Quelques publications du Centre National de la Musique, de la
Fédération Internationale de l'Industrie Phonographique, du
Syndicat National de l'Edition Phonographique, de TSF Jazz... donnent
des aperçus sur le marché de la musique enregistrée, les habitudes
d'écoute musicale, les succès musicaux de l'année, la musique en
concert... Quid du jazz ?
La
musique, une passion mondiale
En
2024 le marché de la musique enregistrée continue d'augmenter à un
rythme soutenu, autour de 5%, avec, évidemment, un déséquilibre
entre l'écoute en ligne qui croît de 10% et représente plus de
deux tiers des ventes, et les ventes physiques qui reculent de 3
points.
Géographiquement,
il y a de grands écarts entre le Moyen-Orient, l'Afrique et
l'Amérique du sud où la croissance du marché tourne autour de 23%,
tandis que l'Europe est à +8%, l'Océanie à +6%, l'Amérique du
nord à +2% et l'Asie à +1%. A noter également que la France est le
sixième marché mondial de la musique derrière les Etats-Unis, le
Japon, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la Chine, mais devant la
Corée du sud, le Canada, le Brésil, le Mexique et tous les
autres...
Le
marché de la musique enregistrée en 2024, quelques exceptions
françaises
Sans
surprise, le numérique domine largement le marché de la musique
enregistrée, mais en France il ne représente «
que » les deux
tiers du marché total, contre les trois quart au niveau monde. Si la
part de marché des écoutes en ligne par abonnement est la même en
France que dans le monde (51%), en revanche les Français consomment
beaucoup moins d'écoutes en ligne financées par la publicité (7%
en France contre 18% dans le monde) et beaucoup plus de
téléchargement (7% vs. 3%). Autre particularité française, les
ventes physiques résistent mieux que dans les autres pays (19% vs.
16%). Quant aux revenus liées aux droits de diffusion et à la
synchronisation (utilisation de la musique pour la télé, les films,
les jeux etc.), ils représentent peu ou prou les même proportions
du marché en France que dans le monde.
La
croissance du marché français de la musique enregistrée (+7%) est
en ligne avec celle de l'Europe (+8%) et le numérique (+9%) croît
également de pair avec le reste du monde (+10%). Par contre les
ventes de supports physiques en France continuent d'augmenter, certes
faiblement (+1%), mais toujours plus que dans le monde (-3%). A noter
que, en 2024, pour la première fois il s'est vendu davantage de
vinyles que de CD et que l'écart se creuse, avec +5% de vinyles et
-5% de CD vendus par rapport à 2023.
Comme
partout, les abonnements pour l'écoute en ligne décollent (+11%),
mais avec 26% d'abonnements la France est encore en-dessous des
autres grands marchés, où 30% des internautes possèdent déjà un
abonnement. Les moins de quarante-neuf ans captent 70% des
abonnements alors qu'ils ne couvrent que 52% de la population totale.
Dernier
point sur le marché français de la musique enregistrée, il
représente un milliard d'euros, soit quinze fois moins que celui des
boulangeries-pâtisseries : la zizique n'est pas encore prête à
détrôner la baguette et le croissant...
L'écoute
musicale en France, une drogue très forte
Les
Français passent l'équivalent de 40 jours et nuits par an à
écouter de la musique, soit environ 2 heures 40 par jour, le temps
d'un trajet Paris - Saint-Malo en train. Et la tendance est nettement
à la hausse : en 5 ans les Français ont écouté 5 heures de
musique en plus par semaine... Quant aux jeunes, entre quinze et
vingt-quatre ans, ce sont les plus accros avec plus de 24 heures
d'écoute par semaine !
Avec
4 heures 18 minutes d'écoute quotidienne, la radio reste le média
le plus populaire devant l'écoute en ligne par abonnement (3 heures
48 minutes), les réseaux sociaux (3 heures 18 minutes), les vidéos
(2 heures 42 minutes) et l'écoute en ligne hors abonnement (2
heures).
Derrière
les amateurs d'Electro qui écoutent 3 heures de musique par jour,
viennent les aficionados de Dancehall / Zouk (2 heures 56 minutes) et
les mordus de K-Pop (2 heures 51 minutes). Les fan de Jazz / Blues
arrivent en quatrième position avec 2 heures 46 minutes d'écoute
quotidienne ! Soit 2 minutes de plus que les passionnés de Metal /
Hard rock et 10 minutes de plus que les féru de Rap / Hip-Hop. Quant
aux admirateurs de Variété / Chanson françaises, ils ferment la
marche avec deux heures
d'écoute par jour...
