21 juin 2026
L'amour coule de source à l'Ermitage
Mercredi 17 juin 2026, le label Émouvance investit le Studio de
l'Ermitage pour un double concert de lancement de disque : Silent
Springs de Claude Tchamitchian et Vincent Lê Quang et Hymnes
à l'amour <3 de Christophe Monniot et Didier Ithursarry.
Le
programme de la soirée est alléchant : musiciens et professionnels
du secteur sont venus en nombre, dont Bruno Angellini,
Sophia Domancich,
Andy Emler, Daniel
Erdmann, Olivier Lété,
Fabrice Martinez
(co-directeur artistique du festival Les Émouvantes),
Marc Perrone,
Jean Rochard (auteur du texte du livret de Silent
Springs)...
Silent
Springs
Le
concert commence par le duo Tchamitchian - Lê Quang, qui reprend six
des sept morceaux de Silent Springs, en suivant l'ordre du
disque. Seul « Guillaumos
le grec »
n'est pas interprété pendant la soirée, morceau déjà
au répertoire de Naïri,
album de Tchamitchian
sorti en 2023 avec
Catherine Delaunay
et Pierrick Hardy.
«
Town At Dawn »
se déroule paisiblement, comme le réveil d'une ville... Les
phrases veloutées du saxophone ténor, à peine entrecoupées de
quelques traits aigus, s'entortillent autour du riff grave de la
contrebasse. Majestueuse et profonde, la contrebasse introduit «
L'oiseau calme »,
morceau également au
programme de Mythologies,
quintet de Tchamitchian avec Martinez, Sakina
Abdou, Christiane
Bop et Christophe
Marguet. Le saxophone
soprano engage un dialogue délicat à base de questions-réponses
dans un esprit proche de la musique classique. L'unisson de l'archet
et du soprano, tel un cri, donne à «
Appel »
un aspect mystérieux,
que renforcent les effets
de technique étendue avec le souffle, les clés, les harmoniques et
autres jets de notes. Comme le dit avec humour Lê Quang «
après
cet appel, dont on ne sait pas s'il est en PCV ou hors forfait... »
place à « Katsounine »,
un standard de Tchamitchian au menu
de
Poetic Power,
dès 2019, avec Monniot
et Tom Rainey,
mais aussi de
Naïri.
Sur un bourdon joué à
l'archet, le saxophone ténor expose une mélodie nostalgique, puis,
porté par un riff entêtant de la contrebasse, Lê Quang développe
un discours aérien et vif. L'archet
de
Tchamitchian, émaillé
d'accents moyen-orientaux, instille
de la gravité dans «
Katsounine », une suite
en
forme d'ode. « Les
sources silencieuses »,
morceau-titre de l'album qui joue sur l'ambiguïté de Springs,
printemps ou sources en anglais, porte bien sonr
nom : la ligne sombre et imposante de la contrebasse soutient un air
introspectif et lyrique, aux allures d'hymne. «
Down By The Salley Gardens »
conclut ce premier set. Le morceau signé Lê Quang est inspiré par
un poème éponyme du prix Nobel William
Butler Yeats, publié
dans The Wanderings of Oisin and Other Poems en 1889.
Le saxophoniste met au défi les spectateurs de réciter les vers sur
la musique :
«
C'est près de ce jardin fleuri que mon amour et moi nous sommes
rencontrés pour la première fois.
Je
l'ai prise dans mes bras et je l'ai couverte de doux baisers.
Elle
m'a dit de prendre la vie avec légèreté, comme les feuilles
tombent de l'arbre.
Mais
moi, jeune et insouciant, je n'étais pas d'accord avec ma
bien-aimée. »
Le
saxophone soprano s'envole dans un chorus a capela tendu où montées
et descentes côtoient des sauts d'intervalles. Quand la contrebasse
le rejoint, le chant devient solennel.
La
sonorité acoustique ample de la contrebasse et du saxophone ténor
sert bien ce répertoire intimiste, qui évoque parfois Charles
Lloyd pour sa sensibilité théâtrale.
Silent Springs
Vincent Lê Quang
& Claude Tchamitchian
Vincent Lê Quang (ss, ts) et Claude Tchamitchian (b)
Emouvance - emv 1052
Sortie le 19 juin 2026
Liste des
morceaux
01. «
Town At Dawn »,
Tchamitchian (07:32).
02. «
L'oiseau calme »,
Tchamitchian (04:22).
03. «
Appel », Lê Quang
(05:48).
04. «
Katsounine »,
Tchamitchian (12:38).
05. «
Les sources silencieuses »,
Le Quang (04:06).
06. «
Guillaumos le grec »,
Tchamitchian (06:18).
