01 février 2020

Willy Wolf, l’homme qui va mourir - Facteur Sauvage

Le 31 mai 1925, « l’homme qui va mourir », comme l’indiquent les cartes postales qu’il vend, enflamme sa ceinture et saute des cinquante cinq mètres du pont transbordeur de Nantes… Ajusteur de métier et équilibriste trompe-la-mort par passion, Willy Wolf a disparu dans la Loire sous les yeux médusés des spectateurs et des caméras de la Gaumont ! Facteur Sauvage rend hommage à ce casse-cou tragiquement loufoque… Willy Wolf sort le 4 octobre 2019 chez Mr Morezon

Facteur Sauvage est constitué du chanteur Daniel Scalliet, du bassiste Mathieu Sourisseau et du batteur Laurent ParisLe trio évoque le destin de Wolf à travers huit chansons, qui forment une sorte de suite. Facteur Sauvage installe souvent un climat noisy (« Willy Wolf ») : rythmique rock rageuse (« Don't Sleep Until You Die »), durcie par les coups mats et secs de la batterie (« Take Off This Line »), ses roulements furieux (« Bird Of Ill Omen ») et ses frappes véloces (« Go Daredevil ») ; basse aux accords sourds (« Dance With My Bones »), voire saturés (« Don't Sleep Until You Die »), souvent violents (« Bird Of Ill Omen »), mais qui sait aussi se montrer sobre (« The Silence Of His Hands ») et même opalescente (« Hush Hush ») ; alternance de spoken words et de chants (« Dance With My Bones »), portés par un phrasé clair (« The Silence Of His Hands ») et un timbre plutôt rauque, parfois caverneux (« Take Off This Line »), légèrement éraillé et nasillard (« Hush Hush »)… 

Dans Willy Wolf, la musique de Facteur Sauvage s’inscrit dans la lignée d’un rock alternatif brut de fonderie.

Le disque

Willy Wolf, l’homme qui va mourir
Facteur Sauvage
Daniel Scalliet (voc), Mathieu Sourisseau (b) et Laurent Paris (d)
Freddy Morezon – Mr Morezon 022
Sortie le 4 octobre 2019

Liste des morceaux

01. « Dance With My Bones » (05:03).
02. « Don't Sleep Until You Die » (02:57).
03. « The Silence Of His Hands » (05:41).
04. « Willy Wolf » (03:47).
05. « Go Daredevil » (03:47).
06. « Take Off This Line » (03:41).
07. « Bird Of Ill Omen » (03:55).
08. « Hush Hush » (03:45).

Toutes les compositions sont signées Facteur Sauvage.

31 janvier 2020

The Bowhopper - Nuzut Trio

Formé en 2016 par le contrebassiste Flavio Perrella, Nuzut Trio est constitué de Simon Martineau à la guitare et Thomas Delor à la batterie. Leur premier disque, The Bowhopper – jeu de mot ente archet/bow et sauteur/hopper, mais aussi sauterelle/grasshopper – sort le 27 septembre 2019 chez Da Vinci Jazz. Une sculpture d’Antonio Padovani orne la pochette du disque et illustre le titre de l’album : un trapéziste filiforme fait l’équilibre sur un archet… The Bowhopper !

Perrella a composé neuf des dix morceaux et Martineau est l’auteur de l’« Interlude No. 2 ». Des mélodies intimistes (« Povero spirito »), lointaines (« The Grasshopper ») ou psychédéliques (« X Time ») côtoient des thèmes heurtés (« Ramassamy-Dance »), qui évoquent parfois l’esprit de Thelonious Monk (« Clacsong »). Nuzut glisse aussi des touches bluesy (« Zoldog ») et pop (« Ramassamy-Dance ») dans ses développements. Le trio affectionne les ambiances dansantes (« Un po' zut ») et post-bop (« The Grasshopper »). Ce qui transparaît d’ailleurs dans les rythmes des morceaux, funky (« Clacsong »), au parfum rock (« Ramassamy-Dance »), voire sautillants (« Un po' zut »). Les trois musiciens juxtaposent les tableaux (« Clacsong »), jouent avec les espaces, interagissent subtilement (« Povero spirito ») et maintiennent un bon équilibre sonore entre la guitare électrique et la rythmique acoustique. Les « Interludes » permettent à Perrella de jouer à l’archet dans une veine contemporaine (No 1) ou de lancer une tournerie (No 3). Quant à Martineau, il place un joli solo a capella (No 2). Sa guitare, volontiers mélodieuse, possède une sonorité métallique, voir cristalline (« Ramassamy-Dance »). Ses phrases alternent mouvements saccadés, motifs sinueux, riff pop (« The Grasshopper ») ou folk (« Un po' zut ») et suites d'accords minimalistes (« Clacsong »). Les lignes sobres et souples de Perrella, servies par un son clair et un phrasé limpide, laissent place à des pédales (« Clacsong »), des riffs enlevés (« Un po' zut ») et autres traits entraînants (« The Grasshopper »). Delor est un batteur dynamique et créatif : frappes mates (« Ramassamy-Dance »), passages binaires (« The Grasshopper »), cliquetis percussifs (« Clacsong »), jeux en finesse sur les cymbales (« X Time »), paumes sur les peaux (« Un po' zut »)… Il maintient constamment une pulsation robuste.

