20 mars 2016

Koa au Carreau…

En avril 2014, le Grand Ensemble Koa présente son premier disque, Koa-Roi, au Sunset. Revoilà Aflred Vilayleck et son nonet pour un nouvel opus : Ahimsâ. Le concert de sortie se déroule au Carreau du Temple, le 10 mars, dans le cadre de la Jazz Fabric de l’Orchestre National de Jazz.

Les musiciens du Grand Ensemble Koa sont les mêmes que pour Koa-Roi : Matthieu Chedeville au saxophone soprano, Armel Courrée au saxophone alto, Jérôme Dufour au saxophone ténor, Pascal Bouvier au trombone, Matia Levrero à la guitare, Samuel Mastorakis au vibraphone, Daniel Moreau aux claviers, Vilayleck à la basse et Julien Grégoire à la batterie.

Le répertoire tourne évidemment autour d’Ahimsâ : « Over The Top », « Le pardon infini I & II », « Ahimsâ » et « Evif Rof Noom ». Vilayleck propose également « La danse des insoumis », dédié au saxophoniste Jeroen Van Herzeele.


Comme dans Koa-Roi, le Grand Ensemble joue la carte du collectif : thèmes et développements à l’unisson (« Le pardon infini I »), foisonnement des voix (« Over The Top »), riffs hypnotiques (« Ahimsâ »), ostinatos lancinants (« Evif Rof Noom »), contrepoints touffus (« Over The Top »)… Le tout sur des lignes de basse qui grondent (« Le pardon infini II »), une batterie vigoureuse (« Ahimsâ »), un vibraphone et un orgue qui assurent un accompagnement le plus souvent dansant (« Le pardon infini II »). Le nonet malaxe aussi la matière sonore dans une veine contemporaine bruitiste avec des effets électro, stridences, bourdonnements, souffles… (« La danse des insoumis »). Si Vilayleck ne s’attache pas à la forme thème – solo – thème, il ménage des espaces pour que chaque musicien puisse s’exprimer : le saxophone soprano dans « Over The Top », le vibraphone dans « Le pardon infini I », le saxophone alto dans « Ahimsâ », le saxophone ténor et la guitare dans « Evif Rof Noom » etc.  

Par rapport au concert, le disque propose « Asmiha » et une « Intro To Ahimsâ » en plus, mais « La danse des insoumis » ne fait pas partie du programme. Avec une prise de son claire et équilibrée, Ahimsâ reflète fidèlement l’esprit luxuriant de Koa et permet d’écouter plus distinctement le jeu des voix qu’en concert.

Ahimsâ est un principe de non-violence dans la philosophie indienne… Mais le Ahimsâ de Koa n’est pas pour autant un long fleuve tranquille, mais plutôt un torrent tempétueux de notes bouillonnantes !


Un quart de siècle pour Sons d’hiver…

Le gâteau du vingt-cinquième anniversaire de Sons d’hiver est roboratif : quinze jours de festival, une centaine de musiciens, trente concerts, les tambours conférences… et un plateau exceptionnel, avec Muhal Richard Abrams, Mulatu Astatké, François Couturier, Hamid Drake, Daniel Humair, Oliver Lake, Tony Malaby, Michel Portal, Marc Ribot, Louis Sclavis, Omar Sosa… Désolé pour tous ceux qui ne sont pas cités, mais qui ont tout autant réjoui les oreilles des auditeurs !


Vendredi 29 janvier 2016
Auditorium Jean-Pierre Miquel - Vincennes

La soirée d’ouverture de Sons d’hiver se déroule dans le superbe auditorium Jean-Pierre Miquel de Vincennes. Superbe, parce que son acoustique est irréprochable et que les trois cent places, très confortables, offrent un point de vue dégagé sur la scène... L’affiche est  particulièrement alléchante : un solo de Muhal Richard Abrams et le duo Anja Lechner – François Couturier.


Muhal Richard Abrams

Que l’un des fondateurs et membre clé de l’Association for the Advancement of Creative Musicians ouvre Sons d’Hiver est un symbole fort. Benoît Delbecq ne s’y est pas trompé et assiste à cette soirée historique : depuis 1965, Abrams secoue la Great Black Music, humainement, socialement, politiquement et… musicalement ! A plus de quatre-vingts cinq ans, Abrams reste cette figure tutélaire que décrit Alexandre Pierrepont dans La Nuée (ouvrage impressionnant sur l’AACM paru chez Parenthèses en 2015).

Le pianiste déroule une improvisation pendant une cinquantaine de minutes, puis propose un rappel de cinq minutes.




Après avoir joué avec le silence et des notes éparses pendant quelques minutes, Abrams alterne motifs mélodiques et rythmiques, avec des phrases heurtées, denses et tendues, dans le registre grave du piano. Des clusters vigoureux, des ostinatos intenses, des riffs musclés et des pédales puissantes se succèdent, interrompus ça-et-là par un crépitement abrupt. L’instrument rugit dans une ambiance grandiose. Si la mélodie reste accessoire, l’esquisse d’un thème empreint de lyrisme surgit parfois au milieu du foisonnement sonore. Dans une sorte de rhapsodie percussive, l’artiste met en musique une discussion à bâton rompu… Le bis est un chant apaisé dans lequel minimalisme et poésie se partagent les rôles.


