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27 février 2026

Argot lunaire

Le dernier projet en date d'Anne Quillier est le sextet Argot lunaire qui sort son premier opus éponyme le 6 mars 2026 sur le label Pince-Oreilles. La pianiste fait appel à d'autres membres du collectifs qui participent déjà à certains de ses projets tels que Pierre Horckmans aux clarinettes (Hirsute et Watchdog), Fany Fresard au violon (Les Géants Terrestres), Michel Molines à la contrebasse (Hirsute) et Guilhem Meier à la batterie (Le Grand Sbam), plus Nicolas Mary au basson.

Quillier a composé les neufs morceaux d'Argot lunaire, qui a été enregistré par Pascal Coquard au studio Les Tontons Flingueurs, comme Fables de Watchdog. Quant aux peintures abstraites et oniriques de la pochette du disque, elles sont signées Pauline Souchaud, déjà à l'œuvre pour Les Géants Terrestres. Argot lunaire s'aventure aux confins du jazz de chambre d'avant-garde et de la musique contemporaine, voire du rock progressif et des musiques du monde... Tout un programme mené avec une intelligence (« faculté de penser, de connaître et de comprendre ») rare !

D'une fanfare de cirque (« Pantomine ») que Carla Bley n'aurait pas renié à une marche majestueuse (« Avant le silence ») qui aurait bien amusé Jean-Philippe Rameau, en passant par du rock progressif plein d'humour (« Punk Licorne ») que Robert Wyatt apprécierait, l'ambiance des morceaux est pour le moins éclectique, même si elle reste le plus souvent imprégnée de musique contemporaine : des boucles évolutives comme dans la musique minimaliste (« La druide de Schubert »), des duos (« Argot ») et trios (« Echo ») chambristes et de nombreux passages percussifs (« Avant le silence ») qui auraient plu à Jean Batigne...

Les thèmes, plutôt des esquisses mélodiques, rivalisent d'élégances (« Le vice du sujet »), comme l'échange aux allures de sonate entre la clarinette et le basson dans « La tête dans le sable », les phrases en zigzag du piano, titillées par les pépiements du violon en pizzicato, dans « Avant le silence », l'ébauche de fugue dans « Faire tomber les satellites », la valse décalée d'« Echo » ou encore les roulements de la contrebasse dans « Le vice du sujet ».

Argot lunaire met l'accent sur les mouvements d'ensemble plutôt que sur les solistes. L'architecture sophistiquée des morceaux repose sur des décors entêtants (« La druide de Schubert »), des foisonnements de notes (« Argot »), des déroulés de pédales et de boucles enchevêtrées (« Punk Licorne »), des successions d'unissons et de superpositions de voix (« La tête dans le sable »), des alternances de chœurs et d'entrelacs de lignes (« Avant le silence »), des déluges de notes piquées (« Faire tomber les satellites »)... qui montent en tension irrémédiablement (« Le vice du sujet »).

Les rythmes jouent aussi un rôle primordial dans Argot lunaire. En plus de la batterie exubérante de Meier, de la contrebasse robuste de Molines et du piano énergique de Quillier, tous les instruments contribuent aux poly-rythmes luxuriants (« Faire tomber les satellites »), à grand renfort de riffs heurtés (« Echo ») funky (« Pantomine »), de crépitements touffus (« La druide de Schubert »), de motifs hachés (« Echo ») entraînants (« Pantomine »), de tintinnabulements de gamelan (« Avant le silence ») et d'interactions explosives (« Avant le silence »), voire déchaînées (« Punk Licorne »).

Argot lunaire porte bien son titre : loin de tout jargon hermétique, le vocabulaire de Quillier et de son sextet est peut-être astral, mais surtout tourmenté, imaginatif, romanesque... et exaltant.

Le disque 

Argot lunaire
Pierre Horckmans (cl), Nicolas Mary (basson), Fany Fresard (vl), Anne Quillier (p, kbd), Michel Molines (b) et Guilhem Meier (d).
Label Pince-Oreilles
Sortie le 6 mars 2026

 

Liste des morceaux

01. « La druide de Schubert » (3:52).
02. « Argot » (7:15).
03. « Pantomine » (5:09).
04. « Punk Licorne » (02:45).
05. « La tête dans le sable » (4:11).
06. « Le vice du sujet » (4:06).
07. « Avant le silence » (9:33).
08. « Faire tomber les satellites (en veillant à ne pas abîmer la terre) » (5:16).
09. « Echo » (5:28).

