18 mars 2026

Arada - Eténèsh Wassié Trio

Chanteuse éthiopienne,
Eténèsh Wassié rencontre le groupe toulousain Le Tigre (des platanes) en 2006 lors d'un festival d'éthio-jazz à Addis-Abeba. Ils enregistrent ensemble Zèraf ! qui sort chez Buda Music en 2008. La chanteuse et Mathieu Sourisseau, ex-bassiste du Tigre (des platanes), continuent de coopérer sur Belo Belo (2010) et Yene alem (2018), accompagnés de combos à géométrie variable. Pour Arada, leur quatrième disque en commun publié le 20 mars 2026 sur le label Mr Morezon, Wassié et Sourisseau font appel au contrebassiste Sébastien Bacquias, avec le batteur Fabien Duscombs (également membre du Tigre (des platanes) et le violoniste Mathieu Werchowski.

Les dix morceaux au programme d'Arada ont été composés par Sourisseau, arrangés par le trio, mis en paroles par Wassié à partir de chants éthiopiens traditionnels et ils respectent le format chanson, à savoir une durée moyenne de quatre minutes. Le chant de Wassié rappelle souvent celui des griots comme, par exemple, le récitatif a capela de « Akalé ». Souvent déclamatoire (« Etetou »), incantatoire (« Belou Endji »), forte et perçante (« Cheguitou »), la voix de Wassié est d'une expressivité exacerbée, comme les jeux de bouches, les souffles et autres expirations dans « Yené Alem », une sorte de blues violent. Les variations comportent de nombreuses modulations (« Arada ») aux couleurs moyen-orientales (« Tezeta »). Wassié passe aussi d'une prière solennelle (« Antchi Hoyé ») à des vocalises rapides et intenses (« Etetou ») ou un duo intimiste avec la guitare basse (« Be Shewa »), qui évoque presque davantage les Indiens d'Amérique que les Amharas d'Ethiopie... Toujours plutôt denses (« Yené Alem »), les ambiances sont tour à tour majestueuses, a fortiori quand la contrebasse et le violon sont joués à l'archet (« Tezeta »), entraînantes (« Belou Endji »), théâtrales (« Antchi Hoyé »), mais aussi ethio-jazz, portées par le chœur des basses et la batterie déchaînée (« Antchi Hoyé »), voire même rock alternatif (« Etetou ») ou free (les embardées du violon dans « Yené Alem ») ! Pour accompagner Wassié, le quartet installe des polyrythmies entraînantes (« Cheguitou ») et répétitives (« Etetou »), avec des riffs (« Tezeta »), boucles (« Arada »), ostinatos (« Belou Endji »), pédales (« Antchi Hoyé »), jouées à l'unisson (« Etetou ») ou en contrepoints (« Belou Endji ») par les cordes. Pour parfaire le décor, la batterie ajoute ses roulements vifs (« Belou Endji »), ses frappes luxuriantes (« Yené Alem ») et sa puissance foisonnante (« Antchi Hoyé »).

Les chants d'Arada ressemblent à des poèmes mis en musique, que Wassié et ses compères électrisent !

Le disque

Arada
Eténèsh Wassié Trio
Eténèsh Wassié (voc), Sébastien Bacquias (b) et Mathieu Sourisseau (bg), avec Fabien Duscombs (d) et Mathieu Werchowski (vl).
Mr Morezon - Mr Morezon 42
Sortie le 20 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Tezeta » (4:43).
02. « Cheguitou » (3:38).
03. « Yené Alem » (3:01).
04. « Arada » (3:24).
05. « Belou Endji » (4:17).
06. « Sela » (3:25).
07. « Antchi Hoyé » (5:24).
08. « Etetou » (3:56).
09. « Be Shewa » (4:47).
10. « Akalé » (4:00).

Tous les morceaux sont signés Sourisseau.
 

 

Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook - Jean Michel Lamazou

Jean Michel Lamazou
est à la fois chanteur et producteur de musique. Le 20 mars 2026, il publie le premier volume d'une trilogie consacrée aux songbooks emblématiques du jazz. Enregistré dans les Blackbird Studios à Nashville, aux Etats-Unis, Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook est produit par Bryan Clark et sort chez JazzPhonic Records.

