23 janvier 2019

Petite Moutarde – Théo Ceccaldi


Le violoniste Théo Ceccaldi crée le quartet Petite Moutarde en 2014, dans le cadre de l’association Tricollectif. Le 25 septembre 2015 un disque éponyme est publié chez ONJ Records, premier album d’un label qui vient de voir le jour.

Ceccaldi s’entoure d’Alexandra Grimal (également collègue dans l’ONJ) aux saxophones, Ivan Gélugne à la contrebasse et Florian Satche à la batterie. Petite Moutarde est inspiré par Entr’acte, film de René Clair réalisé en 1924 sur un scénario de Francis Picabia et une musique d’Erik Satie. Petite Moutarde est un hommage à une chamelle de course : le ton dadaïste est donné ! Ceccaldi signe les huit morceaux du disque, tous nommés selon des épices : de « Petit citron vert » à « Petit gingembre », en passant par « Petit wasabi », « Petite harissa »…

Les huit morceaux se présentent comme autant de saynètes avec chacune leur caractère, un peu comme la juxtaposition des scènes qui composent Entr’acte : une cavalcade heurtée (« Petit citron vert » »), un déchaînement rythmique (« Petit wasabi »), une danse espiègle (« Petit piment d’Espelette »), une ode sombre (« Petit gingembre »), une discussion à bâton rompu (« Petit chipotle »)… L’humour est certes présent dans les titres des compositions, mais également explicite dans certains passages, « dromadaire » répété au vocodeur (« Petit citron vert »), ou généré par des contrastes amusants (« Petite harissa »). Le quartet n’a de cesse de jouer avec les textures : les aigus du sopranino se fondent à ceux du violon, les vocalises se marient aux lignes sombres de la contrebasse, les pizzicatos et les frisés se rejoignent, le rubato de l’alto fusionne avec le legato de la contrebasse, le ténor et le violon s’unissent… Ceccaldi met tout le monde au moulin à rôle égal. Le jeu luxuriant et polyrythmique de Satche assure une dynamique vigoureuse du début à la fin du disque (à l’instar du passage en chabada ultra-rapide dans « Petit citron vert »). Quelques soient les délires de ses comparses, Gélugne conserve une carrure robuste (« Petit chipotle »), ses ostinatos cadrent les discours (« Petit poivre de Sichuan ») et son archet se montre toujours expressif (« Petit wazabi »). Avec un sens de la répartie remarquable, Grimal alterne murmures (« Petit raifort »), envolées débridées (« Petit piment d’Espelette »), passages solennels (« Petit poivre de Sichuan »), volutes emportées (« Petite harissa ») et toutes sortes de dialogues et d’unissons épicés… Détaché, martelé, louré, staccato, ricoché, sautillé… toutes les techniques d’archet y passent ! Ceccaldi bondit d’un développement violent (« Petite harissa ») à un déroulé mystérieux (« Petit gingembre »), transforme un échange intime en un tumulte free (« Petit chipotle »), sautille joyeusement (« Petit citron vert ») et maintient une pression constante !

Savant dosage de musique contemporaine et de free, Petite moutarde monte aux oreilles toute en finesse et avec délectation…

16 janvier 2019

Euforia – Adrien Brandeis

Après être passé par les conservatoires de Cagnes sur mer, puis de Nice, où il a étudié avec Robert Persi et Pierre Bertrand, le pianiste Adrien Brandeis s’installe à Paris. Il monte un quintet avec Joachim Poutaraud aux saxophones alto et soprano, Guillaume Leclerc à la basse, Philippe Ciminato aux percussions et Ludovic Guivach à la batterie.

Euforia, premier opus du pianiste, sort en octobre 2017. Les huit thèmes sont signé Brandeis. Des mélodies attrayantes (« Tamaris ») plutôt courtes (« Quatro ») et entraînantes (« Euforia »), sur des tumbaos enjoués (« La Sonrisa »), des boléros tranquilles (« Tamaris ») ou des ambiances néo-bop (« Fausse bonne humeur »), permettent au quintet de se promener joyeusement dans l’univers des musiques latines. La sonorité boisée des congas et les percussions de Ciminato se mêlent au drumming léger et souple de Guivarch pour dérouler des polyrythmies dansantes (« Satao »). Entre riffs entraînants, lignes émaillées de shuffle et contrechants adroits, Leclerc maintient une carrure solide (« Light On »). Quand le quintet se rapproche du bop, la section rythmique se lance dans une walking et un chabada efficaces, puis la batterie prend des stop-chorus mainstream (« Fausse bonne humeur »). Poutaraud passe d’un solo chaloupé (« Euforia ») ou d’envolées perçantes (« La Sonrisa ») au saxophone alto à des développements faussement placides (« Tamaris ») et des propos aigus (« Satao ») au soprano. Brandeis maitrise son langage latino sur le bout des doigts : suite d’accords (« Chestnuts »), lignes arpégées (« Euforia »), jeu à l’octave (« Quatro »), mélodie de salsero (« La Sonrisa »), ostinatos excitants (« Satao »)… Le pianiste s’aventure également dans le trumpet style (« Fausse bonne humeur »), un néo-bop tendu (« Light On ») ou un morceau qui marie subtilement lyrisme et dissonance, un peu à la manière de Bill Evans (« Tamaris »).