La musique d’Abrams dégage une force irrésistible qui tient en haleine l’auditeur de la première à la dernière note.


François Couturier & Anja Lechner duo

Le pianiste François Couturier et la violoncelliste Anja Lechner ont monté un duo pour élargir l’expérience du Tartovsky Quartet – avec Jean-Marc Larché au saxophone soprano et Jean-Louis Matinier à l’accordéon. Couturier et Lechner jouent des morceaux de l’aventurier Georges Ivanovich Gurdjieff, du compositeur catalan Federico Mompou, d’Anouar Brahem et de Couturier.

Le répertoire du concert est proche de celui de Moderato Cantabile, sorti chez ECM en septembre 2015. L’approche musicale de Couturier et Lechner s’oriente clairement vers la musique classique : dialogues harmonieux, contrepoints raffinés, croisements de voix mélodieux, échanges lyriques… Ce qui n’empêche pas les envolées rythmiques en pizzicato ou sur la base d’ostinatos, mais aussi des passages dissonants dans une veine contemporaine (« Papillon »).


L’élégance des constructions et la subtilité des conversations sont au centre des préoccupations musicales du duo Couturier – Lechner.


Jeudi 4 février 2016
Théâtre Romain Rolland – Villejuif

Le Théâtre Romain Rolland de Villejuif est un habitué de Sons d’hiver. La grande salle de six cent cinquante places, la Scène Lecoq, est fermée pour rénovation, c’est donc dans la petite – cent trente places – Scène Eglantine, au premier étage de la médiathèque qui jouxte le TRR, qu’auront lieu les deux soirées dédiées au solo de Fabrice Vieira et au duo Emile Parisien – Daniel Humair.


« Qui verra Vieira » - Fabrice Vieira Solo

Guitariste, chanteur, conteur, percussionniste, beatbox,.. voilà plus de quinze ans que Fabrice Vieira fait partie du noyau dur de la Compagnie Lubat. A côté des spectacles du collectif d’Uzeste, Vieira a monté un spectacle en solo : « Qui verra Vieira ».



Après une parodie de remerciements dans un mode potache, le solo de Vieira part dans tous les sens : des chants folkloriques au blues, en passant par des jouets musicaux, un fandango, des propos iconoclastes, des vocalises à la Bobby McFerrin, des boîtes à rythmes, des jeux de mots dans l’esprit de Bernard Lubat, du scatrap dans la lignée d’André Minvielle, des discours politiques, une parodie de rock’n roll, un morceau à la guitare dans une veine quasi flamenco… et une conclusion minimaliste sur « Reflections » de Thelonious Monk.

« Qui verra Vieira » est un spectacle animé et Vieira un amuseur musical patenté !


Daniel Humair & Emile Parisien Duo

Depuis Sweet & Sour (2012), Daniel Humair et Emile Parisien ont développé des affinités musicales qu’ils ont mises en commun au sein d’un duo, qui se transforme parfois en trio, avec Jean-Paul Celea à la contrebasse.



Pour le concert de Sons d’hiver, Humair et Parisien ont choisi d’interpréter des œuvres de Joachim Kühn, François Jeanneau, Parisien et Humair, mais aussi un chant folklorique tunisien tiré de Noon In Tunisia, disque de George Gruntz, enregistré en 1967, avec Humair, Jean-Luc Ponty, Sahib Shihab, Eberhard Weber et un orchestre traditionnel tunisien.

D’entrée de jeu, Humair se lance dans un festival de cymbales haut en couleur qui contraste avec le discours grave et la sonorité velouté de Parisien. Le batteur poursuit avec des roulements secs sur les peaux, tandis que le saxophone soprano part dans un développement profond et tendu, avec des traits bluesy. Les deux musiciens s’écoutent attentivement, se répondent du tac au tac, parsèment leurs échanges de bruitages contemporains et de variations free. Parisien se laisse volontiers aller à un lyrisme dense sur la batterie torride d’Humair. Ils combinent hymnes majestueux, mélodies baroques, chants poignants, comptines subtiles, thèmes orientaux…

Inventive et nerveuse, la musique du duo Humair et Parisien s’inscrit clairement dans l’avant-garde, met davantage l’accent sur le chant que sur le cri et penche plutôt vers le figuratif que l’abstraction… Un régal !



06 mars 2016

Vive les Amérindiens au Café de la Danse !

Le 13 février 2016, à l’occasion de la sortie de Sky Dancers chez Label Bleu, Henri Texier se produit avec son sextet au Café de la Danse, à quelques pas de la Bastille. Le concert affiche complet malgré le froid, la pluie et le vent… La belle salle en gradins accueille les cinq cent spectateurs avec des jeux de lumières sur le mur en pierres imposant qui tient lieu de décor.