Lamazou se fait accompagné par un quintet composé de Marc Campo à la guitare (Michel Zenino, Philippe Soirat, Didier Ithursarry, Jacques Vidal...) et de musiciens établis à Nashville habitués des Blackbird Studios : Chris West aux saxophones soprano et ténor, Mike Rojas aux claviers, Brian Allen à la basse et Wes Little à la batterie. Les dix morceaux du répertoire sont évidemment tous des tubes de Porter.

Quatre ballades sont interprétées dans un style bossa nova (« I've Got You Under My Skin », « But Not For Me », « Just One Of Those Thing » et « Let's Do It ») et les six autres restent dans l'esprit de Broadway. Reprises à la lettre, les mélodies sont servies par le timbre chaud (« I've Got You Under My Skin »), parfois légèrement feutré (« Night & Day »), voire soyeux (« Easy To Love ») de Lamazou. D'une régularité sans faille (« But Not For Me ») Allen et Little forment une paire rythmique harmonieuse : balais caressants et lignes placides (« Night & Day »), chabada frémissant et walking souple (« What Is This Thing Called Love ») parfois parsemée de shuffle entraînants (« Easy To Love »), motifs chaloupés (« C'est magnifique ») et swing garanti (« Just One Of Those Thing »). Le saxophone, la guitare et le piano soulignent le chant avec élégance (« You'd Be So Nice To Come Home To ») en superposant des contrepoints délicats (« I've Got You Under My Skin ») sur la voix de Lamazou. La structure des morceaux suit le schéma couplets - solos - couplets. Les solos de West sont limpides (« What Is This Thing Called Love »), dans une veine shouter (« You'd Be So Nice To Come Home To ») ou aérien (« Just One Of Those Thing »). Campo fait danser sa guitare (« I've Got You Under My Skin »), avec une approche néo-bop (« What Is This Thing Called Love ») décontractée (« But Not For Me »). Rojas est parfaitement en phase avec Campo et son piano enjoué (« Let's Do It ») s'inscrit également dans une lignée bop (« You'd Be So Nice To Come Home To »). Les chorus d'Allen naviguent entre musicalité (« Easy To Love ») et rythme (« What Is This Thing Called Love »). Quant à Little, il n'est jamais démonstratif et ses stop-chorus sont courts et véloces (« C'est magnifique »).

Porté par un quintet irréprochable, le crooner Lamazou peut chanter The Cole Porter Songbook à plaisir...

Le disque

Tradition Vol 1 The Cole Porter Songbook
Jean Michel Lamazou
Jean Michel Lamazou (voc), Chris West (sax), Marco Campo (g), Mike Rojas (p, kbd), Brian Allen (b) et Wes Little (d).
JazzPhonic Records
Sortie le 20 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Night & Day » (4:02).
02. « I've Got You Under My Skin » (4:31).
03. « What Is This Thing Called Love » (4:06).
04. « But Not For Me » (4:21).
05. « Easy To Love » (3:47).
06. « You'd Be So Nice To Come Home To » (4:44).
07. « Just One Of Those Thing » (6:18).
08. « C'est magnifique » (3:38).
09. « Let's Do It » (3:20).
10. « Ev'ry Time We Say Goodbye » (2:30).

Tous les morceaux sont signés Porter.
 

Etat d'âme - Kristof Négrit

Une famille de musiciens et une enfance en Guadeloupe bercée par les rythmes
des Caraïbes, zouk, konpa, biguine, gwoka... prédisposent Kristof Négrit à jouer de la batterie ! Après être passé par la FNEIJMA et le Conservatoire de Jazz de Tourcoing, il monte le quartet Kristof Négrit Experiment qui publie son premier disque, le bien nommé My First, en 2022.

En compagnie d'Illyes Ferfera au saxophone ténor, Julian Caétano au piano et Zacharie Abraham, plus Julianis Négrit aux percussions et Marie Céline Hanquez à la voix, Négrit sort Etat d'âme le 13 mars 2026 chez K'ribéen. Négrit a composé les huit morceaux, en s'associant pour certains avec Xavier Belin, Rudy Boa ou Sylvain Ransy.