Euforia porte bien son titre : la musique de Brandeis navigue dans les eaux sud-américaines sous un soleil bop, avec allégresse et insouciance. 

14 janvier 2019

Electro jazz rock à La Maroquinerie…


Le 20 décembre 2018, Festen et Guillaume Perret enflamment La Maroquinerie. Les premiers célèbrent Inside Stanley Kubrick, sorti le 28 septembre. Perret présente Elevation, répertoire tiré de sa bande originale pour 16 levers de soleil, le film de Pierre-Emmanuel Le Goff sur le voyage dans l’espace de Thomas Pesquet.

Depuis 2003, en plein Ménilmontant, la Maroquinerie accueille toute sorte de concerts de musique indépendante. La programmation est certes davantage orientée pop, rock, rap, électro… que jazz, mais Trombone Shorty ou Jamie Cullum y a joué, et c’est également là que Festen et Perret ont décidé de se produire. A en croire l’affluence, ils ont bien fait : les quelques cinq cent places (debout) sont prises d’assaut par un public plutôt jeune et branché.


Inside Stanley Kubrick
Festen

En 2007, les frères Fleau, Damien le saxophoniste et Maxime le batteur, créent Festen avec Jean Kaspa aux claviers et Oliver Degabriele à la basse. Après un album éponyme en 2010, le quartet sort Family Tree en 2013, Mad Systems en 2015 et B Sides en 2016. Quant à Inside Stanley Kubrick il sort en septembre 2018 chez Laborie Jazz.

Le concert s’articule autour de six morceaux tirés d’Inside Stanley Kubrick, « Shadow Boxing » repris de B-Sides et une interprétation de « Deborah’s Theme », composé par Ennio Morricone pour Il était une fois l’Amérique.



Tout commence avec Ludwig van Beethoven et l’opéra Fidelio que Kubrick utilise dans Eyes Wide Shut (1999). La batterie touffue et puissante, la basse vrombissante, le clavier caverneux et le saxophone ténor lointain font monter la pression graduellement, dans une ambiance de rock progressif. Toujours dans l’emphase, Festen poursuit avec « Music For The funeral of Queen Mary », d’Henry Purcell, dans une version trapue plus proche de celle interprétée par Wendy Carlos avec son Moog pour Orange mécanique en 1972, que celle de Gustav Leonhardt et l’Orchestra Of The Age Of Enlightement… « Shadow Boxing » s’appuie sur une batterie foisonnante, une basse sourde et des contrechants entre le saxophone ténor et le piano électrique. Avec « Also Sprach Zarathustra », composition de Richard Strauss reprise par Kubrick pour 2001 l’Odyssée de l’espace en 1968, Festen joue le jeu du romantisme épique : sur une rythmique sombre et solennelle, le ténor étire la mélodie avec gravité. Pendant que le ténor tourne autour de « Deborah’s Theme », Kaspa, Degabriele et Freau impriment une cadence rock, avec des basses amplifiées. Dans « Spartacus », composé par Alex North en 1960 pour le film éponyme, un volume sonore énorme et un martèlement rythmique intense accompagnent le développement en suspension du saxophone ténor, qui parsème son discours d’accents orientaux. La sarabande de la onzième suite de Georg Friedrich Haendel, thème de Barry Lyndon (1975), met en relief le lyrisme tendu de rock de Festen. Le set s’achève sur « Overlook Hotel », évocation de Shinning (1980), qui mêle d’abord voix off et échanges minimalistes, avant de déboucher sur un rock costaud, accentué par les effets de shouter du ténor.

Le jazz rock de Festen déménage, invite à bouger, mélange violence et romantisme… un peu comme l’univers de Kubrick…




Elevation
Guillaume Perret

En 2012, Perret s’associe avec The Electric Epic, un power trio constitué de Jim Grandcamp à la guitare, Philippe Bussonnet à la basse et Yoann Serra à la batterie, et enregistre un album éponyme qui séduit John Zorn au point de le publier sur son label Tzadik. Guillaume Perret & The Electric Epic sortent ensuite Doors en 2013, puis Open Me en 2014. Ces disques jazz rock à forte tendance psychédélique, voire punk, marquent durablement la planète jazz pour leur originalité et leur intensité.

En 2016, changement de direction avec Free, album solo électro jazz rock dans lequel Perret se met en musique avec ses pédales, boîtiers, capteurs, pads et autre table de mixage… C’est sur le même principe que le saxophoniste compose la bande originale de 16 levers de soleil. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’il a décidé de former un quartet pour reprendre ce répertoire en concert, avant de l’enregistrer sur disque.

