29 janvier 2018

Tourbillon de disques outre-manche…

Whirlwind Recordings continue de sortir des disques à un rythme soutenu : en 2017, le label anglais du contrebassiste américain Michael Janish a sorti près de deux disques par mois ! L’occasion d’en écouter neuf, de Mark Lewandowski à Tony Tixier, en passant par Quinsin Nachoff, Rez Abbasi et d’autres à découvrir…

 

 

 

 




Life of Sensitive Creatures - Tony Tixier

Passé par le conservatoire de Montreuil et la Bill Evans Academy, le pianiste Tony Tixier joue aussi bien aux côtés de Logan Richardson, Christian Scott, Justin Brown... que de Laurent Cugny, Stéphane Spira, Olivier Temime… En 2006, il enregistre Fall in Flowers avec son trio, suivi l’année d’après d’Electric’ Trane, en solo. En 2009, Tixier et son septet gravent  Parallel Worlds, puis, en 2012, il sort Dream Pursuit avec un quartet américain. Installé aux Etats-Unis, Tixier rejoint Whirlwind Recordings et publie Life of Sensitiv Creatures en 2017.

Pour Life of Sensitive Creatures, Tixier est en trio avec Karl McComas Reichl à la contrebasse et Tommy Crane à la batterie. Le pianiste a composé huit morceaux et reprend deux standards, « Tight Like This » de Louis Armstrong et « Darn That Dream » de Jimmy Van Heusen et Eddie DeLange, et le tube pop « Isn't She Lovely » de Stevie Wonder.

A la fois mélodieux (« I Remember the Time of Plenty ») et délicats (« Illusion »), les airs de Tixier sont finement ciselés (« Denial of Love »), souvent basés sur des motifs entraînants (« Home At Last »). Sa main gauche, particulièrement agile, s’unit aux lignes de basse (« Blind Jealousy of a Paranoid »), tandis que sa main droite se laisse emporter dans des développements volontiers lyriques (« Isn’t She Lovely »). La section rythmique est particulièrement dynamique (« Causeless Cowards »), dansante (« Home At Last ») et prendrait facilement des chemins de traverse funk ou rock (« Tight Like This »), même si elle n’oublie pas les fondamentaux (chabada et walking dans « Home At Last »). Entre un accompagnement emphatique (« Illusion »), des motifs entraînants (« I Remember The Time of Plenty ») et des accents pop (« Calling Into Question »), Crane se laisse aller à quelques passages binaires (« Tight Like This »). Les lignes souples (« Calling Into Question »), voire minimalistes (« Denial of Love »), de McComas Reichl et ses unissons avec la main gauche du pianiste (« Blind Jealousy of a Paranoid »)  laissent beaucoup d’espace à Tixier.

Life of Sensitive Creature est bien nommé : à la fois sophistiquée et rythmée, la musique de Tixier ne sort pas de ses gongs et garde une sensibilité toute personnelle.

Le disque

Life of Sensitive Creatures
Tony Tixier
Tony Tixier (p), Karl McComas Reichl (b) et Tommy Crane (d)
Whirlwind Recordings – WR4716
Sortie en décembre 2017

Liste des morceaux

01. « I Remember the Time of Plenty » (05:20).     
02. « Denial of Love » (05:19).
03. « Tight Like This », Armstrong (03:57).
04. « Illusion » (05:48).
05. « Home At Last » (04:30).
06. « Calling Into Question » (04:41).          
07. « Darn That Dream », Van Heusen & DeLange (05:28).           
08. « Blind Jealousy of a Paranoid » (04:11).          
09. « Isn't She Lovely », Wonder (02:35).
10. « Causeless Cowards » (05:08).
11. « Flow » (04:22).

Toutes les compositions sont signées Tixier sauf indication contraire.

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Unfiltered Universe – Rez Abbasi

Passé par la Manhattan School of Music, le guitariste américain Rez Abbasi compte une douzaine de disques à son actif enregistrés principalement avec ses trois groupes : le trio Junction, le quartet RAAQ et le quintet Invocation.

Voilà près d’une dizaine d’années qu’Abbasi tourne avec Invocation, dont le répertoire s’appuie sur des éléments de musique traditionnelle pakistanaise et indienne. Dans les notes de la pochette du disque Abbasi précise d’ailleurs qu’Unfiltered Universe, qui sort en 2017 chez Whirlwind Recordings, est le troisième opus d’une trilogie consacrée à la musique indo-pakistanaise : Things to Come (2009) tourne autour de la musique hindoustanie, Suno Suno (2011) est construit sur la musique qawwalî et Unfiltered Universe aborde la musique carnatique. Outre Abbasi, le quintet  est constitué du saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa, du pianiste Vijay Iyer, du contrebassiste Johannes Weidenmueller et du batteur Dan Weiss. Pour Unfiltered Universe, Abbasi invite également la violoncelliste classique Elizabeth Mikhael.