07. «
Down By The Salley Gardens »,
Lê Quang (02:58).
Hymnes
à l'amour <3
Monniot
et Ithursarry prennent la suite pour leur troisième Hymnes à
l'amour, après un premier opus en 2018 et une Deuxième
chance en 2021. A l'instar de Tchamitchian et Lê Quang, le duo
interprète les neuf morceaux du disque dans l'ordre.
Chaque
thème évoque une personne chère au duo. Exception qui confirme la
règle, selon Monniot, c'est en pensant à eux que Charles Mingus
a composé «
Fables of Faubus »...
Et comme il le note avec malice : «
un
détail qui a son importance, il avait les mêmes initiales que moi »
! Après un thème en
suspension, l'accordéon assure une pulsation solide tandis que le
saxophone alto part dans des digressions véloces
de néo-bopper, parsemées de phrases de shouter et d'accents bluesy.
Après cette grosse ambiance, «
Guigui »,
écrit
par Ithursarry pour
Guillaume Saint-James,
est une danse basque, un arin-arin particulièrement entraînant, qui
mêle échanges folkloriques et free dans un joyeux cocktail syncopé.
« Marco »,
hommage émouvant à Marc
Perrone,
part sur un développement
nostalgique de l'accordéon,
bientôt accompagné des contre-chants du saxophone sopranino,
qui s'élance dans des fulgurances virtuoses, tout en contraste avec
le lyrisme du « piano
à bretelles ».
La « Petite danse de la
joie », offerte
au festival d'Uzeste et à la Compagnie Lubat, s'apparente à une
danse créole avec des motifs et accords enlevés de l'accordéon qui
repondent au jeu heurté et débridé du saxophone sopranino.
Evidemment composée pour Monniot, «
La java du Cristobal »
démarrre sur les chapeaux de roue sur un unisson
ébouriffant de l'accordéon et du saxophoone alto, suivi d'un
développement fougueux et dansant. Pour présenter «
Kathelin Gray », morceau
signé Ornette Coleman
et Pat Metheny
pour le disque Song X,
publié en 1986, Monniot déclare
qu'«
en
Normandie, nous avons deux héros
: Guillaume
Le Conquérant, qui a
annexé l'Angleterre pour en faire un terrain de chasse aux
lapins
et de golf... et Charlie
Dalin, qui a gagné
deux fois le Vendée Globe, dont une fois avec un cancer, et qui
vient de mourir jeudi dernier... »
Sur le bourdon de l'accordéon, le saxophone déroule une mélodie
lente aux contours dramatiques. Pour célébrer la mémoire d'Hermeto
Pascoal, décédé le
13 septembre 2025, le duo joue «
Bebê » en
chœur à toute allure, sans jamais oublier de danser ! Le «
Pie Jesu » de «
Gabriel Fauréver »,
dixit Monniot, est interprété au pied de la lettre, en toute
quiétude. Pour terminer, «
Melting Teapot 1 »,
dédié aux seize
chanteuses des Grandes Voix Bulgares
qui avaient invité le saxophoniste pour une résidence au bord de la
Mer Noire, est une course poursuite folklorique en apnée,
interrompue par des dialogues échevelés et des bonds furieux !
Le
duo Monniot - Ithursarry dépote, sans jamais tomber dans une facilité quelconque !
Hymnes à
l'amour <3
Christophe
Monniot & Didier Ithursarry
Christophe Monniot (as, sso) et Didier Ithursarry (acc).
Emouvance - emv 1051
Sortie le 19 juin 2026
Liste des
morceaux
01. « Fables Of
Faubus », Charles Mingus (4:50).
02. « Guigui »,
Didier Ithursarry (3:57).
03. « Marco »,
Christophe Monniot (4:20).
04. « Petite danse
de la joie », Christophe Monniot (5:45).
05. « La java du
Cristobal », Didier Ithursarry (4:11).
06. « Kathelin Gray
», Ornette Coleman & Pat Metheny (4:10).
07. « Bebê »,
Hermeto Pascoal (5:18).
08. « Pie Jesu »,
Gabriel Fauré (4:03).
09. « Melting
Teapot 1 », Christophe Monniot (4:47).
10. « L'au revoir
», Didier Ithursarry & Christophe Monniot (1:26).
10 juin 2026
05 juin 2026
Quelques notes sur la liberté - Michel Portal
Le 12 février 2026 Michel Portal s'en est allé, laissant un
grand vide sur la scène du jazz. MP85, son dernier disque,
sort le 5 mars 2021 pour célébrer ses quatre-cinq ans. Mais pendant
le covid, le réalisateur Benjamin Delattre et la productrice
Sophie Faudel convainquent Portal de faire un film sur son
processus de création musical. Le documentaire est tourné au
Théâtre de l'Alliance française à Paris entre le 19 décembre
2022 et le 27 mai 2023, et pendant le Nouveau Festival Radio France
Montpellier Occitanie au Musée Fabre le 27 juillet 2023. Quelques
notes sur la liberté est projeté le 20 mai 2026 et la bande
originale du film est publiée le 22 mai sur le label Cézame Original Score.