A côté du trio habituel constitué de Sébastien Texier, François Corneloup et Louis Moutin, Texier a étoffé sa palette sonore avec Nguyên Lê à la guitare et Armel Dupas au piano et aux claviers.

Le concert reprend les neuf morceaux de Sky Dancers et l’hommage à Elvin Jones, « Ô Elvin », tiré d’Alerte à l’eau, du Strada Sextet (2007). Depuis An Indian’s Week, enregistré en 1993 avec l’Azur Quartet, la passion de Texier pour les Amérindiens ne faiblit pas : Sky Dancers, le titre du disque, fait référence aux Mohawks, employés dans la construction des gratte-ciel aux Etats-Unis depuis la fin du dix-neuvième siècle... Mais Texier donne également des titres évocateurs à ses thèmes : « Mapuche » est le peuple de la terre, qui vit entre Argentine et Chili ; « Clouds Warriors » désigne les Chachapoyas, qui habitaient au Pérou, dans des forteresses bâties à flancs de falaises, à plus de trois mille mètres… ; « Mic Mac » fait allusion aux indiens Micmacs du Canada, autrefois célèbres pour leurs canoës ; « Hopi » se réfère évidemment aux Hopitu-shinumu d’Arizona et leurs villages si caractéristiques, avec les échelles de meunier qui permettent de grimper d’une maison et d’un étage à l’autre ; « Navajo Dream » et « Comanche », qui sont enchaînés, évoquent deux des plus célèbres peuples indiens, avec les Apaches ; « Dakota Mab » est un jeu de mots entre Dakota, pour les Sioux, et Mab, « fils de » en breton… Texier dédie « fils de Sioux » à Jacques Prévert, dont un collage orne la pochette du disque. Ce collage fait partie des Souvenirs de Paris et représente un Indien à cheval, déhanché pour mieux tirer à l’arc, volant dans le ciel au-dessus d’un parapet des quais de Paris... Par ailleurs, fidèle à son habitude, Texier consacre des morceaux à des artistes disparus : « Ô Elvin », bien sûr, mais aussi « Paco Atao » (atao, toujours en breton), hommage au percussionniste martiniquais Paco Charlery, décédé en 2010, et « He Was Just Shinning », dédicacé à « un drôle d’Indien », dixit le contrebassiste, qui n’est autre que Paul Motian, avec qui Texier a enregistré Respect en 1997, en compagnie de Bob Brookmeyer, Lee Konitz et Steve Swalow et dont il avait déjà salué la mémoire avec le Hope Quartet, dans « Live At l’Improviste » (2012), à travers « Song For Paul Motian », signé Sébastien Texier.

Texier possède incontestablement une signature sonore et thématique unique, reconnaissable dès les premières notes : après une courte introduction sous forme de motif, le plus souvent rythmique, l’orchestre expose à l’unisson un thème-riff plutôt court et entraînant, pimenté de quelques dissonances, parfois repris à l’octave. Les chorus, soutenus et denses, empruntent au hard bop, au free, voire au rock. Les rythmes, carrés et puissants, font la part belle aux tambours. Dans l’ensemble, la structure des morceaux reste dans le modèle thème – solos – thème, parsemé de chœurs et de contrepoints.

Batteur robuste, Moutin joue la carte de la régularité, fait trembler ses peaux, alterne roulements furieux (le solo d’« Ô Elvin »), frappes sèches et foisonnements (« Navajo Dream »), avec des passages en chabada (« Clouds Warriors »). Au piano, Dupas joue dans une veine bop élégante (le trio dans « Hopi »), souvent énergique (« Clouds Warrior »), avec des envolées lyriques contemporaines (« Mic Mac »), et ses lignes d’accords soulignent discrètement les phrases des solistes (« Mapuche »). Son jeu à l’orgue se rapproche davantage de la fusion, soit déchaînée (« Navajo Dream »), soit groovy (« Ô Elvin »). Avec sa sonorité métallique très électrique, Lê apporte une couleur rock prononcée (« Mapuche »), teintée de touches fusion (« Navajo Dream ») et pop rock (« Comanche » avec son riff aux allures de « L’Aventurier »). Lê enveloppe également les développements mélodiques de nappes aériennes (« Dakota Mab ») et d’accords planants (« Paco Atao »). Avec Corneloup et Texier fils, Texier père a trouvé une paire de soufflants à sa mesure ! Au saxophone baryton, Corneloup est capable de tout : d’un be-bop nerveux (« Clouds Warriors ») à un free maîtrisé (« Mapuche »), en passant par des envolées rock (« Dakota Mab ») et des développements majestueux (« He Was Just Shinning »). Net et tendu, le discours de Corneloup se situe davantage dans la lignée de Pepper Adams que de Gerry Mulligan. Au saxophone alto, comme à la clarinette, Texier se montre incisif, avec un phrasé d’une fluidité et d’une agilité qui rappellent Charlie Parker – d’ailleurs, dans « Mic Mac », il cite « Billie’s Bounce ». En revanche sa sonorité s’apparente davantage à un mix de Cannonball Adderley et d’Art Pepper. Pendant le concert – et sur disque aussi – Texier père est particulièrement inspiré. Ses solos sont plus chantants les uns que les autres et la contrebasse dévoile tous ses atouts : jeu sur toute la tessiture (« Mapuche »), vibrato, double-corde et glissando (« Clouds Warriors »),  walking (« Ô Elvin ») et shuffle (« Hopi »), pédale (« Navajo Dream ») et complainte à l’archet (« Paco Atao »)…

