5 mars 2016

A la découverte de… Joachim Caffonnette

Après ses études académiques, Joachim Caffonnette se frotte aux Lundis d’Hortense, puis se lance dans le milieu du jazz en 2008 : un trio, un quartet, un quintet, la jam session du Music Village, la formation de Marco Llano, le duo avec Anne Vank… et Simplexity qui sort en mars 2016. Un artiste à découvrir…

La musique

Je suis né dans une famille où l'art et la culture sont très présents : ma mère a créé sa compagnie de Théâtre d'Objet – la Compagnie Gare Centrale – dans les années quatre-vingt. Depuis elle tourne dans le monde entier. J’ai donc passé le plus clair de mon enfance dans les salles de théâtre et les festivals, en France, au Canada, en Angleterre...

Comme beaucoup d'enfants, j'ai suivi des cours de piano privé. Evidemment, j’ai failli arrêter plusieurs fois ! Mais j'étais obnubilé par les long cheveux roux de ma prof… j'ai donc continué ! Comme quoi, ça tient à peu de choses…

Vers quinze ans, je commence à délaisser petit à petit les activités habituelles des ados : cours d'art martiaux, foot, club d'échec, cours de dessin… Si bien qu'il ne me reste plus que le piano ! C'est également à peu près à cette période que je tombe sur le Live au Village Vanguard de Michel Petrucciani, avec Pal Danielson et Eliott Zigmund. Et là, je me suis dit : le jazz, c'est ça que je veux faire !

Ensuite, j’ai trouvé un prof de piano jazz à l'académie, près de chez moi, et j'ai été admis dans un programme de musique-étude en piano classique. Une fois mes études secondaire et classique terminées, j’ai rejoints le Conservatoire Royal de Bruxelles et suis entré dans la classe d'Eric Legnini. J’ai suivi ses cours pendant cinq ans avant d’étudier la composition avec Kris Defoort

Les influences

Mes influences sont principalement dans le jazz et la musique classique, mais elles sont très larges !

En tant que pianiste, j'ai toujours été fasciné par Bill Evans, Herbie Hancock et Keith Jarrett. Vers dix-huit ans, j'ai découvert Brad Mehldau. Il m'a ouvert les yeux sur tout l'univers du jazz actuel et de la scène new-yorkaise. 

En tant que compositeur, c'est beaucoup plus difficile de trouver des influences précises. J'adore les couleurs et les arrangements des disques Blue Note d'Hancok des années soixante. Les compositions de Wayne Shorter comptent, pour moi, parmi les plus grands aboutissements, en matière de thèmes de jazz.

Sinon, j'écoute très souvent Glenn Gould. Quand il joue Johann Sebastian Bach, ça m'inspire énormément ! Tout comme la musique de Claude Debussy, que j'ai analysé pendant des heures… Igor Stravinsky, György Ligeti et John Cage font aussi partie des compositeurs que me passionnent. Je me replonge également souvent dans Frédéric Chopin, pour retrouver la pureté romantique des mélodies…

Côté jazz, je trouve aussi que Kurt Rosenwinkel et Aaron Parks développent quelque chose de génial dans leur façon d'écrire... Donc c'est très large ! 


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? C'est une grande liberté... Malgré toutes nos études, quand on joue du jazz, la seule chose qui compte c'est que ça sonne bien !

Pourquoi la passion du jazz ? Parce que le jazz combine la composition, une grande liberté harmonique et l'improvisation.

Où écouter du jazz ? Le jazz s’écoute en cuisinant, dans les clubs, quand on est triste, quand on est content…

Comment découvrir le jazz ? Le mieux est d’essayer de laisser les aprioris de côté…

Une anecdote autour du jazz ? Il y en a tellement ! Ma préférée reste l'histoire de Thelonious Monk, en voiture avec Miles Davis : ils viennent de jouer « Round Midnight » dans un festival et Miles, qui a utilisé sa sourdine pour la première fois, reçoit une standing ovation de plusieurs minutes et signe un gros label dans la foulé... Monk lui dit alors un truc du genre « Tu n’as rien compris au morceau ! Ce n’est pas du tout comme ça qu'il faut le jouer… »  et il sort de la bagnole en plein trafic ! 

Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un lion : tu bouffes, tu dors, tu baises !

Si j’étais une fleur… Alors là : je n’en sais strictement rien !

Si j’étais un fruit, je serais une pomme, il y a tant de façons de la consommer !

Si j’étais une boisson, je serais un bon whisky. A laisser mûrir… Il faut être curieux pour l'apprécier, mais, en fin de compte, on est rarement déçu…

Si j’étais un plat, je serais les boulets liégeois – si vous ne connaissez pas, allez voir sur Google –  parce que je suis le seul bruxellois à les faire convenablement… et que j'adore ça !

Si j’étais une lettre, je serais X. Je crois que c'est le symbole le plus souvent écrit dans le monde, mais le placer au Scrabble est une tuerie !

Si j’étais un mot, je serais maintenant. J'essaie de vivre le plus possible dans l'instant. Même si j'ai une tendance à me projeter dans l'avenir – ce qui est nécessaire –  je pense que c'est important d'être à ce qu'on fait et d'en profiter.

Si j’étais un chiffre, je serais 9, parce qu'on peut le retourner et que ça ne veut plus dire la même chose.

Si j’étais une couleur, je serais un noir profond, parce que c'est plein et un peu mélancolique.

Si j’étais une note, un sol double dièse… pour faire chier le monde !

Les bonheurs et regrets musicaux

Mon plus grand bonheur, c'est de jouer et d'atteindre ce moment où le temps s'arrête, où j'entends chaque instrument, où l'inspiration vient sans penser et que la symbiose avec les musicien est parfaite. 

Mon principal regret, c'est de ne pas être un meilleur lecteur : je gagnerais du temps à pouvoir lire plus vite des partitions classique. 

Sur l’île déserte…

Quels disques ? Les sessions au Vanguard d’Evans, Deep Song de Rosenwinkel, les sessions Blue Note de Jarrett, Speak Like A Child d'Hancock, Symbiosis d’Evans...  

Quels livres ?  Des polars.

Quels films ? In Bruges, C'est arrivé près de chez vous... 

Quelles peintures ? Des œuvres de Claude Monet.

Quels loisirs ? Des épices pour faire à manger…

Les projets

Jouer !

J'ai aussi le projet fou d'écrire une pièce pour un ensemble hybride avec deux quatuors à corde, un ensemble à vent, une section de cuivre et de sax, et un trio piano – basse – batterie... Je me donne trois ans ! 

Trois vœux…
1. Que les gens essayent de se comprendre et s'écoute pour écouter, par pour répondre…
2. Que les choses ralentissent, qu'on prenne le temps de vivre...
3. Que l'argent devienne has been !