18 avril 2019

Aux Ronds-Points des Allumés du Jazz – Le disque…


Le 13 avril, à l’occasion du Disquaire Day, Les Allumés du Jazz ont publié la revue Aux Ronds-Points des Allumés du Jazz qu’ils ont accompagné d’un trente-trois tours car, comme le souligne Jean Rochard, «  ce que les membres des Allumés du Jazz aiment faire, ce sont des disques, alors, en toute logique, joignons la musique à la parole »…

La pochette du disque reprend l’illustration de la couverture de la revue (ou inversement…) et elle est l’œuvre de Nathalie Ferlut. Au programme, six morceaux enregistrés début 2019 sur les idées qui ont germé lors des rencontres d’Avignon en novembre 2018.

Tout commence par un rap engagé et endiablé ! L’1consolable scande « Changez de disque » accompagné par Les damnés du skeud, un orchestre de vingt-neuf musiciens réunis pour l’occasion et tous liés de près ou de loin aux Allumés du Jazz. Le chant déplore la disparition progressive des disquaires, fustige les enseignes de la grande consommation, dénonce l’exploitation des artistes par les majors et les plateformes d’écoute en ligne, pourfend la dictature de l’argent et rend hommage à tous ceux qui résistent. En arrière-plan l’orchestre soutient la voix, en chœur ou avec des contre-chants.

Le JCAO et ses onze musiciens proposent « 7 janvier ». Après un unisson solennel sur une section rythmique intense, quasiment un requiem, les pépiements de la flûte de Michel Edelin s’envolent en toute liberté. Les chorus, les chœurs et les dialogues sont soutenus par les ostinatos des soufflants et une rythmique puissante. Il y a certes une ambiance de fanfare, mais toujours empreinte de majesté, l’un des traits de l’écriture de Rémi Gaudillat.

Xavier Garcia présente « Sur la route des Allumés », un collage musical avec des extraits de morceaux tirés de disques enregistrés par des formations amies des Allumés du Jazz. Les bruitages, jeux rythmiques, combinaisons de styles – pop, world, jazz, musique contemporaine, électro… – et autres juxtapositions mélodiques, créent un patchwork sonore envoûtant.

Les Martine’s – Anne Mars et Richard Maniere – invitent le bandonéoniste Tristan Macé pour « Par les temps qui courent ». Une introduction mélodieuse laisse la place à une série de vocalises rythmiques et d’ostinato de la guitare. Dans une atmosphère mystérieuse, riffs et accords feutrés accompagnent la voix dans ses déclamations et son chant.

« Les travailleurs du disque dans le miroir des allumettes », titre désabusé s’il en est, donne l’impression de regarder un film sans images : craquements, sonneries, sifflements, notes cristallines… servent de décor aux propos du saxophone ténor de Sylvain Rifflet, cow-boy solitaire devant son feu, au milieu de la nuit ! Jean-Jacques Birgé réussit un morceau particulièrement expressif et amusant.

Le Collectif Ishtar verse dans la musique contemporaine, avec une succession de discours, conférences, textes récités… sur le crissement des percussions et les interventions impromptues des instrumentistes. Même si l’influence du cinéma est évidente, « Des airs cultes (en sabots) » n’en reste pas moins un essai avant-gardiste.

La « Fonderie Topophonographique » remet la fanfare au premier plan. Dialogues déjantés, petites phrases courtes et vives, questions – réponses énergiques… débouchent sur des échanges bruitistes – hululements, caquètements, souffles, bruissements, crépitements… – d’un expressionnisme exacerbé.  

Aux Ronds-Points des Allumés du Jazz : un microsillon, une galette, un vinyle, « un album en forme de rond-point qui aurait des oreilles de 33 tours »… Un manifeste pour la liberté, l’égalité et la fraternité… des valeurs à défendre absolument, avec ou sans gilet jaune !

Le disque
Aux Ronds-Points des Allumés du Jazz
Collectif (voir liste des musiciens plus bas)
Les Allumés du Jazz – ADJ005
Sortie le 13 avril 2019

Liste des morceaux

Face 1

01. « Changez de disque », L’1consolable et les damnés du skeud (7:36).
02. « 7 janvier », Jazz Composers Allumés Orchestra (13:03).

Face 2

01. « Sur la route des Allumés », Xavier Garcia (8:53).
02. « Les travailleurs du disque dans le miroir des allumettes », Jean-Jacques Birgé (4:07).
03. « Des airs cultes (en sabots) », Collectif Ishtar (2:28).
04. « Fonderie Topophonographique »,  Le Fondeur de Son (4:01).

