Affichage des articles triés par pertinence pour la requête the optimist. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête the optimist. Trier par date Afficher tous les articles

27 août 2020

Confinés dans l’igloo…

Faute de concerts, le confinement aura permis d’écouter des disques et de rattraper un peu de retard ! Voici cinq galettes publiées entre novembre 2017 et juillet 2020 par l’hyperactif label bruxellois, Igloo Records. A l’honneur, le groupe du batteur Jeff Herr, les trios du guitariste Julien Tassin et du saxophoniste Toine Thys, le quartet du pianiste Igor Gehenot et le trio du contrebassiste Félix Zurstrassen.


Nova
Félix Zurstrassen
Nelson Veras (g), Félix Zurstrassen (b) et Antoine Pierre (d), avec Ben Van Gelder (as).
Igloo Records – IGL311
Sortie le 7 juillet 2020

Très présent sur la scène belge aux côtés, entre autres, de Fabrizio Cassol, Stéphane Galland, LG Jazz Collective, Antoine Pierre Urbex… Felix Zurstrassen sort son premier disque en leader, Nova, publié chez Igloo Records en juillet 2020. Le bassiste joue en trio avec le guitariste Nelson Veras et le batteur Antoine Pierre. Il invite également le saxophoniste alto Ben Van Gelder sur quatre titres. 

Au programme de Nova, neuf compositions signées Zurstrassen et « April in Paris », le standard de Vernon Duke et Yip Harburg. Quant à l’enregistrement, il a été confié à l’incontournable Philippe Teissier du Cros. 

Le trio se base sur des thèmes aux parfums bop (« oMoioMo ») exposés à l’unisson (« Nova »), des airs mélodieux (« Songe d’Or ») ou tortueux (« Aurora »), parfois pimentés de bossa-nova (« April in Paris »). Avec un timbre plutôt velouté, Van Gelder passe de phrases sinueuses (« Songe d’Or »), legato (« Nova ») et nonchalantes comme sur la Côte Ouest (« Praha ») à des envolées nerveuses (« Songe d’Or »), voire free (« oMoioMo »). La guitare de Veras est un alliage subtil de tension et de douceur (« oMoioMo »), de lignes complexes et de décontraction (« Songe d’Or »), de lyrisme et de pulsation (« April in Paris »), portée par une sonorité cristalline (« Aka Star ») et chaleureuse (« oMoioMo »). Fidèle à lui-même, Pierre déploie une diversité de jeu exemplaire, dans un style plutôt énergique : démarrages abrupts (« Ymakre »), suivis de frappes puissantes et touffues (« Aka Star »), souvent groovy (« Nova »), toujours dansantes (« Praha ») et chaloupées (« April in Paris ») ; bruissements aériens (« Clair nocturne ») ou caresses légères des balais sur les peaux (« Songe d’Or ») ; chabada décomplexé (« Ymakre »)… De son côté, la basse de Zurstrassen ronronne (« Praha »), gronde (« Aka Star »), chante (« Catabaucalise »), s’ébroue discrètement (« April in Paris »), mais assure une carrure solide (« Aurora »).

Un beau son de groupe, des échanges intéressants et un swing efficace font de Nova une belle réussite. 

Liste des morceaux

01. « Aka Star » (4:23).
02. « Catabaucalise » (6:40).
03. « Aurora » (3:42).
04. « Songe d’Or » (6:35).
05. « Nova » (4:55).
06. « Praha » (6:34).
07. « Clair Nocturne » (2:37).
08. « April in Paris », Duke & Harburg (4:08).
09. « Ymakre » (4:29).
10. « oMoioMo » (6:26).

Tous les morceaux sont signés Zurstrassen, sauf indication contraire.


Cursiv
Igor Gehenot
Alex Tassel (bg), Igor Gehenot (p), Viktor Nyberg (b) et Jérôme Klein (d), avec David El-Malek (ts).
Igloo Records – IGL313
Sortie le 24 janvier 2020

Après Delta, publié en février 2017, Igor Gehenot est de retour sur disque : Cursiv sort en janvier 2020 chez Igloo Records avec le même quartet, composé d’Alex Tassel au bugle, Viktor Nyberg à la contrebasse et Jérôme Klein à la batterie. David El-Malek fait également partie de l’aventure sur cinq morceaux. 