Les sept pièces d’Unfiltered Universe sont de la plume d’Abbasi. La musique d’Invocation s’appuie sur des mélodies dissonantes (« Dance Number ») aux accents orientaux (« Thin-King »), exposées à l’unisson (« Propensity »), des rythmes complexes et touffus (« Unfiltered Universe ») avec des changements de tempo impromptus (« Disagree to Agree »), des jeux de contre-chants (« Unfiltered Universe ») et des questions-réponses, comme un chase (« Turn of Events »)… Tour à tour solennelles (« Disagree to Agree »), mystérieuses (« Turn of Events »), enjouées (« Propensity »), déjantées (« Dance Number »)… les ambiances – râga et tâla obligent – varient d’une plage à l’autre, voire au sein d’un même morceau. Côté instrumentation, Invocation s’appuie sur une contrebasse qui gronde (« Propensity »), parfois comme un bourdon, et joue des riffs sourds, une batterie versatile, mais toujours vive et foisonnante (« Unfiltered Universe »), un piano volontiers cérébral (« Turn of Events »), qui joue des suites d’accords inventives (« Thin-King »), un violoncelle qui apporte une touche lyrique (« Turn of Events »), un saxophone alto bouillonnant, véloce et affranchi (« Dance Number »), une guitare qui se partage entre section rythmique (« Turn of Events »), envolées free (« Disagree to Agree ») et lignes mélodieuses (« Thin-King »).

La musique carnatique revue par Invocation évoque une sorte de free folklorique…

Le disque

Unfiltered Universe
Rez Abbasi
Rudresh Mahanthappa (as), Rez Abbasi (g), Vijay Iyer (p), Johannes Weidenmueller (b) et Dan Weiss (d), avec Elizabeth Mikhael (cello).
Whirlwind Recordings – WR4713
Sortie en octobre 2017

Liste des morceaux

01. « Propensity » (06:52).
02. « Unfiltered Universe » (09:32). 
03. « Thoughts » (01:41).
04. « Thin-King » (05:21).
05. « Turn of Events » (11:53).         
06. « Disagree to Agree » (07:46).   
07. « Dance Number » (08:09).

Toutes les compositions sont signées Abbasi.

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Hybrid – Jure Pukl & Matija Dedić

Après son cursus à l’Université de Vienne et au Conservatoire de Musique de Haag, le saxophoniste slovène Jure Pukl a intégré le Berklee College of Music. Quant au pianiste croate Matija Dedić, il sort de la Music High School Vatroslav Lisinski de Zagreb. Les deux musiciens se sont rencontrés lors de leurs études à l’University of Music and Performing Arts de Graz.

Hybrid est leur premier opus en commun et ils ont fait appel au contrebassiste Matt Brewer et au batteur Jonathan Blake. La saxophoniste Melissa Aldana participe également à deux morceaux. En dehors de « Lonely Woman », le standard d’Ornette Coleman, le quartet interprète neuf compositions signées Pukl ou Dedić.

Les morceaux sont construits sur la structure classique thème – solo – thème, sauf « Lonely Woman », un duo entre la clarinette basse et le piano, solennel et proche de la mélodie. Avec les lignes souples de la contrebasse (« Family ») et les frappes alertes  de la batterie (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? »), Brewer et Blake forment une section rythmique parfaite pour la musique de Pukl et Dedić. La batterie alterne passages denses (« Hybrid ») et jeu léger (« Family »), avec des chorus véloces (« Spinning Thoughts »), tandis que la contrebasse passe d’un minimalisme ouvert (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? ») à des riffs entraînants (« Sequence II ») et prend des chorus chantants (« Family »). Les deux compères s’emboîtent également le pas pour des séries de walking et chabada efficaces (« Hempburger»). Pianiste discret (« Sequence III »), Dedić se joint au saxophone pour exposer les thèmes à l‘unisson (« False Accusations ») et répond avec perspicacité à ses questions (« Sequence III »), ses accords soulignent élégamment les propos de Pukl (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? ») et ses solos, bien construits et mélodieux (« Sequence II »), penchent vers un néo-bop moderne (« Plan B »). Une sonorité douce et ouatée au soprano (« Where Are You Coming From and Where Are You Going? ») sert un discours délicat (« Family »), voire nostalgique (« Sequence III »), un son imposant au ténor (« Hybrid ») met en relief des développements tendus (« Sequence II »), émaillés de dissonances (« Plan B ») : Pukl s’inscrit dans la lignée des saxophonistes post-bop. Le ténor d’Aldana dialogue avec le soprano de Pukl (« Family ») ou interagit avec son ténor (« Lonely Woman») dans le même esprit.

Hybrid reprend les fondamentaux du bop dans lesquels Pukl et Dedić insufflent des éléments modernes avec un cadre rythmique moins formaté et des développements plus ouverts.

Le disque

Hybrid
Jure Pukl & Matija Dedić
Jure Pukl (ss, ts, bcl), Matija Dedić (p), Matt Brewer (b) et Johnathan Blake (d), avec Melissa Aldana (ts).
Whirldwind Recordings – WR4712
Sortie en septembre 2017

Liste des morceaux

01. « Hybrid », Pukl (05:06).
02. « Where Are You Coming From And Where Are You Going », Pukl (08:42).   
03. « Sequence II », Pukl (06:53).     
04. « Hempburger », Dedić (06:09).
05. « Lonely Woman », Coleman (07:35).   
06. « Plan B », Dedić (04:49).           
07. « Family », Dedić (06:37).          
08. « False Accusations », Dedić (06:23).     
09. « Sequence III », Pukl (06:23).    
10. « Spinning Thoughts », Pukl (08:19).