Si
le profil des fan de Jazz / Blues est proche de celui des amoureux de
Musique Classique, en revanche il est quasiment à l'opposé des
férus de Rap / Hip-Hop. Dans les douze derniers mois, 58% des
Jazzophiles ont écouté de la musique via des supports physiques,
contre 38% pour les Rapophiles. Ces derniers passent la plupart du
temps par les plateformes d'écoute en ligne (91%) alors que les
Jazzophiles n'y ont recours qu'à hauteur de 64% (ce qui est déjà
énorme !). Dans le même ordre d'idée, les fan de Jazz / Blues
n'utilisent presque pas les réseaux sociaux, jeux et vidéos (38%)
alors que 68% des férus de Rap / Hip-Hop s'y sont connectés (mais
loin des 78% déclarés par les mordus de K-Pop). Pourtant,
Jazzophiles et Rapophiles se retrouvent dans leur consommation
musicale radiophonique : 85% ont allumé leur poste lors des douze
derniers mois.
Quand
on demande quels sont les cinq genres musicaux que vous avez écoutez
pendant les douze derniers mois, le Rap / Hip-Hop est cité en
premier par 9% des auditeurs et atteint 28% sur les cinq genres
écoutés. De son côté le Jazz / Blues est cité en premier par 4%
des auditeurs et fait partie des cinq musiques écoutées pour 21%
d'entre eux. Ce n'est pas si mal ! Ces deux genres sont très loin
derrière la Variété / Chanson française : 27% d'écoute en
première intention et 67% en tenant compte des cinq musiques
écoutées lors des douze derniers mois !
Le
portrait type du fan de Jazz / Blues est une femme ou un homme de
plus de 60 ans, retraité(e) ou cadre dans une profession
intellectuelle supérieure. De son côté, le féru de Rap / Hip-Hop
est aussi, indifféremment, un homme ou une femme, mais de moins de
34 ans et qui travaille comme employé.
Les
succès musicaux de 2024 en France... Mais où est le jazz ?
Si
tout le monde ou presque se réjouit de voir que dans le top 20 des
albums les plus vendus en France en 2024, dix-huit sont des produits
locaux. Inutile de préciser qu'il n'y en a aucun de jazz... et que
les deux vedettes internationales n'appartiennent pas encore à ce
genre musical, puisqu'il s'agit de Billie Eilish et Taylor
Swift.
Le
Rap / Hip-Hop / R&B monopolise 53% des albums du top 200, mais
33% de la totalité des ventes , tandis que les albums Pop / Rock /
Chansons comptent pour 42% du top 200, mais le genre représente 47%
du total des albums vendus. En passant, le Jazz ne place aucun album
dans le top 200... Les années passent et se ressemblent comme deux
gouttes d'eau !
Celle
qui n'a rien, mais le top 10 du jazz, c'est Nina Simone ! Elle
place trois albums en première, troisième et cinquième places...
Quand un poète-chanteur s'associe avec un pianiste de jazz, c'est
limite jazz, mais ça cartonne : Pianos Voix d'Arthur
Teboul et Baptiste Trotignon est en deuxième position du
top 10. Suivent ensuite les habitués des classements commerciaux :
Norah Jones et les inusables Stan Getz et João
Gilberto. Ibrahim Maalouf, également membre du cercle
fermé des dix-sept musiciens français qui s'exportent le mieux, et
Melody Gardot tiennent leur rang (respectivement huitième et
neuvième). Deux surprises de taille pour les Jazzophiles : Harlequin
de Lady Gaga et Bewitched: The Goddess Edition de
Laufey sont classés septième et dixième albums du top 10 du
jazz ! Quand on vous disait qu'Eilish et Taylor n'avaient pas dit
leur dernier mot avec la syncope.
Dans
le reste du top 50 du jazz, il y a finalement peu de changements
d'une année à l'autre. On prend les mêmes et on recommence... Pour
plaire au public, il faut des chansons : trois quart des albums
mettent en avant des chanteurs ou chanteuses (à égalité). Le jazz
grand public est une musique du passée : 50% des disques ont été
enregistrés par des artistes décédés. Le jazz n'est pas français
: seul un albums sur cinq du top 50 est produit en France. En dehors
de Teboul et Trotignon, les autres musiciens français perdent tous
des places : Gabi Hartman (disque éponyme) dégringole de la
3ème à la 46ème marche, André Manoukian (Anouch)
sort du top 50, Ballaké Sissoko, Vincent Segal, Emile
Parisien et Vincent Peirani (Les égarés) chutent
de la 13ème à la 39ème position, Sébastien Collinet passe
du 24ème au 32ème rang (Pianophonie), Thomas Dutronc
descend de la 32ème à la 45ème place (Frenchy)... Même
Maalouf perd quatre places dans le classement et n'a plus que trois
projets dans le top 50 au lieu des huit de 2023. Mais le pire, c'est
qu'à part Pianos Voix et Trumpets of Michel-Ange, il
n'y a aucune nouveauté française dans le top 50 du jazz ! Sauf à
considérer que les productions du groupe Delgres (Promis le ciel)
et de la chanteuse Hindi Zahra (Handmade) sont du
jazz...
La
star du jazz reste évidemment Nina Simone qui compte toujours six
albums dans le top 50. Valeurs montantes (!), Chet Baker et
Louis Armstrong sont crédités quatre fois, contre deux en
2023. Melody Gardot et Ray Charles restent stables avec
trois crédits chacun, rejoints par Franck Sinatra. Quant à
Stan Getz, il monte à deux albums dans le top 50...