Le disque

Pour ceux qui n’ont pas pu assister à l’un des concerts de Sky Dancers à l’Europa Jazz, aux Rencontres de l’Erdre, à Jazz sous les pommiers ou au Café de la danse, il reste le disque…

Sky Dancers sort chez Label Bleu, auquel Texier est toujours resté loyal, malgré les vicissitudes que le label amiénois a traversées. Autre incontournable : Philippe Teissier Du Cros, qui a assuré la prise de son et le mixage de Sky Dancers, mais aussi de la plupart des autres enregistrements de Texier. Léger écart par rapport aux habitudes : les photos sont signées Sylvain Gripoix, et non pas Guy Le Querrec, comme ce fut souvent le cas.

Côté musique, l’enregistrement de Sky Dancers est très naturel et, finalement, assez proche d’une prise sur le vif. Les musiciens sont un peu moins diserts sur disque qu’en concert. En revanche, les voix sont mieux équilibrées sur disque, notamment le piano, mais cela dépend sans doute de la place dans la salle…


Les concerts de Texier sont à chaque fois une expérience mémorable et ses disques, des must : écouter Texier en général et Sky Dancers en particulier, c’est écouter une musique charnelle qui vous prend aux tripes.

Sky Dancers
Sébastien Texier (as, cl, b cl), François Corneloup (bs), Nguyên Lê (g), Armel Dupas (p), Henri Texier (b) et Louis Moutin (d).
Label Bleu – LBLC6720
Sortie le 5 février 2016

05 mars 2016

A la découverte de… Joachim Caffonnette

Après ses études académiques, Joachim Caffonnette se frotte aux Lundis d’Hortense, puis se lance dans le milieu du jazz en 2008 : un trio, un quartet, un quintet, la jam session du Music Village, la formation de Marco Llano, le duo avec Anne Vank… et Simplexity qui sort en mars 2016. Un artiste à découvrir…

La musique

Je suis né dans une famille où l'art et la culture sont très présents : ma mère a créé sa compagnie de Théâtre d'Objet – la Compagnie Gare Centrale – dans les années quatre-vingt. Depuis elle tourne dans le monde entier. J’ai donc passé le plus clair de mon enfance dans les salles de théâtre et les festivals, en France, au Canada, en Angleterre...

Comme beaucoup d'enfants, j'ai suivi des cours de piano privé. Evidemment, j’ai failli arrêter plusieurs fois ! Mais j'étais obnubilé par les long cheveux roux de ma prof… j'ai donc continué ! Comme quoi, ça tient à peu de choses…

Vers quinze ans, je commence à délaisser petit à petit les activités habituelles des ados : cours d'art martiaux, foot, club d'échec, cours de dessin… Si bien qu'il ne me reste plus que le piano ! C'est également à peu près à cette période que je tombe sur le Live au Village Vanguard de Michel Petrucciani, avec Pal Danielson et Eliott Zigmund. Et là, je me suis dit : le jazz, c'est ça que je veux faire !

Ensuite, j’ai trouvé un prof de piano jazz à l'académie, près de chez moi, et j'ai été admis dans un programme de musique-étude en piano classique. Une fois mes études secondaire et classique terminées, j’ai rejoints le Conservatoire Royal de Bruxelles et suis entré dans la classe d'Eric Legnini. J’ai suivi ses cours pendant cinq ans avant d’étudier la composition avec Kris Defoort. 

Les influences

Mes influences sont principalement dans le jazz et la musique classique, mais elles sont très larges !

En tant que pianiste, j'ai toujours été fasciné par Bill Evans, Herbie Hancock et Keith Jarrett. Vers dix-huit ans, j'ai découvert Brad Mehldau. Il m'a ouvert les yeux sur tout l'univers du jazz actuel et de la scène new-yorkaise. 

En tant que compositeur, c'est beaucoup plus difficile de trouver des influences précises. J'adore les couleurs et les arrangements des disques Blue Note d'Hancok des années soixante. Les compositions de Wayne Shorter comptent, pour moi, parmi les plus grands aboutissements, en matière de thèmes de jazz.