Perret a fait appel au claviériste Yessaï Karapetian (CNRR de Marseille, CNSMDP, Norayr Gapoyan…), au bassiste Julien Herné (CNRR de Nice et Toulon, Vincent Peirani, Pierrick Pedron, Axel Bauer, Nicolas Folmer, Ben L’oncle Soul, Corneille…) et au batteur Martin Wangermée (CNRR de Tourcoing, CDMDL, Sly Johnson, Mélissa Laveaux, Ouriel Ellert, Laurent Coulondre…).



Coiffure à la Johnny Depp, tatouages dans le vent, clous d’oreille et bague branchés, jean destroy, harangues amicales… Perret se présente sous les feux de la rampe comme une rock star à la coule. Omniprésent avec ses accessoires et, bien sûr, ses saxophones soprano et ténor, Perret privilégie avant tout le son du groupe pour forger une pâte sonore originale. Ritournelles lointaines ou phrases aériennes, légères comme des comptines ou solennelles comme des hymnes, les mélodies sont bien tournées. Elles servent de base à des ambiances souvent planantes – l’espace n’est pas loin – et hypnotiques, renforcées par de multiples effets électro : réverbération, échos, distorsion, saturation, bruitages – le décollage d’une fusée, des voix off… – nappes de sons synthétiques etc. Ces textures artificielles contrastent avec la section rythmique, particulièrement musclée. Herné et Wangermée plaquent des rythmes de rock agressifs, avec des lignes de basse bourdonnantes, des riffs grondants et des motifs rugissants. Les formules dansantes, ostinatos et autres pédales de Karapetian accentuent encore le côté transe de la musique du quartet. Empreints de lyrisme, les développements de Perret naviguent entre jazz, rock, électro, avec des accents moyen-orientaux, quelques clins d’œil à John Coltrane, des embardées de shouter et de nombreuses sorties free. D’ailleurs, ce lyrisme free n’est pas sans rappeler Wayne Shorter. Quant à la puissance et le discours souvent entraînant de Perret, ils pourraient évoquer Sonny Rollins. Evidemment, après être passées au mixeur électro rock, ces influences illustres n’apparaissent qu’en filigrane !

Dans la lignée de Free, Elevation emmène le jazz sous les cieux d’une musique électronique aguicheuse ; Perret entraîne irrésistiblement dans sa ronde un public hétéroclite, qui ne demande qu’à envahir le dance floor !



07 janvier 2019

Kafé Groppi à l’Ermitage…


Le 12 décembre 2018, un parfum nostalgique cairote s’invite au Studio de l’Ermitage avec le concert du guitariste Khalil Chahine à l’occasion de la sortie de Kafé Groppi, évocation du café historique éponyme de la place Talaat Harb...

Chahine a sorti Kafé Groppi sur son label Turkhoise le 19 octobre. C’est son huitième opus après Mektoub (1989), Turkoise (1992), Hekma (1994), Opake (2016), Bakhtus (1999), Noun (2009) et Kairos (2013). Chahine s’est entouré de quelques compagnons de longue date : André Ceccarelli à la batterie, déjà aux côtés du guitariste sur Mektoub, Eric Séva aux saxophones et Kevin Reveyrand à la basse, présents sur Kairos. Le piano est confié à Christophe Cravero (qui joue également de l’alto). La salle est bondée et le public visiblement familier de la musique de Chahine. Le concert reprend dix des treize titres de Kafé Groppi, joués dans l’ordre du disque, plus « Errances », tiré de Turkoise, et, en bis, Chahine invite Thierry Eliez, présent dans la salle, à jouer « Les paradis artificiels », puisé dans Hekma.


Le concert démarre avec la courte ballade « Le jour – Partie II » qui permet à la guitare et au ténor de dialoguer sur un thème mélodieux. L’alto de Cravero apporte un parfum oriental à « Cinqué », soutenu par une batterie et une basse imperturbables. Au chorus chantant de Chahine, répond un solo tendu de Séva. Le quintet enchaîne ensuite « Avant l’abstract » et « Synoptik ». D’abord heurtée et vive, la section rythmique souligne les échanges en forme de questions – réponses de la guitare, du saxophone et du piano, puis le morceau s’apaise. C’est sur un motif entraînant, entre boléro et tango, renforcé par les phrases de l’alto, que la guitare et le ténor exposent « Kafé Groppi », un air nostalgique qui s’envole en volutes sinueuses, parsemées de touches arabo-andalouses. La ligne dansante de Reveyrand, les cliquetis de Ceccarelli et les accords enlevés de Cravero lancent « Eikos ». Chahine tourne autour de cette jolie mélodie, tandis que Cravero, puis Séva la font swinguer. Le duo guitare – alto dévoile « Ojos de cielo », un thème cinématographique basé sur des décalages et des contrepoints, porté par une basse et une batterie sobres, et pimenté d’accents manouches distillés par l’alto. Pour « Sous les cimes », le quintet s’appuie sur l’architecture classique thème – solos – thème, avec un chorus dynamique de la batterie, à grand renfort de cymbales. Un déroulé élégant de formules en contrechants, là encore, très bande originale de film, caractérise « Pauper », tonifié par le chorus de Cravero. Retour à la belle mélodie de « Le Jour – Partie I », développée avec grâce par la guitare, le soprano et le piano, qui entrecroisent leurs voix, avant de se lancer dans une partie dansante aux accents klezmers. Chahine passe à l’harmonica pour interpréter « Errances ». Chabada et walkking font leur apparition et piano et saxophone jouent le jeu d’un néo-bop enthousiaste. Après une esquisse de valse, « Les paradis artificiels » prennent eux aussi une tournure bop, stimulés par un soprano sous tension.