Gehenot apporte six compositions, Tassel, deux, et le quartet reprend « I Remember Clifford » de Benny Golson.

Entre le joli « The Faith », l’élégant et mélancolique « Julia », le moderne « Hopeful » ou les joyeux « Cursiv » et « Fat Cat », il est clair que Gehenot et Tassel possèdent une belle plume ! La sonorité à la fois brillante et moelleuse du bugle (« Yaï ») met en relief le lyrisme de Tassel (« The Faith »), mais aussi ses lignes aériennes (« Cursiv »), toutes en douceur (« Julia ») et d’une délicatesse très « Bakerienne » (« I Remember Clifford »). El-Malek est aussi à l’aise dans le registre raffiné du bugle (« Julia ») que dans un univers bop (« Fat Cat »), et se montre d’une souplesse à toute épreuve (« Hopeful »). Si Nyberg fait preuve de fluidité (« Cursiv »), avec une tendance au minimalisme (« Julia »), des shuffle (« Hopeful ») et des passages en walking (« Yaï ») pimentent son discours, et son jeu à l’archet est convaincant (« Julia »). La batterie de Klein danse (« Fat Cat »), avec des envolées déchaînées (« Cursiv ») et des chabada entraînants (« Yaï »), tout en démontrant beaucoup de subtilité aux balais (« I Remember Clifford ») et une capacité à calmer le jeu, par des frottements discrets (« Little Boy »), des frémissements légers (« Julia ») ou un bruissement touffu (« Hopeful). Gehenot ne tire jamais la couverture à lui et se met au service de son quartet : lignes d’accords bien senties (« The Faith »), jeu dans les cordes (« Cursiv »), ostinato (« Litlle Boy »)… soutiennent les solistes. Ses développements, vifs, reposent sur des phrases denses (« Hopeful »), des motifs allègres (« Fat Cat ») et des phrasés bop (« Yaï »), mais toujours avec un zeste de lyrisme en filigrane (« Julia »). 

Avec Cursiv, Gehenot poursuit sur la lancée de ses précédents opus : des mélodies soignées, une pulsation solide et des interactions habiles. 

Liste des morceaux

01. « The Faith », Tassel (3:54).
02. « Cursiv » (5:18).
03. « Little Boy » (4:23).
04. « Hopeful » (3:56).
05. « Fat Cat » (4:37).
06. « Julia » (3:26).
07. « Yaï », Tassel (3:55).
08. « I Remember Clifford », Golson (5:37).
09. « Julia » (4:04). 

Tous les morceaux sont signés Gehenot, sauf indication contraire.


The Optimist
Toine Thys Trio
Toine Thys (ts, ss, bcl), Hervé Samb (g), Sam Yahel (org) et Karl Jannuska (perc).
Igloo Records – IGL304
Sortie le 1er février 2019

Habitué d’Igloo Records, soit avec son propre trio, soit au sein de l’Antoine Pierre Urbex, Toine Thys sort un troisième opus sous son nom en février 2019. Pour The Optimist, Thys s’entoure d’un nouveau trio avec Hervé Samb à la guitare, Sam Yahel à l’orgue Hammond et Karl Jannuska à la batterie.

Thys a composé les neuf morceaux et dédie « Cosmic Wassyl » au chanteur lyrique ukrainien Wassyl Slipak, tué en Ukraine en 2016 par un snipper, alors qu’il combattait dans la guerre du Donbass au sein des bataillons du parti ultranationaliste Secteur Droit.

