Mercredi 17 juin 2026, le label Émouvance investit le Studio de
l'Ermitage pour un double concert de lancement de disque : Silent
Springs de Claude Tchamitchian et Vincent Lê Quang et Hymnes
à l'amour <3 de Christophe Monniot et Didier Ithursarry.
Le
programme de la soirée est alléchant : musiciens et professionnels
du secteur sont venus en nombre, dont Bruno Angellini,
Sophia Domancich,
Andy Emler, Daniel
Erdmann, Olivier Lété,
Fabrice Martinez
(co-directeur artistique du festival Les Émouvantes),
Marc Perrone,
Jean Rochard (auteur du texte du livret de Silent
Springs)...
Silent
Springs
Le
concert commence par le duo Tchamitchian - Lê Quang, qui reprend six
des sept morceaux de Silent Springs, en suivant l'ordre du
disque. Seul « Guillaumos
le grec »
n'est pas interprété pendant la soirée, morceau déjà
au répertoire de Naïri,
album de Tchamitchian
sorti en 2023 avec
Catherine Delaunay
et Pierrick Hardy.
«
Town At Dawn »
se déroule paisiblement, comme le réveil d'une ville... Les
phrases veloutées du saxophone ténor, à peine entrecoupées de
quelques traits aigus, s'entortillent autour du riff grave de la
contrebasse. Majestueuse et profonde, la contrebasse introduit «
L'oiseau calme »,
morceau également au
programme de Mythologies,
quintet de Tchamitchian avec Martinez, Sakina
Abdou, Christiane
Bop et Christophe
Marguet. Le saxophone
soprano engage un dialogue délicat à base de questions-réponses
dans un esprit proche de la musique classique. L'unisson de l'archet
et du soprano, tel un cri, donne à «
Appel »
un aspect mystérieux,
que renforcent les effets
de technique étendue avec le souffle, les clés, les harmoniques et
autres jets de notes. Comme le dit avec humour Lê Quang «
après
cet appel, dont on ne sait pas s'il est en PCV ou hors forfait... »
place à « Katsounine »,
un standard de Tchamitchian au menu
de
Poetic Power,
dès 2019, avec Monniot
et Tom Rainey,
mais aussi de
Naïri.
Sur un bourdon joué à
l'archet, le saxophone ténor expose une mélodie nostalgique, puis,
porté par un riff entêtant de la contrebasse, Lê Quang développe
un discours aérien et vif. L'archet
de
Tchamitchian, émaillé
d'accents moyen-orientaux, instille
de la gravité dans «
Katsounine », une suite
en
forme d'ode. « Les
sources silencieuses »,
morceau-titre de l'album qui joue sur l'ambiguïté de Springs,
printemps ou sources en anglais, porte bien sonr
nom : la ligne sombre et imposante de la contrebasse soutient un air
introspectif et lyrique, aux allures d'hymne. «
Down By The Salley Gardens »
conclut ce premier set. Le morceau signé Lê Quang est inspiré par
un poème éponyme du prix Nobel William
Butler Yeats, publié
dans The Wanderings of Oisin and Other Poems en 1889.
Le saxophoniste met au défi les spectateurs de réciter les vers sur
la musique :
«
C'est près de ce jardin fleuri que mon amour et moi nous sommes
rencontrés pour la première fois.
Je
l'ai prise dans mes bras et je l'ai couverte de doux baisers.
Elle
m'a dit de prendre la vie avec légèreté, comme les feuilles
tombent de l'arbre.
Mais
moi, jeune et insouciant, je n'étais pas d'accord avec ma
bien-aimée. »
Le
saxophone soprano s'envole dans un chorus a capela tendu où montées
et descentes côtoient des sauts d'intervalles. Quand la contrebasse
le rejoint, le chant devient solennel.
La
sonorité acoustique ample de la contrebasse et du saxophone ténor
sert bien ce répertoire intimiste, qui évoque parfois Charles
Lloyd pour sa sensibilité théâtrale.
Silent Springs
Vincent Lê Quang
& Claude Tchamitchian
Vincent Lê Quang (ss, ts) et Claude Tchamitchian (b)
Emouvance - emv 1052
Sortie le 19 juin 2026
Liste des
morceaux
01. «
Town At Dawn »,
Tchamitchian (07:32).
02. «
L'oiseau calme »,
Tchamitchian (04:22).
03. «
Appel », Lê Quang
(05:48).
