31 août 2018

Freddy Morezon au Studio de l’Ermitage


Le 7 juin 2018, Freddy Morezon s’installe au Studio de l’Ermitage pour une soirée avec trois groupes qui sortent trois albums sur trois labels : Airs de Moyenne Montagne de La Soustraction des Fleurs, chez Umlaut Records, Trois oiseaux de Sweetest Choice, chez Mr Morezon, et Tribute To An Imaginary Folk Band de Bedmakers, chez Babel Label

Né en 2002, le collectif toulousain Freddy Morezon regroupe désormais une quinzaine de musiciens autour d’une vingtaine de projets. Outre la production et la diffusion de créations musicales, Freddy Morezon organise également des concerts (le rendez-vous mensuel Freddy Taquine), des masters class, des ateliers musicaux… et, depuis 2006, il possède son propre label, Mr Morezon.


Airs de Moyenne Montagne
La Soustraction des Fleurs

Les violonistes Jean-François Vrod et Frédéric Aurier jouent ensemble depuis les années quatre-vingt-dix. En 2003, avec le percussionniste Sylvain Lemêtre, ils créent le trio La Soustraction des Fleurs. Le trio explore les musiques traditionnelles du Massif Central et d’ailleurs. En 2006 ils enregistrent un premier album éponyme pour Signature, le label de Radio France, suivi, en 2015, d’un deuxième opus : L’après de l’avant. Le dernier né, Airs de Moyenne Montagne, sorti en janvier 2018, est constitué de deux disques : « L’amont », qui reprend la musique composée pour Les Fêlés, spectacle créé en 2006 par la chorégraphe Cécile Magnien, et « L’aval », enregistré en 2017.

Pendant le concert, La Soustraction des Fleurs joue une partie des seize morceaux de « L’aval ». Toutes les compositions ont été écrites par le trio.


Dès les premières notes, les deux violons et le zarb s’emballent, avec la voix qui ajoute son grain de sel, dans un maelstrom rythmique contemporain, qui débouche bientôt sur une ritournelle aux consonances médiévales. Sur un zarb énergique, les violons se lancent ensuite, en contrepoints, dans un une tournerie folklorique pimentée de dissonances. La musique contemporaine revient sur le devant de la scène, avec des frottements, couinements, crissements, feulements… et autres effets des violons, suivis de lignes mélodico-rythmiques désarticulées, entre pizzicatos et archet, pour finir par un joli clin d’œil aux mélodies baroques. Une farandole, jouée tantôt à l’unisson, tantôt en contrechants, et portée par la pulsation dynamique du zarb, oscille entre danse et abstraction. La baie d’Audierne à marée basse (sic) est dépeinte par des violons préparés et la voix, qui rivalisent d’expressivité : grincements, souffles, sirènes, stridences, sifflements… tout à fait dans l’esprit de la musique concrète. Le zarb installe ensuite un rythme entraînant, quasi rituel, et le morceau devient sombre et majestueux. Après cet air maritime, les deux violons pastichent un air du Moyen-Age, que le zarb transforme en une danse entraînante, qui s’achève par des échanges déchaînés quasi-free… « Colindada » porte bien son nom : à partir d’un air de Noël joué en Picardie, le trio se lance dans des collages sonores improbables, dans lesquels la voix divague (« dit vague », comme dirait un compère d’Uzeste), les violons s’interpellent à qui mieux mieux et le zarb se déchaîne, avant que le trio ne conclue le concert sur une tournerie folklorique irrésistible…

Savants et populaires, joyeux et tristes, sophistiqués et dansants, ensoleillés et obscurs… les Airs de Moyenne Montagne présentent indubitablement deux versants : L’adret et L’ubac…

Le disque

Airs de Moyenne Montagne
La Soustraction des Fleurs
Jean François Vrod (vl, voc), Frédéric Aurier (vl, voc) et Sylvain Lemêtre (zarb, voc)
Umlaut Records – UMFR-CD2425
Sortie le 22 janvier 2018





