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20 décembre 2023

A la découverte de Simon Denizart

Après s’être formé en France, Simon Denizart s’installe au Québec en 2011. Il commence par enregistrer trois albums pour The 270 Sessions, puis, en 2021, Nomad pour Laborie Jazz. Depuis 2023, le pianiste a rejoint Justin Time Records, chez qui il va sortir Piece of Mind le 29 mars 2024. L’occasion de partir à la découverte du plus Québécois des pianistes Français…


La musique

Mes parents avaient des amis dont les enfants jouaient du piano, ce qui m’a donné envie de jouer de cet instrument. Par ailleurs, il y avait un piano dans le hall de mon école maternelle et j’aimais m’y arrêter pour pianoter… Lorsque j’ai dit à mes parents que je voulais faire des cours de piano, ils m’ont acheté une flûte à bec ! Après un an de flûte à bec, j’ai eu le droit de commencer le piano...

Très jeune j’ai eu la chance de rentrer au conservatoire de Créteil en piano classique : dès le CE2, j’ai été admis en classe à horaires aménagés musique de mon école primaire. Parallèlement, j’ai intégré le chœur d’enfants Sotto Voce, dirigé par Scott Alan Prouty, avec qui j’ai fait mes premières scènes, notamment dans des cadres prestigieux, comme une soirée au profit de l’UNICEF aux côtés d’Isabelle Boulay.

J’ai découvert le jazz à l’adolescence, grâce au disque de Keith Jarrett, The Köln Concert. Avec un autre disque de Jarrett, c’était l’un des seuls disques de jazz qu’il y avait à la maison. Dès la première écoute j’ai été envoûté par The Köln Concert, que j’ai écouté en boucle, et qui a été mon introduction au jazz... A la fin de mes études musicales classiques, je me suis initié à la musique pop et au jazz en rejoignant l’EDIM et le Conservatoire de Limeil-Brévannes. J’ai pu y côtoyer de nombreux professeurs actifs sur les différentes scènes musicales.

En 2011, j’ai intégré l’Université de Montréal, suivi les cours du professeur de piano Luc Beaugrand et fini mon parcours scolaire en 2014. J'ai alors décidé de rester au Québec. En 2015, j’y ai produit mon premier disque, Between Two Words, sur le label The 270 Sessions. Ensuite, j’ai sorti Beautiful People en 2016, et Darkside en 2017, toujours chez The 270 Sessions. J’ai aussi été nommé « Révélation Radio Canada » en 2016, et nominé à l’ADISQ à trois reprises : en 2017, 2018 et 2021, pour mon quatrième disque Nomad, sorti chez Laborie Jazz, en France. Au printemps 2022, Justin Time Records m’a proposé de produire mon cinquième album, Piece of Mind, qui sort le 29 mars 2024.

Parallèlement à ma carrière de compositeur, j’ai eu la chance de partager la scène avec de nombreux artistes français, canadiens et internationaux tels que Fred Wesley, Dominique Fils-Aimé ou encore Kid Be Kid.

Lors de ma découverte du jazz, Jarrett et Miles Davis sont rapidement devenus des artistes incontournables, grâce à qui j’ai pu découvrir différents styles et comprendre l’histoire du Jazz. Par la suite, je suis tombé amoureux du trio suédois d’Esbjörn Svensson, puis du pianiste arménien Tigran Hamasyan et du pianiste américain Robert Glasper. Ils sont, à ce jour, mes principales références et inspirations en ce qui concerne le piano. Mais j’ai aussi beaucoup écouté des artistes de musiques populaires tel que Elton John, Stevie Wonder, Bob Marley, ainsi que le groupe anglais Queen. Sinon, dans ma jeunesse et pendant mon adolescence, j’écoutais surtout des rappeurs français et américains tels que 113, NTM, Sniper, Saïan Supa Crew et Eminem...


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz pour vous ? Le jazz est avant tout une forme d’art qui fusionne des
éléments de la musique africaine, européenne et américaine, et qui résulte de la traite des esclaves envoyés contre leur gré en Amérique du Nord et exploités par les colons européens. C’est pour moi l'expression d'une forme de résistance.

Pourquoi la passion du jazz ? Pour moi, le jazz représente la recherche de la liberté et il incarne l’émotion pure. Dès les premiers enregistrements que j’ai écoutés, j’ai ressenti des émotions uniques, et senti que cette musique venait éveiller une spiritualité en moi, que je ne connaissais pas. La transe que dégage cette musique a changé aussi ma façon de vivre et de voir le monde.

Où écouter du jazz ? L’endroit privilégié pour écouter cette musique, c'est un club de jazz... C’est le lieu où il y a le plus de proximité avec les musiciens. Cela dit, personnellement, je préfère écouter du jazz dans des salles de spectacle parce que je peux entrer dans une « bulle », alors que les clubs de jazz sont souvent des endroits où il y a des bruits ambiants, du bar ou du restaurant.

Comment découvrir le jazz ? Selon moi, la meilleure façon de découvrir le jazz est avant tout d’écouter des enregistrements... Il est tout aussi intéressant d’écouter un album concept qu’un album live. Pour ma part, j’ai toujours eu un faible pour les albums et les musiciens mettant l’accent sur la mélodie.

Une anecdote autour du jazz ? En 2011, lorsque j’ai eu la chance d'enregistrer en studio avec Wesley, je l'ai ramené à son hôtel à Vitry-sur-Seine, à deux pas de chez moi. A l’époque, j’écoutais beaucoup de chanteurs et d'instrumentistes Funk. Lorsqu’il s’est assis dans ma voiture, il a regardé les CD que j’avais : il avait joué sur plus de la moitié d’entre eux... J’ai eu le droit à plusieurs anecdotes ! Mais, à l’époque, mon niveau d’anglais ne m’a permis d’en comprendre qu’une partie… Quand je suis arrivé à mon test de son au New Morning, pour jouer avec lui, j’ai joué les accords de The Days of Wine and Roses. Il s’est mis à jouer et à improviser. A la fin de mon test de son, il est venu me dire : « Ah ! Oui, j’ai oublié de te dire que j’ai joué pendant plusieurs années dans l’orchestre de Count Basie ». Cette semaine à ses côtés fut probablement l’une des plus grandes leçons musicales de ma carrière.


