestre pour « From Crippled Symmetry », un arrangement d’Herer de la pièce éponyme de Feldman. Les développements en suspension de la flûte, puis du saxophone alto, sur les ostinatos étirés des chœurs et les notes éparses du piano contrastent avec la rythmique entraînante. L’orchestre enchaîne avec « XP32 » de Malik : son chant, entre blues et incantations africaines, est particulièrement expressif, avec son lot de cris, passage en voix de tête et autres effets expressionnistes.


Dans Volume II, « Little Thing To », morceau dansant aux accents orientaux et bop, de Payen, et « Study For Player Piano N°20 », une transcription par Pontvianne de l’étude éponyme de Nancarrow, constituée d’alternances d’échanges minimalistes et de contrepoints recherchés, viennent compléter le programme. A noter la prise de son et le mixage impeccable du disque.

Fanfare contemporaine, le Onze Heures Onze Orchestra réussit à présenter un propos complexe sous une forme séduisante : les structures musicales sophistiquées s’appuient sur une rythmique charnelle.

Le disque

Vol II
Onze Heures Onze Orchestra
Olivier Laisney (tp), Julien Pontvianne (cl, ts), Stéphane Payen (as), Denis Guivarc’h (as), Johan Blanc (tb) ou Michel Massot (tb, tu), Stéfan Caracci (vib), Alexandre Herer (p, org), Joachim Govin ou Florent Nisse (b) et Franck Vaillant ou Thibault Perriard (d), avec Magic Malik (fl).
Onze Heures Onze – ONZ027
Sortie en mai 2018



Liste des morceaux

01. « Little Thing To », Payen (5:32).                       
02. « Densité 11.11 », Caracci (5:41).                     
03. « From Crippled Symmetry », Herer (8:04).                 
04. « Arcane 4 », Laisney (7:32).                 
05. « Study For Player Piano N° 20 », Pontvianne (6:20).
06. « Kung Fu 37 », Guivarch’ (5:48).
07. « XP32 », Malik (6:06).

4 mai 2018

Quint’Up au Triton…



Mario Canonge et Michel Zenino se produisent le 13 avril au Triton pour célébrer la sortie de leur disque Quint’Up.


Inséparables et infatigables, Canonge et Zenino animent depuis une dizaine d’années une jam session hebdomadaire au Baiser Salé. Pour enregistrer une musique dans la lignée de leurs bœufs du mercredi, ils ont formé un quintet avec le trompettiste, flûtiste et guitariste américain Josiah Woodson, le saxophoniste cubain Ricardo Izquierdo et le batteur Arnaud Dolmen. Quint’up sort en mars 2018, chez Aztec Music, et le répertoire a été composé par Canonge et Zenino.


Après une séance d’accordements et d’ajustements des timbres, le concert démarre dans un esprit bop : thème à l’unisson, succession de chorus et reprise du thème. Le public est joyeux et l’ambiance se rapproche davantage du club que de la salle de concert. « Bréhec », une belle plage de Plouha dans les Côtes d’Armor, pas très loin de Paimpol, commence dans un tohu-bohu évocateur, avant de partir dans un chœur nonchalant et mélodieux, empreint de touches des Caraïbes. « Room 150 » évoque Art Blakey et les Jazz Messengers : après le thème-riff exposé d’une même voix, les solistes développent avec énergie leurs idées sur une walking et un chabada dynamiques. « Ames sœurs » est davantage lyrique avec une introduction touchante de Canonge, un solo relax d’Izquierdo et une intervention plus bop de Woodson. « Not Really Blues » est un morceau up tempo tout à fait dans la lignée du hard-bop : walking et chabada rapides et vifs, trompette et saxophone ténor fougueux, piano pétulant qui glisse des nuances caribéennes. Ainsi s’achève le premier set.


Dans Quint’Up Canonge et Zenino proposent un hard-bop aux fragrances caribéennes, dynamique et joyeux.



