Le 13 mars 2025 Le Comptoir programme le quinzième rendez-vous mensuel de Joce Mienniel et des instruments migrateurs. La règle du jeu est simple : le flûtiste invite des musiciens de tous horizons qui se rencontrent pour répéter le jour même et donnent leur concert dans la foulée.  |
Joce Mienniel – Musique au Comptoir – 13 mars 2025 © PLM
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Pour cette session Mienniel est entouré de Séverine Morfin à l’alto, Daouda Mangara au n’goni et Denis Colin aux clarinettes basse et contralto.
Les thèmes des morceaux font la part belle aux rythmes, d’un thème-riff (« Stéréométries ») à un motif dansant (« Oeuvre sans titre »), parfois teinté de blues quand le n’goni s’en mêle. Ils laissent quand même la place à des dialogues quasiment langoureux entre l’alto et la flûte (« Musique au Comptoir »), avec, souvent, des couleurs folk world. Côté section rythmique, l’alto joue des ostinato en pizzicato ou des motifs folk, tandis que le n’goni place ses riffs entêtants, la flûte fait tourner ses boucles mélodico-rythmiques et la clarinette basse aligne des lignes entraînantes. Dans les développements, la flûte et ses techniques étendues – ou l’harmonica (« Musique au Comptoir ») – empruntent les sentiers de la World Music. L’alto, très à son aise dans ses musiques ethniques, ne se prive pas pour faire des excursions dans la musique médiévale (« Stéréométrie »), la clarinette basse swingue en contre-chant (« Œuvre sans titre ») et dans des dialogues pimentés (« Musique au Comptoir »), tandis que le n’goni lui répond avec verve (« Œuvre sans titre ») ou place des contre-chants élégants (« Improvisation collective » en bis).
Comme dans chaque session, Mienniel laisse les musiciens jouer un morceau en solo a cappella pour présenter leur musique. Morfin part dans un chorus sombre et majestueux, avec des contrepoints qui évoquent la musique baroque. Mais, fait rarissime, la plaque de tête ou la tête de l’archet cèdent et la mèche avec, et elle doit s’interrompre… Ce n’est que partie remise, espérons-le, car son chorus était de toute beauté. Le solo de Mangara évoque le blues. Aidé par le public qui frappe des mains à sa demande, il alterne variations mélodiques et phrases rythmiques, ce qui donne l’effet d’avoir deux instruments en alternance. A la clarinette contralto, Colin prend son tour de chant sur « Samba e amo » de Chico Buarque. Colin transcende cette samba crépusculaire avec une sonorité ronde et grave, un swing contagieux et des lignes sinueuses d’une grande tenue. Quant à Mienniel, avec sa flûte et ses pédales, il commence par des boucles lointaines, des ostinatos, des phrases courtes vives et hachées, des effets multiples, pour un morceau dans un esprit rythmique, quasi musique concrète.
Bravo ! La musique des Instruments Migrateurs de Mienniel est réjouissante pour les oreilles et l’esprit. Espérons que cette belle résidence débouche sur un (des?) disque(s) et des tournées… qui ne pourront que faire du bien à tous !
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Séverine Morfin – Musique au Comptoir – 13 mars 2025 © PLM
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