De belles mélodies, des développements raffinés, des rythmes chaloupés… Kafé Groppi propose un jazz mainstream sans complexe et séduisant.



05 janvier 2019

Soirée norvégienne au Théâtre 71…


Pour l’ultime concert de l’Orchestre National de Jazz sous sa direction artistique, Olivier Benoît se produit au Théâtre 71 de Malakoff le 8 décembre 2018. Il y propose Europa Oslo, le dernier volet de son projet Europa, avec des poèmes écrits par l’écrivain norvégien Hans Petter Blad.


Les cinq années de Benoît passées à la tête de l’ONJ auront été riches en événements. Outre les quatre programmes d’Europa autour de Paris, Berlin, Rome et Oslo, il a également développé des résidences au Carreau du Temple et à La Dynamo, mais aussi créé le label ONJ Records, qui a permis aux membres de l’orchestre de publier leurs propres projets. Le label compte désormais une quinzaine d’albums, tous plus alléchants les uns que les autres !


Outre Benoît à la guitare, l’orchestre réunit Maria Laura Baccarini au chant, Jean Dousteyssier aux clarinettes, Robin Fincker au saxophone ténor (en remplacement d’Hugues Mayot), Christophe Monniot aux saxophones alto et soprano (à la place d’Alexandra Grimal), Fabrice Martinez à la trompette, Fidel Fourneyron au trombone, Théo Ceccaldi au violon, Sophie Agnel au piano, Paul Brousseau aux claviers, Sylvain Daniel à la basse électrique et Éric Echampard à la batterie. Le concert est accompagné d’un ballet de figures géométriques projetées par le vidéaste Romain Al’l sur un écran transparent, devant l’orchestre. L’ONJ joue le répertoire d’Oslo dans l’ordre du disque en enchaînant certains morceaux. En bis, l’orchestre reprend « Revolution », tiré de Berlin, et qui tombe à pic en ce quatrième samedi de manifestations du mouvement des gilets jaunes.


Europa Oslo est évidemment marqué par le rock progressif (« Sense That You Breathe »), mais Benoît y ajoute également des ingrédients baroques (« De har ingenting å gjøre »), minimalistes (« Révolution »), répétitifs (« A Sculpture Out Of Tune  »), contemporains (« Intimacy »), mais aussi pop-folk (« Pleasure Unknown »). Sophistiquées et généralement empreintes d’une majesté quasi romantique (« An Immoveable Feast »), les mélodies servent de socle à des développements d’ensemble intenses, à l’unisson (« Ear Against The Wall »), sous forme concertante (le saxophone dans « A Sculpture Out Of Tune  », la trompette dans « De har ingenting å gjøre »…) ou basés sur des jeux de contrepoints (« Pleasure Unknown »). Dans la plupart des morceaux (et c’est encore plus marquant pendant le concert que dans le disque), après un démarrage plutôt raffiné, la tension monte progressivement (« Ostracism ») et finit par exploser (« Revolution »), portée par une section rythmique brutale (« Intimacy »). La succession d’ambiances, souvent grandioses, qui suivent un fil conducteur global cohérent fait aussi penser à un opéra jazz-rock.

La dextérité musicale de l’orchestre, la précision et la variété de l’écriture de Benoît, la richesse de la palette instrumentale de l’ONJ et la couleur rock d’Europa Oslo aboutissent à une œuvre captivante : un bel au revoir !



26 décembre 2018

Amour et peinture en musique à La Dynamo…


Double plateau de haut vol le vendredi 7 décembre 2018 : Hymnes à l’amour et Characters On A Wall se partagent la scène de La Dynamo.


Hymnes à l’amour
Christophe Monniot & Didier Ithursarry

Voilà plus de dix ans que Christophe Monniot et Didier Hithursarry jouent ensemble, avec l’altiste Guillaume Roy, au sein du trio Station Mir. En 2017 ils décident de monter un duo et sortent Hymnes à l’amour chez ONJ Records, le 16 novembre 2018. Le concert de La Dynamo est l’occasion de célébrer ce disque.

