3 avril 2016

A la découverte de... Raphaël Sibertin-Blanc

Créée en 2009, Concertons ! est une association de la région toulousaine qui produit et soutient des créations musicales. Violoniste et kemençiste, concertiste et enseignant, Raphaël Sibertin-Blanc en est le directeur musical. La sortie du premier disque de son Dadéf Quartet, qui mêle jazz et musique orientale, est l’occasion de partir à la découverte d’un musicien voyageur…
  

La musique

Quand j’avais autour de trois ans, un ami de mes parents, violoniste, m’a amené voir et écouter une répétition de son orchestre baroque. Je suis resté fasciné. Et quand j’ai débuté la musique, quelques années plus tard, j’avais toujours gardé cette envie de jouer du violon !

Après une école de musique, j’entre au conservatoire. J’aime particulièrement la classe d’orchestre car le chef nous fait partager son enthousiasme et nous donne vraiment envie de jouer ensemble. A quatorze ans, je fais un stage dans le cadre du festival Jazz à Cluny. J’y ai rencontré Gabriel, un ami aujourd‘hui disparu, avec qui, pendant mes années de lycées, j’ai passé mes nuits et week-ends à jouer… Il m’a piqué au virus du jazz et du partage de la musique dans l’amitié. C’est également à cette période que j’ai pris mes premiers cours de jazz, au saxophone et au violon.

Vers dix-huit ans, je commence à jouer dans des groupes. D’abord, de la musique antillaise dans l’orchestre des parents d’un copain : j’étais le petit jeune perdu au milieu de vieux amis qui jouaient ensemble tous les vendredis depuis près de trente ans !... Mais aussi du jazz manouche avec Stéphane Bissières – vingt ans après, nous travaillons encore ensemble sur des projets de musiques plus contemporaines ! – et  du rock… Ces expériences ont été de la source de rencontres amicales et musicales déterminantes : c’est avec le groupe de rock kabyle El Gafla que je joue mes premières notes orientales… A cette époque, je joue de la musique klezmer le matin, et arabe le soir !…

Licence de mathématiques en poche, je m’oriente vers la formation musicale professionnelle du Music’Halle de Toulouse – où j’enseigne aujourd’hui –, puis  au Centre des Musiques Didier Lockwood. J’y monte le Sibertin trio, qui est le premier projet pour lequel je compose. Par la suite, j’ai la chance de rencontrer Vincent Courtois, Régis Huby… qui me donnent de précieux conseils, comme celui de prendre des cours de violon classique ! Ce que je fais avec Marc-Olivier de Nattes,  avec qui je reprends la technique du violon au tout début…

De plus en plus attiré par les musiques traditionnelles – merci Paris et sa multiplicité culturelle – je me tourne en particulier vers l’Orient. A mon retour à Toulouse, je joue avec Lakhdar HanouNe fût-ce qu’en Chine, son dernier disque, est sorti cet automne. En parallèle, toujours attaché au jazz et aux musiques improvisées, je fonde un groupe de musique turque avec mon ami Thomas Ceyhan : Yol Hikayesi, l’histoire en chemin… Je pars ensuite en Crète pour apprendre le Klasik kemençe, une lyre d’Asie Mineure jouée autant par les Turcs que par les Grecs – les Grecs l’appellent la lyre de Constantinople…

Je continue également à travailler les musiques improvisées avec le FIL, orchestre d’improvisation libre toulousain, et Bissière, avec qui  nous montons Chronométries, un duo Kemençe et piano – machines électroniques, dans lequel nous jouons sur l’inversion du rapport homme / machine, la matière sonore, la musique répétitive, le minimalisme… Et, bien sûr, Dadéf Quartet, groupe dans lequel je joue du violon et du kemençe et pour lequel je compose des morceaux à la lisière du jazz et des musiques traditionnelles. Labyrinthe, notre premier disque, est un hommage à l’école des musiques traditionnelles méditerranéennes où j’ai appris le kemençe. C’est un lieu vraiment extraordinaire, dirigé par Ross Daly.


Les influences

En plus des jazzmen traditionnels et dans le désordre : Stéphane Grappelli et Django Reinhardt, Johann Sebastian Bach, Claude Debussy, Béla Bartók, Dominique Pifarély, Courtois, Louis Sclavis, John Zorn, Mark Feldman, l’Art Ensemble of Chicago – mon premier concert de musiques improvisées ; un grand souvenir… –  le Taraf de Haïdouks, Anouar Brahem, Derya Türkan, Erkan Oğur, Sokratis Sinopoulos, Steve Reich, Terry Riley


Quelques clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? L’écoute, le partage, la rencontre, l’improvisation, le son… une recherche de liberté.

Pourquoi la passion du jazz ? … Ben : voir la définition !

Où écouter du jazz ? N’importe où et n’importe quand : il suffit de choisir le jazz que l’on a envie d’écouter… Il en existe tellement de sortes !

Comment découvrir le jazz ? Aller aux concerts ! Peut-être risquer de se faire chier parfois, mais pour quelques moments de grand bonheur ! Être actif dans l’écoute, mais aussi se laisser porter…


Le portrait chinois

Si j’étais un fruit, je serais tous les fruits !

Si j’étais une boisson, je serais du vin… évidement ! Qu’importe sa couleur ou son origine dès lors qu’il est fait avec passion… un peu comme la musique, en fait !

Si j’étais un plat je serais cuisiné par ma femme,


Les bonheurs et regrets musicaux

Mon bonheur musical, j’aimerais qu’il soit toujours  à venir ! Et… pourquoi regretter ?


Sur l’île déserte…

Quels livres ?  Quelques kilos… Mais là, j’avoue je serais tenté par une liseuse pleine de livres !

Quels films ? Pas besoin de films sur l’île : la mer a l’avantage d’être un film permanent et en plus elle sonne !…





Les projets

J’ai plein de beaux projets en ce moment : La Chamade, un duo de violons avec Lucie Laricq ; Alambic, un trio d’improvisation avec des instruments improbables – tabouret à fil, freins, cafetière, aire de jeux, vielle à roue, dilruba, violon et violoncelle – et des improvisateurs chevronnés – Dominique Regef et Hélène Sage – ; l’Ensemble FM dirigé par Christine Wodrascka ; Le journal intime d’un cep de vigne, une pièce de théâtre de Jean-Marie Doat avec Philippe Babin ; accompagner des contes avec Dominique Despierre… Sans oublier tous les projets que j’ai déjà cités…

En bref : continuer et apprendre, approfondir les musiques de l’Asie Mineure et les assimiler dans le jazz et l’improvisation, poursuivre le travail sur le son, tout seul et avec les copains... et toujours essayer de raconter des histoires qui font voyager…


Trois vœux…

1. Pouvoir continuer d’être musicien, pour partager mon plaisir et donner aux gens des moments d’évasions…

2. Que le maelström sonore ne dévore pas tout l’espace...

3. Et, si possible, tant qu’à y vivre, la paix dans le monde, s’il vous plait !