A la découverte de Fred Pasqua…


Le 25 mai Fred Pasqua sera au Sunset pour présenter Moon River, premier disque sous son nom, qui sort sur le label Bruit Chic. L’occasion de découvrir un batteur passionné…

La musique

Plusieurs étés de suite, ma mère et son ami allaient dans les bals pour danser… Je devais avoir six ou sept ans… Et lorsque j’ai vu une batterie pour la première fois, mais surtout entendu le son qui en sortait, j’ai tout de suite flashé… Un flash pour la vie ! Je me mettais derrière la scène et j’observais, j’écoutais... J’étais vraiment fasciné par cet instrument !

J’ai commencé par l’apprentissage des percussions classiques au conservatoire de Salon de Provence. Il y avait une harmonie dans laquelle je pratiquais les timbales chromatiques et quelques petites percussions. Avec le temps, je suis passé à la batterie. Je ne jouais pas forcément ce qui était écrit sur les partitions, mais respectais la trame des morceaux… J’improvisais déjà beaucoup et j’aimais ça ! Par la suite, j’ai joué dans un groupe de rock, puis un autre et ainsi de suite…

Après ces quelques expériences, j’ai souhaité consacrer ma vie à la musique... J’ai donc rejoint l’école de batterie Nadia et Gilles Touché, à Aix en Provence. J’y ai découvert une méthode de travail, écouté beaucoup de musiciens, étudié des batteurs, bien sûr – Elvin Jones, Christian Vander – et vu beaucoup de concerts….
En parallèle j’ai joué dans plusieurs groupes, pas mal de musique électrique.

Au début des années quatre-vingt, ma Mère avait un disque vinyle de Dave Brubeck et son quartet. Ils jouaient la musique de West Side Story. J’adorais le son de ce disque et l’écoutais très souvent... En fait le jazz est venu à moi comme une évidence : le désir de jouer des choses plus acoustiques, avec un autre son... C’est comme ça que j’ai acheté ma première Gretsch : une batterie défraîchie avec des vieilles cymbales. Et je me suis mis à travailler différemment. Vander, Jones, Tony Williams, Miles Davis, Milton Nascimento, Maurice Ravel… et beaucoup d’autres musiciens m’ont influencé… Aujourd’hui, j’écoute attentivement le batteur, tromboniste, pianiste et compositeur Tyshawn Sorey.

Rencontrer des musiciens tels que Robin Nicaise, Yoni Zelnik, Yoann Loustalot, Sandro Zerafa, Romain Pilon… a également été décisif : ils m’ont donné envie de monter sur Paris ! Maintenant, depuis plus de dix ans, je vis pleinement mes tentations musicales !... Dans de nombreux projets, et je les assume de plus en plus. Tout cela m’a permis d’enregistrer mon premier disque sur le label Bruit Chic avec une formation qui me touche particulièrement : Loustalot, Nelson Veras, Zelnik, Laurent Coq, Adrien Sanchez, Nicaise, Jean Luc Di Fraya… et, désormais, je partage ma vie entre Paris et Marseille…



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  La liberté dans un cadre… C’est un peu comme les saisons d’une série qui défilent : avec plein d’aventures à l’intérieur ! Mais les cadres évoluent et, parfois, les formes peuvent devenir très complexes... Le Jazz est en perpétuel évolution. Dès lors qu’on l’accepte, cette musique offre une grande ouverture sur le monde.

Pourquoi la passion du jazz ?  Cette musique a une longue histoire… Toute une tradition qu’il est impossible de contourner et c’est passionnant !... Plus je vieillis, plus je retourne en arrière… pour mieux avancer ! Par ailleurs, l batterie est liée au jazz et elle a évolué avec cette musique… Ensuite, il y a l’improvisation dans des formes établies, être le plus libre possible dans une histoire… Faire entendre son histoire, s’amuser avec, prendre des risques… C’est d’autant plus passionnant que l’on s’efforce de respecter les codes de cette musique… J’aime ces instants quand les musiciens communiquent bien entre eux, cette sensation de communion quand le groupe est réactif à ce que vous proposez et vice et versa… Quand la musique devient autre chose. Ce n’est plus mécanique, mais plutôt des effleurements entre les instruments, des dynamiques particulières… Il est difficile d’exprimer tout ça ! Il faut chercher et pratiquer dans ce sens pour ressentir ces sensations...