Les musiciens

L'1CONSOLBALE ET LES DAMNES DU SKEUD
L’1consolable (rap, esquisse originelle, tempo), Alfred Cat (réalisation cubique), Sylvain Kassap (clarinette basse), Christiane Bopp (trombone), Géraldine Laurent (saxophone alto), Tony Hymas (clavier basse), Etienne Gaillochet (batterie), Laurent Rochelle (clarinette basse), Ève Risser (accordéon), Antonin-Tri Hoang (accordéon), Catherine Delaunay (clarinette), Jean-Brice Godet (clarinette basse), Nathan Hanson (saxophone soprano), Tony Hymas (piano), François Corneloup (saxophone baryton), Pablo Cueco (percussions), Mirtha Pozzi (percussions), (Hasse Poulsen) guitare, Daniel Erdmann (saxophone ténor), Edward Perraud (d), Léo Remke-Rochard (voix, électroniques), Jack Dzik (batterie), Jean-François Pauvros (guitare), Benoît Delbecq (piano), Pascal Van den Heuvel (rire), Jacky Molard (violon), Hélène Labarrière (contrebasse), Janick Martin (accordéon diatonique), Yannick Jory (saxophone soprano) et Serge Adam (trompette électrique).

JAZZ COMPOSERS ALLUMES ORCHESTRA
Géraldine Laurent (saxophone alto), Morgane Carnet (saxophone ténor), Sylvain Kassap (clarinette basse), Michel Edelin (flûte), Rémi Gaudillat (trompette), Serge Adam (trompette), Christiane Bopp (trombone), Loïc Bachevillier (trombone), Jean-Philippe Viret (contrebasse), Samuel Silvant (batterie) et  Bruno Tocanne (batterie).

XAVIER GARCIA
Avec des emprunts joyeux et amicaux à:
La marmite infernale "Goupil" / Album Les hommes maintenant… avec Jean Aussanaire, Guy Villerd, Jean-Paul Autin,, Clément Gibert (anches), Guillaume Grenard (trompette),, Jean-Marc François (cornet), Olivier Bost (trombone), Xavier Garcia (sampler, electronics), Eric Brochard (guitare basse), Jean Bolcato (contrebasse), Christian Rollet,, Alfred Spirli, Michel Boiton (batterie, percussions) LABEL ARFI  // imuZZic Grand(s)Ensemble "Small town agonist " / Album Over The Hills . Composition : Carla Bley - Texte : Paul Haines- Arrangement : Rémi Gaudillat, avec Jean Aussanaire (saxophones), Olivier Thémines (clarinette), Alain Blesing (guitare), Rémi Gaudillat (trompette), Antoine Läng (voix, effets), Perrine Mansuy (piano), Fred Roudet (trompette), Bernard Santacruz (contrebasse), Bruno Tocanne (batterie) LABEL IMR // Les Voyageurs de l’Espace "Moteur" / Album Les Voyageurs de l’Espace. Composition : Didier Petit, avec Didier Petit (violoncelle), Claudia Solal (chant), Philippe Foch (percussions) IN SITU - BUDA MUSIQUE // Samuel Silvant Quartet "De l’autre côté de la voie ferrée" /  Album : De l’autre côté de la voie ferrée . Compositeurs : Philippe Deschepper, Samuel Silvant, avec Olivier Thémines (clarinette), Philippe Deschepper (guitare), Bernard Santacruz (contrebasse), Samuel Silvant (batterie) JU JU WORKS // L’arbre Canapas "Noël" / Album TTTW Compositeur : Guillaume Grenard, avec  Gérald Chagnard (mandoline), Christophe Gauvert (basse), Guillaume Grenard (trompette, cor), Thibaut Martin (batterie, vibraphone), So ane Messabih (saxophones accordéon), Nicolas Pellier (batterie) L'ARBRE CANAPAS // Marc Sarrazy, Laurent Rochelle  "Infra musique #1 : l’homme assis dans le couloir" / Album : Chansons pour l’oreille gauche. Compositeurs : Marc Sarrazy, Laurent Rochelle, avec Marc Sarrazy, Laurent Rochelle (piano préparé à 4 mains)  LINOLEUM RECORD  // Anti Rubber Brain Factory "Kromagnons" / Album : Ask The Dust. Compositeur : Yoram Rosilio , avec Jean-Philippe Saulou (piano électrique), Yann Pittard (guitare), Brenda Ohana (vibraphone, percussions), Yoram Rosilio (basses), Eric Dambrin (batterie) LFSD RECORDS // Christofer Bjurström "Perdu d’avance" / Album : Carnet de croquis d’un voyageur immobile, compositeur : Christofer Bjurström, avec Cécile Girard (violoncelle), Christophe Rocher (clarinette), François Malet (batterie), Christofer Bjurström (piano) MZ RECORDS // Ill Chemistry "Tahrir square everywhere" / Album  Ill Chemistr : auteurs compositeurs arrangeurs : Desdamona, Carnage The Executioner, Mohamed Abozekry, Paul Marino, avec Desdamona (voix), Carnage The Executioner (voix, beatbox), Mohamed Abozekry (oud) NATO - HOPE STREET  // Dominique Pifarély "Décembre"  Inédit Dominique Pifarély (violon) POROS EDITION //  Big Band Quoi de neuf docteur  "Andante Cantabile" / Album  À l’envers. Compositeurs : Serge Adam, Jean-Louis Chautemps, Benjamin Henocq, avec  Philippe Botta (saxophone), Gilles Miton (flûte), Charles Schneider, Gilles Miton, Guillaume Orti, Jean-Louis Chautemps, Philippe Botta, Philippe Sellam (anches), Serge Adam, Bruno Krattli, Claude Egéa, Claus Stötter, Georges Beckerich, Peter Volpe (trompettes), Damien Verherve, Daniel Casimir, Denis Leloup, Geofroy De Masure (trombones), François Thuillier (tuba), Benoît Delbecq (piano), Hubert Dupont (contrebasse), Benjamin Henocq (batterie), Annick Tangorra (chant)  QUOI DE NEUF DOCTEUR // Mirtha Pozzi, Pablo Cueco "Tôle et galets" (Inédit) Mirtha Pozzi et Pablo Cueco (percussions)  TRANSES EUROPEENNES // Hubert Dupont « Pendulair »/ Album : Smart Grid. Compositeur : Hubert Dupont , avec Denis Guivarc’h (saxophone alto), Yvan Robilliard (piano), Pierre Mangeard (batterie), Hubert Dupont (contrebasse) ULTRABOLIC - UTRACK // Denis Fournier, Denman Maroney "Celestial Light" / Album : Intimations avec Denis Fournier (batterie, percussions), Denman Maroney (hyperpiano) VENT DU SUD