Le
disque regroupe dix-huit improvisations encadrées par des
commentaires de Portal, dont sont extraits leurs titres. Dans les
quatre premiers mouvements Portal joue de la clarinette basse, il
passe au bandonéon pour les trois suivants, puis au saxophone
soprano pour les deux d'après. Sur six morceaux, à la clarinette
basse ou au saxophone soprano Portal réagit aux effets électro de
Titouan Ralle. Portal conclut le disque sur trois
interventions à la clarinette.
Quelques
notes sur la liberté rend évident l'élégance de
l'instrumentiste (« Des
croisements que je cherche »)
et la finesse de l'improvisateur («
Tu vois c'est ça qu'il faut ! »).
Les dix-huit séquences mettent aussi en relief le son limpide («
Que ça vole ! »)
et la virtuosité («
Échauffement »)
que Portal tire de la musique classique. Le disque permet également
d'apprécier les qualités mélodiques de Portal avec des thèmes
contemplatifs (« Je
commence quelque chose là ? »),
solennels (« Bienheureux
») et émouvants («
Quelque chose qui sort de l'âme »),
qui lui font d'ailleurs dire : «
Là je vais commencer à pleurer... C'est dommage ! ».
Portal passe avec une
aisance confondante d'un
air entraînant ponctué
de touches ethniques
(« Elle
vit, elle me ressemble »)
à une farandole
teintée de folklore («
Jouer avec la force
»),
d'un tango
bien senti («
J'ai envie de chanter ça
»)
à des ondulations
moyen-orientales
(« Tu vois c'est ça
qu'il faut ! »), d'une
atmosphère ambient jazz
(«
Improvisation tranquille »)
à des envolées pétulantes («
Des trucs sauvages
! »
et « On
peut continuer »).
Les morceaux sont d'autant plus captivants que leur déroulé est
souvent théâtral («
Dans la musique, il
faut... »).
En dehors des techniques
étendues - effets de souffle, de clés et de voix («
Tu vois c'est ça qu'il faut ! »)
- Portal souligne parfois ses développements avec des vocalises («
Jouer avec la force
»)
ou des martèlements de pied vigoureux («
Entendre des sons et
être tout de suite avec
eux »).
Portal réagit au quart de tour aux effets électro qui lui sont
proposés, comme la ligne aérienne et gracile qui serpente au-dessus
d'un bourdon (« On
va voir... »)
ou le thème-riff et les boucles qui répondent à une nappe sonore
(« Comme
si quelqu'un parle à
l'autre »)
et il en va de même des petits motifs délicats qui dialoguent avec
le tintinnabulement impromptu d'un carillon dans le lointain («
D'accord !
»).
Portal
a toujours dit que la musique était au centre de sa vie (et
réciproquement). Ce qu'il confirme dans Quelques notes sur la
liberté : « j'adore la musique ! Le reste, bon, j'y arrive
pas... » Et d'enfoncer le clou : « si jamais je ne fais pas de
musique, je deviens complètement fou... mais il ne faut pas que je
le dise à haute voix ! ». Concernant l'improvisation, il déclare :
« il n'y a pas de musique écrite devant moi là... Donc, pour moi,
quand je joue ces choses-là et que j'entends le son qui n'est pas si
mauvais que ça, je me dis : ça ça vaut le coup ! » Le côté
composition spontanée prend tout son sens quand, à la suite de «
Quelque chose qui sort de l'âme », Portal affirme que « j'ai joué
cette histoire, mais je serai incapable de la refaire maintenant ».
Si
Quelques notes sur la liberté
est un formidable moyen de découvrir différentes facettes de Portal
et de sa musique, c'est aussi tout bonnement un disque magnifique.
Le disque
Quelques notes
sur la liberté
Michel Portal
Michel Portal (bcl,
bandonéon, ss, cl), avec Titouan Ralle (électro).
Cézame Original
Score - CEO2192
Sortie le 22 mai
2026
Liste des
morceaux
01. «
Je commence quelque chose là ? »
(1:01).
02. «
Des croisements que je cherche »
(2:34).
03. «
Quelque chose qui sort de l'âme »
(1:44).
04. «
Elle vit, elle me ressemble »
(3:45).
05. «
Jouer avec la force »
(1:36).
06. «
J'ai envie de chanter ça »
(1:10).
07. «
Dans la musique, il faut... »
(3:42).