Tous les morceaux sont signés Quillier.

27 janvier 2024

Fables – Watchdog

Formé en 2016, Watchdog réunit Anne Quillier aux claviers et Pierre Horckmans aux clarinettes. Le duo a sorti You’re Welcome en 2016, Can of Worms en 2017 et Les animaux qui n’existent pas en 2020. Watchdog publiera un quatrième opus, Fables, le 2 février 2024, toujours sur le label du collectif lyonnais Pince-oreilles, dont ils sont membres.

Au programme, sept compositions du duo aux titres souvent évocateurs : la vitalité en danois (sic ! « Livskraft »), la sagesse (« Vieille âme »), Wallace et Gromit (« L’invasion des lapins gloutons »), les systèmes planétaires extra-terrestres (« Tau ceti »), Gilles Deleuze (« Le rêve de l’autre »), Alice au pays des merveilles et la biologie évolutive (« La course de la reine Rouge ») et le paradoxe de l’humanité 😉 (« On chute en gardant les pieds sur terre »). La pochette rougeoyante du disque est signée du dessinateur, graphiste, auteur de bandes dessinées, Benjamin Flao, et représente une usine désaffectée en proie aux flammes, devant laquelle est couché un Watchdog énigmatique…

A l’image de « Livskraft », les mélodies sont empreintes de mélancolie, souvent émouvantes (« Le rêve de l’autre »), voire tristes (« On chute en gardant les pieds sur terre »). Les morceaux se déroulent tour à tour dans des ambiances circassiennes (« Livskraft ») ou de cabaret (« Vieille âme »), une atmosphère de jeux vidéos (« L’invasion des lapins gloutons ») ou latino (« Le rêve de l’autre »), des films de science-fiction (« La course de la reine rouge ») ou du rock alternatif (« On chute en gardant les pieds sur terre »). Le duo s’appuie sur les claviers pour mettre en relief les développements, en créant des décors de limonaire (« La course de la reine rouge » ), des arrières-plans foisonnants (« On chute en gardant les pieds sur terre »), des vagues sonores ( Livskraft »), des motifs minimalistes (« Livskraft »), des lignes de basse profondes (« L’invasion des lapins gloutons »)... Pour la partie rythmique, Quillier et Horckmans font largement appel aux techniques étendues (« La course de la reine rouge ») : claquements de langue, jeu avec les clés, souffle… mais aussi aux effets (« Livskraft »), riffs et ostinatos électro (« Le rêve de l’autre »). Quand Quillier se consacre à la mise en scène, Horckmans laisse sa clarinette voleter en contrepoints discrets (« L’invasion des lapins gloutons »), contre-chants élégants (« Tau ceti ») ou envolées free éloquentes (« Le rêve de l’autre »).

Watchdog livre un nouvel opus de haut vol. Dans Fables, Quillier et Horckmans réussissent à marier musiques populaires et jazz, le tout saupoudré d'effets électro, qui apportent une touche sonore unique et captivante.

Le disque

Fables

Watchdog

Anne Quillier (piano, Fender Rhodes, Moog) et Pierre Horckmans (cl, acl, bcl, électro).
Label Pince-Oreilles – 018/1
Sortie le 2 février 2024

Liste des morceaux

01. « Livskraft » (3:56).
02. « Vieille âme » (3:45).
03. « L’invasion des lapins gloutons » (5:46).
04. « Tau ceti » (2:59).
05. « Le rêve de l’autre » (5:08).
06. « La course de la reine rouge » (5:07).
07. « On chute en gardant les pieds sur terre » (3:44).

Toutes les compositions sont signées Quillier et Horckmans.

02 décembre 2023

A la découverte d’Anne Quillier

Anne Quillier joue et compose dans les groupes Watchdog, Hirsute, Les Géants Terrestres et Oursin. Elle se produit régulièrement en solo et est actuellement artiste associée à La Fraternelle de Saint ClaudeElle joue également dans Chimères de Romain Dugelay, Le Quadrivium de Manu Scarpa et Saint Sadrill d'Antoine Mermet. Quillier compte déjà une dizaine d’albums sous son nom… L’occasion de découvrir une artiste aussi active qu’activiste au sein du Collectif Pince-Oreilles !