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The Other River – Joel Harrison

Depuis 3+3 =7, sorti en 1996, Joel Harrison a sorti dix-sept disques, dont Leave The Door Open (2014) et Spirit House (2013) chez Whirlwind Recordings. The Other River est donc le dix-neuvième album du guitariste newyorkais et le troisième pour le label anglais…

Pour cet enregistrement, Harrison s’entoure d’un trio inédit avec Glenn Patscha aux claviers et au chant, Byron Isaacs à la basse et Jordan Perlson aux percussions. Comme souvent, il élargit sa palette sonore avec des invités : Jamey Haddad renforce les percussions sur deux titres, tout comme Christian Howes et son violon ou Cuong Vu et sa trompette. Quant à Fiona McBain, elle prête sa voix pour trois chansons, et Anupam Shobhakar joue du sarode sur un morceau.

Harrison signe toutes les compositions. Country (« My Beautiful Enemies »), folk (« Made It Out Alive »), slow (« The Other River »), touches bluesy (« You’re All That Matters To Me »), mais surtout pop (« So Long Chelsea Hotel », « I Wonder What Happened To Jordan »), le chant et les arrangements d’Harrison flatteront davantage les oreilles des amateurs de musiques de variété que celles des passionnés de musiques improvisées.

Le disque

The Other River
Joel Harrison
Joel Harrison (g, voc, bj), Glenn Patscha (p, kbd, voc), Byron Isaacs (b) et Jordan Perlson (perc), avec Jamey Haddad (perc), Christian Howes (vl), Fiona McBain (voc), Cuong Vu (tp) et Anupam Shobhakar (sarode).
Whirldwind Recordings – WR4673
Sortie en juillet 2017

Liste des morceaux

01. « My Beautiful Enemies » (04:30).
02. « Scarecrow Ray » (04:03            ).
03. « The Other River » (06:07).      
04. « So Long Chelsea Hotel » (04:29).
05. « Made It Out Alive » (05:07).    
06. « You're What Matters To Me » (04:16).          
07. « Yellow Socks » (05:58).
08. « Still Here » (02:57).
09. « I Wonder What Happened To Jordan » (03:31).         
10. « Reservation Blues » (05:08).   
11. « Bus to Brighton » (04:49).

Toutes les compositions sont signées Harrison.

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Ask Seek Knock – Samuel Eagles’ Spirit

Pianiste classique qui a bifurqué vers le saxophone alto, Samuel Eagles a fait ses classes dans le Royal Academy of Music’s Junior Jazz Band avant de parachever ses études musicales au Trinity College of Music.

En 2014, Eagles publie son premier disque, Next Beginning, en quartet. Pour son nouveau projet, Eagles a créé le sextet Spirit, avec son frère Duncan Eagles au saxophone ténor, Ralph Wyld au vibraphone, Sam Leak au piano, Max Luthert à la contrebasse et Dave Hamblett à la batterie. Son mentor, le saxophoniste ténor Jean Toussaint, joue également sur deux morceaux. Eagles a composé les huit thèmes d’Ask Seek Knock.

Un riff du piano, sur un petit motif de contrebasse et des cliquetis de la batterie, introduit « Eternity Within My Soul », exposé à l’unisson par les saxophones. Les soufflants élaborent des contrepoints astucieux, soutenus par la sonorité cristalline du vibraphone et une rythmique touffue. « Changed, Changing Still » commence dans un style majestueux avec le sextet qui gronde, un solo grave de Luthert, souligné par les contre-chants de Wyld, puis le morceau s’emballe sous l’impulsion des frères Eagles et du jeu incisif de Leak. La belle mélodie de « Hear His Voice » sert de prétexte à une introduction solennelle du piano, reprise dans le même esprit par les saxophones, avant qu’une accélération du tempo ne permette aux soufflants de se lancer dans des envolées néo-bop, poussées par la rythmique et les lignes symétriques du vibraphone. Dans « Hope In The Hills », Wyld croise ses lames avec les touches de Leak, les cordes de Luthert et les peaux d’Hamblett, puis Eagles s’aventure vers des contrées dansantes. Stop-chorus de la batterie, passages binaires, vibraphone en contrepoint et saxophone alto tendu… « The Twelve » penche vers un néo-bop moderne. « Dream and Visions of The Son » s’ouvre sur une discussion entre tous les instruments et, après un solo soigné de Leak, Toussaint et Eagles poursuivent avec enthousiasme, Hamblett s’emporte et le groupe conclut en fanfare. La section rythmique lance « Spirit » sur des motifs aux accents funky, mais le vibraphone et les saxophones apaisent l’ambiance avec un échange de contrepoints raffinés pour exposer le thème. Eagles et Leak développent ensuite tranquillement leurs idées, avant de faire monter la pression, soutenus par Wyld, Leak, Luhert et Hamblett, en verve. Les deux frères dialoguent a capella pour introduire « Ask, Seek, Knock ». La section rythmique entre en jeu et introduit une intensité palpable : lignes heurtées de la batterie, boucles et ostinato du piano, grondements de la basse, solo inspiré du vibraphone… Et les Eagles se montrent aussi dynamiques l’un que l’autre.