La musique de Nuzut marie la tradition du trio jazz avec une pop aux contours funky et rock. The Bowhopper possède une personnalité enjouée bien affirmée !

Le disque

The Bowhopper
Nuzut Trio
Simon Martineau (g), Flavio Perrella (b) et Thomas Delor (d).
Da Vinci Jazz – C00205
Sortie le 27 septembre 2019

Liste des morceaux
01. « The Grasshopper » (7:36).
02. « Interlude No. 1 » (2:34).
03. « Povero spirito » (8:33).
04. « Ramassamy-Dance » (5:16).
05. « Interlude No. 2 », Martineau (1:14).
06. « Clacsong » (5:05).
07. « Interlude No. 3 » (2:18).
08. « X Time » (3:49).
09. « Un po' zut » (6:22).
10. « Zoldog » (5:56).

Tous les morceaux sont signés Perrella, sauf indication contraire.


27 janvier 2020

A la découverte de Marc Boutillot


Du théâtre – Tétras Lyre, L’Acrospire Volant, La Ville de Valentin… – à l’enseignement – ARPEJ, stages à Granville, Montreuil… – en passant par le cinéma (Lumière sur la nuit de Frédéric Sauzay), les festivals (… Le Jazz est lè ! À Charleville-Mézières) et ses groupes en duo, en trio ou en quartet, le clarinettiste Marc Boutillot possède de nombreuses cordes à son arc à découvrir d’urgence !


La musique

A cinq ans, mes parents, musiciens amateurs, m’ont inscrit au conservatoire de Laon. A sept ans, je devais choisir un instrument… Le seul que je voyais dans la maison, c’était le piano sur lequel jouait ma sœur. Ça aurait dû être mon choix… Pourtant, un après-midi, j’ai trouvé un instrument dans un placard… J’ai essayé de l’assembler… d’en jouer… en vain. Le soir, quand mon père est rentré, il m’a expliqué que c’était sa clarinette. Il m‘a montré le bec, l’anche… Et voilà ! J’ai eu envie d’en jouer et j’ai commencé son apprentissage au conservatoire de Laon.

Quand j’avais neuf ans ma famille a déménagé et je suis entré à l'école de musique d’Épernay, où je suis resté jusqu'à dix-sept ans. Mon professeur, Daniel Vilmart, m'a fait découvrir la famille des clarinettes et m’a fait travailler la clarinette basse. Puis j'ai continué mes études musicales à Reims et c’est à ce moment-là que j'ai décidé d'en faire mon métier.

En fait, j’ai découvert le jazz très jeune : dès que j'ai su utiliser un tourne-disque... Grâce aux vinyles de mes parents, j’ai écouté Sydney Bechet, Louis Armstrong Ils m’amenaient aussi à des concerts, surtout du jazz vocal. A l’adolescence, c’est par la discothèque des parents d'un ami que j’ai écouté John Coltrane, Miles Davis, Keith Jarrett et tous les autres... Et, en parallèle à mes études classiques au conservatoire, je m'intéressais déjà à la pratique du jazz en petite formation avec un groupe d’amis. C’était une approche autodidacte car, à l’époque, la pratique du jazz était interdite dans les conservatoires... Mais nous faisions très régulièrement des concerts dans des bars à Reims. J'ai donc commencé à suivre des stages de Jazz l'été. Le premier, c’était en Belgique avec Steve Houben !… J’ai été également influencé par Coltrane, Davis, Wayne Shorter, Joe Henderson, Eric Dolphy, Bob Mintzer, Don Byron… Autour de vingt-trois ans, j'ai terminé mes études classiques à Paris, au conservatoire du XIIe arrondissement avec Guy Deplus pour la clarinette, et en cours particuliers avec Jacques Millon pour la clarinette basse. Enfin, vers vingt-cinq ans, j’ai rejoint l’école de jazz ARPEJ pour suivre une formation professionnelle avec, entre autres, Michel Goldberg. Et j'y suis resté pour y enseigner à mon tour !…




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Liberté, respect – de la tradition, de l'héritage qui nous est laissé... – et improvisation.

Pourquoi la passion du jazz ? C'est une musique de liberté, d'histoire et de recherche d'un certain avenir...

Où écouter du jazz ? Dans un club de Jazz ou chez soi, avec un bon son !