La musique

Quand j’étais petite, j’avais un petit piano à la maison. Au départ, j’ai donc appris la musique en autodidacte. Par la suite je suis allée au conservatoire de jazz à Chambéry. En fait je ne me dirigeais pas forcément vers le jazz, mais lorsque j’ai décidé de faire de la musique sérieusement, j’étais trop vieille pour m’inscrire dans un conservatoire classique… Et puis j’avais découvert le jazz vers seize ans, avec les premiers groupes dans lesquels j’avais commencé à jouer. Nous écoutions du jazz, mais aussi Frank Zappa, King Crimson et tous ces groupes géniaux des années 70 ! D’ailleurs beaucoup, beaucoup de musiciens m’ont influencé ! Encore enfant, Chick Corea et Padre Antonio Soler étaient mes disques de réconfort... Sans oublier la multitude de concerts de musique classique que j’allais voir avec ma maman. Plus tard, des artistes comme Janis Joplin, Brigitte Fontaine, Moondog, Henri Texier, Arvo Pärt, Ambrose Akinmusire, Robert Wyatt m’ont également marqué pour leur personnalité et leur liberté…


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Ça, il faut le demander aux personnes qui mettent l’étiquette jazz ou rock ou pop… 😉 Je crois que le jazz, aujourd’hui, c’est peut-être la musique improvisée, soit libre, soit à partir d’une grille d’accords ? Moi, je ne sais pas si je fais du jazz ! Cela dit, je suis sûre que j’écris de la musique dans laquelle il y a toujours une large place pour l’improvisation.

Pourquoi la passion du jazz ? Ce qui me plaît le plus dans ce qu’on appelle « jazz », c’est l’improvisation et le fait de pouvoir – devoir renouveler sans cesse son langage... En tout cas, d’essayer de le faire ! Le dialogue entre des musiciens à travers l’improvisation est passionnant. Pouvoir rencontrer quelqu’un d’abord en jouant avec lui est vraiment une chose incroyable !

Où écouter du jazz ?
Dans un monde idéal :
Partout,
Tout le temps,
À tout âge,
Comme pour toutes les musiques inventives...

Comment découvrir le jazz ?
Dans un monde idéal :
Partout,
Tout le temps,
À tout âge,
Comme pour toutes les musiques inventives...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un aigle,
Si j’étais une fleur, je serais un dahlia,
Si j’étais un fruit, je serais une noix,
Si j’étais une boisson, je serais du vin rouge,
Si j’étais un plat, je serais un cari,
Si j’étais une lettre, je serais... Heu... Z ?
Si j’étais un mot, je serais libre,
Si j’étais un chiffre, je serais 3,
Si j’étais une couleur, je serais noir ou rouge, ou les deux,
Si j’étais une note, je les serais toutes !


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis heureuse de réussir à ne faire que ce que je veux depuis le début et de n’avoir jamais fait aucune concession artistique ou humaine. Quant à mon plus grand regret, c’est que le monde – politique – se fiche de plus en plus de la culture et que ça devienne de plus en plus difficile de faire exister nos musiques.



Sur l’île déserte…

Quels disques ? Je prendrai un lecteur qui contient énormément de choses ! 😉 Sinon, si je dois vraiment n’en choisir qu’un seul, ce serait sûrement Rock Bottom de Wyatt.

Quels livres ? Les dépossédés d’Ursula K. Le Guin, tout Ivan Viripaev et Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, que je n’ai pas encore lu.

Quels films ? Tous les films des frères Cohen et tous ceux de Roy Anderson, pour bien garder le moral. 😉

Quelles peintures ? Pauline Souchaud. Si vous ne connaissez pas, allez voir ... 

Quels loisirs ? Des randonnées avec les aigles…


Les projets

Continuer tant que c’est possible...


Trois vœux…

1. Que le monde aille mieux et que les politiques arrêtent d’être ignobles. Moins de flics et plus de paix sociale. Remplacer les grosses industries par des café culturels et remplacer les hommes politiques par des pelures de clémentines...

