19 novembre 2016

Le Quatuor iXi et François Couturier au Théâtre 71

Le 3 novembre, dans le cadre de la résidence de Régis Huby au Théâtre 71, le Quatuor iXi invite François Couturier pour une soirée inédite : « dans le prolongement ». Outre Huby et l’altiste Guillaume Roy qui ont créé iXi en 1994, le quatuor s’appuie sur Atsushi Sakai au violoncelle et l’omniprésent Théo Ceccaldi, au violon.


Après Linéal, en 2000, et Phrasen avec Joahim Kühn, en 2005, iXi s’est associé à Sound of Choice en 2007 (Invisible Correspondance), avant de revenir à une formule en quatuor pour Cixircle (2011) et Temps Suspendus (2015). Si le duo Dominique Pifarély et Couturier a déjà croisé iXi, en revanche c’est la première fois que le pianiste est invité seul par le quatuor, le temps d’un concert (et d’un disque ?).


Le quintet entame la soirée avec « Mychkine », morceau composé par Couturier pour le Tarkovksy Quartet, avec Anja Lechner, Jean-Marc Larché et Jean-Louis Martinier. Suivent trois composition d’Huby – « New String Quintet », « G H J » et « Dans le prolongement » – et trois de Roy – un morceau sans titre (?) dans le prolongement de « Dans le prolongement », comme le souligne non sans humour Roy, « Continuo » et « Best Of Tomorrow ».



Croisements de phrases, contrepoints qui mêlent pizzicatos et rubatos, structure complexe des morceaux basée sur des mouvements aux tempos variables – andante, allegro, adagio… –, esquisses de canons, unissons dissonants… : la musique d’iXi est exigeante (« New String Quintet »). La précision millimétriques et les constructions sophistiquées relèvent sans doute davantage de l’écriture que de l’improvisation, mais avec de tels musiciens, qui sait ? Qu’ils soient sombres et mélancoliques, dans une veine romantique minimaliste (« Mychkine »), bâtis autour d’une tournerie baroque, soutenue par une basse continue (« Continuo ») ou inscrits dans la musique contemporaine du XXe («  G H J »),  les morceaux combinent passages lyriques et effets rythmiques à base de pédales, crépitements, coups d’archets, pizzicato… (« Best of Tomorrow »). 


Il y a une telle symbiose entre Le Quatuor iXi et Couturier qu’ils semblent jouer ensemble depuis toujours et il se passe beaucoup de choses dans cette musique de chambre contemporaine qu’ils jouent avec brio.


Le Quatuor iXi et François Couturier © Jérôme Prébois

14 novembre 2016

Welcome Home - Ozma

Welcome Home
Ozma
Julien Soro (sax), Guillaume Nuss (tb), Tam de Villiers (g), Edouard Séro-Guillaume (b) et Stéphane Scharlé (d).
Cristal Records – CR 253
Sortie le 21 octobre 2016

Formé en 2001 par le bassiste Edouard Séro-Guillaume et le batteur Stéphane Scharlé, Ozma écume les scènes du monde depuis quinze ans... Et Welcome Home, le sixième disque du groupe, sort chez Cristal Records en octobre 2016. Après trois premiers albums en quintet dans une veine funk (Ozma, Electric Taxi Land et Strange Traffic), Ozma sort deux disques en quartet, sans trombone, qui lorgnent vers le rock (Peacemaker et New Tales).

Pour Welcome Home, le guitariste Adrien Dennefeld cède sa place à Tam de Villiers et Julien Soro succède à David Florsh aux saxophones. Welcome Home marque aussi le retour de Guillaume Nuss au trombone. Séro-Guillaume et Scharlé se partagent les compositions, dont les titres évoquent des souvenirs et des voyages d’Ozma : Krefeld, Casmere, Durban… A noter, la photo noir et blanc décalée qui orne la pochette : une cycliste a volé par-dessus son vélo et s’est écrasée la tête la première sur le gazon, non sans avoir aplati la clôture du jardin… Welcome Home !

Les mélodies élégantes (« Concertos For Sharks »), voire majestueuses (« Magnus Effect »), les dialogues sensibles (« My Favorite Regret ») ou les contrepoints habiles du saxophone et du trombone (« Krefeld mon amour ») peuvent compter sur l’énergie rock de la rythmique (« Goldi Boldi »), les envolées de guitar hero (« Concerto For Sharks ») et les pédales des soufflants (« Electric Lament »). Des morceaux aux développements calmes, mais tendus (« Cashmere Weekend »), laissent la place à des pièces binaires puissantes (« He Saved The Girl (Once Again) »). Ozma porte toujours un soin particulier à l’architecture des morceaux (« Flat Tire At Durban Market »), souvent construit comme une succession de tableaux qui alternent unissons et contrechants, passages a capella, variations du volume sonore, intensités rythmiques variées…

Ozma a trouvé un bel équilibre et sa musique atteint une maturité indiscutable : Welcome Home est une synthèse convaincante des influences jazz, funk et rock du quintet.


13 novembre 2016

L’Europe selon l’ONJ…

Fondé en 1986, l’OrchestreNational de Jazz a fêté ses trente ans le 2 septembre à la Cité de la Musique, dans le cadre du festival Jazz à la Villette, en présence des dix musiciens qui l’ont dirigé : François Jeanneau (1986), Antoine Hervé (1987 – 1989), Claude Barthélémy (1989 – 1991 et 2002 – 2005), Denis Badault (1991 – 1994), Laurent Cugny (1994 – 1997), Didier Levallet (1997 – 2000), Paolo Damiani (2000 – 2002), Franck Tortillier (2005 – 2008), Daniel Yvinec (2009 – 2013) et Olivier Benoît (2014 – 2018).