08. «
Des trucs sauvages ! »
(1:14).
09. «
On peut continuer »
(1:04).
10. «
On va voir... » (2:19).
11. «
Que ça vole ! »
(1:29).
12. «
Entendre des sons et être tout de suite avec eux »
(1:30).
13. «
Comme si quelqu'un parle à l'autre »
(0:46).
14. «
Improvisation tranquille »
(5:05).
15. «
Tu vois c'est ça qu'il faut ! »
(5:45).
16. «
Échauffement » (0:22).
17. «
D'accord ! » (1:04).
18. «
Bienheureux » (1:23).
Tous les morceaux
sont signés Portal.
03 juin 2026
Les accords ouverts de David Crosby
Franck Tortiller et Misja Fitzgerald Michel sortent The Open
Chords of David Crosby le 29 mai 2026 sur le label MCO, créé en
2012 par le vibraphoniste au sein de sa structure Musique à Ciel
Ouvert.
Le
vendredi 22 mai 2026 les deux musiciens présentent leur disque au
Yamaha Artist Services Europe Paris. Au 122 de la rue de Javel, dans
le quinzième arrondissement de Paris, Yamaha a inauguré en janvier
2026 ce centre où les musiciens peuvent se rencontrer, s'exercer, se
former, répéter, enregistrer, organiser des concerts... Il faut
dire que cela fait près de quarante ans que Tortiller et Yamaha
travaillent ensemble, et, fait du hasard, Guild, le luthier de
Fitzgerald Michel, a été racheté par Yamaha en 2023 !
Franck Tortiller & Misja Fitzgerald Michel - Yamaha Artist Services Europe Paris - 22 mai 2026 © PLM |
The
Open Chords of David Crosby est évidemment un hommage au
guitariste-chanteur, décédé en 2023, et héro de la musique
folk-rock d'abord avec The Byrd, mais surtout avec le cultissime
groupe Crosby, Stills, Nash &
Young. Une mention spéciale pour l'illustration de la
pochette du disque signée François Corneloup : une dune et
un cumulonimbus forment un tableau photographique avec des dégradés
de gris du plus bel effet.
Six
morceaux de
The Open Chords of
David Crosby sont
au programme du concert. Le duo laisse de côté «
Look To
The
Spark »
et « She
Says
»,
deux compositions de Tortiller, et «
Carry Me
»,
chanson de
1975
qui figure sur l'album Wind
On The Water
de
Crosby
& Nash.
Tortiller
et Fitzgerald Michel démarrent avec «
Tracks In The Dust »,
morceau-titre d'un disque publié
par Crosby en 1989.
Les accords et motifs arpégés de
Fitzgerald Michel
soulignent un
thème
harmonieux
exposé par Tortiller,
avant que les deux chorus, véloces et énergiques, ne le
dynamisent avec à-propos.
Les duos vibraphone - guitare acoustique ne courent pas les rue,
pourtant le mariage
du timbre sec de la
guitare et de la
sonorité argentine du vibraphone
est d'autant plus attrayant que les deux instruments ont des
caractéristiques mélodico-rythmiques complémentaires.
« Somebody
Other Than
You »
est un morceau de Crosby
plus récent, au répertoire de Lighthouse,
paru
en 2016. La mélodie
chantante que le duo interprète dans l'esprit de l'original laisse
place à des envolées percussives de Tortiller, soutenu nerveusement
par Fitzgerald Michel, qui part ensuite dans un solo inspiré. Le
tube « Guinnevere
», qui fait partie du
premier disque Crosby,
Stills & Nash,
édité en 1969, est une ballade portée par un riff folk-rock
et des lignes sinueuses
discrètement teintées de blues. Comme le mentionne Tortiller, «
Guinnevere
» a été repris maintes
fois et
notamment par Miles
Davis. En 1979, dans
Circle In The Round,
le trompettiste en donne une version fusion rococo de près de vingt
minutes,
avec sitar, profusion de claviers, percussions, lignes de basse
sourdes et autres chœurs des vents...
«
Déjà vu
»,
écrit en 1970
pour le disque éponyme de Crosby et Nash,
penche davantage vers le rock,
avec des accords puissants, un thème syncopé et vif,
et des solos si denses et
musclés que Tortiller en casse une baguette : «
Ce n'est pas les baguettes de Yamaha qui sont fragiles, c'est moi qui
joue fort ! ». Tortiller
et Fitzgerald Michel regroupent «
Traction
in the Rain
»
et
«
Orléans
»,
deux morceaux de
If I Could Only
Remember My Name,
enregistré par Crosby
en 1971. Après des
accords larges de la guitare et des glissando du vibraphone ponctués
de petits motifs plein de vibrato, un
air paisible sur un
riff imperturbable débouche
sur des mouvements fougueux du vibraphone et des traits d'abord
aériens, puis entraînants de la guitare.