2. Que le monde aille mieux et que les politiques arrêtent d’être ignobles. Moins de flics et plus de paix sociale. Remplacer les grosses industries par des café culturels et remplacer les hommes politiques par des pelures de clémentines...

3. Que le monde aille mieux et que les politiques arrêtent d’être ignobles. Moins de flics et plus de paix sociale. Remplacer les grosses industries par des café culturels et remplacer les hommes politiques par des pelures de clémentines...


Pour aller plus loin sur Jazz à bâbord :

30 mars 2023

Chimères

Romain Dugela
y a monté la Compagnie 4000 en 2017 pour produire, diffuser et enregistrer des formations aussi variées que Saroye et An’pagay (jazz créole), Ukandanz (ethio-jazz), Polymorphie (free jazz rock), Erotic Market (pop jazz), Pixvae (latin jazz), Kouma (jazz rock alternatif) et… Chimères, un trio acoustique composé d’Anne Quillier au piano, Simon Girard au trombone et Dugelay au saxophone baryton.

Chimères sort le 17 mars 2023. Les huit thèmes sont signés Dugelay et leur nom est inspiré d’une chimère, ce « monstre fabuleux, mi-chèvre mi-lion ». C’est ainsi que l’auditeur croise un « Choiseau », un « Teckal » ou une « Guéterelle », mais aussi un « Manchoup », un « Ecurion » ou une « Totrtache »… Quant à l’« Eléphon » et au « Marmoquin » de la pochette du disque, ils ont été réalisés par l’illustratrice Rama Taupia. A chacun de retrouver ses petits !

Des mélodies finement ciselées (« Manchoup ») et élégantes (« Tortache »), aux allures de comptines (« Choiseau »), voire de berceuses (« Elephon »), alternent avec des fanfares pétaradantes (« Ecurion ») et autres phrases heurtées (« Teckal »). L’instrumentation unique de ce trio, sans contrebasse ni batterie, est une invitation aux contre-chants (« Marmoquin »), unissons (« Teckal »), superposition de plans (« Manchoup »), dialogues nerveux (« Guéterelle »), questions-réponses agiles (« Ecurion »)… qui maintiennent la musique à vif ! Les ambiances, souvent lyriques (« Marmoquins ») ou mélancoliques (« Tortache »), misent sur l’expressivité (« Marmoquin ») et des interactions croisées touffues (« Ecurion »). Le trio varie également les rythmes : des ostinatos (« Choiseau ») aux lignes latinos (« Marmoquin »), en passant par des pédales (« Tortache »), des cellules répétitives (« Manchoup ») ou des motifs en pointillés (« Guéterelles »). La pâte sonore, singulière, de Chimères change de teinte en fonction des dosages entre le saxophone baryton – profond, rauque et doux – le trombone – mobile, rond et « humain » – et le piano – cristallin, ample et net.

Chaque pièce de Chimères est un petit bijou de jazz de chambre !

Le disque

Chimères
Romain Dugelay (bs), Simon Girard (tb) et Anne Quillier (p)
Compagnie 4000
Sortie le 17 mars 2023

Liste des morceaux

01. « Choiseau » (3:57).
02. « Teckal » (2:52).
03. « Elephon » (3:08).
04. « Marmoquin » (4:20).
05. « Guéterelle » (4:10).
06. « Manchoup » (3:52).
07. « Ecurion » (3:35).
08. « Tortache » (3:38).

Tous les morceaux sont signés Dugelay.

Chimères © PLM, sauf l'éléphon et le marmoquin © Rama Taupia


27 décembre 2022

Jazz Migration souffle ses vingt bougies…

Née en 1993, l’Association Jazzé Croisé (AJC et ex-AFIJMA) regroupe près de quatre-vingt-dix diffuseurs, dont la programmation tourne essentiellement autour d’un jazz contemporain novateur. Les actions de l’AJC visent à développer les échanges entre des musiciens étrangers et français : Una striscia di terra feconda est un festival italo-français, The Bridge rapproche des artistes nord-américains et français, c’est la Scandinavie qui est à l’honneur du French Nordic Jazz Transit, Jazzdor se partage entre Strasbourg et Berlin...