The Optimist s’ouvre sur une berceuse dédiée à un département du Burkina Faso : « Lullaby of Gounghin ». La clarinette basse introduit avec élégance la jolie mélodie sur les cliquetis entraînants de la batterie, puis les accords étouffés de l’orgue Hammond. Quand la guitare entre en jeu, son phrasé saccadé et sa sonorité cristalline évoquent une kora et donnent une pâte résolument africaine au morceau. Dans « Tête brûlée », Jannuska part sur un rythme haletant, soutenu par les nappes d’accords de Yahel et un riff de rumba congolaise répété par Samb. Dans cette ambiance trépidante, Thys expose un thème-riff dansant et son développement s’inscrit dans la lignée de Sonny Rollins. Le « Samuraï » bondit, porté par une batterie qui en met partout avec une précision diabolique, un orgue funky et un saxophone ténor qui tourne autour d’un motif chaloupé. Le morceau-titre lorgne vers l’Amérique du sud : percussions aux accents latins, vibratos de l’orgue, mélodie sinueuse et nonchalante au ténor et riff de la clarinette basse en re-recording… Thys et ses acolytes privilégient l’équipe sur l’individu et la structure des morceaux s’apparente souvent à celle d’une chanson avec son refrain et ses couplets, parsemés de solos. C’est le cas dans « Whartog » (phacochère en anglais) : sur une pulsation funky puissante et les accords de Samb dans un style reggae, Thys se balance en souplesse, puis la guitare prend un solo fluide, dans une veine jazz-rock, avec des traits véloces. Comme il se doit, « Cosmic Wassyl » est une ode nostalgique, magnifiée par la sonorité grave et profonde de la clarinette basse, les accords aériens de l’orgue, les phrases solennelles de la guitare acoustique et les cymbales en suspension. Dans une deuxième partie, le morceau s’envole sous l’impulsion du saxophone soprano et des frappes pleine d’emphase de la batterie. Retour à un funk dansant dans « Bravo » : drumming heurté, boucles rythmiques de la guitare, orgue churchy et mélodie soignée au ténor. La suite du morceau vire au rock noisy, avec un chorus de Samb aux accents bluesy et des effets de guitar hero, avant de se conclure sur un final enflammé par les roulements furibonds de Jannuska. Les lignes majestueuses de Thys et de Yahel s’entrecroisent dans « Bowing #1 » et évoquent un spiritual.

The Optimist relève le défi de faire danser en évitant l’écueil de la facilité. La musique de Thys pétille du début à la fin !

Liste des morceaux

01. « Lullaby of Gounghin » (5:19).
02. « Tête Brûlée » (6:35).
03. « Samuraï » (5:38).
04. « The Optimist » (6:26).
05. « Masks and feathers » (6:04).
06. « Warthog » (6:42).
07. « Cosmic Wassyl » (5:16).
08. « Bravo » (5:46).
09. « Bowing #1 » (2:52).

Tous les morceaux sont signés Thys.


Sweet Tension
Julien Tassin
Julien Tassin (g), Nicolas Thys (b) et Dré Pallemaerts (d).
Igloo Records – IGL291
Sortie le 7 septembre 2018

Sweet Tension est le premier album en leader de Julien Tassin. Il sort en septembre 2018 chez Igloo Records. Le guitariste signe les dix titres du disque et s’entoure de Nicolas Thys à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie.

Sweet Tension démarre sur un « Working Class » bluesy avec un riff de la guitare, une ligne grave et boisée de la contrebasse et des frappes profondes de la batterie. Tassin prend son temps pour développer le thème en accentuant les touches bluesy avec des effets électro dirty. Sous les coups de boutoir de Pallemaerts, « Escape » s’aventure en territoire rock et Tassin en profite pour prendre des traverses expérimentales. Dans « Ghost Town », Thys et Pallemaerts plantent un rythme régulier et entraînant, toujours rock, mais avec des traces de country, qui permet à Tassin de rester dans une veine rock alternatif. Après une exposition a capella par la guitare, « Housewives » décolle, entre blues et rock, porté par une batterie touffue et une contrebasse minimaliste, tandis que la guitare s’envole rapidement dans des phrases musclées et débridées. Rythmique puissante et sonorité sale de Tassin pour « Le Blues » qui, après un chorus mélodieux de Thys, débouche sur une deuxième partie avant-gardiste. C’est plutôt au noise rock que « Last Call from The Factory » fait référence : rythmique imposante et inamovible pour soutenir les délires de la guitare. Changement de décor avec « Green Lady », qui s’étire langoureusement entre le minimalisme de Thys, les cymbales frémissantes de Pallemaert et les lignes éthérées de Tassin. Le naturel revient au galop dans « Dance » : poussé par une batterie foisonnante et une contrebasse sourde, la guitare part dans un esprit rock progressif avec des effets électro et fait monter la tension jusqu’au délire collectif final. « George Harrison » – en hommage au guitariste-chanteur des Beatles – est une ballade tranquille et mélodieuse. Quant à « Sweet Tension », qui clôt l’album éponyme, il combine une ambiance bluesy avec un son saturé, des traits crados, une rythmique vigoureuse… et une atmosphère planante et spatiale.