Comment découvrir le jazz ? Il faut remonter le temps, écouter les principaux musiciens qui ont marqué les différentes périodes de cette musique et, surtout, être curieux.

Une anecdote autour du jazz ? Lors d’une jam session, alors qu’il était encore jeune, Charlie Parker a été stoppé dans son chorus par une cymbale jetée par terre...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un sanglier,
Si j’étais une fleur, je serais un chardon,
Si j’étais un fruit, je serais un citron,
Si j’étais une boisson, je serais une bière, en particulier l’Orval, une bière trappiste...
Si j’étais un plat, je serais une blanquette de veau,
Si j’étais une lettre, je serais B,
Si j’étais un mot, je serais Résistance,
Si j’étais un chiffre, je serais 13,
Si j’étais une couleur, je serais vert,
Si j’étais une note, je serais Sib.


Les bonheurs et regrets musicaux

Ma plus belle réussite, c’est mon dernier groupe... Lands... La plus belle réussite, c'est toujours le dernier projet musical, non ?... Plus sérieusement, je dirais que je suis particulièrement content de L'Acrospire Volant, un spectacle mêlant jazz – un quartet – et théâtre – un comédien... Mais c’est vrai aussi que je pense à mon nouveau groupe Lands et à l'album Transition.


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Ouh la la ! C'est compliqué ça... Kind of Blue de Davis, Blue Train de Coltrane, In Out d’Henderson, Headhunters d’Herbie Hancock, Standards Live de Jarrett, Hymn de Mintzer, Footprints live ! de Shorter, Romance With The Unseen de Byron, Timeline des Yellowjackets, We Like it Here de Snarky Puppy... Sans compter tous les autres qui sont cachés dans le double fond de ma valise !

Quels livres ? Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, Le Misanthrope, Le Bourgeois Gentilhomme... de Molière, mais aussi Honoré de Balzac, Marcel Proust...

Quels films ? Braveheart de Mel Gibson, Le Grand Blond avec une chaussure noire d’Yves Robert, la saga Star Wars...

Quelles peintures ? Encore un choix difficile... J'aime particulièrement le musée du Louvre et sa grande galerie... Eugène Delacroix, Théodore Géricault, Léonard de Vinci, Sandro Botticelli...

Quels loisirs ? La musique !… Evidemment !


Les projets

Lands !... Bien sûr !


Trois vœux…

1. Que le vœu 3 se réalise...

2. Que le vœu 1 se réalise...

3. Que le vœu 2 se réalise...


11 janvier 2020

Volume VII – Liber Azoth – La Table de Mendeleïev


Célèbre pour le Château Chalon et la Transju’, l’Ain a pour chef-lieu Bourg en Bresse, elle-même connue pour son bleu et ses poulets... Mais c’est sans compter L’Arbre Canapas ! Créé en 2004, ce collectif de musiciens propose de multiples projets, d’une fanfare déjantée – L’éléfanfare – à un orchestre de musique contemporaine – L’effet de Foehn –, en passant par un sextet de clarinettes basses qui illustre l’œuvre d’André Breton – Nadja –, un groupe qui reprend les Who – TTTW –, un combo pédagogique – la Corde à Vent – et La Table de Mendeleïev.

La Table de Mendeleïev est un quartet monté il y a une dizaine d’années à l’initiative du trompettiste Guillaume Grenard, avec Fred Meyer à la guitare, Christophe Gauvert à la contrebasse et Thibaut Martin à la batterie. Le groupe, peut-être en hommage à Irène Joliot-Curie (c’est l’adresse du collectif...), a décidé de mettre en musique les cent dix huit éléments du tableau périodique ! Dans son volume VII, qui sort en décembre 2019 sur le label de L’Arbre Canapas, La Table de Mendeleïev invite l’accordéoniste Andrea Parkins pour s’attaquer à huit nouveaux éléments chimiques.

Un peu de science s’impose pour comprendre les enjeux de Liber Azoth, suite en trois mouvements aux titres en forme d’équation chimique… Le premier mouvement décrit le francium – il n’y en aurait qu’une trentaine de grammes sur terre… – et le dubnium, un élément hautement radioactif, mais absent du milieu naturel. Le deuxième mouvement est consacré au radium, découvert par les Curie et au cœur de la radiothérapie, au polonium (lui aussi découvert par les Curie... un élément particulièrement toxique et chaud : un demi gramme dégage cinq cent degrés Celsius !) et au radon, un gaz radioactif présent partout dans l’environnement… Enfin, le troisième mouvement dépeint le rutherfordium, aussi peu intéressant que le dubnium, l’astate – le plus rare des éléments présent dans la nature… avec une durée de demi-vie de quelques heures seulement –, le bismuth, connu comme substitut du plomb et autres propriétés médicales, et, de nouveau, le francium.