Ask Seek Knock possède une personnalité indiscutable : des mélodies intéressantes, des rythmes variés, des développements tendus… Eagles réussit un deuxième disque prometteur !

Le disque

Ask Seek Knock
Samuel Eagles’ Spirit
Samuel Eagles (as), Duncan Eagles (ts), Ralph Wyld (vib), Sam Leak (p), Max Luthert (b) et Dave Hamblett (d), avec Jean Toussaint (ts, voc).
Whirwind Recordings – WR4706
Sortie en juillet 2017

Liste des morceaux

01. « Eternity Within My Soul » (05:57).      
02. « Changed, Changing Still » (06:58).      
03. « Hear His Voice » (10:03            ).
04. « Hope In The Hills » (06:47).     
05. « The Twelve » (06:53).  
06. « Dream and Visions of The Son » (09:20).       
07. « Spirit » (06:58).
08. « Ask, Seek, Knock » (08:48).      

Toutes les compositions sont signées Eagles.

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More Powerful – George Colligan

George Colligan est un pianiste prolifique : il apparaît sur plus de cent enregistrements et compte déjà vingt-quatre disques en leader à son actif… Diplômé de la Juillard School, Colligan s’est notamment fait connaître en devenant le pianiste du Jack DeJohnette’s New Quintet.

Dans More Powerful Colligan joue avec un nouveau quartet: Nicole Glover aux saxophones soprano et ténor, Linda May Han Oh à la contrebasse et Rudy Royston à la batterie. Les quatre musiciens interprètent neuf compositions du pianiste.

Colligan navigue entre classicisme et modernisme : des morceaux dans une lignée hard-bop énergique (« Today Again »), avec le thème exposé à l’unisson, la walking et le chabada qui accompagnent les solistes (« More Powerful Than You Could Possibly Imagine »), les stop-chorus de la batterie (« Whiffle Ball ») et le thème repris à l’unisson pour la conclusion, côtoient des pièces élégantes – une valse bien emmenée (« Retrograde Pluto »), une ballade vive aux accents folk (« Waterfall Dreams » ) ou une comptine en mode musique de chambre (« Southwestern Silence ») – et des dialogues tendus (« Effortless ») et dissonants (« Southwestern Silence »), qui débouchent sur des passages free (« Empty »). Royston est à batteur à la fois touffu (« Today Again ») et puissant (« More Powerful Than You Could Possibly Imagine »), mais toujours attentif (« Empty ») et subtil (« Southwestern Silence »). Han Oh fait chanter sa contrebasse (« Effortless »), aussi bien dans ses solos mélodieux (« Southwestern Silence ») que dans ses accompagnements inventifs : ligne souple (« Today Again »), walking véloce (« Whiffle Ball »), crépitements (« More Powerful Than You Could Possibly Imagine »), motifs minimalistes (« Southwestern Silence »), grondements (« Empty »)… Nerveuse (« Whiffle Ball ») et volontiers free (« Empty »), Glover passe de la sonorité sèche et aigue du soprano (« The Nash ») au son noueux et ferme du ténor (« Today Again ») avec la même intensité. Quant à Colligan, il est aussi à l’aise dans le bop (« Today Again »), avec des excursions dans le free (« More Powerful Than You Could Possibly Imagine »), que dans les passages plus lyriques (« Waterfall Dreams »), et sa main gauche s’intègre naturellement dans la section rythmique pendant que sa main droite développe des lignes énergiques (« Effortless »). Par ailleurs, loin de prendre la vedette, le pianiste laisse beaucoup d’espace à ses acolytes.

Trépidant et moderne sans renier la tradition, More Powerful est un disque bien dans son temps…

Le disque

More Powerful
George Colligan
Nicole Glover (ss, ts), George Colligan (p), Linda May Han Oh (b) et Rudy Royston (d).
Whirldwind Recordings – WR4708
Sortie en juin 2017

Liste des morceaux

01. « Whiffle Ball » (05:44). 
02. « Waterfall Dreams » (06:15).   
03. « Effortless » (07:09).
04. « Today Again » (06:41).
05. « More Powerful Than You Could Possibly Imagine » (06:34).
06. « Retrograde Pluto » (04:51).
07. « Southwestern Silence » (04:42).          
08. « Empty » (06:20).
09. « The Nash » (06:07).

Toutes les compositions sont signées Colligan.

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Quinsin Nachoff’s Ethereal Trio

Quinsin Nachoff, le plus newyorkais des saxophonistes ténors canadiens, est bien connu de ce côté de l’Atlantique grâce au 5 New Dreams, codirigé avec Bruno Tocanne. Nachoff navigue entre la musique de chambre contemporaine (Magic Numbers, Horizons Ensemble, Violin Concerto…) et le jazz (Flux, FoMo…).

