8 février 2016

Absolutely Free au Triton

Samedi 30 janvier, à vingt heures, au Triton : Elise Caron, Jean-Marc Larché et Yves Rousseau s’emparent de la petite salle pour près d’une heure et quart d’improvisation totale...

Les cent trente places ne sont certes pas toutes occupées, mais le public est attentif, enthousiaste et chaleureux. Tant et si bien qu’il y a une communion perceptible entre le trio et les spectateurs : exactement le type d’atmosphère qui font d’un concert un moment unique.


C’est en 2005 que Rousseau a réuni Caron et Larché pour jouer de la musique intégralement improvisée. Et, pour rendre hommage à Frank Zappa, il a appelé ce trio Absolutely Free, du nom du deuxième album des Mothers of Invention.

Une mélopée dans un langage inconnu qui évoque peut-être la musique des Balkans, des échanges à bâtons rompus minimalistes, une danse solennelle à trois, un slam avant-gardiste (si, si), un blues épais, des questions-réponses en scat, un yodel qui tourne au lied, un trio de musique contemporaine, une méditation tibétaine, un chant andalou poignant… Les jeux improvisés de Caron, Larche et Rousseau sont d’une diversité savoureuse.



Caron chante tout. En véritable show-woman, elle a toujours le mot pour plaisanter et un jeu de scène quasi-théâtral. Avec sa voix particulièrement agile, sa tessiture étendue, son coffre ample, sa technique irréprochable et son imagination fertile, Caron nage comme un poisson dans l’eau… La sonorité de Larché, toute en douceur, velouté et souplesse, sert à merveille son discours élégant. Toujours à l’écoute, il joint son saxophone soprano (coudé) aux lignes de la contrebasse, dialogue malicieusement avec la voix, déroule des contre-chants plein de relief, s’amuse avec des effets de bouche et de doigts, s’aventure dans le souffle continu, pour des envolées effrénées qui restent toujours raffinées ! Les ostinatos, pédales, riffs et autres coups sur la table de la contrebasse servent de de colonne vertébrale rythmique au trio. Rousseau installe des carrures puissantes et imperturbables, voire quelques lignes de walking, qui forment des points de repère solides, sur lesquels peuvent s’appuyer confortablement les délires de la voix et du soprano. De belles digressions à l’archet viennent également converser avec la voix et au saxophone.


Connivence étonnante des artistes et à propos stupéfiant des échanges : Absolutely Free est un trio passionnant qui prouve qu’il est encore possible d’être libre, absolument !