La plupart des mélodies d'Etat d'âme sont des thèmes-riffs (« Pani on sèl chimen ») dansants (« Dézékilib ») exposés en chœur (« My First »). « Yéla ! Bwa Jolan » et « Lorsque Loïse s'endormira... » commencent plutôt comme des berceuses, avec, d'ailleurs, des gazouillements et pleurs d'enfant, mais elles ne le restent pas longtemps des chansons douces ! Quant à « Interlude état d'âme », c'est un texte poétique déclamé en douceur. Les développements laissent la part belle aux mouvements d'ensemble (« Mès' 8 ») avec une alternance d'unissons et de contre-chants (« Dézékilib ») et des interactions inspirées comme, par exemple, entre le piano et le saxophone ténor dans « Pani on sèl chimen ». Volontiers lyriques (« My First »), les contrepoints sinueux de Ferfera (« Yéla ! Bwa Jolan ») sont mis en relief par sa sonorité douce et velouté (« Mès' 8 »). Le piano harmonieux de Caétano (« Dézékilib ») navigue entre des interventions mélodico-rythmiques (« My First »), des dialogues piquants entre ses deux mains, auxquels se joint la voix suave du saxophone ténor (« Yéla ! Bwa Jolan »), et des phrases tendues (« Pani on sèl chimen »). La contrebasse d'Abraham, élégante et entraînante (« Etat d'âme »), maintient une carrure solide (« Pani on sèl chimen ») et une pression constante (« Yéla ! Bwa Jolan »). Négrit nage comme un poisson dans l'eau avec les poly-rythmes (« Etat d'âme »). Ses crépitements énergiques (« My First ») et autres cliquetis foisonnants (« Dézékilib ») font danser la musique (« Mès' 8 »), sans étouffer ses compères. D'ailleurs, plutôt que d'être des démonstrations de vélocité, ses stop-chorus mettent l'accent sur la mélodie (« Dézékilib »).

Etat d'âme est un cocktail d'autant plus savoureux de jazz et de musique caribéenne que Négrit et son quartet ont une sonorité personnelle séduisante.

Le disque

Etat d'âme
Kristof Négrit
Illyes Ferfera (ts), Julian Caétano (p), Zacharie Abraham (b) et Kristof Négrit (d, perc), avec Julianis Négrit (perc) et Marie Céline Hanquez (voc).
K'ribéen
Sortie le 13 mars 2026

Liste des morceaux

01. « Etat d'âme », Négrit & Belin (5:49).
02. « Pani on sèl chimen », Négrit & Boa (5:40).
03. « Yéla ! Bwa Jolan », Négrit (6:14).
04. « My First » Négrit & Ransy (4:06).
05. « Interlude état d'âme », Négrit (1:14).
06. « Dézékilib », Négrit & Ransy (5:29).
07. « Mès' 8 », Négrit & Belin (5:43).
08. « Lorsque Loïse s'endormira... », Négrit (1:44).
 

 

Vertiges de la mue - L'oiseau ravage

L'oiseau ravage est
le duo de la saxophoniste, percussionniste, chanteuse et actrice Charlène Moura (Uzeste Musical, Love Zone, Cie La Muse, Anticyclone Trio...) et du pianiste, chanteur et acteur Marek Kastelnik (Théâtre du jour, Conservatoire de Bordeaux, Méchant Machin, Anticyclone Trio...). Après Déplumé publié en 2022, L'oiseau ravage sort Vertiges de la mue le 20 février 2026 sur leur label, Le bruit du vent dans les arbres.
 
Les neufs morceaux du disque ont été composés par le duo et c'est L'aigle blessé de Rosa Bonheur qui illustre les Vertiges de la mue.
 
Après un carillon cristallin et des crissements, « La cérémonie » démarre entre lyrisme et musique contemporaine. Les notes éparses et une pédale ample du piano esquissent une phrase mélodique que le saxophone alto reprend sur un ostinato obsédant de Kastelnik. A l'image de la musique minimaliste, les boucles du piano se resserrent lentement tandis que Moura se déchaîne peu à peu dans des envolées free. Le deuxième mouvement commence avec des pépiements d'oiseaux, les cordes du piano qui résonnent comme celles d'une harpe et le souffle de la saxophoniste qui siffle comme le vent. Dans ce décor de volière le piano brode une mélodie sur un ostinato implacable et une batterie sourde et régulière. Le duo monte le volume et la tension avec des vocalises lyriques haut perchées, des motifs entêtants du piano, du scat rythmique et une batterie binaire dans un style rock... Les deux voix s'unissent pour un final plein d'humour juste accompagnées par les tintinnabulements du piano.
 
C'est une ambiance rock progressif, voire punk, qui enveloppe « Rosa Bonheur ». La mélodie nostalgique déroulée par Kastelnik est accompagnée des roulements  immuables de la batterie, du chant et des envolées lyriques de Moura, qui passe ensuite au saxophone alto, avec le piano en contre-chant, avant un final fougueux.
 
