4 mai 2018

A la découverte de Fred Pasqua…


Le 25 mai Fred Pasqua sera au Sunset pour présenter Moon River, premier disque sous son nom, qui sort sur le label Bruit Chic. L’occasion de découvrir un batteur passionné…

La musique

Plusieurs étés de suite, ma mère et son ami allaient dans les bals pour danser… Je devais avoir six ou sept ans… Et lorsque j’ai vu une batterie pour la première fois, mais surtout entendu le son qui en sortait, j’ai tout de suite flashé… Un flash pour la vie ! Je me mettais derrière la scène et j’observais, j’écoutais... J’étais vraiment fasciné par cet instrument !

J’ai commencé par l’apprentissage des percussions classiques au conservatoire de Salon de Provence. Il y avait une harmonie dans laquelle je pratiquais les timbales chromatiques et quelques petites percussions. Avec le temps, je suis passé à la batterie. Je ne jouais pas forcément ce qui était écrit sur les partitions, mais respectais la trame des morceaux… J’improvisais déjà beaucoup et j’aimais ça ! Par la suite, j’ai joué dans un groupe de rock, puis un autre et ainsi de suite…

Après ces quelques expériences, j’ai souhaité consacrer ma vie à la musique... J’ai donc rejoint l’école de batterie Nadia et Gilles Touché, à Aix en Provence. J’y ai découvert une méthode de travail, écouté beaucoup de musiciens, étudié des batteurs, bien sûr – Elvin Jones, Christian Vander – et vu beaucoup de concerts….
En parallèle j’ai joué dans plusieurs groupes, pas mal de musique électrique.

Au début des années quatre-vingt, ma Mère avait un disque vinyle de Dave Brubeck et son quartet. Ils jouaient la musique de West Side Story. J’adorais le son de ce disque et l’écoutais très souvent... En fait le jazz est venu à moi comme une évidence : le désir de jouer des choses plus acoustiques, avec un autre son... C’est comme ça que j’ai acheté ma première Gretsch : une batterie défraîchie avec des vieilles cymbales. Et je me suis mis à travailler différemment. Vander, Jones, Tony Williams, Miles Davis, Milton Nascimento, Maurice Ravel… et beaucoup d’autres musiciens m’ont influencé… Aujourd’hui, j’écoute attentivement le batteur, tromboniste, pianiste et compositeur Tyshawn Sorey.

Rencontrer des musiciens tels que Robin Nicaise, Yoni Zelnik, Yoann Loustalot, Sandro Zerafa, Romain Pilon… a également été décisif : ils m’ont donné envie de monter sur Paris ! Maintenant, depuis plus de dix ans, je vis pleinement mes tentations musicales !... Dans de nombreux projets, et je les assume de plus en plus. Tout cela m’a permis d’enregistrer mon premier disque sur le label Bruit Chic avec une formation qui me touche particulièrement : Loustalot, Nelson Veras, Zelnik, Laurent Coq, Adrien Sanchez, Nicaise, Jean Luc Di Fraya… et, désormais, je partage ma vie entre Paris et Marseille…



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ?  La liberté dans un cadre… C’est un peu comme les saisons d’une série qui défilent : avec plein d’aventures à l’intérieur ! Mais les cadres évoluent et, parfois, les formes peuvent devenir très complexes... Le Jazz est en perpétuel évolution. Dès lors qu’on l’accepte, cette musique offre une grande ouverture sur le monde.

Pourquoi la passion du jazz ?  Cette musique a une longue histoire… Toute une tradition qu’il est impossible de contourner et c’est passionnant !... Plus je vieillis, plus je retourne en arrière… pour mieux avancer ! Par ailleurs, l batterie est liée au jazz et elle a évolué avec cette musique… Ensuite, il y a l’improvisation dans des formes établies, être le plus libre possible dans une histoire… Faire entendre son histoire, s’amuser avec, prendre des risques… C’est d’autant plus passionnant que l’on s’efforce de respecter les codes de cette musique… J’aime ces instants quand les musiciens communiquent bien entre eux, cette sensation de communion quand le groupe est réactif à ce que vous proposez et vice et versa… Quand la musique devient autre chose. Ce n’est plus mécanique, mais plutôt des effleurements entre les instruments, des dynamiques particulières… Il est difficile d’exprimer tout ça ! Il faut chercher et pratiquer dans ce sens pour ressentir ces sensations...

