6 février 2016

A la découverte de… Toine Thys

Saxophoniste ténor et clarinettiste basse, Toine Thys anime des projets aussi variés que Take The Duck, Rackham, DERvISH, Toine Thys Trio, mais aussi un conte pour enfants (La Mélodie Philosophale). Thys s’implique également dans la défense des musiciens et divers projets pédagogiques en Europe, Afrique et Asie. Partons à la découverte de ce musicien enthousiaste...


La musique

J’ai commencé la clarinette à dix ans parce que le professeur de mon quartier ne voulait pas me donner cours de saxophone ! A l’époque, c’était assez courant car la plupart des professeurs de sax étaient avant tout des clarinettistes… et le saxophone ne les intéressait pas ! Aujourd’hui, quand j’y repense, ça m’amuse, mais je dois reconnaître que ma formation de clarinettiste m’est très précieuse.

C’est mon frère, Nicolas Thys, qui m’a fait découvrir le jazz. Il faut dire que c’est un contrebassiste – et bassiste – renommé : il joue et a joué avec Kris Defoort, Tutu Puoane, Toots Thielemans, Bill Carrothers, Serge Lazarevitch… Nicolas m’a fait écouter de très beaux disques ! Par la suite nous avons organisé des sessions d’écoute entre amis…

Après dix ans de clarinette classique, j’ai intégré le Conservatoire Royal de La Haye, où j’ai suivi les cours du grand John Ruocco, le maître de presque tous les bons saxophonistes de cette partie de l’Europe… Il faut ajouter à cet apprentissage académique pas mal de séjours à New York et des voyages en Afrique, pendant lesquels j’ai fait de nombreuses rencontres très formatrices.

Cela dit, j’ai un parcours un peu atypique : à côté de ma formation musicale, je suis également diplômé en géographie des universités de Bruxelles et de Lisbonne… et j’ai pris une année sabbatique pour parcourir l’Amérique du Sud !


Les influences

La liste des musiciens qui m’ont influencé est longue… et il n’y a pas uniquement des saxophonistes !

En bref, et plus ou moins dans l’ordre chronologique : j’ai d’abord beaucoup écouté Miles Davis, Bill Evans, puis je suis passé à Sonny Rollins, Cannonball Adderley et Kenny Garrett. Ensuite, mes héros saxophonistes ont été Seamus Blake, Joe Henderson, Chris Speed, Chris Cheek, Bill McHenry et Ben Wendel. Aujourd’hui, les saxophonistes m’influencent moins que des compositeurs comme Jon Hopkins, Dorian Concept, Kurt Rosenwinkel, Jozef Dumoulin… des groupes – Radiohead, par exemple – ou les musiciens avec qui je joue : Dries Laheye, Patrick Dorcean, Antoine Pierre

Photo : François De Ribaucourt


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? C’est un espace de liberté… qu’il faut reconquérir à chaque fois !

Pourquoi la passion du jazz ? Parce qu’il est ouvert aux autres musiques – en principe…

Où écouter du jazz ? En live, sur disque, dans un bar… Partout !

Comment découvrir le jazz ? Rien de mieux que de se rendre à un bon concert.

Une anecdote autour du jazz ? Herbie Hancock félicite Dave Holland qui vient de jouer son premier concert avec Miles Davis : « c’est bien, tu n’es t’es pas évanoui »…


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis très content de Grizzly, le disque du trio sorti en l’année dernière, mais ma plus belle aventure reste probablement le projet mené avec le trompettiste belge Laurent Blondiau : Les Ventistes du Faso. Il s’agit d’une école d’instruments à vent que nous avons monté à Ouagadougou, au Burkina Faso, depuis maintenant près de deux ans. Nous formons et fédérons les soufflants de cette grande ville avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


Mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir des journées plus longues pour pouvoir entreprendre tout ce que je veux !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Chiaroscuro d’Arve Henriksen, The Imagined Savior Is Far Easier To Paint d’Ambrose Akinmusire et du Johann Sebastian Bach

Quels livres ? Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh.

Quels films ? The Party de Blake Edwards et Fitzcarraldo de Werner Herzog,

Quelles peintures ? Des tableaux de Pablo Picasso, et des photographies.

Quels loisirs ? Du sport et de l’ébenisterie.


Les projets

Avec le Toine Thys Trio, composé de l’organiste Hammond néerlandais Arno Krijger et du jeune – vingt-deux ans – batteur belge Antoine Pierre, nous travaillons sur un nouveau répertoire, en compagnie du guitariste Franco-sénégalais Hervé Samb. Sinon, nous revenons d’une semaine de concerts en Corée du Sud avec six percussionnistes traditionnels coréens : le groupe Don Nam Pung. La rencontre a été fabuleuse ! Et nous nous proposons de refaire cet échange l’année prochaine. C’est donc un autre projet à faire évoluer…

Photo : Lara Herbinia

Par ailleurs, il y a aussi le groupe DERvISH avec le bassiste Belge Dries Laheye, le claviériste Néerlandais Niels Broos et le batteur Haïtien Patrick Dorcean. Nous jouons de la musique électronique improvisée, dans laquelle j’utilise largement des effets pour retraiter le son du saxophone. Nous enregistrons notre premier disque en décembre 2015…


Trois vœux…

1. Faire de belles rencontres musicales.

2. Devenir chaque jour un meilleur musicien.

3. Voyager avec la musique…