Thème-riff entraînant, « Faucon toucan » s'inspire derechef des boucles répétitives chères à la musique minimaliste. Soutenu par les accords dansants du piano, le saxophone alto se lance dans des lignes sinueuses et quand la batterie revient dans le jeu, le morceau se tend brutalement. Moura et Kastelnik n'arrêtent pas de jongler avec le suspens dans la construction de leurs morceaux.
 
Les phrases vaporeuses du saxophone alto a capela vont comme un gant à « Reflets iridescents en apesanteur ». Le thème s'apparente à une ode. Le piano s'en empare et le fait swinguer sur fonds de gazouillis. Le discours écorché du saxophone alto, les ostinatos et les lignes touffues du piano, les splash monumentaux de la batterie... tout concourt a créer un climat intense.
 
Avec « Piou » le duo rapproche jazz, musique contemporaine et musique du monde : le piano préparé sonne comme un cordophone et les phrases heurtées du saxophone alto se mêlent aux motifs rythmiques, qui se croisent dans tous les sens.
 
Sur des bruissements et autres effets aériens, Moura et Kastelnik sifflent de concert « Poule d'or ». Les vocalises à l'unisson ou en contrepoint du piano, la batterie binaire et le chant lointain sont très cinégéniques, un peu à la Ennio Morricone... Le morceau, comme la plupart des autres d'ailleurs, est fait de bonds et rebonds ! Son développement évoque une musique de pantomime folle dingue avec des roucoulements lyriques, un piano sautillant qui sonne comme dans un bastringue, une batterie crépitante et des effets sonores bizarroïdes. Quant au final, des nappes de voix douces et lyriques superposées à une pédale du piano, il rappelle à nouveau un peu Morricone.
 
La « Difficile extraction de l'œuf » débute par une succession de phrases courtes et fragiles jouées d'abord a capela par le saxophone alto, puis ponctuées par un piano parcimonieux et qui sonne encore comme un cordophone. Le saxophone alto lie peu à peu ses phrases, le piano assure la basse et la batterie s'immisce dans la partie. L'atmosphère se raidit rapidement avec les motifs staccato du piano, le foisonnement de la batterie et l'emballement du saxophone alto !
 
Des accords sautillants et entraînants du piano annoncent « La vie rêvée des aigles », puis le saxophone alto expose une mélodie ondulée. Le duo la déroule tranquillement jusqu'au moment où le piano retrouve le cirque et des effets bouffons en arrière-plan : sirènes, complaintes, souffles, claquements, vocalises... La conclusion est dans un style rock progressif avec le piano, emphatique ou délicat, qui répond aux vocalises rythmiques.
 
Le « Soleil de plumes » se balance avec mélancolie sous les doigts de Kastelnik. La batterie change la donne avec un démarrage binaire musclé, appuyé par les clameurs et chants de Moura, très expressionnistes, et le touché vigoureux du piano. Vertige de la mue se referme sur les caquètements d'une volière...
 
La musique de L'oiseau ravage est formidablement expressive et donne des vertiges de joie !

Le disque

Vertiges de la mue
L'oiseau ravage
Charlène Moura (as, voc, d, perc) et Marek Kastelnik (p, voc).
Le bruit du vent dans les arbres
Sortie le 20 février 2026

Liste des morceaux

01. « La cérémonie » (10:20).
02. « Rosa Bonheur » (03:32).
03. « Faucon toucan » (03:23).
04. « Reflets iridescents en apesanteur » (07:33).
05. « Piou » (03:23).
06. « Poule d'or » (06:15).
07. « Difficile extraction de l'œuf » (03:59).
08. « La vie rêvée des aigles » (04:03).
09. « Soleil de plumes » (04:10).

Tous les morceaux sont signés L'oiseau ravage.
 

 

Tales of Nar - Keyvan Chemirani

Aussi actif sur la scène des musiques du monde (Ballaké Sissoko, Juan Carmona, Françoise Atlan, Ross Daly...) et de la musique classique (Dominique Vellard, Jean Rondeau, Benoît Haller...) que du jazz (Yves Rousseau, Louis Sclavis, Jean-Marie Machado, Omar Sosa, Sylvain Luc, Joce Mienniel...), Keyvan Chemirani mène également une carrière de leader bien fournie : Tales of Nar, dixième albums sous son nom, sort le 6 février 2026 chez PeeWee!

