23 mars 2026

Biréli Lagrène en navigation au Sextan...

Le 17 mars 2026 PeeWee! organise une avant-première pour présenter Elegant People, deuxième album de Biréli Lagrene pour le label du Studio Sextan, situé à Malakoff et dirigé par l'infatigable Vincent Mahey.

Pour cette soirée Lagrène est entouré du trio d'Elegant People : Jean-Yves Jung au piano, orgue Hammond B3 et Fender Rhodes, et la paire rythmique qui accompagne le guitariste depuis 2022, William Brunard à la contrebasse et Raphaël Pannier à la batterie. Le percussionniste Stéphane Edouard, présent sur deux titres du disque, n'est pas de la fête. Le concert, enregistré par TSF Jazz, reprend sept des dix morceaux d'Elegant People.

Le quartet démarre le concert avec « Elegant People », également premier morceau du disque. Ce thème de Wayne Shorter pour l'album de Weather Report, Black Market, sorti en 1976, est pris dans un style néo-bop sur-vitaminé, avec une walking vigoureuse, un chabada énergique et des accords percutants du piano. La guitare est vive et très en verve ! Après une courte introduction de Lagrène parsemée d'accents bluesy, « Anjo de mim », tube de 1995 signé Ivan Lims, est interprété avec décontraction. Les balais, la ligne souple de la contrebasse et les motifs du piano intercalés entre les phrases détendues de la guitare balancent tranquillement... Le quartet prend davantage le temps de dérouler ses idées que dans le disque et le deuxième chorus de Lagrène revient au bop et ses fulgurances. « King Cross » s'appuie sur une rythmique rock'n roll furieuse, un orgue Hammond B3 pour la touche churchy et une guitare en fusion. Au milieu de son solo, Lagrène insère « Place du Tertre », composition écrite en 2004 pour Move, album avec son Gipsy Project. Jung prend la suite au B3 avec un chorus entraînant et un clin d'œil à Jimmy Smith en citant « The Cat », morceau de Lalo Schifrin au répertoire du disque éponyme de Smith, sorti en 1964 sur CTI Records. Le final permet à Lagrène de faire sonner sa BL6, fabriquée par l'atelier londonien Fibonacci, comme un véritable Guitar Hero ! 
 
Biréli Lagrène, Jean-Yves Jung, William Brunard & Raphaël Pannier - Studio Sextan - 17 mars 2026 © PLM
 
Retour au hard bop avec « New Blues », signé Jung. Une walking grondante et un chabada solide assurent la pulsation, tandis que la guitare et le piano développent leurs propos à toute allure. Pannier construit un solo astucieux avec une charleston inamovible devant les roulements endiablés et autres frappes furieuses sur les peaux et les cymbales. Dans la continuité rythmique de la walking, Brunard rend son chorus musical et enjoué. Le groove de « Flair (Around Giant Steps) » est excitant, soutenu par un ostinato dense de la contrebasse, le foisonnement de la batterie et les riffs trapus du Fender Rhodes. La guitare tourne autour de « Giant Steps » avec des variations ingénieuses et des envolées débridées. La conclusion a capela ressemble à une étude. Composé par Lagrène pour Elegant People, « W 48th Street » démarre en trombe à l'unisson sur les rim shots de la batterie. Lagrène et Jung alternent ensuite néo-bop et rock, portés par la ligne massive de Brunnard et la batterie binaire musclée de Pannier. Là encore, le quartet prend ses aises au gré de ses inspirations et le deuxième solo de Lagrène est particulièrement dansant, presque dans une ambiance afro-beat... En bis, un auditeur, sans doute distrait, réclame « Giant Steps », mais Lagrène lui rétorque : « on l'a déjà fait à moitié et je suis mort ! Ça m'a tué... » Donc pour finir dans le calme, le quartet joue « Clair », ballade pop folk de Gilbert O'Sullivan pour le disque Back To Front, publié en 1972. Les balais de Pannier, la walking émaillée de shuffle de Brunnard (qui prend un solo mélodieux, bien dans le ton de la chanson) et le Rhodes discret de Jung épaulent les broderies inventives de Lagrène.

Au-delà d'une technique hors pair et d'un métier sans faille, Lagrène se montre toujours inspiré. Comme en plus il est en compagnie d'une rythmique brillante, sa musique est un vrai plaisir !