L’ONJ compte plus d’une vingtaine de disques à son actif. Après avoir publié huit disques chez Label Bleu, entre 1986 et 1994, l’ONJ a enregistré pour Verve avec Cugny, Evidence avec Levallet, ECM avec Damiani, ensuite, l’orchestre est revenu chez Label Bleu en 2003 et 2004 avec Barthélémy, avant de passer au Chant du Monde avec Tortiller, puis Bee Jazz et Jazz Village avec Yvinec.

Au fil des ans et des appétences de ses directeurs, l’ONJ n’a cessé d’évoluer dans les directions les plus variées. En 2014 l’institution s’est dotée d’un label, ONJ Records, qui édite les disques de l’ONJ, bien sûr, mais aussi ceux des musiciens de l’orchestre : Rebirth de Fabrice Martinez, Post K de Jean Dousteyssier, Petite moutarde de Théo Ceccaldi... Par ailleurs, Benoît a décidé de permettre aux musiciens de l’ONJ et d’artistes invités de développer leurs propres projets en créant l’ONJazz Fabric en partenariat avec le Carreau du Temple.

Côté ONJ, Benoît a monté un programme autour du portrait musical de quatre capitales européennes : Europa Paris (juin 2014), Europa Berlin (avril 2015), Europa Rome (octobre 2016) et Europa Oslo (printemps 2017). Le directeur artistique s’est entouré de musiciens venus de tous azimuts : Dousteyssier aux clarinettes, Alexandra Grimal aux saxophones ténor et soprano, Hugues Mayot au saxophone alto, Fidel Fourneyron au trombone et tuba, Martinez à la trompette et au bugle, Ceccaldi au violon et à l’alto, Sophie Agnel au piano, Paul Brousseau aux claviers, Sylvain Daniel à la basse et Eric Echampard à la batterie.


  
Europa Rome

Benoît a demandé à Benjamin de la Fuente et Andrea Agostini de composer deux pièces pour décrire la Ville Eternelle. Violoniste et compositeur passé par le CNR de Toulouse, le CNSMDP, Paris VIII, l’IRCAM et la Villa Médicis, de la Fuente compose aussi bien pour son quartet, Caravaggio, que pour Ars Nova, l’Orchestre Philarmonique de Radio France, les Percussions de Strasbourg… le théâtre et le cinéma. Pianiste de formation, Agostini a également étudié la composition et la musique électronique à Bologne, avant de rejoindre l’IRCAM. Il travaille à la fois dans la musique contemporaine, le rock, les musiques improvisées… et fait de la recherche en informatique musicale, notamment autour de Bach et Cage, deux logiciels de composition assistée  développés avec Daniele Ghisi.

Le 5 octobre, les dix musiciens de l’ONJ se retrouvent sur la scène du Carreau du Temple pour interpréter Europa Rome, qui sort le 21 octobre. A l’inverse du disque, le concert commence par les dix-neuf morceaux de Rome: A Tone Poem of Sorts d’Agostini, suivi des six mouvements de In Vino Veritas, signé de la Fuente.

Rome: A Tone Poem of Sorts est une œuvre de musique contemporaine typique, avec ses mouvements rythmiques complexes, ses jeux sur les sonorités – de la musique concrète à gamelan, en passant par des nappes dignes d’un film de science-fiction –, le travail sur les textures avec l’opposition entre les unissons ou les contrechants des soufflants et la section rythmique sombre et sourde. L’œuvre évoque un concerto grosso touffu dans lequel les instruments dialoguent à qui mieux mieux, régis par une organisation qui ne laisse pas de place au lâché-prise. Le Rome d’Agostini a un côté mystérieux et secret.


Si la musique concrète, avec les imitations de bruits de machines et les voix off, est bien présente, les ambiances d’In Vino Veritas sont variées, avec des passages quasiment rock, des questions-réponses bondissantes, des sonnailles d’enterrement, des thèmes cinématographiques, une rythmique souvent puissante, des foisonnements vigoureux… La construction sophistiquée de la partition s’appuie sur une énergie jazz. Des dialogues tirés de Gente di Roma, qu’Ettore Scola a réalisé en 2003, s’intercalent dans la suite écrite par de la Fuente. In Vino Veritas porte bien son nom : Rome est enivrante…

La parenté avec la musique contemporaine des deux suites d’Europa Rome est particulièrement évidente sur disque, avec une production soignée, des voix précises et une sonorité nettes qui servent parfaitement les partitions d’Agostini et de de la Fuente.


Europa Paris et Europa Berlin

Les répertoires d’Europa Paris et d’Europa Berlin ont été composés par Benoît. Europa Paris se décline en six pièces, de « Paris I » à « Paris VI », chacune constituée de une à onze parties. Dans Europa Paris, La musique de Benoît porte le sceau de la musique répétitive teintée de free, de rock et de punk. Le compositeur joue élégamment avec des boucles en contrepoints sur des ostinatos, des contrechants minimalistes soutenus par une section rythmique nerveuse et mate, des passages lyriques soulignés par des bourdons, des motifs répétitifs sur un martèlement rock, des unissons denses interrompus par des envolées free, des dialogues improvisés qui s’entrecroisent… Les parties s’enchaînent quasiment sans interruptions, un peu comme un plan-séquence. Aux antipodes de la musette, french cancan, opérettes, chansons à texte et autres clichés, le Paris de Benoît est moderne, trépidant, fébrile, touffu…