Le répertoire du disque comprend trois thèmes signés Monniot (« Biguine pour Sushi », « Soso » et « Nadir’s »), une composition d’Ithursarry (« Est »), le célébrissime paso doble de Pascual Marquina Narro, « España cañi », l’immortel « Sophisticated Lady » de Duke Ellington, la valse « Passion » de Tony Murena et le cantique « Il est un fleuve ». Pendant le concert, le duo reprend six des huit morceaux des Hymnes à l’amour, « Forçat » d’Ithursarry et « Indifférence » de Murena. Comme le souligne Monniot avec humour : « on va faire des hymnes à des gens vivants… On va dédier des morceaux à des gens qu’on aime, encore en vie… Parce que les morts, finalement on s’est aperçu que quand on leur dédie un morceau, ça ne leur fait ni chaud, ni froid… ». Monniot rend donc hommage à sa mère, son père, Gilles et John, Sushi…

Monniot et Ithursarry abordent les Hymnes à l’amour sous un angle plutôt free, moins dansant que le Blow Up (1997) de Michel Portal et Richard Galliano et moins mélodieux que la Belle époque (2014) d’Emile Parisien et de Vincent Peirani, deux autre fameux duos accordéon – saxophones (et clarinettes pour Portal). 

Les deux artistes se réapproprient les thèmes avec originalité, comme « Summertime », base de « Soso » et également cité dans « Est », « Nadir’s », librement inspiré de « La romance de Nadir », tiré des Pêcheurs de perles, un opéra de Georges Bizet, composé en 1863, ou les valses musettes qui sont passées à la moulinette free… Cette relecture personnelle des mélodies sert de socle à des variations denses. Les développements vifs (« Biguine pour Sushi ») sont portés par des accords puissants de l’accordéon (« Soso »), des ostinatos sombres (« Nadir’s ») ou des phrases virevoltantes du soprano (air médiéval), qui partent souvent en embardées (« Est »). Les dialogues nerveux entre les deux musiciens (« Passion »), enrichis de dissonances dans l’esprit de la musique contemporaine (« Indifférence »), voire du début vingtième (« Soso »), la polyphonie de l’accordéon et les claquements rythmiques des clés du saxophone alto (« Forçat »), les nappes de sons et autres textures sonores épaisses jouées par le piano à bretelles (« Est ») viennent également ajouter du piquant aux propos des deux artistes.

Avec Ithursarry et Monniot le laisser-aller n’a pas sa place et leurs Hymnes à l’amour ne riment pas avec glamour ! Pour des romances mièvres, il faut aller écouter ailleurs : la musique du duo pétille d’intelligence, de réparties et de tonus.




Characters On A Wall
Louis Sclavis



En 2002 Louis Sclavis enregistre Napoli’s Walls avec Vinvent Courtois au violoncelle, Médéric Collignon à la trompette de poche et Hasse Poulsen à la guitare. Le disque est inspiré par les œuvres qu’Ernest Pignon-Ernest a placardées sur les murs de Naples. Avec Characters On A Wall, le clarinettiste a décidé de prolonger ce travail en illustrant neuf installations de l’artiste urbain : Paolo Pasolini à Rome, Mahmoud Darwich à Ramallah, Jean Genet à Brest…



Pour ce projet Sclavis s’entoure du trio avec qui il a créé Loin dans les terres (Intuition Records – 2017) : Benjamin Moussay au piano, Sarah Murcia à la contrebasse et Christophe Lavergne à la batterie.


« Jean Genet à Brest » reflète assez bien l’esprit de la musique du quartet : une introduction foisonnante à quatre laisse la place à un rythme solide, servi par une contrebasse imposante et une batterie touffue, sur lequel se promènent les lignes de la clarinette, sinueuses, mais parsemées d’aspérités, et soutenues par les contre-chants du piano. Avant le rappel final du thème, le trio piano – contrebasse – batterie se lance dans des échanges contemporains tendus. « Darwich dans la ville » fait la part belle aux tambours de Lavergne, à des passes d’armes heurtées entre Sclavis et Murcia, et aux clusters de Moussay. Référence à des installations de Pignon-Ernest à Martigue, le thème de « La dame de Martigue » s’apparente davantage aux mélodies françaises du début vingtième, avec un déroulé élégant, des contrepoints subtils, un discours virtuose de la clarinette... La silouhette d’un homme flashée par l’explosion de la bombe atomique sur un mur d’Hiroshima a guidé Moussay pour « Shadows And Lines ». L’introduction du piano et de la contrebasse à l’archet est sombre, mais un riff de basse dansant, une batterie régulière et un piano musclé emmènent progressivement le trio vers un free intense, auquel se joint la clarinette. Avec ses rythmes en suspension, ses discussions croisées, sobres et élégantes, ses différents tableaux... « L’heure Pasolini » a des points communs avec une bande son cinématographique. La mélopée de « Prison », inspiré par le travail de Pignon-Ernest dans la prison Saint-Paul à Lyon, monte rapidement en tension, poussée par une batterie et une contrebasse puissantes et une gestion efficace du suspens, puis le morceau débouche sur un échange free luxuriant. En bis, le quartet joue « Extases », une évocation des dessins sur les grands mystiques que Pignon-Ernest a exposés dans les églises de Naples. C’est sur cette ode tout à fait « sclavisienne », d’un lyrisme moderne dans une lignée vingtièmiste, que se conclut le concert, en beauté.