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un loup,
Si j’étais une fleur, je serais une orchidée,
Si j’étais un fruit, je serais une mangue,
Si j’étais une boisson, je serais du rhum,
Si j’étais un plat, je serais une épaule d’agneau,
Si j’étais une lettre, je serais le Z,
Si j’étais un mot, je serais exigence,
Si j’étais un chiffre, je serais 7,
Si j’étais une couleur, je serais rouge,
Si j’étais une note, je serais le Sol.


Les bonheurs et regrets musicaux

L’un de mes grand bonheur est mon premier album, Between Two Worlds, qui a débouché sur la nomination « Révélation Jazz Radio Canada », qui m’a permis de signer sur mon premier label. Je ne pensai pas avoir la chance de produire un jour ma musique, et ce fut le début de ma carrière de compositeur. Côté regrets, je suis encore trop jeune pour en avoir ! Je n’ai aucune limite et vis la vie au jour le jour avec beaucoup de gratitude pour mon parcours musical !


Sur l’île déserte...

Quels disques ? The Köln Concert de Jarrett, Live in Hamburg d’Esbjörn Svensson Trio, In My Element de Glasper et A Fable de Tigran Hamasyan.

Quels livres ? Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson et L’homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy.

Quels films ? Le Dîner de Cons de Francis Weber, La Tour Montparnasse infernale de Charles Nemes, A bord du Darjeeling Limited de Wes Anderson et La Cité de la peur d’Alain Berbérian et Les Nuls.

Quels loisirs ? La cuisine, le sport et la musique.




01 octobre 2023

Jean-Michel Pilc en solo et en trio...

Depuis Funambule, sorti en 1989, avec – déjà – François Moutin à la contrebasse et Tony Rabeson à la batterie, Jean-Michel Pilc a enregistré pas loin d’une soixantaine d’albums, dont quasiment la moitié sous son nom. Pilc a rejoint Justin Time Records en 2021. Il y a déjà publié cinq disques, et deux opus supplémentaires sortent début 2023 : Symphony en solo et YOU Are The Song en trio avec Moutin et Ari Hoenig à la batterie.


Symphony

Pilc a attendu une vingtaine d’années avant de se lancer en solitaire et a visiblement pris goût à l’exercice puisqu’il a enregistré six disques en solo depuis Essential, sorti en 2011 : What Is This Thing Called (2015), Parallel (2018), Visions (2021), Children’s Scenes (2021), Gratitude Suite (2022) et, donc, Symphony, sorti en février 2023. Pilc signe les onze morceaux, dont « Waltz For Xose », dédié à Xose Miguélez, compère saxophoniste de Pilc et coproducteur de Symphony.

Pilc part volontiers de mélodies douces (« Leaving »), teintées de romantisme (« I'll Be Back »), aux accents « Schumanniens » (« The Encounter ») ou nostalgiques (« Understanding »). Du blues (« Understanding ») et des leitmotiv cinégéniques (« I'll Be Back ») côtoient des thèmes vifs (« Way To Go ») et fluides (« First Dance »), des motifs plus dissonants (« Just Get Up »), voire destructurés (« Waltz For Xose »). Les développements sont souvent trapus (« I'll Be Back »), avec une tension croissante (« The Encounter »), des montées en puissance vigoureuses (« Understanding ») et une emphase tout à fait « jarrettienne » (« Discovery »). L’artiste essaime également ses propos de phrases décomposées (« The Encounter »), passages en accords et crépitements cristallins (« Way To Go »), questions-réponses (« Waltz For Xose »), lignes bluesy (« Not Falling This Time ») ou quasi stride (« I'll Be Back »), jonglant entre vieux style et modernité (« Way To Go »), avec une dimension orchestrale très « ellingtonienne » (« First Dance »). Le pianiste saute d’un tempo medium-lent (« Just Get Up ») à une rythmique sautillante (« Not Falling This Time »), en passant par des accents caribéens (« Waltz For Xose »), des walking bass (« Way To Go ») ou un hymne (« I'll Be Back »)...

A l’instar de Martial Solal, Pilc joue la musique avec enthousiasme, créativité et humour : Symphony en est la preuve…

Le disque

Symphony
Jean-Michel Pilc
Jean-Michel Pilc (p)
Justin Time Records – JTR 8632-2
Sortie le 23 février 2023

Liste des morceaux

01. « Leaving » (03:55).
02. « Discovery » (04:36).
03. « The Encounter » (04:32).
04. « First Dance » (02:50).
05. « Just Get Up » (03:23).
06. « Way To Go » (06:37).
07. « Understanding » (05:46).
08. « Waltz For Xose » (03:56).
09. « Not Falling This Time » (07:51).
10. « I'll Be Back » (06:40).
Tous les morceaux sont signés Pilc.


YOU Are The Song

Comme le prouve sa discographie – treize disques – Pilc affectionne le format en trio et ses aventures en compagnie de Moutin et d’Hoenig ne datent pas d’hier :
Together: Live At Sweet Basil est publié en deux volumes en 2000 et 2001. En 2002, les trois musiciens sortent Welcome Home, puis Cardinal Points, en 2003, avec Sam Newsome au saxophone soprano et Abdou M’Boup aux percussions, et Threedom, en 2011. Au programme de YOU Are The Song, dans les bacs depuis mai 2023, trois compositions du trio et sept standards, dont certains sont des « classiques » du répertoire discographique de Pilc, à l’instar de « Straight No Chaser », « Alice In Wonderland » ou « My Romance ».