En 2022 Chemirani monte The Modal Experience Ensemble. Pour Tales of Nar, ce groupe à géométrie variable est constitué de Bijan Chemirani, son frère, percussionniste et partenaire de toujours,  la violoniste japonaise Yvlin (rencontrée dans le Deutsche Oper Berlin, lors de la représentation de Negar, un opéra de Chemirani) et Benjamin Moussay aux claviers (ils ont joué ensemble dans le cadre du Trio Atlas de Louis Sclavis).

Nar signifie New Ancient Rhythms, allusion à New Ancient Strings, un disque de Toumani Diabaté et Ballaké Sissoko sorti en 1999... Au programme de Tales of Nar, cinq compositions de Keyvan Chemirani, quatre signées Bijan Chemirani, « La Cena Grande » de Moussay et « 117 » d'Yvlin, Moussay et Bijan Chemirani.

Tales of Nar commence par un hommage à l'abbaye de Royaumont où Chemirani a l'habitude d'être invité en résidence. Ce premier morceau, construit en deux tableaux, donne le ton : la musique sera rythmique, moderne, mais ancrée dans la tradition... L'introduction solennelle du piano peut rappeler l'esprit de la musique classique du début XXe. Avec les percussions frémissantes et souples, la pédale du violon et les notes éparses du piano, le déroulé est intense. Le deuxième tableau démarre sur un motif moyen-oriental puissant joué à l'unisson par le violon et le piano qui débouchent sur des modulations élégantes du violon accompagnées des doux roulements du zarb et du daf.

« Dar-é-Marmouz » compte également deux parties. C'est le lauto et le piano dans les cordes qui ouvrent le morceau. Sur un riff immuable, le violon et le santur lancent un thème-riff mélodieux aux couleurs orientales. La montée en puissance se fait par un mouvement d'ensemble autour du thème-riff. La porte mystérieuse (« Dar-é-Marmouz ») mérite bien la majesté de cette première partie... Dans la deuxième partie, les phrases aux consonances moyen-orientales pleine de swing du piano répondent aux motifs du lauto et des percussions, avec des interventions aériennes du violon.

Place au dîner avec « La Cena Grande » ! Après un démarrage harmonieux et subtil à souhait de Moussay, Yvlin prend la suite dans une veine rubato avec une léger vibrato et une bonne dose de lyrisme. Cette entame très cinégénique laisse place à une suite de triolets du violon repris par le piano sous forme de riff qui lance les percussions, luxuriantes et légères. Les voix et les rythmes s'entrecroisent pour une conclusion théâtrale.

Le duo de percussions de « Nour In The Place » alterne roulements secs et sourds et frappes à la résonance mate dans une explosion de rythmes qui fusent dans tous sens !

Une ambiance foisonnante énigmatique et des motifs rythmiques réguliers ouvrent « Bâ man o bâ to », avant que le violon n'expose une superbe mélodie nostalgique aux teintes moyenâgeuses. Sur un décor rythmique chatoyant et dansant, le violon et le piano dialoguent avec beaucoup de verve !

L'évocation de la ville italienne « Todi » commence par un piano contemporain expressif. Puis, sur un ostinato, la main droite trace des petites lignes reprises à l'unisson par le violon, toujours soutenues par des percussions pétillantes. Les cellules rythmiques s'entrelacent pendant que le violon et le piano passent de phrases sinueuses à des vagues de boucles, des questions-réponses et des unissons dans une ambiance sophistiquée.

Sur un riff régulier du lauto « 118 » fourmille du début à la fin avec une architecture complexe : des plans superposés, des boucles enchevêtrées, des riffs imbriqués les uns dans les autres, des vocalises rythmiques... Il y en a partout, et « 118 » reste entraînant à plaisir !

Un riff de piano et une mélodie legato du violon présentent « La robe de la mariée ». Violon, piano et percussions discutent finement. Yvlin fait monter la pression jusqu'à l'envol des percussions et du piano, avant un final dans une atmosphère contemporaine.

Pour le pessimiste (ou réaliste ?) « Le soleil se couche (sur cette civilisation) », les percussions sont graves, le thème est sombre et le développement imposant avec des échanges croisés de toute beauté entre le quartet.