Quant à Liber Azoth, le nom de ce septième opus, il ne signifie pas une quelconque libération d’azote, mais fait plutôt référence à l’alchimie (Azoth serait « l’Âme du monde », selon certains traités...). La pochette du disque est d’ailleurs éloquente avec le ciel, la mer, la terre, le soleil (l’or) et la lune (l’argent), mais, surtout, son Lion Vert (symbolique du Vitriol, le dissolvant universel… pour certains), indissociable des Sept Esprits Métalliques, clé de voûte de la progression alchimique : fer – Mars ; cuivre – Vénus ; plomb – Saturne ; étain – Jupiter ; mercure – Mercure ; argent – Lune et or – Soleil… Terminons cette introduction ésotérique sommaire par les notes de la pochette, qui racontent la conspiration contre Paracelse, « grand sorcier de la Renaissance » et l’un des pères de la médecine biochimique… Comme quoi le jazz mène à tout !

C’est dans ce décor cabalistique que La Table de Mendeleïev construit sa musique ! Radioactivité oblige, le premier mouvement s’ouvre sur un amas de crissements, borborygmes et autres bouillonnements, qui évoquent une fonderie en pleine action. L’équipe ferraille à grand renfort d’ostinatos de l’accordéon, d’effets électro grouillants, de traits fulgurants de la guitare, de riffs ténébreux de la contrebasse et martèlements puissants de la batterie, tandis que la trompette va et vient entre le magma sonore en ébullition et un motif mélodique qui se détache au-dessus du tumulte. Le quintet alterne passages telluriques et moments apaisés, qui permettent notamment à la contrebasse de soliloquer avec délicatesse.

Dans le deuxième mouvement, après un démarrage étiré et énigmatique de l’accordéon, soutenu par des effets, qui sonnent un peu comme un orgue, et des nappes de sons synthétiques, la contrebasse joue une ligne douce et boisée qui contraste avec le foisonnement ambiant. Le développement s’appuie d’abord sur des contre-chants élégants, dans un climat mystérieux porté par les cliquetis de la batterie. Avant de conclure dans une ambiance sombre, les musiciens font monter la pression et bouillir le chaudron ! Les notes s’entrechoquent et des bruitages surgissent sans crier gare : les cinq musiciens y vont tous de leurs expérimentations.

Des ostinatos et des boucles décalées de l’accordéon, de la guitare et de la contrebasse, accompagnés par une batterie abrupte et puissante, lancent le troisième mouvement. Sur des riffs entêtants, la trompette s’envole dans un solo déchaîné et expressionniste. La ligne velouté de la contrebasse, puis les unissons de l’accordéon ramènent la trompette dans une atmosphère quasiment médiévale... Comme dans les deux premiers mouvements, des moments bruitistes touffus succèdent à des instants raffinés, une profusion sonore laisse place à des questions-réponses recherchées, une tournerie folklorique remplace des dialogues entraînants.

Liber Azoth est un creuset sonore dans lequel fusionnent des composants free, des ingrédients rock, des éléments de musique contemporaine, un zeste de folklore… Une musique explosive !

Le disque

Volume VII – Liber Azoth
La Table de Mendeleïev
Guillaume Grenard (tp), Fred Meyer (g), Christophe Gauvert (b) et Thibaut Martin (d), avec Andrea Parkins (acc , électro).
L’Arbre Canapas – can 2019-1
Sortie le 6 décembre 2019

Liste des morceaux

01. « Liber Azoth – Premier mouvement – Fr87 + 2Db105 + Db105Fr87 + Fr872/3 » (14:03).
02. « Liber Azoth – Deuxième mouvement – 3Ra88 + 2Po84 + Rn86 + x(Po84 + Ra88) » (13:58).
03. « Liber Azoth – Troisième mouvement – 4Rf104 + At85 + Fr87 + Bi83 » (14:16).

Toutes les compositions sont signées Grenard.

07 janvier 2020

Unlikely – Dock In Absolute


C’est en 2012 que le pianiste luxembourgeois Jean-Philippe Koch et le bassiste belge David Kintziger montent Dock In Absolute. Premier batteur du trio, Michel Meis est bientôt remplacé par Michel Mootz. Le premier disque éponyme du trio sort en 2017, suivi, en 2019, de Unlikely, toujours édité par Cam Jazz.