En 2016, Nachoff monte l’Ethereal Trio avec Mark Helias à la contrebasse et Dan Weiss à la batterie. Le premier disque éponyme sort chez Whirlwind Recordings en mai 2017 avec un répertoire de six morceaux composés par le saxophoniste.

Même si l’instrumentation du trio évoque évidemment Sonny Rollins, Nachoff, Helias et Weiss s’émancipent totalement du modèle : le free et la musique contemporaine sont passés par là…

Un son de saxophone ténor puissant, plein et rond et des lignes denses qui sinuent, puis s’arrêtent brusquement pour mieux rebondir, en fonction des propositions de la contrebasse et de la batterie : dès « Clairvoyant Jest », Quinsin Nachoff’s Ethereal Trio est captivant. « Imagination Reconstruction » ménage son suspens avec des changements impromptus de rythmes, des trilogues malicieux et une entente télépathique entre Weiss, Helias et Nachoff. Les trois musiciens jouent au sens propre du terme ! Une complainte profonde du ténor, soulignée par une mélopée étirée de la contrebasse à l’archet et des bruissements mystérieux de la batterie : « Gravitas » porte bien son titre… Weiss introduit « Subliminal Circularity » avec un motif entraînant, presque funky, qu’Helias renforce par un riff puissant. Sur cette pulsation robuste, Nachoff lance des phrases ténues qui s’envolent dans des séries de dissonances parfaitement contrôlées. Le trio flirte sans cesse entre équilibre et déséquilibre, à l’instar de « Push-Pull Topology », avec sa walking irrégulière parsemée de shuffle, ses tambours foisonnants sur une cymbale imperturbable et la ligne aérienne du ténor qui tournoie autour de la section rythmique. « Potrait in Sepia Tones » commence comme un morceau de musique contemporaine avec Helias à l’archet et Weiss qui répond sur les cymbales, dans une ambiance imposante. Nachoff joue d’abord une mélodie fragile, mélodieuse et ondoyante, puis le trio change de direction et s’engage dans une course-poursuite effrénée avec une running bass et un chabada ultra-rapide. Le tout s’achève sur un rythme binaire puissant ponctué de roulements furieux en double-frappes…

Expressive et intime, recherchée et rythmée, la musique du Quinsin Nachoff’s Ethereal Trio est excitante et mérite le détour.

Le disque

Quinsin Nachoff’s Ethereal Trio
Quinsin Nachoff (ts), Mark Helias (b) et Dan Weiss (d).
Whirlwind Recordings – WR4706
Sortie en mai 2017

Liste des morceaux
           
01. « Clairvoyant Jest » (05:54).       
02. « Imagination Reconstruction » (05:45).           
03. « Gravitas » (07:06).       
04. « Subliminal Circularity » (06:58).         
05. « Push-Pull Topology » (07:13).  
06. « Portrait in Sepia Tones » (09:56).       

Toutes les compositions sont signées Nachoff.

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Sleight of Hand – NYSQ

Le New York Standard Quartet existe depuis une douzaine d’années et Sleight of Hand est le troisième disque enregistré pour Whirlwind Recordings, après The New Straight Ahead (2014) et Power of 10 (2015), mais c’est le sixième album du quartet, qui avait déjà sorti Live in Tokyo en 2008, UnStandard en 2011 et Live at Lifetime en 2013.

NYSQ s’appuie sur l’un des piliers de Whirlwind Recordings, le saxophoniste Tim Armacost, et sur une section rythmique constituée de David Berkman au piano, Daiki Yasukagawa à la contrebasse et Gene Jackson à la batterie. En dehors d’une courte parenthèse avec Michael Janish à la contrebasse, l’équipe n’a pas changé depuis la création du quartet.

Côté répertoire, le nom du groupe affiche la couleur : NYSQ reprend essentiellement des standards. Sleight of Hand ne déroge pas à la règle. En dehors du morceau éponyme proposé par Berkman, les sept autres titres sont dans le Real Book : « Soul Eyes » composé par Mal Waldron en 1957 pour Interplay for 2 Trumpets and 2 Tenors, avec John Coltrane, qui reprendra d’ailleurs ce titre en 1962 (Coltrane) ; « Ask Me Now » de Thelonious Monk (1951) ; l’indémodable « In A Sentimental Mood », écrit par Duke Ellington en 1935 ; « I Fall In Love Too Easily », un tube de Frank Sinatra, créé par Jule Styne et Sammy Cahn en 1945 pour le film Escale à Hollywood ; « This I Dig of You » que Hank Mobley a enregistré pour Blue Note en 1960 dans l’album Soul Station ; « Detour Ahead » que Herb Ellis, John Frigo, et Lou Carter ont arrangé en 1947 pour The Soft Winds, l’orchestre de Jimmy Dorsey ; Sleight of Hand se referme sur « Lover Man », saucisson de 1941 signé Jimmy Davis, Roger Ramirez et James Sherman.