Jazz Migration a été créée en 2002 pour proposer un accompagnement professionnel (formations autour des métiers de la diffusion musicale, atelier avec des professionnels européens de la diffusion…) et artistique (résidence, concerts, festivals…) de deux ans aux groupes lauréats du concours. Depuis sa création, plus de deux cent trente musiciens sont passés par Jazz Migration et plus de mille concerts ont été organisés… 


Pour fêter ses vingt ans, Jazz Migration organise deux soirées à la Dynamo, à Pantin. Les lauréats de Jazz Migration #8 se produisent le mardi 29 novembre et vingt musiciens passés par Jazz Migration se donnent rendez-vous sur scène le mercredi 30 novembre pour un grand concert gratuit, précédé d’un cocktail. La Dynamo, convertie en fosse sans sièges, a quasiment fait le plein. Jazz Migration célèbre son anniversaire avec panache : une bière artisanale brassée en Seine-Saint-Denis et un sous-verre à l’effigie des vingt musiciens sont offerts aux spectateurs dans le sac des vingt ans ! Le concert est également retransmis le 3 décembre sur France Musique, dans le Jazz Club d’Yvan Amar.


Philippe Ochem - 30 novembre 2022 - La Dynamo (c) PLM

La première partie dure environ une heure, avec sept morceaux au programme. Philippe Ochem introduit le concert et en profite pour remercier tous les partenaires. Benjamin Flament coordonne cette soirée exceptionnelle avec Leïla Martial à la voix, Théo Ceccaldi et Clément Janinet au violon, Maëlle Desbrosses à l’alto, Bruno Ducret au violoncelle, Hélène Duret à la clarinette, Emile Parisien au saxophone soprano, Raphaël Quenehen au saxophone alto, Laurent Bardainne au saxophone ténor, Morgane Carnet au saxophone baryton, Aymeric Avice à la trompette, Fidel Fourneyron au trombone, Christophe Girard à l’accordéon, Paul Jarret à la guitare, Anne Quillier au Fender Rhodes, Sébastien Palis au piano, Christophe Hache à la contrebasse, Jean-François Riffaud à la basse, Héloïse Divilly et Antonin Leymarie à la batterie.

Quillier et Palis improvisent d’abord dans une ambiance de science-fiction, avec des nappes de sons électro minimalistes et des bruitages spatiaux. Le dialogue s’emballe et les crépitements de notes au milieu des grésillements, bourdonnements, déflagrations, vrombissements et autres claquements, penchent vers la musique contemporaine. « Tân Sơn Nhất » – en référence à l’aéroport international d’Hô Chi Minh-Ville – est une composition signée Hache pour le Circum Grand Orchestra. Le morceau, touffu, est construit en plusieurs parties. Dans un décor toujours très électro, Martial déclame un texte en yaourt, sa diction rappelle parfois celle des Muezzins. L’orchestre joue ensuite une longue phrase rubato, lente et lancinante, comme une transition, avant le duo pétillant d’Avice et de Fourneyron. Dans le mouvement suivant, l’orchestre part à l’unisson sur une rythmique musclée, avec quelques voix qui se décalent de temps en temps, un peu dans l’esprit M’Base. Hache prend ensuite un chorus a capella, véloce mélodieux et profond. La conclusion est une sorte de lamentation…