Le trio attaque « Impressions » dans un esprit vif et musclé, tout à fait en ligne avec celui de John Coltrane. Pilc zigzague nerveusement, Moutin cavale en toute liberté et Hoenig en met partout, avec cette énergie qui lui est coutumière. Le pianiste propose une interprétation très personnelle de « The Song is You », lente et mystérieuse, sur un ostinato sourd de la contrebasse et le bruissement de la batterie. Le développement s’appuie sur des échanges fluides et subtils entre les trois artistes. Les accents cristallins et nostalgiques du piano laissent place à un chorus mélodieux de la contrebasse, suivi d’un solo en suspension de la batterie. Le blues s’invite dans l’introduction de « Straight No Chaser ». Moutin et Hoenig installent une rythmique dansante, aux allures funky, sur laquelle Pilc s’amuse en alternant motifs arpégés, lignes modernes, jeu en accords… pour déboucher sur un passage contemporain, avec un piano heurté, une contrebasse grondante et une batterie crépitante… Autre thème de Thelonious Monk (coécrit avec Denzil Best), « Bemsha Swing » se prête parfaitement au jeu touffu des trois musiciens : décalages, questions-réponses, unissons, contrepoints, tours de passe-passe… Le morceau foisonne ! « You Are the Song » est une ballade lente et méditative composée par le trio, dans une veine cinématographique. Toujours signé Pilc – Moutin – Hoenig, « Searing Congress » commence un peu comme une comptine, puis décolle rapidement, avec un piano, une contrebasse et une batterie pétillants, qui croisent leurs notes dans tous les sens, enchaînent les passages entraînants en walking et chabada, toujours accompagnés par des traits d’humour (la citation du Boléro). Pilc continue sur un melting pot de citations jouées à toute allure, porté par une section rythmique robuste, avant de dérouler « Dear Old Stockholm ». « Thin Air » – autre composition du trio – est développée avec emphase, entre dialogue chaloupé main droite – main gauche, lignes arpégées, jeux dans les cordes, touches bluesy, envolées contemporaines et phrases mélodiques, le tout, soutenu par une rythmique subtile, qui mêle touches pop, accompagnement bop et jeu tendu. Pilc revient à une introduction heurtée pour « After You've Gone », ponctuée de touches bluesy et de rebondissements personnels. Quant à Moutin et Hoenig, ils passent d’une walking et d’un chabada joués en mode turbo à des chorus tendus. YOU Are The Song s’achève sur « Alice In Wonderland », d’abord mélodieux, avec ses contre-chants malins qui font passer le trio pour un quatuor, puis des développements qui prennent des allures de musique contemporaine, sur une rythmique jazz, avec une contrebasse minimaliste et une batterie dense. Le morceau est enchaîné avec « My Romance », joué paisiblement, entre les citations de Pilc, les motifs souples de Moutin et les balais tranquilles d’Hoenig.

YOU are the song est une partie de ping-pong musical particulièrement animée, et prenante de la première à la dernière mesure...

Le disque

YOU Are The Song
Pilc Moutin Hoenig
Jean-Michel Pilc (p), François Moutin (b) et Ari Hoenig (d).
Justin Time Records – JTR 281-2
Sortie le 12 mai 2023

Liste des morceaux

01. « Impressions », John Coltrane (4:24).
02. « The Song is You », Oscar Hammerstein & Jerome Kern (6:55).
03. « Straight No Chaser », Thelonious Monk (6:48).
04. « Bemsha Swing », Denzil Best & Thelonious Monk (3:30).
05. « You Are the Song », Pilc, Moutin & Hoenig (5:48).
06. « Searing Congress », Pilc, Moutin & Hoenig (3:47).
07. « Dear Old Stockholm », Traditionnel (4:23).
08. « Thin Air », Pilc, Moutin & Hoenig (3:05).
09. « After You've Gone », Henry Creamer & Turner Layton (4:50).
10. « Alice in Wonderland » Sammy Fain & Bob Hilliard, « My Romance », Richard Rogers & Lorenz Hart (9:51).

17 octobre 2021

A la découverte de Laurent Medelgi

A cheval entre les Etats-Unis et la France, Laurent Medelgi et le Medeljazz Quartet sortent Versature en octobre 2021. Excellente occasion de partir à la découverte d’un guitariste aussi à l’aise dans le jazz que le funk, la musique latine, le cross over... et qui a également créé sont propre label : Zorojazz...


La musique

J’ai découvert le jazz pour de vrai à New York en 1994 ! Je jouais déjà de la guitare à l’époque - j’ai commencé à douze ans - mais pas de jazz. Donc j’ai continué sur le même instrument... On ne le dirait peut-être pas, mais j’ai écouté Wes Montgomery en boucle, ainsi que Keith Jarrett, John Coltrane... ou encore Michael Brecker et Chris Potter, que j'adore...


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Vaste question... Pour moi, c'est vraiment l'expression musicale la plus libre, la plus libérée, la plus éloquente qu'un musicien puisse vivre.

Pourquoi la passion du jazz ? En arrivant à New York, en 1993, j'ai tout de suite été plongé dans l'harmonie Jazz et j'ai découvert un nouveau monde fascinant et exotique. Une espèce d'évolution naturelle de mes oreilles de musicien.

Où écouter du jazz ? Partout !

Comment découvrir le jazz ? Avec les yeux fermés, un très bon casque et un scotch de dix-huit ans d'âge...

Une anecdote autour du jazz ? Pendant un concert avec un organiste dans un « lounge bar » un peu branché à New York : nous jouions un standard et il fait un chorus incroyable avec des emprunts, des substitutions à tout va, des routes harmoniques hallucinantes... Je me retrouve quasiment en transe à tenter d'analyser ce qu'il est en train de faire ! A la fin du titre je me tourne vers lui et lui dis : « Man, tu as fait un solo de fou, c'était génial, mais c'est quoi le truc ? » Et là, sans sourciller, il me répond : « ah, j'ai joué un autre morceau »...



Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un loup
Si j’étais une fleur, je serais un lotus
Si j’étais un fruit, je serais un ananas
Si j’étais une boisson, je serais un cocktail
Si j’étais un plat, je serais un Surf and Turf (du steak et du homard)
Si j’étais une lettre, je serais Z
Si j’étais un mot, je serais intemporel
Si j’étais un chiffre, je serais 11
Si j’étais une couleur, je serais bleu électrique
Si j’étais une note, je serais un 8 couché


Les bonheurs et regrets musicaux

Pour l’instant ma plus belle réussite musicale est mon dernier album, Versature, et je n’ai pas encore de regret...


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Live des frères Brecker et The Köln Concert de Jarrett.

Quels livres ? Native Son de Richard Wright et Lotus Sutra.

Quels films ? Shawshank Redemption et The Green Mile de Franck Darabont, et The Wall d’Alan Parker.

Quelles peintures ? Salvador Dalí, Vincent Van Gogh, Pablo Picasso...


Quels loisirs ? Les arts martiaux, la natation, la callisthénie et le yoga.




Les projets

Dans l’immédiat, j’ai des tournées en Europe et à l’international en soutien au nouvel album, Versature. Sinon, je prépare un prochain disque en trio, avec des invités, chanteurs, soufflants et autres... orienté autour de standards du Great American Songbook.