Koch a composé huit des dix thèmes, « Drawing Light » est signé Kintziger et « Urban Heart » est un morceau collectif. Une batterie mate et trapue (« Borderline »), aux frappes sèches et rocks (« Look Back ») ; une basse sourde et vrombissante (« Rome’s Happiness »), qui slappe (« No Plan B »), mais sait aussi se montrer poétique (« Drawing Light ») ; un piano aux ostinatos enivrants (« Urban Heart »), aux mains parfaitement indépendantes (« Floating Memories ») et aux lignes mélodiques inspirées (« Ellipse ») : Dock In Absolute est un Power Trio qui mise sur l’énergie de groupe et qui a des points communs avec The Bad Plus, mais également E.S.T., voire Avishai Cohen. Les morceaux de DIA – le petit nom du trio – sont construits autour de préludes musclés (« Borderline ») et lyriques (« Floating Memories »), de thèmes-riffs tendus (« Urban Heart ») et de développements entraînants (« No Plan B »), nerveux (« Night Train To Lipetsk ») et plutôt courts (autour de quatre minutes en moyenne). La densité de la musique et la concision des motifs mélodiques évoquent des musiques de films (« Borderline »), avec un côté épique (« Tangle Borders »), accentué par la puissance du trio (« Floating Memories »).

Dock In Absolute propose une musique intense, au caractère dramatique affirmé et, avec ses ambiances qui mêlent jazz, pop et rock, il est très probable qu’Unlikely séduise moult auditeurs !

Le disque

Unlikely
Dock In Absolute
Jean-Philippe Koch (p), David Kintziger (b) et Michel Mootz (d).
Cam Jazz – CAMJ 7952-5
Sortie le 31 mai 2019

Liste des morceaux

01. « Urban Heart », Koch & Kintziger (4:07).
02. « Rome's Happiness... » (5:49).
03. « Borderline » (4:33).
04. « Floating Memories... » (6:53).
05. « Look Back » (4:33).
06. « No Plan B » (4:20).
07. « Ellipse » (3:33).
08. « Night Train To Lipetsk » (5:05).
09. « Drawing Light », Kintziger (3:03).
10. « Tangle Borders » (3:56).

Tous les morceaux sont signés Koch, sauf indication contraire.

05 janvier 2020

Spiritus – Ensemble 1529

Multi-instrumentiste éclectique, aussi bien influencé par le jazz et les musiques traditionnelles que la musique classique et la pop rock, Renaud-Gabriel Pion poursuit son œuvre musicale loin des modes. En 2016 il a monté l’Ensemble 1529 avec une instrumentation originale : aux anches et basharpa (vielle à clés suédoise) de Pion s’ajoutent les violoncelles d’Emilie Wallyn, Guillaume François et Jean-Paul Dessy, les tubas de Michel Massot, Bastien Stil et Didier Havet, la trompette de Mickaël Gasche, la guitare de Gabriel Gosse et la batterie d’Alexandre Berton. Bill Frisell joue également sur cinq titres.

L’Ensemble 1529 a enregistré Spiritus au Studio 104 de la Maison de la Radio et le disque sort le 27 septembre 2019 chez Signature, le label de Radio France. Les quatorze morceaux sont signés Pion et leurs titres se réfèrent à l’univers du musicien : l’Antiquité et la mythologie (« Aeon », le Dieu du temps ; « Agôn », les joutes oratoires en Grèce), David Bowie (« Lament »), Pina Bausch (« Tanzabend »), les troubadours (« Lutenist »), la peinture (« Caravagesque »), la musique (« Harmodal »), les Etats-Unis (« Equinunk », village de Pennsylvanie ») etc.

Dans des décors minimalistes (« 1529 »), austères (« Harmodal ») et rubatos (« Tanzabend »), des mélodies simples (« Equinunk ») évoquent des odes (« Tanzabend »), aux contours élégants (« Caravagesque») et aux accents médiévaux (« Quintes ») ou baroques (« Art In Vain »). Les développement évoluent lentement (« Agôn »), dans des ambiances intimistes (« Lutenist ») et zen (« Aeon »). Pion privilégie les mouvements d’ensemble (« Agôn »), proches de la musique répétitive (« Irisation »), avec des textures diaphanes (« Caravagesque »), des nappes de sons lointaines (« Equinunk »), des boucles qui évoluent progressivement (« Hymne »), de nombreux ostinatos (« Lament »), pédales (« Mardi gras ») et autres notes tenues (« Quintes »).

Jazz pour les instruments et plutôt contemporaine pour l’architecture des morceaux, la musique de Spiritus s’inscrit dans un style ambient acoustique, propice à la méditation introspective...

Le disque

Spiritus
Ensemble 1529
Renaud-Gabriel Pion (anches, basharpa), Emilie Wallyn, Guillaume François, Jean-Paul Dessy  (cello), Michel Massot, Bastien Stil, Didier Havet (tu), Mickaël Gasche (tp), Gabriel Gosse (g) et Alexandre Berton (d), avec Bill Frisell (g).
Signature – SIG11110
Sortie le 27 septembre 2019

Liste des morceaux

01. « 1529 » (4:22).
02. « Aeon » (6:29).
03. « Quintes » (4:07).
04. « Art in Vain » (4:59).
05. « Irisation » (4:15).
06. « Hymne » (4:15).
07. « Lament (For David Bowie) » (5:29).
08. « Lutenist » (6:01).
09. « Harmodal » (4:30).
10. « Equinunk » (4:29).
11. « Agôn » (4:54).
12. « Mardi gras » (4:57).
13. « Caravagesque » (5:08).
14. « Tanzabend (For Pina B.) » (7:02).