Dans Sweet Tension, Tassin et ses compères proposent un rock alternatif bluesy teinté de jazz qui dépote !

Liste des morceaux

01. « Working Class » (3:59).
02. « Escape » (5:23).
03. « Ghost Town » (5:20).
04. « Housewives » (5:15).
05. « Le Blues » (5:54).
06. « Last Call from The Factory » (7:46).
07. « Green Lady » (3:58).
08. « Dance » (3:57).
09. « George Harrison » (3:26).
10. « Sweet Tension » (4:00).

Tous les morceaux sont signés Tassin, sauf indication contraire.


Manifesto
Jeff Herr Corporation
Maxim Bender (sax), Laurent Payfert (b) et Jeff Herr (d), avec Adam Rogers (g).
Igloo Records – IGL289
Sortie le 1er novembre 2017

Voilà plus d’une quinzaine d’années que la Jeff Herr Corporation écume les scènes du jazz. Le trio a publié Layer Cake en 2014 chez Igloo Records et récidive en novembre 2017 avec Manifesto.

Le batteur est toujours accompagné par le saxophoniste Maxim Bender et le contrebassiste Laurent Payfert. Les trois musiciens invitent le guitariste Adam Rogers sur trois titres et la chanteuse Lata Gouveia pour « Same Girl », chanson signée Randy Newman. « Merry-Go-Round » est une création collective, tandis que les six autres morceaux sont tous signés Herr.

Les thèmes proposés par Herr sont variés : des riffs (« Love Charlatan »), avec un soupçon d’accents moyen-orientaux (« Steam Driven »), une sorte de comptine (« on My Own ») et des mélodies modernes (« Resistance ») aux intonations funky (« Manifesto »). Les développements – en particulier dans les morceaux les plus longs (« On My Own », « Moon Glow ») – reposent sur plusieurs tableaux qui jouent sur les nuances sonores et rythmiques, en alternant des ambiances free bop, funk, rock… Si Bender s’appuie sur la sonorité ronde du ténor pour bourdonner (« On My Own ») et dérouler des phrases soyeuses (« Love Charlatan »), voire majestueuses (« Same Girl »), au soprano il passe d’un discours planant (« Merry-Go-Round ») à un duo free avec la contrebasse (« Moon Glow »). La contrebasse de Payfert est constamment séduisante : il saute d’un riff mainstream (« Streal Driven ») à une ligne groovy (« Manifesto »), en passant par des motifs sourds (« On My Own ») et minimalistes (« Resistance »), une pédale épaisse (« Love Charlatan »), des traits d’archet sombres (« Same Girl ») ou des formules légères et souples (« Moon Glow »). Herr n’est pas en reste : il jongle avec un cliquetis aérien (« Stream Driven »), des coups mats et puissants (« Resistance »), une sonorité sèche (« On My Own »), un frémissement subtil (« Same Girl »), des frappes en finesse (« Merry-Go-Round »), un foisonnement (« Moon Glow »), un carillon ou un battement rock (« Love Charlatan »), et son sens du groove fait monter la tension (« Manifesto »). Si Rogers se montre plutôt doux (« On My Own ») et poétique (« Moon Glow »), cela ne l’empêche pas de se lancer dans des développements véloces (« Manifesto ») et entraînants (« On My Own »). Après une introduction solennelle en spoken words, Gouveia interprète « Same Girl » dans une veine rock alternatif.

Jeff Herr Corporation brouille les pistes en mixant des éléments rock-funk, des ingrédients mainstream et des improvisations free : Manifesto est un disque dynamique et malin !

Liste des morceaux

01. « Steam Driven » (7:34).
02. « On My Own » (12:07). 
03. « Resistance » (5:50).
04. « Merry-Go-Round », Jeff Herr Corporation (2:07).
05. « Love Charlatan » (6:04).
06. « Same Girl », Newman (4:20).
07. « Moon Glow » (10:56).
08. « Manifesto » (7:27).

Tous les morceaux sont signés Jeff Herr Corporation, sauf indication contraire.