Mélodies sophistiquées, harmonies modernes, rythmes charnels et sonorités chaleureuses, Characters On A Wall est enthousiasmant !

16 décembre 2018

Double plateau à l’Ermitage


Grosse affiche au Studio de l’Ermitage le 6 décembre 2018 : Roberto Negro présente Kings And Bastards, sorti chez Cam Jazz en octobre 2018, et Emile Parisien Quartet propose Double Screening, paru chez ACT en décembre 2018.


Kings And Bastards
Roberto Negro

Passé par le Conservatoire à Rayonnement Régional de Chambéry et le Centre des Musiques Didier Lockwood, Negro participe à la création du Tricollectif en 2011 au sein duquel il monte la plupart de ses projets : du trio Dadada au duo Les Métanuits avec Parisien, en passant par le trio Garibaldi Plop, le quartet Kimono, le duo Danse de Salon avec Théo CeccaldiKings And Bastards est le premier disque de Negro en solo.


Construit comme une suite en treize mouvements, Kings And Bastards marie piano, piano préparé et effets électroniques. Une grosse minute de concentration et c’est parti pour une quarantaine de minutes non-stop. Des cliquetis cristallins d’une régularité implacable et des ostinatos sourd, interrompus à intervalle régulier par une pointeuse : vive Les Temps Modernes !... Entre machine à écrire et machine-outil, le piano préparé devient une percussion (John Cage n’écrit-il pas que « le piano préparé est en réalité un ensemble de percussions confié aux mains d'un seul interprète » ?) et le réalisme mécaniste du morceau évoque évidemment la musique concrète. Quelques bribes mélodiques acoustiques percent ça-et-là, au milieu de la grisaille du machinisme. Peu à peu, des accords de synthèse, des pédales aiguës, des ostinatos obsédants et un minimalisme futuriste renvoient l’auditeur à la science-fiction avec, toujours, un petit air qui s’immisce dans cette ambiance répétitive et sombre, mais qui est vite rattrapé par l’inexorable mécanique... Tandis que la main gauche joue un motif récurrent, Negro retire ses préparations. Le pianiste part ensuite dans des développements qui font la part belle aux dissonances, jeux rythmiques et dialogues de voix, dans une lignée contemporaine, séparés par la monotonie d’une pédale de près de trois minutes, pour terminer par une valse presque sentimentale.


Avec Kings And Bastards, Negro propose une musique expressive résolument singulière, à mi-chemin entre musique contemporaine et free, sans jamais oublier ces légères touches lyriques qui lui donnent un zeste d’humanité indispensable.


Double Screening
Emile Parisien Quartet

Peu après avoir débarqué à Paris, en 2000, Parisien monte un quartet avec Julien Touery au piano, Ivan Gélugne à la contrebasse et Sylvain Darrifourcq à la batterie. La formation sort trois disques chez Laborie Jazz : Au revoir porc-épic en 2006, Original pimpant en 2009 et Chien Guêpe en 2012. Après ce troisième disque, JulienLoutelier remplace Darrifourcq derrière les fûts. C’est avec ce deuxième quartet que Parisien rejoint Act pour Spezial Snack, paru en 2014, et Double Screening.

Enregistré par Philippe Teissier du Cros dans le célèbre Studio Gil Evans de la Maison de la Culture d’Amiens, Double Screening propose cinq morceaux, deux suites et trois intermèdes composés par les quatre musiciens. Le disque évoque la pratique du double écran qui consiste, par exemple, à se connecter simultanément à sa télévision pour regarder une série et à son téléphone, pour participer à une discussion en ligne sur ladite série. La plupart des titres des morceaux sont des clins d’œil à l’informatique, comme les trois « Spam », « Hashtag », « Deux point zéro », « Elégie pour une carte mère », « Malware Invasion »….

Le programme du concert s’appuie exclusivement sur le répertoire de Double Screening. Depuis le temps qu’ils jouent ensemble, les quatre musiciens ont développé une osmose quasi parfaite : une sonorité personnelle, avec, notamment, des unissons harmoniques ou rythmiques, des mélodies d’une grande cohérence et une mise en place aux petits oignons.



