7 mai 2017

L’esprit de la danse au Triton

Yves Rousseau et Christophe Marguet sont sur les mêmes longueurs d’ondes musicales : ils jouent ensemble dans le quartet de Rousseau, Akasha, depuis la fin du vingtième siècle (hé oui !)… Leur nouveau projet est un quintet qu’ils ont monté ensemble et qui sort son premier opus le 12 mai 2017 chez Cristal Records : Spirit Dance.


Le concert de sortie du disque a lieu le 4 mai au Triton. Outre les co-leaders, le quintet est constitué de Fabrice Martinez (l’ONJ, Chut !, Supersonic…) à la trompette et au bugle, David Chevallier (Standards & Avatars) à la guitare et Bruno Ruder (Ricardo Del Fra, Magma, Radiation 10) au piano et au Fender Rhodes. Rousseau et Marguet reprennent les morceaux du répertoire de Spirit Dance dans l’ordre. Les deux compères se partagent les douze morceaux. La première partie est saisie sur le vif et la deuxième partie écoutée sur disque.


Le quintet s’appuie sur des mélodies claires (« Funambolo »), soignées (« Bleu nuit ») voire solennelles (« Pénombre », en souvenir des attentats du 13 novembre 2015). Spirit Dance porte bien son nom : les rythmes sont puissants (« Fragance ») et entraînants (« The Cat »). Marguet et Rousseau laissent beaucoup de place à leurs compagnons. Superpositions de voix (« Funambolo »), unissons de la trompette et de la guitare (« Fragance »), ostinatos du Rhodes (« Le vent se lève »), jeu avec les techniques étendues (« The Cat »), riffs robustes de la contrebasse (« Le vent se lève »)… : les interactions sont foisonnantes (« Le vent se lève ») avec leurs lots de chorus lyriques déjantés pour Martinez (« The Cat »), à tendance « guitar hero » pour Chevallier (« Le vent se lève ») et très cinématographique pour Ruder (« Bleu nuit »). Le son du quintet repose sur un mariage subtil entre l’électrique (la guitare, le Rhodes et quelques effets à la trompette) et l’acoustique, soutenu par un volume sonore costaud.


Même constatation pour les six autres morceaux : une attention particulière est portée aux mélodies (« Day Off ») et la musique reste dansante. Le quintet associe des ingrédients mainsteam – passage en walking et chabada dans « Light and Shadow » – à des éléments rock (« Charlie Haden »), des touches sud-américaines (« Spirit Dance »), des composants de musique minimaliste (« Marcheur ») et, toujours, ce grouillement des voix (« Fruit frais »). A noter la photo incongrue qui orne la pochette du disque : un danseur fort et poilu comme un ours court en emportant sur ses épaules une danseuse menue…


Si la musique du quintet de Marguet et Rousseau est davantage figurative qu’abstraite, elle reste inclassable. En tous cas, très cohérent du début à la fin, Spirit Dance s’adresse autant à l’esprit par ses constructions élaborées qu’au corps, par ses rythmes entraînants.