Sinon, j'écoute très souvent Glenn Gould. Quand il joue Johann Sebastian Bach, ça m'inspire énormément ! Tout comme la musique de Claude Debussy, que j'ai analysé pendant des heures… Igor Stravinsky, György Ligeti et John Cage font aussi partie des compositeurs que me passionnent. Je me replonge également souvent dans Frédéric Chopin, pour retrouver la pureté romantique des mélodies…

Côté jazz, je trouve aussi que Kurt Rosenwinkel et Aaron Parks développent quelque chose de génial dans leur façon d'écrire... Donc c'est très large ! 


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? C'est une grande liberté... Malgré toutes nos études, quand on joue du jazz, la seule chose qui compte c'est que ça sonne bien !

Pourquoi la passion du jazz ? Parce que le jazz combine la composition, une grande liberté harmonique et l'improvisation.

Où écouter du jazz ? Le jazz s’écoute en cuisinant, dans les clubs, quand on est triste, quand on est content…

Comment découvrir le jazz ? Le mieux est d’essayer de laisser les aprioris de côté…

Une anecdote autour du jazz ? Il y en a tellement ! Ma préférée reste l'histoire de Thelonious Monk, en voiture avec Miles Davis : ils viennent de jouer « Round Midnight » dans un festival et Miles, qui a utilisé sa sourdine pour la première fois, reçoit une standing ovation de plusieurs minutes et signe un gros label dans la foulé... Monk lui dit alors un truc du genre « Tu n’as rien compris au morceau ! Ce n’est pas du tout comme ça qu'il faut le jouer… »  et il sort de la bagnole en plein trafic ! 

Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un lion : tu bouffes, tu dors, tu baises !

Si j’étais une fleur… Alors là : je n’en sais strictement rien !

Si j’étais un fruit, je serais une pomme, il y a tant de façons de la consommer !

Si j’étais une boisson, je serais un bon whisky. A laisser mûrir… Il faut être curieux pour l'apprécier, mais, en fin de compte, on est rarement déçu…

Si j’étais un plat, je serais les boulets liégeois – si vous ne connaissez pas, allez voir sur Google –  parce que je suis le seul bruxellois à les faire convenablement… et que j'adore ça !

Si j’étais une lettre, je serais X. Je crois que c'est le symbole le plus souvent écrit dans le monde, mais le placer au Scrabble est une tuerie !

Si j’étais un mot, je serais maintenant. J'essaie de vivre le plus possible dans l'instant. Même si j'ai une tendance à me projeter dans l'avenir – ce qui est nécessaire –  je pense que c'est important d'être à ce qu'on fait et d'en profiter.

Si j’étais un chiffre, je serais 9, parce qu'on peut le retourner et que ça ne veut plus dire la même chose.

Si j’étais une couleur, je serais un noir profond, parce que c'est plein et un peu mélancolique.

Si j’étais une note, un sol double dièse… pour faire chier le monde !

Les bonheurs et regrets musicaux

Mon plus grand bonheur, c'est de jouer et d'atteindre ce moment où le temps s'arrête, où j'entends chaque instrument, où l'inspiration vient sans penser et que la symbiose avec les musicien est parfaite. 

Mon principal regret, c'est de ne pas être un meilleur lecteur : je gagnerais du temps à pouvoir lire plus vite des partitions classique. 

Sur l’île déserte…

Quels disques ? Les sessions au Vanguard d’Evans, Deep Song de Rosenwinkel, les sessions Blue Note de Jarrett, Speak Like A Child d'Hancock, Symbiosis d’Evans...  

Quels livres ?  Des polars.

Quels films ? In Bruges, C'est arrivé près de chez vous... 

Quelles peintures ? Des œuvres de Claude Monet.

Quels loisirs ? Des épices pour faire à manger…

Les projets

Jouer !

J'ai aussi le projet fou d'écrire une pièce pour un ensemble hybride avec deux quatuors à corde, un ensemble à vent, une section de cuivre et de sax, et un trio piano – basse – batterie... Je me donne trois ans ! 

Trois vœux…
1. Que les gens essayent de se comprendre et s'écoute pour écouter, par pour répondre…
2. Que les choses ralentissent, qu'on prenne le temps de vivre...
3. Que l'argent devienne has been !

20 février 2016

Les notes de la marée de février



Février apporte son lot de nouveautés, et tous les goûts seront servis !




Busking - Hélène Labarrière & Hasse Poulsen

Désordre, Ceol Mor, Dédales… pour l‘une,  Das Kapital, The Langston Project, Open Fist… pour l’autre, et Busking pour les deux ! Complices de longue date, Hélène Labarrière et Hasse Poulsen ont monté un duo pour « Jouer dans la rue » (busking).