Où écouter du jazz ? Si je veux vraiment écouter du jazz avec attention, ce sera chez moi, sur mon canapé, devant ma chaîne stéréo... Sinon, un peu dans la voiture et, quand je suis en déplacement, au casque…

Comment découvrir le jazz ? Il faut en écouter en club et sur vinyle... Le vinyle, mais pas les rééditions, respectent la couleur du jazz : écoutez Out To Lunch d’Eric Dolphy en CD, puis mettez le vinyle derrière… On gagne tout un spectre de fréquences qui n’existent pas sur CD, notamment pour les cymbales… Le vinyle respecte les dynamiques !... Mais bon, rien de mieux que d’aller voir des concerts, dans les clubs. Si possible dans les petits endroits, où les musiciens jouent acoustique, sans micro... Je n’ai rien contre les festivals, bien sûr, mais le son est souvent « abimé » par les micros, sauf, évidemment, quand les ingénieurs du son connaissent cette musique et savent comment la restituer, sans jamais forcer.

Une anecdote autour du jazz ? Je n’en connais pas vraiment… Sauf celle du contrebassiste Ira Coleman qui m’a dit un jour qu’il avait mis trois mois avant d’arriver à jouer avec Tony Williams : il avait toujours l’impression de se prendre un trente-huit tonnes sur la tête lorsque Tony commençait à jouer… Finalement il avait fini par trouver sa place et il l’a gardée….


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un sanglier,
Si j’étais une fleur, je serais une orchidée,
Si j’étais un fruit, je serais une banane,
Si j’étais une boisson, je serais du vin rouge,
Si j’étais un plat, je serais une omelette berbère,
Si j’étais une lettre, je serais A,
Si j’étais un mot, je serais volonté,
Si j’étais un chiffre, je serais 13,
Si j’étais une couleur, je serais noir,
Si j’étais une note, je serais sol,




Les bonheurs et regrets musicaux

A ce jour mon disque Moon River est mon plus grand bonheur musical ! Je regrette de ne pas savoir écrire correctement la musique et, surtout, de ne pas arriver à  retranscrire tout ce que j’entends, mais je m’y mets…


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  Nefertiti de Miles Davis, Equality: Alive at MPI de Nasheet Waits, Pursuance de Kenny Garrett, Dharma Days de Mark Turner, Black Codes (From The Underground) de Wynton Marsalis, Puttin’ It Together d’Elvin Jones, Unspoken de Matt Brewer, Bill Frisell, Dave Holland, Money Jungle de Duke Ellington, Ella et Louis… et bien d’autres! La liste serait trop longue !

Quels livres ? Les chaussures Italiennes de Henning Mankell.

Quels films ?  Mad Max 1 de George Miller, Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola, Rencontre du troisième type de Steven Spielberg, Sur la route de Madison de Clint Eastwood, La grande évasion de John Sturges, Le Corniaud de Gérard Oury, L’homme de Rio de Philippe De Broca, Three Billboards de Martin McDonagh, Little Big Man d’Arthur Penn

Quelles peintures ? Les peintures de Francis Bacon.

Quels loisirs ? Partir avec ma compagne, découvrir des endroits et s’y perdre… Et se faire des bonnes bouffes avec des bons vins !


Les projets

Tout d’abord, je veux vivre à fond la sortie de mon disque Moon River et pouvoir jouer sur scène autant de fois que possible avec ce groupe… En tant que sideman, je veux continuer l’aventure avec le quartet Lucky Dog, le trio Aérophone de Loustalot et Glenn Ferris, le trio et le quartet de Pilon, Les quatre vents, le quartet de Simon Martineau, un guitariste des plus prometteurs, rejouer avec le saxophoniste Walter Smith III… Et, au mois de mai et Juin, faire une belle tournée en Russie avec le groupe Old And New Song… Sinon, je veux aussi transmettre le peu que je connais... J’ai eu récemment une belle expérience au conservatoire de Bobigny : deux belles journées de travail avec les élèves de la classe de jazz, organisées par le guitariste Maxime Fougères.


Trois vœux…

1. Faire un 2ème disque.
2. Avoir un pied à terre plus grand à Paris que mes quinze mètres carrés actuels... Mais faut pas rêver !
3. Que l’on soit moins « bête » sur cette planète...