Liste des morceaux

Disque 1 - Amont

01. « Aléas de Notice », Vrod (02:02).
02. « Dans 4 Temps à Table », Aurier & Lemêtre (02:41).
03. « En Forme De Gallinacé », Lemêtre (01:36).
04. « OA », Vrod (00:36).
05. « AE », Vrod & Lemêtre (01:11).
06. « Les Pleureurs », Vrod (02:42).
07. « Happy 14 Temps », Vrod (02:54).
08. « 2 Guitares » (02:44).
09. « Electrochoc », Vrod & Lemêtre (01:22).
10. « Obstiné Mais Clair », Aurier & Lemêtre (00:31).
11. « Obstiné Mais Indécis », Aurier & Lemêtre (00:48).
12. « Obstiné Mais Matinal », Aurier & Lemêtre (00:43).
13. « Obstiné Mais Sans Excès », Aurier & Lemêtre (00:37).
14. « Les Pleureurs 2 », Vrod & Lemêtre (02:19).
15. « Chose d'Importance », Vrod (02:07).
16. « Tango 2TX », Vrod, Aurier & Lemêtre (03:49).
17. « Last Dance, Last Chance », Vrod, Aurier (02:27).

Disque 2 – Aval

01. « La Mazurka du Bout du Quai », Vrod (01:55).
02. « Ou Sommes-Nous ? », Vrod (02:31).
03. « Echo de Ressort », Vrod, Aurier & Lemêtre  (01:53).
04. « Air de Moyenne Montagne en Automne », Vrod (03:12).
05. « Total Rebonds », Vrod, Aurier & Lemêtre (01:14).
06. « Post Milton », Vrod, Aurier & Lemêtre (02:53).
07. « Nez Bouché (Une Seule Narine) », Vrod, Aurier & Lemêtre (03:16).
08. « Rêve de Mouche », Vrod (03:44).
09. « Le Chasseur et le Rossignol », Vrod, Aurier & Lemêtre (04:05).
10. « La Racleuse », Vrod (03:52).
11. « Norsechretto », Vrod, Aurier & Lemêtre (00:46).
12. « Tréméoc », Vrod, Aurier & Lemêtre (04:14).
13. « Destins Parallèles », Vrod, Aurier & Lemêtre (00:52).
14. « Pour Un Roi Pacifique », Aurier (01:52).
15. « Scordature Trou D'Air », Vrod, Aurier & Lemêtre (01:34).
16. « Colindada », Vrod (01:42).



Trois oiseaux
Sweetest Choice

Le trompettiste Sébastien Cirotteau et le guitariste (à douze cordes) Benjamin Glibert forment un duo original : Sweetest Choice. Leur répertoire va de la musique médiévale à Luigi Nono (enfin pour l’instant…). Trois oiseaux, leur premier opus, sort le 7 juin. Pour le concert, le duo reprend sept des huit morceaux de l’album et joue deux inédits.


L’introduction mystérieuse de la trompette laisse place à une élégante mélodie de Maurice Ravel, « Trois beaux oiseaux du paradis », interprétée sur une basse continue qui alterne des riffs d’accords et des motifs arpégés. « La nuit froide et sombre » de Roland de Lassus est basée sur des échanges de contrepoints aux accents médiévaux. Le « Syrinx » de Claude Debussy oscille entre bossa nova, portée par les accords legato de la guitare, et musique contemporaine. Dans la bourrée II de la Suite n°1pour orchestre de Johann Sebastian Bach, la guitare prend une sonorité de luth pour répondre en contrechant à la trompette. Comme dans Trois oiseaux, le morceau se prolonge par un jeu de construction très moderne, « ¿ Donde estás hermano ? », signé Nono. Les échanges mélodico-rythmiques piquants se poursuivent  dans « Milonga para tres », le tango d’Astor Piazzolla. Après une alternance d’accords parcimonieux et de frappes sur la caisse de la guitare, soutenue par une pédale de la trompette, « Dans les bois sauvages », un air de musique ancienne anglaise, monte en tension et se transforme en une tournerie folklorique entraînante. Les dialogues soignés et les phrases solennelles de « Si la noche hace escura », du musicien sévillan de la Renaissance Francisco Guerrero, évoquent presque une chanson d’amour courtois. Le concert s’achève sur la célébrissime chanson interprétée par Mercedes Sosa, « Alfonsina y el mar », composée par Ariel Ramírez sur un texte de Félix Luna (en hommage à la poétesse Alfonsina Storni, qui s’est suicidée en 1938 en sautant d’un brise-lame). Cirotteau commence par réciter le poème avec émotion, puis le duo déroule le thème, empreint de mélancolie, avant de le développer dans une direction plus dansante, sur un rythme latino.