LES MARTINE'S ET TRISTAN MACE
Anne Mars (voix), Richard Maniere (guitare) et Tristan Macé (bandonéon).

Collectif ISHTAR
Benoît Cancoin (contrebasse), Nicolas Desmarchelier (guitares acoustique et électrique), Cyril Darmedru (synthétiseurs analogiques), Eddy Kowalski (saxophone soprano), Xavier Saïki (guitare électrique), Tony Di Napoli (lithophone), Olivier Toulemonde (conférence archéomusicale),  avec les voix de Sylvain Nallet, Gérald Chagnard, Lætitia, Pauget, Hélène Peronnet, Jules Toulemonde et la participation exceptionnelle de Gérard Authelain.

FONDEUR DE SON
Florent Dupuit (saxophone ténor), Nicolas Souchal (trompette), Niels Mestre (guitare), Stef Maurin (guitare), Yoram Rosilio (contrebasse).

15 avril 2019

Sur le quai en avril…


Seul à la barre de Jazz à bâbord, il n’est malheureusement pas toujours possible d’embarquer tous les disques qui veulent lever l’ancre chaque mois ! Voici ceux qui sont sur le quai en avril…

Pour Barbara
Guillaume de Chassy (p)
NoMadMusic – NMM059
Sortie le 5 avril 2019








Warm Canto
Leïla Martial – Baa Box
Leïla Martial (Voc), Pierre Tereygeol (g, voc) et Eric Perez (d, voc)
Laborie Jazz – LJ48
Sortie le 12 avril 2019






  
Musica sin fin
Mario Stantchev (p)
Sortie le 19 avril 2019








… Et autres chants d’oiseaux
Michel Mandel (cl), Guillaume Roy (alto), François Raulin (p, m’bira), Pascal Berne (b) et Jean-Marc Quillet (acc, percu).
Sortie le 25 avril 2019








Sea of Red
Naïma Quartet
John Owens (g), Jules Le Risbé (p), Naïma Girou (b, voc) et Thomas Domene (d)
NaïmaQuartet – NQ2/1
Sortie le 26 avril 2019







Music Is???
The Golden Gate Quartet
Frank Davis (voc), Michael Robinson (voc), Thierry François (voc) et Paul Brembly (voc)
10H10 – 10H-24
Sortie le 26 avril 2019







Farangi
Claire Antonini (théorbe) et Renaud García-Fons (b)
e-motive – EMO 191
Sortie le 26 avril 2019







Cosmic Dream
David Prez (ts), Vincent Bourgeyx (p), Matt Penman (b) et Obed Calvaire (d)
Sortie le 26 avril 2019

14 avril 2019

La revue Aux ronds-points des Allumés du Jazz...


Le samedi 13 avril 2019 se tiendra le neuvième Disquaire Day. A cette occasion Les Allumés Du Jazz (LADJ), association de producteurs phonographiques indépendants formée en 1995, sort la revue Aux Ronds-Points des Allumésdu Jazz, qui se présente comme le hors-série n°37 bis du journal LADJ, daté d’octobre 2018.