Les deux artistes ont un attrait commun pour la chanson populaire plutôt à tendance folk (ou non) et ils ont décidé d’interpréter des titres connus à leur manière : de « Take This Waltz » de Leonard Cohen (I’m Your Man – 1988), sur un poème de Federico García Lorca, à « Farewell » de Bob Dylan, en passant par « Special To Me », composé par Paul Williams pour le film de Brian DePalma, Phantom Of The Paradise (1974), « Formidable » de Stromae (Racine carrée – 2013), « Let It Die » de Feist (2004), « Lucy In The Sky With Diamonds » des Beatles (Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band – 1967), « Les uns contre les autres », tiré de Starmania, l’opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon (1978), « Hand In My Pocket » d’Alanis Morissette (Jagged Little Pill – 1995) et « Stjerne til Støv » du musicien danois Sebastian (1981). Figure également au répertoire, « Mørke », un morceau signé Poulsen.

Labarrière et Poulsen font le choix de l’acoustique, servi par une prise de son naturelle et chaude, même si la guitare joue parfois avec l’électricité (« Special To Me »). Dans l’ensemble, les deux musiciens respectent l’esprit des mélodies (« Let It Die », « Hand In My Pocket ») qu’ils exposent à tour de rôle (« Lucy In The Sky With Diamonds »  par la contrebasse, « Let It Die » par la guitare) ou à l’unisson (« Stjerne til Støv »). Ils jouent aussi, judicieusement, avec le contraste entre la sonorité puissante, grave et boisée de la contrebasse et le son souple et métallique de la guitare (« Formidable »). En vieux complices qui se connaissent sur le bout des cordes, Labarrière et Poulsen se renvoient les notes avec habileté. Des lignes d’accords (« Take This Waltz »), des motifs minimalistes (« Let It Die »), des ostinatos (« Formidable ») ou des riffs (« Les uns contre les autres ») soutiennent les solos. Les chorus se répondent, ou se complètent au grès des atmosphères : le plus souvent nostalgiques (« Take This Waltz », « Let It Die », « Mørke »), mais teintées de free (« Special To Me »), de blues (« Les uns contre les autres »), de pop (« Stjerne til Støv »), voire bruitiste (« Lucy In The Sky With Diamonds »)…

Dans Busking, Labarrière et Poulsen relisent des tubes populaires avec une voix originale et poignante qui les sublime. Un disque de plus dans la musicothèque !


Evolution – Dr. Lonnie Smith

A la fin des années cinquante, Dr.Lonnie Smith apprend l’orgue Hammond. Par la suite, il est engagé par George Benson, puis Lou Donaldson. A partir des années soixante-dix il poursuit sa carrière principalement sous son nom. Depuis Finger Lickin’ Good, en 1967, Smith compte plus de vingt-cinq disques à son actif et une multitude de collaborations…

Evolution marque le retour de Smith chez Blue Note. L’organiste s’appuie sur Jonathan Kreisberg à la guitare et Jonathan Blake à la batterie. Selon les morceaux, le trio invite Robert Glasper,  John Ellis, Keyon Harrold, Joe Dyson, Joe Lovano ou Maurice Brown.

Le répertoire s’articule autour de cinq compositions de Smith, « Straight No Chaser » de Thelonious Monk et « My Favorite Things » de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II.
                      
Si la fusion des années soixante-dix sert de toile de fonds à Evolution, le be-bop – chabada et walking – reste en ligne de mire (« Straight No Chaser »), mais aussi l’Afrique et ses tambours (« African Suite », qui évoque Randy Weston). Quant à « My Favorite Thing », Smith en donne une version énergique et touffue. Avec ses rythmiques funky (« Talk About This »), son orgue churchy (« Play It Back »), ses unissons groovy (« Afrodesia »), ses effets wawa (« Straight No Chaser »), ses chorus de shouter (« Play It Back ») et ses mélodies simples (« For Heaven’s Sake »), la musique de Smith est redoutablement efficace.
                                                                                                                                        

Give It Back To You – The Record Company

Créé en 2011, The Record Company commence par faire les premières parties de B.B. King, Buddy Guy, Trombone Shorty… avant de tourner pour la première fois en Europe en 2015. Give It Back To You est leur premier album, qui sort chez Concord en février.

The Record Company, c’est Chris Vog à la guitare, à l’harmonica et au chant, Alex Stiff à la guitare et à la basse et Max Cazorla au piano et à la batterie. Stiff et Cazorla soutiennent également Vog en chœur.

Les neuf titres sont de leur cru. Give It Back To You est un disque de rock pur et brut : rythmique rock’n roll (« Don’t Let Me Get Lonely »), esprit blues omniprésent (« This Crooked City »), guitare slide (« Rita Mae Young »), chant grasseyant (« Off The Ground »)… Un disque destiné sans doute davantage aux inconditionnels de John Lee Hooker qu’aux fanatiques de John Coltrane…


Man Made Object – Gogo Penguin

Gogo Penguin est un Power Trio venu tout droit de Manchester. Marqués par l’électro, la pop, le rock, la musique répétitive et le jazz, le pianiste Chris Illingworth, le contrebassiste Nick Blacka et le batteur Rob Turner suivent une voie située quelque part entre EST, The Bad Plus, Aphex Twin… Man Made Object est le troisième disque de Gogo Penguin, après Fanfares en 2012 et v.2.0 en 2014, mais c'est le premier chez Blue Note.