14 février 2021

Deux disques de Toine Thys

Il en faut plus qu’une crise sanitaire pour arrêter la créativité de Toine Thys ! Entre Liège Duets, DERvISH, Les Ventistes du Faso et ses trios, mais aussi Antoine Pierre’s Urbex, Crazy Men, Zouratie Kone Ensemble… le musicien bruxellois est toujours aussi actif. En novembre 2020 et en février 2021, Thys sort deux disques avec deux nouvelles formations : Orlando et Overseas...
 

Orlando
 

Thys a formé un nouveau quartet avec Maxime Sanchez au piano, Florent Nisse à la contrebasse et Antoine Pierre, compagnon de longue date, à la batterie. Le saxophoniste a baptisé ce groupe Orlando, d'après le titre du roman de Virginia Woolf, publié en 1928. Le disque éponyme sort le 13 novembre 2020 chez Hypnote records.
 
Les dix compositions, signées Thys, sont accompagnées d'un dépliant avec dix photos de Gil Mirande qui illustrent les morceaux, libre à l’auditeur d’associer les images aux notes. Les élégants clichés évoquent Brassaï ou André Kertész par leur esthétisme (l’arbre, le surfeur, la tour Eiffel..), mais aussi, parfois, Robert Doisneau (les trois hommes et le chien, le mariage...).

Tour à tour chaloupées (« Orlando »), élégantes (« Forever Ago »), cinématographiques (« Bad Gang »), bluesy (« Gospel Simple »), néo-bop (« Survival Mode »), légères (« Vautour »), nostalgiques (« Romanian Circus », « Angel de la guarda »), dansantes (« Mandingue ») et orientalisantes (« La Dengue »), les mélodies de Thys ne manquent pas de charme. Fidèle à lui-même, Pierre en met partout (« Survival Mode »), avec une vivacité qui ne se dément pas (« Mandingue ») et une puissance contrôlée (« Vautour »). Ce qui ne l’empêche pas de rester mélodieux (« Orlando ») et de manier les balais avec douceur (« Romanian Circus »). Les chorus de Nisse impressionnent par leur musicalité (« Angel de la guarda ») et le beau timbre, grave et profond de la contrebasse (« Gospel Simple »). Ses ostinatos pénétrants (« Orlando »), riffs heurtés (« Bad Gang »), motifs sourds (« Mandingue ») et autres lignes minimalistes sombres (« Gospel Simple ») maintiennent le quartet sous tension. Ecouté notamment au sein de Flash Pig – quartet formé avec son frère jumeau, le saxophoniste Adrien Sanchez, le batteur Gauthier Garrigue et Nisse – Maxime Sanchez possède une jeu captivant : des dialogues pimentés avec la contrebasse (« Orlando ») aux échanges incisifs avec le ténor (« Bad Gang ») ou le soprano (« Vautour »), en passant par quelques traits bluesy (« Mandingue »), des déboulés véloces (« Survival Mode ») et un maniement habile des déséquilibres (« Orlando »)… Le piano est à la fête ! Thys alterne avec autant de bonheur le soprano, le ténor et la clarinette basse. Il jongle avec le son chaud et velouté de la clarinette (« Forever Ago »), en ajoutant des nuances de blues (« Gospel Simple ») ou des modulations orientales (« La Dengue »). Si c’est plutôt le côté virevoltant (« Survival Mode »), nerveux (« Bad Gang ») et dynamique (« Mandingue ») qui s’affirme avec le ténor, sa sonorité velouté sert à merveille la mélancolie (« Romanian Circus ») et les moments de délicatesse (« Angel de la guarda »). Quant au soprano, il tourbillonne avec beaucoup d’intensité (« Orlando ») et joue les trublions sur une rythmique caverneuse (« Vautour »).

A l’image de The End of Certainty (2012), Grizzly (2015) et The Optimist (2019), tous les trois sous son nom, Orlando est une ode à la vitalité !
 
Le disque
 
Orlando
Toine Thys's Orlando
Toine Thys (sax, bcl), Maxime Sanchez (p), Florent Nisse (b) et Antoine Pierre (d).
Hynote Records - HR016
Sortie le 13 novembre 2020
 
Liste des morceaux
 
01. « Orlando » (06:41).
02. « Forever Ago » (06:04).
03. « Bad Gang » (05:12).
04. « Gospel Simple » (04:39).
05. « Survival Mode », Pierre (05:03).
06. « Vautour » (04:20).
07. « Romanian Circus » (03:56).
08. « Mandingue » (06:24).
09. « Angel De La Guarda », Nisse (05:50).
10. « La Dengue » (03:22).
 