Europa Berlin compte huit morceaux. Alors qu’Europa Paris est essentiellement marqué par la musique répétitive, Europe Berlin s’inscrit davantage dans un univers jazz. Benoît se concentre sur des mouvements d’ensemble denses, portés par une rythmique musclée et entraînante. Après des introductions courtes sous forme de bourdon, carillon, voix off sur grésillements, bruits de machine… l’orchestre expose des mélodies souvent courtes et soignées. Les développements rassemblent des ingrédients de musique contemporaine et de rock progressif ou psychédélique, avec ça-et-là quelques traces de musiques du monde, l’évocation d’une fanfare parsemée de dissonances, comme un thème de clown triste à la Kurt Weill, mais aussi des passages de musique de chambre pour un mouvement sombre et majestueux qui évoque sans doute les époques douloureuses que Berlin a traversées. Seul « Persistance de l’oubli » s’inscrit dans la lignée de la musique répétitive. Berlin, selon Benoît, est une ville plurielle, où la nostalgie côtoie le contemporain…

Benoît et son ONJ sont des guides touristiques à suivre sans a priori ! La visite de ces trois premières capitales donnent envie de poursuivre le voyage et d’écouter les sons d’Oslo.

06 novembre 2016

A la découverte de… Lionel Martin

Entre sa participation active aux orchestres d’ImuZZic et ses propres formations, qui vont de l’éthio-jazz au punk en passant par un jazz libre et ouvert, Lionel Martin mérite d’être découvert !


La musique

Quand j’avais neuf ans, j’ai découvert Sydney Bechet… et le jazz ! Un jour, un copain d’école, François Plantier, a amené son saxophone dans notre classe de CE1. Le choix de l’instrument était fait ! Ensuite je suis allé à l’école de musique de Caluire. J’y ai appris le saxophone avec Michel Rodriguez, à  qui je dois beaucoup… En dehors de Bechet, j’ai également été influencé par Steve Lacy, Louis Sclavis, Pascal Kung Fu de Molodoï…


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Le cri, l'amour, la liberté de circuler…

Pourquoi la passion du jazz ? L'engagement, la surprise, le son, la puissance lyrique, le rythme…

Où écouter du jazz ? N’importe où et à n'importe quel moment de la journée, mais en vinyle !

Comment découvrir le jazz ? Assistez à des concerts puis aller à la médiathèque…

Une anecdote autour du jazz ? Mon premier concert de jazz : je dois avoir environ douze ans... Le concert est prévu à vingt heures trente, mais Archie Shepp arrive à vingt et une heures quarante-cinq… Très chaud ! Il joue vingt minutes, regarde sa montre et dit : « Oh ! Il est tard ! Il faut que je rentre me coucher »…


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un tigre lion,
Si j’étais une fleur, je serais un edelweiss,
Si j’étais un fruit, je serais du raisin,
Si j’étais une boisson, je serais un Mango Juice, comme en Ethiopie,
Si j’étais un plat, je serais une soupe thaï,
Si j’étais une lettre, je serais U,
Si j’étais un mot, je serais LIBRE
Si j’étais un chiffre, je serais 7,
Si j’étais une couleur, je serais rouge,
Si j’étais une note, je serais Bb


Les bonheurs et regrets musicaux

Parmi mes réussites musicales : Ukandanz et Jazz Before Jazz, le duo avec Mario Stantchev. A l’inverse, j’ai regretté d’avoir cassé mon saxo après une minute de concert aux Nuits de Fourvière, en première partie d'Iggy Pop.

  

Sur l’île déserte…

Quels disques ? Fun House des Stooges, Paris Blues de Lacy et Gil Evans.

Quels livres ?  Punk Rock Jesus de Sean Murphy, Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche et Mademoiselle, entretiens avec Nadia Boulanger de Bruno Monsaingeon.

Quels films ? Poesía sin fin d’Alejandro Jodorowsky et Taxi Blues de Pavel Lounguine.

Quelles peintures ? Francis Bacon et Edvard Munch.

Quels loisirs ? Funboard, freeride en snowboard, vélo et course à pied.


Les projets

Un nouvel album avec Stantchev est en cours, mais aussi avec Ukandanz. Et beaucoup de surprises ! Ouch Orchestra pour le Saint-Fons Jazz festival, avec Sclavis, Ramón López... Un trio avec Daniel Humair qui se produira au Sunside en février prochain. La sortie d’un disque avec George Garzone en janvier 2017... Un gros programme, quoi !...


Trois vœux…

1. Que tout le monde puisse s'exprimer, bouger librement…

2. Aucune barrière entre les musiques !

3. Que les deux premiers vœux se réalisent…



30 octobre 2016

Bounce Trio

Diplômé du Conservatoire de Chambéry et de la New School University de New York, Matthieu Marthouret se met à l’orgue Hammond au début des années 2000 et commence à tourner et enregistrer (Playground et Upbeats) avec son Organ Quartet. En 2012, il forme le Bounce Trio en compagnie du saxophoniste et clarinettiste Toine Thys et du batteur Gautier Garrigue. Dans la foulée, Marthouret fonde le label We See Music Records, sur lequel sortent Small Streams... Big Rivers, en 2014, et Contrasts, en octobre 2016.