Leïla Martial - 30 novembre 2022 - La Dynamo (c) PLM

Un sextet – Martial, Desbrosses, Ceccaldi, Janinet, Ducret et Parisien – s’installe sur une coursive latérale pour jouer « Spam d’oie future II », une compilation de morceaux. Sur une pédale lancinante en pizzicato, les vocalises incantatoires soulignées par les traits de l’alto évoquent ça-et-là la musique moyen-orientale, mais aussi la musique folk, notamment lors des passages en scat ou en yaourt. Ce tour de chant débouche sur une envolée manouche, avec une pompe, un discours virtuose du soprano et des vocalises rythmiques. Après des échanges entre free et musique contemporaine, le soprano joue une mélodie nostalgique sur fond de cordes, puis Martial oriente le morceau dans une direction quasiment arabo-andalouse, avec une montée en tension renforcée par les pompes, la voix, tendue et la ligne ardente du soprano. Changement de décor avec le « Hula Vamp » de Jean-François Riffaud : après une introduction mécaniste – grincements, sifflements, grondements, sirènes… dignes d’une usine – l’auditoire est propulsé à Hawaï ! Chœur des soufflants nonchalant, guitare slide, batterie régulière et froufroutante, couleurs bluesy… le climat est nostalgique et vaporeux. Retour sur la coursive, où Martial, Girard et Divilly (au frottoir) interprètent « Valse à vingt temps », chanson-anniversaire composée par la chanteuse et l’accordéoniste pour l’occasion. Sur un air de musette entraînant, Martial chante une chanson à texte sur Jazz Migration, pleine de verve et de clins d’yeux. Duret, Carnet, Fourneyron et Quenehen reprennent le « Gloria » de la Messe de Nostre Dame de Guillaume de Machaut, sur une adaptation de l’arrangement de Quentin Biardeau pour les quatre saxophones du Quatuor Machaut. La ligne élégante de la clarinette flotte sur l’alto, le baryton et le trombone, qui jouent un unisson majestueux. Fort de ses contrepoints mélodieux et de ses croisements de voix gracieux, le développement plonge l’auditoire dans la Renaissance et le Baroque. Le premier set s’achève sur « Lila », un thème de Bardainne, écrit pour le quartet Limousine. Après une courte introduction mélodique au saxophone ténor, Bardainne se met derrière un clavier et fait place à un jazz qui navigue entre pop et musique de film. Ostinato du quatuor à cordes, basse grondante, batterie puissante et régulière, phrases minimalistes de la guitare et motifs mélodiques en boucle du clavier montent en puissance tout au long du morceau jusqu’au final qui éclate en effets électro. 

Un concert éclectique, audacieux, foisonnant et intense, parfaite image de l’Association Jazzé Croisé et superbe cadeau pour les vingt ans de Jazz Migration !

13 novembre 2022

Miniatures du dedans – Hirsute

En dehors des différents projets du collectif Pince-oreilles et autres,
Anne Quillier se partage entre Suricate, en solo, Watchdog, un duo en compagnie du clarinettiste Pierre Horckmans, Blast, un trio avec Horckmans et Guillaume Bertrand à la batterie, et son quintet Hirsute, dans lequel le contrebassiste Michel Molines et le saxophoniste baryton Damien Sabatier se joignent aux musiciens de Blast.

Miniatures du dedans, premier opus d’Hirsute, sort le 13 mai 2022 sur le label de Pince-oreilles. Les onze morceaux sont signés Quillier. La pochette, un peu dans l’esprit onirique d’un Douanier Rousseau légèrement psychédélique, est une création de l’artiste Lola Roubert.

Unissons mélodieux (« Miniatures du dedans »), broderies dans une veine classique (« Irruption volcanique »), mélodies-riffs aux allures de comptines (« L’homme et l’arbre »), lignes mélancoliques (« Longue route »), minimalistes (« Mouche borgne »), contemporaines (« Des souris dans le ventre »), proche des airs du vingtième (« Serrures »), quasi-klezmer (« Objets muets ») ou rock prog (« Pyramide de plasma ») : Quillier élabore des thèmes sophistiqués (« Le serviteur ivre ») qui swinguent constamment (« Un mot venu du dehors »). Les développements du quintet, qui évoquent la musique de chambre (« Des souris dans le ventre ») avec des contre-chants délicats (« Serrures » ), des contrepoints relevés (« Longue route ») et une construction en plusieurs mouvements (« L’homme et l’arbre »), s’appuient sur des pédales (« Un mot venu du dehors »), walking (« Serrures »), poly-rythmes chaloupés (« Longue route »), motifs en chœur (« Pyramide de plasma »), couleurs moyen-orientales (« Le serviteur ivre ») ou sud-américaines (« Miniatures du dedans »), frappes serrées et puissantes (« Pyramide de plasma »), carrures robustes (« Miniatures du dedans »)… Les croisements de voix sont touffus (« Mouche borgne »), voire débridés (« Pyramide de plasma »), avec, parfois, un côté fanfare circassienne (« Longue route »). Le piano gère la tension (« Miniatures du dedans ») à coup de phrases legatos (« Serrures »), d’ostinatos (« Irruption volcanique »), et autres soutiens harmoniques entraînants (« Miniatures du dedans »). Quant à la rythmique, elle maintient une pression constante (« Irruption volcanique ») et volontiers dansante (« Le serviteur ivre »). Cet alliage d’architecture raffinée, d’ambiance de danse et de variété de timbres donne un caractère tout à fait personnel à la musique d’Hirsute.