2 mai 2018

ONJ – Concert anniversaire 30 ans…


Le 2 septembre 2016 l’Orchestre National de Jazz fête ses trente ans à la Cité de la musique lors du festival Jazz à La Villette. Les dix directeurs artistiques qui se sont succédés depuis 1986 à la tête de l’ONJ sont réunis pour une soirée, pendant laquelle il dirigent chacun une œuvre de leur répertoire de l’époque.

Arnaud Merlin présente la soirée et recueille les impressions sur le vif de chaque chef d’orchestre. Le concert, enregistré et filmé, fait l’objet d’un coffret publié chez ONJ Records en avril 2018, avec un disque, une vidéo et un livret qui retrace l’histoire de l’orchestre à travers les propos de ses différents directeurs rassemblés par Stéphane Ollivier, la composition de l’orchestre pour chaque période, la liste des invités qui ont joué avec l’ONJ, une discographie en image et des photos de Jeff Humbert, prises pendant le concert.

En 1982, Maurice Fleuret, compositeur, musicologue, journaliste et notamment initiateur de la Fête de la musique, rejoint l’équipe de Jacques Lang. Trois ans plus tard, le Ministre de la Culture annonce la création d’un orchestre national de jazz, subventionné par l’Etat. Le 3 février 1986, François Jeanneau dirige la première de l’ONJ au Théâtre des Champs-Elysées. Fleuret a réussi une fois de plus à appliquer le principe qui a toujours dirigé ses actions : « toutes les musiques sont égales en dignité et nous avons à leur égard une égalité de devoir ».

Le disque et le film reprennent les onze morceaux joués pendant la soirée pour former une biographie musicale captivante. L’ONJ, évidemment au grand complet, a invité sept élèves du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et deux de la Norge Musikkhøgskole. Elise Caron et Yael Naim se joignent également à la fête.

A tout seigneur, tout honneur : Jeanneau ouvre le bal avec « Jazz Lacrymogène », un jazz symphonique moderne, avec des superpositions de sections à l’unisson qui ronflent, portés par la rythmique puissante de Sylvain Daniel et d’Eric Echampart. Changement de décor avec « Desert City » d’Antoine Hervé (1987 – 1989) : un minimalisme bruitiste qui joue sur les timbres, flirte avec les musiques de film, courtise le blues et permet à Hugues Mayot de lâcher la bride de son saxophone alto. Claude Barthélemy, le seul à avoir tenu les rênes de l’ONJ à deux reprises (1989 – 1991 et 2002 – 2005), propose « Real Politik ». Un jazz-rock free dynamique qui met en avant Théo Ceccaldi. Denis Badault (1991 – 1994) rend hommage aux quelques cent cinquante musiciens qui ont participé à l’ONJ depuis sa création, mais aussi au guitariste Lionel Benhamou, disparu prématurément en 1995 : Caron interprète le magistral « A plus tard », qui navigue entre musique contemporaine et musique médiévale. « In Tempo », de l’album éponyme enregistré par Laurent Cugny (1994 – 1997), a des allures de concerto pour violon, avec un Ceccaldi entre tradition et modernité… et Cugny de paraphraser Claude Debussy à propos du Sacre du Printemps pour illustrer le rôle de l’ONJ, qui permet de faire « de la musique de sauvage avec tout le confort moderne ». Didier Levallet (1997 – 2000) prend la suite avec « Out Of », morceau dans un esprit hard bop qui donne l’occasion à Jules Jassef (trompette), Raphael Olivier Beuf (guitare) et Kristoffer Alberts (saxophone ténor) de s’exprimer sur une walking et un chabada confortables. Paolo Damiani (2000 – 2002) introduit « Argentiera » avec beaucoup d’élégance, puis Ceccaldi développe une belle mélodie cinématographique, reprise au saxophone soprano dans une veine lyrique tendue par Alexandra Grimal. Barthélemy revient  sur scène pour « Oud Oud ». Après un duo de toute beauté entre le bugle de Fabrice Martinez et l’oud de Barthélémy, le moreau s’emballe sous l’impulsion de Mayot et de Grimal pour se conclure sur un final luxuriant. Animée par le vibraphone de Franck Tortillier (2005 – 2008), la « Valse 2 » navigue entre swing et jazz-rock, avec un chorus enlevé de Luca Spiler au trombone. Changement de décor avec Daniel Yvinec (2008 – 2013) qui confie à Naim l’interprétation de « Shipbuilding », romance pop composée par Elvis Costello et Clive Langer pour Robert Wyatt. Le concert s’achève sur « Paris V » d’Olivier Benoît (2014 – 2018) : une rythmique rock et minimaliste très contemporaine soutient Mayot et ses envolées débridées. Un concert qui permet de survoler la diversité créatrice des chefs qui se sont succédé à la tête de l’ONJ.