Contrasts
Bounce Trio
Toine Thys (ts, bcl), Matthieu Marthouret (org, kbd) et Gautier Garrigue (d), avec Serge Lazarevitch (g) et Nicolas Kummert (voc).
We See Music – WSMD003
Sortie en octobre 2016

Dans les deux disques du Bounce Trio, le répertoire se partage entre des morceaux de Marthouret, Thys ou cosignés, et des interprétations de thèmes fétiches de l’organiste : « The Guy’s In Love With You » de Burt Baccharach, « Tropicalia » de Beck Hansen et « Visions » de Stevie Wonder dans Small Streams… Big Rivers ; « Kind Folk » de Kenny Wheeler et Tiziana Simona  et « Shine On You Crazy Diamond » des Pink Floyd dans Contrasts

Marthouret dédie Contrasts à toutes les « victimes innocentes » ; « It Should Have Been A Normal Day » et « Innocent Victims » ont été écrits en hommage aux personnes assassinées en novembre 2015 et en janvier 2016. Le trio invite le guitariste Serge Lazarevith sur neuf des douze morceaux et la voix de Nicolas Kummert pour « Innocent Victims ».

Contrasts possède un groove contagieux (« Keepin It Quiet »), accentuée par la sonorité churchy de l’orgue Hammond (« Bounce One »). Marthouret joue des lignes de basse entraînantes (« Keepin It Quiet »), place des effets wawa vintage (« Bounce One ») ou des nappes électro aériennes (« Bounce Ten »), fait ronfler son orgue (« J .Z. ») et laisse beaucoup d’espace à Thys… Le trio passe d’un morceau hard bop énergique (« J.Z. ») au tube des Pink Floyd, de l’ambiance joyeuse des îles (« Kind Folk ») à un hymne solennel (« It Should Have Been A Normal Day »)… Un gros son plein au saxophone (« Bounce One »), une élégance précieuse à la clarinette basse (« Innocent Victims »), des phrases sinueuses au ténor (« Keepin It Quiet »), un sens mélodique affûté (« Keepin It Quiet ») et une mise en place précise (« J.Z. ») font de Thys un partenaire de choix. La batterie de Garrigue danse (« Keepin It Quiet »), foisonne (« Bounce One ») et swingue constamment (« J.Z »), tandis que son jeu percussif renforce l’atmosphère caribéenne de « Kind Folk ». Les contre-chants de Lazarevitch mettent en relief le discours de l’orgue (« Bounce One ») ou les vocalises de Kummert (« Innocent Victims ») et ses chorus étoffent la palette sonore du trio (« Kind Folk »).

Small Streams… Big Rivers
Bounce Trio
Toine Thys (ts, bcl), Matthieu Marthouret (org, kbd) et Gautier Garrigue (d).
We See Music – WSMD002
Sortie en septembre 2014

Small Streams… Big Rivers… est davantage marqué par le hard-bop : thèmes exposés à l’unisson (« Tropicalia »), walking de l’Hammond (« Bounce Four »), chabada de la batterie (« Joe »), structure thème – solo – thème… avec, toujours, une bonne dose de groove (« Years »), des dialogues soignés (« Six For bill ») et des mélodies réussies (« Bounce Neuf »).

Le trio porte bien son nom : la musique du Bounce Trio bondit d‘une mélodie à l’autre portée par un groove aux contours funky.

Experience - Nicolas Folmer & The Horny Tonky

Experience
Nicolas Folmer & The Horny Tonky
Nicolas Folmer (tp), Antoine Favennec (sax), Olivier Louvel (g), Laurent Coulondre (kbd), Julien Herné (b) et Damien Shmitt (d), avec Thomas Coeuriot (g) et Michel Casabianca (perc).
Cristal Records – CR 247
Sortie en octobre 2016

Du CNSMDP au Paris Jazz Big Band, de Claude Nougaro à Michel Portal, en passant par l’ONJ, NoJazz, René Urtreger, Lights, Michel Legrand, Bob Mintzer, Dee Dee BridgewaterNicolas Folmer est l’un des trompettistes les plus éclectiques de la scène du jazz.

En 2015, Folmer monte un sextet, The Horny Tonky, qui enregistre un disque éponyme dans la foulée. Les « excités du bastringue » (traduction approximative du néologisme « Horny Tonky »), c’est Antoine Favennec au saxophone, Olivier Louvel à la guitare, Laurent Coulondre aux claviers, Julien Herné à la basse et Damien Schmitt à la batterie.

Pour Experience, sorti en octobre 2016 chez Cristal Records, le guitariste Thomas Coeuriot et le percussionniste Michel Casabianca se joignent au sextet. Folmer signe les sept thèmes. Experience évoque inévitablement le trio de Jimi Hendrix et, de fait, Folmer revient à une formule électrique, mais s’aventure davantage dans les contrées funk que rock progressif.

La musique d’Experience bouge ! Ambiances rock soutenues par une rythmique binaire puissante (« Waddle »), atmosphères funky avec Fender Rhodes vintage (« Safari »), climats groovy à souhait, renforcés par le jeu soul de la guitare (« Pangea »), medley disco et funk sur des chœurs énergiques et des effets wawa foisonnants (« Take The DeLorean »), bal latin (« Freedom Nature »)… Mais aussi la sonorité de la Nouvelle-Orléans (« Waddle »), le minimalisme de Miles Davis (« Eagle Dream »), les aspects dramatiques et la trompette lointaine d’Enio Moriconne (« From Cirrus »), les mélodies cinématographiques (le contre-chant de la trompette et de l’orchestre dans « Freedom Nature »)…

Folmer s’y connait incontestablement pour faire danser ses Horny Tonky : Experience balance de la première à la dernière piste au son joyeux du funk.

