18 mars 2026

Vertiges de la mue - L'oiseau ravage

L'oiseau ravage est
le duo de la saxophoniste, percussionniste, chanteuse et actrice Charlène Moura (Uzeste Musical, Love Zone, Cie La Muse, Anticyclone Trio...) et du pianiste, chanteur et acteur Marek Kastelnik (Théâtre du jour, Conservatoire de Bordeaux, Méchant Machin, Anticyclone Trio...). Après Déplumé publié en 2022, L'oiseau ravage sort Vertiges de la mue le 20 février 2026 sur leur label, Le bruit du vent dans les arbres.
 
Les neufs morceaux du disque ont été composés par le duo et c'est L'aigle blessé de Rosa Bonheur qui illustre les Vertiges de la mue.
 
Après un carillon cristallin et des crissements, « La cérémonie » démarre entre lyrisme et musique contemporaine. Les notes éparses et une pédale ample du piano esquissent une phrase mélodique que le saxophone alto reprend sur un ostinato obsédant de Kastelnik. A l'image de la musique minimaliste, les boucles du piano se resserrent lentement tandis que Moura se déchaîne peu à peu dans des envolées free. Le deuxième mouvement commence avec des pépiements d'oiseaux, les cordes du piano qui résonnent comme celles d'une harpe et le souffle de la saxophoniste qui siffle comme le vent. Dans ce décor de volière le piano brode une mélodie sur un ostinato implacable et une batterie sourde et régulière. Le duo monte le volume et la tension avec des vocalises lyriques haut perchées, des motifs entêtants du piano, du scat rythmique et une batterie binaire dans un style rock... Les deux voix s'unissent pour un final plein d'humour juste accompagnées par les tintinnabulements du piano.
 
C'est une ambiance rock progressif, voire punk, qui enveloppe « Rosa Bonheur ». La mélodie nostalgique déroulée par Kastelnik est accompagnée des roulements  immuables de la batterie, du chant et des envolées lyriques de Moura, qui passe ensuite au saxophone alto, avec le piano en contre-chant, avant un final fougueux.
 
Thème-riff entraînant, « Faucon toucan » s'inspire derechef des boucles répétitives chères à la musique minimaliste. Soutenu par les accords dansants du piano, le saxophone alto se lance dans des lignes sinueuses et quand la batterie revient dans le jeu, le morceau se tend brutalement. Moura et Kastelnik n'arrêtent pas de jongler avec le suspens dans la construction de leurs morceaux.
 
Les phrases vaporeuses du saxophone alto a capela vont comme un gant à « Reflets iridescents en apesanteur ». Le thème s'apparente à une ode. Le piano s'en empare et le fait swinguer sur fonds de gazouillis. Le discours écorché du saxophone alto, les ostinatos et les lignes touffues du piano, les splash monumentaux de la batterie... tout concourt a créer un climat intense.
 
Avec « Piou » le duo rapproche jazz, musique contemporaine et musique du monde : le piano préparé sonne comme un cordophone et les phrases heurtées du saxophone alto se mêlent aux motifs rythmiques, qui se croisent dans tous les sens.
 
Sur des bruissements et autres effets aériens, Moura et Kastelnik sifflent de concert « Poule d'or ». Les vocalises à l'unisson ou en contrepoint du piano, la batterie binaire et le chant lointain sont très cinégéniques, un peu à la Ennio Morricone... Le morceau, comme la plupart des autres d'ailleurs, est fait de bonds et rebonds ! Son développement évoque une musique de pantomime folle dingue avec des roucoulements lyriques, un piano sautillant qui sonne comme dans un bastringue, une batterie crépitante et des effets sonores bizarroïdes. Quant au final, des nappes de voix douces et lyriques superposées à une pédale du piano, il rappelle à nouveau un peu Morricone.
 
La « Difficile extraction de l'œuf » débute par une succession de phrases courtes et fragiles jouées d'abord a capela par le saxophone alto, puis ponctuées par un piano parcimonieux et qui sonne encore comme un cordophone. Le saxophone alto lie peu à peu ses phrases, le piano assure la basse et la batterie s'immisce dans la partie. L'atmosphère se raidit rapidement avec les motifs staccato du piano, le foisonnement de la batterie et l'emballement du saxophone alto !
 
Des accords sautillants et entraînants du piano annoncent « La vie rêvée des aigles », puis le saxophone alto expose une mélodie ondulée. Le duo la déroule tranquillement jusqu'au moment où le piano retrouve le cirque et des effets bouffons en arrière-plan : sirènes, complaintes, souffles, claquements, vocalises... La conclusion est dans un style rock progressif avec le piano, emphatique ou délicat, qui répond aux vocalises rythmiques.
 
Le « Soleil de plumes » se balance avec mélancolie sous les doigts de Kastelnik. La batterie change la donne avec un démarrage binaire musclé, appuyé par les clameurs et chants de Moura, très expressionnistes, et le touché vigoureux du piano. Vertige de la mue se referme sur les caquètements d'une volière...
 
La musique de L'oiseau ravage est formidablement expressive et donne des vertiges de joie !

Le disque

Vertiges de la mue
L'oiseau ravage
Charlène Moura (as, voc, d, perc) et Marek Kastelnik (p, voc).
Le bruit du vent dans les arbres
Sortie le 20 février 2026

Liste des morceaux

01. « La cérémonie » (10:20).
02. « Rosa Bonheur » (03:32).
03. « Faucon toucan » (03:23).
04. « Reflets iridescents en apesanteur » (07:33).
05. « Piou » (03:23).
06. « Poule d'or » (06:15).
07. « Difficile extraction de l'œuf » (03:59).
08. « La vie rêvée des aigles » (04:03).
09. « Soleil de plumes » (04:10).

Tous les morceaux sont signés L'oiseau ravage.