2 mai 2015

A la découverte de… Jean-Marc Larché

Que ce soit avec le Tarkovsky Quartet ou l’Yves Rousseau 4tet, Jean-Marc Larché promène ses saxophones dans des projets qui flirtent avec la musique contemporaine…

La musique

J’ai une dizaine d’années. Mes voisins sont musiciens amateurs, passionnés de jazz New-Orleans. C’est l’été, cette musique qui s’échappe par toutes les fenêtres de leur grande maison me subjugue. Attrait irrésistible qui motive notre inscription, mon frère et moi, à l’école de la fanfare municipale.

Après une année de solfège, je choisis la clarinette, mais aucune n’est libre. Mon frère, qui a découvert le saxophone sur une photo du dictionnaire, a plus de chance... Son instrument, pourtant vétuste, me séduit immédiatement. Je me mets à en jouer passionnément, du matin au soir ! Tant et si bien que lorsqu’une clarinette est enfin disponible, on conseille à mon frère de la prendre et de me laisser le saxophone…

A douze ans, je fais donc partie de la fanfare municipale de Baume les Dames et, à seize ans, je m’inscris au Conservatoire National de Région de Besançon. A vingt-et-un ans je suis admis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, dont je sors à deux ans plus tard ans avec un premier prix de saxophone. Parallèlement à ces études exclusivement classiques, j’ai toujours pratiqué le jazz et l’improvisation, en dehors (et quelquefois en cachette !) des institutions...

Au début je joue du jazz de façon très empirique avec mes voisins qui ont accepté le débutant que je suis. Nous jouons du New-Orleans et du middle jazz et improvisons d’oreille. En arrivant à Besançon, je rencontre le guitariste Patrice Thomas. Il m’ouvre à d’autres courants du jazz, plus modernes, et me fait partager ses connaissances harmoniques. Très vite, la pénurie de musiciens à Besançon nous a poussés vers la capitale pour monter nos premiers projets professionnels. C’est à ce moment-là que je rencontre, entre autres, les frères Méchali, Martial Solal, Michel Edelin et, un peu plus tard, François Couturier.

A cette époque, peu après le CNSM, dont l’enseignement ne m’a pas laissé que de bons souvenirs, je suis en pleine recherche d’un son et d’un phrasé délibérément opposés aux attentes du conservatoire… François me fait prendre conscience que mon expérience, assez originale pour l’époque, est bien plus une richesse qu’un fardeau et que je ne dois pas la renier. Il fut dire qu’à l’alto, je suis un peu prisonnier des modèles inaccessibles que j’ai tellement écoutés et imités. La découverte du soprano m’ouvre l’horizon et me tend une page presque vierge…

Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Une musique conviviale et fédératrice, une musique qui s’ouvre à toutes les musiques, se nourrit de toutes les musiques…

Pourquoi la passion du jazz ? Parce que le jazz est multiple et protéiforme.

Où écouter du jazz ? Ecoute-le les yeux fermés, sans rien faire d’autre... À la maison ou en concert, ce qui compte, c’est la disponibilité, la concentration et / ou l’abandon. Peu de gens écoutent vraiment…

Comment découvrir le jazz ? Se laisser guider par un(e) passionné(e) généreux(se) qui a l’esprit ouvert…

Une anecdote autour du jazz ? Après avoir terminé sa première méthode de saxophone, faute d’avoir une autre, Charlie Parker la rejoue… à l’envers !

Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un âne : curieux et réfléchi, attentif et décidé, attachant et fiable…
Si j’étais une fleur, je serais trop éphémère…
Si j’étais un fruit, je serais de mon verger : une pomme de variété « grougnot », délicieuse et peu sensible aux maladies – rustique et sophistiquée – et de très bonne conservation !
Si j’étais une boisson, je serais forte et qui se bonifie avec le temps : un alcool de prune (distillation maison !).
Si j’étais un plat, je serais typé, régional ou exotique (ce qui revient au même).
Si j’étais une lettre, je serais A comme Anne ou, encore, Âne…
Si j’étais un mot, je serais silence pour sa sonorité et pour ce qu’il représente : un écrin rare et précieux qui rend possible la musique…
Si j’étais un chiffre, je serais plutôt un nombre : 1,618, le nombre d’or. Un nombre irrationnel pour une proportion idéal…
Si j’étais une couleur, je serais terre de sienne : j’adore la toscane !,
Si j’étais une note, je serais haut perchée, donc, plutôt aigu…

Les bonheurs et regrets musicaux

Que du bonheur : Music For A While, enregistré pour Emouvance, avec François Couturier et Jean-Louis Matinier.



Sur l’île déserte…

Quels disques ? Les Cantates pour alto de Jean-Sébastien Bach par Andreas Scholl et Philippe Herreweghe, les Psaumes pour la repentance d’Alfred Schnittke par Tonu Kaljuste et You Must Believe In Spring de Bill Evans… Que des chanteurs !

Quels livres ?  Prodige de Nancy Huston.

Quelles peintures ? Marc Chagall.

Quels loisirs ? Des loisirs manuels, comme le saxophone, mais pas volatil comme la musique ! Des loisirs concrets, palpables, durables (c’est mon côté terrien) : la menuiserie, l’agriculture, la restauration de ma maison…

Les projets

Il y a d’abord un nouveau trio avec Edouard Ferlet et Kevin Seddiki. Ensuite, D’amour et de Folie, un projet très excitant d’Yves Rousseau pour saxophone soprano et chœur mixte, avec Microkosmos dirigé par Loïc Pierre. Et puis, un troisième opus du Tarkovsky Quartet avec mon ami François Couturier.

Trois vœux…

1.    Egoïstement : que le privilège de vivre de si précieux instants avec mes amis musiciens me soit donné pour longtemps.

2.    Plus généreusement : qu’il soit donné au plus grand nombre de gouter les délicieux bienfaits que procure la musique…

3.    Et d’avantage de musique pour un monde meilleur !