Tous les morceaux sont signés Pion.

 

31 décembre 2019

2020


Dichotomie au Studio de l’Ermitage

Dichotomie’s est sorti le 15 novembre 2019 chez Label Bleu. C’est au Studio de l’Ermitage, le 3 décembre, que Daniel Zimmermann célèbre ce troisième album sous son nom, après Bone Machine en 2013 et Montagnes russes en 2016.

Le quartet est évidemment le même que celui du disque : Benoît Delbecq au piano et autres claviers, Rémi Sciuto au saxophone basse (quel instrument : une bestiole de quelques huit kilos et près de trois mètres de tuyauterie !) et Franck Vaillant derrière les fûts et cymbales.

Zimmermann anime le concert avec son humour pince-sans-rire et décalé : « on va commencer ce concert sous le signe de l’amour… d’abord parce que c’est cool, ensuite parce que le morceau, c’est une parade nuptiale de crapaud buffle »… La « Toad Buffalo Courtship Dance » démarre dans une ambiance de marche funky, avec les cliquetis entraînants de la batterie, le riff sourd du saxophone et les accords minimalistes du piano. La mélodie nuptiale, les passages calmes (le crapaud se pavane…) et les nappes aériennes du synthétiseur sont particulièrement expressives, tout comme le chorus de Delbecq, aux consonnances contemporaines, et celui de Zimmermann, avec ses accents bluesy, portés par les lignes enlevées de Sciuto et le drumming foisonnant de Vaillant…


« On va en finir avec le thème des animaux sauvages, parce que ça ne sert à rien : ça ne rapporte pas d’argent… ou très peu… On va aller sur toute autre chose, à savoir la fin du monde… ». Sur un bourdonnement continu, « Le monde d’après » commence par une introduction nostalgique, au piano préparé qui sonne un peu comme une sanza, soutenue par un ostinato lancinant de quatre notes, repris par le saxophone. Le trombone joue un thème-riff aux accents africains, porté par la batterie luxuriante, puis se lance dans un chorus effréné. Quand le saxophone prend la relève, sur le grouillement de la batterie, du piano et du trombone, c’est plutôt le charivari de la Nouvelle-Orléans qui s’invite dans la partie.

Suit « un morceau pour s’allonger dans l’herbe et regarder les oiseaux dans le ciel » : sur les cymbales frémissantes de Vaillant et les accords subtils de Delbecq, Sciuto expose « Volatiles » avec nonchalance, comme un boléro, relayé par Zimmermann dans le même esprit. Sans les frappes exubérantes de la batterie, les chorus resteraient dans une ambiance d’autant plus oisive que le trombone a mis la sourdine.

« The Butter & the Money », « pour ceux qui n’arrivent pas à faire des choix et qui veulent tout ! », débute par les coups secs et mats de Vaillant et un riff en suspension de Sciuto. Zimmermann et Delbecq jouent à l’unisson ou en léger décalage des phrases débridées, tandis que la rythmique reste charnelle. Malgré les échanges dans tous les sens : barrissements, bruissements, cliquettements, accords plaqués… et le riff inébranlable du saxophone, le deuxième tableau est plutôt calme, presque en suspension. Mais Zimmermann repart ensuite sur les chapeaux de roue, expressionniste et dansant, porté par Vaillant, plus énergique que jamais, le riff vigoureux de Sciuto et les répliques ingénieuses de Delbecq. Le morceau décoiffe !

Il en va de même pour « My Little Suite New Zealand Bunker », inspiré par ces milliardaires qui se font construire des ranchs en Nouvelle Zélande pour s’y réfugier à l’heure de la fin du monde… Les mouvements rapides du trombone à la sourdine, doublé aux claviers, sur une section rythmique plus vive que jamais, évoquent la bande originale d’un dessin animé de Tex Avery. Des passages bouffons côtoient des passages rock’n roll... Ainsi s’achève un premier set haut en couleur !

Lapalissade oblige : la musique de Zimmermann est encore plus vivante en concert que sur disque…  Condensé d’ironie, d’humour et de gouaille, Dichotomie’s respire la joie de vivre et met du baume aux oreilles !


Le disque

Dichotomie’s
Daniel Zimmermann
Daniel Zimmermann (tb), Rémi Sciuto (bs), Benoît Delbecq (p, syn) et Franck Vaillant (d).
Label Bleu – LBLC6732
Sortie le 15 novembre 2019





Liste des morceaux

01. « The Butter & the Money » (07:28).
03. « Les Moutons de Panurge » (02:45).
04. « Vieux robot » (05:58).
05. « Eclipse » (06:33).
06. « Summer in Barrancoueu » (07:09).
07. « Volatiles » (05:57).
08. « Toad Buffalo Courtship Dance » (06:52).
09. « Le Monde d'après » (07:25).