Avec son introduction lente au piano, à laquelle répondent avec pudeur les percussions, le lauto et le pizzicato du violon, puis son déroulé profond basé sur une fusion des voix en suspension, « 117 » est spectaculaire !

En guise de conclusion, la comptine « Jasmine Lullaby » se mue en farandole, portée par un mouvement d'ensemble mélodieux, sautillant et doux, avec des touches folk et de l'humour...

La musique des frères Chemirani, d'Yvlin et de Moussay est juste belle et Tales of Nar est juste indispensable.

Le disque

Tales of Nar
Keyvan Chemirani
Yvlin (vl), Benjamin Moussay (p, kbd), Bijan Chemirani (perc) et Keyvan Chemirani (perc, santur).
PeeWee! - PW1020
Sortie le 6 février 2026

Liste des morceaux

01. « Royaumont », Keyvan Chemirani (7:10).
02. « Dar-é-Marmouz », Bijan Chemirani (7:27).
03. « La Cena Grande », Benjamin Moussay (7:24).
04. « Nour in the place », Keyvan & Bijan Chemirani (2:47).
05. « Bâ man o bâ to », Bijan & Myriam Chemirani (4:29).
06. « Todi », Keyvan Chemirani (5:58).
07. « 118 », Bijan Chemirani (6:25).
08. « La robe de la mariée », Keyvan Chemirani (3:43).
09. « Le soleil se couche (sur cette civilisation) », Keyvan Chemirani (4:07).
10. « 117 », Yvlin, Benjamin Moussay & Bijan Chemirani (2:29).
11. « Jasmine Lullaby », Bijan Chemirani (4:36).

 

Tilia - Paul Jarret

Paul Jarret
est présent sur tous les fronts : en solo, en trio avec Persona (Alexandre Perrot à la basse - Ariel Tessier à la batterie), Sweet Dog (Julien Soro au saxophone et claviers - Tessier) et Hémisphère (Karin Johansson au piano - Donovan Von Martens à la basse), en quartet avec EMMA (Hannah Tolf à la voix et percussions - Eléonore Billy au nyckelharpa - Etienne Renard à la contrebasse) et Ghost Songs (Julien Pontvianne au saxophone - Jozef Dumoulin aux claviers - Jim Black à la batterie), en quintet avec PJ5 (Maxence Ravelomanantsoa au saxophone - Jules Boittin au trombone - Perrot - Tessier) et en grand format avec les quatorze musiciens de l'Acoustic Large Ensemble... Sans compter les multiples coopérations tous azimuts !

Comme si cela ne suffisait pas, Jarret vient de monter un nouveau quartet européen, Tilia, dont le disque éponyme sort le 13 février chez BMC Records. Pour ce énième projet, le guitariste s'entoure de Philipp Gropper, au saxophone, Etienne Renard à la contrebasse et Sun-Mi Hong à la batterie. Les dix morceaux du répertoire sont signés Jarret. Du concis « From the Roots » au quasi mainstream « Branches », Jarret compose des mélodies variées : un rock (« Bark »), un air contemporain (« Ramificatio »), une ballade tranquille (« Buds »), un chant vaporeux (« Basswood »), un thème-riff descendant (« Laima »)... Tilia s'appuie sur des mouvements d'ensemble denses (« From the Roots »), qui évoquent parfois du rock prog (« Sap »), voire de la noise ou du punk (« Bark »), avec, la plupart du temps, des discours free de Jarret et de Gropper (« Baucis »). Ce qui n'empêche pas les développements plus sinueux et calmes (« Buds »), teintés de minimalisme (« Basswood ») ou de bruitisme, comme l'évocation du chant des baleines dans « Sap » ou les effets électriques dans « Ramificatio », et des ambiances étranges, à l'instar des successions d'unissons et de superpositions de voix dans « Branches ». Pour ses embardées brutales, le quartet peut compter sur la batterie déchaînée (« Bark »), foisonnante (« From the Roots ») et trépidante (« Sap ») de Hong, et la contrebasse profonde (« Buds »), sourde (« Baucis ») et imposante (« Laima ») de Renard.

Tilia est un disque de contrastes, fusion de jazz, de musique contemporaine, de free et de rock progressif... assemblage que Jarret maîtrise de bout en bout.

