4 avril 2015

A la découverte de... Bruno Desplan

Bruno Desplan chante et joue une musique personnelle qui trouve ses racines chez Serge Gainsbourg, la musique caribéenne et le jazz…

La musique

J'avais cinq ou six ans et je rentrais de l’école quand ma mère me présenta l’objet qui allait devenir mon « confident infini » et qu'elle venait juste de faire livrer : un piano. Elle me demanda si je voulais prendre des cours et je répondis tout de suite oui, sans réfléchir... J’ai donc commencé mon initiation au piano et au solfège chez une professeure particulière, jusque vers ma onzième année. Comme elle m'initiait exclusivement à la musique classique, ma mère lui a suggéré de piano de me faire aborder le jazz… Suggestion qu'elle n’a pas suivi... M'obligeant à trouver le chemin du jazz, seul… Mais aussi grâce à l'écoute de musiques latines et caribéennes dans la voiture de mon père.

Par la suite, j’ai travaillé par moi-même sur un orgue à deux claviers de marque Bontempi, en essayant de reproduire d'oreille des chansons captées sur les ondes ou la télévision. Vers quatorze ans, j’ai commencé à écrire mes premières compositions – pas sérieuses. C’est à vingt-deux ans que j’ai composé les paroles et musique de mes premières chansons – sérieuses. Ensuite, j’ai monté mon premier groupe à vingt-cinq ans, joué un premier concert à vingt-six ans, enregistré mon premier album à trente ans, joué dans mon premier jazz-club parisien, le Baiser Salé, à trente-huit ans et créé mon premier trio à trente-neuf ans… J’en suis maintenant aux énièmes fois...



Les influences

Mes principales influences tiennent en quatre noms : Frédéric Chopin, Serge Gainsbourg, Thelonious Monk et Eric Dolphy.

Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Le jazz c'est l'évasion.

Pourquoi la passion du jazz ? Le jazz est passionnant car il est reconnaissable, mais indéfinissable, structuré, mais d'une sensation instable, professionnel, mais artisanal… Le jazz c’est l’ambiance et l’écoute, la pureté et la subtilité, l’ensemble et l’individuel, le folklore et l’instant... Il n'a pas de point final, ni de personnalité fixe... Finalement, le jazz est une transcription sonore des paradoxes de la vie…

Où écouter du jazz ? Apprécie le jazz tout seul, dans un environnement confortable, au fin fond de la nuit… quand les anges veillent...

Comment découvrir le jazz ? Il faut choisir un artiste emblématique et le « décortiquer », d’abord visuellement, en étant attiré par son charisme, puis textuellement, en lisant un article ou un ouvrage le concernant, et, ensuite – ou en parallèle – musicalement, en se passionnant pour sa discographie... Ce leader sera l'arbre dont vous découvrirez toutes les branches : vous partirez ainsi à la recherche des musiciens qui jouent avec lui, eux même leaders… Et, de fil en aiguille, vous irez de découvertes en découvertes sur « l'arbre généalogique » du jazz… en affinant vos connaissances et vos goûts petit à petit...

Une anecdote autour du jazz ? Le fait que ce soit une musique d'exilés…

Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un moineau pour sa petite cervelle libre.
Si j’étais une fleur, je serais un lilas pour son bleu ciel et son parfum...
Si j’étais un fruit, je serais une pomme pour les dents et Eve...
Si j’étais une boisson, je serais du vin rouge, coule-cool, saoul-soul, jase-jazz..
Si j’étais un plat, je serais du bœuf bourguignon, car ma maman a su me le faire aimer.
Si j’étais une lettre, je serais X, bien sûr, mais pas sans M…
Si j’étais un mot, je serais avance, car : 1, 2, 3, partez !
Si j’étais un chiffre, je serais 0, car il ne se suffit pas à lui-même.
Si j’étais une couleur, je serais bleu marine pour sa plongée profonde...
Si j’étais une note, je serais bleue... Of course!

Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis heureux de divulguer ma musique depuis vingt-cinq ans, mais regrette que ma musique ne m'aide qu’à vivre, sans me nourrir, au sens propre…

Sur l’île déserte…

Quels disques ?

- Gainsbourg Confidentiel, avec Elek Bacsik à la guitare et Michel Gaudry à la contrebasse. Les mots sont en symbiose parfaite avec la musique, qui est limpide, tout comme l'accompagnement, d’une spontanéité épurée... Un bijou !

- Blues & Roots de Charles Mingus. Une ode à l'improvisation collective : « champagnesque » !


- Last Date de Dolphy. Un son unique et, pour moi, le seul morceau que j'emporterais sur l’île déserte, avec son envolée lyrique somptueuse : « You Don't Know What Love Is ».

- Monk's Dream de Monk. L'éclectisme monkien brut et pur…

- The Chopin Ballades & Scherzos d’Arthur Rubinstein. Sans commentaire !

Quels livres ?  

- Gainsbourg ou le garçon sauvage de Gilles Verlant. Pour cette découverte biographique du parcours de l'artiste, derrière l'icône.

- Monk de Laurent De Wilde. Quelle découverte passionnée du pianiste derrière le compositeur, et raconté par un pianiste !

- Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac. Une leçon humaine universelle dans une langue sublime.

Au sud de nulle part de Charles Bukowski. Une écriture à la « rythmique » parfaite et un « cri » poétique dans le désert urbain…

- Nouvelles histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. Un style à la profondeur infinie qui transcende les sujets abordés.

Quels films ?

- Amadeus de Milos Forman. Selon moi, le cinéaste a su rendre en image le génie mozartien.

- Subway de Luc Besson. Pour son côté burlesque et film « muet » parlant...

- Shadows de John Cassavetes. Improvisation cinématographique, jazzistique,  énergique et authentique…

- La sirène du Mississippi de François Truffaut. L'éperdu sentiment amoureux…

Quelles peintures ? Des œuvres de Jean-Michel Basquiat, Pablo Picasso et Yves Klein.

Quels loisirs ? Flânerie, contemplation et jeux de ballons.

Les projets

Je compose de la musique pour illustrer des textes d’André Breton, de Poe etc. et recherche d'une interprète, digne de ce nom, pour un projet d'album en duo. Sinon, je termine également un concept-album écrit pour quatre pianos et prépare Comet'Style 2 en trio. L'ambition est de jouer dans une belle salle parisienne en septembre 2015. Aujourd'hui, je démarche les producteurs, tourneurs et festivals avec les vidéos du dernier concert au Baiser Salé.

Trois vœux…

1. Jouer
2. Jouer
3. Jouer