Captivantes, recherchées et énergiques, les Miniatures du dedans sont une superbe réussite !

Le disque

Miniatures du dedans
Hirsute
Pierre Horckmans (cl), Damien Sabatier (bs), Anne Quillier (p), Michel Molines (b) et Guillaume Bertrand (d).
Label Pince-oreille
Sortie le 13 mai 2022

Liste des morceaux

01. « Un mot venu du dehors » (05:29).
02. « Le serviteur ivre » (06:27).
03. « Irruption volcanique » (04:45).
04. « L'homme et l'arbre » (03:42).
05. « Mouche borgne » (04:33).
06. « Des souris dans le ventre » (05:10).
07. « Serrures » (04:39).
08. « Longue route » (05:14).
09. « Miniatures du dedans » (05:15).
10. « Objets muets » (03:23).
11. « Pyramide de plasma » (02:59).

Tous les morceaux sont signés Quillier.

27 septembre 2015

Daybreak - Anne Quillier 6Tet

Daybreak
Anne Quillier 6Tet
Pierre Horckmans (cl, bcl), Aurélien Joly (tp, bg), Grégory Sallet (as, ss), Anne Quillier (kbd), Michel Molines (b) et Guillaume Bertrand (d).
Label Pince-Oreilles 005/1
Sortie en janvier 2015

A chaque région, sa scène jazz : Rhône-Alpes a, entre autre, la chance d’héberger Anne Quillier. Ancienne élève du conservatoire de Chambéry, la pianiste fait partie du collectif Pince-Oreilles. Outre Watchdog, un duo avec le clarinettiste Pierre Horckmans, et Blast, un trio avec Horckmans et le batteur Guillaume Bertrand, Quillier anime également un sextet depuis 2011. Daybreak est le premier disque de cette formation, publié par le label du collectif. A Horckmans et Bertrand, s’ajoutent Aurélien Joly à la trompette et au bugle, Grégory Sallet aux saxophones alto et soprano et Michel Molines à la contrebasse.

Daybreak, un mot souvent employé par les musiciens de jazz et de blues, est un bel hommage à l’éclectisme : de Jimmy Smith (disque homonyme de 2002) à Franck Sinatra (chanson éponyme de 1963), en passant par Dave Burrell et David Murray (1989), mais aussi Pat Metheny (New Chautauqua – 1979), sans oublier le « Daybreak Express » de Duke Ellington… Huit des neuf morceaux sont signés Quillier et « Lost Continuum » est d’Horckmans. « Chanson Épique pour les superhéros injustement méconnus » est judicieusement dédié à l’auteur du neuvième art, Manu Larcenet, notamment créateur de la série culte… Blast. Quant à « Dance With Robots », Quillier le dédicace à son confrère Vijay Iyer.

Les mélodies sont séduisantes (« Last Flight »), les rythmes expressifs (« Lost Continuum »), les harmonies modernes (« La longue ascension ») et le sextet sonne comme une fanfare gaiement nostalgique (« Chanson épique… »), quelque part entre Carla Bley (« Hymne obsédant ») et Bruno Régnier (« Lignes troubles »). Remarquablement habile, la construction des morceaux mise sur des ruptures d’intensités sonores (« Dance With Robots »), des changements de climats  (latin et klezmer dans « Aaron’s Piece ») et des contrastes entre unissons (« Lost Continuum »), pédales (« Hymne obsédant »), ostinatos (« Ondes de choc ») et contrepoints (« Lignes troubles »). Même si Quillier laisse suffisamment d’espace pour que les musiciens prennent des chorus, l’entrelacs des voix et l’organisation plutôt verticale de la musique mettent en avant le groupe, plutôt que les solistes.

Aux manettes de son 6Tet, Quillier sait parfaitement doser réalisme et abstraction, tension et subtilité : Daybreak est une réussite… un point du jour étincelant !