« Vendue au prix de cinq euros, ce qui n’est pas trop choquant », la revue compte cent vingt-deux pages en couleurs, sans la moindre publicité… Pour dix-huit euros de plus, Aux Ronds-Points des Allumés du Jazz est accompagné d’un « album en forme de rond-point qui aurait des oreilles de 33 tours ». Comme l’indique le sous-titre, « Suit aux rencontres d’Avignon », la revue reprend, entre autres, des articles et des interventions tirées des débats « Enregistrer la musique, pour quoi faire ? », organisés les 6, 7 et 8 novembre 2018. Une cinquantaine de rédacteurs, une vingtaine d’illustrateurs et une douzaine de photographes se penchent sur des thèmes aussi divers que l’enregistrement, les collectifs, la critique, le numérique, l’image, le son, la production, les métiers du disque, l’autoproduction, l’artisanat, les aides… Les textes sont plutôt courts (une à deux pages, à de rares exceptions près) et abordent la plupart des sujets sur le ton du journalisme, mais aussi sous forme de contes (Pablo Cueco, Saturnin Le Canard, Pascal Bussy…) ou de poèmes (Jean Rochard, Cyril Darmedru et Anne Mars).

Enregistrer la musique pour quoi faire ? est vu à travers une nouvelle onirique de Cueco, des réflexions de P.-L. Renou et des textes aux accents pamphlétaires de Rochard et Gontran de Mortegoutte, qui reviennent sur le mouvement des gilets jaunes et le ras-le-bol d’une partie de la société. Une photo symbolique en pleine page de Patrice Azevedo et Hans Lucas reflète d’ailleurs l’Acte IV des Gilets Jaunes, à Paris, Place de la République, le  8 décembre 2018. De son côté, Guy Girard s’est amusé à prendre en photos des ronds-points insolites... Toujours au chapitre des actes de résistance, l’incontournable Guy Le Querrec présente la photo d’une manifestation au stade Charléty en mai 1968 : au premier plan, devant la foule des manifestants, un couple statufié s’embrasse tandis que l’homme brandit un drapeau à deux mains… comme La Liberté guidant le peuple !


Bruno Tocanne lance le débat sur la richesse des collectifs, que Guillaume Grenard poursuit avec un abécédaire amusant. Citoyens du monde et démocratie directe semblent mettre d’accord l’ensemble des rédacteurs. Alexandre Pierrepont s’intéresse aux communautés du jazz à Detroit dans les années soixante, et plus particulièrement au rôle fédérateur de John Sinclair. Toujours dans le volet historique, Christian Rollet revient sur la genèse de l’Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire, des origines – en 1968 au Hot Club de Lyon – à sa naissance officielle, en 1977, via l’Association pour la Nouvelle Musique. Thomas Dunoyer de Ségonzac s’interroge : « qu’est-ce donc que l’aventure collective, si elle ne surgit jamais de rien et n’arrive nulle part ? ». Parmi les fragments de discussions cités, Pierrepont constate avec humour que « quand on est vraiment cool, de nos jours, on ne fait pas juste un groupe de musique, on fait un « collectif de musiciens »… Morgane Carnet raconte ensuite l’aventure du collectif 2035.

Expolio est une suite photographique de Judith Prat sur les mineurs de coltan (minerai de base pour le niobium et le tantale, métaux rare utilisés notamment en électronique) en République Démocratique du Congo. Des photos factuelles, impitoyables et sombres décrivent des scènes quasiment moyenâgeuses. Francis Marmande commente avec acuité le témoignage de cette photojournaliste solidaire : « les images de Judith Prat insistent, résistent, persistent ». Guillaume Pitron fait une intervention passionnante sur le numérique et l’écologie. Il souligne notamment qu’une écoute en ligne est moins polluante que l’achat d’un disque… mais que l’informatique, grande consommatrice de métaux rares, est une source de pollution majeure. Pitron donne quelques exemples édifiants : fabriquer un portable de cent vingt grammes nécessite soixante-dix kilogrammes de matières ; la consommation d’électricité par l’informatique au niveau mondial est identique à celle de la France ; les émissions à effet de serre d’Internet sont équivalentes à deux ans de trafic aérien... Hervé Krief accuse, lui, internet et les smartphones « de détruire le savoir-penser ». Quand il réfléchit sur le streaming, Sophian Fanen constate qu’il s’accompagne d’« une quête effrénée du volume », peu en accord avec des types de musiques comme le jazz…

Dans le chapitre sur la critique, la revue cite judicieusement André Bazin : « la fonction du critique […] [est] de prolonger le plus loin possible dans l’intelligence et la sensibilité de ceux qui le lisent, le choc de l’œuvre d’art »… De son côté, Cécile Even propose une approche poétique et sans jugement, elle veut être « libre de créer une forme écrite qui [lui] ressemble dans l’écoute ». Jacques Denis livre son regard sur son métier de critique et Luc Bouquet raconte avec humour comment il est devenu « jazzcritic ».

Thierry Jousse, Jean-Jacques Birgé et Jean-Louis Comolli décrivent la complexité de mettre la musique en images, car, comme le dit Birgé, « le son est évocateur là où l’image impose sa présence » et « l’image prime toujours sur le son dans la mémoire ». Didier Petit, pour sa part, s’interroge sur la dictature du « teaser ».