Pour les dix compositions du disque, le trio a trouvé son inspiration dans des sources aussi diverses que l’iPhone, des logiciels de séquençage, le miaulement d’un chat, des synthétiseurs, les jingles des jeux vidéo…

L’accent est mis sur les rythmes : les trois instruments imbriquent avec une précision redoutable des motifs répétitifs, qui plantent un décor électro nerveux (« Smarra »), sur lequel le piano égrène des mélodies minimalistes aux accents pop (« Initiate »). La batterie  est puissante et mate (« Unspeakable World »), la contrebasse sourde et dense (« Protest ») et le piano volontiers cristallin (« All Res »), tout en joignant ses ostinatos au foisonnement rythmique ambiant (« Quiet Mind »).

Man Made Object est un album bien construit et bien produit, qui propose une musique accroche-cœur, une sorte de « lounge music acoustique ».  


Family Dinner vol 2 – Snarky Puppy

Voilà bientôt douze ans que Michael League a monté Snarky Puppy, un grand orchestre à géométrie variable voué à la scène : Family Dinner – Volume Two n’est que le deuxième disque de Snarky Puppy, après Sylva, sorti en 2014.

Dix-sept musiciens sont réunis pour le dîner de famille, mais League convie également une pléthore d’invités, à l’instar de Becca Stevens, Salif Keita, David Crosby, Charlie Hunter… Les huit morceaux sont signés Snarky Puppy et certains ont été enregistrés en concert.

Snarky Puppy puise dans la R’n’B (« Liquid Love »), la musique andalouse (« Molino Moreno »), la pop folk (« I Asked »), la pop rock (« Sing To The Moon »), la musique du monde (« Soro (Afriki) »), le funk (« Don’t You Know », « I Remember »), la chanson style crooner (« Somebody Home »)… Ecriture et arrangements léchés, Family Dinner – Volume Two est placé sous le signe du groove et de la danse. Un vrai bal !


Into The Silence – Avishai Cohen

Le trompettiste Avishai Cohen – qui s’est notamment fait connaître au sein des Three Cohen, avec son frère Yuval et sa sœur Anat – a rejoint ECM et sort Into The Silence en février 2016. Il s’est entouré d’un compagnon de longue date, le pianiste Yonathan Avishai, du batteur de son trio Triveni, Nasheet Waits, et d’un contrebassiste souvent associé à Waits : Eric Revis. Le trio fait également appel au saxophoniste ténor Bill McHenry.

Si la musique de Triveni est plutôt libre et expressionniste, celle d’Into the Silence est résolument réfléchie et intimiste. Il faut dire que Cohen a composé les cinq morceaux après le décès de son père, en novembre 2014.

Les belles mélodies (« Life And Death »), la trompette bouchée solennelle (« Behind the Broken Glass »), aérienne (« Quiescence »), voire romantique (« Dream Like A Child »), les interactions chambristes contemporaines (« Into The Silence »), les développements mesurés (« Quiescence »)… rappellent Paolo Fresu. Le piano distille subtilement ses contrepoints (« Life And Death »), tandis que la contrebasse et la batterie s’entendent à merveille pour faire monter la pression et installer une ambiance emphatique ((« Dream Like A Child »), pendant que le ténor renforce le discours paisible de la trompette (« Behind The Broken Glass »).

La musique d’Into The Silence respire la sincérité et possède un lyrisme introspectif touchant.


What Was Said – Tord Gustavsen

Le nouveau projet de TordGustavsen ne manque pas de piquant : reprendre des hymnes liturgiques norvégiens… en pachtoune ! Toujours associé au percussionniste Jarle Vespestad, Gustavsen a demandé à la chanteuse afghano-allemande Simin Tander d’interpréter des chants traditionnels en pachtoune, mais aussi de chanter en anglais des textes du poète perse Jalal al-Din Rumi et du poète américain Kenneth Rexroth.  

Au répertoire : sept chansons norvégiennes et six compositions de Gustavsen. Tous les arrangements sont signés du pianiste, sauf « Journey Of Life » et «  Longing To Praise Thee », crédités au trio.

Des mélodies ourlées avec raffinement (« I See You ») sur des rythmes langoureux (« Sweet Melting »), What Was Said reste dans le majestueux (« Imagine The Fog Disappearing »), le mystérieux (les consonances du pachtoune) et le romantique (« A Castle In Heaven »). Vespestad jongle en finesse avec ses tambours et ses cymbales pour souligner la voix de Tander, sans l’occulter. Gustavsen s’en tient le plus souvent à un minimalisme (« I See You », « A Castle In Heaven », « The Source Of Now »…) ou une délicatesse (« I Refuse ») qui se marie parfaitement avec le chant de Tander. Quand il joue en duo avec Vespestad (« The Way You Play My Heart », « Rull »), l’influence de Keith Jarrett – folk, lyrisme et rythme – perce dans son discours. Tander chante, murmure et susurre les textes avec un timbre chaud, une tessiture de grave à médium, un léger vibrato et une diction claire. Même si elle est toute en retenue et précieuse, la voix est ensorcelante.