24 octobre 2016

Dreamers – Sébastien Texier Quartet

Dreamers
Sébastien Texier Quartet
Sébastien Texier (as, cl, acl), Pierre Durand (g), Olivier Caudron (org) et Guillaume Dommartin (d)
Cristal Records – CR 240
Sortie en avril 2016

Voilà plus de vingt ans que Sébastien Texier écume les clubs, salles de concert et autres festivals. En 2003, il sort son premier disque, Chimères, en quintet avec Alain Vankenhove, Gueorgui Kornazov, Nicolas Mahieux et Jacques Mahieux. Suivent, en 2009, Don’t Forget You Are An Animal, avec Chaude Tchamitchian et Sean Carpio, puis, en 2013, Toxic Parasites, avec Vankenhove, Bruno Angelini, Frédéric Chiffoleau et Guillaume Dommartin. Pour Dreamers, publié en avril 2016 chez Crystal Records, Texier a constitué un quartet sans contrebasse, avec Pierre Durand à la guitare, Olivier Caudron à l’orgue et Dommartin à la batterie.

Tous les thèmes sont de Texier, sauf « Cape Code » signé Caudron. Comme l’indique le saxophoniste dans les notes de la pochette, « le fil de ces nouvelles compositions est le rêve » : la Nouvelle-Orléans (« Let’s Roll »), clin d’œil à Durand (Chapter 1 : Nola Improvisations), Ornette Coleman (« Dreaming With Ornette »), la solidarité (« Silent March »), l’amitié (« Friendship »), la douceur (« Smooth Skin »), l’équilibre (« Crest Waves »), les paysages (« Cape Cod »)…

Modernes (« Crest Waves »), tendues (« Friendship »), touchantes (« Silent March »), aériennes (« Dreamers »), tranquilles (« Smooth Skin »)… Texier peaufine ses mélodies, qui s‘inscrivent souvent dans un style néo-bop (« Let’s Roll »). Avec une belle sonorité qui rappelle Art Pepper (« Dreaming With Ornette »), Texier navigue dans les eaux d’un hard-bop tendu (« Friendship ») pimenté de dissonances (« Crest Waves »), mais il sait aussi jouer le blues (« Let’s Roll ») avec une mise en place parfaite (« Silent March ») et des ballades qui valsent joliment (« Cape Cod »). A l’aise et impliqué dans n’importe quelle situation, Durand met le son rock bluesy de sa guitare au service de « Let’s Roll », endosse le rôle du guitar hero à la Carlos Santana (« Silent March »), joue des lignes planantes dans « Dreamers », souligne subtilement le discours de l’alto (« Silent March »)… Le son churchy de l’orgue de Caudron renforce l’ambiance bluesy (« Let’s Roll »), ses nappes d’accords (« Cape Cod ») et autres ostinatos (« Dreamers ») mettent en relief les dialogues du saxophone ou de la clarinette et de la guitare. La majesté de l’orgue ajoute également de l’emphase à « Silent March », qui prend des allures de marche solennelle. Quant aux walking de la main gauche de Caudron (« Friendship »), elles se couplent aux chabada énergiques de Dommartin (« Crest Waves »). Marqué par le swing du bop, Dommartin possède un jeu varié : un drumming touffu (« Let’s Roll »), des bruissements subtils des balais (« Cape Cod »), des roulements furieux (« Friendship »), des cliquetis fébriles (« Dreaming With Ornette »)...  

Dans Dreamers Texier et son quartet continuent d’explorer avec cohérence un néo hard bop marqué par le free, une musique pleine de vitalité et de personnalité. 

20 octobre 2016

Promises à Sorano

La saison jazz 2016 –2017 de l’Espace Sorano démarre sur les chapeaux de roue. Le programme concocté par Vincent Bessiere est remarquable : des « légendes » comme Michel Portal, Ricardo Del Fra (le 3 décembre), Enrico Pieranunzi (le 18 mars),… côtoient des « étoiles montantes », à l’instar de Steve Lehman (le 5 novembre), Macha Gharibian (le 7 janvier), le Trio Fox (le 25 février)…

Le 12 octobre, Michel Portal se produit en trio dans l‘auditorium Jean-Pierre Miquel de Vincennes, devant une salle comble. Le trio Promises – « promesses d’inouï grâce à des musiciens qui ne se connaissent pas », comme le dit Bessiere – est composé du pianiste Kevin Hays et du batteur Jeff Ballard.

Avec une vingtaine de disques en leader et des collaborations régulières avec Chris Potter, Joshua Redman, Nicholas Payton, Al Foster, Brad Mehldau… Hays mérite largement d’être plus connu en France.  Quant à Ballard, si son aura a traversé l’Atlantique, c’est grâce, entre autres (il vit à Vincennes…), à son association aux groupes de Mehldau, Redman et Chick Corea, mais aussi à Ray Charles (trois ans !), Avishai Cohen, Ben Allison, Kurt Rensenwinkel… C’est d’ailleurs Ballard qui est l’initiateur du trio Promises. Après une répétition dans l’auditorium Miquel, en mai 2016, le trio s’est produit au festival Jazz à Saint-Germain des Prés. Le concert à Sorano est leur cinquième concert.


