18 janvier 2026

A la découverte de David Patrois

Depuis le duo avec Guillaume de Chassy, l'Another Trio aux côtés de Jean-Jacques Avenel et Pierre Marcault, Dream Pop en compagnie de Bruno Schorp et Matthieu Chazarenc, Flux tendu et Trio + 2 autour de Jean-Charles-Richard, Luc Isenmann, Sébastien Llado et Pierre Durand, le projet Around Goldberg Variations avec Remi Masunaga, Wild Poetry avec Marcault, Boris Blanchet, Blaise Chevallier et Philippe Gleizes... jusqu'aux Master Class et cours dans les conservatoires du cinquième et du quinzième arrondissements de Paris, le vibraphoniste David Patrois mérite un détour !
 

La musique

J'ai commencé par le violon à sept ans, mais ça n'a pas été très concluant... Comme un de mes oncles nous a laissé une vieille batterie à la maison, j'ai évidemment voulu changer ! Je voulais jouer de la batterie et des percussions comme les congas, le djembé... Et puis je suis tombé sur cet instrument-là… Le vibraphone ! J'ai été immédiatement séduit ! Il me permettait de jouer des percussions avec des notes, un vibrato... Certes il me fallait travailler dur pour maîtriser les résonances, mais j'étais motivé ! Et je le suis toujours autant... Ma mère m'a donc inscrit au conservatoire dans le cours de percussions. Au début, c'était xylophone, caisse claire, « tiens la baguette comme ça ! »... Ni groove, ni improvisation ! J'étais un peu frustré ! Au bout de quelques années, j'ai acquis suffisamment de technique pour commencer à me faire plaisir ! En 1986 j'ai obtenu mon diplôme de percussions classiques, mais à côté je jouais aussi de la batterie et des congas dans quelques groupes locaux.

Le rythme et le groove m'ont toujours fasciné, dès mon plus jeune âge. Peut-être parce que, encore enfant, j'ai habité un an au Sénégal. Quand à cinq ans vous vous retrouvez en face d'une armée de danseurs et de djembefolas... Quelle puissance ! Quel envoûtement ! Ça vous marque pour la vie ! Sans oublier que ma mère, artiste lyrique, chantait Francis Poulenc, Claude Debussy, Olivier Messiaen... J'ai retrouvé leur richesse harmonique dans le jazz, chez Wayne Shorter, John Coltrane, Chick Corea, Bill Evans... Par ailleurs, mon oncle avait des disques d'Emerson, Lake and Palmer et Deep Purple... Autour de quinze ou seize ans, j'ai reçu mon premier disque de jazz, Times Square de Gary Burton et j'ai eu l'impression que c'était la musique que je désirais depuis toujours !

Ensuite j'ai mis toute mon énergie dans le vibraphone. Tant et si bien que j'ai obtenu une bourse d'études auprès du ministère de la culture pour intégrer le Berklee College of Music à Boston, avec Burton ! Quelle chance ! Je suis rentré en 1989 et j'ai commencé à jouer avec diverses formations et à composer, jusqu'à aujourd’hui...

Il y a quelques temps, au cours d'un stage que j'animais, j'ai fait une petite liste de mes influences majeures : « Semblence » de Burton (Times Square), « If I Could Write A Book » et « You're My Everything » (Relaxin'), « It Ain't Necessarily So » (Porgy And Bess), « Limbo » (Sorcerer) et « Fast Track » (We Want Miles) de Miles Davis, « Transition » de Coltrane (Transition), « Minuit » des Ballets Africains (Festival), « Poèmes pour mi : 3. La maison » de Messiaen, « Sinchronicity I » de The Police (Live!), « The 4.15 Bradford Executive » d'Allan Holdsworth (The Man Who Changed Guitar Forever), « All Of You » d'Evans (The Complete Village Vanguard Recordings), « Rhythm-A-Ning » de Corea, Miroslav Vitous et Roy Haynes (Trio Music), « Poinciana » d'Ahmad Jamal (Ahmad Jamal At the Pershing), « Who Needs Forever? » d'Astrud Gilberto et Quincy Jones (The Deadly Affair), « Bass Desires » de Marc Johnson (Bass Desires), « Questar » de Keith Jarrett (My Song), « Third Wind » de Pat Metheny (Still Life), « Maiden Voyage » de V.S.O.P. (Tempest In The Colosseum), « Night And Day » de Stan Getz et Evans (Stan Getz & Bill Evans), « Sunrise » de Terje Rypdal (Terje Rypdal / Miroslav Vitous / Jack DeJohnette), « Blackthorn Rose » (Mysterious Traveller) et « Black Market » (Black Market) de Weather Report.


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? A la base c'est la rencontre des rythmes de l'Afrique et des
harmonies occidentales... En tout cas c'est mon expérience ! Par la suite, le jazz a « tout mangé » ! Il s'est enrichi de toutes les cultures musicales, depuis les tablas indiens, jusqu'à la musique des Balkans, en passant par le gamelan balinais et le didjeridoo… tout en gardant son authenticité et son élégance avec des grooves soutenus, des mélodies lisibles, des harmonies variées et des improvisations scénarisées. Si je prends mon exemple, j'ai été très influencé par le rock, les rythmes africains, Johann Sebastian Bach, Ravel, Alban Berg...

Pourquoi la passion du jazz ? C'est une musique qui possède des racines profondes, mais qui est également tournée vers l'avenir et la création. Le jazz est en perpétuelle évolution. Donc impossible de s'ennuyer !

Où écouter du jazz ? Il y a de nombreux endroits à Paris où écouter des musiciens de jazz... Chaque lieu a ses têtes et son esthétique. Il faut rester curieux et s'attendre à être surpris, souvent charmé, parfois envoûté, de temps en temps dérangé... comme avec toutes les formes d'art !

Comment découvrir le jazz ? Ecouter Kind Of Blue de Davis est sûrement la meilleure façon d'aborder cette musique... Ensuite, partez en exploration…

Une anecdote autour du jazz ? Quand vous savez que Kind Of Blue a été enregistré en un après-midi... vous réalisez à quel point l'être humain est capable du meilleur !


Les projets

J'ai un projet en cours avec Balakumar Paramalingam, percussionniste indien qui joue du mridangam - un peu l'ancêtre des tablas -, Johan Renard au violon et Jean-Charles Richard au saxophone baryton. Ce quartet a des possibilités sonores illimitées : le saxophone baryton peut jouer la basse et chanter dans les aigus, le violon et le vibraphone peuvent être virtuoses, jouer des nappes ou accompagner rythmiquement comme le ferait un guitariste de funk ou un balafola...