Clarté des timbres, netteté des phrasés, raffinement des constructions… la musique de Sweetest Choice impressionne par sa sobriété intime et distinguée.

Le disque

Trois Oiseaux
Sweetest Choice
Sébastien Cirotteau (tp) et Benjamin Glibert (g).
Mr Morezon 018
Sortie le 7 juin 2018








Liste des morceaux

01.  « Si la noche haze escura », Guerrero (3:29).
02.  « Syrinx », Debussy (3:35).
03.  « Milonga para tres », Piazzolla (6:12).
04.  « Trois beaux oiseaux du paradis », Ravel (3:42).
05.  « Der Leiermann (in Winterreise) », Schubert (3 52).
06.  « Bourrée 2 (in Suite n°1 pour orchestre) », Bach (1:14).
07.  « ¿ Donde estás hermano ? », Nono (5:55).
08.  « Alfonsina y el mar », Ramirez (6:28).


Tribute To An Imaginary Folk Band
Bedmakers

En 2016, Robin Fincker forme Bedmakers avec son compère de Whahay, le contrebassiste Fabien Duscombs, le violoniste Mathieu Werchowski et le batteur Pascal Niggenkemper. L’objectif du quartet est de relire la musique folk anglo-saxonne à leur manière.  

Le répertoire de Tribute To An Imaginary Folk Band, sorti en avril, s’articule autour de deux compositions du guitariste folk américain John Fahey, deux thèmes signés du guitariste écossais Bert Jansch et trois airs traditionnels irlandais ou écossais. Pour le concert, Dave Kane remplace Niggenkemper et le quartet joue cinq morceaux tirés du disque.


La plupart des morceaux alternent passages contemporains, dans un style musique concrète, dialogues chantants et escapades free. Le violon grince, crisse et gémit, pendant que la contrebasse vrombit, gronde et ronfle, tandis que la batterie bruisse, cliquette et foisonne, et que le saxophone ténor claque, souffle et rugit. Fincker lance ensuite des bribes de phrase qui débouchent sur une tournerie furieuse, reprise de plus belle à l’unisson ou à contre-chant par Werchowski, soutenus par les riffs vigoureux de Kane et les frappes puissantes de Duscombs. L’auditeur est irrémédiablement emporté par ce tsunami de rythmes et de mélodies d’une expressivité intense. D’autant plus que Bedmakers gère la tension et le suspens avec maestria.

Avec son jeu varié, nerveux, vif et touffu, Duscombs maintient la pression du début à la fin. Kane possède une belle sonorité ronde, grave et boisée. Ses ostinatos, pédales et autres lignes denses donnent de la gravité aux propos du quartet. Volontiers débridé, Werchowski apporte une touche originale à la palette sonore de Bedmakers. Son archet s’enflamme souvent dans des tuttis effrénés, des allers-retours violents et un jeu particulièrement démonstratif. Quant à Fincker, son gros son au saxophone ténor, parfois couplé à un vibrato profond, la virtuosité de son phrasé, l’aisance de ses articulations et la cohérence de ses développements rappellent Sonny Rollins et John Coltrane. Les idées fusent : d’une ritournelle digne d’un fest-noz à de la musique de chambre contemporaine, en passant des traits be-bop, des jeux acousmatiques et des envolées free… Même clarté à la clarinette et toujours autant de classe !

Fincker et ses compagnons prennent le jazz à la lettre : épris de liberté, ils abolissent les frontières entre musiques populaires et musiques savantes… Les airs folks ou celtiques passés à la moulinette de Bedmakers deviennent un cocktail explosif et jubilatoire !

Le disque

Tribute to an Imaginary Folk Band
Bedmakers
Robin Fincker (ts, cl), Mathieu Werchowski (vl), Pascal Niggenkemper (b) et Fabien Duscombs (d).
Mr Morezon 017 & Babel Label
Sortie le 4 avril 2018





Liste des morceaux

01. « Dying Bedmaker Suite », Fahey (08:37).
02. « The Gardener », Jansch (05:15).
03. « Mac Crimmon's Lament », traditionnel Ecosse (07:32).
04. « Princess Beatrice », traditionnel Ecosse (08:03).
05. « The Road to Lisdoonvarna », traditionnel Irlande (03:38).
06. « Smokey River », Jansch (07:58).
07. « Some Summer Day », Fahey (03:39).