Où écouter du jazz ? Si je veux vraiment écouter du jazz avec attention, ce sera chez moi, sur mon canapé, devant ma chaîne stéréo... Sinon, un peu dans la voiture et, quand je suis en déplacement, au casque…

Comment découvrir le jazz ? Il faut en écouter en club et sur vinyle... Le vinyle, mais pas les rééditions, respectent la couleur du jazz : écoutez Out To Lunch d’Eric Dolphy en CD, puis mettez le vinyle derrière… On gagne tout un spectre de fréquences qui n’existent pas sur CD, notamment pour les cymbales… Le vinyle respecte les dynamiques !... Mais bon, rien de mieux que d’aller voir des concerts, dans les clubs. Si possible dans les petits endroits, où les musiciens jouent acoustique, sans micro... Je n’ai rien contre les festivals, bien sûr, mais le son est souvent « abimé » par les micros, sauf, évidemment, quand les ingénieurs du son connaissent cette musique et savent comment la restituer, sans jamais forcer.

Une anecdote autour du jazz ? Je n’en connais pas vraiment… Sauf celle du contrebassiste Ira Coleman qui m’a dit un jour qu’il avait mis trois mois avant d’arriver à jouer avec Tony Williams : il avait toujours l’impression de se prendre un trente-huit tonnes sur la tête lorsque Tony commençait à jouer… Finalement il avait fini par trouver sa place et il l’a gardée….


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un sanglier,
Si j’étais une fleur, je serais une orchidée,
Si j’étais un fruit, je serais une banane,
Si j’étais une boisson, je serais du vin rouge,
Si j’étais un plat, je serais une omelette berbère,
Si j’étais une lettre, je serais A,
Si j’étais un mot, je serais volonté,
Si j’étais un chiffre, je serais 13,
Si j’étais une couleur, je serais noir,
Si j’étais une note, je serais sol,




Les bonheurs et regrets musicaux

A ce jour mon disque Moon River est mon plus grand bonheur musical ! Je regrette de ne pas savoir écrire correctement la musique et, surtout, de ne pas arriver à  retranscrire tout ce que j’entends, mais je m’y mets…


Sur l’île déserte…

Quels disques ?  Nefertiti de Miles Davis, Equality: Alive at MPI de Nasheet Waits, Pursuance de Kenny Garrett, Dharma Days de Mark Turner, Black Codes (From The Underground) de Wynton Marsalis, Puttin’ It Together d’Elvin Jones, Unspoken de Matt Brewer, Bill Frisell, Dave Holland, Money Jungle de Duke Ellington, Ella et Louis… et bien d’autres! La liste serait trop longue !

Quels livres ? Les chaussures Italiennes de Henning Mankell.

Quels films ?  Mad Max 1 de George Miller, Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola, Rencontre du troisième type de Steven Spielberg, Sur la route de Madison de Clint Eastwood, La grande évasion de John Sturges, Le Corniaud de Gérard Oury, L’homme de Rio de Philippe De Broca, Three Billboards de Martin McDonagh, Little Big Man d’Arthur Penn

Quelles peintures ? Les peintures de Francis Bacon.

Quels loisirs ? Partir avec ma compagne, découvrir des endroits et s’y perdre… Et se faire des bonnes bouffes avec des bons vins !


Les projets

Tout d’abord, je veux vivre à fond la sortie de mon disque Moon River et pouvoir jouer sur scène autant de fois que possible avec ce groupe… En tant que sideman, je veux continuer l’aventure avec le quartet Lucky Dog, le trio Aérophone de Loustalot et Glenn Ferris, le trio et le quartet de Pilon, Les quatre vents, le quartet de Simon Martineau, un guitariste des plus prometteurs, rejouer avec le saxophoniste Walter Smith III… Et, au mois de mai et Juin, faire une belle tournée en Russie avec le groupe Old And New Song… Sinon, je veux aussi transmettre le peu que je connais... J’ai eu récemment une belle expérience au conservatoire de Bobigny : deux belles journées de travail avec les élèves de la classe de jazz, organisées par le guitariste Maxime Fougères.


Trois vœux…

1. Faire un 2ème disque.
2. Avoir un pied à terre plus grand à Paris que mes quinze mètres carrés actuels... Mais faut pas rêver !
3. Que l’on soit moins « bête » sur cette planète...