Pour conclure le set, le
duo reprend « Suite:
Judy Blue Eyes »,
composé par
Stills
en 1969 pour le premier disque du trio Crosby, Stills & Nash
(Young
les rejoint en 1970).
Morceau dansant, «
Suite: Judy
Blue Eyes » commence par
des questions - réponses entre Fitzgerald Michel et Tortiller, puis,
porté par la pompe et les shuffle de la guitare, le vibraphone joue
un solo impétueux, suivi par de la guitare, intense et tranchante.
Inutile
d'être un inconditionnel de Crosby, Stills, Nash & Young pour
apprécier totalement The Open
Chords of David Crosby
: Tortiller et Fitzgerald Michel personnalisent et
pimentent avec habileté les chansons de Crosby.
The Open
Chords of David Crosby
Franck Tortiller
& Misja Fitzgerald Michel
Franck Tortiller
(vib) et Misja Fitzgerald Michel (g).
MCO Label - MCO 21
Sortie le 29 mai
2026
Liste des
morceaux
01. «
Guinnevere », Crosby
(4:38).
02. «
Déjà vu », Crosby
(5:47).
03. «
Carry Me », Crosby
(3:26).
04. «
Traction in the Rain / Orléans »,
Crosby (4:04).
05. «
Look To The Spark »,Tortiller
(3:46).
06. «
Judy Blue Eyes »,
Stills (4:06).
07. «
Somebody Other Than You »,
Crosby (5:20).
08. «
Tracks In The Dust »,
Crosby (4:02).
09. «
She Says », Tortiller
(2:41).
29 mai 2026
Passion Congo - Ensemble Partage
Après près de quarante-cinq de carrière et près d'une quarantaine
de disques, bandes originales et musiques pour le théâtre, inutile
de présenter Ray Lema. L'artiste fête ses quatre-vingts ans
avec un nouveau projet autour de son pays d'origine, la République
démocratique du Congo, ex-Zaïre : Congo Passion sort le 24
avril 2026 sur le label One Drop.
Pour
Congo Passion, Lema forme l'Ensemble Partage, septuor
constitué d'un quatuor à cordes - Massimiliano Gilli et
Sylvie Blanc aux violons, Gerardo Vitale à l'alto et
Claudia Ravetto au violoncelle - accompagné de Manuel
Pramotton au saxophone soprano, Marco Giovinazzo et Nesta
Mondelice aux percussions.
Les neuf compositions
sont
signées Lema.
Le pianiste
nous fait voyager de «
Mopti »,
ville du Mali, à «
Ngandajika »,
cité de la province de Lomani en R.D.C., en passant par «
Matongue »,
quartier des noctambules de Kinshasa, composition que Lema a déjà
enregistré en 2012
sur
V.S.N.P.
avec
son quintet, mais aussi en 2016
sur
Riddles
en
duo avec Laurent
de Wilde.
Il reprend également «
Partage »,
au répertoire de Tout
partout,
publié en 1995.
«
Hysteria »,
«
Salsa Gombo »
et le morceau-titre
parlent d'eux-mêmes. «
Aquarius »
est une référence au Verseau, la constellation du zodiaque. Quant à
«
Twist & Smile »,
c'est sans doute une clin d'œil au célèbre «
Twist
and Shout
»,
tube de 1961
écrit
par Phil Medley
et Bert
Russell.
Les
mélodies de Lema font la part belle aux thèmes-riffs («
Hysteria »), mais la
musique classique n'est jamais non plus très loin avec des accents
mozartiens («
Passion Congo »), des
airs souvent lyriques («
Matongue »),
cinégéniques (« Mopti
») ou
sautillants comme une
ronde enfantine («
Aquarius »).
Seule
chanson du disque, «
Partage » est
paisible et chaloupée comme
« une
chanson douce que me
chantait ma maman ».
Congo Passion
est entraînant du début à la fin
: des ostinatos puissants («
Hysteria »)
côtoient des
riffs excitants
(«
Ngandajika »),
des pompes enlevées («
Passion Congo »)
précèdent des mouvements syncopés («
Matongue »),
des walking imposantes
(« Twist & Smile »)
succèdent à des unissons sautillants («
Aquarius »), le tout
appuyé par des percussions légères et foisonnantes, comme la clave
et les poly-rythmes de «
Salsa Gombo » ou le
cha-cha-cha de «
Ngandajika ». Lema a
visiblement écrit avec beaucoup de plaisir pour les cordes et le
saxophone soprano. Les voix
se développent en
plans superposés
(«
Hysteria ») dans des
mises en son théâtrales («
Hysteria ») à mi-chemin
entre la musique classique et les musiques ethniques («
Aquarius »). Des chœurs
se font et se défont («
Ngandajika »),
des contre-chants virevoltent («
Passion Congo »), des
phrases mélancoliques s'alanguissent («
Mopti »), des
questions-réponses s'emballent («
Aquarius
»)... tandis que le
saxophone soprano s'envole au-dessus de la mêlée («
Salsa Gombo ») et que le
piano swingue avec force («
Twist & Smile
»). Ce
cocktail de musiques de danses populaires et de musique classique
s'inscrit parfois dans la lignée de Louis
Moreau Gottschalk,
voire Scott Joplin.