Trois vœux…

Paix dans le monde
Abondance
Gratitude


10 septembre 2018

Fälk


Quintet membre du Collectif Koa, Fälk sort son premier opus éponyme en juin 2018. Autour du guitariste Gilles Yvanez, également compositeur du groupe, Mickaël Pernet au saxophone ténor, Rémi Ploton aux synthétiseurs, Romain Delorme à la basse et Maxime Rouayroux à la batterie.

Fälk propose sept morceaux et la direction de la musique du quintet n’est pas sans rappeler celle du Gratitude Trio, lui aussi sociétaire du Collectif Koa.

Ballade prise sur un tempo slow, « Love Cliché » évoque un hymne, avec une section rythmique régulière, une pédale du synthétiseur, un chœur lointain et une guitare dans les aigus. « Chinese Thing » déroule lentement sa mélodie jazz pop aux accents extrême-orientaux. Le synthétiseur installe une nappe vaporeuse sur laquelle le ténor égrène la petite mélodie de « Grammar », avant que le rythme ne s’accélère et que le clavier se lance dans un solo cristallin. Une basse minimaliste et des effets de sonar accompagnent la guitare qui expose une ritournelle dépouillée, « Silence », que Ploton développe ensuite au piano. Dans « Iamani », des traits de guitar hero s’intercalent au milieu d’un chorus aérien, porté par une rythmique et des claviers aux touches pop. « To Be Continued » mise sur le minimalisme et une atmosphère langoureuse. Le ténor accentue la majesté de « Läk » en étirant la mélodie sur les accords éthérés du synthétiseur et une rythmique emphatique. Le quintet termine part « Hymnopédie », un morceau aux consonances pop asiatique, parsemé d’effets électroniques sur une basse et une batterie mates, sèches et sourdes.

Planante et lyrique, Fälk puise avant tout son inspiration dans les musiques synthétiques (Brian Eno et l’ambient ne sont pas loin) et une pop sophistiquée venue du nord…

Le disque

Fälk
Mickaël Pernet (ts), Gilles Yvanez (g), Rémi Ploton (synthé), Romain Delorme (b) et Maxime Rouayroux (d).
Sortie le 9 juin 2018

Liste des morceaux

01.  « Love Cliché » (3:53). 
02. « Chinese Thing » (4:09). 
03. « Grammar » (7:25).
04. « Silence » (4:32).
05. « Iamami » (5:45).
06. « To Be Continued » (6:26).
07. « Läk » (6:11).
08. « Hymnopédie » (7:34).

Toutes les compositions sont signées Yvanez.

Gratitude III – Gratitude Trio


Formé en 2010, le Gratitude Trio regroupe la saxophoniste Jeroen Van Herzeele (Mâäk, Greetings from Mercury…), le bassiste Alfred Vilayleck (Koa) et le batteur Louis Favre (Maarten Decombel, Selah Sue, Ghost Before Atlantic…).

Gratitude III sort en avril 2018 et c’est le troisième opus du trio après Gratitude (2012) et Alive (2015). Van Herzeele signe « Xin Yi », Favre propose « Sur une autre planète » et les six autres sont des compositions collectives.

La rythmique régulière et dense, avec un riff de basse sourd, soutient la mélodie synthétique, d’abord jouée à l’EWI, avant que le saxophone ne prenne le relais dans un bourdonnement free : « Drum’n Bass » porte bien son nom, même s’il y a aussi un côté funk underground. « Xin Yi » est exposé par le saxophone a cappella. La batterie, mate, et la pédale de la basse contrastent avec le développement mélodieux de Van Herzeele, qui passe à l’EWI pour des jeux de vocaux électriques. Groovy et entraînante, « La danse des souris » se transforme presque en dance floor, avec des accords lointains et un ténor quasiment free. « Gifle 3 » est un intermède qui part dans tous les sens sur des bruitages rythmiques. La ballade « I Love You Too » reste d’autant plus mystérieuse que l’EWI accentue son côté évanescent. Autre mélodie étirée par le saxophone, « Sur une autre planète » part dans une direction pop, avec une rythmique en suspension. Morceau en deux mouvements, « The True Greatness of Spirit » plonge l’auditeur dans une ambiance de Science-Fiction, avec des sonorités synthétiques, une batterie et une basse distantes, et un ténor qui met un zeste de réverbération.

Gratitude III emprunte à l’ambient, au Drum’n Bass, voire au smooth jazz, avec quelques traits free dans une atmosphère électronique.

Le disque

Gratitude III
Gratitude Trio
Jeroen Van Herzeele (ts, EWI), Alfred Vilayleck (b) et Louis Favre (d, voc).
Sortie le 20 avril 2018

Liste des morceaux

01. « Drum 'n Bass » (03:39).
02. « Xin Yi », Van Herzeele (05:18).
03. « La Danse Des Souris » (03:29).
04. « Gifle 3 » (02:01).          
05. « I Love You Too » (03:15).         
06. « Sur Une Autre Planète », Favre (07:42).         
07. « The True Greatness Of Spirit I » (09:17).        
08. « The True Greatness Of Spirit II » (03:21).       

Toutes les compositions sont du trio sauf indication contraire.

23 novembre 2014

A la croisée des voix...

La fin de l’année approche à grands pas, l‘occasion de faire un tour de chant avec quelques disques sortis depuis le mois de janvier 2014 : de la comédie musicale de Pink Martini à l’avant-garde rap d’Antoine Berjeaut, en passant par les chansons à texte de Bruno Desplan et Roland Brival, la crooner Aurielle Sciorilli, les îles de Manuel Rocheman et le Charles Mingus de Jacques Vidal… il y en a pour tous les goûts !


Dream A Little Dream
Pink Martini & The Von Trapps


En 1994, à Portland, Oregon, Thomas Lauderdale abandonne une carrière politique pour fonder un orchestre d’une douzaine de musiciens, Pink Martini. La chanteuse China Forbes rejoint Pink Martini l’année suivante et, en 1997, ils sortent leur premier disque, Sympathique, qui est un succès en France pour sa chanson « Je ne veux pas travailler ». Depuis, Pink Martini n’a cessé de tourner autour du monde et d’enregistrer sur son label : Heinz Records. Dream A Little Dream, huitième album de Lauderdale et sa bande, sort en France chez Naïve en mars 2014.