Les deux parties de « Double Screening », signées Loutelier, sont contrastées : à la gravité de la première, portée par la ligne profonde de la contrebasse, les accords contemporains du piano, la batterie toute en subtilité et les phrases sinueuses du soprano, succède un deuxième mouvement mécanique – qui n’est pas sans rappeler certains passages du set de Negro –, interrompu par de brèves mesures be-bop. Peu à peu le morceau s’emballe et Parisien se lance dans un chorus néo-bop, sur une walking et un chabada, entrecoupé de pêches et autres roulements. Touery poursuit dans la même veine, rapide et puissante, avec des citations détournées et une bonne dose d’humour.


La deuxième suite, « Hashtag », composée par Parisien, comprend quatre mouvements. Le thème aux accents mélancoliques évoque un peu la musique klezmer. Les accords du piano, le vrombissement de la contrebasse et le drumming serré de la batterie font monter la tension et poussent le soprano dans des retranchements free d’une intensité captivante. Un unisson global lance le piano dans des motifs aux nuances balkaniques, sur les contrepoints de la contrebasse et la batterie foisonnante. Parisien revient dans la partie avec un discours véloce, mais sans esbroufe, puis finit par plonger dans un torrent de notes, parsemé de stridences, comme autant de cris… Dans le troisième mouvement, les percussions bourdonnent, l’archet de la contrebasse gronde, le piano préparé crépite et le soprano joue une mélodie fragile avant de se mêler, lui aussi, aux jeux rythmiques avec ses clés. Pour le final, Parisien revient au thème avec un léger vibrato et des touches bluesy, tandis qu’une pédale de Gélugne, des accords dansants de Touery et un rythme entraînant de Loutelier emportent « Hashtag » vers des horizons joyeux.


Les trois « Spam » intercalés entre les morceaux sont des pièces concises et malicieuses dans lesquelles les quatre compères se livrent à des joutes de sonorités – crissements, cloches, réverbération, splash… – et de rythmes – notes tenues, frappes mécaniques, dialogues percussifs… Des jeux rythmiques parsèment également « Deux point zéro », un morceau animé (lui aussi assez proche de l’esprit de Kings And Bastards) basé sur des échanges heurtés entre les sons étouffés du piano préparé, les lignes robustes de la contrebasse et le drumming vif et luxuriant de la batterie. Les petits motifs mélodiques du soprano débouchent sur une mélopée qui contraste avec la dominante rythmique du morceau.


Avec ses boucles, pédales et riffs entrelacés, la construction d’« Algo » s’apparente à la musique répétitive, tandis que les volutes sinueuses du soprano apportent une touche de fragilité, avant de se fondre dans la mêlée rythmique. Le be-bop refait son apparition dans l’espiègle « Malware Invasion » : walking et chabada ultra-rapides, piano néo-bop véloce, saxophone ténor impétueux, embardées free… Le quartet fait monter la pression ! Joué en bis, « Daddy Long Legs » s’aventure sur les terres de la musique contemporaine, avec un accompagnement minimaliste pour une conversation mystérieuse entre le piano et le soprano, tantôt à l’unisson, tantôt sous forme de questions-réponses.


Double Screening réussit le pari d’illustrer en musique un phénomène de société ! Originale, ludique, recherchée, expressive… la musique du quartet de Parisien n’a pas fini de marquer son époque.

09 décembre 2018

PJ5 au New Morning


Le 4 décembre 2018, le New Morning est plein : il accueille le PJ5 à l’occasion de la sortie de I Told The Little Bird chez Jazz& People, le label participatif créé par Vincent Bessières.

C’est en 2010 que le guitariste Paul Jarret monte le quintet PJ5 avec Maxence Ravelomanantsoa au saxophone ténor, Léo Pellet au trombone, Alexandre Perrot à la contrebasse et Ariel Tessier à la batterie. Leur premier disque autoproduit, Floor Dance, sort la même année. Suivront Word (2013 – Such Productions), Trees (2016 – Gaya Music) et I Told The Little Bird.

Bessières introduit le concert et, après avoir décrit les raisons d’être du label participatif Jazz & People, il explique la portée humaniste et écologique du disque de PJ5, préoccupé par la situation climatique de la planète... Pour le premier set du concert, PJ5 joue trois morceaux extraits du répertoire de I Told The Little Bird et « Anthem », un inédit.  


Un chant diaphane sur des nappes de sons électro éthérées sont diffusés en off pendant que le quintet s’installe. Après une série de sirènes ou de cris, le trombone expose la mélodie nostalgique de « Where Do Butterflies Sleep ? » sur les accords aériens de la guitare, la batterie majestueuse et une ligne de basse profonde. Le saxophone ténor entre en jeu et répond au trombone puis, avec une pédale sur la grosse caisse et des effets de réverbération, le morceau prend l’allure d’un hymne, qui se transforme soudainement en un rock progressif énergique. Cette juxtaposition d’accords vaporeux, d’airs solennels et de rythmes vigoureux et se retrouve également dans « Horizon », une ballade au parfum ambient. Une mélodie au synthétiseur accueille « Peaceful Struggle ». D’abord tranquille et planant, le morceau part rapidement dans un rock-free débridé, tiré par un Ravelomanantsoa déchaîné, poussé par la rythmique sourde et touffue de Perrot et Tessier, et soutenu par les riffs de Pellet et Jarret. Le premier set s’achève sur « Anthem », un thème minimaliste et méditatif, au déroulé imposant, à l’image de son titre.