Passion
Congo dégage un épicurisme musical décomplexé et juste teinté
d'une touche nostalgique...
Le disque
Passion Congo
Ensemble Partage
Massimiliano Gilli
(vl), Sylvie Blanc (vl), Gerardo Vitale (avl), Claudia Ravetto
(cello), Manuel Pramotton (ss), Ray Lema (p, voc), Marco Giovinazzo
(perc) et Nesta Mondelice (perc).
One Drop records -
1DROP11
Sortie le 24 avril
2026
Liste des
morceaux
01. «
Hysteria » (2:47).
02.
« Passion Congo » (4:52).
03.
« Mopti » (5:13).
04.
« Ngandajika » (4:41).
05.
« Salsa Gombo » (4:38).
06.
« Aquarius » (6:21).
07.
« Matongue » (6:31).
08.
« Twist & Smile » (7:07).
09.
« Partage » (3:52).
Tous les morceaux
sont signés Lema.
20 mai 2026
Perception - Synestet
Hélène Duret forme Synestet en 2017.
La clarinettiste s'entoure pour l'occasion du saxophoniste ténor
Sylvain Debaisieux, du guitariste Benjamin
Sauzereau, du contrebassiste Fil Caporali et du batteur
Maxime Rouayroux. Après Les usures, publié en 2019,
Synestet rejoint Igloo Records et enregistre Rôles en 2022,
puis Live in Belgium en 2023. Pour Perception, qui sort
le 24 avril 2026, le quintet invite le tromboniste Nils Wogram.
En
dehors de « Basculements
»,
signé Debaisieux, les onze autres morceaux au répertoire de
Perception ont été composés par Duret. La pochette du
disque est illustrée par Pauline
Greck-Chassain, déjà à l'œuvre pour Rôles et
Live in Belgium de Synestet, et Boîte noire de Fur
(trio de Duret avec Caporali et Rouayroux). Le livret du disque, bien
fourni, propose en exergue un poème de Clara Ysé et des
photos des musiciens prises par Arnaud Ghys et Alice Khol
pendant les séances d'enregistrement.
Après
un démarrage brutal sur les roulements furieux de la batterie et un
unisson non moins imposant, « De loin en loin » évolue avec les
contrepoints chambristes des soufflants, tandis que la rythmique se
montre plus relax. Puis, quand la guitare décide de s'envoler, la
contrebasse imprime une ligne sourde et la batterie ponctue son
discours de splash et de pêches. Dans cette ambiance musclée,
Sauzereau lâche les chevaux et son chorus, entre free et rock prog,
s'appuie sur des effets de pédale, stridences, saturation et autres
bruitages massifs ! Le chœur des soufflants fait son retour pour le
final qui reste dans cette atmosphère monumentale. Tous ces
contrastes que l'on retrouve également dans la plupart des autres
morceaux sont caractéristiques de la musique de Synestet.
«
Solo », teinté d'accents ethniques de la clarinette basse dans les
graves, sert d'introduction à « Point commun ». Ce morceau
intimiste part d'échanges en pointillés, puis se développe à
partir d'un air délicat de la clarinette sur une rythmique souple et
dansante, des riffs en section, mais aussi d'abondants croisements de
voix, autre marque de fabrique du style de Duret. « Point commun »
permet aussi d'apprécier la musicalité de Caporali.
Le
mélancolique « Adieu » est d'abord bercé par une mélodie
nostalgique jouée à l'unisson par le saxophone ténor et le
trombone sur un riff lancinant à l'unisson de la contrebasse,
clarinette basse et guitare, ponctué des splash de la batterie. L'«
Adieu » se poursuit par le discours élégant et velouté de Wogram
et les lignes raffinées de Duret, soutenus par les contre-chants
subtils de la guitare, les motifs minimalistes de la contrebasse et
les roulements légers de la batterie. Là encore, la superposition
de plans ajoute du relief aux échanges du sextet.