Sur Dream A Little Dream, Pink Martini s’est associé à The Von Trapps, un trio vocal composé de Sofia, Melanie et Amanda Von Trapp, petites-filles de Maria Von Trapp, connue pour son autobiographie publiée en 1949, La famille des chanteurs Trapp, et qui est à l’origine de La mélodie du bonheur, comédie musicale aussi célèbre à Broadway (Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II – 1959), qu’à Hollywood (Robert Wise – 1965).

Pink Martini joue quinze morceaux d’une durée moyenne de trois minutes et seize secondes, en ligne avec les canons du genre. Le répertoire est un véritable melting pot dans lequel : de « Kuroneko No Tango », reprise japonaise par Osamu Minagawa du tube italien « Volevo un gatto nero » (Framario, Armando Soricillo et Francesco Saverio Maresca – 1969), au hit suédois d’ABBA « Fernando » (1976), en passant par « Hayaldah Hachi Yafa Bagan », succès de la chanteuse israélienne Yehudit Ravitz (1976) et « Le Premier Bonheur Du Jour » chanté par Françoise Hardy (1963), le morceau titre, popularisé par The Mamas & The Papas en 1968, mais aussi un yodel bavarrois, l’hymne national rwandais (sic !), une ritournelle du nouvel an chinois, une musique de film (« Hushabye Mountain » tiré de Chitty Chitty Bang Bang)… et même, « In Stiller Nacht », un air traditionnel revu par Johannes Brahms ! Pink Martini n’oublie évidemment pas The Sound of Music, avec « Lonely Goatherd » et « Edelweiss ». Enfin, August Von Trapp, le quatrième des Von Trapp Children, propose trois morceaux de son cru.

Dream A Little Dream jongle entre des ambiances de comédie musicale (« Storm », « Hushabye Mountain »), des environnements cinématographiques (« Kuroneko No Tango »), des sambas (« Fernando »), du folklore (« Friend », « Die Dorfmusik »), des passages cross-over (« In Stiller Nacht », « Thunder ») ou des hymnes a capella (« Rwanda Nziza », « Edelweiss »). Les arrangements sont jazzy, avec une rythmique légère et entraînante, des voix claires et justes, une partition nette et précise, une prise de son flatteuse...

Pink Martini reprend des tubes à sa manière : enjouée, arrangée au cordeau et multinationale.

Le disque

Dream A Little Dream
Pink Martini & The Von Trapps
China Forbes (voc), Storm Large (voc), Amanda, Melanie et Sofia Von Trapp (voc), Robert Taylor (tb), Gavin Bondy (tp), Nicholas Crosa (v), Pansy Chang (vc), Dan Faehnle (g), Thomas Lauderdale (p), Phil Baker (cb), Timothy Nishimoto (voc, percu), Brain Lavern Davis (d, percu) et Anthony Jones (d, percu), avec Wayne Newton (voc), Jack Hanna (voc), Charmian Carr (voc) et The Chieftains.
Heinz Records – Naïve
Sortie en mars 2014

Liste des morceaux

01.  « Storm » (2:56).
02.  « Kuroneko No Tango », Framario, Soricillo & Maresca (2:45).
03.  « Dream A Little Dream », Fabian Andre, Wilbur Schwandt et Gus Kahn (3:52).
04.  « Fernando », Benny Andersson et Björn Ulvaeus (3:52).
05.  « Hayaldah Hachi Yafah Bagan », Ravitz (2:53).
06.  « Friend » (4:15).
07. « Die Dorfmusik » (2:44).
08. « In Stiller Nacht » (2:01).
09. « Le Premier Bonheur Du Jour », Franck Gérald et Jean Renard (3:12).
10. « Rwanda Nziza » (3:20).
11. « Gong Xi » (2:26).
12. « Hushabye Mountain », Robert & Richard Sherman (3:18).
13. « Lonely Goatherd », Rodgers & Hammerstein II (2:40).
14. « Edelweiss », Rodgers & Hammerstein II (2:49).
15. « Thunder » (4:49).


Comet’Style
Bruno Desplan Trio

Dans les années quatre-vingts dix, Bruno Desplan se partage entre la Bretagne et la Haute-Savoie avec son groupe, Charly & Sir Hyde. Installé à Paris, Desplan se produit d’abord en solo, puis en duo avec la soprano Julie Horreaux et, en 2007, il monte un trio avec François-Pierre Camin à la contrebasse et François Porcher à la batterie (Concert aux déchargeurs – 2009). En 2011, la percussionniste Isabelle Guidon remplace Porcher. C’est avec ce trio que Desplan enregistre Comet’Style, sorti en 2014 chez CieuXRêverieSons.

Desplan est l’auteur des neuf chansons de l’album, qui s’étalent de quatre à quinze minutes. Les textes, poétiques, jouent sur les associations de mots et les sonorités des syllabes. Desplan alterne passages en voix de tête (« Globe certes »), dissonances et modulations aigües («  Paradoxe CV ») et déclamation entre chant et parole (« Illogisme »), dans un style proche de celui de Serge Gainsbourg.

La construction des morceaux ne suit pas la structure couplet – refrain, mais se rapproche davantage du thème – solo – thème caractéristique du jazz. Le trio, à dominante rythmique, interagit habilement (« (Renaitr’) sans sens »), change fréquemment de direction (« Vague de songe »), glisse quelques accents bluesy (« Ton élégance »), met des touches de valses (« Vals’étincelle »)… Les Caraïbes restent également en filigrane tout au long de Comet’Style avec, bien sûr, les congas vives et puissantes de Guidon (« Comèt’Style 1 : Une comète, un style… », « Lié »), mais aussi les rifs de Camin (« Global certes ») et les blocs d’accords dans un esprit latino de Desplan (« Paradoxe CV »).

Textes recherchés, chant sophistiqué et jazz au fumet caribéen font de Comet’Style un disque à part et du Bruno Desplan Trio un groupe à la personnalité originale.

Le disque

Comet’Style
Bruno Desplan Trio
Bruno Desplan (voc, p), François-Pierre Camin (b) et Isabelle Guidon (percu)
CieuXRêverieSons
Sortie en janvier 2014.