Ballard attaque d'emblée et en met partout, tandis que Portal et Hays le rejoignent avec des mouvements graves et mélodieux. L’écoute entre les trois est palpable : la clarinette virevolte sur les contrechants sinueux de la clarinette et le foisonnement de la batterie. Soudain l’ambiance tourne presque au folklore, avec un riff mélodique du soprano (qui s’envole bientôt vers les contrées free) sur une batterie qui installe un groove entraînant et un piano intense. Dans le deuxième morceau, enchaîné au premier, l’introduction profonde de Portal à la clarinette basse est relayée par Ballard dans un style « tribal » puissant, puis par Hays qui insuffle des touches bluesy au Fender Rhodes. Le soprano reste en arrière-plan et navigue entre free et mélodie, un peu dans la lignée de l’AACM. Ballard lance de nouveau le troisième morceau sur la grosse caisse et le morceau part illico dans un développement free, porté par le soprano de Portal, créatif à souhait, soutenu par un Hays qui alterne pédales et ostinatos. Ballard prend ensuite un chorus d’anthologie qui débouche sur une ballade binaire tranquille…


Avant d’entamer le quatrième morceau de la soirée, Portal prend la parole pour remercier le public d’être venu si nombreux : « ça fait plaisir ». L’artiste explique ensuite la démarche de ce trio qui n’a pas encore joué beaucoup ensemble. Chacun vient avec des partitions et le trio fonctionne sur une écoute mutuelle attentive, pour pouvoir jouer collectivement sur le même terrain… Comme à son habitude, Portal aime les rencontres musicales et se mettre en danger ! Il présente le thème suivant en expliquant qu’il l’a écrit deux jours auparavant, qu’il n’y a pas de mélodie et que c’est un jeu abstrait : « ça m’amuse beaucoup l’abstrait… En fait ça fait faire des choses qu’on ne pourrait pas faire dans un truc classique, dans le jazz évidemment ». Après un prélude sombre d’Hays, « Abstrait » s’envole dans une mosaïque de notes jouée par la clarinette basse et le piano, sur les cliquetis de la batterie. Le morceau se développe ensuite entre des cascades free de Portal et d’Hays et des stop-chorus broussailleux de Ballard. C’est court et amusant !


Décidément très en verve et communicatif, Portal revient sur « Abstrait » et introduit « Max mon amour » : « il y a beaucoup de notes, ça fait beaucoup de bruit, on le sait… En fait c’est pour sortir de certaines choses que je joue… On me dit, tu fais de la mélodie maintenant… Avant j’ai fait de la free music, mais bon, après je suis passé peut-être dans la mélodie… C’est comme si on n’avait pas le droit de faire ce qu’on veut… On me dit, t’es ringard si tu fais de la mélodie… Je vais jouer moderne… Alors si vous voulez je vais jouer beaucoup de notes… Je vais jouer comme autrefois… Ça m’est égal complètement… Donc là, « Abstrait » ça me plaît… Mais ce n’est pas pour toutes les oreilles, ça c’est certain ! Alors peut-être « Max mon amour » pour changer ». Je le joue souvent… ». Après un passage cristallin et des vibratos, le Fender Rhodes joue une pédale tandis que la batterie installe un rythme léger et entraînant. Dans ce décor, la clarinette en si bémol de Portal égrène une jolie mélodie entre fête foraine et nostalgie. Même s’il continue de swinguer, le trio ne peut s’empêcher de développer le thème dans une veine libre et nerveuse… Ballard enchaîne sans transition sur un solo de tablas énergique, bientôt relayé par la grosse caisse. La suite du solo, à base de roulements vifs ponctués par les martèlements sur la grosse caisse, monte en puissance et plante un décor dansant qui, visiblement, ravit Portal. Le soprano lance un thème rapide et vif dans un esprit pasodoble, fandango… encouragé par les palmadas d’Hays. Le morceau chauffe la salle qui redouble d’applaudissements et rappelle le trio.

Portal explique le choix du bis : « j’aime bien jouer des thèmes que j’ai joué à la clarinette basse à Minneapolis… Un thème qui s’appelle « Judy Garland »… Qui n’a rien à voir vraiment avec Judy Garland, je ne crois pas… Mais je ne savais pas qu’elle était née là-bas… Je suis rentré dans un restaurant, il y avait sa photo en grand… Je dis « Tiens ! Judy Garland » et on me dit « Oui elle est née ici ». Oui, d’accord, bon… Et voilà… Je vais le jouer parce que c’est très sympa… ». Avant d’exposer a capella ce superbe thème-riff qui figure sur l’album Minneapolis, sorti en 2001, avec Tony Hymas au piano, Sonny Thompson à la basse et Michael Bland à la batterie, Portal souffle doucement dans sa clarinette basse, comme un air tibétain. La batterie se met au diapason de la clarinette basse, tandis que le piano joue des lignes élégantes en contrepoint. Portal enlève ensuite son bec pour chanter dans le corps de la clarinette une complainte déchirante. La version du trio de « Judy Garland » possède un caractère dramatique qui, vu l’ovation, touche le public. Le deuxième rappel, présenté par Hays, n’est autre que « Sonny Room For Two » de Sonny Rollins, enregistré par le pianiste dans For Heaven’s Sake, disque sorti en 2005, avec Doug Weiss à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie. Portal est repassé à la clarinette en si bémol et les trois musiciens donnent une interprétation du morceau dans un style néo-bop, somme toute plutôt classique. Jamais deux sans trois : pour le dernier rappel le trio joue un blues signé Hays. Le piano et la batterie jouent gras, sourds, lancinants… bien bluesy. Portal et sa clarinette basse, sans doute moins à l’aise dans cet idiome et peut-être légèrement fatigués après une heure trente de concert non-stop, glissent des traits discrets en contre-chant.


Le concert de Portal, Hays et Ballard est passionnant de la première à la dernière note. Il s’y passe toujours quelque chose : de l’inattendu, des dialogues savoureux, des mélodies attachantes, des rythmes entraînants, des embardées hardies… Vivement que Promises grave sa musique !