Tous les morceaux sont signés Zimmermann.

30 décembre 2019

L'Ogre et Le Triton...

Le guitariste Pierrick Hardy profite de la sortie de L'Ogre Intact, le 28 novembre 2019 sur le label Emouvance, pour se produire au Triton, avec Catherine Delaunay à la clarinette et au cor de basset, Régis Huby au violon et Claude Tchamitchian à la contrebasse.

L'Acoustic Quartet joue le répertoire du disque, entièrement composé par Hardy. Les musiciens et l’instrumentation du quartet ne laissent planer aucun doute : la musique sera de chambre et subtile ou ne sera pas ! Les titres des morceaux, dédicaces et références confortent cette impression. « Avant dire », premier thème du concert (et du disque) rappelle le néologisme que Stéphane Mallarmé préfère à préface ; « Tamasuburō » est un hommage à l’onnagata Bandō Tamasuburō V (acteur contemporain majeur du théâtre kabuki) ; « Eléonore d’Aragon » est inspiré du buste éponyme du XVe, sculpté par Francesco Laurana ; « L’Ogre » est dédié à l’Orchestre de contrebasses ; « La Fresque » est une évocation de la peinture etc. Par ailleurs chaque morceau est construit comme une suite, avec des mouvements aux allures et ambiances variées. 



Avec ses unissons et contrepoints énergiques, « Avant dire » va comme un gant au quatuor : après l’introduction, sur un ostinato de la contrebasse, la guitare part dans un solo en zigzags avec, ça-et-là, des accents andalous, quelques notes de « Nuages », des traits véloces… Quand la clarinette et le violon s’en mêlent, le morceau devient majestueux et débouche directement sur « Tamasuburō ». L’élégance des voix qui se superposent, les dissonances aux contours adoucis, le chorus sombre et douloureux d’Huby, les ripostes solennelles de Delaunay et les motifs profonds d’Hardy et de Tchamitchian évoquent la musique du XXe, avec un petit quelque chose d’Olivier Messiaen en filigrane.

« Eléonore d’Aragon » a droit à un thème mélancolique (comme l’expression pensive du buste de Laurana…), brutalement perturbée par les fulgurances du violon et de la clarinette sur un continuum de Tchamitchian, à l’archet. Des dialogues se succèdent ensuite avec des phrases legato, des échanges heurtés et des contre-chants, soutenus par les pédales et lignes rythmiques souples de la contrebasse, en pizzicato ou à l‘archet.

Dans « Flottements », tandis qu’Huby, Tchamitchian et Hardy plantent un décor ténébreux, Delaunay part d’une mélodie délicate et fait monter progressivement la tension dramatique du morceau, jusqu’à ce que des conversations croisées prennent le relais. Dans le dernier mouvement, les roulements discrets d’Hardy soutiennent un chorus écorché et parsemé de touches moyen-orientales de Tchamitchian.

Une introduction flamboyante ponctuée d’« espagnolades » accueille « La Violence du terrain ». Huby prend la suite d’Hardy et expose une mélodie raffinée, soulignée par les contre-chants astucieux de Delaunay. Des jeux rythmiques à base de pizzicato et de staccato se développent dans une ambiance au parfum arabo-andalous, avant que la guitare d’Hardy ne tournicote autour des walking de Tchamitchian et que Delaunay et Huby n’échangent des questions-réponses pétillantes.

Le titre éponyme du disque démarre sur une tournerie du violon, une pédale de la guitare et une introduction grandiose – grave, profonde et boisée – de la contrebasse qui débouche sur un riff. Delaunay donne à « L’Ogre » un tour entraînant, avec des côtés folkloriques, puis revient à des variations plus contemporaines. Huby reste dans cette veine avec des phrases tortueuses. Le quatuor au complet prend la suite, en déclinant les dissonances jusqu’à des interactions minimalistes.

Le concert se termine par « La Fresque », intense et sévère, marquée par des notes tenues, jeux de bourdonnements, duo de clarinettes, échanges croisés à quatre voix et chorus de guitare au parfum folk.

Si, comme le dit Voltaire, « l’oreille est le chemin du cœur », alors, avec ses constructions au cordeau et son émotion à fleur de cordes et de souffles, L’Ogre Intact a bel et bien trouvé la route des tympans !


Le disque


L'Ogre Intact
Acoustic Quartet
Catherine Delaunay (cl, cor de basset), Régis Huby (vl), Pierrick Hardy (g, cl) et Claude Tchamitchian (b).
Emouvance - emv1041
Sortie le 28 novembre 2019
 





Liste des morceaux

01. « Avant dire » & «  Tamasaburō » (10:29).
02. « Eléonore d’Aragon » (6:25).
03. « Flottements » (11:07).
04. « L’Ogre » (7:43).
05. « La Violence du terrain » (5:54).
06. « La Fresque » (10:01).