Liste des morceaux

01. « Vague de songe » (10:16).
02. « Ton élégance » (6:06).
03. « Paradoxe CV » (3:57).
04. «  (Renaitr’) sans sens » (14:42).
05. « Comèt’Style 1 : Une comète, un style… » (4:15).
06. « Globe certes » (7:05).
07. « Vals’étincelle » (6:00).
08. « Lié » (5:09).
09. « Illogisme » (10:35).

Tous les morceaux sont signés Desplan.


Eros Blues
Aurielle Sciorilli

Descendante d’une lignée de musiciens (son père est le chanteur Ettore Sciorilli et son grand-père, le compositeur de chansons populaires Eros Sciorilli), AurielleSciorilli est d’abord éblouie par Blue de Joni Mitchell, et s’engage sur les traces de son illustre aînée, avant d’intégrer le Sydney Conservatorium of Music. En 2011, Sciorilli enregistre Send The Wandering Girl Home et s’installe à Milan.  Elle décide alors de monter un projet basé sur les chansons de son grand-père : Eros Blues voit le jour en avril 2014.

A son quartet habituel constitué du trompettiste Daniele Raimondi, du contrebassiste Damian Nueva et du batteur Christian Djieya, s’ajoutent les pianistes Jerry Léonide ou Grégory Privat, qui se partagent également les arrangements des dix chansons choisies par Sciorilli.

Sciorilli navigue entre un medium grave (« Amore e mare »), avec une raucité qui évoque un peu les voix brésiliennes (« Non pensare a me »), et un aigu clair (« Dimmelo con un disco »), souvent aérien (« Inganno »). La trompette de Raimondi est au service de la voix et ses contrepoints astucieux la mettent particulièrement en valeur (« Due Pierrot », « Non si fa l’amore quando piove »). Dans ses chorus, le trompettiste se montre habile et inventif (« Non pensare a me »). Inutile de dire que Leonide et Privat s’y connaissent pour mettre du swing (« In cerca di te », « I colori della felicità »), dialoguer avec Sciorilli (« Dimmelo con un disco »), mettre du piment latin (« Non pensare a me »), faire danser (« L’ultimo tram »)… Nueva et Djieya assurent une rythmique entraînante (« Amore e mare ») avec des lignes de walking efficaces (« In cerca di te »)et un drumming chaloupé (« Non si fa l’amore quando piove »).

Eros Blues met en scène une crooner italienne qui chante dans une veine souvent latine, soutenue par un quartet énergique et solide.

Le disque

Eros Blues
Aurielle Sciorilli
Aurielle Sciorilli (voc), Daniele Raimondi (tp), Jerry Léonide ou Grégory Privat (p), Damian Nueva (b) et Christian Djieya (d).
Only Music
Sortie en avril 2014

Liste des morceaux

01. « Amore e mare » (10:16).
02. « Due Pierrot » (6:06).
03. « In cerca di te » (3:57).
04. « Non pensare a me » (14:42).
05. « Inganno » (4:15).
06. « Dimmelo con un disco » (7:05).
07. « Non si fa l’amore quando piove » (6:00).
08. « I colori della felicità » (5:09).
09. « L’ultimo tram » (10:35).
10. « Ispirazione » (10:35).

Tous les morceaux sont signés Sciorilli.


Cuernavaca
Jacques Vidal

Jacques Vidal commence par la batterie, puis s’oriente vers la contrebasse qu’il apprend aux Conservatoires du Xème arrondissement de Paris, puis de Versailles. En 1969, Vidal est de l’aventure de Magma, aux côtés de Christian Vander. Dans les années quatre-vingt, il commence une association au long cours avec Frédéric Sylvestre. A partir de 1994, Vidal monte un quintet – Sylvestre, Florin Niculescu, puis Eric Barret, Michel Graillier, puis Manuel Rocheman et Simon Goubert – et un septet (le quintet plus Glenn Ferris et Stéphane Guillaume). En parallèle, Vidal enseigne au C.I.M., à la National Taiwan Academy of Arts, à la Bill Evans Academy… Le contrebassiste compte plus d’une dizaine de disques sous son nom et Cuernavaca sort chez Soupir Editions en septembre.

Pour Cuernavaca, Vidal a réuni un quintet avec la chanteuse Isabelle Carpentier, le saxophoniste Pierrick Pédron, le tromboniste Daniel Zimmermann, et le percussionniste Xavier Desandre-Navarre. S’ajoutent, selon les morceaux, un chœur supplémentaire.

Cuernavaca évoque évidemment la ville Au-dessous du volcanCharles Mingus vécut les dernières années de sa vie. Cuernavaca fait aussi référence au livre éponyme d’Enzo Coremann, publié en 2003 aux éditions Rouge Profond. Cet hommage au contrebassiste s’articule autour de trois morceaux signés Vidal et sept de Mingus : « Better Git It in Your Soul » et « Goodbye Pork Pie Hat » repris de Mingus Ah Um (1959), « Wednesday Night Prayer Meeting » tiré de Blues & Roots (1959), « Devil Woman » et « Ecclusiastics » extraits de Oh Yeah (1961), « Eclipse », sorti de Pre-Bird (1960) et, l’hommage à Oscar Pettiford, « O.P. », publié dans Charles Mingus with Orchestra (1971).

Vidal reste fidèle à l’esprit de Mingus : rythmique éloquente (« O.P. »), foisonnement des voix (« Devil Woman »), développements tendus (« Ecclusiastics »), construction dense (« Ecclusiastics »), blues omniprésent (« Wednesday Night Prayer Meeting »)… Le quintet sert à merveille la musique de Mingus : les vocalises entraînantes (« Strange Man ») de Carpentier, répondent aux contrepoints vifs de l’alto et du trombone (« Strange Man ») ; ce « hard-bop dirty » correspond tout à fait au jeu ferme et nerveux de Pédron (« Good Bye Pork Pie Hat ») ; même constat pour Zimmermann, à la fois élégant, décontracté et expressif (« Cuernavaca », « O.P. ») ; parfaitement à l’écoute de ses compères, Desandre-Navarre joue constamment en finesse, avec des roulements discrets (« Cuernavaca »), des motifs de valse (« Strange Man »), une cymbale prolixe (« Ecclusiastics »)… ; quant à Vidal, il joue de sa sonorité profonde pour faire résonner sa walking (« Better Git It In Your Soul »), ses shuffle (« Strange Man ») et ses rifs (« Ecclusiastics ») et se montre majestueux, dramatique et baroque à l’archet (« For Lester »).