A la suite de la vidéo du concert, le DVD propose des entretiens avec les chefs d’orchestre qui éclairent les orientations de l’ONJ. Ollivier leur a posé trois questions. La première porte sur les origines : « vos trois plus fortes influences en matière de Big Band ? » Cité par six des dix directeurs de l’ONJ, Gil Evans arrive largement en tête, devant Duke Ellington. Sont également nommés plusieurs fois : Count Basie, Charles Mingus, Joe Zawinul, Thad Jones, Quincy Jones, Django Bates, Mathias Rüegg et Frank Zappa. Quant aux autres orchestres et musiciens qui sont évoqués : le Grand Lousadzak de Claude Tchamitchian, Mel Lewis, Patrice Caratini, Chris McGregor, Kenny Wheeler, l’AACM et Henry Threadgill, John Hollenbeck… La deuxième question porte sur la constitution de l’orchestre : « par quel instrument avez-vous commencé le casting des musiciens de l’orchestre ? ». La section rythmique reste la clé de voute de l’orchestre pour la plupart des directeurs et, même si la couleur de l’orchestre ou la singularité du son s’avèrent importants, le choix des hommes prime sur les instruments. Enfin, la troisième question s’attache au futur de l’orchestre : « comment imaginez-vous le prochain ONJ ? ». Tous s’accordent sur l’intérêt d’une telle initiative, comparée à la Villa Médicis du jazz par certains, et la plupart souhaite qu’elle reste un laboratoire pour grands orchestres, de vingt musiciens voire plus. Avoir un chef d’orchestre qui change régulièrement, peut choisir son orchestre sans contrainte, créer des répertoires en toute liberté, regrouper des musiciens en phase avec leur époque, mais ouverts sur différents styles, réunir une équipe d’artistes qui inventent des choses nouvelles ensemble, mais qui jouent aussi leur musique avec leurs propres formations… voici les vœux des anciens pour la relève ! Sans oublier Bathélemy qui aspire à une parité féminin – masculin et Badault qui souhaite une femme à la tête de l’ONJ.

Autant de chefs d’orchestre que de directions artistiques, avec toujours une réelle volonté d’innover : l’ONJ est sans doute une « exception culturelle française », mais quelle chance que de pouvoir se permettre le luxe d’un orchestre qui peut s’exprimer « libre, largement très bien » !

Le coffret

Concert anniversaire 30 ans
Orchestre National de Jazz
ONJ Records – ONJ 464444
Sortie en avril 2018

Liste des morceaux

01. « Jazz Lacrymogène », Jeanneau (4:34).
02. «  Desert City », Hervé (4:32).
03. « Real Politik », Barthélemy (4:13).
04. « A plus tard », Badault (9:29).
05. « In tempo », Cugny (5:16).
06. « Out Of », Levallet (5:47).
07. « Argentiera », Damiani (8:20).
08. « Oud-Oud », Barthélemy (6:38).
09. « Valse 2 », Tortiller (6:17).
10. « Shipbuildng », Costello, Langer & Yvinec (5:15).
11. « Paris V », Benoît (5:34).

La vidéo

01. Concert (1:42:00).
02. Interviews
- François Jeanneau (2:51).
- Antoine Hervé (2:32).
- Claude Barthélemy (3:03).
- Denis Badault (3:10).
- Laurent Cugny (3:30).
- Didier Levallet (2:56).
- Paolo Damiani (3:18).
- Franck Tortiller (3:18).
- Daniel Yvinec (3:31).
- Olivier Benoît (2:44).