Avec ses chants profonds et sophistiqués, What Was Said a tout d’un disque mystique…


Tribulus Terrestris – Five In Orbit 

En 2003, Ramon Fossati, Olivier Brandily et Laurent Bronner montent Five In Orbit, qui sort un premier disque, chez Quadrant Record en 2005. En 2009, le trio publie FrEaKs chez Fresh Sound New Talent. Sept ans plus tard Five In Orbit retourne en studio, toujours pour FSNT, et enregistre Tribulus Terrestris. Entre temps, le contrebassiste Nicolas Rageau et le batteur Luc Isenmann ont intégré la joyeuse bande des cinq. 

La Croix-de-Malte est une décoration, certes, mais pour Five In Orbit, c'est le nom commun du Tribule terrestre, une plante aphrodisiaque. Elle a inspiré Marcel.Lí Antúnez Roca (installations mécatroniques) pour créer un objet-disque qui vaut le détour : des illustrations psychédéliques hautes en couleurs ornent la pochette et le disque. Et, à l’ouverture du rabat, le disque surgit propulsé par un astucieux pliage…

Côté répertoire, Bronner et Fossati apportent chacun quatre titres, Brandily deux et le quintet joue « Lonesome Lover » d’Abbey Lincoln et Max Roach.

Five In Orbit est une tribu tonitruante ! Le foisonnement sonore tient du carnaval des animaux : le trombone bouffonne avec sa wawa (« Dancing Dogs »), les coquillages vrombissent, graves et vibrants (« La Fi Del Nus »), le saxophone alto barrit, encouragé par le trombone (« The Night Of Dead Cats »), la flûte s’agite comme une forcenée (« Tribulus Terrestris »), la rythmique fourmille et gronde (« Roulotte Russe »)… Et ce n’est pas une tribu pour rien : les jeux de groupes sont le point central de la musique de Five In Orbit. Tout y passe : des superpositions de voix, des lignes en contrepoints, des unissons, des croisements, des décalages, des questions-réponses…

Orchestre déjanté, mais organisé, Five In Orbit concocte une musique explosive qui prend ses sources dans les fanfares, le free, mais aussi le néo-bop et les musiques du monde.

08 février 2016

Absolutely Free au Triton

Samedi 30 janvier, à vingt heures, au Triton : Elise Caron, Jean-Marc Larché et Yves Rousseau s’emparent de la petite salle pour près d’une heure et quart d’improvisation totale...

Les cent trente places ne sont certes pas toutes occupées, mais le public est attentif, enthousiaste et chaleureux. Tant et si bien qu’il y a une communion perceptible entre le trio et les spectateurs : exactement le type d’atmosphère qui font d’un concert un moment unique.


C’est en 2005 que Rousseau a réuni Caron et Larché pour jouer de la musique intégralement improvisée. Et, pour rendre hommage à Frank Zappa, il a appelé ce trio Absolutely Free, du nom du deuxième album des Mothers of Invention.

Une mélopée dans un langage inconnu qui évoque peut-être la musique des Balkans, des échanges à bâtons rompus minimalistes, une danse solennelle à trois, un slam avant-gardiste (si, si), un blues épais, des questions-réponses en scat, un yodel qui tourne au lied, un trio de musique contemporaine, une méditation tibétaine, un chant andalou poignant… Les jeux improvisés de Caron, Larche et Rousseau sont d’une diversité savoureuse.



Caron chante tout. En véritable show-woman, elle a toujours le mot pour plaisanter et un jeu de scène quasi-théâtral. Avec sa voix particulièrement agile, sa tessiture étendue, son coffre ample, sa technique irréprochable et son imagination fertile, Caron nage comme un poisson dans l’eau… La sonorité de Larché, toute en douceur, velouté et souplesse, sert à merveille son discours élégant. Toujours à l’écoute, il joint son saxophone soprano (coudé) aux lignes de la contrebasse, dialogue malicieusement avec la voix, déroule des contre-chants plein de relief, s’amuse avec des effets de bouche et de doigts, s’aventure dans le souffle continu, pour des envolées effrénées qui restent toujours raffinées ! Les ostinatos, pédales, riffs et autres coups sur la table de la contrebasse servent de de colonne vertébrale rythmique au trio. Rousseau installe des carrures puissantes et imperturbables, voire quelques lignes de walking, qui forment des points de repère solides, sur lesquels peuvent s’appuyer confortablement les délires de la voix et du soprano. De belles digressions à l’archet viennent également converser avec la voix et au saxophone.


Connivence étonnante des artistes et à propos stupéfiant des échanges : Absolutely Free est un trio passionnant qui prouve qu’il est encore possible d’être libre, absolument !