Dans Cuernavaca, Vidal et son quintet donnent une interprétation à la fois respectueuse et personnelle – voix, lyrisme, contrechants, développements… – de Mingus.

Le disque

Cuernavaca
Jacques Vidal
Isabelle Carpentier (voc), Pierrick Pédron (as), Daniel Zimmermann (tb), Jacques Vidal (b) et Xavier Desandre-Navarre (d, perc), avec Nathalie Jeanlys (voc), Stéphanie Bowring (voc), Allen Hoist (voc) et Thierry François (voc).
Soupir Editions – S227
Sortie en septembre 2014.

Liste des morceaux

01. « Better Git It in Your Soul & Wednesday Night Prayer Meeting », Mingus (05:38).
02. « Cuernavaca », Vidal (05:02).
03. « Devil Woman », Mingus (04:51).  
04. « Eclipse », Mingus (04:31).  
05. « Strange Man », Vidal (04:28).  
06. « O.P. », Mingus (05:11).  
07. « Ecclusiastics », Mingus (05:46).  
08. « For Lester », Vidal (05:17).  
09. « Goodbye Pork Pie Hat », Mingus (04:32).


Paris – Maurice
Manuel Rocheman

Après le conservatoire de Paris, Manuel Rocheman étudie le jazz avec Michel Sardaby, puis Martial Solal. C’est en 1983 qu’il monte son premier trio. Depuis, Rocheman a enregistré dix disques sous son nom, dont I’m Old Fashioned, avec, entre autres, George Mraz et Al Foster, et Cactus Dance avec Scott Colley et Antonio Sanchez. Outre ses trios et solos, Rocheman participe à de nombreuses sessions aussi bien aux côtés de Mélanie Dahan que de Patrice Caratini, Jacques Vidal ou Didier Levallet

Après un concert organisé par l’Institut Français de Maurice en 2012, Rocheman décide de poursuivre l’aventure avec un enregistrement : Paris – Maurice voit le jour en septembre 2014. La chanteuse mauricienne Nadine Bellombre cosigne le disque, propose trois morceaux et coécrit avec Rocheman deux thèmes... Kersley Palmyre est à la basse et Maurice Manancourt ou Christophe Bertin sont à la batterie. Au fil des morceaux, le quartet invite également la chanteuse Marie-Luce Faron, le guitariste Patrick Desvaux,  l’harmoniciste Olivier Ker Ourio et le saxophoniste alto Samuel Laval.

En plus des trois morceaux de Bellombre et des deux communs avec Rocheman, le quartet joue « Just Love », du pianiste, mais aussi « Can't Hide Love » d’Earth, Wind & Fire (Gratitude – 1975), « Come Together » des Beatles (Abbey Road – 1969), « Nature Boy », tiré du film de Joseph Losey, Le Garçon aux cheveux verts (1948), « The Island », du compositeur brésilien Ivan Lins et « A Little Night Music » de la comédie musicale éponyme (1973).

Sensuelle et plutôt ténue (« La mer la »), habile et expressive (« Ki to lé »), la voix de Bellombre est particulièrement à l’aise dans les atmosphères brésiliennes (« Ene Zoli Reve »). Le trio rythmique danse de la première à la dernière plage : Rocheman swingue efficacement (« Nature Boy ») avec une main droite agile, soutenue par des accords aussi parcimonieux que solides (« La mer la ») ; Palmyre distille des lignes légères et chaloupées, avec des successions de shuffle entraînantes (« The Island ») ; Manancourt et Bertin assurent un drumming souple et cadencé, gage de vivacité (« Ene Zoli Reve », « Can’t Hide Love »). Les invités viennent pimenter les morceaux : la guitare de Desvaux apporte une touche de blues à « Come Together », Faron met un zeste de rock dans « Can’t Hide Love », Ker Ourio et son lyrisme souignent « The Island », Laval et son alto ajoutent de la solennité à « Ki to lé »…

Mélodieux et dansant, Paris – Maurice respire la légèreté et la gaité, il fleure bon une certaine île de l’océan indien…

Le disque

Paris – Maurice
Manuel Rocheman
Nadine Bellombre (voc), Manuel Rocheman (p), Kersley Palmyre (b), Maurice « Momo » Manancourt ou Christophe Bertin  (d), avec Marie-Luce Faron (voc), Patrick Desvaux (g),  Olivier Ker Ourio (hca) et Samuel Laval (as).
Berlioz Production
Sortie en septembre 2014

Liste des morceaux

01.  « Ene Zoli Reve », Rocheman & Bellombre (5:22).
02.  « Just Love », Rocheman (4:11).
03.  « La mer la », Bellombre (5:11).
04.  « Can't Hide Love », Skip Scarborough (4:49).
05.  « Mo lé ou », Bellombre (6:11).
06.  « Come Together », John Lenon & Paul McCartney (5:47).
07.  « Nadine », Rocheman & Bellombre (4:49).
08.  « Ki to lé », Bellombre (4:48).
09.  « Nature Boy », Eden Ahbez (3:44).
10.  « The Island », Ivan Lins, Alan & Marilyn Bergman (5:03).
11.  « Send in the Clowns », Stephen Sondheim (4:07).


Circonstances aggravantes
Roland Brival

Roland Brival est un touche-à-tout : sculpture, peinture, littérature, théâtre, journalisme… et musique ! Circonstances aggravantes est son sixième disque après Créole Gipsy (1980), Intense (1998), Waka (2003), Kayam (2006) et Vol de nuit (2010).

Pour Circonstances aggravantes, sorti en avril 2014 chez Such Production, Brival est accompagné d’une section rythmique de haut vol, constituée de Rémy Decormeille au piano, Manu Marchès à la contrebasse et Julien Charlet à la batterie. Le quartet invite également Christophe Panzani pour des interventions au saxophone ténor et à la clarinette basse. Les douze chansons, écrites en français, en anglais et en créole, sont signées Brival.

