2 avril 2017

A la découverte de… Benoît Lugué

Un temps journaliste, mais avant tout musicien, Benoît Lugué commence par co-fonder le groupe Fada avant de se lancer dans une aventure personnel avec Cycles… Un artiste au parcours atypique qui mérite d’être découvert !


La musique

Dès mon plus jeune âge, j’ai commencé la musique à l’école de mon bled, Ploërmel, dans le Morbihan. Je n’étais pas une flèche, mais j’aimais ça, surtout le chant en choral. Par contre, le piano classique m’a immédiatement fatigué... Au collège, j’ai dit à mon père que je voulais arrêter le piano pour faire de la guitare. C’est à ce moment que je monte mes premiers groupes. Nous reprenons les Beatles, les Rolling Stones, Jean-Jacques Goldman, Lynyrd Skynyrd… Ça partait dans tous les sens !

Au lycée, en seconde, je joue du piano et de la guitare, mais il fallait un bassiste pour monter un groupe de funk… Je m’y colle. Je prends quelques cours particuliers et j’ai la chance de pouvoir travailler avec mon cousin Xavier Lugué, contrebassiste exceptionnel et membre, entre autres, de l’Orchestre de Contrebasses. Il m’apporte des relevés très précis et j’ai dû bosser ma technique pour arriver à jouer les lignes de groupes comme Average White Band, Tower of Power, Maceo Parker… Et puis je suis resté à la basse parce que ça m’a vraiment plu !

En 1991, j’ai dix ans et nous venons d’avoir la télé. Je me souviens de jouer dans le jardin, et mon père m’appelle : il y a une émission sur les pianistes de boogie woogie sur Arte… ou la 7. Avec ma sœur, nous jouons du piano depuis quelques années, mais cette émission nous a beaucoup impressionnés : c’est une première approche du jazz... Quelques mois plus tard, mon père m’apprend qu’un grand jazzman est mort : Miles Davis. Je vois une émission sur le bonhomme et suis marqué par sa présence, son attitude… Le son de sa trompette me reste dans l’oreille.

Quelques années plus tard, au lycée, j’écoute le Live Around The World de Davis et c’est comme ça que j’en suis vraiment venu au jazz… Je suis entré dans le jazz par le groove et l’approche fusion. A partir de là, je suis devenu dingue de jazz ! Guidé, entre autres, par des musiciens plus âgés que moi qui m’apprennent tout, j’avale les albums fusions des années 80 – 90… Je suis fou de Weather Report, Michael Brecker, Jaco Pastorius… Puis je remonte le temps et me passionne pour John Coltrane, Wayne Shorter, Charlie Parker...

Ensuite je pars à Bordeaux pour suivre des études de journalisme, mais je continue quand même à avoir des groupes ! J’ai été longtemps tiraillé entre le boulot de journaliste et la musique... J’ai fini par choisir et me consacrer pleinement à la musique. A vingt-six ans j’entre au Conservatoire de Bordeaux et commence la contrebasse... C’est un nouveau départ, une remise à niveau avec des gamins… Le solfège et tout le reste... Je rattrape assez vite mon retard et obtiens mon DEM Jazz au conservatoire d’Agen.

Mon groupe, Fada, commence à avoir un peu de succès : il gagne les Tremplins de Porquerolles et de Tours, sort un premier album Choc JazzMag… Et en 2009, je deviens intermittent. J’ai toujours joué dans beaucoup de groupes, dans des styles différents, mais ce n’est qu’en 2015 que j’ai vraiment décidé de monter des projets personnels..



Les influences

Pour le jeu de basse, j’ai évidemment été influencé par Jaco Pastorius, mais aussi par Darryl Jones, Jerry Preston, Reggie Washington, Ray Brown, Pascal Humbert, Tim Lefebvre, Jean-Luc Lehr, Vincent Artaud, Philippe BussonnetSinon, plus généralement, Magic Malik, Steve Coleman, Squarepusher, Bertrand Cantat, Gaël Horellou, Joe Zawinul, Sting, Davis, Prince


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Un mot bien compliqué… Trop large ou trop court, selon l’usage ! Pour moi, c’est surtout un carrefour historique, l’endroit où se mêlent le tribal et le savant, la rigueur et la liberté, l’écrit et l’improvisé…

Pourquoi la passion du jazz ? Le jazz est riche quel que soit le point de vue : harmonique, mélodique, rythmique… Le jazz est difficile ! Le jazz peut se réinventer en permanence, être une terre d’accueil pour n’importe quelle autre musique…

Où écouter du jazz ? En voiture !

Comment découvrir le jazz ? Il y a toujours une porte d’entrée : le blues, le funk, les musiques du monde, les grands crooners comme Frank Sinatra... Il faut se laisser faire… Les chemins de découverte sont innombrables et chacun peut largement se construire le sien !

Une anecdote autour du jazz ? Davis et Coltrane : à propos des soli interminables du saxophoniste… Coltrane dit en substance à Davis qu’il était en transe, en recherche, qu’il n’arrivait plus à s’arrêter… et Miles de lui répondre « il suffit juste que tu enlèves le bec de ta bouche ! ». C’est parfait !


Le portrait chinois

Si j’étais une boisson, je serais du cidre,
Si j’étais un plat, je serais une galette complète,
Si j’étais un chiffre, je serais 4,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais Fa dièse,


Les bonheurs et regrets musicaux

Cycles est ma plus grande réussite musicale à ce jour et je n’ai aucun regret !

Sur l’île déserte…

Quels disques ? 69 96 de Magic Malik, Live Around The World de Davis, Crescent de Coltrane, le Requiem de Maurice Duruflé, Curves of Life de Steve Coleman, Temple of Booms de Cypress Hill…

Quels livres ?  es polars, car je ne lis quasiment que ça, des ouvrages de Pierre Rabhi et Sylvain Tesson, l’intégrale Oscar Wilde, Fureur et mystères de René Char

Quelles peintures ? Vassily Kandinsky, Pablo Picasso et Jackson Pollock.

Quels loisirs ? Tennis de table et… palet breton !


Les projets


Il y a bien sûr Cycles, mais aussi, sur 2017 – 2018, un gros projet autour du théâtre, pour lequel je vais composer et jouer : Les Bacchantes d’Euripide, mis en scène par Sara Llorca.