5 janvier 2019

Soirée norvégienne au Théâtre 71…


Pour l’ultime concert de l’Orchestre National de Jazz sous sa direction artistique, Olivier Benoît se produit au Théâtre 71 de Malakoff le 8 décembre 2018. Il y propose Europa Oslo, le dernier volet de son projet Europa, avec des poèmes écrits par l’écrivain norvégien Hans Petter Blad.


Les cinq années de Benoît passées à la tête de l’ONJ auront été riches en événements. Outre les quatre programmes d’Europa autour de Paris, Berlin, Rome et Oslo, il a également développé des résidences au Carreau du Temple et à La Dynamo, mais aussi créé le label ONJ Records, qui a permis aux membres de l’orchestre de publier leurs propres projets. Le label compte désormais une quinzaine d’albums, tous plus alléchants les uns que les autres !


Outre Benoît à la guitare, l’orchestre réunit Maria Laura Baccarini au chant, Jean Dousteyssier aux clarinettes, Robin Fincker au saxophone ténor (en remplacement d’Hugues Mayot), Christophe Monniot aux saxophones alto et soprano (à la place d’Alexandra Grimal), Fabrice Martinez à la trompette, Fidel Fourneyron au trombone, Théo Ceccaldi au violon, Sophie Agnel au piano, Paul Brousseau aux claviers, Sylvain Daniel à la basse électrique et Éric Echampard à la batterie. Le concert est accompagné d’un ballet de figures géométriques projetées par le vidéaste Romain Al’l sur un écran transparent, devant l’orchestre. L’ONJ joue le répertoire d’Oslo dans l’ordre du disque en enchaînant certains morceaux. En bis, l’orchestre reprend « Revolution », tiré de Berlin, et qui tombe à pic en ce quatrième samedi de manifestations du mouvement des gilets jaunes.


Europa Oslo est évidemment marqué par le rock progressif (« Sense That You Breathe »), mais Benoît y ajoute également des ingrédients baroques (« De har ingenting å gjøre »), minimalistes (« Révolution »), répétitifs (« A Sculpture Out Of Tune  »), contemporains (« Intimacy »), mais aussi pop-folk (« Pleasure Unknown »). Sophistiquées et généralement empreintes d’une majesté quasi romantique (« An Immoveable Feast »), les mélodies servent de socle à des développements d’ensemble intenses, à l’unisson (« Ear Against The Wall »), sous forme concertante (le saxophone dans « A Sculpture Out Of Tune  », la trompette dans « De har ingenting å gjøre »…) ou basés sur des jeux de contrepoints (« Pleasure Unknown »). Dans la plupart des morceaux (et c’est encore plus marquant pendant le concert que dans le disque), après un démarrage plutôt raffiné, la tension monte progressivement (« Ostracism ») et finit par exploser (« Revolution »), portée par une section rythmique brutale (« Intimacy »). La succession d’ambiances, souvent grandioses, qui suivent un fil conducteur global cohérent fait aussi penser à un opéra jazz-rock.

La dextérité musicale de l’orchestre, la précision et la variété de l’écriture de Benoît, la richesse de la palette instrumentale de l’ONJ et la couleur rock d’Europa Oslo aboutissent à une œuvre captivante : un bel au revoir !