Le 24 mars 2026, le Studio de l'Ermitage accueille le duo
Antoinette autour du répertoire d'Archipels, publié le 17
octobre 2025 avec des partitions signées Andy Emler, et le Trio ETE,
pour célébrer la sortie de There Is Another Way le 24 mars
2026 sur le label La Buissonne.
Archipels
Antoinette
Trio joue Andy Emler
Membre
de la compagnie 3x2+1 dont « la
Créolisation est le propos artistique »,
l'Antoinette Trio est composé de Julie
Audouin aux
flûtes, synthétiseur,
looper et
voix, Arnaud Rouanet
aux
clarinettes,
saxophones,
percussions, sampleur et
voix,
et Tony Leite
à la
guitare et au
looper. Archipels
est le quatrième disque du trio après Antoinette (2016),
Todo Mundo avec Téofilo Chantre (2019) et Rhizomes
avec le regretté Denis Badault (2021). A la suite d'une
première collaboration avec Emler, Antoinette aime l'air, le
trio lui a commandé une nouvelle œuvre, Archipels, qui les
fasse partir à « la recherche
de l'Imprévu, pour faire référence au penseur Edouard
Glissant.»
Seuls
Audouin et Rouanet sont présents le soir du concert. Comme son nom
le laisse présager, les «
Huit discussions »
sont
construites
sous forme de tableaux dans un esprit de musique contemporaine. Le
piano pré-enregistré plante des décors à base d'ostinatos, de
notes éparses ou de mélodies
très début XXe. Le synthétiseur glisse des riffs rythmiques sourds
qui contrastent avec les timbres clairs des flûtes et clarinettes.
Audouin et Rouanet alternent boucles enchevêtrées, contre-chants
foisonnants,
lignes fluides superposées
et chœurs délicats. Ils passent d'échanges
sophistiqués à des effets de technique étendue,
le
tout parsemé de récitatifs de Glissant et de Patrick
Chamoiseau.
«
Freezable »,
composition du duo, a
été inspirée par un rythme joué au pandeiro (tambourin
brésilien). La clarinette basse lance le motif rythmique tandis que
la flûte glisse ses phrases courtes et heurtées avant qu'ils ne
partent dans un unisson rapide, juste interrompu par des cris, et débouchent sur des contrepoints élégants. Le piano prend la relève
rythmique pendant qu'Audouin et Rouanet mettent une ambiance
délirante à grand renfort de cris, vociférations, sifflements,
sirènes, applaudissements, envolées véloces, jeux percussifs,
vocalises... Passages
touffus entraînants et dialogues subtils se succèdent au gré des
mouvements. Retour
à un arrangement d'Emler pour «
Song To
The
Pharoah Kings »,
thème-riff de Chick
Corea pour Where
Have I Known You Before,
album de Return To
Forevever sorti en 1974.
Là où l'original est
typique du jazz fusion électrique de l'époque, le duo en donne une
version acoustique étirée. Sur un ostinato inamovible, Audouin et
Rouanet croisent leurs voix dans des variations harmonieuses et
chaloupées avec, çà-et-là, des couleurs latines.
Savants
et savoureux mélanges de musiques du monde, contemporaine et
improvisée, les Archipels
d'Antoinette valent le voyage...
There
Is Another Way
Trio
ETE
Andy
Emler, Claude Tchamitchian et Eric Echampard ont
formé le Trio ETE en 2002. En vingt-quatre ans ils ont publié cinq
opus et le programme du concert s'articule autour du dernier en date,
There Is Another Way. Le trio reprend dans l'ordre tous
les morceaux du disque sauf le dernier, «
Mess Around The Mood ».
Dans
l'ensemble les interprétations sont proches de celles du disque. «
There Is Another Way »
s'appuie sur des pédales d'accords d'autant plus solennelles qu'elles sont soulignées par la contrebasse à l'archet et le tintinnabulement léger des cymbales. Comme souvent avec le Trio ETE, il y a une
montée en tension progressive portée par la batterie qui se fait de
plus en plus sonore, la contrebasse qui vrombit et le piano qui
martèle des accords imposants. «
Drums Habits Die Hard »
enchaîné après «
Incipit », est évidemment dédié à
la batterie. Le morceau est bâti sur une succession de tempêtes et
de calmes, dont un chorus
mélodieux de la contrebasse,
avec une évolution vers un paroxysme sonore.
Les frappes luxuriantes et mates d'Echampard, les riffs véhéments
de Tchamitchian, les accords vigoureux, les ostinatos lancinants et
les phrases violentes d'Emler évoquent parfois l'univers du rock
progressif. Après une superbe introduction de Tchamitchian qui brode
autour d'un riff à coup
de glissandos,
roulements, vibratos, sauts d'intervalles et autres variations sur
toute la tessiture de la contrebasse, «
Enough » commence
dans un climat presque nostalgique, dans lequel la connivence entre
les trois musiciens est évidente : le piano et la contrebasse à
l'archet plutôt lyriques soutenus par la batterie caressante sur les
cymbales. Mais le naturel revient au galop et le trio s'emballe
rapidement vers de la musique minimaliste à tendance rock
progressif.
Si le thème-riff «
The Hard Way »
démarre comme un morceau de musique contemporaine, son développement
est tonitruant avec la main droite d'Emler qui trace de longues
lignes arpégées sur les ostinatos
violents de la main gauche, un drumming brutal d'Echampard et des
riffs bouillonnants
de Tchamitchian. Comme
tout au long du concert Emler plaisante : « nous
continuerons à faire de la musique jusqu'à notre dernier souffle...
Pour un mec qui s'appelle «
aime l'air
»...
Quand
même !
J'ai
le droit de la faire une
fois par an... » Le
concert se termine sur
« There Is Our Way »,
avec des
ostinato et boucles, de
brefs instants
mélodiques, des
roulements serrés sur les cymbales, un
passage fugué et des
grondements de la contrebasse. En bis Emler, Tchamitchian et
Echampard jouent un extrait de «
The Document
», morceau tiré
de The
Useful Report,
leur précédent opus, sorti en 2022. Après un départ sur les
chapeaux de roue,
ponctué par un ostinato enlevé,
le morceau se développe dans une ambiance répétitive, nerveuse et
touffue.
La
puissance dégagée sur scène par ce Super Power Trio est
impressionnante et son jazz rock prog ascendant musique minimaliste
décoiffe toujours autant !