Tous les morceaux sont signés Thys, sauf indication contraire.
 

Tamam Morning - Overseas

 
En 2017 Toine Thys et le oudiste Ihab Radwan montent une première mouture d’Overseas. C’est en 2019 que la formation trouve son équipage de croisière avec Annemie Osborne au violoncelle, Ze Luis Nascimento aux percussions et Harmen Fraanje au piano. Tamam Morning sort le 19 février 2021 chez Igloo Records.

Thys apporte six compositions et Radwan, trois. « Memory of the Trees » donne le ton du disque. Morceau vif et dansant, il joue sur la majesté du violoncelle, le foisonnement des percussions, la crépitement de l’oud et l’agilité du soprano. La suite « Istanbul Kidz » se décline en trois parties qui évoquent la Sublime Porte : « Bosphorus », « Tarlabasi » et « Sufi ». Après une introduction chaloupée de l’oud et du violoncelle sur une rythmique frémissante, le piano, bientôt rejoint par le soprano, dépeignent avec emphase le Bosphore, dans une ambiance hypnotique, portée par Osborne en pizzicato, les motifs de Radwan et les splash de Nascimento. A l’image du quartier éponyme d’Istanbul, « Tarlabasi » se déroule dans une atmosphère surchauffée : percussions galopantes, soprano virevoltant, oud véloce et contre-chants tourbillonnants ! L’environnement dense de « Sufi » est marqué par un riff de l’oud et les bruitages du violoncelle et du soprano, avec des tambours enveloppants. « Cross My Border » démarre dans un style arabe, mis en valeur par l’ostinato d’Osborne, les syncopes dansantes de Nascimento et les modulations chaleureuses de Radwan, auxquelles répondent les contrepoints de Thys. Quand le morceau traverse la frontière, il se retrouve dans un décor plutôt rock progressif puissant… Le climat mystérieux qu’installent l’oud, le piano et le violoncelle va comme un gant à « Hollywood Catacombs ». Le discours de la clarinette basse reste dans le même esprit, avant que le quintet ne fasse monter la pression. Dans l’ensemble, les morceaux sont structurés autour de différents tableaux, un peu comme des mosaïques sonores. « Seven Angels » est un thème-riff introduit à l’unisson par le ténor, l’oud et le violoncelle sur une rythmique régulière et entraînante. Le chorus d’Osborne combine musique médiévale et orientale et sert de point de départ à un emballement général, avec Radwan qui double à la voix les lignes de l’oud et Thys qui prend un solo furieux. Dans « Giacomo Casanova », les phrases sinueuses et très musique classique du violoncelle contrastent avec le staccato de l’oud. Dans un deuxième temps, tandis que Nascimento continue de faire danser ses rythmes, la clarinette basse discute élégamment avec l’oud, qui finit par un discours bluesy du plus bel effet. Court et solennel, « Circling » s’appuie sur les trémolos de Radwan, l’unisson d’Osborne et de Thys et les cymbales de Nascimento. « Longa Nekriz » s’ouvre sur une pédale de l’oud, des motifs cristallins du piano et des clochettes. Le soprano commence par dérouler une mélodie ondulante et délicate, puis le quintet décolle à l’unisson et laisse Radwan soliloquer sur le bourdon du violoncelle et les chœurs du soprano. Nascimento conclut par un chorus sur les peaux. Le morceau-titre, signé Radwan, est apaisé : pendant que le violoncelle et les percussions maintiennent une pulsation tranquille, la clarinette basse joue des lignes chaloupées mises en valeur par sa sonorité velouté, l’oud et le piano dialoguent en contrepoints et Fraanje propose un solo bien inspiré, dans une veine contemporaine.

Savoureux cocktail de musique arabe et de jazz, Tamam Morning est un élixir à mettre entre toutes les oreilles et à écouter sans modération !