L’architecture des morceaux respecte à la lettre la structure du be-bop : thème – solos – thème. D’une durée moyenne de sept minutes, les solistes ont tout leur temps d’exprimer leurs sentiments. Après des introductions courtes (« Ask Me Now »), les mélodies sont exposées par le saxophone ténor (« Soul Eyes »), souvent à l’unisson avec le piano (« Sleight of Hand »), puis les morceaux se déroulent, énergiques (« Sleight of Hand ») ou calmes (« Detour Ahead »). La batterie de Jackson est luxuriante (« Soul Eyes »), ses stop-chorus foisonnent (« Sleight of Hand ») et ses solos explosent (« I Fall in Love too Easily »), mais son chabada reste inaltérable (« This I Dig of You »). La walking de Yasukagawa est impressionnante de précision et de régularité (« Sleight of Hand ») : le plus souvent imperturbable (« Soul Eyes »), la contrebasse se montre également inventive dans ses solos (« This I Dig of You ») et sait aussi jouer à l’économie (« In a Sentimental Mood »). Berkman passe de lignes d’accords fermes (« Ask Me Now ») à des contre-chants denses (« I Fall in Love too Easily »), et ses développements s’inscrivent en plein dans la lignée bop (« Sleight of Hand »). Sonorité droite et claire, parfaitement à son aise dans cette ambiance bop (« In a Sentimental Mood »), le ténor d’Armacost reste dans le main stream (« Sleight of Hand ») avec des velléités « coltraniennes » (« This I Dig of You »), époque hard-bop, tandis que son soprano enrichit la palette du quartet pour des morceaux cool (« I Fall in Love too Easily ») ou bop (« Lover Man »).

Sleight of Hand ne vole pas son titre : le NYSQ possède clairement le tour de main pour interpréter le répertoire be-bop !

Le disque

Sleight of Hand
NYSQ
Tim Armacost (ss, ts), David Berkman (p), Daiki Yasukagawa (b) et Gene Jackson (d).
Whirldwind Recordings – WR4704
Sortie en avril 2017

Liste des morceaux

01. « Soul Eyes », Waldron (09:28).
02. « Ask Me Now », Monk (07:38).
03. « In a Sentimental Mood », Ellington (03:29).   
04. « Sleight of Hand », Berkman (07:54).   
05. « I Fall in Love too Easily », Styne & Cahn (05:33).       
06. « This I Dig of You », Mobley (07:48).    
07. « Detour Ahead », Carter, Ellis & Frigo (08:04).
08. « Lover Man », Davis, Ramirez & Sherman (07:41).

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Waller – Mark Lewandowski

Installé à Londres, sorti de la Guildhall School of Music and Drama et habitué du Ronnie Scott’s Jazz Club, le contrebassiste Mark Lewandowski s’est produit aux côté de Soweto Kinch, John Surman, Tina May, Jean Toussaint

En 2016 il monte un trio avec le pianiste Liam Noble et le batteur Paul Clarvis dans l’idée d’interpréter des œuvres de Fats Waller : Waller a été enregistré au Vortex et sort chez Whirldwind Recordings en avril 2017.

Le répertoire de Waller tourne autour de neuf morceaux composés par le facétieux pianiste, né en 1904 et mort en 1943, et « Surprise Ending » de Jelly Roll Morton.

Lewandowski reprend Waller sans stride, 4/4 bien marqués, ni chant gouailleur haut perché. Quelques signes évoquent le passé : une voix off qui annonce Waller (« Lulu’s Back In Town »), une prise de son lointaine et le stride (« Fair & Square In Love ») ou un enregistrement radiophonique (« Honeysuckle Rose »). Le trio reste respectueux des mélodies (« Ain’t Misbehavin’ »), se renvoie la balle avec adresse (« Jitterbug Waltz ») et adapte les rythmes : walking et chabada be-bop (« Lulu’s Back In Town »), valse (« Cinders »), marche (« Fair & Square In Love »), lignes modernes (« Ain’t Misbehavin’ »)… Noble swingue (« Ain’t Misbehavin’ »), sautille (« I’ll Be Glad When You’re Dead... Susannah »), s’amuse à glisser des ruptures mélodiques et harmoniques dans son discours (« Lulu’s Back In Town ») et ses solos sont inventifs (« Blue Because Of You »). Clarvis possède un drumming dynamique (« Lulu’s Back In Town »), souvent foisonnant (« It’s a Sin to Write a Letter »), mais sait aussi se montrer minimaliste (« Fair & Square In Love ») et subtil (« Jitterbug Waltz »). Sonorité grave et jeu souple (« Lulu’s Back In Town »), Lewandowski passe d’une walking rapides (« Blue Because Of You ») à des motifs sourds (« I’ll Be Glad When You’re Dead... Susannah »), via un chorus profond a capella (« Have a Little Dream on Me ») et des solos chantants (« Jitterbug Waltz »). Waller se conclut sur une note d’humour avec le « Surprise Ending » de Morton, chanté et sifflé sur un accompagnement nostalgique… dans le style de Waller.

Noble, Clarvis et Lewandowski donnent une interprétation contemporaine élégante de l’œuvre du pianiste au galurin !