Dans son article, « Enregistrer : la troisième révolution de la musique », Guillaume Kosmicki retrace brièvement l’histoire de l’enregistrement musical : l’apparition de l’écriture musicale au VIII-IXe siècle, avec les neumes ; l’Harmonice Musices Odhecaton, première partition imprimée, en 1501 par Ottavio Pettruci ; le phonographe, inventé en 1877 par Thomas Edison ; l’enregistrement de l’Original Dixieland Jazz Band, en 1917 ; et le sampler, « premier instrument de musique reposant entièrement sur la technique de l’enregistrement ». Gérard de Haro revient sur sa profession d’ingénieur du son : « pour moi, une prise c’est un cliché de ce qui vient de se passer ». Quant à Jean-Marc Foussat, il décrit ses convictions : « c’est vraiment ça : moi, mon idée, c’était que la musique était vraiment trop belle et qu’il fallait la rendre… un jour ! ». La conclusion de Michel Dobron est sans appel : « la « révolution numérique » […] n’a eu strictement aucun impact, ni sur ma façon de produire mes albums, ni sur leur coût, ni sur le temps de production, sauf à rogner sur la qualité »… Quelques intervenants partagent leurs expériences de la diffusion dans d’autres domaines artistiques, à l’instar de Patrick Guivarc’h et le cinéma Utopia à Avigon, ou Valérie de Saint-Do pour le livre, à travers les médiathèques, les librairies …

Les labels sont évoqués sous le signe de l’indépendance et de l’artisanat : Simone Hédière commence par rendre hommage aux travailleurs du disque ; Olivier Gasnier et Théo Jarrier réagissent sur la valeur marchande du disque, le capitalisme... ; Nicolas Talbot retrace l’aventure du Petit Label ; Léo Remke-Rochard revient sur la nécessité des petites séries. Dans un ordre d’idées similaire, Nico Nissim, Eve Risser, Alexandre Herer et l’1nconsoable partagent leurs expériences de l’autoproduction.


Les débats s’achèvent sur une analyse du rôle des subventions, animée par Serge Adam, avec Daniel Yvinec, Nadine Verna (Pôle de coopération des Acteurs de la filière Musicale de la région PACA) et Laetitia Zaepffel (l’Atelier du Plateau). Si l’importance du disque est réaffirmée, les interlocuteurs insistent sur l’uniformisation des propositions causée par la concentration de la production sur quelques acteurs, que les aides peuvent, justement, permettre de combattre. Yvinec termine par une note optimiste dans laquelle il espère que « tous les « acteurs du monde du jazz » se sont engagés dans la voie de cette musique par une passion qui n’a que peu à voir avec la gloire, l’argent ou le pouvoir » et que, finalement, comme en musique, la solution à la plupart des problèmes passe par l’écoute : « on y revient toujours, à l’écoute… ». Le débat est conclu par Zaepffel qui défend l’intérêt des subventions.

Comme l’illustre la couverture, signée Nathalie Ferlut, Aux Ronds-Points des Allumés du Jazz tape du point sur la table pour dénoncer une société mercantile où tout n’est que question de prix, classements, promotion, rendement, publicité, consommation… Si les analyses sont évidemment abordées plutôt dans l’environnement de la musique, le message d’alerte, lui, est plus global : que la société ne s’enferme pas dans un système qui menace l’humanité !

10 avril 2019

A la découverte d’Isabelle Seleskovitch


De formation classique, mais attirée par le jazz dès son plus jeune âge, Isabelle Seleskovitch sort About a Date en mars 2019 chez Black and Blue. L’occasion de partir à la découverte de cette chanteuse également active sur les planches…


La musique

Je chante depuis que je suis toute petite… J'ai aussi étudié la flûte à bec et la fûte traversière, mais le chant a toujours été mon instrument naturel. J’ai découvert le jazz très tôt, en chipant les compilations d'Ella Fitzgerald et de Marilyn Monroe dans la chambre de ma grande sœur et en regardant Tex Avery et Walt Disney !...

J’ai d’abord suivi une formation classique : chant lyrique et chœur au conservatoire pendant dix ans. Ensuite, j’ai arrêté la musique quelques années pour me consacrer à mes études supérieures et au théâtre. C’est à Rome, où j’ai vécue de 2008 à 2012, que j'ai recommencé à chanter. J’ai d'abord intégré des groupes informels, puis chanté avec des musiciens professionnels de jazz et de chanson française. Une fois de retour à Paris, je me suis résolument tournée vers le jazz vocal : j'ai fréquenté des jams, rencontré des musiciens, notamment le pianiste Laurent Marode, et fait un passage par la Bill Evans Piano Academy, où j'ai étudié avec Sara Lazarus. Fitzgerald est l’une de mes influences majeures, pas tant pour le scat que pour la précision mélodique et le phrasé... J'ai également beaucoup appris dans des ateliers, des stages et des master-classes de Barry Harris et Ute Lemper. J’ai aussi travaillé avec des coaches vocaux individuels… Actuellement c’est Marie-France Lahore qui me conseille. Sans oublier, bien entendu, de jouer le plus souvent possible : les concerts sont indispensables pour pouvoir avancer…



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La musique qui vous touche droit au cœur et ne vous lâche plus jusqu'à l'obsession…

Pourquoi la passion du jazz ?  Il est à la fois complexe et très accessible, pour l'interprète comme pour l'auditeur. Même s'il intimide, on peut toujours l'aborder par un biais ou par un autre !