Tour à tour poétiques (« On s'appartiendra »), accroche-cœurs (« I Do It For Your Love »), rythmiques (« Moune »), humoristiques (« Dear Lily »)… les chansons à texte de Brival ne manquent pas de piment. Sa voix grave et profonde, parfois rauque, et son chant passent d’un slam (« Mezcals ») ou d’une diction à peine modulée (« Les mots qui dansent ») à des phrases entraînantes (« Créole Love ») ou dans un style crooner (« Lago »). Il évoque tour à tour Serge Gainsbourg (« On s’appartiendra »), Alain Bashung (« Ma chère cousine ») et, parfois, un zeste de Michel Jonasz (« Les mots qui dansent ») et de Claude Nougaro (« Dear Lily »). La section rythmique, c’est du sérieux, et le trio répand un swing salutaire ! Marchès et Julien s’adaptent avec finesse à l’atmosphère des chansons : poly-rythme et motifs sourds (« Mezcals »), walking et chabada (« Sauvez Winnie »), échanges lancinants (« Les mots qui dansent »), gravité solennelle (« Lago »)… Decormeille et son jeu remarquablement ingénieux mettent en relief le chant de Brival. Il alterne contrepoints, rifs, unissons, ostinatos, lignes mélodiques et accords rythmiques avec beaucoup d’à-propos.

Un parolier adroit doublé d’un chanteur singulier, accompagné d’un trio piano – basse – batterie résolument jazz… Autant de Circonstances aggravantes qui justifient amplement d’écouter Brival.

Le disque

Circonstances aggravantes
Roland Brival
Roland Brival (voc), Rémy Decormeille (p), Manu Marchès (b) et Julien Charlet (d), avec Christophe Panzani (ts, cl b)
Such Production – SUCH008
Sortie en avril 2014

Liste des morceaux

01. « Ma chère cousine » (3:30).
02. « Les mots qui dansent » (4:13).
03. « New York Song » (6:08).
04. « Créole Love » (3:54).
05. « Mezcals » (3:55).  
06. « I Do It for Your Love » (5:04).
 07. « Sauvez Winnie » (6:02).
 08. « Moune » (3:00).
 09. « Morning Rain » (5:07).
10. « Lago » (3:34).
11. « On s'appartiendra » (4:43).
12. « Dear Lily             » (3:23).

Tous les morceaux sont signés Brival


WasteLand
Antoine Berjeaut

Univers Nino, le projet de Denis Colin et d’Ornette autour des chansons de Nino Ferrer, la Société des Arpenteurs, le Surnatural Orchestra, Paco Sery, Sandra NkakéAntoine Berjeaut cultive son jardin ! En avril 2014, le trompettiste sort son premier disque en leader, WasteLand, sur le label catalan Fresh Sound New Talent.

WasteLand s’appuie sur un quintet constitué du poète rappeur Mike Ladd, du claviériste Jozef Dumoulin, du contrebassiste Stéphane Kerecki, du batteur Fabrice Moreau et de Berjeaut. Le groupe invite aussi le saxophoniste ténor Julien Lourau sur quatre plages. Berjeaut a composé les onze morceaux du disque, dont cinq uniquement instrumentaux.

Ladd est un rappeur expressif qui utilise son timbre medium et sa voix légèrement cassée pour mettre toutes sortes de nuances dans ses spoken words : phrasé hip-hop classique dans « J.D. » ou rapide dans « Volga to Mississippi », mélopée triste dans « High », passages en beatbox dans « Baroness », ode funèbre dans « Battle »… Avec ses nappes d’effets électroniques (« Slow Motion »), ses accords denses et lointains (« Nightshift ») ou, au contraire, ses ostinatos hypnotiques (« Baroness »), Dumoulin plante le décor. Au piano, son jeu prend des teintes de musique contemporaine avec une main droite qui crépite, tandis que la gauche décompose les accords (« Clouds »). Kerecki soutient les solistes avec des phrases imposantes (« High »), des lignes aérées (« Balcony »), voire minimalistes (« Baroness »), lance une walking rapide (« Hornet »), manie l’archet avec majesté (« Battle »), introduit « Clouds » par un superbe motif profond, en suspension... à l’écoute et efficace de bout en bout ! Même constatation pour Moreau, dont la connivence avec Ladd est d’autant plus fondamentale que le rôle du rythme est central dans le rap. A l’opposé des boîtes à rythme trop souvent envahissantes, répétitives et épaisses, Moreau joue en souplesse, sans se départir de la puissance qu’il faut pour étayer la voix (« High »). Volontiers touffu (« Volga To Mississippi »), le batteur alterne chabada (« Hornet »), rif funky (« J.D. »), roulements solennels (« Nightshift »), rythmes croisés (« Clouds »)… Berjeaut est altruiste : il laisse beaucoup d’espace pour les interactions au sein du groupe et n’accapare jamais la vedette. Il se met en arrière-plan pour accompagner Ladd (« Baroness »), se joint au piano pour des unissons (« Clouds »), joue en contrepoints avec le saxophone ténor (« Slow Motion »), participe au fonds sonore avec des effets (« Battle », « Slow Motion »)… A un solo éclatant (« Hornet ») succèdent un chorus élégant (« Clouds »), puis une intervention émouvante (« Nightshift ») et des formules sinueuses (« Entract »), mais aussi des notes de blues (« J.D. »). Quant à Lourau, il est fidèle à lui-même : son gros son, son lyrisme teinté de free et son expérience de ces ambiances alternatives – le Groove Gang n’est pas si loin – apportent une densité indéniable (« High », « J.D. »).

Wasteland marie rap et jazz avec beaucoup d’intelligence (« caractère de ce qui va au fond des choses ») et, tout au long du disque, la musique se déroule, cohérente et captivante.

Le disque

WasteLand
Antoine Berjeaut
Mike Ladd (voc), Antoine Berjeaut (tp), Jozef Dumoulin (kbd, p), Stéphane Kerecki (b) et Fabrice Moreau (d), avec Julien Lourau (ts)
Fresh Sound New Talent – FSNT 450
Sortie en avril 2014

Liste des morceaux

01. « Slow Motion (Pt. 1 & 2) » (7:02).
02. « High (Pt. 1 & 2) » (9:39).
03. « Clouds » (6:22).
04. « Balcony  » (5:22).
05. « Baroness » (5:44).
06. « Hornet » (3:09).
07. « Battle » (4:26).
08. « Volga to Mississipi » (5:16).
09. « Entract» (5:18).
10. « Nightshift » (4:59).
11. « J.D. » (2:55).

Tous les morceaux sont signés Berjeaut.