Décors planants, lyrisme et rythmique puissante, PJ5 a trouvé sa marque de fabrique : une fusion de jazz scandinave, de rock psychédélique et de free… du Space Jazz Rock en quelque sorte !



04 décembre 2018

A la découverte de Nicolas Fabre


La sortie de l’album Through The Seasons, le 26 octobre 2018, donne l’occasion de découvrir le parcours et quelques passions du pianiste Nicolas Fabre


La musique

Je ne crois pas avoir vraiment choisi le piano… Pourtant, d’après ma mère, enfant, j’avais une préférence pour cet instrument. Quand j’avais huit ans, mes parents nous ont inscrits, ma sœur et moi, au conservatoire, dans la classe de piano. Pendant dix ans, j’ai suivi une formation classique au conservatoire du Mans.

Avec mes parents, mon frère et ma sœur, nous écoutions toutes sortes de musiques, mais j’ai réellement commencé à m’intéresser au jazz autour de quinze ans, en écoutant Miles Davis. C’est également à cette époque que j’ai vu Chick Corea en concert à Vannes : ça a été un autre déclencheur. Avec mon frère et un ami batteur nous avons monté notre premier groupe. Nous interprétions des compositions instrumentales. Au début, c’était plutôt pop rock, mais nous écoutions du jazz rock, Miles, Weather Report, Corea... sans oublier Frank Zappa, le rock progressif... Nous découvrions tout ça !... Peu de temps après, ce fût Keith Jarrett et le Köln Concert, autre grande révélation ! Puis Bill Evans, John Coltrane, Thelonious Monk... D’ailleurs, en ce qui concerne les pianistes-compositeurs, Jarrett, Corea et Evans sont sans doute mes trois influences majeures : ce sont les premiers que j’ai écoutés, et ils restent parmi mes préférés !...

C’est pendant mes études scientifiques que j’ai commencé le piano jazz Je me suis d’abord intéressé aux standards, au bop... J’ai suivi les ateliers jazz à la fac et suis entré dans le big band universitaire. A l’époque j’avais un groupe de jazz fusion. Ensuite, je suis monté à Paris pour suivre des cours à l’école Arpej. Je me suis perfectionné en piano jazz avec Olivier Hutman, étudié l’harmonie, l’arrangement…  et j’ai commencé à faire des jam sessions, jouer en quartet, en trio, avec des vocalistes... En parallèle, au Mans, avec mon frère nous avons créé Mentat Routage, un groupe de jazz rock expérimental basé sur l’impro, le free, etc. C’est aussi à ce moment que j’ai pris des cours d’écriture classique et commencé à enseigner en école de musique. Peu après j’ai participé au groupe de jazz électrique Pagaille, avec, entre autres, le batteur Sonny Troupé et le chanteur slameur Thomas Roche, avec qui j’ai beaucoup joué depuis. J’ai fait aussi pas mal de be-bop, en trio, notamment avec le batteur Philippe Combelle.

En 2012, j’ai formé un premier trio pour jouer mes compositions, avec Richard Apté et Max Hartock Puis, en 2016, j’ai créé un nouveau groupe, en compagnie de Bertrand Beruard et Nicolas Favrel, avec lequel je viens de sortir Through The Seasons.



Quelques clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La recherche d’une expression musicale personnelle, originale, à la fois individuelle et collective, dans un esprit de liberté, de partage et d’ouverture sur le monde…

Pourquoi la passion du jazz ?  Les jazz sont des musiques qui mettent en jeu l’instant présent, grâce à l’improvisation.

Comment découvrir le jazz ?  Allez voir des concerts ! Venez voir les musiciens jouer en live !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Difficile de choisir… Mais assurément un Miles, un Coltrane, un Monk, un Evans, un Jarrett…

Quels livres ? La Trilogie new-yorkaise de Paul Auster, Kafka sur le Rivage de Haruki Murakami...

Quels films ? Blade Runner de Ridley Scott, In The Mood For Love ou The Grandmaster de Wong Kar-Wai, Il était une fois la révolution de Sergio Leone, Interstellar de Christopher Nolan… Mais aussi un Jim Jarmusch, un Steven Spielberg et un Woody Allen.

Quelles peintures ?  Quelques toiles de Pablo Picasso et de Salvador Dali

Quels loisirs ? Marcher, nager et découvrir…


Les projets

Dans l’immédiat, l’objectif est de trouver des partenaires pour promouvoir l’album Through The Seasons : distributeur, label... et faire tourner le trio dans les salles et festivals !