Où écouter du jazz ?  Tard le soir au club quand la jam bat son plein ; en voiture avec les copains ; le matin au réveil avec un café chaud ; dans les moments de déprime pour aller mieux tout de suite ; en prenant un bain chaud ; face à la mer…

Comment découvrir le jazz ?  Venir aux concerts et aux jams, écouter les disques des musiciens d'hier et d'aujourd'hui et aller à New-York où le jazz est partout !

Une anecdote autour du jazz ?  Monroe qui soutient Fitzgerald, victime de discrimination raciale, en venant chaque soir assister à ses concerts aux premières loges et assurer le succès du club...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un chat,
Si j’étais une fleur, je serais une rose,
Si j’étais un fruit, je serais une clémentine,
Si j’étais une boisson, je serais un whisky,
Si j’étais un plat, je serais une pasta bien faite, à l'italienne,
Si j’étais une lettre, je serais Y,
Si j’étais un mot, je serais complexe,
Si j’étais un chiffre, je serais 7,
Si j’étais une couleur, je serais rouge,
Si j’étais une note, je serais La,


Les bonheurs et regrets musicaux

Mon dernier album About a Date est l’une de mes joies, et ne pas savoir m'accompagner au piano ou à la guitare, l’un de mes regrets. Mais je vais m'y mettre un jour !...


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  Ella and Louis, Beauty and The Beat! de George Shearing et Peggy Lee, les compiles Shaolin Soul et A Ceremony of Carols de Benjamin Britten.

Quels livres ? The World According to Garp de John Irving, Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estès, La Formation de l'Acteur de Constantin Stanislavski et Hamlet de William Shakespeare.

Quels films ?  Qui veut la Peau de Roger Rabbit de Robert Zemeckis, Manhattan de Woody Allen et Certains l'aiment chaud de Billy Wilder.

Quelles peintures ?  Tintoretto, Caravaggio, Egon Schiele et Andy Warhol.

Quels loisirs ?  La nage, le vélo, la danse, le mime Decroux, la lecture... et, bien sûr, la musique !


Les projets

A court terme je vais tourner avec l'équipe et le répertoire d’About a Date, que je veux faire découvrir à un maximum de monde ! J'ai hâte de jouer dans les festivals en-dehors de Paris, voire hors de France. Par la suite, je voudrais développer d'autres collaborations.


Trois vœux…

1. Chanter toujours plus et toujours mieux…
2. Donner un jour un concert à New-York !
3. Grandir et avancer dans la vie sans jamais oublier d'où je viens..

7 avril 2019

Beat – Grand Ensemble Koa


Après Koa-Roi (2012) et Ahimsa (2016), le Grand Ensemble Koa du joyeux collectif éponyme de Montpellier sort un nouveau disque en janvier 2019 : Beat. Comme son titre le suggère, cet opus puise son inspiration dans la Beat Generation et plus particulièrement dans l’œuvre de trois de ses auteurs-clés : Jack Kérouac, Allen Ginsberg et William Burroughs.

C’est Caroline Sentis qui déclame ou chante les textes de ces poètes dans sept morceaux composés par le bassiste Alfred Vilayleck. L’orchestre est quasiment inchangé par rapport aux deux précédents opus : Matthieu Chédeville au saxophone soprano, Armel Courrée au saxophone alto, Jérôme Dufour au saxophoniste ténor, Pascal Bouvier au trombone, Serge Lazarévitch à la guitare (au lieu de Matia Levrero), Samuel Mastorakis au vibraphone, Daniel Moreau au piano et au Fender Rhodes et Julien Grégoire à la batterie. La pochette – Kérouac, Ginsberg et Burroughs devant un échiquier dont les pièces sont les instruments de l’orchestre – est l’œuvre de l’auteur de bandes-dessinées Matthieu Bonhomme.