Le disque

Tilia
Paul Jarret
Philipp Gropper (ss, ts), Paul Jarret (g), Étienne Renard (b) et Sun-Mi Hong (d).
BMC Records - BMC CD 373
Sortie le 13 février 2026

Liste des morceau

01. « From the Roots » (5:08).
02. « Bark » (5:46).
03. « Buds » (2:09).
04. « Baucis » (6:05).
05. « Basswood » (2:29).
06. « Sap » (6:16).
07. « Laima » (7:24).
08. « Ramificatio » (5:53).
09. « Branches » (5:07).
10. « Basswood (reprise) » (1:42).

Tous les morceaux sont signés Jarret.

Retour aux notes de la marée... 

Consenso - SLR5

Voilà quarante ans que
Sal La Rocca promène sa contrebasse à travers le monde aux côté de musiciens très variés, tels que Steve Grossman, Lee Konitz, Nathalie Loriers, Toots Thielemans, Määk's Spirit, Anne Ducros, Denise King, Vaya Con Dios, pour n'en citer que quelques uns... Depuis Latinea (2003), La Rocca a publié It Could Be The End (2012), Dani Sings Billie (2015) et Shifted (2018).

Son cinquième album, Consenso, sort le 5 décembre 2025 chez Pavane Jazz. Il s'entoure de familiers de la scène du jazz belge : Steven Delannoye aux saxophones soprano et ténor, Phil Abraham au trombone, Igor Gehenot au piano et Umberto Odone à la batterie. Les neuf morceaux du répertoire de Consenso ont été composé par La Rocca.

« Consenso », le morceau-titre, reflète plutôt bien l'esprit de la musique de La Rocca : un thème-riff énergique exposé à l'unisson par le saxophone soprano et le trombone, une structure thème - solos - thème, des chorus tendus du saxophone soprano et du piano, une alternance de ligne souple et de walking rapide de la contrebasse, un chabada vif de la batterie et une tension constante portée par le swing du quintet. Mais Consenso ne peut pas se résumer qu'à un néo-bop dynamique...

« No Entiendo » et « Not Rated » sont aussi des thèmes-riffs joués en chœur. « Ritornello », qui porte bien son nom, est également un thème-riff astucieux, qui évolue en boucle. Avec ses contrepoints et ses unissons, le dansant « Freedom Of Thought » pourrait s'apparenter davantage à la West Coast. L'élégante « Chris's Faith » et la lyrique « Song For R.B. » sont deux ballades bopisantes. Quant à « Forgotten Life (For Nicole Donnay) », déroulé majestueusement, ce serait presque un hymne.

Contrebassiste souple et solide, La Rocca fait circuler les chorus et ne se met jamais en avant. Il prend juste un solo velouté dans « Song For R.B. » et joue l'introduction de « Freedom Of Thought » avec beaucoup de musicalité. Que ce soit au saxophone soprano ou ténor, Delannoye se montre inspiré avec des phrases véloces qui s'évadent (« No Entiendo ») et des lignes aériennes soyeuses qui font monter la pression (« Ritornello »), souvent dans une veine bop (« Not Rated » ). Abraham passe d'un chorus élégant (« Chris's Faith ») à des joutes avec le ténor un peu dans l'esprit de Sonny Rollins (« Freedom Of Thought »). Gehenot accompagne avec un bel à propos ses compères (« Chris's Faith ») et swingue sans faille (« No Entiendo »). Odone prend un chorus tumultueux dans « Consenso », mais met ses frappes groovy (« No Entiendo »), ses balais caressants (« Song For R.B. ») et ses motifs chaloupés (« Chris's Faith ») au service du quintet. Les interactions entre les membres du quintet coulent de source (« Chris's Faith »), ce qui rend la musique de SLR5 brillante.

Tous les ingrédients d'un néo-bop jubilatoire sont réunis dans Consenso et il serait dommage de s'en priver !

Le disque

Consenso
SLR5
Steven Delannoye (ss, ts), Phil Abraham (tb), Igor Gehenot (p), Sal La Rocca (b) et Umberto Odone (d).
Pavane Jazz - JDW3303
Sortie le 5 décembre 2025

Liste des morceaux

01. « Consenso » (07:42).
02. « Chris's Faith » (06:27).
03. « No Entiendo » (05:32).
04. « Ritornello » (04:21).
05. « Song For R.B. » (05:37).
06. « Intro (Freedom) » (01:12).
07. « Freedom Of Thought » (05:58).
08. « Forgotten Life (For Nicole Donnay) » (03:00).
09. « Not Rated » (03:24).

Tous les morceaux sont signés La Rocca.