7 janvier 2019

Kafé Groppi à l’Ermitage…


Le 12 décembre 2018, un parfum nostalgique cairote s’invite au Studio de l’Ermitage avec le concert du guitariste Khalil Chahine à l’occasion de la sortie de Kafé Groppi, évocation du café historique éponyme de la place Talaat Harb...

Chahine a sorti Kafé Groppi sur son label Turkhoise le 19 octobre. C’est son huitième opus après Mektoub (1989), Turkoise (1992), Hekma (1994), Opake (2016), Bakhtus (1999), Noun (2009) et Kairos (2013). Chahine s’est entouré de quelques compagnons de longue date : André Ceccarelli à la batterie, déjà aux côtés du guitariste sur Mektoub, Eric Séva aux saxophones et Kevin Reveyrand à la basse, présents sur Kairos. Le piano est confié à Christophe Cravero (qui joue également de l’alto). La salle est bondée et le public visiblement familier de la musique de Chahine. Le concert reprend dix des treize titres de Kafé Groppi, joués dans l’ordre du disque, plus « Errances », tiré de Turkoise, et, en bis, Chahine invite Thierry Eliez, présent dans la salle, à jouer « Les paradis artificiels », puisé dans Hekma.


Le concert démarre avec la courte ballade « Le jour – Partie II » qui permet à la guitare et au ténor de dialoguer sur un thème mélodieux. L’alto de Cravero apporte un parfum oriental à « Cinqué », soutenu par une batterie et une basse imperturbables. Au chorus chantant de Chahine, répond un solo tendu de Séva. Le quintet enchaîne ensuite « Avant l’abstract » et « Synoptik ». D’abord heurtée et vive, la section rythmique souligne les échanges en forme de questions – réponses de la guitare, du saxophone et du piano, puis le morceau s’apaise. C’est sur un motif entraînant, entre boléro et tango, renforcé par les phrases de l’alto, que la guitare et le ténor exposent « Kafé Groppi », un air nostalgique qui s’envole en volutes sinueuses, parsemées de touches arabo-andalouses. La ligne dansante de Reveyrand, les cliquetis de Ceccarelli et les accords enlevés de Cravero lancent « Eikos ». Chahine tourne autour de cette jolie mélodie, tandis que Cravero, puis Séva la font swinguer. Le duo guitare – alto dévoile « Ojos de cielo », un thème cinématographique basé sur des décalages et des contrepoints, porté par une basse et une batterie sobres, et pimenté d’accents manouches distillés par l’alto. Pour « Sous les cimes », le quintet s’appuie sur l’architecture classique thème – solos – thème, avec un chorus dynamique de la batterie, à grand renfort de cymbales. Un déroulé élégant de formules en contrechants, là encore, très bande originale de film, caractérise « Pauper », tonifié par le chorus de Cravero. Retour à la belle mélodie de « Le Jour – Partie I », développée avec grâce par la guitare, le soprano et le piano, qui entrecroisent leurs voix, avant de se lancer dans une partie dansante aux accents klezmers. Chahine passe à l’harmonica pour interpréter « Errances ». Chabada et walkking font leur apparition et piano et saxophone jouent le jeu d’un néo-bop enthousiaste. Après une esquisse de valse, « Les paradis artificiels » prennent eux aussi une tournure bop, stimulés par un soprano sous tension.

De belles mélodies, des développements raffinés, des rythmes chaloupés… Kafé Groppi propose un jazz mainstream sans complexe et séduisant.