Le contraste des sonorités du trombone et du vibraphone introduit « Asphodels », puis la voix diaphane de Sentis, soutenue par la guitare et le piano, chante le poème éponyme de Ginsberg, sur les chœurs des soufflants et une rythmique puissante. « Hassan », le plus long morceau du disque – douze minutes – s’articule autour de plusieurs tableaux : tout commence par un scat a capella élégant, suivi d’un duo relevé avec la basse, bientôt relayé par un riff du vibraphone, un martèlement rock et les vents à l’unisson, avant que le saxophone ténor ne se lance dans un chorus free, souligné par un accompagnement touffu, pour ensuite revenir à un passage davantage mainstream – la section des cuivres tourne autour des vocalises – et terminer dans une ambiance électro... Dans « J’ai vu » Sentis déclame un extrait du poème-manifeste beat de Ginsberg, Howl, sur l’ostinato cristallin du vibraphone et la ligne profonde de la basse. Tout l’orchestre les rejoint pour un final énergique, porté par une rythmique aux accents rock et entrecoupé d’un solo de piano inspiré. Les trois mouvements de « Beatitude » font la part belle à l’électro, au saxophone soprano, éloquent, à la guitare et ses stridences rock, et aux mouvements luxuriants de l’orchestre, sur une batterie puissante et volontiers funky. Beat se conclut sur un extrait de Vraie blonde, et autres de Kérouac, sur un mode rock sourd.

Le Grand Ensemble Koa reste fidèle à ses habitudes : la musique de Beat est expressive et dynamique à souhait !

Le disque

Beat
Grand Ensemble Koa
Caroline Sentis (voc), Matthieu Chédeville (ss), Armel Courrée (as), Jérôme Dufour (ts), Pascal Bouvier (tb), Serge Lazarévitch (g), Samuel Mastorakis (vib), Daniel Moreau (kbd), Alfred Vilayleck (b) et Julien Grégoire (d).
Neuklang – NCD4195
Sortie le 1er février 2019

Liste des morceau

01. « Asphodels » (08:24).
02. « Hassan » (12:17).
03. « J'ai Vu (Intro) » (02:53).
04. « J'ai Vu » (06:37).
05. « Beatitude, Pt. 1 » (05:10).
06. « Beatitude, Pt. 2 » (06:58).
07. « Beatitude, Pt. 3 » (05:24).
08. « Thanks To » (07:08).

4 avril 2019

The Soul Jazz Rebels


Quand deux Bordelais rencontrent deux Toulousains, ils mettent évidemment le soleil en musique ! Jean Vernheres, saxophoniste ténor, Hervé Saint-Guirons, organiste, Cyril Amourette, guitariste et Christian Ton Ton Salut, batteur, ont monté un groupe au nom explicite : The Soul Jazz Rebels. Le quartet sort Chittlin’ Circuit en 2016, et, le 21 février 2019, un disque éponyme, toujours chez Black Stamp Music.

Les quatre musiciens participent au répertoire : Vernheres et Amourette signent trois titres, Salut a composé deux morceaux et Saint-Guirons est l’auteur d’un thème. Les mélodies des Soul Jazz Rebels passent d’un air entraînant (« Mama Lou ») à des compositions tendues (« A Maze In Way »), des thèmes-riffs dansants (« Paw Paw Tree »), un slow aguicheur (« Comment Dire »)… En à peine quelques années, le quartet a réussi à trouver un bel équilibre. Le ténor, volontiers funky (« Baby Foot Partie »), voire shouter (« Don’t Stop The Boogaloo »), déroule des phrases brillantes, proches de l’esprit Blue Note (« A Maze In Way »). La guitare alterne des lignes d’accords qui soutiennent les chorus (« Baby Foot Partie ») et des solos, décontractés (« Comment Dire »), dans une veine hard-bop (« Postage Due ») ou bluesy (« Night Clinic Blues »). L’orgue joue des lignes de walking robustes qui encadrent la plupart des développements (« Mowin’ The Lawn ») et ses interventions prennent tour à tour des couleurs churchy (« Baby Foot Partie »), soul (« Don’t Stop The Boogaloo »), aériennes (« Mama Lou »)… mais toujours chaloupées (« Paw Paw Tree »). La batterie, pour sa part, affiche un dynamisme à toute épreuve : chabadas endiablé (« Mowin’ The Lawn »), pulsation vigoureuse (« Don’t Stop The Boogaloo »), balancement de calypso (« Paw Paw Tree »), stop-chorus bop (« A Maze In Way »), motifs funky (« Mama Lou »)…

La musique des Soul Jazz Rebels combine des ingrédients hard-bop et bluesy dans un cocktail explosif de funk et de soul… Energie garantie !

Le disque

The Soul Jazz Rebels
Jean Vernheres (ts), Cyril Amourette (g), Hervé Saint-Guirons (org) et Christian Ton Ton Salut (d).
Black Stamp Music
Sortie le 21 février 2019

Liste des morceaux

01. « Baby Foot Partie », Vernheres (4:03).
02. « Mama Lou », Vernheres (5:17).
03. « Mowin’ The Lawn », Amourette (4:17).
04. « Comment Dire », Amourette (4:13).
05. « Paw Paw Tree », Salut (3:40).
06. « Night Clinic Blues », Vernheres (4:13).
07. « Don’t Stop The Boogaloo », Saint-Guirons (4:33).
08. « A Maze In Way », Salut (4:40).
09. « Postage Due », Amourette (3:35).