Tous les morceaux sont signés Hardy.

24 décembre 2019

Le Studio de l'Ermitage à l'heure cubaine...

Le 29 novembre 2019 Manuel Anoyvega Mora se produit au Studio de l'Ermitage pour célébrer la sortie de Cuba Cuba chez Universal Music. Il a fallu près de quarante ans de carrière avant que le pianiste cubain sorte son premier disque en leader, grâce à Fo Feo Productions, structure montée par Jean-Louis Perrier en 2005.

Formé d'abord à la musique classique à l'Ecole Nationale des Arts de La Havane, Anoyvega Mora a bifurqué vers le jazz, comme moult de ses confrères, de Chucho Valdés à Omar Sosa, en passant par Gonzalo RubalcabaRoberto FonsecaHarold Lopez Nussa... 

Anoyvega Mora se présente avec son quintet, constitué de Guillaume Naturel au saxophone ténor et à la flûte, Pierre Guillemant à la contrebasse, Abraham Mansfarroll à la batterie et Inor Solotongo aux percussions. Sont également invités à la soirée, la chanteuse Melissa, petite-fille de Tito Puentes, le trompettiste Alexis Emilio Gonzales et le saxophoniste ténor (et frère cadet de Anoyvega Mora) Nicolas Anoyvega Mora

Anoyvega Mora reprend le répertoire de Cuba Cuba, ajoute des morceaux de Puentes, accompagne Melissa dans « Le rendez-vous », chanson signée Martine Demary, et le quintet ou septet part aussi dans des descarga endiablées : deux heures de musique non-stop !

Histoire de chauffer le public – tout acquis à sa cause – Anoyvega Mora commence par « Veneracion », une rumba dansante à souhait. Une fois que Naturel a exposé le joli thème nostalgique au saxophone ténor, Mansfarroll et Solotongo se déchaînent et chantent en chœur avec Annoyvega Mora un riff vocal typique de la musique latino. Dans « Alizé », Naturel passe à la flûte et alterne unissons et contre-chants avec le piano sur les poly-rythmes foisonnants des percussions et de la batterie. Retour au calme avec « Preludiosa Matanzas », un court solo romantique d’Anoyvega, à peine perturbé par le tintinnabulement discret du chimes (construit avec des clés). Le combo enchaîne ensuite « Marinna », un boléro élégant, magnifié par un saxophone ténor nonchalant et un piano énergique. Danzón vigoureux, « Ilduara Carrandy » est dédié à la professeure d’Anoyvega Mora. Le pianiste part dans un développement salsa, puis s’accompagne de la voix. Le premier tribut à Puentes retrouve le chemin d’un latin-jazz lyrique, avec Gonzales et Anoyvega Mora frère en soutien. Après «  Le rendez-vous », davantage variété que jazz ou musique latino, le deuxième tribut à Puentes a tout d’une descarga, avec ses « chase » entre les soufflants (et un petit clin d’œil à « Caravan » en passant), un piano luxuriant, des chœurs en boucles et une section rythmique enjouée. « Cuba ! Cuba ! Perla preciosa » est une rumba enlevée qui donne l’occasion à Anoyvega Mora de faire chanter le public. Anoyvega Mora et Guillemant se partagent l’ouverture majestueuse de « Frescoson », mais c’est la flûte de Naturel qui ouvre le bal sur ce son qui balance terriblement. Un motif funky de la contrebasse introduit « Bianco Mango, Bianco Blanco » (?) avant que le morceau se transforme en une descarga trépidante. En bis, Annoyvega joue d’abord une ballade mélancolique, aux parfums de « Solplos de musa », et la soirée s’achève sur un « Mira como vengo yo Echando candela » enthousiaste, qui met définitivement le feu à l’auditoire !

Musique virtuose marquée par une joie de vivre et une sensualité contagieuses, l'hommage d'Anoyvega Mora à Cuba est à l'image de son île natale : chaleureux et chatoyant...


Le disque


Cuba Cuba
Manuel Anoyvega Mora
Guillaume Naturel (ts, fl), Manuel Anoyvega Mora (p), Pierre Guillemant (b), Abraham Mansfarroll (d) et Inor Solotongo (perc).
Universal Music - 
Sortie le 15 novembre 2019




Liste des morceaux

01. « Veneration » (7:15).
02. « Alizé » (5:04).
03. « Preludiosa mantanzas » (2:08).
04. « Marinna »(5:45).
05. « Ilduara carrandy » (4:58).
06. « Soplos de musas »(5:02).
07. « Cuba cuba! perla preciosa » (6:21).
08. « Frescoson » (6:58).

Tous les morceaux sont signés Anoyvega Mora.