9 décembre 2017

Les soleils et l’Igloo…

L’actualité française du label belge Igloo Records est touffue : Be.Jazz, Jazzycolors et, maintenant, le Sunside et le Sunset… Le 23 novembre 2017, Rémi Planchenault et son équipe programment un double concert, l’occasion de célébrer des sorties de disques : le quartet d’Igor Gehenot propose Delta au Sunside, suivi du trio de Jean-Paul Estiévenart qui présente Behind The Darkness au Sunset.


Delta au Sunside

Gehenot est de retour avec un nouveau trio : après Road Story en 2012, avec Sam Gerstmans et Teun Verbruggen, puis Motion, en 2014, en compagnie de Philippe Aerts et Verbruggen, Delta rassemble le contrebassiste suédois Viktor Nyberg et le batteur luxembourgeois Jérôme Klein. Une fois n’est pas coutume, le trio s’est transformé en quartet avec l’arrivée d’Alex Tassel, au bugle.

Pour le concert du Sunside, Antoine Pierre remplace Klein et le répertoire reprend sept des neuf morceaux du disque plus « The Theme », standard composé par Kenny Dorham pour  les Jazz Messenges d’Art Blakey (At The Cafe Bohemia, Vol. 1 – 1955).


Les mélodies de Gehenot sont chantantes (« Moni ») et souvent construites sur le format de thème-riff simple et efficace (« Sleepness Night », « Step 2 »). Le quartet alterne morceaux vifs (« Starter Pack », signés Klein) et ballades (« Johanna », de Tassel), traités dans un esprit néo-bop (« The Theme »). Gehenot fait le choix d’une sonorité acoustique, avec seulement quelques rares effets du bugle. Le piano passe d’un jeu minimaliste (« Sleepness Night »), pimenté de traits poétiques (« Abysses »),  à des envolées bop (« Starter Pack ») aux nuances funky (« Step 2 »), sans oublier des ballades mélodieuses (« Johanna »). Nyberg soutient le quartet avec des motifs sourds (« Starter Pack »), des lignes simples et efficaces (« Sleepness Night »), des riffs imperturbables (« Moni »), des walking classiques (« The Theme ») qui vire à la running (« Step 2 »). La fougue de Pierre ne se dément pas (le solo de « Step 2 ») et ses frappes denses (« Sleepness Night »), mais d’une puissance toujours subtile (« Starter Pack »), laissent place à des chabadas exemplaires (« The Theme ») ou des bruissements délicats (« Johanna »). Tassel se joint au piano pour exposer les thèmes à l’unisson dans un pur style hard-bop (« Step 2 »), aligne des phrases virtuoses (l’introduction a capella de « The Theme »),  dialogue avec verve (« Starter Pack ») et joue de sa sonorité, mélange de velouté et de brillance, pour sublimer les ballades (« Johanna ») ou mettre une pointe de gravité dans les morceaux plus solennels (« Abysses »).

Avec Delta, Gehenot reste dans le sillon tracé par Road Story et Motion : un néo-bop vivifiant, assaisonné d’une touche lyrique…

Le disque




Delta
Igor Gehenot Quartet
Igor Gehenot (p), Viktor Nyberg (b) et Jérôme Klein (d), avec Alex Tassel (bugle).
Igloo Records – IGL280
Sortie en Février 2017




Liste des morceaux

01.  « Intro » (1:47).
02.  « December 15 » (2:42).
03.  « Moni » (5:46).
04.  « Sleepless Night » (4:56).
05.  « Step 2 » (6:06).
06.  « Abysses » (8:15).
07.  « Starter Pack », Klein (5:37).
08.  « Johanna », Tassel (6:16).
09.  « Drop by » (4:59).

Tous les morceaux sont signés Gehenot, sauf indication contraire.



Behind The Darkness au Sunset

Le deuxième concert se déroule au Sunset. Estiévenart se produit avec son trio habituel, constitué de Gertsmans et Pierre, qui enchaîne les sets... Les trois musiciens jouent ensemble depuis 2013 (Wanted) et leur connivence est évidente.

Le programme du premier set de la soirée mélange des morceaux du disque – « Moa », « Lost End », signé Pierre –, des compositions tirées de Wanted – « SD », « Les Doms » – et « Resolution », le deuxième mouvement de A Love Supreme. Le trio avait invité le saxophoniste alto Perico Sambeat pour quelques titres de Wanted, pour Behind The Darkness, le trio passe au saxophone ténor, avec Steven Delannoye pour un titre.


Les trios trompette – contrebasse – batterie ne sont pas légions ! Mais ce n’est pas suffisant pour faire reculer Estiévenart… Une maitrise parfaite du son, ni trop mou, ni trop claironnant, le trompettiste joue avec une aisance confondante : phrasé limpide et développements énergiques dans un esprit néo-bop  (« Resolution »), déroulés virtuoses (« Les Doms »), volutes mélodieuses (« Lost End ») ou jeu intimiste et raffiné (« MOA »).  La puissance de Gertsmans se marie à merveille au jeu touffu de Pierre et soutient efficacement le discours d’Estiévenart, avec des lignes rapides (« Lost End »), des walking appuyées (« Resolution ») et des lignes puissantes et dansantes (« MOA »). Quant à Pierre, toujours aussi présent, il passe d’un foisonnement dense, ponctué de touches d’humour (« Resolution »), à un frémissement délicat (« MOA ») ou un jeu percussif habile (« Lost End »).

Avec Behind The Darkness Estiévenart confirme qu’il a trouvé son langage, moderne et tendu, et son trio l’a bien appris : leurs conversations captivent l’auditeur de bout en bout.

Le disque



Behind The Darkness
Jean-Paul Estiévenart
Jean-Paul Estiévenart (tp), Sam Gerstmans (b) et Antoine Pierre (d)
Igloo Records – IGL276
Sortie en novembre 2016





Liste des morceaux

01.  « Blade Runner » (5:07).
02.  « Mixed Feelings » (6:55).
03.  « Simple Minds » (5:14).
04.  « Equilibre » (2:10).
05.  « Quadruplets » (0:25).
06.  « Lost end », Pierre (5:27).
07.  « MOA » (8:05).
08.  « Fenêtre » (0:26).
09.  « Asphalt » (5:33).
10.  « Deep Heart » (5:36).
11.  « Behind The Darkness » (2:45).
12.  « Cafe Yuka » (0:33).
13.  « Miyako », Wayne Shorter (3:39).

Tous les morceaux sont signés Estiévenart, sauf indication contraire.