Les
boucles enchevêtrées de Duret et Debaisieux, l'unisson lancinant de
Sauzereau et Caporali, à l'archet, et une mélodie étirée exposée
par Wogram servent de point de départ « Au milieu ». Les frappes
en suspension de Rouayroux, les traits économes de Caporali et les
suites d'accords presque vintage de Sauzereau soulignent les
ondulations de Wogram, tandis que le saxophone ténor et la
clarinette poursuivent leur ballet circulaire dans ce morceau
tourmenté.
«
Enfermé dehors » débute par une suite de notes intercalées sur
les cliquetis de la batterie et le thème exposé par la clarinette
évoque la musique classique française du début XXe. Impression
renforcée par les questions-réponses pleine de verves et d'humour
entre tous les instruments. Puis, sur une batterie dynamique, les
phrases courtes s'égaient dans les aigus et font monter la pression
d'un cran.
Interprété
en trio par Duret, Wogram et Caporali, « Sinueuse » vire à la
farandole, particulièrement entraînante, emporté par les dialogues
chaloupés du trombone et de la clarinette basse avec la contrebasse.
Retour
à une entrée en matière rythmique pour « Abysses ». Porté par
les percussions tintinnabulantes, une walking de la contrebasse et
les interactions habiles entre guitare, saxophone ténor et
clarinette, le morceau passe par un court tutti foisonnant avant un
final dans l'esprit du départ.
La
contrebasse lance a capela un solo tout en fluidité qui sert d'«
Intro » aux « Basculements », morceau à l'atmosphère
mystérieuse. Un ostinato inamovible de la contrebasse, une batterie
monumentale et lointaine, une guitare qui va et vient entre riff et
formules cristallines, un saxophone ténor soyeux et tortueux, suivi
de près par la clarinette basse... ce morceau est très cinégénique.
«
Colère contenue » commence avec la moutarde qui monte au nez : des
effets de souffles... Un riff de guitare acoustique, une batterie
foisonnante, une clarinette suraiguë, une contrebasse à l'archet
sombre, un saxophone ténor irrité et la colère monte, prête à
exploser. Mais non, le développent est lent, l'atmosphère est
lourde et, quand le saxophone ténor expose la mélodie avec la
clarinette et la guitare en contre-chant, c'est la mélancolie qui
l'emporte... avant que le saxophone ténor ne puisse plus se
contenir, et part pour une envolée entre néo-bop et free, dans un
décor presque rock, installé par les leitmotiv entraînants de la
contrebasse, une batterie athlétique, et des unissons musculeux de
la guitare et de la clarinette. La « Coda », interprétée par la
guitare acoustique a capela, est paisible comme une comptine... sans
rancune !
Le
jazz de chambre
de Synestet est toujours
aussi intrigant et
jubilatoire. Perception,
c'est des constructions
complexes,
mais une écoute facile... et passionnante !
Le
disque
Perception
Synestet
Hélène
Duret (cl, bcl), Sylvain Debaisieux (ts), Benjamin Sauzereau (g), Fil
Caporali (b) et Maxime Rouayroux (d), avec Nils Wogram (tb).
Igloo
Records - IGL391
Sortie
le 24 avril 2026
Liste
des morceaux
01.
« De loin en loin »
(06:04).
02.
« Solo »
(01:36).
03.
« Point commun »
(05:41).
04.
« Adieu »
(06:17).
05.
« Au milieu »
(05:20).
06.
« Enfermé dehors »
(04:06).
07.
« Sinueuse »
(02:51).
08.
« Abysses »
(03:57).
09.
« Intro »
(01:05).
10.
« Basculements »,
Debaisieux (04:48).
11.
« Colère contenue »
(06:50).
12.
« Coda »
(01:22).
Tous
les morceaux sont signés Duret sauf indication contraire.
18 mai 2026
Oiseau murmure - Naudet Girard Flament
En 1995 le clarinettiste Nicolas Naudet (Taim' compagnie) et
le contrebassiste Théo Girard (Discobole) se rencontrent sur
les bancs du conservatoire de Montreuil. Mais ce n'est qu'en 2023 que
les chemins de Naudet et du batteur Benjamin Flament
(Compagnie Green Lab) se croisent : le trio OIseau murmure commence à
se produire en 2024 et sort son premier opus éponyme le 12 juin 2026
sur le label Discobole.
Au
programme d'Oiseau murmure, quatre morceaux signés Girard,
deux compositions de Naudet, trois thèmes communs, «
Locomotive »
écrit par Thelonious
Monk pour
l'album Monk
(publié
par Prestige en 1954),
plus huit
interludes collectifs
: de la ronde sautillante d'« Oiseau mouche » aux clapotis
et pépiements d'« Oiseau et puis plus », en passant par le
minimaliste « Oiseau plouf », l'énigmatique « Oiseau feu », le
syncopé « Oiseau vent », la course-poursuite d'« Oiseau lumière
», le nerveux « Oiseau nuit » et la volière « Oiseau forêt »,
la symbiose du trio saute aux oreilles !