04. «
Katsounine »,
Tchamitchian (12:38).
05. «
Les sources silencieuses »,
Le Quang (04:06).
06. «
Guillaumos le grec »,
Tchamitchian (06:18).
07. «
Down By The Salley Gardens »,
Lê Quang (02:58).
Hymnes
à l'amour <3
Monniot
et Ithursarry prennent la suite pour leur troisième Hymnes à
l'amour, après un premier opus en 2018 et une Deuxième
chance en 2021. A l'instar de Tchamitchian et Lê Quang, le duo
interprète les neuf morceaux du disque dans l'ordre.
Chaque
thème évoque une personne chère au duo. Exception qui confirme la
règle, selon Monniot, c'est en pensant à eux que Charles Mingus
a composé «
Fables of Faubus »...
Et comme il le note avec malice : «
un
détail qui a son importance, il avait les mêmes initiales que moi »
! Après un thème en
suspension, l'accordéon assure une pulsation solide tandis que le
saxophone alto part dans des digressions véloces
de néo-bopper, parsemées de phrases de shouter et d'accents bluesy.
Après cette grosse ambiance, «
Guigui »,
écrit
par Ithursarry pour
Guillaume Saint-James,
est une danse basque, un arin-arin particulièrement entraînant, qui
mêle échanges folkloriques et free dans un joyeux cocktail syncopé.
« Marco »,
hommage émouvant à Marc
Perrone,
part sur un développement
nostalgique de l'accordéon,
bientôt accompagné des contre-chants du saxophone sopranino,
qui s'élance dans des fulgurances virtuoses, tout en contraste avec
le lyrisme du « piano
à bretelles ».
La « Petite danse de la
joie », offerte
au festival d'Uzeste et à la Compagnie Lubat, s'apparente à une
danse créole avec des motifs et accords enlevés de l'accordéon qui
repondent au jeu heurté et débridé du saxophone sopranino.
Evidemment composée pour Monniot, «
La java du Cristobal »
démarrre sur les chapeaux de roue sur un unisson
ébouriffant de l'accordéon et du saxophoone alto, suivi d'un
développement fougueux et dansant. Pour présenter «
Kathelin Gray », morceau
signé Ornette Coleman
et Pat Metheny
pour le disque Song X,
publié en 1986, Monniot déclare
qu'«
en
Normandie, nous avons deux héros
: Guillaume
Le Conquérant, qui a
annexé l'Angleterre pour en faire un terrain de chasse aux
lapins
et de golf... et Charlie
Dalin, qui a gagné
deux fois le Vendée Globe, dont une fois avec un cancer, et qui
vient de mourir jeudi dernier... »
Sur le bourdon de l'accordéon, le saxophone déroule une mélodie
lente aux contours dramatiques. Pour célébrer la mémoire d'Hermeto
Pascoal, décédé le
13 septembre 2025, le duo joue «
Bebê » en
chœur à toute allure, sans jamais oublier de danser ! Le «
Pie Jesu » de «
Gabriel Fauréver »,
dixit Monniot, est interprété au pied de la lettre, en toute
quiétude. Pour terminer, «
Melting Teapot 1 »,
dédié aux seize
chanteuses des Grandes Voix Bulgares
qui avaient invité le saxophoniste pour une résidence au bord de la
Mer Noire, est une course poursuite folklorique en apnée,
interrompue par des dialogues échevelés et des bonds furieux !
Le
duo Monniot - Ithursarry dépote, sans jamais tomber dans une facilité quelconque !
Hymnes à
l'amour <3
Christophe
Monniot & Didier Ithursarry
Christophe Monniot (as, sso) et Didier Ithursarry (acc).
Emouvance - emv 1051
Sortie le 19 juin 2026
Liste des
morceaux
01. « Fables Of
Faubus », Charles Mingus (4:50).
02. « Guigui »,
Didier Ithursarry (3:57).
03. « Marco »,
Christophe Monniot (4:20).
04. « Petite danse
de la joie », Christophe Monniot (5:45).
05. « La java du
Cristobal », Didier Ithursarry (4:11).
06. « Kathelin Gray
», Ornette Coleman & Pat Metheny (4:10).
07. « Bebê »,
Hermeto Pascoal (5:18).
08. « Pie Jesu »,
Gabriel Fauré (4:03).
09. « Melting
Teapot 1 », Christophe Monniot (4:47).
10. « L'au revoir
», Didier Ithursarry & Christophe Monniot (1:26).