Pas facile de continuer sur une si belle lancée, mais comme Bessière a eu le flair de programmer l’octet de Steve Lehman le 5 novembre, il y a fort à parier que « les promesses d’inouï » ne font que commencer !



19 octobre 2016

A la découverte de… Stéphane Tsapis

Marqué par ses racines grecques, Stéphane Tsapis joue un jazz empreint de mélodies et de rythmes des Balkans. La sortie de Border Lines, en mars 2016, donne l’occasion de partir à la découverte de ce pianiste à cheval entre deux cultures…


La musique

J'ai eu de la chance : mon grand-père était un pianiste amateur très éclairé ! Mais il n'avait pas eu l'opportunité de pouvoir en faire son métier… Mon arrière-grand-père aussi me voyait tripoter les touches du piano du salon. Ils m’ont encouragé à me mettre au piano et conseillé à ma mère de trouver un professeur... Ce ne sont pas les pianistes qui manquent dans la famille de ma mère ! Mon oncle, Jean-Louis Haguenauer, est un immense soliste classique, spécialiste, entre autres, de Claude Debussy ; quand j’étais enfant, nous allions souvent l'écouter en concert...

J’avais autour de sept ans quand ma mère m'a offert une cassette avec les enregistrements solo de Thelonious Monk pour Columbia. Le choc ! Je l’ai écouté en boucle sur mon walkman. Et j'ai d’ailleurs longtemps cru que la manière de jouer de Monk était conventionnelle... J’ai appris dans les notes de pochettes quels étaient les musiciens qui l’avaient influencé et me suis procuré des disques de James P. Johnson et Fats Waller. Puis, de fil en aiguille, j’ai écouté d'autres pianistes : Erroll Garner, Bud Powell, Hank Jones, John Lewis, Mal Waldron, Randy Weston... Je suis devenu ce qu'on appelle un fanatique ! J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la grande famille du jazz et des musiques afro-américaines…

Vers dix ans, après avoir pris des cours avec quelques professeurs particuliers, j'ai mis les pieds au conservatoire du quatorzième arrondissement de Paris : une professeure de solfège m'a traumatisé ! Et je n’ai plus voulu y retourner... D’ailleurs, pendant très longtemps j’ai détesté lire la musique : j'apprenais rapidement par cœur les morceaux et faisais semblant de lire la partition... En revanche j’aimais improviser et composer mes propres morceaux... Mon grand-père improvisait dès qu’un piano se trouvait à portée de doigts… La plupart du temps c’était sur des standards de jazz qu'il avait appris d'oreille. « Caravan », « Dinah » et « Mood Indigo » étaient ses morceaux de prédilections. Il m'a transmis sa passion ! Lors des fêtes de famille il nous arrivait même de faire des quatre mains endiablées… Mes parents m’ont parfaitement compris et j'ai continué le piano avec des professeurs merveilleux qui m'ont vite orienté vers le jazz. En dehors des pianistes déjà cités, mes influences se sont élargies : Louis Armstrong, mais aussi les Doors, les Beatles, Igor Stravinsky, Béla Bartók, Nino Rota, Boby Lapointe...

Après le baccalauréat et un stage de Jazz à Barcelonnette, j'ai décidé de me consacrer à la musique... La suite s’est enchaînée : Benjamin Moussay, des cours de jazz au conservatoire, des cours de classique à Gennevilliers avec Josette Morata… Ils m'ont donné le goût du travail et du geste musical. Et, en parallèle à mes études, je suis devenu professeur à mon tour…


 Stéphane Tsapis (c) Pierrick Guidou


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Une longue histoire passionnante... Asseyez-vous, mettez-vous à l'aise, nous allons passer un bon moment !

Pourquoi la passion du jazz ? Il permet d'explorer ce que nous avons au fond de nous-même : à la recherche d'un son original qui nous correspond… Et c'est cette leçon que je retiens du jazz : joue ce que toi seul peut jouer. Les étiquettes stylistiques ne sont que littérature...

Où écouter du jazz ? En live !... Dans un club, un squat, une belle salle de concert... Essayez de suivre vos groupes préférés et allez les écouter dans des lieux différents !

Comment découvrir le jazz ? Soyez curieux de toutes les musiques ! Inscrivez-vous dans une médiathèque et écoutez le plus de disques possibles…

Une anecdote autour du jazz ? Monk et Powell font un long voyage en train ensemble, ils ne se sont pas vus depuis des années. Ils n'échangent pas un seul mot. En se quittant, Monk – ou Bud – dit à l'autre : « ça m'a fait plaisir de discuter avec toi ! ».


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un koala car je trouve sa tête sympathique,
Si j’étais une fleur, je serais un fuchsia, pour ses petites lanternes rigolotes,
Si j’étais un fruit, je serais une pastèque parce que c'est délicieux et rafraichissant,
Si j’étais une boisson, je serais une bière extrêmement fraiche, devant un coucher de soleil, au milieu de la mer Egée !
Si j’étais un plat, je serais un agneau grillé avec des pommes de terre au four, sur fond de sauce au citron, le plat magique de mon papa,
Si j’étais une lettre, je serais T, pour le nombre de fois où j'ai dû épeler mon nom de famille...
Si j’étais un mot, je serais Aman !,  l’interjection utilisée dans la musique arabe, turque, grecque et plus, si affinité... Intraduisible...
Si j’étais un chiffre, je serais 5, un chiffre magique,
Si j’étais une couleur, je serais bleu canard ?...
Si j’étais une note, je serais celle qui est jouée ou chantée avec les tripes !