3 avril 2019

Polyphony - Jasper Blom Quartet


Le saxophoniste ténor Jasper Blom, figure du jazz néerlandais, a joué aussi bien avec Lee Konitz ou Chet Baker que Dave Liebman. Après Statue of Liberty (2008), Gravity (2012) et Audacity (2015), Polyphony est le quatrième disque de son quartet, constitué de Jesse van Ruller à la guitare, Frans van der Hoeven à la contrebasse et Martin Vink à la batterie. Pour ce double album, enregistré lors de deux concerts donnés au Bimhuis, à Amsterdam, Blom a invité le trompettiste Bert Joris, le 21 mai 2016, et le tromboniste Nils Wogram, le 10 février 2018. Polyphony sort chez Whirlwind Recordings en janvier 2019.


Jasper Blom Quartet invite Bert Joris

Pour le disque avec Joris, Blom puise son répertoire dans la musique médiévale et la Renaissance : « Waltz For Magnus » se réfère au Magnus liber, le recueil d’airs médiévaux ; la main harmonique de Guido d’Arezzo est évoquée dans « Guidonean Hand » ; « Virelai », pour le poème médiéval éponyme ; « Fontayne » s’inspire de « Sus une fontayne » de Johannes Ciconia, qui se voit également dédier un thème à son nom ; « The Lady And The Unicorn » se rapporte évidemment à la célèbre tenture « La Dame à la licorne », du début de la Renaissance française ; « L’Homme armé » est un chanson traditionnelle, datée du XVe ; quant à « Beatus Vir », c’est un morceau du compositeur de la Renaissance, Roland de Lassus.

Blom met habilement en relief les mélodies aux accents médiévaux en jouant sur les unissons (« Fontayne ») et les contrepoints (« Beatus Vir ») dans un style baroque (« Virelai »). Le quintet dialogue avec élégance (« Waltz For Magnus ») sur des constructions sophistiquées (« Beatus Vir »), souvent dans un esprit de musique de chambre (« Guidonean Hand »), ponctuée d’envolées free contrôlées (« Virelai ») ou post-bop brillantes (« The Lady And The Unicorm »). Si les structures mélodiques et harmoniques peuvent rappeler la Renaissance, en revanche le traitement rythmique est bien rattaché au jazz : walking et chabada énergiques (« Homme Armé »), shuffle dansants de la contrebasse (« Guidonean Hand »), foisonnement de la batterie (« Virelai »), riff chaloupé des îles (« Ciconia »), motifs sourds et touffus (« Waltz For Magnus »)…

Le premier opus de Polyphony propose une musique raffinée et entraînante, pleine de caractère et servie par des musiciens au diapason !


Jasper Blom Quartet invite Nils Wogram


Deux ans plus tard le quartet se retrouve donc avec Wogram au trombone. Les huit compositions de Blom s’inscrivent dans une veine néo-bop (« Decidophobia »), à l’exception de « Monk Fish Cleopatra » qui s’apparent à une mélodie médiévale.

Un peu comme dans le Third Stream, l’architecture des morceaux est influencée par la musique de chambre (« Monk Fish Cleopatra »), mais conserve la pulsation jazz (« Antidote »). Exposés des thèmes en chœur (« Whirl »), contre-chants subtils (« Macedonian Candidate »), courses-poursuites débridées (le bien nommé « Running Gag »), velléités free (« Least of Your Worries »), interactions pétillantes (« Decidophobia »)… la musique du quintet ne manque pas de sel ! D’autant plus que la section rythmique reste puissante (« Whirl »), tendue (« Macedonian Candidate »), et swingue avec vivacité (« Running Gag »).

Dynamique, vivant et varié, ce deuxième opus de Polyphony confirme toutes les qualités de la musique de Blom et de ses compagnons.

Le disque

Polyphony
Jasper Blom Quartet
Jasper Blom (ts), Jesse van Ruller (g), Frans van der Hoeven (b) et Martin Vink (d), avec Bert Joris (tp) et Nils Wogram (tb)
Whirlwind Recordings – WR4732
Sortie le 25 janvier 2019

Liste des morceaux

Disque 1

01. « Waltz for Magnus » (09:12).
02. « Guidonean Hand » (05:04).
03. « Virelai » (07:05).
04. « Fontayne » (06:50).
05. « The Lady and the Unicorn » (08:37).
06. « Homme Armé », traditionnel (09:31).
07. « Beatus Vir », Roland de Lassus (05:44).
08. « Ciconia » (08:19).

Disque 2

09. « Decidophobia » (08:54).
10. « Running Gag » (05:21).
11. « Nancy in the Sky » (06:41).
12. « Macedonian Candidate » (08:46).
13. « Least of Your Worries » (07:38).
14. « Monk Fish Cleopatra » (04:46).
15. « Whirl » (04:13).
16. « Antidote » (03:47).

Tous les morceaux sont signés Blom, sauf indication contraire.