Le disque
 
Tamam Morning
Overseas
Ihab Radwan (oud), Toine Thys (ss, st, bcl), Annemie Osbourne (cello) et Ze Luis Nascimento (perc), avec Harmen Fraanje (p).
Igloo Records - IGL
Sortie le 19 février 2021
 
Liste des morceaux
 
01. « Memory Of The Trees » (5:13).
02. « Istanbul Kidz (part 1) / Bosphorus » (3:33).
03. « Istanbul Kidz (part 2) / Tarlabasi » (4:20).
04. « Istanbul Kidz (part 3) / Sufi » (1:08).
05. « Cross My Border » (5:17).
06. « Hollywood Catacombs » (6:58).
07. « Seven Angels », Radwan (7:30).
08. « Giacomo Casanova » (5:02).
09. « Circling » (2:12).
10. « Longa Nekriz », Radwan (7:28).
11. « Tamam Morning », Radwan (5:03).
 
Tous les morceaux sont signés Thys sauf indication contraire.

 

09 mars 2019

Sur le quai en février...


Seul à la barre de Jazz à bâbord, il n’est malheureusement pas possible d’embarquer tous les disques qui veulent lever l’ancre chaque mois ! Voici ceux qui, pour l'instant, sont restés à quai en février…

La Belle Vie
Bex Catherine Romano
Emmanuel Bex (org), Philip Catherine (g) et Aldo Romano (d)
Sunset Records – SUN025
Sortie le 1er février 2019







The Optimist
Toine Thys Trio
Toine Thys (ts, ss, bcl), Hervé Samb (g), Sam Yahel (org) et Karl Jannuska (d)
Igloo Records – IGL304
Sortie le 1er février 2019






Aksham
Elina Duni (voc), David Enhco (tp), Marc Perrenoud (p), Florent Nissse (b) et Fred Pasqua (d)
Nome
Sortie le 1er février 2019






Beat
Caroline Sentis (voc), Matthieu Chédeville (ss), Armel Courrée (as), Jérôme Dufour (ts), Pascal Bouvier (tb), Daniel Moreau (kbd), Samuel Mastorakis (vib), Alfred Vilayleck (b) et Julien Grégoire (d)
Neuklang – NCD4195
Sortie le 1er février 2019



Who Else?
Bjørn Berge
Bjørn Berge (voc, g), Dagny Christophersen (voc), Kjetil Ulland (b) et Odin Staveland, Kim Christer Hylland et Vidar Støyva (d)
Blue Mood Records – BMCD6548
Sortie le 1er février 2019





Path of Totality
Quinsin Nachoff’s Flux
David Binney (as), Quinsin Nachoff (ts, ss), Matt Mitchell (kbd), Kenny Wollesen (d) et Nate Wood (d), avec Jason Barnsley (org),  Carl Maraghi (bs, bcl), Dan Urness, Matt Holman (tp), Ryan Keberle, Alan Ferber (tb) et David Travers-Smith (kbd, synth).
Sortie le 2 février 2019
  



Thirty
Thomas Enhco
Thomas Enhco (p) et l’Ensemble Appassionato (dir. Mathieu Herzog)
Sony Music – 19075881432
Sortie le 15 février 2019







Django, les inédits
Christian Escoudé
Christian Escoudé, Jean-baptiste Laya (g), Antoine Hervier (org, p) et Guillaume Souriau (b), avec Stephy Haik (voc)
Cristal Records – CR277
Sortie le 22 février 2019







Un hibou sur la corde
Françoise Toullec
Gazul Records – GA8874
Sortie le 22 février 2019








Move On: A Sondheim Adventure
Cyrille Aimée
Cyrille Aimée (voc) avec Assaf Gleizner (p, kbd), Thomas Enhco (p), Jérémy Bruyère (b), Yoann Serra (d), Abraham Mansfaroll (perc), Adrien Moignard (g), Sébastien Giniaux (g), Ralph Lavital (g), Diego Figueiredi (g), Warren Walker (ts), Maxime Berton (ss), Patrick Bartley (as), Bill Todd (ts), Wayne Tucker (tp), Mathias Lévy (vl), Fung Chern Hwei (vl), Gregor Huebner (vl), Julie Goodale (a vl) et Rubin Kodheli (cello).
Mack Avenue Records – MAC1144
Sortie le 22 février 2019

Elastic Borders
Etienne Manchon Trio
Etienne Manchon (p, kbd), Clément Daldosso (b) et Théo Moutou (d), avec Pierre de Bethmann (kbd), Pierre Lapprand (ts) et Ossian Macary (tb)
Sortie le 22 février 2019