Les
textures sonores sont au centre d'Oiseau
murmure, avec
ses
contrastes entre sons synthétiques et acoustiques («
Escalator pour les fonds marins »),
décors électro
(«
Unisson »),
voix démultipliées («
Seuls les oiseaux nous regardent »),
nappes éthérées («
Ne pas tourner en rond sans toi »),
timbres
variés (xylophone,
souffle, archet, bruitages...)
et ses mises
en son théâtrales («
Tout près du loin »).
Le trio affectionne les atmosphères
mystérieuses («
Non loin du pré »),
voire surnaturelles («
Tout près du loin »),
basées sur des airs fragiles et élégants («
Sur le fil ») et
délicats (« Ne pas
tourner en rond sans toi »),
majestueux (« Locomotive
»)
et grandioses («
Unisson »),
parfois un brin nostalgiques («
Seuls les oiseaux nous regardent »).
Dans
leur développement la plupart des morceaux montent rapidement en
tension (« Seuls les
oiseaux nous regardent »)
et débouchent sur de grosses ambiances («
Movement In Squares »).
Il faut dire que Flament
fait crépiter sa batterie («
Sur le fil ») et parsème
son drumming de cliquetis touffus («
Sur le fil
»)
et véloces («
Movement In Squares »),
sans hésiter non plus à installer des rythmes répétitifs
puissants (« Escalator
pour les fonds marins »)
et des frappes
dansantes
(«
Unisson »),
avec des couleurs ethniques quand le xylophone s'en mêle («
Dans les pas des pas »).
La
sonorité boisée, très naturelle et d'une ampleur formidable de
la contrebasse de Girard («
Ne pas tourner en rond sans toi »)
en fait une partenaire
idéale pour la batterie et les percussions de Flament («
Escalator pour les fonds marins »).
Les pédales grondent («
Seuls les oiseaux nous regardent »),
les riffs vrombissent («
Unisson »), les
ostinatos ennivrent («
Ne pas tourner en rond sans toi »),
les motifs aux accents rock prog rugissent («
Movement In Squares »)
et les lignes heurtées
zigzaguent («
Dans les pas des pas »),
sans négligler la musicalité du chorus épatant pris «
Sur le fil ». Quant
aux clarinettes, tantôt elles volent, aériennes et vibrantes («
Escalator pour les fonds marins »),
souvent lointaines («
Tout près du loin »),
mélodieuses et imperturbables («
Unisson »),
tantôt
elles rejoignent la
rythmique avec des
contrepoints subtils (
« Dans les pas des pas »),
des réponses raffinées («
Sur le fil »),
des phrases astucieuses
(réverbérées pour mieux se marier à l'archet de la contrebasse
dans « Non loin du pré
»), sans oublier les
effets de souffles et de clés («
Movement In Squares »),
les boucles hypnotiques («
Ne pas tourner en rond sans toi »)
et quelques envolées free fougueuses («
Seuls les oiseaux nous regardent »).
Jazz,
musique de chambre, musique contemporaine, musique du monde, musique
minimaliste, rock progressif... Oiseau
murmure est
inclassable et tant mieux : c'est un disque magnifique !
Le disque
Oiseau murmure
Naudet Girard
Flament
Nicolas Naudet (cl,
bcl, électro), Théo Girard (b) et Benjamin Flament (d, perc).
Discobole - SD052026
Sortie le 12 juin
2026
Liste des
morceaux
01. «
Oiseau mouche » (0:12).
02. «
Escalator pour les fonds marins »,
Girard (04:47).
03. «
Oiseau plouf » (0:27).
04. «
Sur le fil », Naudet
(04:24).
05. «
Non loin du pré »
(1:16).
06. «
Ne pas tourner en rond sans toi »,
Girard (6:03).
07. «
Oiseau feu » (0:13).
08. «
Movement In Squares »,
Girard (3:22).
09. «
Oiseau vent » (0:12).
10. «
Locomotive », Monk
(3:03).
11. «
Oiseau lumière »
(0:18).
12. «
Unisson », Naudet
(5:37).
13. «
Oiseau nuit » (0:16).
14. «
Dans les pas des pas »
(2:37).
15. «
Oiseau forêt » (0:17).
16. «
Seuls les oiseaux nous regardent »,
Girard (4:34).
17. «
Oiseau et puis plus »
(0:17).
18. «
Tout près du loin »
(2:47).
Tous les morceaux
sont signés Oiseau murmure sauf indication contraire.
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