Le disque

Waller
Mark Lewandowski
Liam Noble (p), Mark Lewandowski (b) et Paul Clarvis (d).
Whirldwind Recordings – WR4703
Sortie en avril 2017

Liste des morceaux

01. « Lulu's Back In Town » (04:44). 
02. « I'll Be Glad When You're Dead... Susannah » (05:12).           
03. « Jitterbug Waltz » (06:16).        
04. « Blue Because Of You » (03:40).          
05. « Fair & Square In Love » (07:03).         
06. « Cinders » (04:33).        
07. « It's a Sin to Write a Letter » (04:31).  
08. « Have a Little Dream on Me » (02:02).
09. « Ain't Misbehavin' » (06:15).    
10. « Honeysuckle Rose » (01:55).   
11. « Surprise Ending », Morton (03:13).     

Toutes les compositions sont signées Waller, sauf indication contraire.

Retour aux sorties 2017 de Whirlwind Recordings

10 janvier 2018

Django Extended - The Amazing Keystone Big Band

Après Pierre et le loup (2013), Le carnaval des animaux (2015) et un Live au Crecent (2016), la joyeuse bande de The Amazing Keystone Big Band prend les chemins de traverse pour rendre hommage à Django Reinhardt.

L’orchestre, formé en 2010 par les trombonistes Fred Nardin et Bastien Ballaz, le saxophoniste Jon Boutellier et le trompettiste David Enhco, regroupe dix-sept musiciens autour de quatre trompettes, quatre trombones, cinq saxophones et une section rythmique composée d’une guitare, d’un piano, d’une basse et d’une batterie. Pour Django Extended, The Amazing Keystone Big Band invite Stochelo Rosenberg, Didier Lockwood, Thomas Dutronc et Marian Badoï.

Django Extended sort en octobre sur le label Nome et, comme Pierre et le loup et Le carnaval des animaux, il fait l’objet d’une adaptation didactique pour les jeunes et moins jeunes… Et après Edouard Baer, Denis Poalydès et Leslie Menu, c’est au tour de Guillaume Gallienne de raconter l’histoire de Monsieur Django & Lady Swing.

Django Extended reprend neuf tubes de Reinhardt : « Djangology », « Troublant boléro », « Nuages », « Rythme futur », « Manoir de mes rêves », « Tears », « Anouman », « Flèche d'or » et « Minor Swing ».

Comme dans les précédents opus, portée par une véritable armée de soufflants, les arrangements sont flamboyants : contre-chants tantôt tonitruants (« Djangology »), tantôt raffinés (« Troublant boléro »), chœurs vigoureux (« Nuages »), unissons intenses (« Flèches d’or ») et vrombissements communicatifs (« Minor Swing »). Entre Duke Ellington, pour les atmosphères sophistiquées (« Troublant boléro »), et Thad Jones et Mel Lewis pour l’exubérance swing (« Djangology ») et bop (« Flèche d’or »), The Amazing Keystone Big Band s’appuie sur une section rythmique énergique qui embarque souvent l’orchestre à grand renfort de lignes d’accords puissantes de la guitare et du piano (« Anouman »), de walking véloces (« Flèches d’or ») parsemées de shuffle (« Nuages ») et de chabada robustes (« Anouman ») ponctués de rim shot (« Djangology »). A l’instar des big band de la swing era, des plages sont aménagées pour que les solistes de l’orchestre prennent des chorus. Quant aux guest stars, elles peuvent compter sur un moteur sur-vitaminé pour les soutenir : fidèle à la tradition manouche, Rosenberg navigue entre traits virtuoses (« Djangology ») et lyrisme (« Manoir de mes rêves ») ; Lockwood passe de l’esprit bop (« Minor Swing ») au style gipsy (« Nuages ») ou à un chorus aérien (« Rythme futur ») avec l’aisance qu’on lui connait ; Dutronc et Badoï marient avec élégance guitare et accordéon pour une belle ballade aux accents nostalgiques qui s’envole, conduite par la rythmique entraînante (« Tears »). « Minor Swing » donne l’occasion aux quatre invités de se livrer à un chase enjoué dans la plus pure tradition manouche, encouragés par un chorus dynamique de la batterie et le rugissement des soufflants…

Porté par des arrangements habiles, des solistes inspirés et un répertoire inusable, Extended Django rayonne : The Amazing Keystone Big Band dégage une vitalité contagieuse…

Le disque

Django Extended
The Amazing Keystone Big Band
Félicien Bouchot, David Enhco, Vincent Labarre et Thierry Seneau (tp), Loïc Bachevillier, Bastien Ballaz, Aloïs Benoit et Sylvain Thomas (tb), Jon Boutellier, Pierre Desassis, Kenny Jeanney, Eric Prost et Ghyslain Regard (sax), Thibaut François (g), Fred Nardin (p), Patrick Maradan (b) et Romain Sarron (d), avec Marian Badoï (acc), Thomas Dutronc (g), Stochelo Rosenberg (g) et Didier Lockwood (vl).
Label Nome
Sortie en octobre 2017

Liste des morceaux

01.  « Djangology » (6:19).                
02.  « Troublant boléro » (5:36).                   
03.  « Nuages » (6:40).                      
04.  « Rythme futur » (8:37).          
05.  « Manoir de mes rêves » (6:39).            
06.  « Tears » (4:24).      
07.  « Anouman » (6:44).       
08.  « Flèche d'or » (6:23).                
09.  « Minor Swing » (5:22).  