Le
top 50 du jazz ne se renouvelle décidément pas et la tendance
s'inverse : entre 2023 et 2024, Pat Metheny (Dream Box),
Erik Truffaz (Rollin'), John Coltrane (Blue
Train), Brad Mehldau (Your Mother Should Know),
Antonio Carlos Jobim (Desafinado), Kyle Eastwood
(Eastwood Symphonic), Samara Joy (Linger
A While) et Stacey Kent (Summer Me Winter Me) ont
disparu du classement et, en dehors des rares artistes déjà
mentionnés, Quincy Jones, Norah Jones et Youn Sun
Nah sont les seules nouvelles entrées. Les musiciens de jazz qui
sortent du classement sont donc remplacés par des albums d'artistes
déjà présents dans le top 50...
Et la musique vivante dans tout ça ?
En
France, les recettes des quelques soixante-dix mille spectacles de
scène payants représentent 1,6 milliards d'euros, soit 60% de mieux
que les ventes de musique enregistrée, mais il est vrai que ces
statistiques incluent les théâtres et cabarets. Il y a grosso modo
trente-huit millions d'entrées (pour rappel la France compte
soixante-neuf millions d'habitants) et le prix moyen d'un billet
tourne autour de quarante-cinq euros.
Pas
loin de trois mille quatre cent lieux de diffusion et plus de mille
trois cent festivals
ont été déclarés en 2024. Si l'humour représente 29% de l'offre, il n'attire que 13% des spectateurs et rapporte 9% des recettes... Là où la Variété / Pop ne propose que 9% des spectacles, mais attire 19% du public et représente 24% des revenus. Le prix des billets fait la différence : 30 euros en moyenne pour l'Humour contre 58 euros pour la Variété / Pop !
ont été déclarés en 2024. Si l'humour représente 29% de l'offre, il n'attire que 13% des spectateurs et rapporte 9% des recettes... Là où la Variété / Pop ne propose que 9% des spectacles, mais attire 19% du public et représente 24% des revenus. Le prix des billets fait la différence : 30 euros en moyenne pour l'Humour contre 58 euros pour la Variété / Pop !
Le
cas du Jazz est intéressant. Une offre pléthorique par rapport à
la demande et aux gains : deuxième pourvoyeur de représentations
(12%) après l'Humour, il n'attire que 5% des spectateurs, au
septième rang des neufs catégories de spectacles, et représente à
peine 3% des recettes (huitième sur neuf...). De fait, le prix moyen
des billets n'est «
que »
de 29 euros...
De
leur côté, les festivals affichent près de huit mille
représentations payantes, pour neuf millions d'entrées, des
recettes de 300 millions d'euros et un prix moyen du billet autour de
40 euros. Comme 87% des festivals ont lieu entre mai et août, il
n'est pas étonnant que les régions du sud de la France trustent ce
canal de diffusion : Provence-Alpes-Côte d'Azur, Occitanie,
Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes regroupent la moitié des
festivals de l'hexagone. Il est quand même satisfaisant de constater
que le taux de remplissage médian atteint 83%.
Sans
grande surprise les fan de Jazz affectionnent la musique vivante :
97% d'entre eux ont assisté à au moins un concert au cours des
douze derniers mois et plus de la moitié à un festival, mais cela
ne représente qu'un peu moins de 5% des festivaliers...
Comme
pour l'écoute de la musique enregistrée, le portait-robot du
festivalier fan de jazz est une femme ou un homme de plus de 60 ans,
retraité(e) ou intellectuel de classe socio-professionnelle
supérieure... Il peut venir de n'importe quelle région, sauf du
Nord Est. Il est quand même plutôt francilien(ne) ou d'une
agglomérations de plus de vingt mille habitants et le rôle de la
musique est plus ou moins important dans sa vie. Il découvre les
nouveautés d'abord par la radio, mais aussi par le bouche à
oreilles et la presse généraliste. Il n'écoute pas beaucoup en
ligne et encore moins par le biais des réseaux sociaux et autres
vidéos courtes. Il reste aussi davantage attaché aux supports
physiques que la moyenne. En toute logique, le profil du fan de Jazz
qui fréquente les festivals est similaire à celui de l'auditeur de
musique enregistrée et reste à l'opposé de celui du Rap /
Hip-Hop...
Le
numérique, bientôt relayé par l'intelligence artificielle,
continue d'accélérer la transformation de la musique en aliment,
dont le marché est piloté par le marketing et la promotion, deux
ingrédients peu compatible avec un certain jazz...
Sources
- Global Music Report 2025 - IFPI
- La production musicale française en 2054 - SNEP
- La diffusion live en 2024 - CNM
- Bilan anticipé des festivals en 2025 - CNM
- Baromètre des usages de la musique en France 2023 - CNM
- Les Français et le jazz - Harris Interactive & TSFJazz






