Le 17 mars 2026 PeeWee!
organise une avant-première pour présenter Elegant People,
deuxième album de Biréli Lagrene pour le label du Studio Sextan,
situé à Malakoff et dirigé par l'infatigable Vincent Mahey.
Pour
cette soirée Lagrène est entouré du trio d'Elegant People :
Jean-Yves Jung au piano, orgue Hammond B3 et Fender Rhodes, et
la paire rythmique qui accompagne le guitariste depuis 2022, William
Brunard à la contrebasse et Raphaël Pannier à la
batterie. Le percussionniste Stéphane Edouard, présent sur
deux titres du disque, n'est pas de la fête. Le concert, enregistré
par TSF Jazz, reprend sept des dix morceaux d'Elegant People.
Le
quartet démarre le concert avec « Elegant People », également
premier morceau du disque. Ce thème de Wayne Shorter pour
l'album de Weather Report, Black Market, sorti en 1976, est
pris dans un style néo-bop sur-vitaminé, avec une walking
vigoureuse, un chabada énergique et des accords percutants du piano.
La guitare est vive et très en verve ! Après une courte
introduction de Lagrène parsemée d'accents bluesy, « Anjo de mim
», tube de 1995 signé Ivan Lims, est interprété avec
décontraction. Les balais, la ligne souple de la contrebasse et les
motifs du piano intercalés entre les phrases détendues de la
guitare balancent tranquillement... Le quartet prend davantage le
temps de dérouler ses idées que dans le disque et le deuxième
chorus de Lagrène revient au bop et ses fulgurances. «
King Cross »
s'appuie sur une
rythmique rock'n roll furieuse, un orgue Hammond B3 pour la touche
churchy et une guitare en fusion. Au milieu de son solo, Lagrène
insère « Place
du Tertre »,
composition écrite en 2004 pour Move,
album avec son Gipsy Project. Jung prend la suite au B3 avec un
chorus entraînant et un clin d'œil à Jimmy
Smith en citant «
The Cat », morceau de
Lalo Schifrin
au répertoire du disque éponyme de Smith, sorti en 1964 sur CTI
Records. Le final permet
à Lagrène de faire sonner sa BL6, fabriquée par l'atelier
londonien Fibonacci,
comme un véritable Guitar Hero !
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| Biréli Lagrène, Jean-Yves Jung, William Brunard & Raphaël Pannier - Studio Sextan - 17 mars 2026 © PLM |
Retour
au hard bop avec « New
Blues »,
signé Jung. Une walking
grondante et un chabada solide assurent la pulsation, tandis que la
guitare et le piano développent leurs propos à toute allure.
Pannier construit un solo astucieux avec une charleston inamovible
devant les roulements endiablés
et autres frappes
furieuses sur les peaux
et les cymbales.
Dans la continuité
rythmique de la walking,
Brunard rend son chorus musical et enjoué. Le groove de «
Flair (Around Giant
Steps) » est excitant,
soutenu par un ostinato dense de la contrebasse, le foisonnement de
la batterie et les riffs trapus du Fender Rhodes. La guitare tourne
autour de «
Giant Steps »
avec des variations
ingénieuses et des envolées débridées. La conclusion a capela
ressemble à une étude. Composé par Lagrène pour Elegant
People, «
W 48th Street » démarre
en trombe à l'unisson sur les rim shots de la batterie. Lagrène et
Jung alternent ensuite néo-bop et rock, portés par la ligne
massive de Brunnard et la batterie binaire musclée de Pannier. Là
encore, le quartet prend ses aises au gré de ses inspirations et le
deuxième solo de Lagrène est particulièrement
dansant, presque dans
une ambiance afro-beat...
En bis, un auditeur, sans doute distrait, réclame «
Giant Steps »,
mais Lagrène lui rétorque : « on l'a déjà fait à moitié et je
suis mort ! Ça
m'a tué... » Donc pour finir dans le calme, le quartet joue «
Clair », ballade pop
folk de Gilbert
O'Sullivan pour le
disque Back To Front,
publié en 1972. Les balais de Pannier, la walking émaillée de
shuffle de Brunnard (qui prend un solo mélodieux, bien dans le ton
de la chanson) et le Rhodes discret de Jung épaulent les broderies
inventives
de Lagrène.
Au-delà
d'une technique hors pair et d'un métier sans faille, Lagrène se
montre toujours inspiré. Comme en plus il est en compagnie d'une
rythmique brillante, sa musique est un vrai plaisir !