Toutes les compositions sont signées Reinhardt.


8 janvier 2018

Aïrés Trio au Café de la Danse…

Le 4 décembre 2017, à l’occasion de la sortie de leur premier opus éponyme chez Outhere Music, l’Aïrés Trio – Airelle Besson, Edouard Ferlet et Stéphane Kerecki – se produit au Caféde la Danse. En première partie, Jozef Dumoulin présente son dernier projet en solo.


A Fender Rhodes Solo

Sorti en 2014 chez Bee Jazz, A Fender Rhodes Solo est l’un des nombreux projets de Dumoulin. Comme il le souligne lui-même, ce n’est pas le versant funk et psychédélique que le claviériste privilégie avec le Rhodes, mais plutôt l’électro. C’est pour cela qu’il s’entoure d’un tas de pédalier FX et autres boîtiers divers.


Le set de Dumoulin dure une trentaine de minutes pendant lesquelles il pétrit de multiples effets sonores. Il plaque des accords aériens, égrène des motifs minimalistes sur le clavier et trifouille ses boutons pour fabriquer des sons d’outre-tombe, entrelacer des boucles synthétiques, répéter des motifs cristallins, produire des grésillements électriques, faire jaillir des pétarades mécaniques, imbriquer des ostinatos crépitants, dérouler des trémolos…

La musique concrète et autres dérivés postmodernistes sont plus proches de la musique de Dumoulin que Louis Armstrong, Charlie Parker ou John Coltrane. C’est une mise en bouche décalée et étonnante avant le trio acoustique prend la suite...


Aïrés Trio

Une fois sa résidence au Théâtre municipal de Coutances terminée, en mai 2017, Besson a formé l’Aïrés Trio avec Ferlet et Kerecki, afin de partager un goût commun pour des architectures musicales recherchées.

Le concert reprend la plupart des morceaux du disque : « Infinité » et « Résonance », signés Besson, « L’histoire d’un enfant de Saint-Agil » et « Les stances du sabre » de Ferlet, « Manarola » de Kerecki, mais aussi « Es Ist Vollbracht », tiré de la Passion selon Saint-Jean de Johann-Sebastian Bach et arrangé par Ferlet, « La pavane pour une infante défunte » de Maurice Ravel, « Windfall » de John Taylor (partenaire de Kerecki, avant son décès en juillet 2015) et la « Pavane » opus 50 de Gabriel Fauré.


« Infinité » s’ouvre sur la sonorité lumineuse et velouté de la trompette, bientôt rejointe par le piano et la contrebasse pour un unisson élégant. Après un développement rythmé de Ferlet, Kerecki emmène le gros son boisé de sa contrebasse dans un solo mélodieux, tandis que Besson continue avec un mouvement legato dynamique. Une pédale dans les cordes du piano, un rythme frappé sur la table de la contrebasse et des jeux de bouche et de piston introduisent « Es Ist Vollbracht ». Le trio alterne passages enlevés et allusions à l’aria de Bach dans un traitement moderne et tendu. C’est encore après une introduction sous forme de passes à trois que Besson expose avec majesté la « Pavane pour une infante défunte ». Le trio adopte une approche sobre qui met en relief la beauté du thème de Ravel.


Ferlet explique que « L’histoire d’un enfant de Saint-Agil » est la transcription d’une improvisation réalisée lors d’une résidence du pianiste dans ce petit village du Loir et Cher. Pétulant, le morceau permet au trio d’interagir dans un festival d’unissons, contre-chants, questions-réponses et autres dialogues. Le trio poursuit avec l’évocation d’un autre village : « Manarola ». Aïrés revient aux techniques étendues pour reprendre cette composition que Kerecki avait déjà jouée avec Taylor au Café de la Danse. Manarola a beau faire partie des Cinque Terre, en Italie, c’est plutôt un esprit latino qui habite cette interprétation, conclue par un chorus de contrebasse d’une musicalité remarquable.  Le « Windfall », que Taylor a composé au début des années quatre-vingts dix, est abordé sur un mode intimiste, avec tout un jeu de croisements délicats entre les phrases fluides de la trompette, les lignes souples de la contrebasse et les motifs déliés du piano.

Le bourdon qui sort du piano et le chant grave de la contrebasse plongent d’abord l’auditeur dans une ambiance légèrement bouddhiste, amusante pour cet avatar de la « Danse du Sabre » d’Aram Khachaturian, mais les trois musiciens repartent rapidement dans des échanges vifs et sautillants, plus proches de l’œuvre originale. Avec « Résonance », retour à Bach et ses contrepoints virtuoses, avant  des chassés-croisés, toujours aussi ingénieux. En bis, après un préambule percussif, Besson, Ferlet et Kerecki achèvent leur soirée par la splendide « Pavane » de Fauré qui inspira d’ailleurs celle de Ravel.


L’Aïrés Trio propose un jazz de chambre marqué par la musique classique. Une personnalité singulière, servie par une instrumentation trompette – piano – contrebasse plutôt inhabituelle, une inventivité malicieuse et une maestria admirable rendent cette musique passionnante.