Aussi
actif sur la scène des musiques du monde (Ballaké Sissoko, Juan
Carmona, Françoise Atlan, Ross Daly...) et de la musique classique
(Dominique Vellard, Jean Rondeau, Benoît Haller...) que du jazz
(Yves Rousseau, Louis Sclavis, Jean-Marie Machado, Omar Sosa, Sylvain
Luc, Joce Mienniel...), Keyvan Chemirani mène également une
carrière de leader bien fournie : Tales of Nar, dixième
albums sous son nom, sort le 6 février 2026 chez PeeWee!
En
2022 Chemirani monte The Modal Experience Ensemble. Pour Tales of Nar, ce groupe à
géométrie variable est constitué de Bijan
Chemirani, son
frère, percussionniste et partenaire de toujours, la violoniste japonaise Yvlin (rencontrée dans
le Deutsche Oper Berlin, lors de la représentation de Negar,
un opéra de Chemirani) et Benjamin Moussay aux claviers (ils
ont joué ensemble dans le cadre du Trio Atlas de Louis Sclavis).
Nar
signifie New Ancient Rhythms, allusion à New Ancient
Strings, un disque de Toumani Diabaté et Ballaké
Sissoko sorti en 1999... Au programme de Tales of Nar, cinq
compositions de Keyvan Chemirani, quatre signées Bijan Chemirani, «
La Cena Grande »
de Moussay et «
117 »
d'Yvlin, Moussay et Bijan Chemirani.
Tales
of Nar commence par un hommage à l'abbaye de Royaumont où
Chemirani a l'habitude d'être invité en résidence. Ce premier
morceau, construit en deux tableaux, donne le ton : la musique sera
rythmique, moderne, mais ancrée dans la tradition... L'introduction
solennelle du piano peut rappeler l'esprit de la musique classique du
début XXe. Avec les percussions frémissantes et souples, la pédale
du violon et les notes éparses du piano, le déroulé est intense.
Le deuxième tableau démarre sur un motif moyen-oriental puissant
joué à l'unisson par le violon et le piano qui débouchent sur des
modulations élégantes du violon accompagnées des doux roulements
du zarb et du daf.
«
Dar-é-Marmouz »
compte également deux parties. C'est le lauto
et le piano dans
les cordes qui ouvrent le
morceau. Sur
un riff
immuable, le
violon et le santur lancent un thème-riff
mélodieux aux couleurs
orientales.
La montée
en puissance se fait par
un mouvement d'ensemble autour du thème-riff.
La porte mystérieuse («
Dar-é-Marmouz »)
mérite bien la majesté de cette première partie...
Dans la deuxième partie, les phrases aux consonances
moyen-orientales pleine de swing du piano répondent aux motifs du
lauto et des percussions, avec des interventions aériennes du
violon.
Place
au dîner avec « La Cena
Grande » !
Après un démarrage
harmonieux
et subtil à souhait de
Moussay, Yvlin
prend la suite dans une
veine rubato avec une
léger vibrato et une
bonne dose de
lyrisme.
Cette entame très
cinégénique laisse place à une suite
de triolets du violon
repris par
le piano
sous forme de riff qui
lance les percussions,
luxuriantes
et légères.
Les voix et les rythmes
s'entrecroisent pour une conclusion théâtrale.
Le
duo de percussions de «
Nour In The Place »
alterne roulements secs et sourds et frappes à la résonance mate
dans une explosion de
rythmes qui fusent dans
tous sens !
Une
ambiance foisonnante
énigmatique et des
motifs
rythmiques réguliers ouvrent «
Bâ man o bâ to »,
avant que le violon n'expose une superbe mélodie nostalgique aux
teintes moyenâgeuses. Sur un décor rythmique chatoyant et dansant,
le violon et le piano dialoguent avec beaucoup de verve !
L'évocation
de la ville italienne «
Todi » commence
par un piano contemporain expressif. Puis,
sur un ostinato, la main
droite trace des petites lignes reprises à l'unisson par le violon, toujours soutenues par des percussions pétillantes. Les
cellules rythmiques s'entrelacent pendant que le violon et le piano
passent de phrases sinueuses à des vagues de boucles, des
questions-réponses et des unissons dans une ambiance sophistiquée.
Sur
un riff régulier du lauto «
118 » fourmille
du début à la fin avec une architecture complexe :
des
plans superposés, des boucles enchevêtrées,
des riffs imbriqués
les uns dans les autres,
des vocalises rythmiques...
Il y en a partout, et «
118 » reste entraînant
à plaisir !
Un
riff de piano et une mélodie legato du violon présentent «
La robe de la mariée ».
Violon, piano et
percussions discutent finement. Yvlin fait monter la pression jusqu'à
l'envol des percussions et du piano, avant un final dans une
atmosphère contemporaine.
Pour
le pessimiste (ou réaliste ?) «
Le soleil se couche (sur
cette civilisation) »,
les percussions
sont graves,
le thème
est sombre
et le développement imposant avec des échanges croisés de toute
beauté entre le quartet.
Avec
son introduction
lente au
piano, à laquelle répondent avec pudeur
les percussions, le lauto
et le pizzicato du violon,
puis son
déroulé profond
basé sur une fusion des voix en suspension, «
117 » est
spectaculaire !
En
guise de conclusion, la comptine «
Jasmine Lullaby » se
mue en farandole,
portée par un mouvement
d'ensemble mélodieux, sautillant
et doux, avec des touches folk et de l'humour...
La
musique des frères Chemirani, d'Yvlin et de Moussay est juste belle et
Tales of Nar
est juste indispensable.
Le
disque
Tales
of Nar
Keyvan
Chemirani
Yvlin
(vl), Benjamin Moussay (p, kbd), Bijan Chemirani (perc) et Keyvan
Chemirani (perc, santur).
PeeWee!
- PW1020
Sortie
le 6 février 2026
Liste
des morceaux
01.
« Royaumont »,
Keyvan Chemirani (7:10).
02.
« Dar-é-Marmouz »,
Bijan Chemirani (7:27).
03.
« La Cena Grande »,
Benjamin Moussay (7:24).
04.
« Nour in the place »,
Keyvan & Bijan Chemirani (2:47).
05.
« Bâ man o bâ to »,
Bijan & Myriam Chemirani (4:29).
06.
« Todi »,
Keyvan Chemirani (5:58).
07.
« 118 »,
Bijan Chemirani (6:25).
08.
« La robe de la mariée
», Keyvan Chemirani
(3:43).
09.
« Le soleil se couche
(sur cette civilisation) »,
Keyvan Chemirani (4:07).
10.
« 117 »,
Yvlin, Benjamin Moussay & Bijan Chemirani (2:29).
11.
« Jasmine Lullaby »,
Bijan Chemirani (4:36).