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis heureux d'avoir écrit une pièce pour l'octuor de clarinettes de la garde républicaine : « Crna Gora ». Mais je garde aussi un souvenir ému de ma première composition, « Palme de verre », qu’Alain Vankenhove m’a permis d'arranger pour le big band de Bourg La Reine, dans lequel je tenais le poste de pianiste.

Quant à mon plus grand regret, c’est de ne pas être allé écouter Mal Waldron en concert, après la Master Class qu'il avait donné à l’université Paris VIII, en 2002 : il m'avait offert une place en coulisse, mais je n'y suis pas allé... Et il est mort quelques temps plus tard…



Sur l’île déserte…

Quels disques ? Solo Monk, Live At The Pershing d’Ahmad Jamal, le Porgy and Bess d’Oscar Peterson, l'intégrale des Beatles, la Far East Suite de Duke Ellington, le Porgy and Bess de Gil Evans et Miles Davis etc.

Quels livres ?  Toutes les enquêtes de l'inspecteur Salvo Montalbano par Andrea Camilleri, L'écume des jours de Boris Vian, Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, La liberté ou la mort de Nikos Kazantzaki, Les fleurs bleues de Raymond Queneau...

Quels films ? Vertigo, Fenêtre sur cour et La mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, toute la filmographie post 1917 de Charlie Chaplin, Les aventures de Rabbi Jacob, Huit et demi, Amarcord et La dolce vita de Federico Fellini, Asterix et Cléopâtre, Princesse Mononoké, Beetlejuice

Quelles peintures ? Johannes Vermeer, Vincent Van Gogh, Claude Monet, Marcel Gotlib, Jean-Jacques Sempé, Joann Sfar et Jacques TardI.

Quels loisirs ? La musique !


Les projets

Le gros projet du moment : une adaptation de ma pièce symphonique composée pour le film de Chaplin, L’Emigrant, qui sera jouée le 24 novembre prochain par l'orchestre d'Athènes et un petit combo de jazz dans un camp de réfugié à Lavrio, en Grèce. Ce sera un ciné-concert live. Le 27 novembre, nous le rejouerons pour une soirée caritative au Megaro Mousikis d'Athènes. Je suis impatient d'être sur place !

Sinon, j’ai trois autres projets sur le feu : un spectacle, Le piano oriental, avec la dessinatrice Zeina Abirached, un nouveau disque en trio en gestation et l'envie grandissante de jouer en solo...


Trois vœux

1. La paix. 

2. L'amour. 

3. Le bonheur.


16 octobre 2016

Crystal Rain – Céline Bonacina Crystal Quartet

Crystal Rain
Céline Bonacina
Céline Bonacina (bs), Gwilym Simcock (p), Chris Jennings (b) et Asaf Sirkis (d, perc)
Cristal Records – CR 245
Sortie en mars 2016

Solo, duo, trio, quartet, quintet, sextet… Céline Bonacina promène son saxophone baryton dans toutes les directions ! Après Vue d’en haut, autoproduit et enregistré à La Réunion en 2005, la saxophoniste s’associe à Nguyen Lê et publie deux albums en trio chez Act : Way of Life, en 2010, et Open Heart, en 2013.

Changement de format et d’équipe pour Crystal Rain, qui sort en mars 2016 chez Crystal Records. Bonacina et le pianiste anglais Gwilym Simcock commencent à jouer ensemble en 2013, à l’occasion d’une carte blanche à l’Amphithéâtre de l’Opéra de Lyon. Après une tournée en Europe le quartet prend sa forme actuelle, avec le contrebassiste canadien Chris Jennings et le percussionniste israélien Asaf Sirkis. Si leur première a lieu à Hambourg, en 2014, c’est au Festival Europa Jazz du Mans, en mai 2015, que le Crystal Quartet est baptisé.

Bonacina signe ou cosigne huit des dix morceaux de Crystal Rain. Simcock et Jennings apportent chacun un titre. Bonacina équilibre les voix et n’accapare jamais la vedette. Bien au contraire, la saxophoniste instaure constamment des dialogues avec ses partenaires sous forme de contrepoints, d’unissons, de superpositions… (« On The Road »). La structure des morceaux est protéiforme, avec des alternances de passages tempétueux et d’accalmies (« Smiles For Serious People »), un peu comme dans une histoire (« Child’s Mood »). Les thèmes, mélodieux (« Smiles For Serious People »), sont empreints d’une certaine fragilité (« Crystal Rain ») et ressemblent parfois à des refrains de chansons (« Väntan » et ses côtés « Non, je ne regrette rien »). Sirkis assure une pulsation souple et dansante (« Two Sides ») et son jeu, même s’il est volontiers touffu (« Trails In The Sky »), laisse toujours de la place aux solistes. Le gros son boisé, les riffs rapides (« Cyclone »), l’archet élégant (« Crystal Rains »), les lignes profondes (« Väntan ») et les chorus inspirés (« Shanty ») de Jennings servent à merveille la musique de Bonacina. Simcock possède un jeu rythmique solide (« Crossing Flow »), des réminiscences bop (« Smiles For Serious People ») et un à propos notable : sobre (« Shanty »), dansant (« Child’s Mood »), folk (« Two Sides »), chantant (« Väntan »)… au grès des atmosphères. Quant à Bonacina, elle combine jeu straight (« On The Road »), technique étendue (touches dans « Cyclone », souffle dans « Crystal Rain »), passages contemporains (« Two sides ») et envolées libres (« Shanty »). Ses développements, sophistiqués, restent toujours accessibles (« Trails In The Sky »).

Le Crystal Quartet porte bien son nom : sa musique possède de multiples facettes, plus éclatantes les unes que les autres...