23 juin 2026

Tressages - Amandine Habib

Passée par les conservatoires de Marseille et de Lyon, Amandine Habib a complété sa formation classique par l'étude de musiques traditionnelles, notamment celles du Laos. La pianiste est aussi directrice artistique de la Compagnie Nine Spirit, montée en 1999 par Raphaël Imbert.

Après Around Bach en 2015 et Les Ondes, autour de François Couperin et Claude Debussy, publié en 2022, Habib sort Tressages le 22 mai 2026 sur le label Nine Spirit. Au programme, trois solos, huit duos et sept trios avec, au gré des morceaux, Éric-Maria Couturier au violoncelle, Imbert aux saxophones et Jean-Luc Di Fraya aux percussions et à la voix. Habib invite également l'accordéoniste Théo Ould pour « La Cupis ». Côté répertoire, fidèle à son éclectisme, Habib propose des pièces pour clavecin de Couperin (« Les barricades mystérieuses » et « Les Dominos »), Jean-Philippe Rameau (« La Cupis » et « Le rappel des oiseaux ») et Louis Couperin (« Chaconne »), un lied de Robert Schumann (« Auf einer Burg »), la « Sonate pour violoncelle » de Debussy, deux œuvres de compositrices américaines trop peu connues, « By The Still Water » d'Amy Beach et « Troubled Water » de Margaret Bonds, des chants traditionnels (« Before The Last Journey », « Why Shall I Go », « El cant dels ocells » et « My Mother Wanted To See My Wedding Day - Little Fun Bug »), « Railroad » de Meredith Monk, « Sometimes I Feel Like A Motherless Child » de Samuel Coleridge-Taylor et « Hymn For Freedom » d'Oscar Peterson. Par ailleurs Couturier joue une « Fantaisie électrique sur Couperin », puis, en compagnie d'Habib, ils s'inspirent d'un air de Julius Eastman pour « Evil Nigger Memories ». Pour clore l'album, la pianiste et Di Fraya rendent hommage à la religieuse-pianiste éthiopienne Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou (« Reminiscence To Emahoy »).

Dans les morceaux en solos d'Habib (« By The Still Water »), les chorus a capela du piano (deuxième partie de « Sometimes I Feel Like A Motherless Child »), les duos avec Couturier (« Auf einer Burg ») ou le trio avec Ould (« La Cupis »), Tressages penche vers la musique classique tant au niveau des phrasés, nets et précis, que des rythmes, équilibrés et réguliers. Les bourdons du violoncelle (« La Cupis ») et le lyrisme de ses lignes étirées (« Before The Last Journey ») servis par une sonorité flamboyante (« My Mother Wanted To See My Wedding Day - Little Fun Bug ») et un legato soutenu (« El cant dels ocells »), accentuent la mélancolie qui se dégage de la plupart des morceaux (« Auf einer Burg »). Avec un déroulé lent, réverbéré et aérien, Couturier donne à la « Fantaisie électrique sur Couperin » un aspect théâtral, qui se retrouve également dans le sombre et puissant « Evil Nigger Memories ». Si la mélodie de la « Sonate pour violoncelle » (1915) évoque bien le début XXe, le pizzicato du violoncelle et les pompes du piano du deuxième mouvement ne sont pas sans rappeler le « Golligog's Cakewalk » de Children's Corner (1908). Quant aux boucles véloces et dynamiques de « Railroad », elles s'inscrivent davantage dans la musique minimaliste.

Les duos et trios avec Imbert et Di Fraya forment le versant jazz de Tressages. Les arrangements astucieux des pièces baroques (ou pas) se prêtent parfaitement aux développements intrépides du saxophone (« Les Dominos ») et aux poly-rythmes colorés des percussions (« Le rappel des oiseaux »). Habib joue souvent la partition (« Chaconne ») qui sert de décor aux variations syncopées (« Les barricades mystérieuses »), vives (« Les Dominos »), voire débridées (« Troubled Water ») d'Imbert, tandis que Di Fraya passe de frappes frémissantes (« Les Dominos ») à des cliquetis dansants (« Sometimes I Feel Like A Motherless Child ») ou à un foisonnement entraînant (« Troubled Water »), sans oublier ses vocalises aux accents méditerranéens dans « Why Shall I Go ». Dans l'« Hymn For Freedom », le saxophone superpose des motifs bluesy sur le thème repris par le piano et les roulements d'une marche joués par la batterie. Cette ambiance est aussi présente dans « Reminiscence To Emahoy », que les vocalises de Di Fraya rendent quasiment churchy.

Tressages assemble un patchwork de musiques baroques, romantiques, et traditionnelles dans un cross-over bigarré et séduisant.

Le disque

Tressages
Amandine Habib
Raphaël Imbert (ss, ts), Éric-Maria Couturier (cello), Théo Ould (acc), Amandine Habib (p) et Jean-Luc Di Fraya (perc).
Nine Spirit - CNS13151
Sortie le 22 mai 2026

Liste des morceaux

01. « Les barricades mystérieuses », François Couperin (5:56).
02. « La Cupis », Jean-Philippe Rameau (5:56).
03. « Before The Last Journey », Traditionnel (2:54).
04. « By The Still Water », Amy Beach (2:34).
05. « Sonate pour violoncelle », Claude Debussy (11:36).
06. « Fantaisie électrique sur Couperin », Éric-Maria Couturier (1:20).
07. « Les dominos », François Couperin (7:03).
08. « Auf einer Burg », Robert Schumann (3:09).
09. « Hymn For Freedom », Oscar Peterson (2:17).
10. « Evil Nigger Memories », Amandine Habib & Éric-maria Couturier (2:16).
11. « Chaconne - Why Shall I Go », Louis Couperin - Traditionnel (5:22).
12. « Railroad », Meredith Monk (1:49).
13. « Troubled Water », Margaret Bonds (6:43).
14. « El cant dels ocells », Traditionel catalan (3:56).
15. « Le rappel des oiseaux », Jean-Philippe Rameau (2:44).
16. « Sometimes I Feel Like A Motherless Child », Samuel Coleridge-Taylor (6:15).
17. « My Mother Wanted To See My Wedding Day - Little Fun Bug », Traditionnels (1:42).
18. « Reminiscence To Emahoy », Amadine Habib & Jean-Luc Di Fraya (2:10).